Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

27 avril 2009

Collectif des habitants de Plougastel/ Les statues de notre calvaire ont disparu!

Les statues de notre calvaire ont disparu !
Collectif des habitants de Plougastel-Daoulas.
Note : 3,5/ 5.
Descendre de son piédestal!
En 2004, la commune de Plougastel fête les quatre cent ans de son calvaire. Erwan Liziard, en stage chez l'éditeur, est chargé de faire quelques photos de la ville. L'une d'elles détonne par son originalité, Erwan a en effet retiré toutes les statues du calvaire! Voir la photo sur la couverture du livre. De fil en aiguille, la municipalité a l'idée de lancer un concours de nouvelles dont le titre sera « Les statues du calvaire ont disparu ». Ce livre est une sélection des soixante dix nouvelles reçues!.Je signale ici l'intégralité des auteurs de ces courts récits, et je les félicite pour leur imagination
(ils sont nommés dans l'ordre de la table des matières) : Régis de la Turmelière ; Aurèle Bompas ; André Morvan ; Monique Cuny-Maguet ; Laurent Corre ; Mick Kervalla Le Mens(dont la nouvelle est en breton et français) ; Jean-Claude Keromen ;Claude Vennegueus ; Michel Guillerm ; Nadège Gourmelon ; Michel Creac'h-Cadec ; Rachel Derval-Ropers ; Mariannick Bodiger ; Jean-Claude et Claire Quéré et trois élèves de l'école publique Ker-Avel ; Indiana le Foll ; Romain Le Meur et Quentin Perez.
Comment faire disparaître 182 statues? Et pourquoi? Chacun des écrivains a son idée et sa réponse sur le sujet!
Depuis la guerre des Chouans et une fusillade tragique, à cause d'une malédiction, les statues quittent leurs places, et c'est le jour de Noël! Parmi les suppositions, au Hit-Parade de fautifs, les plus nominés sont les Kerhorès* envers qui les habitants de Plougastel semblent avoir quelques griefs! Depuis le temps, plus personne ne se souvient lesquels! On trouve également des collectionneurs extra-terrestres. Les korrigans, Elfes et autres Lutins sont également cités, mais parfois ils aident les humains, alors le mystère reste entier!
Pourtant par exemple, Naïg et son petit fils Lomig enquêtent! D'autres se posent des questions, que deviennent les statues en fin de carrière, comment se passe leur retour aux sources? Et puis de temps à autre, n'auraient-elles pas le droit de prendre des vacances? Quatre cents ans à la même place, quel calvaire! Un chat, suite à une discussion avec la reine des Korrigans, résout le mystère.« Plougastel, souviens-toi de ta promesse! » est le message adressé depuis les Etats-Unis, après la disparition des statues! Mais quelle promesse peut-elle être la cause de ces événements?
Je vais citer deux nouvelles en particulier, car elles ont un côté tragique, « L'âme des statues » et « Nonette et les statues du calvaire ».
Les personnages sont les habitants de Plougastel, car même s'ils sont fictifs, certains ont dû se reconnaître! Beaucoup d'enfants ou d'adolescents sont les héros de ces récits, certains hélas auront des destins tragiques, mais les autres seront des enquêteurs zélés.
Nous faisons également connaissances avec quelques saints, enfin assez pour être statufiés. Mais étrangement, celle qui revient le plus souvent dans ces récits est « Katell Golett », Catherine la perdue , la pécheresse qui changeait de mari tous les jours. On rencontre également un tailleur de pierres heureux et bien d'autres personnages.
Comme dans tous recueils collectifs, les écritures sont très diverses. Il faut aussi noter que l'âge des participants est très disparate, l'un des auteurs est né en 1939, les plus jeunes sont à l'école primaire. Dans les livres mentionnés, figure « Le dictionnaire des Mythologies » de Myriam Philibert qui doit être très intéressant.
A signaler de très belles illustrations de Philippe Motais, d'auteurs des nouvelles ou de leurs proches.
Une bien belle aventure qui, j'espère, créera quelques vocations avant quatre cents ans!

Extraits :
- « Ma doue beniguet, ai-je bu autant quej'en ai la berlue ? Mais non je n'ai pas rêvé ».
- ...avec son impeccable coiffe blanche et son austère tablier noir surmontant de nombreux jupons, elle brille des derniers éclats du chic breton d'antan désormais relégué au folklore régional.
- Oui, c'est ça, elles souffraient d'un manque d'amour. Et les touristes ! Ah là là ! Parlons-en !
- Longtemps, je les ai vus sans les regarder, elles étaient là, faisant partie de notre quotidien, c'est tout ! Qui s'en souciait vraiment ?
- Il était beau le rêve de Cheun!
- Jamais plus avoir connu son histoire, nous ne regarderons les statuts du calvaire avec nos yeux blasés d'adultes, mais avec la candeur d'un regard d'enfant.
- En effet, si je m'exprime maintenant en français, le breton est ma langue maternelle comme elle était celle des artisans qui m'ont sculpté il y a de ça 400 ans.
-«Mais enfin, Maturin, ce que tu nous racontes tient pas debout, tu as rêvé, ou bien ta soirée a débordé de chouchen ».
-« Inquiétant, parce que les promesses, ce n'est pas ça qui manque ! » se dit l'élu.
-«  Bonjour, lui dit le nain, d'où viens-tu? Et pourquoi es-tu déçu ?
Les statuts ont disparu ! répondit l'enfant.
Éditions : Déliou (2004) Que je tiens à remercier pour m'avoir envoyé la photo de la couverture et également pour la rapidité de leur réponse.
* Kerhorès, habitants de la commune voisine du Relecq-Kerhuon, jadis ennemis héréditaires, souvent dans ce livre accusés de tous les maux!

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15 mars 2009

PRILLEUX Frédéric / RDV au pied de la statue.

