25 juin 2009
STEVEN Kenneth / A l'ouest du monde.

A l'ouest du monde.
Kenneth STEVEN.Note : 4 /5.
Saint-Kilda priez pour eux.
Première oeuvre de cet auteur écossais né à Glasgow en 1968 que je lis. Ce court roman nous raconte l'histoire de Roddy Gillies habitant Hirta, la plus grande des îles de l'archipel de Hiort (gaélique écossais) ou Hébrides Extérieures. Elle fut évacuée en 1930 à la demande de ses habitants, une centaine environ.
Un enfant, jaloux de son petit frère, tente de le jeter du haut d'une falaise de l'île d'Hirta, l'intervention du père évite le drame. De nombreuses années plus tard, à New-York, un homme se meure dans un hôpital. Un raccourci saisissant de la vie d'un homme, son corps est usé, mais sa mémoire intacte. Il pense qu'il est le dernier survivant des habitants d'Hirta. Alors il écrit ses mémoires. La vie n'est pas simple dans ces îles inhospitalières sans cesse battues par des vents violents. Si vivre est dur, la mort par contre est familière, Roddy assiste un jour, complètement tétanisé et incapable d'agir, à la mort d'un agneau qui vient de naître, puis une vieille femme du village, et Ewen, un jeune garçon qui, lui, tombe de la falaise ! Les premiers touristes visitent les îles, Roddy sent leur mépris pour ces enfants en haillons. Le prêtre semble accomplir une mission, éduquer des sauvages, faute de l'Inde ou de lointaines colonies, il lui faudra vaincre les croyances anciennes. Mais le temps fait son oeuvre, le père décline, son orgueil lui joue des mauvais tours, la mort est là. Mais une autre mort plus insidieuse approche, l'exil volontaire demandé par les habitants!
Roddy vit avec Ian et Morag, la mère meurt comme beaucoup des ces gens déracinés. Morag se marie, Roddy fuit le mariage et part pour Glasgow. Là-bas la vie est terrible, la solitude malgré quelques foyers de « gaélisants ». La minuscule chambre, le travail harassant, les humiliations quotidiennes. Il retourne voir sa famille, sa soeur a un enfant, Colum, et est très heureuse. Mais son frère Ian l'accueille très mal! Alors l'unique solution, l'exil lointain et définitif.
Les Gillies sont une famille très austère marquée par un protestantisme rigoureux! Travailleur et dur au mal, le père ne supportera pas la déchéance physique due à l'âge. La mère, personnage discret, élèvera ses enfants malgré la précarité des habitants de l'île.
Roddy semble avoir été un être solitaire toute sa vie. Un jeune garçon, Kevin, vient le voir à l'hôpital, seule visite qu'il semble avoir.
Sa soeur Morag a réussi sa vie, elle s'est mariée à un homme simple et honnête. Quand Roddy part en Amérique, elle a un enfant. Mais elle a de gros problèmes avec son frère Ian. Celui-ci, victime d'un accident du travail qui l'a laissé diminué, laisse apparaître la violence de sa vraie nature!
Un monde et une partie de la civilisation gaélique a disparue avec l'évacuation de ces îles. Ces hommes et femmes, subissant une sorte d'exils multiples ; îliens, ils doivent devenir terriens, écossais, ils le sont mais ne parlent pas la langue de leur pays. Ils seront dispersés, comme s'il fallait qu'ils disparaissent. Beaucoup mourront très rapidement, d'autres commenceront à boire, certains continueront leur route, l'Amérique dans le cas de Roddy . Des allers et retours incessants entre l'enfance, la jeunesse et la vieillesse d'un homme. Un livre qui, bien qu'il soit un roman, est dans la lignée des écrits de Peig Sayers et de Tomás O'Criomhthain, écrivains des îles irlandaises des Blaskets qui furent elles aussi évacuées par les autorités. Un bon roman très agréable à lire, pas très long. Ces hommes et ces femmes ont perdu leurs âmes et leurs racines en perdant leur île. Il est bien que des témoignages et des romans leur rendent l'hommage qu'ils méritent.
Extraits :
- Les femmes péroraient et jacassaient, on aurait dit une troupe de poules bien en chair.....
- Notre île était en train de mourir, et nous, ses enfants, pleurions sa mort.
