Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

29 novembre 2009

BLONDIN Antoine / L'ironie du sport

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L'ironie du sport.
Antoine BLONDIN.
Note : 5 / 5.
Le sport....................Jadis!
En ce temps de veaux gras pour certains sportifs et de vaches maigres pour les tenants d'une certaine étique sportive, relisons Antoine Blondin. La poule aux œufs d'or et le cochon de payant, fable moderne ayant pour cadre un stade, ces arènes modernes.
J'ai déjà ici parlé d'Antoine Blondin pour son ouvrage « Sur le Tour de France ». J'appréciais particulièrement sa verve, son franc-parler et son humour teintés de poésie. De 1954 à 1982, il a écrit sept cents chroniques pour le journal « L'équipe », certaines sont réunies dans ce livre.
Du tour de France de 1954 qui sera son premier aux championnats d'Europe d'athlétisme en 1982, le tour est bouclé, du vélo à la cendrée, salut l'artiste.
Je ne connais du bobsleigh que quelques images vues à la télévision, Blondin y consacre quelques lignes écrites pendant les J.O. d'hiver de Cortina d'Ampezzo. Il parle d'un dénommé Robin, qui était pilote du double français, qui a refusé de partir pour la seconde manche, victime d'une angoisse insidieuse, son copain Grosso approuvait-il ce choix? C'était l'époque où cette spécialité était parfois une course à la mort, les dénommés Fould et un champion du monde Hendricks l'ont appris à leur dépends.
Un peu de gaité, un après midi au « Vel d'Hiv » pendant les 6 jours de Paris, la rencontre inopinée entre un père qui devait être à son travail au ministère et un fils qui était censé être à l'école! Sur la piste, les coureurs chassaient la prime têtes baissées, sur un podium Minou Drouet déclamait un poème, commentaire de Blondin :
-….récitait un morceau de sa composition, dans ce style finaud, hermétique et bretonnant qui a assis son triomphe auprès de classes populaires.
Dans mes souvenirs et dans ceux de Blondin figurent le Racing Club de Paris (l'ancien), équipe de foot qui jouait tous ses matchs à l'extérieur! Pour un RCP-Rennes, par exemple, le public était en grande majorité breton, et nordiste pour la venue de Lille.
De Roland-Garros à Paris-Roubaix, la gouaille de Blondin rendait le sport aux hommes et aux femmes, des soeurs Press* à Wilma Rudolph, de Michel Macquet à Guy Texereau.
Les personnages sont les spectateurs vus au détour d'un virage, aperçus au sommet d'un col. C'est ce gamin impertinent dans un article le bien nommé « Cépage est sans pitié » qui dit à Blondin :
-« Dites, je vous ai vu passer au pied du Chioula dans cette auto rouge. Vous dormiez avec le chapeau sur la tête. Qu'est-ce que vous teniez! »
Cette Madame Louise, poissonnière qui accompagnait son mari au stade et qui veuve, y retourne malgré tout, l'auteur lui rend un hommage tout en délicatesse :
-Ses bijoux ordinaires sont des écailles scintillantes abandonnées à l'annulaire.
Les sportifs aussi, bien sûr, certains restent dans les mémoires, Anquetil, Bobet, Kopa, Poulidor, Hinault mais d'autres sont passés de la gloire à l'oubli, un petit mot sur un Breton, Fernand Picot surnommé « Le réduit breton » en raison de sa petite taille, mais qui finit en 1956 second du classement par points du tour de France.