RDV au pied de la statue.
Frédéric PRILLEUX (coordinateur).
Note : 4 / 5.
Certains RDV peuvent attendre!
Reprenons, le même principe que tous les ans, dix écrivains, cinq professionnels et cinq amateurs sous la direction de Frédéric PRILLEUX nous donnent rendez-vous. Ne soyez pas trop optimistes, tous les rendez-vous ne sont pas des rendez-vous sentimentaux! Bien au contraire dans toutes ces histoires où la mort n'est jamais de tout repos. L'expression « Repose en paix » n'est pas pour les victimes de ce livre.
Laurence BIBERFELD, S.G.FENICE, Élodie Le BAIL, Jérôme LEROY, Marcus MALTE, Claude MESPLEDE, Aurélien MOLAS, Annie MULLENBACH-NIGAY, Jean- Claude REY et Than-Van TRAN-NHUT sont là pour mon 7ème opus de la série. Mais cette année, j'ai un an de retard à mon rendez-vous. Je n'avais pas bien noté le nom de la statue!
« JACOB. RDV AU PIED DE LA STATUE. MÊME HEURE LE 13 PAS LE 14. VENIR AVEC LA CHOSE. DELAFON ».
Le challenge de l'année est là! Une statue, une chose et un rendez-vous avancé d'une journée.
Dans la première nouvelle (il en faut une) l'auteur nous annonce que l'art c'est de la merde! On ne peut pas lui donner tort, nous voilà dans un monde ou l'on nourrit les statues, et comme elles mangent elles défèquent (Qu'en termes galants ces choses là sont dites!). Deux vieux de la vieille veulent se retirer sur un dernier coup! Un gros coup, le casse du siècle!
Quelques nouvelles seraient à classer dans la catégorie « Gore » comme « la mort avec des veines chaudes » où l'auteur nous narre avec un certain sang-froid, l'association de deux malfaisants, un anthropophage et un spécialiste des puzzles en relief. Le second se servant des reliefs des repas du premier ! Ou alors « Vice-à-vice », qui nous est présenté sévices compris !
« Électricité Statique » est une nouvelle d'une noirceur absolue. Nous pénétrons dans le monde des policiers chargés d'enquêter sur les réseaux pédophiles qui sévissent sur Internet. Une vie de reclus, en espérant parfois sauver quelques enfants. Un voyage au bout de l'horreur.
J'ai également beaucoup aimé, la nouvelle intitulée « La chose ». C'est un long monologue, d'un homme parlant à un policier, sorte de garde à vue qui petit à petit va déboucher sur la révélation de certains drames.
Un peu d'humour dans « L'affaire Dada, une enquête de l'inspecteur Hugnet », si l'on n'est pas très à cheval sur certains détails une nouvelle tout à fait loufoque. Une nouvelle qui vient détendre un peu l'atmosphère plutôt glauque de certaines histoires.
A tout seigneur tout honneur, cette année nous avons le droit à un président de la République, en mauvaise posture soit mais encore président dans une nouvelle que j'ai personnellement trouvée délirante, se passant dans une France crépusculaire, ou l'on meurt de faim dans le Pas de Calais et où le choléra sévit près de l'étang de Berre!
C'est triste un enterrement, sauf pour l'assassin. Prenez le cas d'un homme, qui petit à petit a été dépossédé de tout par un de ses cousins. Celui-ci s'est installé à la maison, lui a appris l'amour de ses parents, et en plus a une très jolie fiancée. C'en était de trop!
Jusqu'où un homme politique peut-il aller pour assurer son élection ? Surtout quand des vieux souvenirs remontent à la surface. Et qu'ils sont illustrés par une photo.
Vieux souvenirs aussi pour le professeur Jacob, qui pour sa retraite regagne son village natal. Un de ses amis de jeunesse, Delafon lui donne rendez-vous. Alors Jacob se remémore un drame lointain. Quelle part Delafon avait dans la mort de cet homme ?
Excellente cuvée, avec un mélange des genres que je me rappelle ne pas avoir trouvé dans les autres éditions. Car ici nous mêlons allègrement le rouge et le noir, le rouge du sang et la noirceur de certains sentiments. J'ai beaucoup aimé la nouvelle « La chose » pour le style de l'écriture. « Électricité statique »m' a aussi beaucoup marquée. Il me reste la cuvée 2008 à lire.
Extraits :
- Ils ont mis la merde dans les galeries et les musées. Il est temps de démocratiser tout ça, et de mettre la merde dans la rue.
- Habituellement, les fous ont le sens des conventions. Les cannibales ne sévissent pas sous nos latitudes.
- Vince avait le corps d'Hulk en moins vert et la tête de l'ogre du Petit Poucet.
- De toutes façons, des militants et des ménagères, il ne devait plus y en avoir beaucoup.
Ni en France, ni ailleurs...
- Un faux jumeau, en vérité. Ma peine doit être insondable.
- Oser parler d'une France qui gagne dans un quartier où 60 % des habitants sont au chômage.
- Les collègues nous surnomment « les curés ». On ne peut y entrer que si l'on est célibataire et sans enfant c'est la règle. La deuxième raison se passe de commentaires.
- Une chose ?... Ah oui, « la chose », c'est plus précis, oui, mais ça ne même pas ça ne me met pas davantage sur la voie.
- Deux sujets d'élite déguisés en Dupont et Dupond, pour passer inaperçu, feraient les cent pas non loin.
- Tu ne perds rien pour attendre, d'Autrey. Un jour, c'est ta mémoire à toi que je traînerai dans la boue.
Je l'entendis à peine, mais cela sonnait comme une promesse.
Éditions : Les éditions Terre de Brume / Granit noir. (2007)
Autres chroniques ici

03 janvier 2009

COLLECTIF/ En Bretagne ici et là....

