19 février 2009
HAMILTON Hugo / Triste flic.

Triste flic.
Hugo HAMILTON.
Note : 3, 5 / 5.
L'Eire de l'ère moderne!
Nous retrouvons Pat Coyne, égal à lui-même, pas patibulaire, mais plutôt pathétique. J'aime bien les romans noirs de Hugo Hamilton, j'ai beaucoup apprécié « Déjanté », ce livre en est la suite. Mais disons tout de suite, je n'y ai pas trouvé les mêmes qualités.
Pat ronge son frein au pub, il n'est pas sorti indemne de sa dernière enquête . Il commande du gin-tonic, boisson favorite de son épouse Carmel en espérant que, miracle, celle-ci pousse la porte. Mais le miracle n'arrive pas. Pat et Carmel sont en effet séparés depuis plusieurs mois. En plus celui-ci, qui ne travaille plus, se complaît dans son malheur, malgré une thérapie qui est censée le guérir. En plus de tout cela, son fils Jimmy est accusé de meurtre ! Et il se trouve que l'homme assassiné voulait parler à Pat le soir de sa mort! Cela concernait un bateau le « Lolita ». Sur les quais du port de Dublin, il semble se passer des choses pas très nettes, même noires comme de la Guinness, dont l'auteur parle comme d'un lait noir crémeux. Des pêcheurs qui ne pêchent plus, mais qui sont devenus passeurs d'émigrés clandestins, un homme travaillant au port est retrouvé noyé. Jimmy, digne fils de Pat, ivre mort ce soir là, et qui laisse des traces de son passage. Un gros sac plein de dollars a disparu, et pour les passeurs, pas question de s'en passer de ce fric, alors il cherche. Ajouter, une roumaine prise la main dans le sac, pour le vol de cet objet et de sous vêtements (vert) dans un grand magasin. Bref une belle embrouille, avec au milieu Pat Coyne tentant de renouer avec Carmel!
Une Irlande qui en peu de temps est passée de pays d'immigration à celui de pays d'émigration, de nation pauvre à nation « riche » avec tous les risques que cela comporte.
Pat Coyne, lui, traîne, dans l'ordre ou dans le désordre, sa solitude, sa carcasse, son QI un peu faiblard, sa gueule de bois etc.... Il aimerait lui aussi batifoler, mais le coeur n'y est pas, et il n'est pas dit que Corina, belle roumaine sans papier, soit prête à ce sacrifice. Car dans l'état où est Pat, c'est vraiment un sacerdoce! Alors, il se venge, téléphone en pleine nuit à son directeur de banque, défonce l'entrée de la villa du conseiller municipal! Et en plus, il faut convaincre la police que Jimmy n'est pas un assassin!
Carmel, devenue guérisseuse grâce à des galets, permet à un conseiller municipal de ne plus avoir de douleurs dans le dos! Ce qui lui donne des envies de batifolage, et Carmel s'y prête bien volontiers.
Jimmy, lui, un soir de bringue, se retrouve avec un sac plein de dollars, et quelques personnages louches qui ont des comptes à lui demander, ces comptes de préférence en monnaies sonnantes et trébuchantes (ce qui est difficile pour des billets!)! Comme sa mère, il batifole avec une infirmière, mais Soeur Agnès arrive au moment crucial! Le voilà exclu de l'asile où il avait trouvé refuge. Ce qui d'ailleurs est absolument normal, un asile sert souvent de refuge! Alors il se réfugie chez l'infirmière, c'est normal, il est blessé.
Une famille où les échanges verbaux entre Pat et Carmel ressemblent au « Dialogue des carmélites » revu et censuré par la très catholique église d'Irlande!
On trouve aussi quelques marins pour qui l'argent n'a pas d'odeur, enfin plus celle du poisson, mais celle de l'émigration clandestine. La belle Corina, roumaine, en fait partie, les marins lui feraient bien faire le plus vieux métier du monde pour rentrer dans leurs fonds (marins). Même si au fond de tout cela, il y a beaucoup de vase! Et la seule personne qui peut l'aider est ce bon vieux Pat!
