Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

10 novembre 2009

PETIT Chris / Le tueur aux psaumes.

Le tueur aux psaumes.
Chris PETIT.
Belfast confetti*.
Note : 5 / 5.
Ce livre est comme une pinte de Guinness, le fond est noir, très noir, et il y a une petite couche de blanc au dessus! Mais très mince la couche de blanc, très, très mince ! Une page de l'Histoire de l'Irlande du Nord, avec des dessous pas très propres, pour ne pas dire d'une crasse et d'une puanteur indignes d'un monde démocratique.
Nous sommes en septembre 1973 à Belfast. Candelstick tue un leader protestant, ce meurtre passera en pertes et profits (surtout profits pour certains).
Irlande du Nord, janvier 1985, l'inspecteur Cross fait un cauchemar, mais la vie à Belfast n'est-elle pas un enfer?
Le décor est posé, la mort peut faire son entrée en scène, par psaumes interposés. Ce qui semble n'être qu'un vulgaire vol de voiture, va déboucher sur une série de morts reliée au passé de Belfast. Le premier cadavre présente certaines particularités pour le moins étonnantes, il semble avoir été crucifié, n'a plus de dents et a été congelé! C'est beaucoup pour un seul homme, surtout qu'après enquête, il s'avère qu'il s'agit d'un ancien membre de l'IRA dont la famille a sauté dans l'explosion de sa voiture. Il avait quitté l'IRA et semblait agir en franc-tireur, donc il avait pas mal d'ennemis. Mais pour les autres, une femme aux mœurs un peu légères, une très jeune fille.... Un journaliste aussi est tué , là les motifs ne manquent pas, il s'apprêtait à faire des révélations sur une affaire de pédophilie, celle de Kincora, est-ce la cause de sa mort?
Tout ramène à l'histoire proche de l'Ulster, les groupes paramilitaires, les autorités, la police locale, les Britanniques, tout ce beau monde se combat ou chose plus surprenante fait des alliances contre nature. Et puis le marché de la drogue est aussi une pomme de discorde ou une arme politique.
L'inspecteur Cross est marginalisé au travail comme dans sa vie privée, il est anglais et agnostique, ce qui est la tare suprême en Irlande du Nord. Son mariage s'effrite lentement mais sûrement. Il faut lui reconnaître que sa belle famille, bigote et loyaliste, ne lui arrange pas les choses. Il veut mener cette enquête à son terme, malgré les éclaboussures qui en résulteront. Jusqu'où peut aller le pragmatisme politique, c'est la question qu'il se pose. Westerby est son adjointe, la seule en qui il peut avoir confiance, autant le dire tout de suite, ce qui devait arriver arriva!!!!! Chose étrange, ils ne semblent pas avoir de prénom, ni lui, ni elle.
Candlestick paraît être une marionnette manipulée, pour les Britanniques il tue des catholiques. Puis amoureux et marié à la fille d'un dirigeant républicain, il semble être devenu tueur pour une organisation catholique. Ancien soldat, il a le profil du tueur psychopathe. Faut-il chercher dans son enfance les causes de tout cela? Légalement il est décédé, sa voiture ayant sauté un matin.......
Des autorités se défiant les unes des autres, chacune se cachant derrière le statut politique étrange de cette entité qu'est : ou l'Ulster (alors qu'une partie de l'Ulster est en République d'Irlande) ou l'Irlande du Nord! Mais le sentiment prédominant est le mépris que les uns et les autres portent aux Britanniques (Les Brits!). Lesquels malgré tout tirent les ficelles, et plus la ficelle est énorme, mieux elle passe.
Un récit axé sur le côté politique malgré le fait que l'intrigue soit solide et l'atmosphère générale très glauque. Mais je pense que ce qu'il faut retenir de ce livre, est, si cela était encore un mystère, la collusion entre les paramilitaires protestants, l'armée et la police. Le nombre de catholiques tués par l'armée ou la police est connu (et élevé), mais le nombre de protestants? L'auteur suggère que l'armée en a tué quelques-uns pour attiser la haine contre l'IRA, pourquoi pas? Des attentats de Dublin aux Bouchers de Shankill, ou les grandes grèves protestantes, tout semble fait pour retarder la signature de tout traité. A qui profite le crime?
Un dernier mot, bravo aux éditions Fayard pour avoir édité ce roman, mais dommage qu'il ait fallu attendre plus de dix ans! Ce livre me rappelle « Le trépasseur » d'Eoin McNamee, par l'horreur de l'histoire, mais ce qui est grave, c'est que la fiction est très en dessous de la réalité!
Question qui me tracasse malgré tout, comment vont réagir les lecteurs pas très au fait de l'époque et du contexte historique de ce livre qui nécessite une relative bonne connaissance du problème Nord-Irlandais? Saint-Patrick a chassé les serpents de l'île d'Irlande, mais ici, c'est un vrai nid de crotales!
Extraits :
- A l''époque, à Belfast, c'était plus facile de faire tuer quelqu'un que de traverser la rue.
- L'ambiance, dans le Shankill protestant, cet été-là, était à l'incertitude et à la peur.
- Les dimanches de Belfast lui paraissaient gouvernés par le poids du passé, plus encore que le reste de la semaine.
- Un « COC », c'était un « Criminel ordinaire convenable », par distinction avec les terroristes.
- Quel parti était le plus facile à noyauter, les Provisoires ou les Officiels ?
- Son père avait soigné des hommes qui avaient subi des interrogatoires à Castlereagh. Ils en avaient de terribles séquelles.
- Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, notre police dispose peut-être de la technologie la plus moderne, mais elle est arriérée et sectaire, et elle est dirigée comme une école victorienne du XIXe siècle.
- Dieu sait que tout est confus en Irlande du Nord.
- Il y a très peu de chrétiens en Irlande du Nord. Les gens s'y haïssent au nom de Jésus-Christ.
Éditions : Fayard (2007). Folio Policier (2009)
Titre original : Psalm Killer.(1996)
*Titre d'un poème de Ciaran Carson, le mot confetti évoque les débris tombant du ciel après une explosion. Adrian McKinty a donné ce nom au prologue de son roman « A l'automne, je serai peut-être mort »

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02 novembre 2009

BRUEN Ken / La main droite du diable.

