Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

16 novembre 2009

HASKELL John / American Purgatorio.

American Purgatorio.
John HASKELL.
Note : 4 / 5 .
Sur la route*
Seconde lecture dans le cadre des « Belles étrangères », Forrest Grander et John Haskell seront mardi et mercredi à Lorient. C'est ma première lecture de cet auteur, après une tentative infructueuse avec son recueil de nouvelles « Je ne suis pas Sydney Pollock ».
Ce roman est présenté en 7 chapitres principaux, comme les péchés capitaux dont il porte le nom, « Superbia », « Ira », « Indivisia », « Luxuria », « Gula » » »Acedia » et « Avaritia ».
En voyage, Anne et Jack s'arrêtent dans une station-service, celui-ci va chercher de quoi se restaurer. Mais à son retour son épouse et leur voiture ont disparu. Après un long moment d'attente, Jack regagne son domicile. Celui-ci est vide, Anne ne répond pas sur son téléphone portable. Il alerte la police, qui ne prend pas l'affaire au sérieux, puis il se pose la question : pourquoi avoir pensé en premier lieu à un enlèvement? Et si c'était une disparition volontaire! Il découvre dans le bureau d'Anne une carte des États-Unis sur laquelle figure un itinéraire. Il se rachète une voiture et suit la route indiquée sur la carte. Alors commence une longue route, en direction de l'ouest, vers la Californie. Il s'ensuit des rencontres qui, petit à petit, l'amèneront vers des horizons nouveaux pour lui. Mais dans son esprit, obnubilé par Anne, tout semble inachevé et chaotique. Plus rien ne semble une certitude, la disparition d'Anne, mais dans quelles circonstances exactes?
Un soir sur le parking d'un motel, il lui semble reconnaître sa voiture, il espionne le couple, mais surtout Linda la femme. Il lie connaissance, lui raconte son histoire, un certain sentiment semble naître entre eux, mais Anne est là dans un coin de la mémoire de Jack.
De Lexington à Boulder, la route est longue, et San Diego est encore plus loin et Anne.......
Anne, toujours absente, mais omniprésente, mais qu'est-elle réellement devenue, car au fil du temps la version des faits donnés par Jack varie. Où est réellement la vérité ?
Jack suit un chemin chaotique, en voiture et dans sa tête, est-il parfois amnésique ou tente-t-il de se cacher ce qu'il s'est passé! 
Puis une foule de personnages plus typés les uns que les autres, Alex, sorte de voyageur solitaire, auto-stoppeur, adepte du yoga, Laura compagne d'une nuit de questions plus que d'actes. Un vieil homme un peu ermite dans la campagne américaine qui a la photo pour passion lui est présenté par Linda. Fletcher et Feather, couple hippie toujours entre deux festivals de musique, prônant l'amour libre, très libre même que Jack expérimentera, cela évidement dans le chapitre « Luxuria ». Un chauffeur pour qui l'auto-stop n'est pas gratuit, Jumbo et Craig, voleurs à la petite semaine, éternels perdants du rêve américain, mais qui n'hésiteront pas à dépouiller Jack de ses derniers biens. Polino lui sera la dernière bouée avant le Pacifique, mais Jack lui fera perdre ses illusions.
Ce roman semble osciller entre rêve et réalité, sorte de conte onirique ou de voyage initiatique. Jack cherche Anne, du moins, c'est ce qu'il nous dit, s'en persuade t-il? La quête, la route soit, mais pourquoi?
Immanquablement j'ai pensé à Kerouac traversant les États-Unis, l'un et l'autre à la recherche de quoi : de leurs propres identités, d'une femme, du bonheur ou alors tout simplement l'envie de fuir? D'ailleurs les références littéraires qui sont données dans ce livre sont Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Herman Melville et William Blake.
Un roman bien écrit qui se lit très bien, mais dont la chronique m'a semblé très difficile à faire, vu le nombres de rencontres qui forment un vaste puzzle.
Extraits :
- Ce n'est pas exact. Il se passait des choses, mais je ne voyais rien, c'est tout.
- Pas de problème, voulait dire, mais ce n'était pas le cas. La voiture n'était pas là et Anne non plus.
- Sauf qu'il fallait que je fasse quelque chose.
- Et je laisserai le monde me dire ce que je devais faire.
- Il existait un million de versions différentes de la vérité, et je voulais trouver ma version à moi.
- Et je me suis mis en colère. Et parce que j'étais en colère, j'ai fait plusieurs choses.
- Qu'est-ce que j'étais censé faire ?
- Je n'ai pas seulement le souvenir d'Anne, mais aussi, éventuellement, un avenir.
- Et parce que toute expérience humaine est extrêmement complexe il est possible de ressentir simultanément des pulsions conflictuelles.
- Il se brisait. Le rêve. Le rêve mourait. Et je le laissais mourir. Ce n'était pas si terrible. En fait, ça faisait du bien.
- S'il y avait le fait que j'aimais Anne. Ce qui était toujours le cas. Et elle m'aimait. Elle m'avait aimé et m'aimait.
Éditions : Joëlle Losfeld( 2007)
Titre original : American Purgatorio. (2005)
*Hommage personnel à Jack Kerouac, un des auteurs qui m'a donné le goût de la littérature.
Forrest GANDER En ami.

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08 novembre 2009

GANDER Forrest / En ami .