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En Bretagne ici et là.
40 lieux, 40 auteurs.
Collectif.
Note : 5 / 5.
Histoires d'Armor et d'Argoat!
Quarante auteurs parlant de quarante lieux de Bretagne. L'idée était originale et voilà le résultat. Il est à noter que dans ce livre, certains textes sont en français, en breton (normal) , en gallo (c'est déjà plus original) et un texte est en anglais! Certains grands-bretons aiment bien l'autre Bretagne, la nôtre! Je présente mes excuses, je ne pourrai pas parler de tout le monde, ou alors il faudrait que je fasse plusieurs chroniques, pourquoi pas d'ailleurs!
La Bretagne, non les Bretagnes, ces « pays » unis par le sentiment d'être une entité dans beaucoup de différences.
De qui parler? Des auteurs ou des lieux, je ne connais pas tous les auteurs, ni tous les lieux d'ailleurs! Faire un commentaire sur les écrivains que je connais? Donner une chance aux autres? Faire deux chroniques? Encore une fois laissez vos guides touristiques dans la boîte à gants, laissez vos yeux courir sur ce livre!
Des personnages, ici il y en a peu, mais des lieux, là oui! Quand j'ai ouvert ce livre, j'ai cherché Paimpol, Kerity, Ploubazlannec et je n'ai pas trouvé! Mais j'ai découvert d'autres lieux, qui certainement, méritent d'être cités.
Dans les personnages évoqués, Hervé Bellec nous parle de Léo Ferré, et du fait que la plus belle fille du Centre Bretagne ne peut donner que ce qu'elle a! Mais ne pas connaître Ferré quand celui-ci est dans la voiture de Glenmor! Cela mérite-t-il d'être jeté dans le fossé? Roger Gicquel évoque Xavier Grall et aussi Pierre-Jaskez Hélias. Gérard Alle, lui, le chanteur Erik Marchand, il parle aussi, mais n'y voyez aucun rapport, des établissements Rivallan-Quidu? Vous ne connaissez pas? Un petit indice, vous trouverez cette boutique à Guéméné sur Scorff.
La Bretagne intérieure ( Kreiz-Breizh) est très présente dans ce livre, par l'intermédiaire de Marie-Josée Christien dans « La tranché de Glomel ». Jean Kergrist navigue sur « Les canaux bretons ». Jean Failler, lui, remonte l'Odet. Olivier Cousin chemine « Le long de l'Aber-Wrac'h ». La visite se poursuit au fil de l'eau, Roger Gicquel ne regarde plus la télévision, mais « La Rance à ma fenêtre ». Pierre Tanguy nous invite à lire le « Journal du canal », Alain Le Saux se souvient de son enfance dans « L'eau qui reste », Gilles Baudry, assiste à la rencontre de la rivière et de la mer à Landévennec.
Mais la mer n'est jamais bien loin, les îles non plus. Marc Le Gros et « L'île d' enfance », Charles le Quintrec, qui est décédé depuis, et son texte « Vu du Golfe », l'estuaire de la Loire ou la baie d'Audierne sont également à l'honneur.
Un petit mot des écrivains des environs de Lorient, Guenane nous raconte dans un poème très iodé « L'île chauve ».
- "Certaines calvities
se distinguent et s'apprécient ".
Mon voisin, Patrick Argenté, nous parle du ressentiment qu'il éprouve pour Dinan, sa ville natale. Alain Jégou dans « Fort Bloqué, for ever » en deux pages nous fait passer du 5 mai 1953 au 9 avril 2000, la mer, elle, est toujours là. Irène Frain nous parle de Port Louis et de l'époque où elle « faisait le museau ». Jacques Thomassaint, lui, jette l'ancre (noire) dans « La petite mer, de la côte rouge à l'océan », moitié prose, moitié poésie.
Quelques textes sont très beaux et émouvants, celui de Martial Caroff « Chaos », lieu dont parlait également André Célarié dans son roman « Le secret d'une vie ». Porspoder est « Mon pays au bout du monde » comme le dit si bien René Cloitre, très beau chant d'amour pour le village natal.
Angèle Jacq en deux poèmes bilingues nous amène à Brennilis :
-  Au pied du provocateur, assaillant la porte de l'enfer
La haute muraille du nucléaire :
Aujourd'hui ossature de Lucifer!
Une oeuvre originale, très agréable, un voyage dans la Bretagne intérieure de chaque écrivain. L'unité ici n'est que de lieux, pas d'écriture, ni de style, prose et poésie font bon ménage.
Ce livre se termine par quelques pages de présentation des auteurs, qui est très utile et un index des lieux.
Le mot de la fin, car il faut une fin, sera pour Alain Emery :
« Que voulez vous, je suis d'Erquy.....C'est dans ma viande ».
Extraits :
- Personne ne m'y attend, sauf ce visage d'enfant qui n'est plus moi et qui me regarde insolemment. Je lui filerais bien des taloches pour qu'il aille se cacher derrière le créneau. Et je ne serais plus, enfin, de nulle part.
Patrick Argenté.
- Comme si Dieu avait oublié de ranger ses calots après une partie endiablée avec Lucifer.
Martial Caroff.
- « Quand j'étais gamin »....Et si tout le secret de mon amour pour mon village natal résidait en ces quelques mots.
René Cloitre.
- Le secteur n'a pas connu son Angela Duval, ni son Grall, ni son Hélias.
Olivier Cousin.
- Retentit
la chanson des trois lanternes
et la Paimpolaise de l'autre con.
Gilles Durieux.
- Seulement la mer résiste et subsiste dans son immuable et incontrôlable splendeur.
Alain Jégou.
- Et puis l'arrivée sur l'Erdre, notre Nil breton.
Jean Kergrist.
Éditions : Keltia Graphic. (2008)

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26 novembre 2008

Collectif / Trésor de la nouvelle irlandaise, volume 2

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Trésor de la nouvelle de la littérature irlandaise.
Volume 2.
COLLECTIF.
Note : 4 /5.
Moins anciennes nouvelles.
Les quinze auteurs de ce second volume sont plus « contemporains », certains sont encore en activité. En voici la liste : Liam O'Flaherty, Elizabeth Bowen, Sean O'Faolain, Franck O'Connor, Bryan McMahon, Mary Lavin, James Plunkett, William Trevor, Leland Bardwell, Bernard Mac Laverty, Ita Daly, Shane Connaugton, Desmond Hogan, Aidan Matthews et Anne Enright. Vu la qualité des ouvrages, je pense que le prix est très raisonnable. Volume 1 ici.
Pour chaque volume en fin de livre se trouve une biographie complète de chaque auteur. Une remarque malgré tout, l'auteur de la préface nous dit « Le tome deux ne contient que des nouvelles qui sont traduites pour la première fois en français », ce qui n'est pas tout à fait vrai. « Le champ de Katleen »de Trevor William, par exemple, figure dans le recueil, « Péchés de Famille » qui date de 1991. Et la nouvelle d'Anne Enright se trouve dans le recueil « La vierge de poche ».
Deux nouvelles de Liam O'Flaherty commencent ce livre. « Le franc-tireur » court texte, sur la guerre civile irlandaise. Un récit percutant de grande qualité, tout est dit en 6 pages! Dans « Départ en exil », il nous raconte la veillée avant le départ de deux enfants d'une même famille, sachant qu'il y a très peu de chance de retour.
Sean O'Faolain nous livre une histoire étrange avec un titre qui l'est également « Vivant impie et à moitié mourant », la religion, la vie et la mort dans une nouvelle bien dans le style de l'auteur.
Certains exilés reviennent, mais pas forcément pour de nobles motifs, voir « Le retour de l'exilé », sombre histoire de vengeance.
« Classe ouvrière » nous raconte la veillée mortuaire d'un syndicaliste. Les ouvriers boivent et chantent, les membres de sa famille, eux, connaissaient une autre face de celui qui fut un mari et un père! Une belle histoire sur les relations humaines.
« Le champ de Kathleen » est une nouvelle bien triste pour cette pauvre Kathleen, une vie contre un lopin de terre! « La coiffeuse » de Leland Bardwell est une histoire à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Un monde apocalyptique, des maisons tombant en ruine, des femmes seules et des hommes de passage. Des gangs de miliciens qui font régner la terreur, et Mona la jeune fille devenue coiffeuse.....
La vie londonienne pour un irlandais, c'est pendant un moment la fête, mais cela ne dure pas, même dans les « Souvenirs du Swinging London ».
Beaucoup de personnages , très divers dans ce livre, un tireur d'élite des républicains contre un tireur d'élite, des partisans de l'état libre dans cette guerre fratricide qui déchira les deux clans. Un homme dont la logeuse pense parfois mourir, un directeur d'école trop sincère dans une petite ville, un nouvel arrivant « Le bonimenteur » va troubler la quiétude qui y règne.
Une jeune fille victime de la cupidité de son père, un artiste peintre vient veiller son père mourant, les relations entre eux furent toujours difficiles.
Des écritures très disparates, dont certaines ont vieilli. Mais également quelques découvertes comme Shane Connaughton, scénariste à succès ou Bryan Mc Mahon dont j'ignore si quelques autres écrits ont été traduits.
A noter que les femmes représentent un peu plus d'un tiers des nouvelles de ce recueil, des plus anciennes Elizabeth Bowen, au plus jeune Anne Enright.
Un recueil des plus intéressants, car toutes les nouvelles sont d'écrivains reconnus et de grand talent.
Extraits:
- Le franc-tireur regarda son ennemi qui tombait et il frissonna. Le goût du combat avait disparu en lui. Le remord le tirailla.
- Ne faiblis pas pour l'amour de Dieu. Partir sera encore plus dur pour moi.
- Il n'y avait plus de place pour eux. Dans quelques heures ils seraient des errants sans domicile.
- Celle-là est l'exemple typique de l'Irlandaise archidévote de nos jours.
- Dans une petite ville, la fin d'une amitié à quelque chose à voir avec la mort.
- Légalement conçus, est juste. Là tu l'as dit.
- Et quand avons nous eu un jour de soleil dans ce pays, j'aimerais bien savoir?
- Son attirance pour son mari avait frémi dans leur lit de mariage et s'était éteinte dans l'amertume des beuveries sauvages et de discordes ouvrières.
- Elles se donnaient avec passion à ces hommes et pleuraient de désespoir quand ils partaient.
- « T'es qu'une sale bribe de créature ».
- L'une d'elle l'avait accusé de faire l'amour comme on dégorge les conduits.
Éditions : Éditions Les belles Lettres. (2002)