La main droite du diable.
Ken BRUEN.
Note : 5 / 5.
Bienvenue dans la maison de Dieu.
Une autre enquête de Jack Taylor, qui après avoir parlé des « Magdalen Sisters » s'attaque aux prêtres pédophiles qui ont très longtemps et d'une manière absolument scandaleuse, sévi pendant des années en toute impunité. Un rapport accablant a été rendu publique ces derniers jours. Entre 1930 et 1990, il semblerait que près de 30000 enfants en aient été victimes avec la bénédiction des autorités religieuses et grâce également au silence des divers gouvernements. Environ 12000 victimes ont été indemnisées à hauteur de 65000 euros en moyenne chacune. En contre partie, elles ont renoncé à poursuivre l'Église et l'État!
Jack sort de plusieurs mois d'hôpital psychiatrique suite à la mort de Serena, fille de ses amis, Jeff et Cathy. Cette enfant atteinte de trisomie 21, qui était sous sa garde, est en effet tombée par la fenêtre pendant un instant d'inattention de Jack.
A son retour à Galway, il apprend une nouvelle qui stupéfie l'Irlande, un prêtre, le père Joyce a été décapité dans son église!
Retour dans les années 1950/1960, à l'intérieur d'une église catholique de Galway, un prêtre donne ½ couronne à un garçon de sept ans et lui glisse à l'oreille, « Garde cela pour toi, c'est notre secret » Combien seront-ils à souffrir pareillement? Quelques années plus tard, la même scène se reproduit avec un autre garçon. Soeur Marie-Joseph, qui travaille au presbytère, voit ces enfants sortir en larmes, elle ne dit rien, éprouve des remords parfois, un tour de rosaire et une glace apaise sa conscience. Deux hommes ont porté plainte, sont-ils le ou les meurtriers? Le premier, Tom Peel, s'occupe d'une agence de sécurité, il reçoit Jack et reconnaît que sa vie à partir de ce jour a été brisée, il est seul, sans épouse, ni enfant. Il dit à Jack : « si vous croisez le meurtrier, serrez-lui la main pour moi! ». Le second, Michael Clare, a professionnellement réussi, il dit être le coupable, mais Jack n'en est pas convaincu. Alors il interroge sa sœur, Kate, qui lui raconte que son frère a beaucoup changé à cette époque là! Mais il s'avère que la présence de Jack dans cette enquête n'est pas du goût des autorités.  Jack est toujours en quête de rédemption envers lui-même. Fortement marqué par la mort de Serena, il tente encore une fois de vaincre ses vieux démons.
Ní Iomaire ou Ridge dans sa version anglaise, ancienne collègue de Jack, est malgré tout une des rares personnes prête à lui venir en aide, même si parfois leurs relations sont très tendues. L'univers de Jack s'est fortement réduit ces derniers temps, Jeff et Cathy ont sombré, lui dans l'alcoolisme, Cathy semble être repartie à Londres, puis est revenue. Miss Bailey, son ancienne logeuse, qui l'a toujours soutenue, est morte. En un dernier geste d'amitié, elle lui a légué un peu d'argent et un appartement! Le père Malachy est un « ami » de la mère de Jack ; ce dernier le déteste, mais il acceptera d'enquêter pour lui sur la mort du père Joyce. Cody débarque dans la vie de Jack d'une manière impromptue, lui redonnant une certaine joie de vivre. Certaines personnes le prennent pour son fils!
On sent chez l'auteur une profonde nostalgie de ce qu'il appelle « L'ancienne Irlande »; on le ressent particulièrement quand il parle de Galway. L'argent et la cupidité ont tué certains repères, mais l'on découvre que certaines de ces valeurs avaient une face très noire. A ce titre, je considère que c'est le roman de la série des Jack Taylor qui m'a le plus touché. Il dénonce l'américanisation de la société irlandaise. Comme toujours il parle d'écrivains, ici particulièrement de David Goodis pour les auteurs américains, et il revient également sur ce poète gaélique natif de Galway, Phádraic Ó Conaire, pour lequel il a cette phrase « Il écrivait en gaélique ce qui lui garantissait de ne pas être lu » ! Je pense également que l'intrigue policière est plus fouillée que dans certains autres titres de la série. A noter que ce roman commence par un poème « An Sagart (Prêtre) qu'il faut lire et même relire.

On peut aussi remarquer une petite erreur page 40 :
- Vos amis, Jack et Cathy ...elle est repartie à Londres et lui...il boit.
Les parents de la fillette décédée...mes amis. Jeff était... (Inversion des prénoms, l'ami se prénommant Jeff).
Extraits :
- Belle l'ironie pour une nation qui avait fourni ce terme au monde entier : nous avions maintenant un crack* autrement plus sinistre.
- In aimn an Athair... Le Notre-Père en irlandais.
- Nous avons certes l’éventail complet des saisons, en Irlande, c'est juste qu'elles arrivent toutes le même jour.- Le taux de suicide chez les anciens gardai est terrifiant parce qu'on n’échappe jamais à ce métier.
- Elle voyait encore son petit visage, entendait les mots atroces, j'ai le derrière qui saigne.
- La seule chose en laquelle les gens ait confiance, c'est l'argent. La nouvelle spiritualité s'appelle cupidité.
- La seule religion qui reste c'est : Détourne le bien commun à ton seul avantage.
- Le problème, si je vous pose une question, est de savoir si je pouvais supporter de vivre en connaissant la réponse.
- Vous êtes un peu dingues, vous.
Pas dans le sens de cinglés, plutôt dans celui de surprenant, comme l'utilisait Behan.
-Elle était ravie que j'ai parlé en gaélique, sa langue maternelle.
Éditions : Gallimard. (2008)
Titre original : Priest (2006)
*Craic: mot gaélique signifiant faire la fête, passer un bon moment. Terme qui n'a absolument aucun rapport avec la drogue ainsi nommée.

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04 octobre 2009

MACKEN Walter / Les vertes collines & autres histoires.

Les vertes collines & autres histoires.
Walter MACKEN.
Note : 5/5.
Jeux de dupes!
Recueil de 21 nouvelles de cet auteur de Galway que j'apprécie particulièrement. Félicitations aux éditions « Terre de Brume » de rééditer son œuvre, et d'essayer de le faire connaître en France. Il fut également directeur de théâtre et acteur. En faisant quelques recherches, je me suis rendu compte que Walter Macken avait joué dans quelques films, en particulier « The Quare Follow » d'après l'oeuvre du même nom de Brendan Behan et avec Patrick McGoohan dans le rôle principal.
L'Irlande rurale dans toute sa complexité, cruelle et mesquine sous ses airs bon enfant. La chasse est pour certains une partie de plaisir, pour d'autres une occasion de rappeler à certaines personnes qu'il ne faut pas forcément prendre les gens pour des imbéciles.Pour épouser la fille que l'on aime, parfois, il faut se laisser mener en bateau par son futur beau-père. Colm n'est pas ravi, mais il ravit le cœur de sa bien aimée. Les paroles blessantes dans « La Maggie Barney » qui déstabiliseront un homme et gâcheront deux vies. Les Irlandais ont deux passions, les courses de chevaux et le « hurling ». « La belle Dame » nous parle de compétitions équestres, un homme riche veut que son cheval gagne, le propriétaire du champion en titre est son débiteur, l'argent est-il plus fort que la morale sportive? A l'époque on pouvait se poser la question, maintenant non! Une très belle histoire, l'une des meilleures de ce recueil. Pour le hurling, lorsque le personnage principal s'appelle Filou et qu'il est question de rivalité familiale et de gros sous (enfin toutes proportions gardées), cela n'est pas forcément très fair-play! Rappelons nous la définition qu'en donne Ken Bruen : « C’est quoi encore, ce truc-là ?
Quelque chose entre le hockey et l’homicide.»
« Un Athée » est également un très bon moment du livre. D'un côté il y a Joe, dernier enfant d'une famille de 7, maladif et souffreteux, il est le souffre douleurs de la famille. De l'autre, il y a Peter, colosse un peu marginal, les deux vont se lier d'amitié, mais pour la famille de Joe, Peter est de la pire engeance dans la très catholique Irlande, il est athée....... Ce qui semble pire que d'être protestant! « Les enfants du mardi » est une belle histoire comme son nom l'indique de naissance un mardi, la première chez un « Tinker », gens du voyage irlandais, la seconde dans une famille aisée, le point commun, le médecin du village.....« Marqué » nous raconte l'amitié entre deux hommes, dans un coin perdu de la campagne irlandaise. Mais, un jour une automobile arrive et un homme en descend!  Quelques histoires de braconnages, en rivière ou en mer, mais que fait la police! Un peu de contrebande de « poítín* » dans « Le Roi » la nouvelle qui clôt ce recueil. A quoi bon avoir été personnage du comté, une légende vivante pour laisser son trône vacant! 
Dans les nouvelles de Macken, il y a souvent un personnage récurrent que l'on retrouve par ci, par là. Solo, curé athlétique, était celui du précédent recueil « Et Dieu fit le Dimanche », ici c'est Geaglers que nous retrouvons. Le dit Geagler n'est pas précisément un saint, toujours à la limite de la légalité, vivant d'expédients, plein de ressources et d'imagination pour se venger de soi disant plus malins que lui. Mais parfois c'est à ses dépens. Nous croisons un marin qui n'a jamais navigué, qui déteste la mer, mais la mer est la plus forte malgré tout...... Pauvre vieil homme! L'exil ou l'amour, l'homme choisit l' Amérique, mais il en reviendra plus vite que prévu! Pourquoi courir le monde, les collines ne sont pas plus vertes ailleurs! Une vieille anglaise et son chat, mais dans la campagne irlandaise, ce n'est pas gagné! Joe est de retour après six mois d'hôpital, c'est le bonheur, ses copains l'accueillent avec joie, mais plus rien ne sera comme avant, hélas.Une écriture qui paraît très simple, donc une lecture facile, mais je pense que beaucoup de travail est nécessaire pour arriver à ce résultat. Un des meilleurs recueils de nouvelles de la littérature irlandaise, et un de ceux qui décrit le mieux le monde rural avec ses défauts et ses qualités. À noter le langage employé par Meila dans la nouvelle «  Étranges poissons » dont voici un exemple avec des constructions de phrase gaélique, que Walter Macken maitrisait parfaitement :
- Loin d'la route que j' 'ai trouvé, dit Meila, sur la page près de l'la mer.
Extraits :
- À croire que les korrigans lui avaient jeté un sort. Mais c'était comme ça, il fallait bien qu'il l'admette.
- Un sport aussi ancien que l'Irlande- et davantage même.
-En général, les gens regrettaient qu'ils fussent venus au monde, et auraient préféré que le monde en fut débarrassé.
- Il n'avait jamais eu l'intention de s'attacher de nouveau à quelques êtres vivants que ce soit.
- La vie doit-elle être cynique au point de vous obliger à être le témoin de tels contrastes ?
- Un regard comme celui-là ne devrait pas se trouver ailleurs que dans les yeux d'un chien malade, pensait-il.- Il n'y avait rien d'autre devant lui que sa vie, il avait enterré les années mortes dans la sueur.
-
Vous ne vous souvenez pas de lui ? Un asticot court sur patte qui n'a jamais travaillé de sa vie, avec des lèvres minces comme une incision dans du lard maigre.
- On était là à esquiver, à rire, à vilipender derrière leur dos les ploucs qui parlaient irlandais.
Éditions : Terre de Brume (2007).
Titre original : The Green Hill & Other Stories (1962).
*Alcool clandestin à base de pommes de terre.
Autre chronique de cet auteur :
Et Dieu fit le dimanche.