En ami.
Forrest GANDER.
Note : 3,5 / 5.
Géométrie variable.
J'ai lu ce livre en prélude à la venue de cet auteur à Lorient dans le cadre d'un échange culturel « Les Belles Étrangères* ». L'année dernière, Colum McCann nous avait rendu visite**. Je ne connais pas du tout les deux auteurs invités cette année : Forrest Gander et John Haskell. Commençons par le premier nommé.
La morale de cette histoire pourrait-être « Préservez moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge ».
La naissance de Lester, qui commence ce livre, ne fut pour personne un moment de joie, mais est un grand moment du livre. Une jeune fille, une enfant presque, une veuve future grand-mère, la sage-femme et deux assistantes.
Plus tard nous retrouvons cet enfant, qui fut très rapidement adopté à Eureka Spring (j'ai trouvé, c'est dans l'Arkansas!). Il est géomètre de profession, poète et artiste par goût et homme à femmes par besoin. Entre Cora, son épouse, Sarah, sa maitresse et les différentes passades, sa vie n'est pas simple. Mais il a élevé l'art du mensonge et de la persuasion au niveau d'une science exacte.
Dans son travail, dans son ombre, dirais-je, se trouve Clay. Celui-ci, avec qui il fait équipe, cherche à pénétrer dans l'intimité de l'homme, puis du couple par l'intermédiaire de Sarah. Mais Lester possède un magnétisme qui attire hommes et femmes, Clay se sent délaissé, alors la jalousie se transforme en haine et une idée de vengeance le travaille. Alors, d'un coup de téléphone, il déclenche la fin du mythe de Lester.......
Lester est incontestablement le personnage central de cette histoire, et pourtant il n'a la parole qu'un court moment en fin de livre. Être un peu cynique, il a cette phrase :
-« D'accord, l'art ne sauvera personne comme peut le faire un sac de riz ».
Il est en perpétuelle représentation théâtrale pour lui même et les autres. Admirateur de François Villon, il vit intensément comme s'il pressentait que sa vie serait courte. Mais pour lui, tel l'ange déchu, la chute sera brusque. D'ailleurs, le dernier chapitre où il est le narrateur se nomme «  chutes de l'interview filmée ».
Clay est le faire valoir, l'amoureux de Lester et de Sarah sa maitresse. C'est lui le narrateur principal, le détonateur du drame. Au cours d'une promenade, la conversation porte sur François Villon, et il se sent exclu. Se voulant l'ami intime, le confident, il n'est qu'un membre de la cour de Lester.
-J'ai pensé alors: Il m'aime.
Sarah, la maitresse, parle d'elle de sa vie et de sa relation avec Lester. Ce passage est sans conteste le plus beau du livre, tout en sentiments et poésie. Amoureuse elle l'est, elle croit son amant quand il lui dit en parlant de son amour pour son épouse:
-Terminé. Il est mort au lit.
Mais hélas la réalité est tout autre, le rêve prend fin un soir....
Cora, l'épouse, n'est là qu'une soirée, celle où il ne fallait pas être!
Un livre étrange, très court et une histoire qui en soit n'a rien d'original, et pourtant!
Malgré des descriptions très fouillées, trop parfois, un final programmé, l'auteur nous force à continuer, l'écriture est belle, poétique et la construction de l'histoire originale. Ce livre m'a fait penser à un univers à la Kerouac, le séducteur, ses maitresses et l'ami amoureux des femmes de l'autre. Et la présence en sourdine, de la musique, du jazz en particulier donne un univers intimiste à l'ouvrage.
Un livre à découvrir mais qui ne plaira pas forcément à tout le monde.
Extraits :
- Avec l'éducation que je lui ai donné, la jeune fille aurait dû être plus avisée.
- Elle l'imagine. Son enfant perdu. Qu'a-t-il bien pu advenir de lui ?
- Ils savaient tous combien je l'aimais.
- Il pouvait mentir pour une histoire de beurre de cacahuètes dans la cuisine de l'agence.
- J'étais prêt à tout pour qu'il me remarque, pour qu'il me prenne en amitié. Mais je n'avais rien à offrir à un être comme lui. Mon adoration était sans valeur.
- Notre entrée ressemblait à une parodie des rois mages......
- Je sentis soudain que j'avais du pouvoir parce qu'il ne se méfiait pas de moi.
- À mon sens il était clair que Lester ne pourrait pas tenir ses multiples vies en suspens plus d'un certain temps.
- Je n'avais aucun moyen de savoir ce qui allait se produire.
- Villon, ce superbe menteur.
- Moins de dix minutes qu'on se connaissait, et nous échangions des lettres d'amour du coin des yeux.
- Villon, qui a écrit sa propre épitaphe en forme de balade.
- C'est comme je disais. En poète. En ami.
Éditions : Sabine Wespieser (2009).
Titre original: As a Friend (2008).
*Les Belles Étrangères, ici.
**Retour sur la visite de Colum McCann, ici

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13 octobre 2009

McCORD Howard / L'homme qui marchait sur la lune.

L'homme qui marchait sur la lune.
Howard McCORD.
Note : 3,5/5.
Gens de la Lune.
Auteur texan né en 1952, vétéran de la guerre de Corée, cela explique que quelques actions de ce récit se déroulent à cette époque.
Il a fallu 11 ans pour la traduction d'un livre culte si j'en crois la quatrième de couverture, alors que certains livres incultes sont disponibles sur le marché et en français, quelques mois seulement après leur parution! Mystère, mais bravo aux éditions Gallmesiter. A signaler que ce livre est court, 134 pages et que quelques vers de W.B.Yeats servent d'introduction à cette histoire.
« La Lune » est une montagne dans le Nevada, un homme William Gasper la sillonne depuis plusieurs années. Il viens chercher ici la paix du corps et surtout de l'âme. Il n'a plus de famille, son frère s'étant suicidé des années auparavant. Sa profession qu'il n'exerce plus, était tueur au service de l'armée américaine, donc il a forcement plus d'ennemis que d'amis. Ses seuls biens terrestres sont des fusils qu'il a enfermés dans un conteneur qu'il loue à Mary-Gail Henry, une femme de Sterns, une petite ville perdue, enfin un hameau en réalité. Pendant ses pérégrinations , il se remémore sa vie, une enfance pas très facile de gaucher contrarié. Ses deux passions, la lecture et le tir. Comme il est plus facile de vivre du tir que de la lecture, il s'engage dans les Marines qui lui apprendront à tuer. Envoyé en Corée, il survivra au désastre militaire de Chosin, marchant des jours dans des éléments hostiles aussi bien militaires que naturels. Il gagne enfin la mer et sera sauvé par un navire de guerre américain. Un mystérieuse femme participera à cet épisode de sa vie, Cerridwen et son chat Palug. Elle réapparaît parfois dans sa vie, et pas toujours avec des intentions amicales. De cette aventure il gardera un goût pour la marche dans des contrées désertes en particulier l'Islande, autour du glacier Hofsjökull, qui lui donne ce sentiment de silence et de solitude. Mais aujourd'hui dans le Nevada, l'instinct de Gasper lui permet de pressentir d'autres présences humaines, une, deux? Des randonneurs, des chasseurs? Et si c'était effectivement des chasseurs et lui le gibier! Alors commence une partie de chasse, l'enjeu, tout simplement la survie du plus fort!
Une ode à la nature grandiose, mais également hostile, somptueux décor pour cette étrange aventure oscillant entre le calme de la montagne et la mort violente qui y régne. William Casper a appris à survivre et son instinct est intact, il se dévoile par petites touches, sa vie, son oeuvre de mort, les sentiments confus que cela lui a procuré, car l'argent n'est pas une fin en soi. Il donnait rarement la mort dans des conditions qui auraient soulagé sa conscience. La sorcière Cerridwen et le chat Palug, qui, pour l'occasion, est un homme en chair et en os. Représentent-t-ils le mal? Casper n'est-il pas l'incarnation du bien? Il semblerait que Cerridwen aurait pu tuer William, mais elle ne l'a pas fait, encore une question et une énigme pour le lecteur. La loueuse Marie-Gail Henry n'intervient pratiquement pas dans le récit, mais quand elle le fait, l'écriture est en italique et ses monologues nous permettent de deviner ce qui va se passer.
Un rythme lent à la vitesse d'un homme qui marche dans un environnement hostile et une forte touche de fantastique. Une oeuvre intéressante, mais que je ne qualifierais pas d'oeuvre culte.
Tout est bien mené, bien décrit, mais cela m'a un peu laissé sur ma faim. Je trouve que d'avoir mélangé l'intrigue policière, la défense de la nature, l'irréel et un zeste d'espionnage ne rend pas la fin très crédible. J'ai un certain sentiment d'inachevé, mais je souligne que cela n'engage que moi.
Extraits :
- Mais méfiez-vous c'est deux fois plus loin qu'il n'y paraît, et deux fois plus vache. Et M.Gasper, il aime bien qu'on le laisse tranquille.
- Il ne se mêle pas des affaires des autres et je ne vois pas pourquoi on se mêlerait des siennes.
- J'aime tuer les coupables et c'est une chose en laquelle j'excelle.
- Eh bien, dit Mary-Gail Henry, j'ignore ce qui a pu causer un pareille attention, mais vous êtes la troisième personne en trois jours à venir m'embêter au sujet de ce brave M.Gasper.
- Elle aimait les sonorités du gallois ; elle avait apprécié ce peuple, alors elle utilisait ce nom. (Cerridwen)
- Chief Russell avait l'imagination d'un pingouin et l'humour d'un âne.
- Je suis un assassin, de caractère comme de profession.
- Il arrive un moment où, même pour un nihiliste cynique comme moi, la vie se fait monstrueuse et dégoûtante.
- J'étais un des Danites, un des Anges de la Vengeance.
- J'en suis aujourd'hui à 140, et je n'en suis pas lassé, toujours pas lassé. Même si je joue encore dans les petites divisions du championnat de la mort.
Éditions : Gallmeister. Collection « Nature Writing » (2008)
Titre original: The Man Who Watked to The Moon. (1997)