L'auteur, comme certains de ses compatriotes, dresse un portrait très peu flatteur de l'Irlande moderne. Un monde où l'argent est devenu facile, une perte des repères traditionnels, un pays passé trop vite de la misère à la richesse. Mais cette époque n'est-elle pas finie?
Les romans d'Hugo Hamilton possèdent une bonne dose d' humour noir et décapant. Un héros (ou antihéros) attachant, style Pierrot lunaire, se croyant chargé d'une mission divine, nettoyer Dublin de tous ses mauvais garçons. Un peu comme certains livres de Ken Bruen, l'intrigue est assez mince, car par le truchement de son personnage principal, Hamilton nous parle de cette Irlande moderne dans laquelle il ne se reconnaît plus. Quelques pages sont « succulentes », par exemple celles où tous les protagonistes du livre déjeunent en même temps, seuls ou accompagnés, dans des lieux différents, et évidement chacun selon ses moyens!
Hugo Hamilton, souvenirs de jeunesse oblige, emploie souvent le gaélique!
Extraits :
- C'était maintenant une créature solitaire. Un dissident du bloc des heureux.
- On était nulle part. Une arrière-cour de la ville, nue et désaffectée.
- Tout changement dans son pays, tout menu signe de progrès constituait une agression à son égard.
- Une lamentation dont Coyne avait hérité. L'écho solitaire du gaélique balayant les côtes du Connemara.
- Jamais on ne reverra nos semblables*.
- Ces gens-là ne connaissaient pas la différence entre les danses irlandaises et le haka des Maoris.
- L'amour, c'était facile. Parler, plus difficile.
- Coyne était un paradoxe ambulant.
- Go dtachtfaidh sé thú! Étouffe-toi avec !
- On se serait cru dans l'Irlande de jadis, quand un visiteur changeait tout**.
- L'ennui, c'est que Carmel n'avait plus envie qu'on vienne la sauver. Elle avait été séduit par la nouvelle Irlande.
- Le pays entier passe tellement de temps à s'encenser qu'il finira par étouffer.
Éditions : Phébus (2008)
Titre original: Sad Bastard.
*Référence à Flann O'Brien qui dans « Le pleure misère » emploie souvent l'expression « jamais on ne reverra nos pareils ».
**Référence à John M. Synge. Dans « Le baladin du monde occidental » ou l'arrivée d'un beau parleur va changer la vie dans le village.
Autres chroniques de cet auteur :
Déjanté
Le marin de Dublin
05 octobre 2008
HUDSON Henry / Derrière les grilles de Pulditch.

Derrière les grilles de Pulditch*
Henry HUDSON.
Note : 3,5 /5.
Ouvriers de Dublin.
Écrivain que je ne connaissais pas du tout. Né en 1953, son premier livre fut publié en 1980. Cette saga est sa première oeuvre publiée en français. Quelques lignes du prologue ne me déplaisent pas, bien au contraire. Nous sommes en 1958 :
- A la une, un portrait de la toute jeune Reine d'Angleterre, avantageusement retouché : moustache à la Hitler, dents noircies, et deux énormes nibards.
Tant d'irrespect pour la famille royale anglaise ne peut que me plaire!