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08 novembre 2008

Collectif/ Histoires maigres. Nouvelles d'Ecosse

Histoires maigres.
Collectif (Nouvelles d'Ecosse).
Note : 3,5 / 5.
Non, tous les auteurs écossais ne sont pas morts, ils écrivent encore!
Il y a encore des écossais qui écrivent, nous allons en découvrir trois, deux plus exactement et une dame Agnes Owens. Les deux auteurs, Alasdaire Gray et James Kelman, ont eu chacun trois romans publiés chez Métailié.
Ils font partie de « L'école de Glasgow » qu'Alasdair Gray définit ainsi : « ....nous avions comme point commun d'écrire dans un anglais très influencé par les langues gaéliques » et plus loin cette phrase : « L'Anglais reste un envahisseur ». Un recueil de 43 nouvelles, mais certaines sont très courtes.
Les Écossais sont-ils des gens galants? En tout cas honneur à Agnes Owen qui ouvre ce livre avec 9 courtes nouvelles. Des histoires pour le moins sombres, entre une guérisseuse obèse et répugnante de saleté qui vit avec ses 4 «  enfants » (courts sur leurs 4 pattes), ils n'aboient pas quand la caravane passe, car la caravane, ce sont eux, quand Arabella, leur maîtresse, les promène dans leur landau! Un jour, un inspecteur des affaires sanitaires est attendu dans le taudis! Un bus qui passe quand il veut, les gens font la queue et parlent entre eux. Une bagarre éclate entre jeunes. S'ils veulent se battre, l'Irlande n'est pas loin, dit un témoin!
Un dialogue surréaliste entre une mère et la directrice de son fils. Pour cette dernière, George est un fauteur de trouble, pour sa mère, un fils modèle! Cherchez l'erreur!
On passe ensuite à James Kelman, le premier titre est « Crevard d'Ecossais », un homme, une femme, de l'argent, des cartes, 2 pages. Pratiquement toutes les nouvelles de cet auteur semblent concerner le même personnage, un homme qui n'a plus rien, clochard à Londres, vagabond errant dans la campagne écossaise dans « là où j'étais ». Des situations absurdes, deux parieurs parlent, l'un semble vouloir faire croire à l'autre qu'ils se connaissent et veut lui emprunter de l'argent. Un nouveau balayeur est embauché dans ce qui semble une usine, pourquoi? Des voyages sans buts et des retours vers l'Angleterre. Je n'ai pas compris grand chose de la finalité de ces écrits.
Alasdair Gray termine ce livre d'une manière plus classique, avec un étudiant qui raconte son voyage d'études. Le bateau sur lequel il est malade, visite à l'infirmerie et reste du voyage dans l'hôpital du bateau. Puis encore l'hôpital où il a été débarqué. Quelques temps plus tard, il sort enfin de l'hôpital, mais dans sa chambre d'hôtel, la femme de ménage secoue les oreillers et il est allergique aux plumes etc.... Il termine sa lettre par « Ma bourse d'études Bellahouston m'a été bénéfique ». A noter que l'auteur parle de Jack Profumo, ministre de la Guerre Britannique, qui dut démissionner, car il avait eu la mauvaise idée d'avoir pendant un temps, partagé la même call-girl qu'un attaché militaire de l'ambassade d'URSS à Londres!
Un jeune homme amoureux, mais éconduit vient narrer ses mésaventures à un ami, lequel n'est pas enchanté de cette visite.  Il ne comprend en effet rien au raisonnement de l'amoureux transi!
« Le reclus » est la nouvelle la plus intéressante du livre. Jamie est le fils du Révérend John Kirkwood, homme austère et rigoureux. Un matin, après boire, il se réveille dans une chambre qu'il pense être la sienne, mais des vêtements féminins sont étalés sur le lit! Pourtant cette chambre est la copie conforme de la sienne! Une jeune fille entre.... Comme on le devine, il cherchera à la revoir. La morale de cette histoire, on ne peut être heureux au jeu et en amour! Mais par contre on peut être malheureux aux deux!
Une dissertation sur l'Ecosse à travers l'art et la difficulté d'en vivre avec deux textes       « Portrait d'une dramaturge » et « Portrait d'un peintre ».
Trois styles très différents :
Agnes Owens pose un regard lucide sur la société qui l'entoure, il s'en dégage un sentiment de désespoir. Les personnages sont des êtres paumés, victimes de la fin de l'ère industrielle qui a laissé une partie de la population sur le carreau. Des histoires étranges et une lecture pas facile. La nouvelle « Arabella » en particulier laisse un sentiment de malaise. Les personnages de ces nouvelles ne sont pas bien reluisants : d'Arabella, la pseudo guérisseuse, aux personnes faisant la queue pour prendre le bus.
James Kelman a une écriture plus heurtée, la fin de ses histoires m'a souvent laissé dans l'expectative ! Un écrivain déroutant et des nouvelles qui demandent une attention toute particulière. Je pense que j'essayerai un de ses romans pour ne pas rester sur cette impression.
Alasdaire Gray lui parle de personnages plus conformes à la société actuelle, mais ils sont tout de même des perdants dans l'âme et dans leurs comportements.
Comme souvent dans ce genre de recueil, j'ai trouvé la qualité des nouvelles relativement inégale ayant eu par exemple beaucoup de mal avec le style de James Kelman.
Un livre à découvrir pour l'étrangeté de certains de ces textes qui sont loin des canons de la nouvelle habituelle, une expérience pas facile, mais intéressante.
Un très intéressant Post-scriptum nous explique la genèse de ce livre.
Extraits:
- Elle passa un chiffon humide malodorant sur son visage, ce qui n'eut pour effet que de révéler plus nettement les traînées de crasse. Puis elle essaya d'enfoncer un peigne dans la masse broussailleuse de ses cheveux, mais il cassa.
- Arrrh, on ne peut plus se battre pour des prunes de nos jours. Ils feraient mieux d'aller à Belfast comme mon fils.
- La compagnie de ce jeune homme était pire que pas de présence du tout.
- Bon sang, c'est une honte, elle a dit, une honte de ridiculiser nos compatriotes en se donnant en spectacle devant les Anglais.
- Au moins, je suis ailleurs.
- ...parce qu'en effet, cet instant était bel et bien arrivé et il avait disparu à présent, disparu à tout jamais.
- Bien entendu j'ai dû affronter le monde, finalement. Seuls des moyens financiers inépuisables peuvent nous dispenser de le faire, or je venais à bout des miens.
- Si, belle! Je sais qu'elle a un visage tellement personnel qu'il en est presque laid, mais son corps est beau à tous points de vue....
- ...une intransigeance navrante, qui donne à son fils le choix entre trois options : la servilité, l'hypocrisie, ou la rébellion.
- ...nous préférons croire aux vertus suprêmes que sont l'amour, l'amitié, le foyer, l'église, une équipe de football, l'orangisme et (lorsque notre éducation nous y a sensibilisés) l'Art.
Demain je vais changer. Oui, demain. Demain
Éditions : Les éditions passages du Nord/Ouest. (2007)
Titre original : Lean Tales
(Je remercie les éditions Passage du Nord/Ouest pour ce renseignement)

