Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

01 octobre 2009

GUDMUNDSSON Eimar Már : Les anges de l'univers

Les Anges de l'univers.
Eimar Már GUDMUNDSSON.
Note : 4 / 5.
O.T.A.N. en emporte le vent!
Écrivain né à Reyjavik en 1954, il a publié des recueils de poésie, puis des romans.
« Les Anges de l'univers » a obtenu le Grand prix de la littérature nordique. C'est, avec pas mal de retard, ma dernière contribution à l'année de l'Islande de la médiathèque de Lorient.
Ce roman se compose de deux parties « Les anges de l'univers » et « Ombres errantes », titres très explicites pour décrire la lente déchéance du narrateur.
Páll ne peut oublier sa date de naissance, en effet, ce jour là l'Islande entre dans l'O.T.A.N, ce qui n'est pas du goût de tout le monde semble t-il ! A la suite d'un embouteillage, son père n'était pas présent! Il nous raconte sa vie du berceau à l'asile psychiatrique de Kleppur.
Certains souvenirs sont plus marquants que d'autres, un beau et mystérieux voilier apparaît, avec pour des enfants son lot de questions! Une voisine un peu grassouillette qu'il persuade qu'il entend son cœur battre quand il pose son oreille sur son sexe nu! L'alcool et les quatre cents coups avec les copains, embauchés pour vendre des fouets factices, pas commerçants pour deux sous(?). Leur part est de deux couronnes par vente, ils les cèdent donc à deux couronnes! La voisine n'est pas des plus réjouies. Un séjour au bord de la mer, chez un vieil excentrique avec qui il fera le coup de feu contre un bateau islandais, qu'il avait pris pour navire de guerre russe. Après une altercation avec son père, il décide de partir en Amérique avec pour seul bagage un transistor.
La seconde partie est beaucoup plus sombre, car elle concerne principalement son internement. Páll déroule pour nous sa vie chaotique, nous sentons en lui un certain goût pour la peinture, comme le père d'un de ses amis. Mais hélas.....Son père a eu certains problèmes avec la famille de son épouse, on le voyait souvent au bal, contant fleurette de çi, de là, ne saluant personne. Une explication franche permis de se rendre compte de la méprise, ce n'était pas son père, mais son frère jumeau! Sa mère est un personnage plutôt discret, ses frères et sœurs sont souvent apeurés lors de ces séjours à la maison.
Ses amis de jeunesse et les jeunes filles rencontrées, tout cela nous rappelle qu'il fut un garçon comme les autres, un grand chagrin d'amour et des problèmes de santé ont malheureusement fait qu'il est devenu un être quasiment obèse bourré de médicaments!
Ses voisins, comme Thór qui se fit sauter un oeil un jour de chasse, Eyvindur, chauffeur de car, tueur de chats ; voulant changer de vie, il achètera un chalutier, fera faillite et sombrera dans l'alcoolisme. On croise aussi Ragnar un de ses oncles, communiste, contestataire, grand parleur devant l'éternel. Mais il reconnaît qu'il ne ment jamais, mais enjolive toujours!
Une galerie de personnages plus extravagants les uns que les autres, par exemple Pétur, qui rentre chez lui en plein milieu d'une promenade, car il a verrouillé sa porte, et les fantômes qui habitent chez lui ne pourront pas sortir! L'Empereur des aurores boréales, qui peint plus vite que son ombre, tout du sol au plafond. Il travaille à la confection d'une statue, la sienne Mais dit-il « Je me suis fait trop gros » . Il roule en carrosse noir tiré par trois chevaux! Le bachelier dément que la maladie emportera.
Que de destins tragiques dans ce livre et surtout dans cet hôpital!
Une écriture très poétique, un ton un peu doux-amer, la construction de ce livre fait plus penser à une suite de saynètes qu'à un véritable roman. A lire pour l'originalité du sujet, même si celui-ci est plutôt austère et amène le lecteur à des conclusions guères réjouissantes.
Quelques lignes de poésie sont posées par-ci, par-là dans ce livre, mais la mort est très présente également, les suicides et les pêcheurs naufragés sont la plupart du temps les causes de ces décès.
Extraits :
- ... et quand je serai à mon tour tout maculé de peinture, les doigts verts et bleus, convaincus d'être la réincarnation de Vincent Van Gogh.
J'ai mal à l'oreille.
- Ragnar est communiste et ne s'en cache pas : « soit on est communiste, soit on est con. »
- C'était longtemps avant les jours de la graisse médicamenteuse, avant les jours du café à la louche et de la toux tabagique.
- Marilyn, grande infirmière de la solitude ; l'éternel féminin en communication téléphonique directe avec l'éternité.
- Je trouvais qu'il avait changé, mais ça ne veut rien dire parce que, moi, j'avais déjà basculé.
- Plus tard, quand je mourus, c'est lui qui officia à mon enterrement et pour autant que je sache, il s'en est bien tiré.
- Maintenant j'écris une histoire.
J'écris ma propre oeuvre.
- En fait, le temps est toujours compté, même s'il s'avère qu'il y en a toujours à revendre.
- L'aliéné dit qu'il est mort et enterré. Tous les dimanches, il va au cimetière mettre des fleurs sur sa propre tombe...
- Non, cette tombe n'est pas assez profonde pour contenir nos sentiments à tous.
- Quand les montagnes enlèvent leurs blouses blanches, c'est l'heure de la visite des oiseaux.
Éditions : Flammarion(1998)
Titre original : Englar Alheimsins (1993)