Saga du milieu ouvrier dublinois des années 1958 à 1983, époque charnière dans l'histoire de l'Irlande, temps des mutations avec l'arrivée d'un bonheur matériel assortie de la perte de nombreux repères. Les événements du monde comme Munich et l'accident d'avion qui décima Manchester United, qui était d'après les spécialistes une des plus belles équipes de football qu'ait connu l'Angleterre. Les combats quotidiens, les grèves et la prison, car les ouvriers des centrales électriques avaient un droit de grève restreint. La vie qui s'écoule, les drames familiaux pour les uns, les jeunes filles vivant et mourant dans les couvents, souvent victimes de viol. Puis vient l'érosion du monde ouvrier et de la solidarité qui faisait force, les mouvements sociaux s'effritent, les anciens meurent, le profit commence à gouverner le monde, là-bas comme ailleurs. Des personnages plus vrais que nature, le prolétariat dublinois, la vie de ce petit monde entre les grèves et la toute puissance de l'église catholique, la sexualité brimée, la pilule interdite, les luttes pour le droit des femmes à l'avortement. Patsy qui met un drap sur le miroir de l'armoire quand elle se lave, car c'est un péché de se voir nue. Elle mettra au monde un garçon, Jack, après un voyage express vers l'hôpital en side-car! Avec son mari, ils n'auront plus d'autres enfants, toute sa vie Tommy se battra pour les droits des ouvriers, elle pour le droit des femmes à la contraception. Quelques autres personnages travaillent également sur ce chantier, Le Chamaillard, La Sardine,Saint-Joseph, arrêtons nous un peu sur cet homme qui semble sans cesse porter sa croix. Cul-béni et charpentier, aucun autre surnom était possible. Sa description par l'auteur est savoureuse. Il semble complètement perdu dans cette équipe de joyeux lurons plutôt paillards et qui ne manquent jamais une occasion de se gausser de lui. Kearns le Rouge, être ambigu syndicaliste, mais aussi arriviste, il préfère l'attaché-casse à la salopette. Paddy Propr'sur-lui et Paddy Plein d'graisse, Harvey-à-l'horizontale, Vit'vu et Foutu, l'inénarrable duo, Le P'tit-Jésus de Prague (qui n'est pas tchécoslovaque), Hannigan-la-Douane et Gussi Gallaher, leur contremaître bien-aimé! Cow-boy Flanagan, syndicaliste à l'ancienne, sa mort signifiera la fin d'une époque. Monica est une amie d'enfance de Patsy, elle est cloîtrée dans un couvent du style des Magdalenes Sisters pour avoir été séduite et abandonnée, enceinte hors des liens sacrés du mariage. Sa fille a été adoptée par une famille inconnue. Graves qui représente le patronat est vraiment un être abject. Bon il en fallait bien un, l'auteur choisit son camp pour lui les autorités patronales, syndicales ou religieuses sont à mettre dans le même sac.
La gouaille et l'humour, un Dublin à la Brendan Behan, qui d'ailleurs était d'une famille de peintre en bâtiment, une profession qu'il a d'ailleurs exercé pendant des années. Je pense un peu au film d'Angéliqua Houston « Agnes Brown », aux personnes âgés de « La guerre des légumes » de Peter Sheridan, à Roddy Doyle. Un Dublin définitivement détruit par les spéculateurs immobiliers.Des courts chapitres donnent du rythme à l'ouvrage. Constat social, roman militant, langage osé pour ne pas dire ordurier par moment. Un livre qui oscille entre le roman et le documentaire. Une oeuvre à la Sean O'Casey que l'auteur cite d'ailleurs dans ce livre. C'est en définitif un peu long et les éléments romanesques paraissent cousus de fil blanc, mais réservent quelques surprises.
Extraits:
- T'emmerde pas avec ce trou duc d'Harvey, ce n'est pas lui qui mourra d'une tumeur au cerveau!
- ...il ressemble à une grappe géante de tomates coeur-de-boeuf qui se serait déguisée en contremaître.
- N'est-il pas écrit qu'il y a plusieurs voies pour pénétrer les filles du Seigneur?
- Les hommes n'ont rien à y faire, sauf les médecins. Leurs participations s'arrêtent à la dernière giclée de sperme, plus ou moins quarante semaines avant.
- En quelques mois elle est enceinte. Son amoureux ne veut rien savoir. Elle met ses parents au courant. Une semaine après, elle se retrouve au couvent.