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17 septembre 2009

KERRIGAN Gene / A la petite semaine.

A la petite semaine.
Gene KERRIGAN.
Note : 4 / 5.
Drôle d'Eire!
Un auteur irlandais absolument inconnu, du moins pour moi. Je dois cette découverte à JML et à son blog  « Actu du Noir » qui a parlé de lui récemment. Encore un romancier qui ne sera pas embauché par l'office du tourisme irlandais, car l'image qu'il donne de son pays n'est pas des plus réjouissantes, ancien journaliste, il connait très bien certains aspects souvent passés sous silence de son pays. Ce titre est le premier traduit et un second a suivi.
« Time is Money », ce proverbe anglais semble être devenu une seconde nature pour la majorité des irlandais. L'argent coule (coulait?) à flot, le modèle américain a pignon (pognon?) sur rue. Mais ce genre de système laisse du monde sur le carreau. Alors Frankie Crowe, petit truand sans envergure, demande sa part, la plus grosse possible, après les braquages minables, il veut se lancer, gagner beaucoup en peu de temps, alors il choisit l'enlèvement avec demande de rançon.
Mais pour cela, il lui faut l'aval de Jojo Mackendrick, qui ne lui donne pas, sachant que cela nuira à la tranquillité des affaires, les siennes en particulier. Frankie devient fou de rage, mais maintient son projet. Le problème est de trouver des complices, relativement facilement résolu même si certains ne sont pas très surs. Ensuite, il faut trouver un « kidnappé » pas trop riche car très protégé, mais suffisamment pour pouvoir payer la rançon. Son choix se porte sur Justin Kennedy, directeur et membre fondateur d'une banque privée. Mais est-ce la bonne personne? Toujours est-il qu'ils partent avec Angela, l'épouse de Justin. Commence alors pour elle un long calvaire, bringueballée de planque en planque, à la merci de personnages pas très fréquentables, pendant que son mari tente de réunir la rançon. L'auteur alors nous fait pénétrer dans le monde de la finance, avec ses comptes secrets, ses fortunes cachées, ses sociétés immobilières ou autres qui servent uniquement de paravents. Deux mondes de truands s'affrontent, ceux en « bleus de chauffe » et ceux « à cols blancs ». Où est la morale dans tout cela?! Et bien, elle est pourtant présente, un après-midi dans un petit village d'Irlande.......
Beaucoup de personnages dans ce roman: Frankie Crowe, petit truand dont la vie ne fut pas très rose. Violent et emporté, il semble toujours faire l'inverse de ce qui est logique. Il veut désormais jouer dans la cour des grands, être reconnu, devenir un caïd. Peu de choses le touchent sauf Sinead, sa fille qu'il adore. L'enlèvement ne rapporte plus d'ennuis que d'argent visiblement, Frankie Crown aurait du se souvenirs du passé!
Angela est le prototype de la petite bourgeoise membre du club des nouveaux riches. Son mariage fut plus dicté par l'intérêt que par l'amour. Elle pardonne volontiers à son mari ses aventures, menant sa vie entre le shopping, son club de gymnastique et ses enfants.
Les truands sont plutôt minables, les policiers sont à ranger en deux catégories, les anciens un peu ripoux, la vie est devenu tellement chère à Dublin! Et les modernes, qui sont plutôt le style Elliott Ness, incorruptibles, frais émoulus de l'école, toujours en forme, très imbus d'eux même et carriéristes dans l'âme. Tout le monde veut sa place au soleil, les voyous ainsi que les policiers. La politique est une des meilleurs façons de réussir, pour les représentants de l'ordre, les avocats, bref tout ceux qui sont concernés par la justice. Les magouilles, les compromis et les pots de vin mènent le monde!
Un bon roman, bien écrit, même si l'histoire en soit n'est pas très originale. Un livre réaliste et plausible dans un pays qui a perdu tout ses repères traditionnels, noyé sous un flot d'argent, mais qui lui aussi est maintenant au creux de la vague.
Extraits :
- Les créateurs de sociétés irlandaises prospères tendaient à prendre le fric puis a se tirer.
- Et l'I.R.A.? Certains canard ont l'air d'y faire allusion.
- Même les gars de l'I.R.A. portent des costards et discutent du PNB.
- Ses honoraires avaient grossi en fonction de son expérience, et son embonpoint en proportion de ses honoraires.
- Il leva le poignet et Milky contempla la Rolex en hochant la tête d'un air appréciateur. Tout le monde devrait en avoir une.
- Sa séduisante assistante personnelle avait une connaissance acceptable de l'alphabet et la sonnerie de son portable jouait La chevauchée des Walkyries.
- Plus personne ne se livre au kidnapping. On a connu ça au bon vieux temps …. l'I.R.A. et quelques autres salopards ambitieux.... aucun de ces enlèvements n'a payé.
- Braquez une banque et une équipe de policiers se lance vos trousses. Kidnappez quelqu'un et c'est toute la police que vous avez sur le dos.
- C'était une petite carrée onéreuse, un de ces milliers d'appartements lilliputiens de Dublin qui s'étaient construits à peu de frais et vendu la peau des fesses au cours de la décennie précédente.
- Témoignages manifestes d'une ville sous-développée, récemment enrichie, empruntant énormément et pressée de claquer son pognon.
- La police n'était pas plus capable d'arrêter le crime que les éboueurs d'empêcher l'accumulation des détritus.
- C'était un bâtiment des années 50, grand et moche, bâti à l'apogée de la domination de l'église catholique sur la vie irlandaise.
Éditions : Le Masque (2007).
Titre original : Little criminals (2005)

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27 juillet 2009

BRUEN Ken / R&B. Vixen.