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04 septembre 2008

PRILLEUX Frederic / A saisir!

A saisir!
PRILLEUX Frédéric (Coordinateur)
Note : 3,5 / 5.
Home, sweet home.
Ce recueil est le septième, résultat du concours de 2006. D'habitude il y a dix écrivains pour dix nouvelles, ici, il y en a onze. Voilà la liste des heureux élus : Maïté Bernard, Alain Demouzon, Magali Duru, Denis Flageul, Joël Hamm, Hervé Leclerc & Cathy Lecruble, Florent Liau, Gille Parmentier, Annelise Roux et Romain Slocombe. Le thème, une maison : c'est vaste mais tout est possible dans un lieu habité ou inhabité!
Suivons les guides pour faire le tour du propriétaire, ou du locataire ou du squatter!
« Les oeufs en cocotte à la crème » n'est pas une nouvelle sur la cuisine, ni sur la nouvelle cuisine d'ailleurs, malgré que l'un des personnages mijote des petits plats que l'on aimerait bien goûter. Et puis certains instruments de cuisine peuvent être très dangereux pour la santé!
« Un été à tuer ». Deux jeunes garçons, pour s'occuper pendant leurs vacances scolaires, ont un jeu qui paraît bien innocent, prendre leur vélo, rouler au hasard pendant quatre heures. Se reposer pendant deux heures et rentrer. Mais voila, un jour ils découvrent une maison qui semble abandonnée, ils décident de la visiter, trouvent une entrée et ils ne suivent pas le guide, car il n’y en a pas! Le doux ronronnement d'un frigo leur indique que la maison n'est pas si vide que cela!
« Eux » est une de mes nouvelles préférées, une voix off se mêle au récit. Une famille qui semble ordinaire s'installe dans une maison, le père dynamique, la mère un peu fragile nerveusement, la fille enfant calme et un peu solitaire, et Maxime, l'hyper-actif, la plaie pour sa mère, qui est usée par ce garçon qui a su déceler son point faible. Pour elle, la vie est un enfer. La solution : un complot entre la voix et la mère, quelques petits gestes innocents et tout va bien. A lire!
« Une histoire de pain de mie » On peut commencer par manger son pain blanc dans la vie, puis quand on perd son boulot dans l'usine de pain de mie, on commence à manger son pain noir. En rêvant un peu, on peut penser que l'époque du pain béni est enfin arrivée, mais en réalité survient l'époque du pain sec! Et de l'eau pas très claire.
Quelques personnages très ordinaires peuvent voir leurs vies contrariées ou changées par un quelconque concours de circonstances. Une femme retrouve son premier amant, elle s'est mariée à un homme beaucoup plus vieux qu'elle, poussée par des convenances familiales. L'amour est-il plus fort que la raison?
Une petite fille curieuse et très tenace trouve un message dans une maison que l'enlisement menace. Que ce simple bout de papier peut-il bien cacher? Alors, elle cherche, mais c'était il y a longtemps.....Peu de gens se rappellent.Un agent immobilier sûr de son charme, une jeune femme bien de sa personne qui cherche une maison reculée pour tourner un film. Après une journée ensemble, l'homme est sûr de son affaire, mais dans tous les films, il y a toujours des seconds rôles féminins et masculins. « Coupez » dirait le metteur en scène. Jusqu'à quel point un homme peut-il aller pour venger la mort de son jeune frère dix ans plutôt? Très loin, pense Nicolas, et même plus encore! Une nouvelle qui fait froid dans le dos. Quelques amis se retrouvent pour regarder un feuilleton, reporters ou journalistes, ils ont vécu et vu des choses horribles dans des pays lointains. Mais ces choses peuvent arriver aussi chez vous! La frontière est étroite entre la vie et la mort. Une femme « profiler », enquête sur un crime apparemment commis par un ancien policier. Pourquoi a-t-il tué cette femme, il ne se rappelle de rien. Il lui parle d'un rêve d'une maison sur la côte. Il lui décrit la maison avec minutie. Elle retrouve cette maison, et trouve...
Pour cette fois j'ai trouvé que toutes les nouvelles ne sont pas de qualité égale, certaines m'ont laissé dans le couloir, en attente d'une invitation à entrer dans la salle à manger! Mais ce n'est pas une raison pour rester dans le boudoir ou dans l'antichambre ni pour laisser ce livre dans la bibliothèque.
Extraits:
- Les mots ne me font pas défaut. Seulement ils ne s'additionnent pas.
- Il y avait là une histoire vraie, qu'il n'était plus nécessaire d'inventer.
- Cela a duré un siècle ou deux. Ou peut être une minute.
- Maintenant, à nous deux, le beauf!
- T'as vu leurs noms? Bryan, Dylan, Brandon, et l'autre là, ta soeur, Heather! Merde on est en France!
- Il lui renvoie sa peur permanente. Peur des gens, peur des choses.
- Plus de boulot, plus de fric. Plus de fric, plus de gonzesse. Plus de gonzesse, plus le moral.
- Le temps était passé, mais la peine restait là, au milieu de son ventre. Entre coeur brisé et entrailles révoltées.
- Mais ce n'est pas ça qui me déplaît vraiment en elle, remarquez. Ni le fait qu'elle est assez moche, avec le nez cassé, un cul étroit, des épaules de mecs.
Éditions : Terre de Brume.
Autres chroniques de cette série :
5
A saisir
Billets brûlés
Le onzième commandement
Le rose et le noir
Mes chers voisins

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21 juin 2008

COLLECTIF/ Trésor de la nouvelle irlandaise, volume1.