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04 juin 2009

SÍMONARSON Ólafur Haukur/Le cadavre dans la voiture rouge

islande

Le cadavre dans la voiture rouge.                                                                              
lafur Haukur SÍMONARSON.
Note : 3,5/ 5.
Entre amis, dans un si joli petit village.......
Premier roman de cet auteur que je lis, ceci dans le cadre du club de lecture de la médiathèque, cette année étant consacrée à la littérature islandaise. Cet auteur est surtout connu comme dramaturge.
Jonas Halldorson est plutôt sur la mauvaise pente, renvoyé du journal où son cousin l'avait embauché, il se retrouve comme enseignant dans un village que l'auteur décrit en ces termes « enclave perdue dans les ténèbres du monde ». Il découvre que ténèbres pour ténèbres beaucoup des habitants ne sont pas des lumières! Quant aux élèves, pourquoi étudier pour finir à la conserverie de poissons ou pêcheurs dans des mers guère hospitalières ? Puisque l'on parle d'hospitalité, l'accueil réservé à Jonas n'est pas des plus jovials ! En supplément, l'appartement de fonction promis n'est pas disponible, Hannes, le directeur, lui offre l'hospitalité, chose que Jonas refuse. Il va donc habiter chez Maria, une autre professeur, qui vit avec son père alcoolique notoire, mais patriarche d'une famille très riche. Il fera ainsi connaissance de Bjorg, le frère, qui semble régner sur ce village. Quelles sont les raisons qui ont poussées Haldor son prédécesseur à disparaître subitement? Ici, tout se sait, mais il règne une certaine loi du silence, Jonas entend parler de différents incidents, de mystérieux incendies. Il constate la main-mise de quelques uns sur les finances publiques. Quel est réellement le rôle de Maria dans certains bruits qui courent, est-elle saine d'esprit? Certains en doutent. Bref un vrai panier à crabe dans les eaux islandaises.
Des personnages plutôt classiques dans un endroit très reculé, Jonas semble être au départ un être plutôt minable, buvant plus que de raison, il a échoué dans ses études en Allemagne, et est revenu au pays. Sa femme l'a quitté et il ne voit plus sa fille. Il a accepté ce travail faute de mieux.
Maria et sa famille : Bjorg, son frère, Alex, son père, Thorsteinn, amoureux transi de Maria, Oli, directeur de la supérette, président du Lions' Club, loueur de cassettes vidéos porno, tout ce beau monde cache ses secrets et raconte sa version de la vie du village. La vérité de l'un n'est pas, loin s'en faut, la vérité des autres! Hannes, le directeur de l'école, alcoolique, mène son monde à la baguette. Viggo, sa petite taille est un handicap, mais c'est un mécanicien hors pair, pourquoi vouloir sa mort? En savait-il trop? Halldor a mystérieusement disparu. Il habitait lui aussi chez Maria et son père, il semblerait qu'en posant des questions de droite et de gauche, il avait découvert certaines malversations. Donc il gênait pas mal de monde chez les notables du village.
En lisant ce livre, j'ai eu l'impression de découvrir la version islandaise de « Cul-de-sac » de Douglas Kennedy, ou de « Cinq matins de trop », de Kenneth Cook. Un étranger pratiquement bloqué dans un village où la majorité de la population lui est hostile. Un endroit où les plus forts font la loi, et où tout le monde soigne ses angoisses par l'absorption massive d'alcool. L'ambiance et la mentalité des autochtones sont fort bien décrites, et on comprend très bien la main malicieuse qui, sous le panneau « Bienvenue à Litla-Sand », a ajouté « Sauve-qui-peut ! ».
Une Islande loin des cartes postales dans ce roman qui commence doucement, mais qui trouve un rythme plus soutenu dans sa seconde partie.
Un livre agréable, mais qui ne révolutionnera pas le genre, à lire pour le dépaysement qu'il procure.
Extraits :
- C'est une belle journée d'été, mon garçon. Ce n'est que quand il faut faire marcher deux hommes devant la voiture qu'on peut parler de brouillard.
- Tu dois être Jonas. Notre nouvel espoir dans notre combat contre l'ignorance.
- Ne faudrait-il pas employer des gaz lacrymogènes contre cette racaille ? Pour maintenir un apartheid style Afrique du Sud.
- Tout allait à hue et à dia. « Demain me dis-je à moi-même. Demain est un autre jour ».
- Y a-t-il encore des Hamlet à courir ces campagnes ?
- Dans une telle société, je finirai par devenir fou.
- Dans ce pays, c'est la morue et non l'orthographe qui nous fait vivre, dit Petur.
- Tu viens d'une grande ville. Je doute que tu comprennes bien la vie d'un endroit comme celui-ci, dit-elle en se versant un verre d'eau.
- Ceux qui veulent diriger dirigent, et la plupart n'y trouve rien à redire.
- Il était venu en retard, comme cela sied à un président, un roi, ou un pape.
- Les prêtres ont engendré la moitié de tous les lardons et se sont vantés d'avoir engendré les autres. Si bien que les plus grands romans de notre littérature ce sont les registres des églises islandaises.
- Tricher était pratiquement un sport national et des comptabilités truquées qui étaient à ranger parmi les broutilles de chaque jour.
- Pense donc : Tout se passe ici comme si on débarquait dans un asile de fous en plein Moyen Âge.
Titre original : Líkið í rauða bílnum. (1986)
Éditions : Presse universitaire de Caen (1997).

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03 juin 2009

"Une semaine en Islande"

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« Une semaine islandaise »
Ce mercredi commence à la médiathèque de Lorient une semaine islandaise, qui fait suite à une année de littérature islandaise au sein du club de lecture, chose qui ne fut pas toujours évidente. Nous aurons, je pense, l'occasion d'en reparler samedi.
Mais commençons par une conférence d'Ólöf « Frænka»Pétursdóttir, qui vient en voisine, non pas de Reykjavik, mais de Rennes. Ceux qui fréquentent ce blog ont déjà vu la formule « Ólöf frænka » qui pourrait se traduire par «Cousine Ólöf». Parmi les sujets qui seront abordés, l'environnement occupera une grande place.
Nous avons fait, il me semble, connaissance grâce à l'article d'un magazine qui annonçait la sortie en Islande d'un recueil de poésie de Xavier Grall traduit par Ólöf, ma chronique (en français) est ici mais vous verrez également la couverture de l'édition islandaise. Elle a également traduit certains poètes bretonnants, ainsi que certains documentaires sur les pêcheurs paimpolais en Islande! Second point commun, nous nous sommes rencontrés au salon des écrivains bretons de Carhaix, et je suis très heureux de la revoir. Je voudrais aussi la remercier pour son aide et les conseils avisés qui m'ont, entre autre, permis de mieux comprendre « Le moindre des mondes » de son célèbre compatriote Sjon, poète et parolier de Bjork.
La suite sera samedi avec la présence d'Eric Baudry, traducteur en particulier du plus connu des écrivains islandais contemporains, Arnaldur Indridason.
A bientôt.
Yvon.
PS. Les différents blogs d' Ólöf.
Enezenn/Bricoles. Ici
IS-101..

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07 janvier 2009

THORARINSSON Arni / Le dresseur d'insectes

Le dresseur d'insectes.