- Nous avons dû ressembler, ce jour-là, à des gens qui surgissent du milieu du siècle passé.
- Mais maintenant, nous étions éparpillés ; le petit rameau de survivants avait été dispersé aux quatre coins du pays. Rien ne nous réunirait plus, pas même la toute puissance de la mort.
- ... avions-nous pris la bonne décision en choisissant de quitter notre île?
- Un mal qui ronge l'âme.
- Son gaélique était étrange, je devais me concentrer pour capter les mots.
- « C'est trop tard Roddy. Elle est partie maintenant. Partie ! »
- J'avais l'impression que plus personne ne se souciait vraiment de moi ; en quelque sorte j'avais tout perdu. Jamais je ne m'étais senti aussi seul.
- Ce jour même, au coin d'une rue, je tombais sur deux vieilles femmes qui bavardaient en gaélique. Je fus si surpris que je m'arrêtais net, perplexe et heureux.....
- Quelques milles marins nous avaient séparé ; en termes d'identité : un gouffre immense.
Éditions : Autrement Littérature.
Titre original : West of the World. A Highland Trilogy 3
SAYERS Peig. Peig
O'CRIOMHTHAIN Tomás. L'homme des îles.
21 avril 2009
CORLOUËR Luc / La tourmente. Kenavo.

La tourmente. Kenavo.
Luc CORLOUËR.
Note : 5 / 5.
Bienvenue à Montparnasse*.
Auteur né à Montauban, c'est son premier roman. Du côté paternel, il appartient à une ancienne famille de négociants de Tréguier. Passionné d'histoire, en particulier de la guerre 14/18, il a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées. Ce roman a obtenu le prix des bretons de Paris en 2007.
Paris dans les années 1900, la construction du métro a fait affluer de toutes les provinces françaises de nombreux ouvriers dont beaucoup de bretons, pas très bien acceptés des habitants de la capitale. Témoins, cette réflexion d'un chef de chantier :
- « Si t'es pas content tu peux partir et le foutre dans ton sac. Ça fera deux mal français de moins sur ce chantier ».
Parmi ceux-ci, il y a Louis Callennec, 18 ans, il vient de Pleubian dans les Côtes d'Armor. Il doit assumer la majorité des besoins de sa mère et de ses soeurs restées au pays. Leur père, Erwan, comme des milliers d'autres est mort en Islande pendant une campagne de pêche. Le travail est très dur, les journée très longues pour un salaire de misère, en plus il a fait un achat inconsidéré, une reproduction de « La Tourmente », goélette de Paimpol dans une bouteille en verre! Quelques membres de sa famille habitent également Paris, comme le frère de son père Eugène, menuisier rue de Vaugirard. Il est ami avec un jeune lycéen parisien, Julien ; malgré leur différence, il sympathise très vite. Car Louis a un autre problème, que Pierre Lesage, parrain de Julien et député, pourrait régler. Le prochain tirage au sort des jeunes partant pour trois ans à l'armée! Mais il y échappe! La vie suit son cours, le travail harassant, les grèves, le licenciement. Julien, son sursis terminé, part au Maroc où la situation se dégrade. Louis trouvera un autre travail, se mariera hélas pas pour le meilleur, mais pour le pire. Les années passent, Julien revient du Maroc. Louis veut rentrer au pays, Julien l'accompagne, il y a dix ans que Louis est parti! Mais ce ne sont que des vacances, il faut retourner à Paris. Louis divorcera, continuera sa vie, qui passera monotone, le mal du pays ne le quittera pas, encore et toujours retourner vivre à Pleubian.
Mais un matin le tocsin sonne partout en France, la guerre est déclarée, l'hécatombe peut commencer.....
En Bretagne, à la fin de cette boucherie la constatation est amère :
- « Plus rien ne serait comme avant.... »
Louis, est un jeune homme naïf en débarquant à Paris. Comme beaucoup, il apprendra à ses dépends que certains principes qui guidaient son existence n'ont plus cours ici! Il connaîtra la haine et le mépris qu'affichent certaines personnes pour les provinciaux et en particulier pour les bretons. Il défendra les ouvriers pendant les manifestations, mais il tentera de s'interposer quand un ingénieur sera tué. Il sera malgré tout licencié, son mariage sera de courte durée, courageux, il sauvera un colonel de la mort dans un accident de voiture. Mais dix ans c'est long, trop long....