Tresor_2

Trésor de la nouvelle de la littérature irlandaise.
COLLECTIF.
Volume 1.
Note : 3,5 / 5.
Anciennes nouvelles.
Panorama très complet en deux tomes de la nouvelle dans la littérature irlandaise.
Neuf auteurs, Jonathan Swift, Maria Edgeworth, Charles Robert Maturin, William Carleton, Joseph Sheridan Le Fanu, Bram Stocker, Oscar Wilde, John Millington Synge et James Joyce, pour douze nouvelles. Une préface donne quelques clés pour comprendre l'importance de ce genre dans la littérature irlandaise. En fin de chaque volume, il y a une notice très complète pour chaque écrivain.
« La bataille des livres » de Jonathan Swift, est difficile à lire car de nombreuses notes expliquent le texte mêlant littérature et politique. Beaucoup de noms de personnages oubliés depuis, mais il semble obligatoire qu'il y ait au moins un texte de Swift dans cette anthologie.
Maria Edgeworth est présente avec deux titres dont « Le pigeon blanc », histoire certes attendrissante d'un jeune garçon d'une honnêteté rare mais qui sera récompensé à la fin, pour une fois.
Une vieille fille écrit à sa nièce pour la mettre en garde contre les tentations de la vie moderne, aux environs des années 1800! Rien de neuf sous le soleil ! Il s'ensuit une correspondance entre trois femmes pour une histoire complexe.
« Wildgoose Lodge » est un très beau texte mais très dur. Nous sommes dans les années 1830/1850; dans les campagnes irlandaises sévissent (le mot n'est malheureusement pas trop fort) quelques sociétés secrètes protestantes et catholiques. Ici, sous un vague prétexte de dénonciation, une ferme est brûlée.
John M.Synge est cité deux fois. La première pour « Le passeur de Dinish Island », la seconde pour « Une nuit d'automne dans les collines ». Ces deux nouvelles sont extraites de « Voyage dans le Wicklow, dans l'Ouest du Kerry et le Connemara » . C'est une plongée dans la campagne irlandaise, ses croyances et la solitude de certains îliens, deux belles histoires de gens simples.
On trouve dans ce recueil tout un tas de personnages de la vie ordinaire mais aussi un fantôme et un rebouteux qui conversent dans la nuit. Dans une petite ville anglaise, un gantier et un tanneur devraient marcher main dans la main! Mais l'un est anglais et l'autre irlandais, alors déjà c'est moins sûr, même à l'époque. Des enfants ou des adolescents qui commencent l'apprentissage de la vie, des hommes perdant tout contrôle d'eux-mêmes,  pillant et tuant.
Oscar Wilde nous parle magnifiquement d'une infante d'Espagne et de son anniversaire. Puis d'un « Enfant-étoile » cruel qui deviendra d'une grande bonté, après avoir traversé biens des épreuves.
De Swift ( 1667/1745) à Joyce (1882/1941) presque deux siècles de littérature irlandaise. Certaines nouvelles ont perdu de leur fraîcheur, et paraissent maintenant dépassées.On constate également la présence de trois auteurs dits « fantastiques », Charles Mathurin, Sheridan le Fanu et Bram Stocker, ce qui prouve la qualité des auteurs irlandais dans ce genre bien spécifique. Une remarque également, pour William Carleton qui fut pourtant un écrivain prolifique. Dans tous les recueils de nouvelles on trouve toujours le même et unique texte « Wilgoose Lodge ».La nouvelle de James Joyce, « La rencontre » clôt ce premier volume. Texte maintenant bien anodin, mais qui valut à son auteur quelques soucis avec les éditeurs !
Un bon livre mais dommage que près de la moitié des titres se trouvent sur d'autres recueils consacré au même sujet.
Extraits:
- La satire est une sorte de miroir où, d'ordinaire, chacun reconnaît le visage de tous hormis le sien...
- Il est irlandais, c'est assez, c'est trop pour moi.
- Mais elle trouva que danser chez quelqu'un est tout autre chose que de donner une caution pour lui.
- Mais de cet âge d'or à l'âge de fer, la transition sera courte et terrible.
- ...et, à force de boissons spiritueuses, ils en étaient venus à braver toute responsabilité dans ce monde ou dans l'autre.
- Meurtriers et victimes, tous les acteurs de cette scène étaient catholiques romains.
- « Tous ceux qui tirent l'épée méritent de périr par l'épée »
- D'habitude on ne l'autorisait qu'à jouer avec les enfants de son rang, de sorte qu'elle devait toujours jouer seule...
- Mes deux frères sont partis en Amérique, dit-il, et il fallait que je revienne parce que j'étais le fils aîné...
- Ce chien a la sagesse d'un enfant, et il savait très bien qu'ils avaient emporté la pelle pour l'enterrer.
- Quel est ce torchon ? dit-il ! « Le chef apache », c'est ce que vous lisez au lieu d'étudier votre histoire romaine!
- Tous les garçons, dit-il, on un petit flirt.
Il me parut d'un bien étrange libéralisme sur ce sujet pour un homme de son âge.
Éditions : Les belles Lettres. (2002)