Arni THORARINSSON.
Note : 3,5 / 5.
A la une du journal!
Auteur qui vit à Reykjavik où il est né en 1950. Diplômé de de l'université de Norwich en Grande Bretagne, il collabore à plusieurs journaux islandais. Il semblerait que ce roman soit le second de la série.
Ce roman commence par un conte « Ma mère dans l'enclos à brebis » et sa transposition très glauque, qui semble ne rien présager de bien réjouissant!
Et pourtant c'est la fête des commerçants dans la charmante ville du Nord de l'Islande, Akureyri, la fameuse Tout- en- une. Ce genre de manifestation qui draine tous les alcooliques à la ronde, et même plus loin. Bref un jour de cuite avec ses violences quasi rituelles, bagarres, agressions sexuelles et racistes, comme d'habitude, la police fait son boulot. Mais cette année, certaines choses semblent plus graves, des traces de sang dans la partie arrière d'un dancing font penser à une grave agression, mais pas de trace de corps. Einar, un peu au chantage, car il a des photos prises pendant une fête, obtient une interview de deux vedettes américaines qui doivent tourner un film en Islande, oeuvre qualifié de soft-X, par un couple d'acteurs, lui noir, elle blanche. En plus il a quelques soucis avec sa direction, ainsi qu'avec sa fille, qui semble avoir le même problème d'alcool que lui.Une femme, qui avait déjà téléphoné à Einar sous le nom de Victoria, le rappelle pour lui donner l'adresse d'une maison, soi-disant hantée! Il y trouve le cadavre d'une femme étranglée gisant dans une baignoire. Qui est cette jeune fille? Quelle est son histoire et pourquoi et comment est-elle morte? La maison où le cadavre est découvert doit servir de lieu de tournage pour ce film américain. Victoria lui donne l'identité de la jeune morte. Elevée par une mère célibataire, elle a eu beaucoup de problèmes dont la drogue. Mais quelle tristesse de finir ainsi! Einar cherche également à percer la véritable identité de Victoria. Là aussi la réalité est sordide, alcool, drogue et prostitution. Victoria tente une énième cure de désintoxication, mais elle meurt dès son arrivée à l'hôpital! Einar n'admet pas cette mort, il cherche la vérité. Alors, il entre en cure!Einar, journaliste, et ancien alcoolique, se bat contre son penchant pour la bouteille. Ses relations avec certaines personnes sont très compliquées, en particulier avec son rédacteur en chef, partisan de scoops dévastateurs, même s'ils sont loin de la vérité.
Sa fille, aussi, souffre d'un problème d'alcoolisme, héritage de ses parents. Elle est jeune (16 ans), mais mène une vie très libre, arrivant chez son père avec son petit ami noir.
Victoria, la médium, qui noie la violence de ses visions dans des flots d'alcool. Personnage ambiguë mais très attachante, son comportement est déroutant, mais ses visions précises ; elle semble détenir des secrets qui peuvent causer des ennuis, alors son élimination est inéluctable.
August Orn, jeune photographe remplaçant, il est un peu imposé à Einar, étant de la famille d'un policier relativement haut placé, mais bizarrement, alors que tout semble les opposer, une certaine forme de familiarité va naître entre eux.
Beaucoup de personnages secondaires dans cette histoires, quelques policiers, d'autre journalistes,
les pensionnaires et le personnel de l'hôpital où se passe la cure de désintoxication. Ce roman n'est pas facile à lire, beaucoup des gens croisés au fil des pages ont des noms ou des prénoms double, voir triple, ce qui n'aide pas la compréhension, ni le repérage dans l'intrigue.
L'auteur s'attarde sur différentes choses, qui de prime abord retarde la progression du livre, mais il est nécessaire de nous expliquer l'ambiance de cette fête de tous les excès commis par une minorité.
L'histoire en elle même est très captivante, et les pistes nombreuses, mais bizarrement je ne suis jamais réellement rentré dans ce livre. Fallait-il d'abord lire la première histoire?
Extraits:
- Il y a eu beaucoup d'abus d'alcool, mais il fallait s'y attendre. Les Islandais n'ont pas l'habitude de donner dans la demi-mesure dans ce domaine.
- On dirait une version plus jeune et soldée de Denzel Washington.
- La dopamine, dis-je en lançant un regard à August Örn. C'est un compromis entre la dope et les vitamines.
- Je crois bien avoir presque retrouvé mon humilité grâce à cette dose appropriée d'ironie.
- Vous savez quel est le pluriel de médium? Média n'est-ce pas?
- Je m'appelle Victoria, comme la reine d'Angleterre. Vous savez qui c'était?
- Ha! Cette faculté est justement réputée pour former des blablateurs et non des journalistes.
- Lui, il serait heureux d'apprendre que je suis une légende morte dans la profession.
- Quelle conception du journalisme serait donc là?
- Je suis un épicurien qui s'est peu à peu transformé en alcoolique, je commence par annoncer.
Titre original : Dauði trúðsins
Éditions : Métailié Noir.

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01 octobre 2008

STEFÁNSSON Jón Hallur / Brouillages.