Julien, c'est le Parisien, celui qui l'a guidé dans la capitale, devenu un frère malgré la différence de classe sociale. La guerre du Maroc lui ouvrira les yeux, mais le marquera à jamais, en lui faisant découvrir la face cachée du colonialisme. L'amitié entre Louis et lui ne se démentira jamais même dans les jours sombres qui les attendent.
Guyomard, le « pays » de Pleubian, le copain des bons et des très mauvais jours, ami de travail et de fêtes, le fidèle avec qui on peut parler de là-bas....
J'ai beaucoup aimé ce livre, car il parle sans fioritures d'un phénomène qui a marqué le vingtième siècle en Bretagne, l'exil. Il évoque aussi ce qui a marqué en Bretagne la fin d'une manière de vivre, la guerre de 14/18, le monde paysan amorçait son déclin, la pêche à l'Islande était terminée , la natalité des années passées entraînait obligatoirement un flot migratoire qui ne prendra fin que des dizaines d'années plus tard.
Extraits :
- Déjà que je n'aime pas les bretons, ni les les fainéants... Alors, les bretons fainéants!....
- C'est qu'elle ressemble tellement aux bateaux de Paimpol....
Mais c'est de là qu'elle vient, gamin. Regarde sur l'socle : Yves Le Louarn, Loguivy.
- Rue de Vaugirard...La rue est animée. Nombreux sont les bretons en costumes traditionnels et les bretonnes en coiffe.
- Il m'a répondu qu'on avait pas besoin d'intellectuels de gauche sur le chantier. C'est depuis... En plus , comme je suis breton, tu vois, j'ai toutes les qualités.
- Ah, volé tu l'as pas celui-là, Erwan!
- Au chantier du métro, il y avait quelques pays : Tréguier, Paimpol, Ploubazlanec, Trédarzec.
- Est-il vrai que la plupart des gens ne parlent pas français dans votre région?
- « Kenkuit eun deiziou eun Pleubian memez glas eu rafe! » (Un jour à Pleubian même s'il pleut »
- C'est dur, très dur, mais il faut y aller, Louis, ar bara e ao du-hont! (le pain était là-bas!).
- Comme beaucoup de marins bretons, il ne savait pas nager.
- Ils mourraient aussi, mais bien plus loin. Ollivier avait décompté presque cent-vingt tués de Pleubian depuis le début de cette guerre.
- En faisant des efforts, il était arrivé à comprendre, puis à parler le breton alors que la plupart des gens de la région tentaient le contraire.
Éditions : Le Cormoran. (2007)
* Ce qui n'était pas spécialement le cas dans les années 1900.
Site de l'auteur, ici.
28 mai 2008
BEHRENS Peter / La loi des rêves

La loi des rêves.
Peter BEHRENS.
Note : 3,5 / 5.
An Gorta Mor*.
Auteur canadien né à Montréal, mais c'est un écrivain anglophone. Son premier recueil de nouvelles « Night Driving » date de 1987. Ce roman qui est son premier a obtenu le Governor General’s Literary Award en 2006.
Le sujet est le peuplement du continent américain par les émigrés irlandais. Quelques rappels historiques et quelques chiffres. Entre 1845 et 1849, une maladie de la pomme de terre fut responsable de ce que la mémoire collective irlandaise appelle « La grande famine » . Les chiffres, qui évidement ne sont pas très fiables, indiquent entre un million et un million cinq cent mille morts et autant d'irlandais quittant leur terre natale. Les régions les plus pauvres étant celles où le gaélique était la langue maternelle, la culture irlandaise devient minoritaire dans son propre pays.