- C'est bien un Irlandais, surtout ne pas rater une occasion de se vautrer dans le malheur!
- Les promesses de primes, c'est comme un battement de cils de Maryline Monroe. Ça n'engage à rien!
- Patsy se dit que les emblèmes de l'Irlande ont changé. Finis la harpe et le trèfle! A la place, prévoir une perruque et un marteau.
- Une génération plus tard, les curetons tyrannisent toujours les ouailles bêlantes.
- Le drapeau du parti travailliste irlandais, la charrue et les étoiles**, recouvre le cercueil marron.
- C'est un hymne à la fin d'une époque. Un adieu au grand chef des Mohicans.
- Un bon ouvrier c'est comme un bon chien. Ça se dresse.
Éditions : Folies d'encre;
Titre original : Beyond Pulditch Gates (2007);
*Chroniques dublinoises d'une usine ordinaire. Février 1958- Septembre 1983.
** Titre d' une pièce de Sean O'Casey.
04 mai 2008
SHERIDAN Peter / La guerre des légumes.

La guerre des légumes
Peter SHERIDAN
Note : 4 /5
Phénoménale Philoména!
Frère du cinéaste Jim, Peter a également écrit « L'enfant de Dublin », ainsi que quelque pièces de théâtre. Il a tourné également dans plusieurs films et a réalisé « Borstal Boy » tiré de l'ouvrage du même nom de Brendan Behan.
Philo en désespoir de cause sonne un dimanche soir aux portes d'un couvent dublinois pour y demander asile. Par bonté d'âme, mais n'est-ce pas la fonction première de l'église, la soeur principale accepte. Intention louable mais Philo est-elle prête pour cette vie de prière et de méditation. Car comme dit le proverbe « l'habit ne fait pas le moine », Philo a malgré tout de sérieux handicaps pour se fondre dans la masse. Sa masse, parlons-en, 1 mètre soixante dix pour plus de cent vingt kilos, un appétit en conséquence. Ses tatouages ne sont guère religieux et son langage évoque plus celui d'un charretier que d'une nonne!
Et puis n'a t'elle pas dans la vie civile un mari, alcoolique certes et des enfants, dont un fils délinquant! Elle crée quelques perturbations dans cette communauté bien rangée, réclamant des cigarettes, faisant rompre son voeu de silence (qui commence à vingt heures pour toute la nuit), à Soeur Rosaleen la faisant rire aux éclats en lui parlant de sa « Foufoune ». Mais étant habitué à se débrouiller seule dans son ménage, elle dépanne grâce à son sens pratique. Ce qui ne plaît pas trop à Melle Somers, qui voit en elle une rivale.Mais elle doit aussi s'occuper des pensionnaires, anciens du quartier, qui la connaissent ainsi que sa famille et là tous les coups sont permis, les bassesses et mesquineries sont monnaie courante et Philo et sa mère en ont leur part.Mais Philo a de l'humour et de la répartie. Même si parfois elle choque les religieuses, elle a transformé le couvent en un lieu de convivialité, va t'elle réconcilier Cap et Tina que quarante ans de haine séparent?
Le livre nous raconte l'histoire et les histoires des habitants de North Wall, quartier des docks où l'auteur a passé son enfance. Nous rencontrons une foule de personnages des jeunes et des vieux, des commerçants et des religieuses. L'auteur semble remonter dans ses souvenirs pour nous parler d'un Dublin truculent, celui de Brendan Behan par exemple, reflet d'une certaine misère, mais une ville à l'échelle humaine. Le tout narré dans un ton de tragie-comédie très agréable.