Brouillages.
Jón Hallur STEFÁNSSON.
Note : 3 / 5 .
Plaisirs mortels!
Dans le polar islandais, Arnaldur Indridasson est le plus connu, mais pas le seul. Découvrons donc Jón Hallur Stefánsson, écrivain né en 1959, avec ce premier roman.
Bjorn, architecte à la mode, homme soi disant bien sous tout rapport, reçoit un coup de téléphone en pleine nuit. En ligne, Sunneva, fille de son ancien associé, travaillant pendant les vacances dans son cabinet, et même en dehors de ses heures de travail. Il part la rejoindre. Au matin, son fils, Marteinn, part à sa recherche dans leur chalet de campagne. Il le découvrira dans un chemin, le crâne fracassé. Dans la maison il découvre Sunneva, nue et morte. Marteinn décide de cacher le cadavre de la jeune fille.
Commence alors une enquête sur plusieurs petites affaires qui paraissent sans lien les unes avec les autres, effraction dans un appartement, destruction d'un téléphone portable, ce genre de petits méfaits qui occupent la police.
Faut-il voir dans la grave blessure de Bjorg un meurtre professionnel ? Architecte, il travaille sur un gros contrat, la construction d'un complexe sportif, contrat qui attise les appétits, en particulier d'hommes d'affaires japonais? Ou un meurtre passionnel? A-t-il tué Sunneva, si oui pour quelle raison? Et ce japonais, très discret qui, à son corps défendant, fait la une des journaux, que fait-il en Islande? Chantage et sexe, promesses professionnelles non tenues ?
Beaucoup trop de personnages à mon goût, ce qui à un moment transforme le brouillage en brouillard catégorie purée de pois! En plus, tout ce petit monde se connaît et même parfois très bien, maintenant ou avant!
Valdimar, le flic, pas mal à la dérive lui aussi, sa dernière petite amie l'a quitté, le laissant au bord du désespoir, avec beaucoup de souvenirs dans la tête, et pas toujours très bons hélas. Un tueur japonais « Le garçon de Porcelaine » ressemble plutôt à un éléphant dans un magasin de porcelaine! Il a tout pour ne pas passer inaperçu, ce qui pour un tueur est quand même une gageure! Mais il se qualifie lui même d'artiste, alors que la mort soit une oeuvre d'art! Sunneva, trop belle fille, maîtresse d'un ami de son père, chez qui elle est en stage, cela fait désordre et lui procure de ce fait quelques ennemis potentiels, dont son ex-petit ami Ingi Geir et l'épouse de son amant! Celui –ci, Bjorn, n'a pas non plus que des amis, à commencer par son ex-associé Gunnar que la consommation d'alcool amène au bord du gouffre. Et puis ce vaste projet d'un grand stade avec toutes les infrastructures aiguise les appétits, des sommes colossales étant en jeu au niveau international. Marteinn, lui, se compromettra beaucoup pour son père en dissimulant le cadavre pendant quelques jours. Avec l'aide de son ami d'enfance Hallgrímur, ils le déposeront dans un bois.
Beaucoup de choses dissimulées, de secrets d'alcôve en passions cachées brouillent les pistes.
Dès la première page, l'assassin nous écrit , il se manifestera tout au long du roman, mais pas d'inquiétude, il restera anonyme. La fin est à mon goût inattendue et surprenante.
Pas un mauvais livre, mais pas un chef d’œuvre, non plus! Une lecture pas désagréable, mais qui sera très vite oubliée, bref, rien de bien nouveau sous le ciel de Reykjavik. Mais si je trouve un autre titre de cet auteur, j'essaierais de nouveau.
Extraits :
- Est-ce que réellement, il essayait de me séduire? Il ne regardait pas sa femme de la même manière.
- De toute façon, il aurait été étonnant que quiconque en Islande porte le prénom d'Elvis.
- Il savait qu'il aurait dû cuisiner un peu plus cette demoiselle, tout autant que l'homo du boulevard Háaleitisbraut.
- Elle lui dissimulait des choses, ce qui n'avait aucun lieu d'être dans une banale affaire d'effraction.
- Ce genre d'incident exigeait la même procédure que les décès : on devait procéder à une enquête, ce qui était la raison d'être de la police criminelle.
- Il affectionnait grandement la noyade, ayant un jour entendu dire que les victimes en tiraient un relatif plaisir une fois qu'elles avaient passé outre le gros de leur terreur.
- Cela n'avait aucune incidence, cette femme n'était pas journaliste.
- Cela lui faisait toutefois une drôle d'impression de revenir sur les lieux de son enfance, lesquels lui semblaient n'être plus que la dépouille empaillée du temps passé.
- La gaufre était sans doute délicieuse, mais Valdimar lui trouvait un goût de merde de chien. L'atmosphère de la tablée était plus qu'oppressante.
- A mes yeux, notre amour, notre passion impliquait que l'on ouvre tous les horizons, qu'on laisse arriver ce qui devait arriver.
Éditions : Gaïa. Polar.
Titre original: Krosstré. (2005)

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24 septembre 2008

CIRIEZ Frédéric / Des néons sous la mer.