Ce livre commence en 1846 ; pour toute l'Europe cela sera une année de disette, pour l'Irlande cela aggrava la situation.Fergus O'Brien a vu sa famille mourir de faim, leur maison incendiée par les soldats. Avec les corps de ses parents et de ses soeurs à l'intérieur. Il a vu les morts de l'asile où les propriétaires terriens l'ont placé, il a vu les routes pleines de mourants, victimes de fièvre ou de malnutrition. Il a vécu avec des enfants transformés en bandits de grands chemins, dans une Irlande dévastée. Entre vengeance et vols pour se nourrir, il survit tant bien que mal, il tente l'attaque de la ferme des Carmichael, les fermiers qui l'ont expulsé. Mais l'attaque échoue, et paradoxe dans ce pays qui meurt de faim, il aidera à convoyer un troupeau de boeufs en partance pour l'Angleterre! De Dublin, où aussi des escrocs profitent de la misère humaine, il partira pour Liverpool, première étape d'un long périple aventureux qui le conduira au Québec. A Liverpool, il connaîtra la misère, la rivalité sanglante entre ouvriers écossais et irlandais. Puis il travaillera dans une maison close, mais repartira encore, au Pays de Galles cette fois où il participera à la construction des premières lignes de chemins de fer où il rencontrera la rousse Molly.Il participera à cette grande aventure humaine que sera le peuplement de l'Amérique du Nord.
Fergus est le personnage principal de cette fresque romano-historique, enfant des montagnes irlandaises. Jeune homme lâché sur les routes, il survivra.
Luke, jeune fille qui fut contrainte à se prostituer, lui enseignera l'amour et Shamie, déserteur après qu'il eut été fouetté en public, vivront avec lui en Irlande avant de perdre la vie.
Le Terrassier, compagnon de voyage, Arthur Mc Bride pour l'état civil, être fantasque, source de problèmes, irlandais et bagarreur jusqu'au bout des doigts.Molly la Rousse, fuira un homme qui la frappe et accompagnera un moment Fergus dans la longue traversée vers le nouveau monde. Femme de ressources, elle survivra à la fièvre et arrondira leur magot au jeu. Ormsby, vieil homme qui revient au Canada et qui se prendra d'estime pour Fergus, qui lui rappelle son fils décédé.Comme dans tous les romans de ce genre les personnages foisonnent, principaux ou secondaires, chacun participant à l'histoire, dans ce cas précis avec un grand H. Du fermier irlandais à la jeune prostituée au grand coeur.
Je ne suis pas un adepte des sagas se déroulant sur plusieurs années. Ce roman est bien écrit, un peu long à mon goût. Il réunit tous les ingrédients nécessaires pour un bon livre, sans réelle surprise.
Extraits :
- A la fin de l'été, avant la récolte des pommes de terre, survenait « mi an ocrais », le mois de la faim.
- Nous sommes ici chez nous, et nous n'en bougerons pas.
- ...tandis qu'une fourrure noire-la fourrure de la faim- leur poussait sur le front, les joues et le dos des mains.
- C'est cela la loi des rêves, rester en mouvement.
- Puis il s'aperçut qu'il s'était adressé à elle en irlandais, langue qu'elle ne parlait pas.
- Personne n'accueille la mort avec plaisir, ceux qui en sont le plus proche encore moins que les autres.
- Les garçons de la tourbière préfèrent mourir à la guerre que dans le fossé, Fergus.
- Bah! De toute façon on ne voit pas pourquoi ils veulent quitter leur pays.
- Terreur ; c'est le mot. La terreur qui fourmille au bout des doigts.
- Si je meurs, je voudrais que les gars m'ensevelissent dans le drapeau vert.
- ...ils savent qu'on est irlandais. Tous les jours la haine monte dans les rues.
- En Irlande la terre les avait trahis, elle avait empoisonné ce qu'il y avait dans leur assiette.
- Il est la-bas le mystère, de l'autre côté de l'eau.
Éditions : Christian Bourgeois.
Titre original: The laws of the Dreams.
Annexes:
Le site de l'auteur
*La grande famine en gaélique.
« Ils nous enterraient sans linceul ni cercueil » Seamus Heaney.
Un article du monde diplomatique : ici.
Quelques romans sur le sujet, mais il doit y en avoir beaucoup d'autres : Famine de Liam O'Flaherty, L'adieu au Connemara d'Hervé Jaouen et L'étoile de mer de Joseph O'Connor.
29 juin 2007
BUTLER Robert Olen / Un doux parfum d'exil

Un doux parfum d'exil.
Robert Olen BUTLER.
Note : 5 /5.
Un parfum d'amertume, parfois!
Butler est un des écrivains américains connaissant le mieux le Vietnam et les conséquences de la guerre.
Ici, dans cette quinzaine de nouvelles, il s'intéresse aux réfugiés, aux exilés qui pour beaucoup de raisons ont quitté leur pays.