Philo, dont certaines descriptions sont savoureuses, mais pleines de gentillesse ; « elle a une tête de viking, reliée au corps d'une étrange manière, la soeur s'aperçut qu'elle n'avait pas de cou ». Elle possède le goût de la dérision jusqu'à se moquer d'elle même. Cette dérision cache un complexe vis à vis de son poids et des souvenirs de son enfance. Mais sa vie n'est pas hélas une longue suite de bonheur, mais plutôt une cascade de désillusions avec un mariage raté.Tommo, son mari semblait être l'homme idéal, ce fut vrai un temps mais pas très longtemps. Les enfants et la routine firent le reste, l'alcool aidant.Soeur Rosaleen, venant de la campagne irlandaise, jeune fille aux joues rouges, peu aux faits de la vie, qui pour elle s'est résumée au passage d'une ferme à un couvent.Cap et Tina, tous deux vendent des légumes, mais il y a très longtemps leur amour s'est transformé en guerre, un cessez le feu est-il possible entre eux?
Un livre plein de bonne humeur et d'entrain, mais l'humour cache une certaine tristesse. L'auteur se pose la question, qu'est devenue la capitale irlandaise, celle des docks, celle des « Gens de Dublin », chère à James Joyce, qui furent chassés par les spéculations immobilières. Un constat fait par de nombreux écrivains irlandais, qui s'inquiètent d'un taux de criminalité toujours grandissant.
Extraits:
- La voix râpeuse de Philo était purement dublinoise, purement Molly Malone.
- On avait évacué les locataires des immeubles qui seraient bientôt démolis. Ils offraient un triste spectacle de désolation.
- L'enterrement préféré de Philo, c'était le sien.
- Un mensonge gargantuesque.
- Même à moitié nonne, elle restait cent pour cent Philo.
- La tristesse l'empoigna quand elle réfléchit aux sous-vêtements qui lui convenaient : collants de contention et couches protectrices.
- Un portrait de Brendan Behan accroché au mur le regardait.
- Sa maison était un ring de boxe.
- Les kilos s'accumulèrent jusqu'à lui donner l'aspect d'un château gonflable.
- A l'entrée, on fouillait les mecs pour voir s'ils avaient des armes.. S'ils en avaient pas on leur en fournissait.
- Ils étaient faits l'un pour l'autre, comme un arc et une flèche.
- C'était à cause de son père que Philo haïssait les hommes. Il avait la rigidité d'une camisole de force.
- Les vieux regardaient en silence. Beaucoup se détournèrent et beaucoup partirent, incapables de supporter le spectacle de leur passé réduit en poussière.
Éditions : J.C.Lattès
Titre original : Big Fat Love.
L'avis de Solenn et celui nettement moins enthousiasme de Cathulu.
12 février 2007
HAMILTON Hugo / Le marin de Dublin

Le marin de Dublin.
Hugo HAMILTON.
Note : 3 /5.
Bis répétitas!
La suite de "Sang impur", Hugo Hamilton revient sur sa jeunesse, entre deux cultures et sur ses tourments d'enfant, puis d'adolescent. J'avais à l'époque été relativement déçu par "Sang impur", qui, à mon goût, ne méritait pas toutes ces éloges. J'avais également été surpris par certaines erreurs, notamment de dire en parlant de Peig Sayers, célèbre conteur gaélique, il ceci, il cela etc.... Alors que Peig Sayers était mère de neuf enfants!
Hugo a grandi, il travaille comme pêcheur dans un petit port irlandais, son père est toujours un fanatique (même pire que cela)de la langue irlandaise, et a toujours des idées farfelues et la main leste. Hugo et ses frères sont toujours isolés et catalogués comme nazis. Il participe, avec son frère Franz, à un grand feu pour la fête d'Halloween, il pense être enfin admis par ses amis d'école, mais il a maille à partir avec les pompiers ; de héros, il redevient pestiféré, puis tente de devenir sa propre ombre, s'effaçant devant son entourage.
Les visites et les conseils de membres de la famille n'apaisent pas le père, et les coups continuent de tomber à la maison, ainsi qu'à l'école.
Il se lie d'amitié avec Packer, puis, pour eux deux viendra le temps de l'exil, la Grande-Bretagne d'abord, puis pour Hugo, ultime retour sur lui-même; l'Allemagne.