Des néons sous la mer.
Frédéric CIRIEZ
Note : 5 / 5.
J'aime Paimpol et son sous-marin!
Premier roman de cet auteur né en 1971, il raconte la reconversion d'un sous-marin «très rose» en bordel, non pas ambulant comme le chantait Brel, mais flottant entre deux eaux! Et dans la baie de Paimpol, au pied de l'abbaye de Beauport, extase et épectase, cul-béni et cul payant. Embarquement immédiat!
Un jeune homme bien sous tout rapport est embauché dans une maison de joie des Côtes d'Armor. Cette dernière est l'épave d'un ancien sous-marin qui fut la honte de la marine nationale, de bordel militaire non officiel, il est devenu « maison de joie » civile et déclarée. Ce genre d'endroit, qui se nomme ici « Olaimp », est de nouveau légal, et figure dans des guides spécialisés, qui existent, comme pour les restaurants et les hôtels , répertoriant ce genre d'établissements.
Beau-vestiaire est le surnom de ce jeune homme, il nous fait visiter son lieu de travail, les structures d'un bâtiment de guerre transformé en lupanar! Nous faisons aussi connaissance du personnel, des femmes attachantes car l'auteur évite le mélo, mais qui à un moment ou à un autre ont dû se résoudre à vendre leurs corps.
Des bretonnes Morgane, Paimpolaise et La Rose des Vents, la québécoise Mic-Mac, Liberty la marocaine et les autres. Les hommes Ankaou pour la gente masculine et Free pour les femmes en mâle de sensations fortes!
Nous avons le droit de lire les réflexions des clients déposées dans « La boîte à désirs ». Un paragraphe s'intitule « Questions de base pour un profilage marketing du client » ; l'auteur nous livre des témoignages de clients et de clientes plus vrais que nature, du fusilier marin de Lorient à la jeune anglaise qui pour perdre son pucelage veut profiter des avantages dont la nature a fait profiter « Free ». L'Olaimp s'occupe également de la formation de ses futures employées, ce qui donne sur un CV : Séminaire d'économie sexuelle et de prostitution générale dans le sous-marin Olaimp (22).
Les sorties de Beau-vestiaire sur sa moto sont intitulées des « Fugues » très poétiques et musicales. Au cours d'une de ces sorties, il rend un hommage à Patrick Dewaere, natif de Saint Brieuc.
Quelques chapitres comme « Approche textuelle du folklore érotique breton » nous donnent des versions plus salées de quelques vieilles légendes. Un autre s'intitule « Note sur le nom d'un corps de métier » avec par exemple cette réflexion :
- « Morue » est trop lourd à porter à Paimpol-trop de souvenirs liés à la pêche en Islande.
J'aime beaucoup le côté sérieux, style universitaire préparant sa thèse qui pourrait s'appeler « Des retombées politico-financières d'un bordel sous-marin dans la baie de Paimpol ». Un chapitre information pratique, où tout est dit du chèque cadeaux accepté aux accès handicapés en passant par la sécurité intérieure et extérieure, les admissions sont rigoureuses (les marins saouls ne sont pas acceptés). Avec plusieurs cartes concernant les menus gastronomiques et les menus plaisirs distillés par des péripatéticiennes. Imaginez, prendre des « sucettes boulevard » au dessert puis passez un moment avec Sissi : « elle fera de vous un empereur, ....si vous le méritez ».
Mais le style change, les femmes et les hommes parlent, les portraits des jeunes et moins jeunes femmes travaillant dans ce sous-marin, mais pas en sous-mains, est par contre plein de tendresse et de respect.
Profondément humain , ces femmes et ces hommes dévoilent un peu de leurs vies, et même parfois un peu de l'avenir qu'ils espèrent.
Une oeuvre plus grave qu'il n'y paraît au premier abord, ce monde aseptisé dans le vase clos d'un sous-marin, politiquement correct n'est-il pas la négation de la vie? Une approche de la prostitution de l'avenir, « Le meilleur des mondes » version sexe? Mais pour les femmes, la sécurité est garantie, le proxénète est remplacé par l'Etat qui est le grand gagnant de l'affaire.
Un grand livre, une expérience littéraire et une découverte surprenante car l'auteur mélange allégrement les genres et le réussit très bien. Et quelle imagination!
Extraits :
- Je reçois. J'observe. On me dit. Je recense. Je griffonne. Je vis. Je suis bien.
- Sur le territoire d'Olaimp, la culture de l'huître et le commerce des charmes se lancent ainsi d'invisibles regards.
- ...et si l'on fait bien sûr exception du festival aoûtien des Chants de marins, succès éthylique transnational...
- J'espère qu'il ne m'a pas pris pour une agace-pisette (allumeuse).
- Dans un virage, je tombe sur un rade attirant comme une maison de sorcière au coeur de la Forêt-Noire : Au Stop Bar.
- La distribution des principaux organes du vaisseau s'opère sur trois niveaux.
- C'était en 2010, avant les lois. Avant le sous-marin.
- On m'a toujours demandé des faveurs mais on n'a jamais fait attention à moi.
- Le pipeline monétaire est la vocation phallique de tout bon bordel.
- Octobre, Paimpol...Un grand désert rectangulaire de vent, de bars, de mâts et d'eau.
- Moi je ne défends pas la cause des putes, j'me contente des soigner les hommes.
- Travailleuse du sexe jusqu'à la mort, c'est trop.....
- Si ma femme était comme vous, je ne viendrais pas vous voir. Vive vous!
- Si l'homme est un loup pour l'homme, qu'il ne soit pas un loup pour la femme.
(Proverbe accroché dans le couloir menant aux chambres).
Éditions : Verticales. Phase deux.

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13 août 2008

HELGASON Hallgrímur /101 Reykjavík.

Hallgrímur HELGASON
101 Reykjavík .
Note : 3,5 / 5.
Divagations islandaises.
101 Reykjavík est le code postal du centre ville de la capitale islandaise. Donc d'entrée nous savons où se déroulera l'action de ce livre. Auteur né en 1959, c'est son troisième roman, il a été adapté au cinéma. Il est également poète et peintre.
Hlynur vit avec sa maman, malgré son âge, et il ne trouve que des avantages à cet état de fait, surtout que la dite maman très maternelle s'occupe de tout. Et en plus elle a (la maman) une copine (et plus si affinité, et affinité il y a!) . Et celle-ci, Olla, est plus jeune et plus « plaisirs défendus » alcool, joints et pourquoi pas un homme! Elle passe parfois à la maison pour fumer et taquiner Hlynur. Pour les fêtes de Noël, elle reste une semaine avec eux, enfin avec lui, maman devant partir.Un jour (de l'an), ce qui devait arriver arriva : Hlynur trompa sa mère avec l'amante de celle-ci. Olla trompa son amante avec le fils de celle-ci! Quel début d'année! Mais dans la soûlographie et la précipitation, et ce malgré le froid, Hlynur ne sortit pas couvert, Olla se trouva enceinte, et s'installa définitivement dans cette famille accueillante! Pour l'état civil, quels liens l'enfant à venir aura-t-il avec la maman d'Hylnur? Est-ce contagieux? Plusieurs femmes dans l'entourage d'Hylnur sont également enceintes et plusieurs le désignent comme l'homme par qui la grossesse arrive!Ensuite le livre n'est qu'une longue litanie de la vie pour le moins imbibée et chaotique d'Hylnur, de fêtes où il est le spectateur de nuits d'extase, d'errances nocturnes, de films porno et de télévision à haute dose, bref une vie bien remplie, de pas grand chose.
Hlynur a une notion du temps assez particulière, les heures sur le réveil sont des années, il se lève en 1601, sa mère rentre normalement en 1637 (à quelques années près!) Il se laisse vivre entre sa mère et l'amante de sa mère qui a été, un soir d'égarement, également sa maîtresse à lui. Parfait goujat, il est parfois un peu poète, pas toujours de bon goût. En parlant d'une fille un peu ivre qui l'embrasse, il dit que : son rouge à lèvres pue l'huile de foie de morue!
Et autre gracieuseté : ... ses nichons sont mignons, comme des poires en boite.
Lolla (Olöf) a un travail « Conseillère en alcoologie » donc le chômage n'est pas pour demain. Elle raconte pleins d'histoires de poivrots amusantes à des degrés divers, surtout quand elle même a trop bu. Ce qui lui arrive un soir de réveillon, avec en prime une gueule de bois carabinée et une situation pour le moins inattendue, mais dont elle se rendra compte plus tard. Ah, champagne et cotillons!
Une belle brochette de joyeux marginaux, une faune étrange un peu révoltée contre la société mais ne refusant aucun de ses avantages. Je vous passe la liste des personnages secondaires, ombres de la nuit islandaise, entre un couple d'homosexuels, un patron de bistrot, quelques filles plus ou moins bien notées, etc.....Je reconnais qu'à un certain moment, j'ai été perdu dans la signification des chiffres entre parenthèses! Puis, il m'a semblé que c'était une cotation pour ses connaissances féminines, style l'école des fans, à part qu'ici seul le physique compte! Eh non ce n'était pas tout à fait cela, mais je ne l'ai su qu'à la fin du livre.
Un constat sur une certaine jeunesse qui me semble traîner un mal de vivre que l'on retrouve chez certains auteurs américains. Mais si l'alcool, le sexe et la drogue semblent être une tentative de guérison, le remède c'est l'humour et la dérision.Un humour à froid, décapant, des descriptions et des comparaisons très imagées au service d'une histoire pas très morale! Par moment certaines des divagations intellectuelles du personnage principal sont un peu brouillonnes.
Un roman dont j'ai bien aimé le début, dommage qu'il soit si long et devienne un peu lassant. Une oeuvre très déjantée qui ne plaira pas forcément à tout le monde, le propos et certaines idées étant pour le moins osés. Un livre qui avait tout pour me plaire, qui me laisse au final un sentiment très mitigé, mais j'ai souvent ri de bon coeur.
Extraits :
- Maman, c'est le genre Arte, si vous voulez, tandis que Lolla, c'est plutôt style Canal.
- Le sourire qui m'a engendré, celui qui a plu à maman. C'était il y a de nombreuses dents. Maintenant elles sont toutes fausses.
- C'est comme si on allumait un camping-gaz au pôle Nord
- Cela ressemble à une manifestation de cinquante pèlerins devant l'ambassade de Mongolie en pleine nuit.
- Son visage s'anime, comme des corn-flakes sur lesquels on vient de verser du lait.
- Et vu que le Danemark faisait autrefois partie de notre République.
- Tout le monde a baisé avec tout le monde. On se croirait dans la salle d'attente du centre de médecine préventive, section maladies vénériennes.
- Elle me lance un regard du genre ne-me-drague-pas-je-suis-lesbienne puis éteint sa clope et se replonge dans son journal.
- Maman allume la radio. Des choeurs. Nous nous taisons en choeurs.
- On vient de passer trois cent soixante cinq jours sur la galère et, hop en route pour le prochain round, et tout de suite!
- Dieu nous a dotés d'une quéquette et d'un cerveau, mais pas assez de pression sanguine pour faire fonctionner les deux à la fois.
- Il faudra sûrement s'attendre à un léger choc psychologique quand on passe directement du chômage à la retraite.
- Et moi, alors, je suis quoi? Le rejeton d'un alcoolo et d'une lesbienne.
- Tímur est un cas, un sacré cas. Un sumo au crane rasé avec une barbe à la ZZ Top.
Éditions : Actes Sud.
Titre original: 101 Reykjavík.