R&B. Vixen.
Ken BRUEN.
Note : 3,5 / 5.
Faut que ça saute!
Une des épisodes des aventures des inénarrables Roberts et Brant. Il me semble avoir loupé quelques épisodes, mais comparé à ce qui se passe dans ce livre, ce n'est pas mortel. A noter, sur la quatrième de couverture, sous le titre il est écrit, blanc sur noir, « Humour noir ».
Londres sous les bombes, pourtant la guerre est finie. L'IRA a désarmé, mais des bombinettes explosent! Les autorités sont sur le pied de guerre, R&B et leurs troupes veillent au grain. Qui sont ces poseurs de bombes?  Nous faisons la connaissance d'Angie James, bombe sexuelle qui, sur les conseils d'une amie de captivité, se lance dans ce qu'elle pense être une idée du tonnerre, l'extorsion de fonds! Une bombe qui fait juste un peu de dégâts matériels, suivie d'une demande de rançon, le tour est joué, l'argent rentre. Pour complice elle a jeté son dévolu (ce qui n'était pas pour leur déplaire) sur les frères Cross. Angie (qui n'a rien d'un ange) mène son monde à la baguette et à la braguette. Une seconde bombe, puis une troisième, sème la panique sur Londres. Et pendant ce temps là, l'inénarrable duo R&B fait la bombe dans une fête organisée par les prostituées du quartier en l'honneur de leur chevalier servant Brant! Falls, cette nuit là n'est pas dans de sales draps, mais pas seule entre les draps. Pour eux trois, alcool, sexe et réveil difficile! Surtout que la rançon, elle, s'est envolée, mais pas pour tout le monde! Les dignes représentants des forces de l'ordre ont la tête lourde, surtout qu'ils se font sonner les cloches. Et Big Ben cela résonne dans un cerveau noyé non pas dans le smog, mais dans l'alcool.
Mais comme du côté des malfrats, les frères Cross dépouilleraient bien Angie, pas de ses tenues ultra-courtes, c'est fait depuis longtemps, mais de sa part de butin. Angie elle butinerait bien le magot toute seule! A qui sourira la fortune, mais méfiance bien mal acquise ne profite pas toujours!
Pour les personnages, le proverbe dit : on ne change pas une équipe qui gagne, alors on reprend les mêmes. Et ceux-ci ne se sont en aucune manière améliorés, quoique Brant par estime, mais par intérêt aussi, va tabasser un proxénète trop violent au goût des prostituées. Que Brant soit loué (ou acheté)!
Roberts lui est veuf, alors il boit. Par contre nous ne savons pas ce que les prostitués hommes qui plaisaient à Madame sont devenus! On aimerait dire « Paix à ses cendres », mais l'urne a disparu, elle était pourtant sous bonne garde, quoique R&B, ce jour là, n'avaient pas tourné à l'eau bénite!
Falls qui a loupé son examen et sa vie privée, boit plus que de raison et est évincée de l'enquête. Mais une nouvelle aventure sexuelle entre dans sa vie, pour le bon motif? Pas sûr!
Porter Nash lui se meurt, des nouvelles recrues apparaissent, d'accord certaines disparaissent aussi vite, mais c'est la vie (enfin la mort plutôt) ou la mise au placard!
Angie James, « La renarde » décathlonienne du crime, prête à tout (et même plus) pour réussir. Les scrupules ne l'étouffent pas. Les frères Ray et Jimmy Cross, complices et amants d'Angie, cervelle et muscles, petite pour la première, gros pour les seconds.
Rien de bien nouveau sous le ciel de Clapham, ni sous celui d'Oval, où rien ne tourne plus rond!
Pas un grand Bruen, un livre qui se lit facilement, sans déplaisir, mais que ne laissera pas un grand souvenir! Pour l'humour noir, Bruen nous a habitué à mieux. La fin est surprenante et pas très morale (qui donc n'est pas sauve!); Le moins intéressant de ceux que j'ai lus jusqu'à présent, mais comme je suis plutôt un fan de Jack Taylor, rien n'est perdu.
A signaler que Bruen, à chaque fin de chapitre, donne un extrait d'un roman policier d'un autre auteur.
Extraits:
- Le sergent Brant était depuis longtemps la bête noire du sud-est de Londres. Les flics comme les voyous le craignaient.
- Ses deux meilleurs années, parce qu'elle avait découvert le pouvoir du sexe.
- Et elle se demanda à quel moment exact c'était devenu un vrai connard.
- C'était pratiquement ce à quoi Falls s'attendait: stupidité et assurance, la pire combinaison.
- Il portait un T-Shirt sur lequel on lisait : Pog Mo Thoin.
Ce ne fut que quelques mois plus tard qu'il appris ce que la phrase signifiait : embrasse mon cul.
- Il fait partie de la population...Elle n'a jamais de bonnes intentions.
- Roberts pensa que Brant était véritablement fou...pas seulement dérangé, complètement à la masse.
- La prison lui avait enseigné à le faire : rester assise et laisser son esprit vagabonder.
-Elle ronronna :
« On va se faire une soirée de la mort »
- ...Porter eut l'impression d'être un figurant d'Urgences...
- Segotia?
C'est un mot irlandais qui signifie pote ou idiot.
- Elle était confrontée au mal qui, d'après les psychologues, n'existait pas.
Éditions : Série Noire. Gallimard.
Titre original : Vixen. (2003)

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28 juin 2009

FRENCH Tana/ Comme deux gouttes d'eau.

Comme deux gouttes d'eaux.