Nord-Sud, catholiques-bouddhistes, les multiples visages du Vietnam dans l'exil. Un nom de ville revient souvent "Versailles" dans le comté de la Nouvelle-Orléans. En Louisiane un homme se souvient en avoir connu un autre dans un camp de l'armée australienne, il avait perdu sa femme, une séance de cinéma le poussera au crime puis au suicide. "Mr Vert" est un perroquet, cela vit vieux ces oiseaux-là!Vous faites des centaines de kilomètres en voiture pour aller chercher le grand-père de votre épouse, et celui-ci, arrivé chez vous, vous annonce qu'il n'a jamais eu de petite-fille!
Dans "Un conte de fée" la désolante naïveté d'une entraîneuse passant de Saïgon à la Nouvelle-Orléans avec une candeur touchante. Mais pour elle, les pommes n'auront pas de pépins.
Pratiquement toutes ces nouvelles parlent de l'américanisation à outrance des jeunes, perdant souvent le contact avec leurs parents. D'autres se penchent sur les problèmes spécifiques des métis, américano-vietnamiens, le père vivant aux U.S.A et la mère et l'enfant au Vietnam.
Le sort des ex-politiciens corrompus est parfois lui aussi évoqué. Des hommes et des femmes abandonnant leurs cultures et leurs traditions, s'intégrant dans "l'American Way of Life" devenant pour certains plus américains que les américains.
"La neige" est une belle histoire, une vietnamienne bouddhiste, un juif polonais et une fête chrétienne Noël. Et une fin heureuse.
Mais quelque part, même bien cachés les souvenirs sont là, et avec eux la nostalgie et le regret, d'avoir perdu un pays et un art de vivre. Entre l'égoïsme américain et le respect des traditions, comme accueillir chez elle son grand-père, cette femme perdra le seul lien avec son pays natal. Si la Louisiane ressemble parfois au Mékong, les grillons ne sont pas les mêmes d'un pays à l'autre, donc vous n'amuserez pas votre fils en lui parlant de combats de ces petites bêtes. Faites vos jeux (télévisés), rien ne va plus, semble dire la narratrice de "Le couple d'américains" long récit de 90 pages où nous rencontrons, Liz Taylor, Richard Burton et Sue Lyon, sur le tournage de "La nuit de l'iguane".
J'ai toujours aimé les écrits de Butler (quoiqu'un peu moins "Mr Spaceman") ce recueil de nouvelles me conforte dans mon idée. On sent malgré tout à la lecture de ces histoires, les différences entre les Vietnamiens, religieuses en particulier, beaucoup en effet sont catholiques. Supposées (?) différences aussi entre ceux du Nord, sérieux et travailleurs et ceux du Sud, paresseux et avides; aux yeux de ceux de l'autre bord.
Un excellent recueil pour une initiation à cet écrivain.
Extraits :
- Il n'y a qu'un fils qui puisse présider au culte des ancêtres.
- Nous sommes tous ainsi au Vietnam. Nous honorons nos familles.
- Il est d'usage chez les Vietnamiens, surtout ceux de la vieille école de taire ce qui est désagréable à entendre.
- C'est une très bonne voiture, et je me retins de lui dire que c'était une japonaise.
- Peut-être que certains hommes gardent de bons souvenirs des filles du Vietnam.
- Mais c'est une calamité d'être marié à une belle femme.
- Il ne parle pas un mot de vietnamien et ma femme me dit de ne pas se préoccuper. C'est un Américain.
- Mais ma toute petite, je suis contente que tu sois une fille. Tu vas me comprendre encore mieux.
- J'aurais bientôt cent ans, mais je sais encore lire sur le visage d'un homme.
Éditions :Rivages (1994).
Titre original: A good scent from a strange mountain.
Autres chroniques de cet auteur :
La nuit close de Saigon.
Mr Spaceman.
Tabloids Dreams.
04 septembre 2006
GWERNIG Youenn / La Grande Tribu
La Grande Tribu.
Youenn GWERNIG.
Note: 5 / 5.
Hommage posthume (hélas)!
Dans une précédente chronique, je me disais qu’il fallait que je parle ce livre, Youenn ne m’a pas attendu pour me lire. L’Ankou est venue comme souvent trop tôt.