On sent, mais encore de manière diffuse, que les problèmes de dopage et d'argent approchent à petit pas, Blondin le souligne dans quelques-uns de ses articles.
Un petits florilège des noms des chapitres:
Du pin et des jeux; De la chambre d'appel à la femme de chambre; On aime d'abord l'ovale...pour sa rondeur; L'affaire est dans le sacre; L'épée dans l'airain, et un dernier pour la route, L'Aimar au diable etc....
Une image pour le jeune homme que j'étais (Jadis!), une nageuse américaine Shirley Babashoff dont la plastique ne me laissait pas indifférent. Je l'ai vu la première fois (sur un écran de TV) à Munich, puis quatre ans après à Montréal. Pour elle ce ne fut pas la ruée vers l'or. Malgré huit médailles elle n'a jamais été championne olympique en individuelle, dommage. Mais je me rappelle encore d'elle, par contre je n'ai aucun souvenir des lauréates! Une pensée émue pour Lilian Board, seconde du 400 mètres de Mexico derrière Colette Besson en 1968, puis double médaillée d'or aux championnats d'Europe d'Athènes en 1969, morte d'un cancer en 1970 à 22 ans.
D'autres souvenirs également, Christine Caron, croisée à la piscine de Pantin, un certain match de football, « C.A.Montreuil / Aix en Provence », quel intérêt me direz-vous? la présence dans l'équipe méridionale d'un certain Henri Michel.
Il est rare qu'un journaliste sportif soit également un poète dans l'âme, doublé d'un éternel adolescent, Blondin était tout cela. Et il faut aussi se souvenir quel grand écrivain il fut.
Enfin, cela fait du bien de retrouver le sport comme il devrait toujours être!Mais je dois faire maintenant partie des vieux ronchons dont la devise est « De mon temps »
Une parodie de Jacques Brel, encore :
Adieu, l'Antoine je t'aimais bien tu sais.
Extraits :
- Je peux bien le dire, mon grand regret est de ne pas m'être vu passer.
- Il racontait cela dans un livre intitulé : L'enfant chargé de chaînes, qui doit bien avoir quelque rapport avec la bicyclette....
- Mais je me sens à ma juste place. Car je crois à la nécessité des sportifs en veston.
- Pour lui, le sport dépasse son aspect ludique pour un aspect éthique : il cesse d'être un jeu pour devenir une morale. (Écrit en 1954! Note personnelle.)
-La neige possède les privilèges de l'éponge.
- L'amateur, au contraire, ne doit rien conserver que de louable dans son dessin. Par conséquent il ne gagnera pas plus d'argent, victorieux ou vaincu.
- …...mais, hélas, les années de champagne comptent double.
- Elle au moins n'attend pas un miracle du petit Jesoss, le soutien-gorge qui vous fait gagner d'une poitrine.
-...ignorant que l'étape Luchon-Pau aura la saveur mouvementée du dernier métro et que le rire, aussi, est parfois jaune.
Éditions : François Bourin. (1988) / Bouquins: Robert Laffont (1991)
* Tamara et Irina Press, leurs plastiques m'impressionnaient également,mais pas pour les mêmes raisons que Shirley Babashoff. Lanceuses de poids et de disques, elles régnèrent longtemps sur ces deux disciplines.