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11 juin 2008

COLLECTIF / Nouvelles de Bretagne 2008

Nouvelles_2008

Danevelloù Breizh (2008).
Nouvelles de Bretagne
Collectif
Note : 4 / 5 .
Le Danevelloù Breizh nouveau est arrivé!
Livre publié pour la Quinzaine des éditeurs de Bretagne, il est distribué gratuitement dans les librairies de Bretagne. Espérons qu'il rencontrera le même succès que l'édition de l'année dernière. Cette année, le thème choisi est « Le livre Brisé ».
Huit auteurs ont été sélectionnés : Michèle Astrud, Daniel Cario, Pierre Cottin, Philippe Dazy, Pierre Kerhervé, Sylvie le Bras, Charles Madézo, et Marc Nagels.Sylvie Le Braz, était déjà là l'année dernière avec sa nouvelle « Le stagiaire ».
« Livres par moitiés » dont le sous titre pourrait être, c'est la faute à Voltaire. Un homme plaqué par sa femme et sa maîtresse décide d'écrire un livre en deux parties. Il demande à ses fils de s'occuper de l'édition de cet ouvrage. Mais sa mort viendra tout compliquer.
Au 29ème siècle une nouvelle profession est née (désolé) « Loueur d'enfants ». Julia a du mal à s'endormir, le psychodoc examine son cas, alors c'est grave docteur :
-Tout cela est clair, vous souffrez d'une crise aiguë d'instinct maternel.
Mais dans une société aseptisée, chaque problème a une solution! Mais si celle-ci se révélait pire que la maladie?
Réussir le crime parfait, tout le monde en rêve, parfois, c'est fait pour un écrivain, mais à quel prix. C'est l'intrigue de « Un funeste manuscrit » un texte très intéressant.
« Mots de guerre », le titre pourrait être aussi « Maux de guerre » pour cet homme détruit par la guerre d'Algérie.Que fait-il la nuit quand les lumières brillent dans sa ferme et dans sa solitude?
« Le balcon spectral » ou « La femme lisant » est mon coup de coeur de ce livre. Un texte très poétique avec une écriture recherchée. Un joyau littéraire, et une surprise de taille! Un homme , dans un donjon, parle d'une femme et d'une bibliothèque, mais qui est cette femme? Un récit plein de mystère!
Le narrateur de « Jakez Le Glas » doit faire un texte pour les éditions « Top Braise », un portrait ou une nouvelle.Pourquoi pas le portrait Jakez le Glas, ce vieux marin qu'il rencontre au bistrot, il rédige dans sa tête pendant que l'autre raconte ses souvenirs. La pipe s'éteint, les bières sont finies, le rêve est-il lui aussi passé?Des hommes et des femmes et des livres, des personnages contrastés animent ce recueil de nouvelles.Un homme seul écrit pour le plaisir mais avec méthode, un couple dont la femme aimerait connaître les joies de la maternité dans un monde déshumanisé. Un ermite dans un village breton qui est-il vraiment? Robic est « Pilhaouer* », il trouve un manuscrit, que faire avec quand on ne sait pas lire? Le mettre au feu ou l'oublier dans une armoire? Un vieil homme doit pour vivre vendre petit à petit le contenu de sa bibliothèque, mais hélas certaines personnes ont des contraintes commerciales, donc le prix au kilo baisse.Une petite fille, nommée Aline, ne savait pas qu'il y avait eu dans le temps « Une époque muette » sans radios, ni télévisions et ni ordinateurs, mais avec des livres, des héros aussi, des vrais méconnus et d'autres de pacotilles.Chaque écrivain apporte son style et son écriture personnelle, c'est ce qui fait l'intérêt de mon point de vue de ce genre d'ouvrage que j'affectionne particulièrement.
Extraits :
- Cette pulsion salace entraîne son exclusion immédiate du château où il vivait innocent et heureux.
- ...il fit méthodiquement la liste des tentations qui, depuis Saint Antoine entraînent les humains vers une perte certaine.
- On sait que la chose peut exister en l'absence du mot.
- Oh! Docteur... Qu'allez vous imaginer! Jamais! Dans ce domaine, mon mari et moi-même suivons scrupuleusement les conseils de la Directive universelle de la copulation.
- Un bébé, c'est un bébé. Simplement je voudrais qu'il ressemble aussi peu que possible à ma femme ainsi qu'à moi même. Je ne voudrais pas que l'on puisse supposer que...enfin...vous me comprenez...
- Je rencontrais Anna Roumi, jeune et belle puisque j'en tombais amoureux.
- La guerre est la même, que tu sois biffin, tirailleur, chasseur ou para:
« Tu fermes ta gueule...tu marches, tu rampes, tu tires sur tout ce qui bouge »
- Elle retire ses souliers et écoute le baiser de ses pieds nus sur la pierre molle.
- Le livre est chemin d'errance, le livre est forêt. La bibliothèque véhicule des siècles de pensées élaborées.
- J'ai tant vécu qu'il ne me reste plus de vie.
- Depuis elle, pas une seule fois la réalité n'est venue hanter ma conscience.
- ...il salue chaque passant qu'il rencontre dans la rue Webcam.
- Il y a dans la bière des langueurs, des temps morts, des silences.
- Glas, en breton réunit les trois couleurs. Il n'y a pas de mots pour distinguer le vert du bleu dans cette langue maritime.
Éditions : Livre et lecture en Bretagne 2008.
Supplément à la revue « Pages de Bretagne »
* Chiffonnier en breton.
Chronique de l'année précédente ici.