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11 septembre 2009

HUNTER Evan / Graine de violence.

Graine de violence.
Evan HUNTER.
Note : 4/ 5.
L'école de la vie!
Evan Hunter était pour moi un inconnu avant que je ne découvre ce livre. Il est pourtant l'auteur de plusieurs romans, Salvatore Lombino était également quelqu'un dont j'ignorais l'existence. Par contre, vous et moi avons entendu parler d'Ed Mc Bain, en réalité sous ces trois noms, deux de plumes et un de baptême, se cache la même personne.
Richard Dadier (Nick) effectue sa première rentrée scolaire comme professeur d 'anglais. Il a été nommé dans un lycée professionnel « École de Travaux Manuels Secteur Nord ». Après avoir fait la connaissance des autres professeurs, certains en particulier parmi les anciens, le mettent en garde, cette école est réputée difficile. Mais Nick, fort de son passé de vétéran de la guerre pense être armé moralement et physiquement pour cette tâche. Il va vite déchanter ! Le premier jour, il sauve une des professeurs, la ravissante Mlle Hammond, d'une tentative de viol. Cela lui confère pendant quelques jours, le statut d'un héros, mais cela se retournera vite contre lui. Le vendredi qui suit, s'étant attardé à boire quelques verres avec un de ses collègues, ils sont passés à tabac par plusieurs jeunes gens dans une rue sombre.
La classe 55-206, où sont groupés les élèves de dernière année va dès la première semaine entrer en rébellion ouverte avec lui. Entre Grégory Miller, jeune noir à l'intelligence supérieure au reste de la classe, et lui commence une bataille larvée dont Rick ne sait pas réellement comment réagir. Son collègue Josh, jette l'éponge, complètement désabusé. Un problème plus grave que les autres va le conduire chez le directeur. Accusé de racisme, il doit se justifier. L'incident étant clos, sa bonne foi prouvée, il reprend son poste.
La violence quitte l'école et change de forme, son épouse reçoit des lettres anonymes mettant en cause son comportement vis-à-vis de Lois Hammond.
Richard Dadier commence sa carrière dans un optimisme béat. Il aimerait enseigner dans des conditions, disons, acceptables. Sa chute morale sera à la hauteur de sa déception. Anna son épouse, enceinte, n'a pas besoin de tous ces problèmes, le doute s'insinue petit à petit en elle. Les autres professeurs, les anciens surtout, ont baissé les bras, le laxisme s'est installé depuis trop longtemps. Pour eux, comme dans une chanson de ma jeunesse, « L'heure de la sortie, c'est le meilleur moment de la journée ». Melle Hammond semble être aussi déplacée que possible dans cette école, jeune et jolie et débutante, elle attire le regard des élèves. Que cache cette femme, qui possède un air angélique sur un corps de vamp? Gregory Miller est le chef et la tête pensante de la classe, son air nonchalant cache son arrogance et un esprit manipulateur. Rick et lui se livrent à une sorte de lutte d'influence pour savoir de quel côté la classe va se ranger. Les autres élèves ressemblent à un troupeau de moutons, ils suivront le plus fort, mais qui est le plus fort?
Ce roman parle de la détresse d'un homme, plein de bonne volonté, voulant réellement enseigner, mais en face de lui se dresse un mur, une volonté de nuire, de le détruire moralement. Le désarroi de ces hommes et femmes est palpable et transparaît dans toutes leurs conversations. La phrase qui résume le mieux l'état des lieux est la suivante :
-On lui avait appris à traire des vaches et on voulait maintenant lui faire dresser des lions.
Le système scolaire américain est passé à la moulinette, ainsi que toute la société américaine d'ailleurs.Le constat d'échec est effroyable, la violence omniprésente. Et ce livre a plus de 50 ans!
Extraits :
- Celle-là, pensa Solly, elle n'a jamais seulement dû entendre prononcer les mots Ecole professionnelle.
- À présent, c'était lui qui était professeur ; les rôles étaient inversés, et ce renversement des rôles lui était rudement agréable.
- C'était généralement vrai.
Ce n'était malheureusement pas vrai, en l'occurrence.
- ...ils auraient bientôt un fusil en main- perspectives agréables pour la plupart d'entre eux- et, s'il éclatait quelque part dans le monde un nouveau conflit, il pourrait bien y laisser leur peau .
- Rick avait l'intention d'imposer sa loi et de se détendre ensuite sans jamais laisser les disciplines de devenir un problème.
- Encore un petit malin, pensa Rick, la classe est pleine de petits malins.
- Ces gosses étaient des êtres humains, et non des animaux que l'on enfermait pour ne plus s'en occuper.
- Il supposa que le niveau d'intelligence des élèves était plus haut qu'il ne l'était en réalité.
-...les abrutis peuvent vous créer des tas d'embêtements, mais ce sont les types intelligents qui les mènent.
- Elle inspira l'air profondément en rejetant les épaules en arrière sans paraître se douter de ce que faisaient ses seins chaque fois qu'elle exécutait cette simple manœuvre.
- Qui est-ce qui plaisante ? demanda Solly. Dadier est vraiment un brave.
Un missionnaire, dit Manners.
Editions : Les Belles Lettres.(2000)
Titre original : Blackboard Jungle (1954)

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30 juin 2009

DAGIER P. & QUÉMÉNER H. / Jack Kerouac, Breton d'Amérique.