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31 octobre 2009

KERGRIST Jean / NONO/ Les nouveaux conseils à gogo!

Les nouveaux conseils à gogo.
Jean KERGRIST.
Illustrations de NONO.
Note : 4 / 5.
Gogo, ton univers impitoya(aaaa)ble*
Les conseils à gogo, comme les testaments de la Bible sont deux : les anciens, qui, comme leur nom l'indique, précédaient les autres et les nouveaux appelés ainsi, car ils suivent les précédents!
Le temps, c'est de l'argent, et le tonton qui revient en a plein les poches, mais jamais assez (c'est le paradoxe des nantis!). Donc, son mot magique est Go, et pour aller plus vite Gogo. Résultat, le monde, comme François, le facteur dans « Jour de fête » de Jacques Tati, qui faisait sa tournée à « L'américaine » va de plus en plus vite ! Le mot « rentabilité » est devenu la norme, le fric son apôtre, et nous, pauvres gens du bétail! Prenons un pays que nous sommes beaucoup à aimer, La Bretagne, il y a trois fois plus de cochons (les animaux) que de population ! Cela me rappelle une chanson, un peu passée de mode, il me semble « Les pommes de terre pour les cochons, les épluchures pour les Bretons ».
Revenons à nos moutons (cochons, pardon) ce ne sont pas les seuls pollueurs du monde hélas! D'autres sur deux pattes s'en chargent. Le premier conseil, par exemple, est comment gagner une élection, si vous suivez les instructions de Jean, vous êtes élu haut la main!
-
Un bon colleur d'affiche ne doit pas savoir lire. Ça tombe bien :un bon militant politique non plus.
Et une fois que vous êtes élu, vous pouvez passer à un autre chapitre, « Comment primatiser ta commune », une idée, un festival, pourquoi pas?
Quelques idées pour construire une niche, c'est gentil pour les animaux, ces gens-là! Pas du tout on parle de fiscalité et de la S.P.A. (Société protectrice des arrivistes).
Jean Kergrist passe en revue tous les profiteurs du système, experts pour trouver les failles de la loi. Un bref inventaire des conseils prodigués dans cet ouvrage. Pour la Bretagne, par exemple « Comment préparer l'avenir du cochon » superbement illustré par le dessin qui clôt cette chronique.
« Comment vendre tes choux-fleurs » où on découvre une nouvelle signification du sigle SNCF. On apprend également ce qu'est une ZES « Zone d'excédent structurelle », quelques conseils pour « Comment profiter de l'été » eh oui, il y a un été en Bretagne aussi, entre deux crachins.
Souvenirs également de la visite du pape à Saint Anne d'Auray, et la nouvelle bénédiction, « Laissez venir à moi, les petits picaillons ». On patauge quand même un peu dans le lisier, entre les cochons et les poulets. Les algues vertes en la baie d'Hillion, dans la Ilion antique le cheval était en bois, ici il est mort asphyxié! Le nucléaire est atomisé, depuis Plogoff le courant ne passe plus entre l'EDF et les Bretons, voir « Comment se débarrasser de ses déchets nucléaires ». « Comment gérer l'espace rural » c'est malheureusement trop tard, le mal est fait. « Comment se débarrasser d'un gêneur » quoi de plus énervant que d'entendre « Pour ceci taper 1, pour cela taper 2, pour la racine carrée taper 3,1416, etc... » Un peu de vie moderne « Comment stocker le Viagra » la petite pilule bleue qui fait voir la vie en XXXL ou « Comment réchauffer ton climat » et « Comment cuisiner la république » même si toutes les sauces électorales ne sentent pas toujours la rose (simple exemple). L'ouvrage se termine par « Fini de rigoler », tu rigoles là, Jean, ce n'est pas possible, souviens-toi du proverbe « Le rire est le propre de l'homme »!
Gogo et les gogos, histoires anciennes mais, hélas, de plus en plus cruelles.
Un mot sur les illustrations, C'est du Nono pur beurre (salé, bien sûr), nous nous croisons tous les ans à Carhaix et j'ai quelques albums de lui dans ma bibliothèque ; je ne suis pas doué pour parler de dessin (par contre lui est doué pour les faire), mais j'essaie de me soigner.
Extraits :
- Les poulaillers aussi ça fait très joli. Ah, l'éclat des taules le soir au fond des bois.
- Le héros se fait aussi rare que le talus.
- La technique qui crée les problèmes résout toujours les problèmes.
- C'est une loi découverte par Bill Clinton : quand la quéquette grimpe, la bourse descend, laissant la place au bouche à Bush.
- Changer l'eau en vin c'est la base même de l'économie. Ça s'appelle faire de la valeur ajoutée.
Illustrations :Chaleur

Conseil

Editions : La ligne pourpre (2009).
* chanson d'un feuilleton débile mais interminable.

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23 novembre 2008

MADÉZO Charles / Chroniques du Moulin Vert.