Les mêmes personnages depuis "Sang impur", le père farouche nationaliste qui a fait sienne une phrase de Jonathan Swift "Brûlons tout ce qui vient d'Angleterre, sauf le charbon". La mère qui essaye d'oublier son passé de femme allemande, qui, malgré son anti-nazisme, ne sera pas très bien traitée par les troupes anglaises, ce qui amplifie encore le sentiment anti-britannique de son mari. Une mère dont le rôle ressemble à un casque bleu de l'O.N.U séparant deux forces belligérantes : le père et le narrateur.
Hugo Hamilton semble profiter du succès de "Sang impur" pour nous en donner la suite. Dommage, mais j'ai l'impression que d'un livre à l'autre il se répète :difficulté de vivre entre deux cultures,son manque d'amis et les brimades de son enfance.
Autant "Déjanté" (qui est une oeuvre de fiction) m'avait beaucoup plu, autant là, je reste dans l'expectative, car pour moi cette suite ne s'imposait vraiment pas, malgré une écriture jamais lassante, et un survol assez complet de l'histoire de l'Irlande en parallèle avec celle de l'auteur.
Extraits :
- C'était l'usine à cauchemars. Nous sommes devenus des artistes du cauchemar.
- Il y a aussi des choses à se rappeler : des faits en rapport avec l'histoire irlandaise,des trucs qui continuent à se passer en Irlande du Nord.
- Le tambour Lamgeg est un instrument conçu pour offenser les catholiques et leur rappeler qu'ils ne sont pas à leur place dans leur propre pays.
- Il faut rester vivant dans sa propre langue.
- Ils se fichaient du sort des Juifs, pourvu que la question du Nord soit réglée et que cesse la domination bigote et ségrégationniste des loyalistes protestants.
- Je suis le fils d'une Allemande couverte de honte devant le monde et d'un Irlandais qui refuse de se rendre aux Britanniques.
- On a juste décidé un beau jour, Packer et moi, que c'était la fin d'un épisode.
Éditions :Phébus.
Titre original: The sailor in the Wardrobe (2006)
Autre chronique de cet auteur :
Déjanté.
18 janvier 2007
THOMPSON Neville / L'amour ouf.

L’amour ouf.
Neville THOMPSON.
Note : 3 / 5.
Enfin réunis ?
Thompson est né en 1961 à Ballyfermot dans la banlieue de Dublin. C’est un écrivain urbain de la nouvelle génération des auteurs irlandais, avec qui je n’ai pas toujours beaucoup d’atomes crochus, ce qui se confirme ici. Ce livre est son premier roman qui est suivi de plusieurs autres non traduits pour l'instant.
Un samedi soir, Johnser est à la maison de bonne heure, à la grande surprise de Jackie, enfin une soirée tranquille. Mais un homme avec un fusil fait irruption dans l’appartement, et avec des intentions belliqueuses. Chacun se remémore sa vie et leur rencontre.
Enfants des banlieues pauvres de Dublin, Johnser et Jackie grandirent ensemble, souvent abandonnés à eux-mêmes, vivant "à la va comme je te pousse". Ils ont un flirt très poussé ensemble, Jackie est folle d'amour, mais ne veut pas céder, alors Johnser a une aventure avec une autre fille de la bande, la met enceinte et est obligé de se marier avec elle. Il entre également au service d'un truand local dont il devient l'homme de main, puis le second. Jackie, elle sombre dans la tristesse et commence à boire un peu ; elle accepte de se marier avec Jeffrey qu'elle n'aime pas. Désormais leurs vies seront en parallèle. Et pas des modèles de réussite, Johnser, suite à un vol qui s'est soldé par la mort d'un couple de retraités, est condamné à 10 ans de prison minimum. Tara, son épouse, qui est la fille d'un autre truand, est de nouveau enceinte alors qu'il est en prison. Jackie accouche d'un petit garçon, fils de Johnser, qu'elle prénomme Jonathan, elle commence à devenir agréable avec Jeffrey, ils ont un deuxième garçon. Mais une lettre viendra-t'elle briser ce court moment de bonheur? Ou alors des choses plus graves se profileraient-elles à l'horizon?