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17 mai 2008

COLLECTIF (sous la direction de Gérard ALLE) / Crachins

Crachins (Nouvelles fraîches de Bretagne)
Collectif (sous la direction de Gérard ALLE)
Note : 4 / 5.
Une dépression venue de...........
Une douzaine de nouvelles (comme les huîtres), treize auteurs (eh oui, pour écrire une nouvelle, il se sont mis à deux!). Quelques écrivains connus, d'autres moins, mais ne comptez pas sur moi pour cafter, les connus et les autres. Enfilons nos imperméables, mettons nos masques de plongée, nos bottes en caoutchouc et trouvons un coin à l'abri de cette catastrophe naturelle qu'est le temps en Bretagne! J'allais oublier, découvrons ces nouvelles avec hélas plusieurs années de retard, ce recueil date de 2001.
En regardant de plus près (oui, il m'arrive d'étudier un livre avant de le lire et avant d'en parler!),
je me rends compte que de tous les auteurs répertoriés, je n'ai lu que Jean Kergrist.
Commençons par, il le dit lui-même le sergent recruteur, Gérard Allé et les recrues Nicolas de la Casinière, Léna Diraison, Pierre Fénard, Soaz Flaouch, Ronan Gorgiard, Thierry Guidet, Marie Hélias, Jean Kergrist, Dominique Lebsohn, Jean Marc Ligny et Michel Toutous. En avant marche.............
Dans « Le dernier Tango à Pont-Gwin », une fille est effarée par la conduite de sa mère, veuve, mais femme encore jeune et belle. Depuis que la mode est au bal rétro, celle-ci sort beaucoup et fait des efforts de toilettes, même des boucles d'oreilles! Méfiance donc, mais rien ne se passe comme prévu!
« Une bergère et trois commis », ne vous mettez pas dans cet état, il est effectivement question de faire la bombe, mais la bergère n'est pas forcément une bombe sexuelle!
L'argent n'a pas d'odeur, le mazout si, « Mazout-Frites » va apprendre à ses dépends que l'on peut trafiquer sur tout! Il a eu le nez creux pour le découvrir, mais il aura la langue trop bien pendue pour en profiter.
Désamour à Keramour dans « Postcocos contre néoruraux » la nouvelle qui laisse sans voix !
Un jour et sa nuit peuvent prendre plusieurs options, cela peut être «Un jour de foutre» film classé X sur une chaîne cryptée. Cela peut être un jour de gloire et une nuit d'ivresse alcoolisée pour le Bagad Kemper après un nouveau sacre à Lorient. Mais pour d'autres les sans grades et les sans grâces, ce sera une nuit qui aurait pu être de rêve et qui se terminera en cauchemar. La vie est dure.
« Les illuminés de l'abbaye de Bot-Gwenn », récit qui mêle congrégation religieuse, collaborateurs pendant la guerre et les rapports étroits entre les uns et les autres. Une femme y perdra la vie. Je vais vous dévoiler la fin :
- Faites confiance à la Providence.
Une statue féminine, un petit village, un peu de magouille et de marketing, et la vache à lait se transforme en pompe à fric.
Des Bretons, mais pas forcément typiques, la description des danseurs dans « Le dernier tango à Port-Gwin » est désopilante mais criante de vérité.
Mona, militante bretonne, est aux prises avec la police, c'est le jeu du chat et de la souris. Personne n'en sortira indemne.
« Fanch & François », deux identités pour un même homme, Fanch, c'est à Douarnenez chez lui où il passe ses vacances. François, c'est sur le passeport pour aller travailler sur les plates formes pétrolières en Afrique. Une très belle histoire pendant un rassemblement de vieux gréements. L'amour veut mettre les voiles, les autorités veulent qu'il n'y ait pas de vagues. Mais même quand la ville fait la fête, la terre tourne et pas trop rond hélas!
Un curé homosexuel, une femme sexuellement normale fumant de l'herbe et une bonne copine, le tout dans un monde futuriste où les voitures obéissent à des ordinateurs. Le coup de la panne d'essence pourrait faire rire mais pas sur un bord d'autoroute où quelques bandits de grand chemin rôdent!
Un dénommé Ank lui par contre se meurt d'amour, il en oublie même son travail. La mort dans l'âme, son employeur doit intervenir!
Une préface qui pour une fois est intelligente et lisible sans dévoiler ce qui mérite d'être voilé!
Une Bretagne des bistrots, mais pas de cartes postales, le festival et la musique, la campagne et ses magouilles électorales. Une Bretagne des grands voiliers et des grands profits, des kermesses paroissiales et des reines de beauté .
Rendez-vous bientôt pour le chant du cygne, ce qui pour une baleine est un monde!
« Grains » bientôt dans tout les bons bulletins météo! Enfin quand je l'aurai lu.
Extraits:
- Leurs rapports ont toujours été un peu comme ça aux deux frangines: néolibéralisme contre conservatisme familial.
- Elle a aussi au moins changé de gaine, pour porter ses seins en triomphe comme ça!
- Car l'énarchie avait ses ennemis.
- L'opération avait fait deux morts selon Bougrain-Dubourg, un et demi selon la police : un vigile et son clebs qui effectuaient leur ronde au mauvais moment.
- Ça y est. Je vais encore avoir le droit au couplet sur la collaboration pendant la dernière guerre. Mais j'ai vingt cinq ans nom de Dieu!
- D'accord, la morte c'est pas une vraie, mais quand même!
- Passager épisodique d'une réalité qui n'était plus la sienne.
- La vie réduite à une animation. Sur le port, les vieux faisaient partie du décor.
- Ce soir la musique bretonne mange dans un verre.
- Alors, c'était sans doute ce pays, ce pays lourd, patient......
- Alors cette fois ils font venir Mate ma tante...
- Je voudrais bien être pour la Bretagne, comme Laetitia Casta l'est pour la Corse, un portemanteau de la beauté bretonne.
Éditions : La Baleine. (2001)
(L'animal est en voie de disparition, la maison d'édition a hélas disparu!)

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05 mars 2008

COLLECTIF / Trois morts salées.

Trois morts salées.
Collectif.
Note : 3,5 / 5.
Tombes vertes.
Trois courtes nouvelles de trois auteurs différents. Liam O'Flaherty,(1896/1984) prolifique écrivain. Beaucoup de ses ouvrages ont été traduits en français. Certains comme "Le mouchard" ont été adaptés au cinéma avec le succès que l'on sait.
Mary Lavin (1912/1996) est une auteure dite réaliste, ce que réfute le traducteur de ce livre ; à mon goût ses écrits ont pris des rides. Mais pour elle comme pour Daniel Corkery (1878/1964), relativement peu de traductions sont disponibles en France.
Ces trois écrivains viennent d'horizons différents : Liam O'Flaherty est né dans les îles d'Aran, sa langue natale est le gaélique.
Mary Lavin est née aux Etats-Unis de parents irlandais, la chose curieuse dans ce recueil, c'est que c'est elle qui situe sa nouvelle dans une île gaélique.
Daniel Corkery lui est natif de Cork, c'est plutôt un citadin et un homme de théâtre. Il est l'un des fondateurs de la Cork Dramatic Society. Il n'a écrit qu'un seul roman.
"La Femme fardée" de Liam O'Flaherty commence ce recueil. Les frères Bruty, Martin et Patrick sont les archétypes des paysans irlandais, célibataires, vivant dans une ferme plutôt délabrée. La maison aurait bien besoin d'une présence féminine ; Patrick annonce à son frère son projet de mariage avec Kate Tully . Celle-ci est revenue d'Amérique avec un enfant et des manières qui ne plaisent guère à Martin. La tension, après le mariage, s'installe entres les membres de la maisonnée. Puis la méfiance se transforme en haine entres les deux frères.
Puis de Mary Lavin suit "Tombe verte, tombe noire". Le dépaysement est total, nous sommes dans une île typiquement gaélique, les hommes sont pêcheurs et les femmes viennent du "continent". Le corps d'un homme est repêché. Les marins dialoguent entre eux, il faut aller prévenir son épouse, nouvellement arrivée dans l'île. Ils partent avec le corps, mais la maison est vide. Où est la femme? Sans conteste, ma nouvelle préférée.
Et pour finir une des rares traductions de Daniel Corkery. "Le retour", c'est celui d'un marin à Cork. La soirée est très arrosée, l'alcool et la jalousie feront que la réunion se terminera en combat entre le marin et un autre homme. Une histoire étrange!
Les personnages sont des êtres frustes, butés comme les frères Bruty. La présence d'une femme et d'un enfant cause la fin de leur confiance mutuelle.
Les marins aussi sont des êtres simples encore accrochés aux vieilles croyances païennes, mais la mer, la tombe verte réclame son dû encore et toujours. J'aime leurs noms, Eamon Og Murnan, Sean-bean O'Suillebhean, les qualificatifs Tadg Mor (grand) Tadg Beag (petit), Og (le jeune) etc....
Extraits :
- La maison avait un air lugubre.
- De ma bouche elle savourait son triomphe. Mais la peur se lisait parfois dans son regard.
- Cependant ce fut une fausse paix qui tomba sur la maison.
- C'est une bonne chose qu'il ait pas disparu dans la tombe verte.
- Un homme des îles ne doit pas être à la botte d'une femme des terres silencieuses.
- Et elle : "La mort n'est rien du tout quand les deux sont enterrés dans la même tombe noire".
- Les femmes des îles étaient les filles des veuves des îles.
- La loi était trop complexe et la veuve en situation trop irrégulière pour l'invoquer.
- Chaque trait de son visage, chaque membre de son corps était déformé par les bagarres.
- Son attitude la plus pacifique était une provocation.
Le sang marin pris feu. Chant et danse cessèrent.
- En tout cas, il rejoignit son navire, s'engagea sur la passerelle la tête en l'air et...
qui sait comment la fin arriva.
Éditions : Élisabeth Brunet.

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