  Babalio   Kerouac                                                                        

Jack Kerouac, Breton d'Amérique.
DAGIER Patricia & QUÉMÉNER Hervé.

Note : 4 /5.
Les poissons de la mer parlent breton*
En retrouvant Jack Kerouac, j'éprouve souvent deux sentiments, la joie de le lire, et un petit brin de nostalgie. C'était il y a longtemps, mais j'ai gardé précieusement mon vieux volume de « Sur la route ». J'avais lu il y a quelques années « Jack Kerouac, au bout de la route ...la Bretagne » des deux mêmes auteurs. Ce livre n'est pas la réédition du précédent ouvrage, mais le résultat de dix années de recherches supplémentaires.
Prenons la route qui nous mènera des forêts du Huelgoat en 1720 jusqu'en 1969 en Floride où est décédé Jack Kerouac dont la quête de son ancêtre fut vaine .
Urbain-François Le Bihan, fils de François-Joachim de Kervoac, notaire et « principal bourgeois de la ville du Huelgoat » est dans une situation peu brillante. Il est accusé de vol, et ce n'est pas, semble t-il, la première fois! Après quelques péripéties judiciaires, il rejoint le lot des fils de familles mis à l'écart du scandale en Bretagne. Une pratique qui consiste pour les pères à envoyer par une lettre de cachet leurs fils dévoyés au loin le plus légalement du monde! Donc pour Urbain, à nous deux la « Nouvelle-France » Au début il sera chasseur, trafiquant avec les indiens des peaux contre de l'alcool, mais une de ses premières préoccupations est de se forger une nouvelle identité, et là, commence la valse des noms, prénoms, surnoms, et autre pseudo titre de noblesse! Chose rendue possible par des préposés aux archives à l'orthographe plutôt fantaisiste, bien aidée par Urbain lui même.
Quelque exemples : Carouch, Caroak, Karoüak, Querouac, Kerouacq, Kyroique, Kerouac. Son acte de décès s'établit comme suit:
- « Le 5 mars (1736) , Alexandre Keloaque, breton de nation, âgé d'environ trente ans et faisant fonction de commerçant décède à Kamouraska après avoir reçu tous les sacrements ».
Cette écriture à deux mains, la généalogiste et le journaliste, est particulièrement intéressante, surtout pour le parallèle entre les vies de Jack et de son ancêtre. Même complexité des individus, Urbain étant nettement plus roublard que Jack et étant très souvent à l'extrême limite de la légalité. Autre point commun, ils mourront tous les deux très jeunes après des vies, si l'on peut dire, bien remplies. Ils seront également des aventuriers et voyageurs, chacun à leur époque.
Deux personnages avec leur soif de vivre, même si celle-ci a tué Jack avant l'heure, deux destins semblables comme si, ironie de l'histoire, le premier traçait la route au second!
Urbain et Jack à des époques différentes auront eu leur « Conquête de l'Ouest ».
Un bon livre pour un néophyte qui voudrait connaître l'essentiel de l'oeuvre et du personnage de Kerouac, en particulier sur ses relations avec sa mère Gabrielle (dit Mémère!). Hervé Quéméner s'attache en particulier, ce que l'on ne trouve pas dans les autres ouvrages consacrés à Kerouac, à son attachement (parfois excessif ) à la Bretagne. Quelques très belles lignes sont consacrées aux rencontres et à l'amitié qui liait Kerouac et Youenn Gwernig.
Par contre, il est absolument nécessaire de s'accrocher pour suivre Urbain-François Le Bihan de Kervoac dans ses nombreuses péripéties! Et tout cela sous des noms d'emprunts qui ont dû rendre le travail de Patricia Dagier pour le moins ardu, mais passionnant.
Les auteurs signalent quelques livres de Kerouac au sujet de la Bretagne, « Big Sur » pour le poème en fin d'ouvrage, et « Satori à Paris ». Dommage que cette édition ne reprenne pas les photos et la généalogie figurant dans « Jack Kerouac. Au bout de la route....le Bretagne ».
On peut retrouver des témoignages de gens ayant côtoyé Kerouac dans l'excellent ouvrage (mais est-il toujours disponible, car il date de 1978?) « Les vies parallèles de Jack Kerouac » de Barry Gifford et Lawrence Lee aux éditions Henry Veyrier.
Extraits :
- En effet, deux personnages cohabitent dans la douleur chez Jack Kerouac.
- Il reste toute sa vie un petit garçon de Lowell, Massachusetts, fils de Canadiens français, catholiques et conservateurs.
- « Ti-Jean, n'oublie jamais que tu es breton », lui répétait son père.
- Il s'agissait en effet d'un conflit de classes sociales. Et le notaire du Huelgoat, du fait de sa condition, s'imaginait jusqu'alors intouchable.
- Tout se passe comme s'il avait des rapports incestueux avec sa mère. Ce qui n'a jamais été avéré.
- Ils ne sont pas les seuls à converger vers l'océan. L'appel du large et le plus fort et il n'est pas nécessaire d'être issu d'une famille de marins pour y succomber.
- Une garantie pour les pères, qui se débarrassent ainsi de leurs progénitures, sûrs de ne pas les voir rentrer au bercail de sitôt.
- ... »On the Road en anglais (il, Jack ») n'aurait pas traduit le titre par « Sur la route », mais par « Sur le chemin ». Cette précision n'est pas dénuée de sens. Elle ajoute l'intention de donner au livre une dimension de quête physique.
- Il affirme même que la seule conséquence de ce défi aura été de réveiller ses instincts de marins bretons !
- Mais ces moments sont de plus en plus rares. Jack se complaît dans une spirale suicidaire et se consume à l'eau de feu.
- Et cette paternité, la postérité la lui a imposé.
Éditions : Le Télégramme  (2009)
*Phrase extraite de « La mer ». Bruits de l'océan Pacifique à « Big Sur », qui termine le roman du même nom.
Ouvrages de Jack Kerouac sur ce blog:
Maggie Cassidy.
Vraies blondes & autres.
Visions de Gerard.
Les souterrains.
Le site du livre, ici