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Chroniques du Moulin Vert.
Charles MADÉZO.
Note : 4/5.
Brèves de Lomener!
Suite de petites scènes se déroulant ou étant observées de la terrasse du Moulin Vert dans le port de Lomener près de Lorient. L'auteur et moi, nous nous croisons, parfois au gré des salons littéraires de la région ou à la médiathèque de Lorient.
Le moulin vert n'est pas le moulin rouge, c'est beaucoup mieux!
Un café dans un port, c'est quoi exactement? D'abord un décor, un environnement, la mer et les pêcheurs. La vie avec ses us et coutumes, car certaines valeurs ont encore cours ici. En particulier l'amitié, l'humilité et un certain sens de l'aventure. Partir est important, mais revenir est indispensable.
La vague de Lomener, pas du siècle non, mais qui a fait la première page du journal «Le Monde» le 26 septembre 2007.
Un des spectacles les plus appréciés est le « Parisien », mettons des guillemets, ils ne sont pas tous comme cela, prétentieux avec sa grosse voiture pour traîner son gros et coûteux bateau. Évidement très imbu de sa personne, n'écoutant surtout pas cet autochtone arriéré qui lui suggère de mettre sa voiture ailleurs! A Lomener comme partout en Bretagne, il y a un phénomène que l'on nomme les marées! Raymond Devos disait, le flux et le reflux cela me fait marrer, mais ce n'est pas le cas de tout le monde!
La mer, encore et toujours des amours côtiers aux drames en mer, cette épitaphe :
Disparus en mer,
Jean François le Moan le 17 avril 1921 à 46 ans.
Jean Baptiste le Moan en avril 1927 à 17 ans.
Disparu en mer, péri en mer, mot tragique trop entendu. Ex-voto des églises! Combats navals meurtriers naguère, compétitions maintenant, mais encore parfois des disparus.
La mer, mais aussi le ciel, perpétuellement en mouvement, cauchemar des peintres professionnels ou amateurs.
Un peu de gastronomie et d'histoire, avant guerre la spécialité maison était le homard au kari Gosse, mélange d'épices (breveté s'il vous plaît) qui doit son nom à son créateur! Les oiseaux, fond sonore et spectacles vivants, mouettes, goélands, fous de Bassan, que serait un bord de mer sans eux ?
Les personnages de ce livre paraissent des gens ordinaires, mais souvent ils ont eu des vies pleines de voyages et d'aventures, témoin Michel et son voyage au Bangladesh, pays très pauvre et très souvent victime des pires catastrophes météorologiques. Cela permet de relativiser nos petits problèmes. Pour cela, il y a le centre de Kerpape et tous ses handicapés, qui est à un vol d'oiseaux.
Il est à noter qu'un chapitre se nomme «Figures», car il y en a des figures dans ces ports. Qui se souvient de ce couple d'allemands et de sa voiture amphibie en «route» ou «mettant le cap» pour Groix?
Ne pas oublier, car elles ont leur part du charme des ports, les femmes et l'auteur ne les oublie pas. Anne-Marie « Ange gardien » des lieux qui semble avoir laissé beaucoup de nostalgie derrière elle. Béa et ses voyages, et les autres femmes anonymes vivant l'aventure du quotidien. Un belle histoire d'amour, celle de Kyo et de Frantz, mais je vous laisse la découvrir.
Un petit mot sur un autre écrivain et poète Alain Jégou, ancien marin auteur d'«Ikaria» livre sur la pêche.J'aime beaucoup l'écriture précise, imagée, mais très accessible, pleine d'humour et d'humanité.Avec ce livre, on a l'impression de faire partie du « Clan », ce qui n'a rien de péjoratif, ni en Irlande, ni en Bretagne. D'être accepté à une table, peut-être un jour, si on le mérite!
J'irais boire un verre là-bas, bientôt enfin le jour où cela me dira! Avec un peu de chance, j'y retrouverais l'auteur.
Si je peux me permettre, lisez ce livre et laissez vos guides touristiques dans la boite à gants de votre voiture, vous ne vous en porterez que mieux. Et sûrement vous apprécierez mieux ces gens bizarres que l'on appelle « Les Bretons ».
Un mot et des compliments pour Catherine Raoulas, dont les illustrations en noir et blanc sont magnifiques et complètent fort bien le texte.
Extraits:
- Mais quoi, qu'avait-il besoin de refuser aide et conseils, l'arrogant Parisien ?
- C'est ce mot, glaz, qui désignerait le nuancier de la vague, ar gwagenn a zo glas, la vague est...couleur des profondeurs.
- Comme si, à Sydney comme à Lomener, la terre lançait un assaut immobile contre la mer indifférente.
- Rien à voir avec la plaisance au mouillage « Torig Ru » est parmi les autres barques comme un albatros au milieu des goélands.
- Le sable a recouvert les carcasses, mêlant les os des naufragés à l'ivoire des cargaisons.
- Le droit d'épave chez les gens de la côte reste nimbé d'une certaine confusion.
Éditions : Chemin Faisant

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18 septembre 2008

LALLOUËT Jean / A la petite semaine.