Tana FRENCH.
Note : 3,5 / 5.
Comme un Eire de ressemblance!
Encore un roman policier se passant en Irlande, en République d'Irlande cette fois. C'est dommage que j'ai commencé ce livre ne sachant pas que ce n'était pas le premier de la série, ce que je regrette, car l'auteur revient souvent sur le passé de Cassie. Enfin, cela me donne l'occasion de découvrir une nouvelle romancière.
Quand un soir, Cassie Maddox, inspecteur de police, est invitée à se présenter sur les lieux d'un crime, elle ne se doute pas de ce qui l'attend. Elle y découvre en effet le cadavre de son sosie, et chose encore plus étrange les papiers de cette femme décédée sont au nom d'Alexandra Madison! Cassie avait endossé cette identité il y a quelques années pour infiltrer un réseau de trafiquants de drogue! Opération dont elle n'était pas sortie indemne, ayant ensuite demandé sa mutation dans un autre service!
Mais chasser le naturel, il revient au galop, alors lorsque Franck, son ancien chef, lui propose de se faire passer pour la défunte, après quelques hésitations, elle accepte! Il semble que ce soit la seule solution, car les recherches sur place ne donnent rien! Les étudiants avec qui elle résidait semblent insoupçonnables. Une rencontre fortuite durant sa promenade nocturne et fatale paraît peu probable, elle n'a pas été agressée sexuellement et rien ne lui a été volé!
Et qui est réellement cette femme qui ne laisse rien derrière elle! La police pense à une étrangère, mais sans certitude. Un autre élément trouble la police, la victime était enceinte, donc il y a eu dernièrement un homme dans sa vie !
Alors après avoir étudié tous les documents en possession de la police, Cassie rentre au bercail, cette maison où l'attendent quatre personnes qui connaissent mieux Alexandra qu'elle ne la connaît! Et sûrement que toute erreur sera fatale ou pour le moins extrêmement préjudiciable pour elle.
Cassie Maddox est la narratrice et le personnage central de ce roman. Elle succombe au charme de cette utopie qu'est la vie dans ce manoir entourée d'étudiants brillants, mais aux études pour le moins surprenantes! Pourtant elle est là pour une mission bien précise, découvrir l'identité d'une femme et de la personne qui l'a assassiné!
Frank Mackey, son ancien chef de service, homme brillant, persuasif, pensant à tout, même au pire. Son épouse l'a quitté, car homme de devoir, sa vie de famille était devenue inexistante.
Sam O'Neil est également policier, est aussi petit ami de Cassie. Il voit d'un mauvais oeil l'intrusion de Frank dans leur couple, mais surtout il n'aime pas du tout le rôle d'appât que va jouer Cassie dans cette dangereuse substitution.
Rafe , Justin, Daniel, les trois mousquetaires sont unis comme les doigts de la main et Abby,est la seconde femme du château! Mais était-ce vraiment la vie de château? Sous le vernis, que restait-il de cette vie en communauté? Un idéal de vie, des amitiés sincères ou de la poudre aux yeux? Alexandra l'aurait-elle payé de sa vie, car elle, elle est vraiment morte et cela au moins une personne le sait!
Un roman plutôt classique, plus proche de Gemma O'Connor ou de Bartholomew Gill par exemple que de ses confrères Ken Bruen ou Sam Millar. Une oeuvre à l'ancienne, (sans que cela soit péjoratif), mais intéressante, seconde petite remarque, j'ai trouvé ce roman trop long!
Ce n'était pas non plus forcément pour moi le bon moment de le lire, mais je l'ai malgré tout trouvé intéressant et surtout il m'a semblé bien documenté, en particulier sur ces personnages que sont les infiltrés et la vie de dissimulation perpétuelle qui est la leur! Avec les risques énormes qu'ils prennent dans chaque mission.
Il est à signaler que Tana French, comme beaucoup d'autres auteurs irlandais, n'est guère optimiste sur l'avenir de son pays et des grandes villes de celui-ci.
Extraits :
- En 10 ans, Dublin a changé à une allure vertigineuse.
- Déjà, à la fin de mon séjour à la brigade, j'avais perçu, dans la ville les prémices de la démence. Tôt ou tard, nous nous trouverions confrontés à la boucherie.
- Des crimes aux racines profondes, typiques de la vieille Irlande, peu susceptibles de bouleverser un enquêteur aussi expérimenté que Sam.
- Ce fut la dernière fois que je la vis. Au cours de nos existences, nous ne nous étions trouvés face-à-face que 10 minutes.
- Voici ce qui définit l'infiltration : ni pitié ni ligne rouge. C'est pourquoi, entre autres, j'avais arrêté.
- Même pris à l'improviste, ces quatre-là piquaient la curiosité. Je sentais l'auteur du pain d'épices entre le cuir, j'entendais les cantiques en l'arrière-fond. Une vraie carte de voeux. Ils étaient trop parfaits. Virginaux, irréels.
- À l'inverse de mes compatriotes, dépossédés de leurs terres pendant des siècles, je n'ai pas l'obsession de la propriété.
- Hyland ! Quel nom grotesque ! grogna O'Kelly. C'est un pédé ou un connard d'angliche ?
- Les maisons qui datent de la grande famine parsèment toute la contrée, on ne les remarque même plus.
- Il était fort possible, en effet, que je n'en sorte pas vivante.
- Sam souhaitait tellement que ce fut l'un des quatre...
- Il s'y connaissait autant en médecine qu'un marchand de bonbons.
- Nous vous haïrons toujours, vous savez...
Éditions : Michel Lafon (2009)
Titre original :The Likeness.(2008).
L'avis de Cuné, ici, qui reporte à d'autres opinions.

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21 juin 2009

MILLAR Sam / Poussière tu seras.