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15 juin 2009

COOVER Robert / Noir

Noir.
R
obert COOVER.
Note : 3 / 5.
Le noir lui allait si bien!
Je ne connais pas cet auteur qui m' été recommandé au club de lecture de la médiathèque de Lorient. Un auteur somme toute prolifique, avec une vingtaine d'oeuvres éditées.
Quand le privé s'appelle Phil Noir, sa secrétaire Blanche, le commissaire Blue on peut espérer en voir de toutes les couleurs, ou alors n'en voir qu'une seule : le rouge!
Un privé bien dans la tradition américaine, fauché, pas brillant, un peu stupide, buvant et fumant plus que de raison. Il sert souvent de punching-ball pour quiconque veut se passer les nerfs. Bref tous les clichés et stéréotypes sont là!
Les rues sont glauques, les personnages très paumés, la veuve en noire, en jambes et appétissante (bon d'accord elle passera vite du statue de veuve à celui de défunte, puis de cadavre elle deviendra feue la disparue!). Ladite veuve aimerait qu'il enquête sur la mort de son mari, la version officielle parle de suicide, mais elle n'y croit pas. Elle l'embauche pour savoir la vérité, mais quand elle lui donne un papier avec le nom de l'assassin présumé, il a un instant d'hésitation! « Mr Big » c'est du gros, pas du menu fretin.
Pauvre Mr Noir, à la suite de la mort de son employeuse, il broie du noir, mais il continue son job, bien que dorénavant il travaille au noir. Comme en plus le mystère s'épaissit l'avenir est plutôt sombre. Les éclaircies dans sa vie et son enquête, lui sont prodiguées par Blanche, sa secrétaire.
Les visites du commissaire Blue lui donnent des coups de blues, et les coups qu'il reçoit lui laissent des bleus au corps!
Phil M.Noir est un privé sans illusions, ni sur lui même, ni sur les autres. Ses rêves ont été remplacé par la triste réalité d'un boulot minable. Donc parfois Monsieur broie du noir, et s'apitoie sur son triste sort!
Sa secrétaire, qui se nomme Madame Blanche, est une personne dévouée, enfin peut-être pas corps et âme. On apprend au hasard des retours de son employeur qu'elle porte des culottes de soie, mais oui. Mais n'allez pas croire certaine choses, dans la vie rien n'est absolument tout noir ou tout blanc. Même pour les Blacks &White, garçon un whisky please! Est-elle aussi en plus de ses nombreuse qualités une oie blanche?
Commissaire Blue est un policier incorruptible, enfin jusqu'à un certain point, mais l'argent qu'il trouve dans les poches des gens qu'il interroge est pour les bonnes oeuvre de la police, voyons!
Le veuve en noir, visage dissimulé sous une voilette, enfin la veuve dont le corps a disparu! Mais qui réapparait parfois, au moment où l'on si attend le moins.
Mr Big, lui est un poids lourd du crime, amateur de soldats de plomb, il était l'associé du défunt mari de la veuve en noir aux longues jambes qui est morte et dont le cadavre a disparu........
Les personnages dit secondaires ne sont pas tristes non plus, en particulier une veille prostituée qui a servi de carte postale entre deux yakuzas, chacun renchérissant sur le tatouage de l'autre! Flame au tempérament de braise, des alcooliques, des indicateurs, une jeune bourgeoise qui s'encanaille peuplent les nuits de New-London et de ce roman.
L'auteur adopte un style de narration qui peut dérouter, en effet il parle à Noir en le tutoyant et en décrivant ses actions:
-Tu es à la morgue. Où la lumière est étrange.
Un bouquin dont le début est relativement intéressant, mais je me demande qui a pris le plus de plaisir, l'auteur à l'écrire ou le lecteur à le lire? L'intrigue est des plus minces, et ne parait pas être l'objectif de Coover. Il semble qu'il écrit un pastiche, réunissant tout les ingrédients du genre, on secoue bien et c'est parti. Le départ est réussi, mais l'arrivée laborieuse!
Extraits :
- Le petit groupe habituel des badauds, d'ivrognes, de flic, de clodos, leurs visages dans l'ombre des casquettes et des chapeaux. Une assemblée perverse et sinistre. Également des charognards.
- Tu t'es rendu compte qu'une des choses que tu avais oubliées de demander à la dame était son nom et le nom de son mari décédé.
-Le trou était dans la temple droite du ballot. L'arme dans sa main gauche.
-L'avenir de tout le monde. Skipper parle rarement, il fait savoir. Il montre son bandeau noir du doigt. Il te montre du doigt. Il montre son perroquet. Il laisse la parole à son perroquet.
- Les jambes sont des jambes Mr. Noir. Elles sont plus nombreuses que les gens.
- Et une balle dans la tête est une balle dans la tête. Comme son mari pourrait vous le dire s'il n'était pas trop tard.
- En bref, selon Joé, la vie n'était que maladie, solitude, corruption, cruauté, paranoïa, trahison, meurtre, cynisme, impuissance et peur, et puis il y avait aussi le mauvais côté des choses.
- Enfant rebelle de la décadence et friquée, tu connais le genre, tu t'es déjà fait brûler.
-L'endroit lui-même est sale, enfumé, lugubre, fétide. C'est toi.
- Mais tu as beau te dépêcher, courir contre la montre, on dirait que ça prend un temps infini. Tout s'étire.
- Et vous, Mr Noir ? Vous bavez aussi après moi?
Éditions : Fiction & Cie. Seuil (2008).
Les éditions du Seuil à qui je posais la question du titre original m'ont gentiment répondu ceci :
Noir est le titre original : ce livre n’a pas été encore publié aux États-Unis, la traduction et publication française étaient une avant-première !