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A la petite semaine.
Chroniques finistériennes et d'ailleurs
Jean LALLOUËT
Note : 4/5.
Chroniques des temps ordinaires.
D'abord je tiens à remercier ma payse Lucy, qui, en citant un article de cet écrivain, m'a remis en mémoire cet ouvrage. Ces chroniques ne datent pas de la dernière pluie tombée sur la Bretagne. En effet, elles sont datées de 1999 à 2001, comme l'odyssée de l'espace. Et ici l'espace n'est pas forcément réduit au Finistère.
Comme dans tout ce genre d'ouvrage, les chroniques très politiques sont les premières à ne plus être au goût du jour, et n'ont plus l'impact qu'elles avaient à l'époque.
Amuser ce qui est facile, mais aussi interpeller, ce qui est plus difficile, alors réussir la gageure de mêler les deux, c'est assez rare pour être signalé.
Un président de la République qui fait un cauchemar, son discours sur le respect des minorités culturelles, sur l'apprentissage de la langue etc.... C'est chez les Inuits qu'il l’a prononcé, pas au Parlement de Bretagne!
Dans « Délits de fuites » l'auteur nous donne un scoop : « D'une part les témoignages recueillis sur les plages sont formels et concordants : l'Erika ne transportait pas de la Guinness ». Dommage la Guinness doit être soluble dans l'eau, je dis bien « doit » car je n'ai jamais essayé.
Les Bretons, en plus de leurs défauts traditionnels (chacun a le droit de dresser sa propre liste, mais il n'y a rien à gagner), une certaine ingratitude. Regardez, le PDG de chez Total, il leur livre gratuitement 25000 tonnes de fioul, et ils réclament des indemnités! D'accord le livreur a laissé la marchandise sur les plages, mais ce n'est pas une raison.
Le « Blues de vache » imaginez ces pauvres bêtes, ne plus avoir bientôt, que des TGV qui vont vite, et des trains pendulaires, qui bien évidement pendulent à regarder! Quelle vie, cela va de mal en pis pour elles!
L'auteur par moment avance certaines choses, ou mêmes certaines théories sans en donner la moindre preuve. Par exemple, il certifie que la sauce ravigote n'est pour rien dans le trou de la couche de l'ozone? Rien ne le prouve soit, mais rien ne le dément.
On passe également une nuit, en invité clandestin, au salon de l'agriculture, et si elle fut bien arrosée, là non plus un trou dans la toiture n'en est pas responsable. Enfin l'auteur voudrait nous faire croire que la vie de journaliste en Bretagne est un sacerdoce (pour le tour de taille, peut-être!) On croise au hasard des lignes des gens connus (peu) comme Antoine Blondin, ou Louison Bobet, en jaune, Jean Le Cam, toutes voiles dehors. Des gens pas connus (beaucoup) et c'est tant mieux. Les personnages sont vous (j'en ai reconnu quelque-uns), moi (peut-être?), bref nous.
Prenez Arouelle, dites-lui que la langue bretonne ne sert à rien! Elle l'a appris chez ses grands parent avec son frère et sa sœur. Pratique pour se raconter des petits secrets à l'insu des parents.
Lisez la chronique «  La graisse antique », c'est un hommage à une charcutière qui laisse ses clients du marché désemparés, elle a pris quinze jours de vacances! Comment vivre deux semaines sans boudins aux oignons roses de Roscoff ?
Il arrive entre les pages d'un livre d'avoir l'impression de parler avec quelqu'un de proche, qui partage un certain degré de savoir bien vivre. D'avoir aussi en commun un humour qui n'empêche pas de poser les vraies questions (enfin celles qui me semblent importantes). Bref même si tout n'est pas parfait, j'ai souvent souri, et très souvent ri.
Un florilège de titres de chroniques : Le coup bas du fidèle gastro ; Quimper, imper et manque ; Le trappeur est sans reproche ; Le bouleau c'est la santé ; De la guerre des goals ; Concours de poids et altesses ; Chic l'été ne sera pas plus vieux ; La pause de la dernière bière ; etc.....
Extraits :
- En revanche lâchez un petit homme dans la ville et vous avez de grandes chances de le retrouver dans un fast-food.
- Parce que cette brochette, ça lui aurait même pas fait un cure-dent à ma copine Margarita.
- Il ne faut pas confondre un troupeau de bovins avec un peloton cycliste.
- Avec son traîneau et ses phoques, il avait l'air aussi ridicule qu'un congélateur débranché sur la banquise.
-...nos innocents enfants ont donc bâfré une semelle d'espadrilles entre deux morceaux de pantoufles. Eux qui sont amoureusement nourris au pain doux et au « chotenn *»
- ...interdire la grosse saucisse des Côtes du Nord (d'Armor) sans laquelle il n'y a plus aucune raison sérieuse de cultiver le coco de Paimpol.
-...j'étais dans un tel état que j'ai boudé les bières de Fanch pour me jeter sur une bouteille d'eau avec la fébrilité d'un coureur cycliste avalant sa trousse à pharmacie au pied du Ventoux.
- J'ai personnellement trouvé ces jeux de boules pour Inuits désœuvrés plus reposants qu'un bol de tisane au millepertuis.
Éditions : Coop Breizh. (2005).  Imprimerie Keltia Graphic.
*Joue de porc rôtie.