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31 juillet 2008

SJÓN/ Le moindre des mondes.

Le moindre des mondes.
SJÓN.
Note : 4,5 / 5.
Donc pas le meilleur.
Seconde lecture islandaise, avec cet auteur né en 1962 à Reykjavík. Romancier et poète, il est considéré comme le meilleur parolier de la chanteuse Björk. Ce livre a reçu, en 2005, le prix littéraire du Conseil Nordique.
Trois périodes dans ce récit, du 9 au 11 janvier, du 8 au 9 janvier pour le récit numéro deux, puis du 11 au 17 janvier de l'année 1883.
Le premier récit se compose d'une trentaine de pages, certaines de cinq lignes, de dix mais rarement pleines. Pas de dialogues, l'histoire d'un duel entre un homme et un animal. L'homme, c'est le pasteur Baldur Skuggason, l'animal qu'il poursuit avec acharnement est une renarde rousse. La traque dura trois jours avant que l'homme appuie sur la gâchette... Pourquoi un homme de Dieu accepte-t'il de dormir dans la neige pour abattre cet animal? Nous aurons la réponse dans la troisième partie et elle n'est pas à la gloire du pasteur.
Le second récit met en relief deux histoires, une d'amour et une d'amitié, réunies autour de la dépouille d'Abba.Deux hommes la pleurent, Friðrick, le botaniste avec qui elle vivait et le simple d'esprit du village avec qui elle devait se marier. Mais qui était-elle, d'où venait -elle? On dit qu'elle était prisonnière sur un beau bateau qui a échoué sur la côte, qu'elle fut sauvée de la noyade par des paysans qui vidaient le bateau de sa cargaison, puis elle échoua en prison où le botaniste fit sa connaissance et la ramena avec lui.
Le troisième récit démarre à la fin du premier, le coup de feu est parti, mais la nature va se venger, le pasteur se rendra alors compte que le paradis n'est pas pour lui, ni sur la terre, ni au ciel. Mais parfois les flammes de l'enfer peuvent être sur la neige et la glace.
Le 23 mars, Friðrick écrira une lettre à un ami, lui expliquant la fin de l'histoire.....
Le botaniste Friðrick B. Friðjónsson est le brave homme érudit préservant Abba des moqueries et d'une certaine méchanceté du village et des paroissiens encouragées par le pasteur, Baldur Skuggason. Celui-ci n'est pas très catholique, normal, car il représente la religion luthérienne. Personnage violent il n'est pas très apprécié de la population, ni du botaniste.
Une enfant handicapée, Abba (Hafdís), mais est-elle encore une enfant? Son parcours est un enfer : abandonnée, puis recueillie par un vagabond, rendue à sa famille, elle fut vendue par son père à des étrangers. Il semble qu'elle fut ensuite revendue à l'équipage du bateau naufragé.
Háfdán, le simplet du village, homme grand et fort ; il espérait épouser Abba, hélas, la mort vient trop tôt.
Un livre court (123 pages) très original, sur la forme en particulier. Un roman déroutant dans sa chronologie, puis dans sa conception.En effet chronologiquement la première parie commence quand finit la seconde. Il semble que la première et la troisième partie sont là pour mettre en valeur le long milieu du livre avec son histoire très forte. Une oeuvre très particulière, qui passe de l'écologie au fantastique, après avoir disséqué la vie d'un petit village islandais avec des us et coutumes qui surprendraient de nos jours. A découvrir, mais qu'il est difficile d'en parler!
Une écriture évidement très poétique, même dans la description des paysages :
- Ici, tout n'est qu'azur uniforme, sauf le scintillement des cimes. C'est l'hiver dans la vallée de Dalur.
Ou alors :
- La vallée de Dalir s'enténèbre ; une après-midi chargée d'ombre entreprend son voyage vers le haut des pentes.
Extraits :
- La seule explication était qu'elle avait pressenti ses intentions :
C'était un chasseur.
- L'homme avait-il reçu de la renarde un message par transmission de pensée?
- J... je chuis venu cher... chercher le m.. maccabée de la fille....
- C'est toujours la même histoire avec les gens de Dalbotn : ils suintaient le café.
- Et pareillement, le parfum élève l'esprit de Háfdán, lui faisant oublier son tourment.
- Il espère que Háfdán, idiot comme il est n'ira pas desceller le cercueil en chemin pour regarder à l'intérieur.
- Elle leva la tête et le regarda droit dans les yeux ; elle se mit à sourire et ce sourire multipliait par deux le bonheur du monde.
Mais avant qu'il n'ait eu le temps de hocher la tête pour lui répondre, le sourire s'effaça de son visage et, instantanément, celui-ci se couvrit d'un masque empreint d'une telle affection que Friðrick éclata en sanglots.
- J'ai vu l'univers! Il est constitué de poèmes!
- Les Danois se dirent qu'il avait parlé là en « ritig Islænding », c'est -à-dire en authentique Islandais.
- Car si l'on rassemblait les deux moitiés de l'énigme, elles formaient alors un cercueil verni, confectionné avec art.
Éditions : Rivages.
Titre original: Skugga-Baldur (2005)
Autre chronique islandaise: ici