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21 mai 2009

LOWRY Lois / Le passeur

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Le passeur.
Lois LOWRY.
Note : 3,5 / 5.
Un jour prochain....peut-être!
Ce trimestre, avec le Lycée Colbert, le thème est la science-fiction. Ce livre fait partie des trois titres choisis. J'ai personnellement beaucoup lu de livres d'anticipation ou de science-fiction, il y a très longtemps. A la suite je pense d'une overdose, j'ai complètement abandonné le genre.
Le futur est un sujet qui revient souvent, ici le monde est harmonieux, sans haine, ni tension, la vie de famille est la même pour tous : deux enfants par couple, un garçon et un fille, des femmes sont désignées comme mères porteuses et sont les seules à pouvoir procréer ; après trois enfants, elles deviennent ouvrières. Les enfants, à leur naissance, sont confiés à des crèches où ils sont surveillés par des « Nourriciers », ensuite seulement ils sont confiés à des familles. La vie est ponctuée de cérémonies, la remise des enfants, de l'attribution du nom, puis celles qui marquent les âges avec pour chaque année un changement dans la tenue vestimentaire, un vélo pour les 9 ans par exemple. Pour les 12 ans, c'est la dernière cérémonie, l'enfant devient adulte et se voit attribuer un métier ou une fonction. Il n'y a plus de livres, plus de passé, plus d'animaux, plus de couleurs. Les rêves sont étudiés tous les matins en famille, et dès qu'apparaissent les « Stimulations », des pilules journalières sont prescrites. Les malades et les vieillards, ainsi que quelques rares inadaptés sont « élargis », terme que tout le monde connaît sans en savoir réellement la signification. Jonas est désigné comme futur « Dépositaire de la mémoire », poste suprême de la communauté. La dernière personne désignée a échoué, et même son prénom est proscrit! Il commence son apprentissage avec « Le Passeur » et découvre le monde d'avant. D'avant que « L'identique » soit élevé en dogme. La beauté de la neige, la chaleur, les couleurs, le monde animal. Il apprend la notion de famille, de grands-parents, des fêtes comme Noël ou Pâques. Il fait aussi connaissance de la douleur, des blessures morales et physiques, de la mort avec la chasse et de la guerre. Mais toutes ces connaissances font naître des questions dans sa conscience, et certaines découvertes heurtent sa sensibilité!
Jonas semble être un garçon comme les autres, il a ses amis, sa famille, sa vie est bien réglée, il obéit aux lois qui régissent la communauté sans état d'âme particulier. Pour ses douze ans, il va faire connaissance avec son avenir, comme les autres enfants nés la même année que lui, mais son nom tarde à être appelé.
Sa « famille »,  son père, nourricier, et sa mère qui travaille au centre de justice sont des gens normaux, obéissant aux lois, bref rien ne les distingue des autres membres de la communauté. Sa soeur Lily est aussi une enfant parfaitement adaptée, comme leurs connaissances ou amis. La notion d'identique est une règle absolue!
Gabriel est un nouveau-né à problèmes, la communauté se donne un an supplémentaire avant de prendre une décision à son sujet. Il séjourne chez Jonas qui se prend d'amitié pour lui, et semble calmer ses nuits. Mais celles-ci redeviennent agitées loin de celui-ci.
Un livre bien écrit, une lecture agréable, mais loin des chefs d'oeuvre du genre, « Le meilleurs des mondes » d'Aldous Huxley, « Les jeux de l'esprit » » de Pierre Boulle ou « L'ère des gladiateurs » de Pohl & Kornuth.
A lire, mais sans plus.
Extraits :
- Les onze-ans étaient excités à la perspective de cet événement qui arrivait à grands pas.
- Le règlement veut que l'on soit élargi à la troisième transgression.
- Après 12 ans, l'âge ne compte plus.
- La veste boutonnée par devant a été le premier signe d'indépendance, le premier symbole bien visible du fait de devenir un grand.
- Il serait un adulte, comme ses parents, quoiqu'un nouvel adulte non formé.
- Jonas a été sélectionné pour devenir notre prochain dépositaire de la Mémoire.
- Mais nous ne devons plus jamais prononcer son nom, ni le donner à un nouveau-né.
- Avoir le pouvoir de fermer le haut-parleur ! C'était une chose ahurissante.
- Ce n'était pas pratique et est tombé en désuétude quand nous sommes venus à l'Identique.
- Appelle-moi le Passeur, dit-il à Jonas.
- Nous avons abandonné la couleur quand nous avons abandonné le soleil et supprimé les différences.
- Jonas, toi et moi, sommes les seuls à avoir des sentiments. On les partage depuis maintenant près d'un an.
Éditions : Médium(1994)
Titre original : The Givers. (1993)
Voir la chronique de Joëlle, ici.

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05 mai 2009

GRIMES Tom / Mémoires sous médocs.

Mémoires sous médocs.
Tom GRIMES
Note : 5 / 5.
Les mécontes de Grimes.
Un écrivain que je découvre avec ce livre qui sous des aspects comiques est en réalité une oeuvre contre notre monde de surconsommation, médicamenteuse en particulier. Cet auteur a eu un autre titre traduit « La cité de Dieu » en 1999.
Il n'est pas très ordinaire le monde de Will! Le fric a fait un fric-frac sur le monde et ce n'est pas réjouissant! Will, un jour, a été amené par sa mère au cabinet du psychopharmatologue car « il avait l'impression de ne plus croire en rien »!
Il est étudiant dans une faculté près de deux aéroports ; le seul endroit où l'on n'entend pas les avions est la bibliothèque située en sous-sol! La cafétéria, par exemple, est placée dans l'axe de la piste, boire un coup rend sourd! Un univers plein de contradictions, une chaîne de bar répond au doux nom de « Dieu Merci Enfin Vendredi », mais d'autres prônent l'exécution sommaire des chauffeurs dont l'alcootest est positif. La liberté est tellement surveillée qu'elle amène des situations pour le moins délirantes, le parking de l'université est réservé en priorité aux minorités ethniques ou autres, puis aux sous-minorités, etc... Le pauvre gars normal lui en est exclu! Une chatte porte plainte contre des pompiers qui l'ont délogée de son arbre, des élèves meurent de surcharges d'infos.
Mais Will a le droit de se lancer dans sa quête personnelle, celle de son Graal à lui. Trouver le responsable de ce fléau! Reconnaissons que ce sera plus proche de « Holy Grail» des Monty Pythons que d'« Excalibur » de John Boorman!
Dans cette galerie de personnages, commençons par Will, étudiant solitaire, il aimerait que la vie soit moins moche, il désirerait par exemple échanger autre chose que des ordonnances ou des médicaments avec Naomie. Il serait heureux s'il était moins déprimé, il aimerait un coin de ciel bleu parfois. Et son seul ami, sa seule distraction, c'est Spunky, son ordinateur portable. Ce monde est bien triste! Spunky, lui, que ce soit Will ou un autre, peut-être qu'il ne fait pas la différence? Ce monde est technique!
Sa mère, qui l'élève seul (son père étant en prison), se saigne les quatre veines pour ses études, et pourtant sa situation n'est guère brillante, elle est en effet en intérim, 39 heures par semaine, sans retraite, ni sécurité sociale. Et tous les emplois sont aux mêmes conditions. Ce monde est cruel! Naomie, la fille de l'affiche (pas mal), qui parle d'études« madonniennes » car Naomie a figuré sur un numéro spécial d'un magazine pour hommes intitulé « Les filles des facauroutes » (à première vue elle est plus belle qu'une phacochère). Eh oui ce monde en est là! Quant au corps enseignant, ce n'est pas triste non plus! Un conseiller d'orientation, ancien champion de golf, est l'auteur d'un best-seller de ....vingt-cinq pages écrit en gros caractères! Une prof de volley-ball, qui n'est ni le haut du panier (je l'aurais dit si elle avait été prof de basket), ni le haut de gamme (ça c'est pour les profs de musique), mais le haut du filet. Mais c'est également une spécialiste de la philosophie sexuelle, il vaut mieux ne pas tomber entre les mailles de son filet(!). Ce monde est sportif! Le docteur Bones est-t'il si maléfique que Will le pense? Et son assistante, Crystal Boncoup, quelle perle rare...! Ce monde est celui de l'érotisme virtuel. Mais aussi surprenant que cela puisse paraitre, ce monde est aussi celui de l'amour!
Une charge au vitriol sur ce qui semble nous attendre, cela fait rire, mais jaune. J'ai beaucoup aimé cette version de notre futur, un monde où les facilités de communications sont à leur apogée, mais où les gens ne savent plus se parler sans l'intermédiaire d'une machine.
Un titre de paragraphe représente bien à mon goût l'humour caustique de l'auteur : un sport mâle sain, des pores malsaines.
Un OLNI* de haute volley (volée, pardon!), mais partisan d'une littérature très classique, ce livre n'est pas pour vous!
Sur ma dernière ordonnance, il m'est prescrit du château Médoc par voie orale (ou buccale) à chaque repas! Je laisse tomber les médocs, sauf millésimés et en flacons de 75 centilitres.
Extraits :
- Cet aveu d'une vulnérabilité poignante m'a plus ému que n'importe quel dessin animé de Disney adapté d'un classique.
- Peut-être que bientôt, pour la Saint-Valentin, on rédigerait ses mots doux sur des ordonnanciers.
- Comme si je n'avais rien d'autre à foutre que de sauter le lapin Duracell déguisé en hôtesse Playboy !
- 1-800-Bon-Coup. Vos fantasmes sexuels ont été transférés vers un répondeur automatique. Pour les préliminaires, tapez.......
- Oh, mais je ne suis pas encore professeur. Je suis en A.P.D.- en Année de Probation Déterminante.
- Ma culotte glisse le long de mes jambes à la vitesse d'un taux d'intérêt en chute libre.
- Vous voulez dire que chacun de mes troubles sont facturés séparément ?
- Les États-Unis de Microsoft, gouvernés par l'Intel-ligensia?
- C'est trop mignon. Au lycée, mon ex déchargeait avant même que je lui mette la main dessus. J'avais l'impression de sortir avec une yaourtière.
- Mourir, c'est seulement quelque chose qui se produit ; il suffit d'attendre pour mourir. Pour vivre, il faut avoir la foi.
- Bon Dieu !Pas étonnant que les écrivains inventent autant de conneries.
Éditions : Fayard Noir (2009).
Titre original :WILL@epicqwest.com (A Medical Memoir) (2003)
*Objet Littéraire Non Identifié.
Claude Le Nocher en parle, ici.