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30 décembre 2007

GRALL Xavier / Au nom du père. Edition établie par Mikaela KERDRAON

Au nom du père.
Xavier GRALL.
(Édition établie par Mikaela KERDRAON).
Note : 5 /5.
A mon père, ma mère et ma grand-mère.
Il y a longtemps que je lis l'oeuvre de Xavier Grall, plus de 35 ans en fait.
Cet été, pendant le festival de Lorient, j'ai rencontré et ai pu parler avec Mikaela Kerdraon. Grand merci à cette dame. Il y a quelques jours, j'ai reçu un mail me demandant si je pouvais aider quelqu'un à trouver "Les billets d'Olivier" pour offrir à son père! J'en ai été surpris, mais également flatté. Merci Catherine et je souhaite à ton père de pouvoir lire ce recueil.
Dans cet ouvrage la chronique numéro 1 date d'octobre 1963, celle qui clôt cet ouvrage est la 1415ème, elle est datée du 20 septembre 1972. Les textes de ce livre sont ceux de Grall au magazine "La Vie" qui parurent sous le titre de "Les chroniques du Logéco". A cette époque, toute la famille résidait à Sarcelles. Vivre en Bretagne n'était encore qu'un rêve.
Xavier Grall, sa vie, son oeuvre, combien de bretons connaissent encore ses textes? Il est évident que j'ai mis longtemps à lire ce recueil. Dans ce cas les notes de lectures s'avèrent bien utiles.
Les choses de la vie, Thierry la Fronde ou que devient l'autorité d'un père contre cinq filles, la télé et un rebelle! Les faits de la vie quotidienne sont les sujets de ces papiers hebdomadaires, les voyages, et comme Kerouac, une fascination pour les gares, ces lieux de rêves ou de peines, mais aussi une porte pour ailleurs. La mer, omniprésente, objet d'évasion et d'aventures, mais aussi de peur.
Les filles, objet de fierté, mais aussi d'angoisse paternelle :
- Être père, c'est compter toujours. La nuit, le jour, le jour, la nuit.
Grall évoque également l' Algérie et cette sale guerre. Le Maroc et son soleil, lui le breton se serait bien vu vivre là-bas.Des anecdotes comme la visite de ce couple du Sud-Ouest juste venu pour saluer  "Mr Olivier", prénom avec lequel il signait ses billets. L'Irlande est du voyage : ce monde affamé de poésie et de liberté. Toujours aussi ce respect pour la nature et les animaux, l'hirondelle et l'alouette. La famille, épouse et filles (ne pas oublier Kéroual le chien). Les frères et soeurs, les parents.
L'hommage à la mère dans ces quelques lignes :
- Et ma paix ne vient ni de mon travail ni de la musique, mais de cette femme qui près de moi lit une vie de Jésus Christ. C'est ma mère.....
Hommage au père également :
- Mon père est de cette race d'homme qui préfère X années travailler plutôt que de licencier ses ouvriers.
Les amis, et ils furent nombreux, ne sont pas oubliés, Glenmor évidement, un mot aussi sur Angela Duval. Dès que ce petit mot sera sur le blog, je me dirai, j'aurais dû parler de cela!!!!
Que dire de l'écriture de Xavier Grall, je ressens toujours le même bonheur (souvent plein de tristesse aussi) à le lire, les textes sont intemporels, le quotidien des hommes ne change pas. Il s'améliore matériellement avec le progrès, mais se détériore par l'absence de rêves.
Extraits:
- Une cité sans arbres, est-ce vraiment une cité?
- Élever cinq filles, ce n'est rien. Mais élever Keroual, mon chien, je vous assure que c'est plutôt coton.
- Les gares font rêver. Les gares c'est le chuchotement mêlé du temps et de l'espace.
- Alors me reviennent les mots, mes guitares intérieures se rechargent de musique.
- "Vous écrivez sûrement quelque chose" m'a demandé la dame.
"Oui, la Fête de nuit, un roman" ai-je répondu.
- Le sang versé a une mauvaise odeur.
Je laisse le mot de la fin à Mikaela Kerdraon :
"Comme Glenmor, comme Angela, Xavier doit rester présent parmi nous".
Éditions : An Here.
Autres chroniques de ces auteurs :
Pour Mikaela Kerdraon :
Kan ha diskan. Correspondance Grall-Glenmor.
Pour Xavier Grall :
Et parlez-moi de la terre; La Fête de nuit & le barde imaginé; Le rituel breton & La sône des pluies et des tombes; Les vents m'ont dit; L'inconnu me dévore; Mémoires de ronces et de galets; Solo & autres poèmes; Genèse & derniers poèmes.

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27 juillet 2006

GRALL Xavier / Mémoires de ronces et de galets

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Mémoires de ronces et de galets.

Xavier GRALL

Note 3,5.

Les ronces de la vie.

Recueil de textes parus dans la revue "Sav Breizh" aux environs des premières années de 1970.Ces textes sont très hétéroclites dans la forme et sur le fond.