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17 juillet 2008

ÓMARSDÓTTIR Kristín / T'es pas la seule à être morte!

Kristín ÓMARSDÓTTIR.
T'es pas la seule à être morte!
Note : 5 / 5.
Ciel et terre!
Mis à part Arnaldur Indridason, je ne connais pas du tout la littérature islandaise. Il est grand temps de remédier à cet état de choses! Kristìn Òmarsdóttir est née en 1962 à Reyjavík. Elle a écrit des poèmes, des pièces de théâtre, et des nouvelles. « T'es pas la seule à être morte » est son troisième roman. Il semblerait que ce soit sa première traduction française.
Les garçons parlent un soir, leur conversation revient sur ce triste jour où les sauveteurs ont ramené le corps de leur soeur Johanna qui s'était suicidée. Il compare la beauté des défuntes. Leur mère et Olöf, l'aînée, sont déjà décédées. Etaient-elles plus belles mortes que vivantes?Suit une dissertation sur le fait de mourir le premier, et de n'être accueilli par personne dans l'au-delà. Le mieux c'est d'être le troisième enfant, car il y a de fortes chances que quelqu'un soit mort avant vous.Les garçons font la toilette mortuaire de Johanna, et découvre qu'elle était enceinte. Ils "se crêpent le chignon" pour la coiffure, lui posent des bigoudis, lui revernissent les ongles et l'habillent. Ils ont une pensée émue pour la petite nièce ou au petit neveu qu'ils ne connaîtront jamais, alors ils mettent un jouet dans une des poches des vêtements mortuaires de leur soeur.
Mais les femmes n'ont pas complètement disparu. Au ciel, elles regardent les hommes sur terre, Dieu est barman et elles boivent du Bacardi, la mère fume des cigares cubains. Elles papotent, Johnanna, qui vient d'arriver, voit sa dépouille encore dans la maison! Puis elles font la connaissance d'Ernest Hemingway et de Léonard de Vinci ; le premier essuie des verres, le second reprend la peinture pour un portrait de Johanna.
Sur terre, les frères, vieux briscards de 15 à 20 ans, discutent de sexe, rejoints par leur père! Un jour les Rois Mages passent à la maison : résultat le père trépasse.
Un livre frissonnant qui part dans tous les sens, inénarrable et "inrésumable", mais inoubliable!
Les membres de la famille sont pratiquement les seuls personnages de ce livre. Mais comme c'est une famille nombreuse (enfin au départ!), cela suffit pour faire du monde.
Le père, Arnie, qui n'était pas si heureux que cela, se suicide 4 jours après sa fille. Faut-il y voir une cause à effet?La mère, Svanhildur Ulfardottir, est morte à trente-deux ans. Du ciel elle pardonne à son mari une aventure qui s'est passée après sa mort. Olöf, pardon, « la regrettée Olöf », l'aînée morte la première, Thordur, premier garçon, cuisinier de la fratrie. La mort est féminine, mais les hommes n'en sont pas exclus, Johanna s'est suicidée, elle était enceinte, qui était le père? Einar est jeune, fougueux et obsédé par le sexe. Högni, le narrateur, regarde tout cela calmement, sagement avec un certain recul. Mani, lui, a une petite amie, pour être sûr qu'elle reste la première nuit, il la ligote sur une chaise!
Sinon, quelques personnages passent comme des feux-follets. Un pasteur, une jeune fille (qui ne le reste pas), deux frères techniciens météorologistes travaillent au cimetière, de techniciens du ciel à techniciens de sous-sol, quelle dégringolade, des sauveteurs en mer à la philosophie très terre à terre :« Ceux qui sont aimés des dieux meurent jeunes. Ceux qui sont inconnus d'eux meurent heureux ».
Une préface d'Eric Boury, également traducteur du livre, nous explique la place du monde des morts dans la tradition islandaise.
Si vous cherchez une oeuvre classique, avec unité de lieu de temps, etc.... n'allez pas plus loin, ce livre n'est pas pour vous. Une vie sur terre, une vie au ciel, une famille scindée en deux, pour le plus grand bonheur du lecteur.Un humour féroce, décalé mais plein de tendresse, une manière poétique de tourner beaucoup de choses en dérision et de briser des tabous. Il n'y a pas au sens propre de réelle histoire, mais un enchevêtrement de situations, sur la terre comme au ciel! On se demande si au ciel elles n'ont pas plus les pieds sur terre que sur le plancher des vaches!
Des phrases qui surprennent, des comparaissons pour le moins osées, mais très poétiques :
- Son corps dénudé, ornementé d'algues et de sable nous apparut, telle une table joliment dressée de mets succulents.
Ou :
- ...Et ouvrit toutes les fenêtres en grand de manière à ce que Johanna n'ait pas honte de l'odeur qui émanait d'elle.
Un grand moment de lecture, mais qui ne plaira pas forcément à tout le monde, car le langage concernant le sexe en particulier est très osé et les frères pleins d'idées pour le moins surprenantes! Une oeuvre hors-norme, du Flann O'Brien à la sauce islandaise!.
Extraits :
- Du vivant d'Olöf, ils formaient un trio, lequel fut réduit à un duo pour cause de décès.
- Lorsque vient le soir, il fait bon s'asseoir dans l'obscurité pour parler de la mort.
- Sans doute figurait-elle parmi les plus beaux cadavres qu'il fut donner de voir.
- Toutefois, la regrettée Orlöf était l'aînée et les plus âgés, lorsqu'ils décèdent en premier, se sentent seul. Car ils n'ont été précédés de personne, ni dans le monde des vivants, ni dans celui des morts.
- Si seulement elle avait pu voir à quel point elle était jolie, ç'aurait été drôlement chouette.
- Un ange portant un carquois sur le dos vole à toute vitesse vers maman avec un plateau sur lequel est posé un double Bacardi.
- Quand je l'ai vue dénudée, j'ai eu l'impression qu'elle avait un tapis posé sur le pubis et deux boutons sur les seins.
- Les larmes versées au Royaume des Cieux sont recyclées à l'atelier de bijoux du Bon Dieu.
- C'était probablement la première fois que j'entendais mon frère Màni utiliser le verbe comprendre.
Éditions : Le Cavalier Bleu
Titre original: Elskan min ég dey. (1997).