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10 avril 2009

BINGHAM Sallie / Libertinages.

Libertinages.
Sallie BINGHAM.
Note : 3,5 /5.
Lit terre à terre.
Sallie Bingham est née dans le Kentucky en 1937. Ces onze nouvelles sont mes premières lectures de cet auteur et sont dues au plus grand des hasards. Comme son titre l'indique, ce recueil tourne essentiellement sur certaines dérives amoureuses. Son titre original « Transgressions » est d'ailleurs on ne peut plus explicite. « Benjamin » est un vieux bonhomme acariâtre de quatre-vingt dix ans râleur et égoïste et goujat. Peintre jadis célèbre, son heure de gloire est passée, mais parfois un musée l'invite. Et aujourd'hui il doit inaugurer une salle avec un de ses tableaux, mais une dernière tentation a croisé sa route. Un beau texte sur l'amour, le désir et le temps qui passe.
Un autre peintre dans « Une fille remarquablement jolie », mais celui là n'est pas connu. Cory, un lendemain de fête où elle avait abusé de boissons fortes se réveille nue dans un lit inconnu. Elle cherche ses vêtement qui traînent de droite et de gauche et se rhabille en regardant l'homme peindre. Les formules d'adieux sont pathétiques, elle marche vers ses habitudes dans un quartier qu'elle ne connaît pas et voit défiler sa vie....
« Le grand lit » est une affaire de famille, une partie de l'héritage de Liz. Un soir Olivier lui raconte un de ses fantasmes amoureux, fantasme qu'il avait assouvit naguère avec la complicité de son amie de l'époque. Liz accepte de se prêter au jeu! Mais un jour, après qu'Olivier l'a quitté, elle se pose la question, qu'espérait-elle?Dans « L'épine », une femme âgée, une des dernières rescapées de son époque, se fait aider pour réparer une clôture par un voisin beaucoup plus jeune qu'elle. Elle lui raconte sa vie, ses mariages, les hommes, ceux qu'elle a quittés, ceux qu'ils l'ont abandonnée, un amant qui était marié, une existence ordinaire. Elle lui demande de parler un peu de lui, s'il vit seul etc......
Une professeure de soixante-trois ans, qui ne cache pas son âge, demande l'aide d'un de ses étudiants pour l'aider à faire des confitures, l'abricot fait-il partie des fruits défendus?
Trois hommes et des coussins, pourrait être le sous-titre de « Le parfait refuge », deux homosexuels vivent heureux, mais l'intrusion d'un jeune homme, puis d'une chatte enceinte va rompre cette équilibre.
Un homme Stanley, une femme Maria, et une question: qu'est qui ne va pas entre eux? Pauvre Stanley!
Une ancienne professeure de lettres dit ceci : « Faire l'amour pour moi a toujours été une manière de converser. Ce qui prime c'est l'aptitude de l'amant à écouter.... » Attention au dialogue de sourd, ou elle devrait, cette brave dame, se rappeler du proverbe « La parole est d'argent, mais le silence est d'or ».
Une femme part en pèlerinage sur les lieux d'une aventure amoureuse de son époux, lui laissant au passage leurs deux petites-filles....
Des femmes parfois mère poule, souvent autoritaires et solitaires, se posant des questions mais se remettant rarement en cause.
Un livre agréable, qui se lit avec un sourire parfois, avec tristesse souvent. L'âge, voilà non pas l'ennemi mais le problème. Ces personnages sont souvent revenus de beaucoup de choses, la vie ne les a pas épargnés. Certaines et certains vivent plus ou moins bien leur veuvage, ou alors le départ du mari, un beau (?) matin. Des hommes et des femmes oscillant entre résignation et espoir. Le propre de l'espoir c'est, hélas d'être déçu. Malgré tout cela ce livre n'est pas triste, juste lucide. Un recueil très intéressant, dommage que tous les récits qui le composent ne soient pas d'égale valeur.
Extraits :
- C'étaient les mots d'un vieux poète à un jeune poète. N'eussent-ils pu être aussi ceux d'une vieille femme à un jeune homme ?
- Il se demande tout à coup si elle est ambitieuse. Sa robe noire peut le laisser penser.
- Chouette, pensa-t-elle. Comme s'il parlait d'une virée à la fête foraine. Mais c'était le mot juste.
- Le garçon s'infiltra dans ce cocon sur la pointe des pieds. Il traita les deux hommes comme des oncles, les respecta et les évita.
- Elles se sourirent, tels deux compagnons de voyage dans le rude pays de l'amour.
- Il l'avait supposée plus vieille – faisant au moins cinq ans de plus que lui – et la gêne le laissa sans voix.
- Nous avons tous les deux la soixantaine et une soirée gâchée pèse plus lourd sur nous aujourd'hui que trente ans plus tôt.
- L'espace d'un instant, ils crurent tous les deux que les soins étaient finis, terminés, inutiles, que l'amour refleurirait, pour la vie.
- Les mots de Joyce volettent dans la pièce comme des moineaux piégés.
- Et le jeune homme l'a suivi comme les jeunes hommes suivent les sorcières ou les marraines de leur bien-aimé dans les vieilles histoires.
- J'ai perdu tout et tout le monde si tôt dans ma vie.
- Je n'aurais rien appris si je n'avais pas été livré à moi-même sitôt.
Éditions : Joëlle Losfeld (2007)
Titre original :Trangressions (2002)