La phrase qui sert d’introduction au texte dit ceci :
-"Les paysans bretons sont si ignorants qu’ils croient en l’influence de la lune sur les marées" Francisque Sarcey (1828/1899)
Ange est triste, sa compagne Mildred Moynihan, irlandaise bon teint est rentrée au pays raccompagner sa mère malade. C’est vrai, la vie avec Mildred et sa famille n’était pas de tout repos, entre sa maman malade, et les autres proches parents, Mick et Paddy, joyeux lurons gaélisants et collectionneurs d’armes ?
Entre les concerts de binious impromptus dans un appartement ou dans un bistrot du coin, Ange fait partie de la famille. Mais la police s’inquiète de la collection d’armes de Paddy, soixante mitraillettes, quarante fusils etc…. Tout ce beau monde est arrêté et fait les gros titres des journaux. Mais il se trouve toujours un policier irlandais pour comprendre que l’on peut être un gros collectionneur !
Ange est seul, mais des copains arrivent de Montréal pour le bal des bretons de New-York, et c’est reparti pour un tour. L’alcool coule à flot, tout le monde n’ayant pas la même conception de la Bretagne, quelques coups sont échangés et retour dans la nuit New-Yorkaise.
Ensuite c’est le départ pour des adresses inconnues ou des destinations hasardeuses avec quelques bouteilles en poche, pour une autre fête.
Mais comment en est-il arrivé là, lui jeune homme du centre Bretagne, car chaque exil a sa propre histoire et son cheminement personnel ? Pour Ange ce fut la connaissance d’un soldat américain parlant breton(!) pendant la période trouble de la fin de la guerre, puis douze ans plus tard un regard lucide sur le fait que la Bretagne profonde changeait, puis la mort en Algérie de Stefig, petit frère d’adoption. Alors quand plus rien ne nous retient, il est temps de partir. Le retour n’en sera que plus beau.
Ange (Youenn) est un breton expatrié comme il y en a eu des millions, et partout dans le monde un jour vous rencontrez un autre breton, et la fête s’installe pour plus ou moins longtemps. Et souvent on retrouve le même mélange (dans les pays anglo-saxons) de bretons, irlandais et québécois, tous unis par un profond sentiment anti-anglais.
Ne me parlez plus de littérature bretonne et irlandaise triste, sans avoir lu ce livre. Les joies sont tristes et les tristesses joyeuses d’accord, mais tout est prétexte à faire la fête et celle ci était souvent sans limite. Combien de réveils avec la tête lourde dans des endroits que nous ne connaissions pas ! Ce temps-là aussi est révolu.
Pour ceux qui, comme moi, ont vécu à l’étranger, combien certaines situations semblent universelles !Kenavo Youenn.
Extraits :
-Nous partions dans les bois, c’est à dire quelque part dans le Van Cortland ou Pelham Bay Park et là je sonnais sans emmerder personne.
-Mais c’est très joli Mildred ….
Non, C’est anglais. Le prénom de sa patronne je suppose.
-Leurs gueules s’étalaient en grand sur la première page et en plus, les cons, ils se marraient.
-" Prends ton biniou : ordre du médecin " avait dit Paddy.
-J’aurais dû me méfier. Mildred avait un air pas catholique. Ou plutôt : trop catholique pour être honnête.
-Sonner du biniou c’était refuser le clairon et par conséquent la France. Les cons !.
-J’étais trop breton paraît-il !
-Y a encore que Kerouac de bien dans tout ce merdier.
-Pour elle, Kerouac n’était qu’une poubelle on y trouvait de tout, surtout des ordures.
-L’odeur du café et le goût du kouign-amann- je te le ferai goûter un jour Erika il n’y a qu’au paradis qu’on en bouffe, et encore……
-C’est alors qu’il m’a offert "Civil Disobedience" de Thoreau, en me souhaitant bonne chance.
-Je m’étais juré d’apprendre à lire et à écrire ma langue, ne fut-ce que pour empêcher ces gens là de mourir deux fois.
Editions Grasset.( 1982)
10 juillet 2006
Mc CANN Colum / La rivière de l'exil
Recueil de douze nouvelles, couronné par le "Rooney Prize Literature" en 1994.

La rivière de l’exil.
Colum McCANN
Note 4 / 5.
Diaspora, encore et toujours !