Ce livre commence par un résumé de la collaboration de Grall avec la revue "Sav Breizh" qui permet de mettre tous ses écrits à leur place dans l’œuvre de Grall.

De la prose avec quelques textes comme celui qui donne son titre au recueil où Grall nous explique ses relations avec la Bretagne.

Dans "Kerdruc September", il nous raconte la genèse de ce texte et la journée où une équipe de la télévision devait faire un reportage à Pont Aven ; or ce jour-là il fit une pluie effroyable même pour des Bretons ! Ce texte comme certains autres figure dans "La sône des pluies et des tombes" dans une version légèrement différente.

Quelques chroniques littéraires où Grall règle ses comptes avec certains auteurs bretons ou autres. Une question "Qu’est ce que la Bretagne?" et un "Manifeste" pour la culture bretonne nous amène à une série de textes groupés sous le titre "Colères" où il dénonce l’utilisation par les mouvements d’extrêmes droites de la croix celtique. A signaler "Placard pour un mur de prison", court texte sur le séparatisme intellectuel et politique.

Suivent quelques poèmes (dont certains sont inédits) pour clore ce livre, un peu fourre tout, ce qui est dommage pour l’intérêt du lecteur.

Par contre une très intéressante rubrique "Notes Biographiques" est vraiment la bienvenue en fin d’ouvrage. Comme en début de livre les notes sur Grall et "Sav Breizh"

Extraits :

-On avait pris pour des trous de taupes ce qui étaient des habitats de seigneurs.

-Un aveu : mon hameau se nomme Tréhubert et se trouve dans la paroisse de Saint-Philibert, elle-même incluse dans la commune de Trégunc.

-La nuit est celtique comme la raison est romaine.

-Le témoin, le sabot pendu au cou des gamins, la fin du "Gwerz" et le début de Verchuren.

-La Bretagne, cette folie qui me fait être.

Editions An Here.

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10 juillet 2006

GRALL Xavier / Et parlez- moi de la terre......

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Et parlez moi de la terre
Xavier GRALL.

Note 4,5.
Ce livre regroupe une partie des chroniques de Xavier Grall publiées dans le journal "Le Monde " à partir de 1974.
Certaines chroniques, surtout les politiques, ne vont plus intéresser grand monde, mais c’est ma jeunesse que je relis à travers ces lignes.
Un retour sur la prise de conscience de la Bretagne pour la centrale nucléaire de Plogoff dans "De la légende à l’atome". L’antenne de Trédudon, plastiqué une nuit privant le Bretagne de télévision. Y a t’il eu plus de naissances en Bretagne neufs mois après ? Mais aussi un Grall rapporteur des faits et méfaits d’une Bretagne hors saison, la vraie dit-il ! Un Grall moqueur dans "L’éloge de la pluie" avec quelques regrets aussi dans "La ballade des recteurs" dans "Le pardon des hameau" ou dans "Les maisons mortes".
Un Grall indigné par la pendaison d’un chien près de chez lui, et par les battues organisées pour tuer les rares renards survivants ou par l’empoisonnement de son propre chien."Il n’y a pas d’homme idéal. Il n’y a pas de campagne idyllique ".
Clamant sa colère contre les marées noires dans "Le cri d’Ouessant " ou il constate "nous avons un gouvernement de terriens".
Il rend également hommage (comme dans chaque ouvrage) aux écrivains et poètes, Rimbaud, Bernanos, Perros et aussi à Lamennais, prophète maudit auquel il consacrera un livre. Le Baron, marin retraité, qui un vendredi soir dit à ses amis, "Cette nuit, je vais me jeter  dans l’Aven" et que l’on retrouva noyé le matin.
Ces personnages, marins ou paysans, hommes pudiques, ces gens de bon sens pour qui la mer n’est pas un jeu. Les brumes, qui d’après les paysans, mouillent bien la terre mais gênent les marins, le vent bref les saisons et leurs cortèges de contraintes mais aussi de court bonheur.
Mais vient le temps des fêtes "Si nous avons inventé, nous autres les querelles et la mélancolie, nous n’avons jamais oublié de créer les fêtes".
Pour moi tant d’années après la magie agit toujours !
Extraits :
-Voilà la Bretagne rendue au Bretons. Et aux vents et aux pluies. Et au labeur. Et à la vérité.
-Et le rêve, le rêve d’outre terre.
-Oui, cette année comme les Pâques seront tristes sur nos mers.
-Aller à Port-Manech l’hiver, c’est voir le Désert des Tartares, relire Dino Buzatti !
-Par quelle aberration, par quelle injustice, la langue française a-t-elle donné le nom de maquereau au type d’homme le plus détestable ? Langue ingrate, ignorante des choses de la mer.
-Adieu Maël ! Les bois sont pleins de geôliers et d’assassins !
-Je peux envisager ma propre fin avec moins de colère que celle de mes amis.
Editions Calligrammes.