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01 avril 2009

FORD Richard / Péchés innombrables.

Lu dans le cadre de l'auteur du mois de « Lecture-écriture »
Péchés innombrables.
Richard FORD.
Note : 4/5.
Tous les péchés ne sont pas mortels!
Je me souviens d'avoir lu Richard Ford, il y a longtemps, donc je redécouvre cet auteur, grâce à ce recueil de nouvelles, dix en tout.
« Intimité ». Un soir d'insomnie, un homme de sa fenêtre voit une femme se déshabiller lentement. Des sentiments confus en découlent, est-il vraiment un voyeur? Il pense à son épouse endormie dans leur chambre, mais il recommencera le lendemain et les jours suivants, puis subitement arrêtera. Mais parfois la vie réserve des surprises!
Un « Moment privilégié » c'est peut-être une soirée et un repas au restaurant entre un homme et sa maîtresse. Lui est de passage à Chicago, elle réside dans un hôtel luxueux, lui parcourt le monde, elle est mariée à un homme plus âgé mais riche. Bref une histoire banale, mais l'auteur transforme cette histoire en un moment privilégié, y compris pour le lecteur . Un très beau texte.
Ces « Retrouvailles » ne sont pas forcément faciles ni les bienvenues, un éditeur dans une gare rencontre sans le vouloir le mari d'une de ses anciennes maîtresses, leur dernière rencontre avait été plutôt percutante! Est-ce réellement une bonne idée de reparler de tout cela, surtout que cette femme a quitté leurs vies à tous deux. C'est Noël dans « Crèche ». Toute la famille est en vacances, Faith est avocate, spécialisée dans le cinéma, en plus de son travail, elle doit aussi s'occuper des problèmes de tout ce beau monde, sa soeur est en cure de désintoxication, son beau-frère la drague, et de son côté les affaires de coeur ne sont pas des plus simples mais c'est Noël..........
Adultère dans « Dominion » elle est canadienne, lui est américain, ils travaillent ensemble et sont amants depuis des années. Mais un jour à Montréal, le mari téléphone dans la chambre d'hôtel et donne rendez-vous à l'amant dans le hall!
« Abîmes », qui clôt ce recueil, est la nouvelle la plus longue. Comme dans « Dominion » un homme et une femme ont ensemble une aventure des plus torrides. Ils travaillent dans la même société immobilière et doivent prendre beaucoup de précautions, car il sont mariés chacun de leur côté. Un jour malgré tout ils décident d'aller voir le Grand Canyon. Mais des divergencese font jour : hors du lit, point de salut?
Un écrivain en mal d'inspiration qui la nuit regarde par la fenêtre, un journaliste qui rejoint sa maîtresse dans un hôtel de luxe est abordé par un homme dont il n'a aucun souvenir. Il faut reconnaître que sa journée fut pleine d'émotions. Un autre homme se remémore son enfance à la Nouvelle-Orléans , dans une famille hors-norme, son père est parti vivre avec un homosexuel fortuné, sa mère a installé un musicien noir à la maison, l'alcool coule à flot, bref une enfance pas très ordinaire. Un jour son père l'invite à une chasse au canard.....La découverte d'un chiot abandonné dans le jardin d'un couple va-t-elle avoir une influence sur leur comportement? Surtout qu'ils ont d'autres chats à fouetter.Majorie pense peut-être que c'est malin de dire à son mari que le maître de maison où ils sont invités à été son amant! Pour Steven la pilule sera peut-être dure à digérer!Un couple dont le mari a eu une assez longue aventure tente de se reconstruire, en partant en voyage. Retrouver la paix et la sérénité, se reparler à nouveau, c'est bien mais passer ses vacances à Belfast, c'est pas très romantique, même si ce Belfast là est dans l'état du Maine! Enfin l'espoir mène à tout!
Une très belle écriture, très précise, avec plein de détails mais sans alourdir le texte.
Un monde de petits bourgeois prototypes d'une Amérique aisée, un constat doux-amer, dans « Dominion » par exemple où il se joue une rivalité entre le mari canadien et l'amant américain.
Richard Ford n'a peut-être pas la férocité d'un John Cheever vis-à-vis de la société américaine, mais d'une manière plus feutrée, il nous en décrit certains vices, l'alcool, l'adultère, la drogue, le dollar tout puissant. Souvent dans ces nouvelles les lieux ne sont que des endroits de passage, des hôtels, des gares, comme si les personnages n'avaient ou ne voulaient pas avoir d'attaches ou alors que leurs travails les transforment en éternels voyageurs.
Une agréable découverte.
Extraits :
- À l'époque, nous formions encore un couple heureux.
- Elle choisissait souvent des mots déplaisants. Collatéraux. Interaction. Réseau. Caution. Des mots qu'employaient ses amis.
- Dans une lettre à son ami le grand John Synge, Yeats dit que nous devrions combiner le stoïcisme, l'ascétisme et l'extase.
- Ce qui se passa entre Beth Bolger et moi ne vaut guère les lignes qu'il faudrait pour en rendre compte.
- Ce sont des choses qui arrivent, du moins en théorie.
- La journée avait été trop excitante, ou pas assez. Leur mère était en cure de désintoxication. Leur père est un connard.
- « C'est difficile de savoir comment mettre fin à quelque chose qui n'a jamais tout à fait commencé ».
- Belfast.... Comme la ville où on se bat ?
- Bizarre d'être aussi intelligent au lit, et pas du tout à d'autres moments.
Éditions : Éditions de l'Olivier (2002).
Titre original :A multitude of Sins. (2001)

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