Poussière tu seras.
Sam MILLAR.
Note : 5 / 5.
Sur le fil du rasoir.
Écrivain irlandais dont c'est le premier roman traduit ; j'espère que le reste de son oeuvre le sera bientôt. Ancien combattant de l'IRA , il a passé 20 ans en prison. Décidément le roman noir irlandais se porte très bien et c'est tant mieux. Celui-ci ne dépareille vraiment pas le genre, surtout en ce moment où, personnellement, je pense que la littérature irlandaise est au creux de la vague.
Adrian, un jour d'école buissonnière dans un bois près de Belfast, découvre un os et un corbeau mort. Il ramène cet os chez lui, ainsi qu'une plume.
Charlie Stanton, clochard fortement alcoolisé, découvre dans les ruines d'un orphelinat désaffecté, un cadavre sans tête ayant subi des violences sexuelles.
Adrian vit avec son père Jack, ancien policier, qui commence une carrière d'artiste peintre. C'est un enfant traumatisé par la mort de sa mère renversée par un chauffard ivre. Ses relations avec son père sont conflictuelles, Jack buvant beaucoup. Il a une relation avec Sarah qui expose et vend les toiles de ce dernier. Un jour Adrian les surprend dans une attitude sans équivoque, provoquant un traumatisme chez l'enfant, qui sera accentué par une révélation pour le moins maladroite du père! Alors Adrian s'enfuit! Jack rongé par la culpabilité, retrouve son esprit d'enquêteur, et découvre dans la chambre de son fils l'os qui s'avère être un reste humain. Une petite fille a disparu dernièrement, est-ce son corps que la police découvre? Qui est responsable de l'assassinat du révérend Richard Toner? Quelqu'un qui le connaissait bien, assez pour lui rappeler un surnom qu'il voudrait bien oublier « Petit Dickey ». Mais comme on n'emmène pas ses souvenirs dans l'au-delà, son sobriquet disparaîtra avec lui. L'enquête sur la découverte du corps de Nancy Mc Tiers amène les policiers à s'intéresser à Joe Harris et Jeremaih Grazier, les coiffeurs et barbiers du quartier. Or, chez Joe qui a disparu, les enquêteurs découvrent des magazines pédophiles qui en font un coupable idéal.
Jack recherche désespérément Adrian, un coup de téléphone lui offre une possibilité de revoir son fils, un chantage en forme de test : s'il ne réunit pas les vingt et un points nécessaires, son fils sera tué! Avec son ex-collègue Benson, qui est également le parrain d'Adrian, la course contre la montre peut commencer!
Les personnages, à part Adrian, qui est trop jeune pour être perverti, sont pour la plupart des êtres avec des passés pesant des tonnes. Jack se console dans l'alcool et la peinture, Judith dans la drogue.
Adrian pleure sa mère décédée suite à un accident provoqué par un chauffard ivre, il lui semble que son père le délaisse, la révolte monte en lui, qui éclatera au premier incident provoquant sa fuite.
Jack Calvert, son père, après une mauvaise période, reprend sa vie en main, la disparition de son fils devient une affaire entre lui et la société, en particulier la police. Mais lui aussi a quelques cadavres dans son placard. Sarah qui vend des tableaux, en particulier ceux de Jack, a une liaison avec celui-ci, est-ce pour cette raison qu'elle sera selon le journal agressée un soir?
Jeremiah, un des barbiers et son épouse Judith, forment un couple terrifiant . Lui adepte du rasoir et elle complètement accro aux drogues dures. Leur relation sado-masochiste où Judith domine est particulièrement violente. Judith semble l'incarnation du mal, d'où lui vient cette haine et cette violence? Son enfance fut sordide comme celles de centaines d'orphelins et d'orphelines aux mains de l'église catholique et de notables complaisants.
Joe, l'autre barbier, est veuf. D'après Jeremiah, il buvait et jouait beaucoup, et avait des dettes, dont certaines avec des gens peu recommandables, est-ce la raison de sa soudaine disparition?
Un livre éprouvant, très sombre où certaines scènes sont très « fouillées ». Les autorités policières et les notables sont égratignés au passage, à cause de leurs carriérismes et leurs complaisances pour ne pas dire leurs complicités avec un système qui encourageait le vice et la cruauté sur des enfants sans défense.
L'âme humaine est mise à nue ; la violence et la perversité forment la trame de ce roman dans lequel l'auteur va à l'essentiel. Pas d'humour ou de faux fuyant, la race humaine engendre des monstres, ne nous voilons pas la face, les journaux sont remplis de faits-divers atroces. Une oeuvre forte qui va sans doute déranger quelques lecteurs, mais l'intrigue est de grande qualité. La fin est absolument grandiose, le dénouement étant comme un plaidoyer pour tous les enfants victimes innocentes d'un système qui les livrait corps et âmes à des adultes pervers. Le thème de la vengeance étant ici poussé au paroxysme de la violence.
Extraits :
- Les corbeaux sont intelligents, mais l'intelligence ne fait jamais le poids face à la ruse.
- Il avait fait irruption dans la vie en hurlant, quand la sage-femme- à la fois débutante et légèrement alcoolisée- lui avait crevé l'oeil droit avec un forceps.
- Jack se dit que la ville était en train de payer cher son image de capital : à grandes villes, grandes maladies.
- Leurs faiblesses, c'est le système et leur confiance en eux.
- Le doute peut nous détruire. Il est comme l'ennemi qui frappe à la porte. Veux-tu laisser entrer l'ennemi ?
- Il se sentit à nouveau gêné, comme s'il avait fait irruption dans les pensées les plus intimes de son fils.
- Ne laisse jamais l' émotion obscurcir ton raisonnement. Trop dangereux.
- Pour la première fois de la journée, un sourire apparut sur le visage de Judith. Un faible sourire, pas de ceux qui montent jusqu'aux yeux.
- On aurait dit un oiseau affolé dans une cage d'os.
- Les cadavres de sans-abri ne votent pas, tu comprends.
- Tu aurais fait un excellent homme politique, Jack Calvert, en admettant que cela existe.
Éditions : Fayard Noir (2009).
Titre original: The Darkness of the Bones. (2006)
L'avis de JML, « Actu du noir », ici.
Site de l'auteur, .

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06 juin 2009

FONTAINE Laurence / Noir dessein en verte Erinn

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Noir dessein en verte Erinn.
Laurence FONTAINE.
Note : 4 / 5.
Musique funèbre.
Second roman de cet auteur native de Lille, mais c'est pour moi une découverte. Très attirée par les cultures anglo-saxonnes, elle a écrit un précédent roman « Bleu Eldorado » en 2002 qui évoquait les Etats-Unis et la musique. Ici, changement de cap, nous sommes dans les environs de Cork, et la musique, quand il y en a, n'est pas forcément très douce. Bizarrement, en ce moment, j'ai l'impression de lire des romans noirs se déroulant en Irlande, mais écrits par des non-irlandais.
New-York, 1979 , Mike, un jeune boxeur, gagne un match, tue une jeune femme et rentre en Europe. Tout au long du récit, nous suivrons sa vie d'enfant battu, puis sa longue dérive sanglante, dans plusieurs villes du monde, laissant des corps sans vie derrière lui, en général des femmes qu'il séduit, mais pas au hasard!
Kilroy, comté de Cork, été 2001. Agnès Hamilton vient en Irlande pour aider Ted à faire l'inventaire d'une bibliothèque. Ce dernier, suite à un héritage, est revenu au pays où il s'est installé avec Moha, son épouse jamaïcaine. Les affaires ne marchant pas fort, il a accepté ce travail. Mais ce qui n'était au départ pour Agnès n'était qu'un agréable moyen de passer des vacances à moindres frais tout en gagnant de l'argent, se transforme en une plongée très sombre dans un passé qui influe sur la vie de beaucoup des personnages de ce roman.
La bibliothèque a subi un grave incendie, son propriétaire Nathanaël Spark a failli périr dans les flammes. Une mort que personne n'aurait regretté tant son comportement durant la guerre d'indépendance a marqué les esprits. Il est maintenant mort, à plus de cent ans, mais n'en finit pas de perturber les consciences. En effet une seconde bibliothèque est découverte, et là il n'est pas question de littérature classique!
Ryan et Seamus Ripley aident à divers travaux manuels. Si Seamus est dorénavant un vieil ivrogne, Ryan est un être plus complexe, séducteur impénitent, il est rentré d'exil depuis quelques mois et participe également à des combats de boxe semi-clandestins. Ayant passé son enfance au manoir, il en connaît tous les coins et aussi beaucoup de secrets.
Petit à petit, tel un puzzle, les éléments du passé prennent leur place.
Agnès, à la fin de son année scolaire et en attente d'un poste, accepte un travail en Irlande : dresser la liste des livres contenus dans ce que l'on pourrait appeler une des plus grande bibliothèques privée d'Irlande. Elle pense un peu naïvement joindre l'utile à l'agréable!
Ryan et Seamus Riley sont des « tinkers* » sédentarisés ; leur pauvreté les a poussé à accepter de travailler pour Spark. Ils furent ses esclaves. Ryan a beaucoup de zones d'ombres dans sa vie, qui est-il vraiment ? Ce charmeur cynique, ce sauvage qu'il devient dès qu'il monte sur un ring, cet homme à l'intelligence limitée, un musicien exceptionnel ou un tueur froid et déterminé? Il fut en grande partie élevé par Nathanaël Spark et disparut la nuit où la maison de celui-ci brûlât. Où était-il pendant tout ce temps?
Ted est plus impliqué dans cette affaire, chose qu'Agnès ignorait. En effet de nombreuses années auparavant, sa soeur est décédée dans ce qui est apparu comme un simple accident de vélo et ce ne fut pas la seule mort étrange dans la région.
Nathanaël Spark lui a toujours choisi son camp, hors de toute idéologie, celui qui rapporte le plus. Son comportement pro-britannique pendant la guerre d'indépendance ne lui a pas valu que des amis. Un personnage trouble, est-il aussi dépravé que la population locale le pense? Où alors ses voisins sont-ils en dessous de la vérité! Est-il le mal incarné, quel traitement dut subir Ryan, quand orphelin, il était à sa merci?
De nombreux retours en arrière sans trop de soucis de l'ordre chronologique perturbent un peu la compréhension du début du roman, mais l' intrigue monte en puissance au fil de la lecture. Le proverbe qui dit que « la musique adoucit les moeurs » n'est pas toujours de mise dans ce livre, mais quand le même étui sert à transporter une flûte et un pistolet, comment peut-il en être autrement?
De l'Irlande profonde aux horreurs du nazisme, la soif du mal pousse parfois certaines personnes très loin.
Un bon roman, et ce, malgré quelques clichés ( séducteur irrésistible) . L'histoire est très originale et tient en haleine. Une découverte et une romancière amoureuse de l'Irlande, qui en parle donc très bien.
A noter également que Laurence Fontaine prend un malin plaisir à nous embrouiller dans les variantes de certains prénoms.
Extraits :
- Un bleu profond ombré de vert sombre ; « saphir et émeraude » avait murmuré la fille rousse dans ses bras.
- En fait, ils ont surtout dénoncé de nombreux nationalistes, et cela explique le vieux Spark n' était pas en odeur de sainteté dans le comté.
- Il ferme les yeux et laisse la pluie pénétrer dans son coeur. Il sait que ses parents ne reviendront jamais.
- Et qu'y a-t-il au-delà du Bien et du Mal ?
Il y a l'homme libre, murmure Mike.
- Les livres posent des questions, la musique fournit des réponses.
- Qu'est-ce qu'un corps sans esprit ? murmura-t-il. Un costume de soie pour un cadavre ?
- Tu as une énigme sur les bras ou dans les bras ?
- Est-ce que tu crois qu'une guerre s'arrête aux armistices ?
Éditions : Yoran embanner (2009)
*Nomades irlandais. Beaucoup d'entre eux sont issus des hommes et femmes jetés sur les routes pendant les grandes famines.
Blog de l'auteur, ici.