Une femme rentre clandestinement aux Etats-Unis pour voir sa sœur religieuse qui est très gravement malade. L’accès lui est interdit. La sœur qui lui refuse l’entrée est irlandaise ; quelque mots de gaélique plus tard, tout est rentré dans l’ordre, sauf entre les deux sœurs (de sang) pour une mystérieuse affaire de chaussettes !
Deux homosexuels dans un port de pêche, l’un se meurt du sida, l’autre étripe des poissons pour subvenir à leurs besoins, un matin pris sur les heures de travail leur donnera un peu de bonheur à tous les deux.
Le monde à l’envers, un exilé japonais en Irlande, les supputations vont bon train, tapissier décorateur, ils donnent du travail aux jeunes gens pendant les vacances scolaires, mais personne ne saura rien de lui. Un jeune homme jette pièces par pièces dans la rivière, de son fauteuil roulant, le vélo qu’il conduisait lors de l’accident qui est la cause de son handicap. Une rivière, des femmes qui pêchent et des hommes qui jouent au football, la campagne irlandaise un jour de beau temps, c’est la nouvelle qui donne son titre au recueil.
Des éducateurs face à des jeunes sans repères, ce garçon de quatorze ans qui a tué le mari de sa maîtresse, et qui s’est rendu à la police parce qu’il avait peur du noir. Ou cet autre éducateur qui doit aller au mariage d’une jeune aveugle dont il a la charge.
Dans "En avant marchons gaiement " qui est ma préférée, un vieil irlandais sort de chez lui, à la Nouvelle-Orléans sur le mur une inscription l’intrigue "Femmes du monde, levez-vous du lit de vos oppresseurs……pour faire le petit déjeuner". Qui sur ce mur plein d’insanité et dans ce monde livré à la misère et à la drogue peut avoir écrit cela ? Ancien boxeur, les souvenirs lui reviennent. Le départ de l’Irlande, se jurant de revenir champion du monde poids lourds, il chante sur le pont "Irlande je t’aime, a Chusla Mo Chroí" (amour de mon cœur), l’amour l’attendait, mais la défaite aussi et surtout les désillusions.
La nouvelle "Je peux placer un mot" est un chef d’œuvre d’humour noir et grinçant avec un final inattendu.
Ici ou ailleurs, le déracinement et contrairement aux clichés, tous les exils ne sont pas synonymes de réussites. Des éducateurs désabusés, des vétérans du Vietnam en chaises roulantes, la mauvaise face du monde, celle des perdants, ceux que la vie dédaignent.
Des descriptions de personnages extrêmes :
-On aurait pu le noyer en lui crachant dessus.
-Betty est une énorme femme brune- si vaste, plaisante Enrique, qu’elle est susceptible de posséder son propre code postal.
-La gentillesse et la discrétion de Flaherty, qui pend aux poignées de porte des voisines les vêtements que sa femme ne met plus.Cathal, écoute aux informations la mort d’un enfant de quatorze ans à Derry, pendant que lui, dans sa campagne aide un cygne à survivre.
Mc Cann rend hommage au gens qu’il aime, les écrivains Jack Kérouac, John Muir, Patrick Kavanagh, Brendan Behan et à Leonard Cohen et à Bob Dylan. Et aux anonymes, aux déracinés de pays ou de cœur avec une écriture toujours pleine de pudeur et de vérité.
Extraits:
-Cela semble normal qu’il n’y ait plus de chambre pour nous au Chelsea Hotel, plus de Dylan, plus de Behan plus de Cohen pour se souvenir de nous.
-Vingt sept ans c’est trop jeune pour devenir chauve.
-Ma tante Moira, qui avait acquis une réputation désastreuse pour s’être enivrée avec Brendan Behan dans un pub républicain de Dublin.
-" Ouais, mais on était normaux, et c’était l’Irlande.
-Depuis quant l’Irlande est-elle normale ?".
-Cligner de l’œil à une jeunesse en cloque ! Il a toujours eu le don d’embarrasser les femmes.
-Barney dit que la seule différence entre une BMW et la SPA, c’est que pour la BMW les corniauds ont le permis.
- Un prêtre chicane parce qu’il ne veut pas de drapeau sur le cercueil.
Titre original : Fishing the Sloe-Back River.
Editions Belfond.(1993)