Posté par eireann yvon à 10:08 - Littérature bretonne - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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14 mai 2006

BEHAN Brendan / Encore un verre avant de partir

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Encore un verre avant de partir.
Brendan BEHAN (1923 - 1964)
Note : 4 / 5.
Il n’y en avait hélas, jamais qu’un seul !
Brendan Behan (1923/1964) est un des premiers écrivains irlandais que j’ai découvert, il y a de nombreuses années.
Un personnage truculent, digne représentant des faubourgs de Dublin (du vieux Dublin). Farouche gaélisant et républicain, il connut les prisons anglaises et irlandaises. Le succès le rendit ingérable et il mourut de diabète aggravé par une consommation immodérée d’alcool.
Ce livre est un recueil d’articles du journal " The Irish Press " et Behan donne un cours de " Behanese ", jargon de Dublin, chansons républicaines (il était un chanteur à voix, aviné, mais à voix).
Un brave homme doit rapporter un cercueil, mais c’est la nuit de Noël ! On peut lire également un dialogue pour le moins bizarre sur la littérature, on participe à un trafic de navets entre le Nord et le Sud! « Vive les chanteurs de ballades » est un texte sur la musique dans les pubs de Dublin. Avec un hommage final à Sean O'Casey.
Un policier rentre après la fermeture dans un pub, trois hommes boivent, le patron prétexte un départ pour Lourdes le lendemain. Magnanime, il ferme les yeux, trois autres arrivent " Non, nous n’allons pas à Lourdes, mais à Knock (équivalent irlandais de Lourdes).
Un humour dublinois féroce par instant, mais profondément humain. Un personnage récurent est Crippen que l'on retrouve de ci de là, sorte de titi dublinois qui, bien évidemment, n'a pas sa langue dans sa poche !
Brendan aimait la France, Paris et aussi ses boissons alcoolisées. La preuve, une de ses chroniques se nomme " Le meilleur vin rouge " , il assure également avec cet aplomb qui le caractérise qu'il a été apparenté à un Alsacien! Ou alors, il assure également qu'il fut le témoin oculaire la mort de son père pendant la guerre, dans les Dardanelles.
"Venez rire avec Brendan, chantez avec lui, relisez " Borstal Boy ", " Confessions d’un rebelle irlandais ".
Un des personnages les plus attachants de la littérature irlandaise, malheureusement le succès, le diabète et l’alcool causèrent sa perte.
Slainte is tainte agus go raibht agat Brendan.
A ta santé et merci Brendan.
Extraits :
- J'ai un gars ici qui vagabondait là-bas dehors, et qui prétend avoir perdu un cercueil.
Ce n'est pas du tout impossible, dit le brigadier, parce que nous nous venons d'en trouver un. Le voilà là-bas debout derrière la porte
- Son fils, Paddins, était une sorte de néo-ancien membre de l'IRA et s'habillait en conséquence.
-" Ils me demandent si je connais les lys de Joyce. Je leurs réponds que je ne pourrais pas les connaître, vu que je ne connais pas le bonhomme.
- Je ne suis pas un écrivain qui a un problème d’alcool, mais un alcoolique qui a un problème d’écriture ".
-Pendant les pogroms anti-catholiques de Belfast, chanson des rues.
" Sortez et faites sonner vos poubelles ".
-Le gars de Belfast était un ivrogne d’une certaine classe, dont les idées politiques étaient purement alcooliques.
- Ce qui rend un Irlandais envieux des Français, c'est de l'université de leur culture.
- On est bien en Irlande du Nord, non?
Pas ici. Ici, c'est l'Irlande du Nord du Sud.
- Je fus élevé comme un pur Dublinois.Éditions Gallimard / Du monde entier.
Titre original :
Hold Your hand and have Another. (1963)
Autres œuvres de l’auteur dans ma bibliothèque :
Mon Dublin.
Un peuple partisan.

Confession d’un rebelle irlandais.
L’escarpeur
Deux otages (théâtre).

Posté par eireann yvon à 08:45 - Littérature irlandaise - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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