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14 mai 2009

MØRK Christian / Darling Jim.

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Darling Jim.
Christian MØRK.
Note : 4 ,5 / 5.
Le loup dans la bergerie.
Romancier danois vivant à New-York. Christian Mørk a écrit des scénarios pour Neil Jordan. Est-ce avec ce dernier que l'idée d'un roman se déroulant en Irlande est née? Cette histoire est basée sur un fait divers réel.
Nous sommes « A Malahide, au nord de Dublin. Il n'y a pas si longtemps », comme nous précise l'auteur, banlieue grise et triste. Desmond Keane est un facteur sans problème, homme simple, pour ne pas dire simplet, il fait sa tournée méthodiquement, se faisant inviter parfois à prendre un café. Alors le jour où il découvre les cadavres de Moria Hegarty et de ses deux nièces, Fiona et Rióisín Walsh, sa vie et sa raison basculent. Car la police découvre des traces de lutte entre Fiona et sa tante, et il s'avère que la jeune fille était ligotée depuis de nombreux jours. Rióisín, elle, est morte de faim, prisonnière dans un placard, une troisième personne semble avoir également été retenue, mais elle a disparu! Niall Cleary, qui, lui aussi, travaille à la poste, découvre une lettre. C'est le témoignage de Fiona! Qui prévient le lecteur potentiel « Nous sommes des meurtrières ». Et un nouveau personnage fait son entrée, Jim Quick! Fiona raconte sa vie « Avant Jim », dans une ville de bord de mer du nom de Casteltownbere. L'envoûtement qui s'est emparé d'elle à leur première rencontre, son charme, et sa moto vont avoir raison d'elle. Mais des bruits courent, une femme est retrouvée morte dans la région, des voisins parlent d'une moto devant la maison ; cela Fiona préfère ne pas y penser. Un soir, dans un bar, Fiona, Rióisín et Aoife, sa soeur jumelle, croisent Jim, qui « Seanchai » des temps modernes, charme son auditoire, surtout féminin. Il raconte une vieille légende irlandaise où un homme tue son frère jumeau pour prendre le trône de leur père, extermine les loups mais devient loup lui même , et de prédateur devient proie. Fiona finit la nuit avec lui. Mais au cours de cette nuit-là, une de leurs amies est découverte assassinée, et ce n'est pas la première dans la région.
Mais comment ce qui ne paraît être qu'une histoire banale dans une ville ennuyeuse peut elle en quelques mois déboucher sur ce drame, très loin de là? Que s'est-il passé pour justifier tant de cruauté et de sauvagerie? A la fin de la lecture de la lettre de Fiona, pour Niall, le mystère reste entier, alors il cherche.... Se pose la question pourquoi trois femmes sont mortes à cinq cent mètres de chez lui....Qui est la quatrième personne qui a réussi à fuir?.....
Les quatre femmes sont les principaux personnages de ce livre : Fiona, la narratrice, est institutrice, elle fréquente Finbar, un jeune homme roulant en Mercedes, qui vend des maisons aux touristes. Touriste que Fiona ne porte pas dans son coeur. Elle et ses soeurs sont orphelines, leurs parents étant morts dans un « accident domestique » ou un suicide? Elles ont donc vécu chez Moira toute leur adolescence. Rióisín semble avoir gardé de cette époque un fort sentiment de révolte, qui lui fait appréhender la vie comme une écorchée vive. Victime d'une tentative de viol de la part d'un de ses professeurs, et celui-ci n'ayant pas été sanctionné, elle a abandonné ses études, vivant la nuit dans les pubs entourée d'hommes rêvant d'être le premier! Elle est également une radio amateur confirmée, qui lui permet de faire la connaissance d'un correspondant énigmatique répondant au pseudo de « Le gardien ». Aoife est la soeur jumelle de Rióisín et son parfait opposé. Elle exerce la profession de chauffeur de taxi, mais par prudence, elle cache une arme dans sa voiture, collectionne les hommes et adore la campagne. La tante Moira n'est pas des plus équilibrées. D'une religiosité farouche, elle a malgré tout une aventure avec un des clients de son Bed & Breakfast, qui a pris le mot « bed » au pied de la lettre! Mais lorsque quelques jours plus tard, elle découvre son amant avec une jeune et fougueuse hollandaise, c'est la fin d'un rêve et le début d'un état de démence qui va faire son chemin.
Jim, lui, semble être l'ange du malheur, il se dit un des derniers « Seanchaì* »! Les traditions se perdent! Quel est le rôle exact de Tomo, qui suit Jim lui servant d'homme à tout faire? Niall, le jeune facteur, féru de bandes dessinées, ayant perdu son travail à la poste, se lance, tel un de ses héros, à l'aventure en se rendant là où commence toute cette histoire.
Une idée originale, un mélange des temps anciens avec les vieilles histoires irlandaises et du monde moderne. Ce roman allie également avec beaucoup de bonheur le côté fantastique de la mythologie celtique et une histoire policière déjà effrayante par certains côtés. Un bon livre très surprenant, l'Irlande ancienne laissant la place à un pays qui perd son côté magique. Une découverte que je recommande vivement.
Extraits:
- Le genre d'amour qui consume plus intensément qu'un brasier.
- Les secours ont souvent été si près que je pouvais sentir leur odeur. Mais ils ne sont jamais rentrés.
- Sa voix était aussi suave que le ronronnement d'un chat.
-Mais ne me demande pas pourquoi, nos grands-mères, nos tantes, elles étaient toutes folles d'Eamon!**.
- Je me demandais juste si la saison des banquiers belges qui se prennent pour Marlon Brando avait commencé.
- Tout avait commencé quand en l'an 1168, Dermot MacMurrough, le roi du Leinster, avait été chassé de son château et contraint d'aller mendier l'aide de l'autre côté de la mer d'Irlande.
- Ainsi avait débuté l'invasion normande. Le pouvoir embrasant les peuples comme un feu de forêt, cela ne s'arrêta pas là.
-Et, sans m'attarder comme l'aurait fait une amoureuse délaissée, j'ai fermé la porte.
- Je jure devant Dieu, cette femme me fixait comme si elle avait voulu me voir morte et enterrée.
- Je savais que l'amour était le cadet de ses soucis.
- Les groupes épars n'ont pas tardé à former une véritable caravane, comme si les tribus perdues d'Israël ignorant l'Égypte avaient choisi de venir directement dans notre ville.
Éditions : Le serpent à plume / Noir. (2009)
Titre original: Darling Jim (2009).
*Seanchaì conteurs traditionnels et itinérants, souvent de langue gaélique. Ce nom vient de « sean » vieux, à l'ancienne. Terme que l'on retrouve dans certaines formes de chansons « sean-nós » très souvent chantées a capela dans leurs versions traditionnelles.
** Eamon de Valera. (1882-1975) . Une des figures majeures de la politique irlandaise depuis l'indépendance de celle ci.
L'avis de Joëlle, ici.