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07 mars 2008

DUBOIS Jacques / Tonton Yves, Pêcheur d'Islande. Le jardinier des mers lointaines.

CHRONIQUE N° 500.

Le jardinier des mers lointaines

Jacques DUBOIS

Note :5

L'anti-Loti.

Yves Le Roux naquit à Plouézec le 26 septembre 1894, il finit sa vie à Kérity, où il put enfin cultiver son jardin. Quelle distance a t-il dû parcourir pour relier Plouézec à Kérity (où je suis né), village que moins de 5 kilomètres séparent? Quelqu'un est-il capable de le savoir?

Il voulait être paysan, la misère en fit un pêcheur, il fut également un de ses non nantis, perdant ses plus belles années sur les mers les plus terribles du monde, pour la fortune de certains.
Une enfance ordinaire, la vie à la campagne, le père en mer, l'école et la découverte qu'il ne faut pas parler breton, que c'est mal :
-parler breton, était-ce donc une faute si grave qu'un tel châtiment la sanctionnât? Alors ses parents, tous ceux du village, devaient être grandement coupables?
La mort, l'Ankou et l'éducation religieuse, l'une n'allant pas sans l'autre à cette époque, la mer cimetière liquide,tout mais pas marin, espérait Yves Le Roux. Mais le 17 février 1909, à quinze ans, en qualité de mousse il part pour sa première campagne de pêche en Islande, sur "La Bettina", seul point positif pour lui la présence de son père dans l'équipage, qui atténuera un peu les brimades et autres brutalités de ces hommes que leur travail et la consommation d'alcool amènent petit à petit à une condition de bêtes humaines. Les coups pleuvent, les brimades et les humiliations sont monnaie courante, certains mousses n'ayant aucune famille sur un bateau furent brutalisés d'une manière inimaginable.
De mousse, il deviendra novice, puis matelot, il fera naufrage avec l"Aurore" le 21 février 1912. Alors, il ne reste qu'un impératif, "Survivre" sur une côte désolée d'Islande. Par miracle des paysans ont repéré le navire échoué et viennent à leur secours. Il leur faudra trois semaines de marche pour gagner Reyjavick et l'hôpital français.
Les marins bretons connaîtront ainsi l'hospitalité islandaise malgré la barrière de la langue, islandais d'un côté, breton et un peu de français de l'autre.
En 1913 la pêche fut bonne, hélas cette campagne fut assombrie par la mort de "Tonton", vieux Paimpolais, qui n'avait aucun lien de parenté avec lui, c'était son parent de coeur, mais la mer n'a que faire de ce genre de détails.
La guerre aura raison de ce genre de pêche, les marins ne s'en plaindront pas, les armateurs si, mais leur fortune est faite.
Il entrera dans la marine marchande, retournera à l'école et finira capitaine au long-cours
Il s'installera, la retraite venue, à Kérity. Hélas son bonheur sera de courte durée. Son fils meurt à vingt sept ans, sa femme déjà malade se laissera mourir de chagrin. Veuf, il s'occupera enfin de son jardin, mais terrestre celui là.
A plus de soixante-dix ans, il fera un pèlerinage sur les lieux de son naufrage.
J'ai sûrement croisé cet homme quand j'étais enfant sans savoir quel personnage je côtoyais.
Un chiffres pour finir : 3000 matelots ont été portés disparus et 170 navires ont sombré en mer d'Islande. Pour le seul port de Paimpol.

Extraits :
- Et puis, entre Bretons les silences partagés ne sont-ils pas plus éloquents que les paroles.
- Et parce qu'il pensait à cette perpétuelle loterie de la vie qu'il fallait bien accepter comme une épreuve inéluctable, le reste du chemin se fit en silence.
- Marin! Plût au ciel que son fils échappât à la fatalité des hommes de ce pays.
- Mam' avait reçu des papiers écrits en français. Autant dire en hébreu, pour elle, qui ne parlait que le breton.
- Sa mère revient à l'heure où le soleil, disque pourpre, se couche sur Paimpol, du côté de Ploubazlanec.
-"La pêche en Islande?.. Mais elle fait la fortune du pays". Ouais! Elle faisait surtout celle de ceux qui en vivaient de loin, bien sûr.
- Cette mer que l'on appelait ici, le "cimetière des marins bretons".
- A quoi cela lui servirait de s'adresser à quelqu'un de Plouézec en lui disant" J'aimerais que vous me donnassiez".
- Et sur le "mur des péris en mer" dans le cimetière de Poubazlanec, on ajouterait une plaque portant son nom.
- La Bretagne n'est plus qu'un souvenir.
- Le mousse pleure en silence, sans larmes ; il les a toutes épuisées....
- Il l'appelait "Tonton", le vieux Paimpolais, non que l'homme soit réellement son oncle par le sang, mais parce qu'en pays breton l'usage voulait que l'on octroyât ce titre à l'ancien dont on faisait son parent de coeur et son confident.
- Yves pense à "Tonton", imagine le corps de son ami que l'océan roule en ses profondeurs.
- Le commerce, ça ne valait guère mieux que l'Islande, à la différence toutefois d'une solde plus élevée.
- Il cultive son jardin et exhibe avec fierté ses pommes de terre, les plus hâtives et les plus belles du village. Sans se vanter....

Éditions : Jean Picollec 1980.

Posté par eireann yvon à 21:26 - Littérature bretonne - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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