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11 mai 2009

BONNOT Xavier-Marie / Les âmes sans nom.

Les âmes sans nom.
Xavier-Marie BONNOT.
Note : 4 /5.
IRA,INLA,SAS,FLB,ETA,FNLC,GAL,DST etc, etc.
Auteur et réalisateur marseillais, il est l'auteur de trois autres romans policiers. Je le découvre avec cet ouvrage. Une oeuvre ambitieuse, mais réussie.
Un livre où l'on voyage dans le temps et dans l'espace passant de Belfast en 1981 à Marseille de nos jours. Des attentats de Knightsbridge, de Regent's Park et de Brighton, de la mort de Bobby Sands à la paix toute relative d'aujourd'hui , un roman très agréable et très instructif.
Marseille, 1984, Barbara Flanagan ne le sait pas encore, mais elle va mourir dans des circonstances très désagréables.
Toujours dans la cité phocéenne, quelques vingt ans plus tard, Pierre Martel est tué, sa mort fut particulièrement atroce, les yeux crevés, sa bouche est remplie de gui, ce qui a provoqué un étouffement très lent. Son corps est retrouvé pendu dans une mise en scène qui met la police sur la piste d'un mouvement breton pro-fasciste, dont certains membres ont fui en Irlande à la fin des hostilités. Faut-il en déduire que les deux meurtres sont liés? La police découvre chez Martel des documents sur une certaine connivence entre des membres de l'IRA et certains rescapés des mouvements bretons de l'époque. Une photo leur donne des indications et certains noms : Barbara Flanagan, Brendan Murphy, Kevin Doherty, Sean Flanagan et sa soeur Louisa.
Belfast Ouest, mai 1981. Bobby Sands vient de mourir, d'autres vont suivre. Sean Flanagan est chargé de frapper les symboles britanniques en France. Pour ce faire, il a des contacts avec deux bretons, anciens militaires, qui sont prêts à l'aider.
Michel de Palma, dit le Baron, flic hors normes, pas très bien vu de sa hiérarchie, doit tenter de mener son enquête, car un autre crime va donner à la police une piste, celle de Jean-François Quéré, mais il laissera un dernier cadavre derrière lui, un enfant qui l'avait vu. Il ne reste plus que la piste irlandaise.....
Ce livre et ces enquêtes ressemblent à un puzzle à multiples ramifications. On entre dans des mondes parallèles, celui des combattants clandestins et celui des services secrets. Les personnages tous plus ou moins ambigus et des situations qui ne sont pas moins claires. Tout le monde nage en eaux troubles, les méthodes des « contre-terroristes » sont-elles (surtout en Irlande) plus glorieuses et plus légales que celles des « terroristes »? La police nord-irlandaise donnant des adresses de républicains aux paramilitaires protestants est-elle plus justifiable que certains attentats de l'IRA? Vaste débat qui serait trop long à développer ici. Oppositions également dans les rangs de l'IRA, Sean est un homme du Sud, plutôt rêveur, genre idéaliste, passionné de vieilles croyances celtiques. Brendan et Kevin sont des guerriers, ils ont fait des stages en Lybie, envoient de jeunes recrues dans la Légion étrangère, n'hésitant pas à sacrifier un volontaire pour en sauver un autre plus important. Barbara a-t'elle eu ce rôle de fusible? Jean François Quéré est un tueur psychopathe bercé de légendes celtiques ; il hait pratiquement tout le monde, il a vu sa mère et son amant à l'oeuvre, il a assisté à leur assassinat par son père. Qui pour des motifs de collaboration fût, ainsi que d'autres, condamné à « L'indignité nationale ». Il a choisi le métier des armes après quelques années dans la Légion étrangère, devient mercenaire, mais sa vengeance personnelle doit s'accomplir....Un mot sur un des personnages les plus sympathiques de ce livre, Gerry Beck, policier britannique, qui est lui aussi la victime de ce conflit, ses paroles désabusées résument bien la situation passée et actuelle. La « real politique » prime sur tous les idéaux!
Une plongée dans les mouvances dites terroristes et également dans la délinquance marseillaise. Les deux sont-elle liées? Mais c'est surtout dans l'histoire de l'Irlande que l'auteur nous emmène de 1981 à nos jours, avec ce que cela comporte de drames et de haines, et surtout d'espoirs déçus. Les pages sur la vie à Belfast sont particulièrement réussies.
Une fausse note pour finir, cette phrase qui parle des funérailles de Bobby Sands :
- Un joueur d'uilleann pipes, la cornemuse irlandaise, en kilt, ouvre la marche, le pas lent, presque désarticulé, au rythme des notes aigres qui montent vers le ciel de glaise » Une belle phrase, me direz-vous, mais pourquoi avoir rajouter le mot « uilleann pipes » qui est effectivement une cornemuse irlandaise, mais qui se joue uniquement assis! C'est un peu dommage, surtout que c'était une erreur facilement évitable!
Un très bon roman, mais pas d'une lecture facile, la complexité de la situation politique en Irlande, qui sert de base à cette histoire, réclamant une attention soutenue. Les nombreux retours en arrière n'aident pas non plus les choses.
Extraits :
- Tout est là, dans le grand mystère de cet amour qui lui donne encore du courage.
Un courage que les hommes ignorent.
-La nuit de Samain* approchait. L'instant sacré entre tous.
- De quoi donner la béquée aux officiers voraces du M16 ou du M15, les services secrets britanniques en charge du grand nettoyage.
- J'ai rencontré des Bretons à Paris. Des fondus. Plus celtes que les Celtes.
- Belfast sent l'essence et la poudre, la ville se soulève, en son ventre.
- C'est l'un des plus vieux partis du pays, mais aussi le plus controversé car il apporte un soutien sans faille aux combattants de l'ombre.
- L'objectif ce sont les horse-guards, symbole de l'orgueil britannique, pas des touristes innocents.
- Au diable les curés ! Brendan n'y croit plus.
- Ils sont partis parce qu'ils avaient faim. Ils avaient faim parce que les Britanniques occupaient l'Irlande.
- Il nous rendait notre fierté d'être irlandais. Moi, j'ai appris le gaélique en prison.
- C'est une vieille chanson républicaine*. Un tube comme on dit chez vous. Le poème d'un prisonnier, Brendan Behan, enfermé dans la prison de Mountjoy. Mon grand-père l'avait bien connu.
- Trahison. Renseignements. Intelligence ! La vraie guerre c'était cette chose-là...
Éditions : Belfond (2008)
* 1er novembre, passage de la saison claire à la saison sombre. Période hors du temps dans la mythologie celtique.
**The Auld Triangle.

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