Chacun des personnages raconte quelques chapitres à la suite l'un de l’autre. Pour Johnser, ce récit est plein de virilité, de violence, de vol et de haine, pour Tara et tout son entourage. Pour Jackie, le point de vue est empreint de douceur féminine, d'amour pour Johnser pour son fils. Elle essaye de rendre sa vie normale, fait des efforts pour son mari et sa belle famille, mais elle les déteste. Et ses efforts seront anéantis quand elle découvrira la vérité sur son mari. La voilà de nouveau seule.
C'est aussi un constat social que dresse ce livre, sous des phrases parfois vulgaires et une écriture de notre époque. C'est la vie précaire de certaines périphéries de Dublin, oubliées par le miracle économique. Puis une plongée dans le monde carcéral, avec ses lois et ses codes d'honneur qui ne sont pas ceux du monde extérieur.
Une écriture que je n'apprécie pas réellement, sorte de "verlan" des temps présents, avec toute la collection de mots pour femmes, flics etc.....
Sinon, l'histoire en elle même est plausible et intéressante, mais ne me laissera pas un très grand souvenir.
Extraits :
- Je savais que ce quelqu'un serait jamais mon père.
- Le fils de Johnser Kiely. J'ai jamais pensé à une fille, c'était toujours un garçon.
- La vie de voyou avait son charme. Je gagnais ma vie, je me débrouillais bien. Seul me manquait l'amour de cette meuf, et si c'était le prix à payer, ainsi soit -il!
- On aurait cru un gag sorti des Monty Phyton, non c'était pire parce que c'était vrai. C'était Monthy Phyton sous acide.
- Ils idolâtraient Jeffrey. De leurs points de vue c'était le plus beau cadeau du ciel après le fil à couper le beurre.
- Le Christ est mort sur la croix pour sauver l'humanité et Bobby Sands est mort pour l'Irlande, c'est un martyr.
- Qui a dit que la vengeance n'est pas douce à tous les coeurs offensés.
- Où était le vieux Dublin, hein? De nos jours, y a plus de variétés de cafés que de bières.
Éditions : 10/18. (2000)
Titre original: Jakie loves Johnser OK? (2007)
27 juillet 2006
BRENNAN Maeve / Les origines de l'amour

Les origines de l’amour.
Maeve BRENNAN.
Note: 3 / 5.
Des nouvelles à l’ancienne.
J’ai déjà parlé ici même de "La visiteuse" de cette auteur. Une dame que l’on appellerait maintenant "une casse pied" ou pour le moins un personnage. Un des nombreux paradoxes de Maeve Brennan, elle refusât toute sa vie de lire une seule ligne d’Elizabeth Bowen sous prétexte qu’elle était anglo-irlandaise alors qu’elle connaissait par cœur plusieurs poèmes de Yeats qui était lui aussi anglo-irlandais !
Vingt et une nouvelles composent ce recueil de 375 pages qui est fortement autobiographique. Ces textes s’échelonnent de 1952 à 1973.
Nous suivons des familles de Dublin, vivant plutôt dans une banlieue chic.
Les Derdon, Rose et Hubert, ont un fils John qui est entré dans les ordres. Les sentiments qui unissent le couple sont très loin de l’amour :
-Quand Rose parut au seuil de la pièce, Hubert éprouva un tel sentiment d’aversion qu’il sourit.
Les Bagot, Martin et Delia, sont un autre couple, sujet de l’observation sans concession de l’auteur. Leur mariage n’est pas non plus une réussite, mais ils semblent s’en accommoder, une certaine douceur et même une certaine tendresse règne entre eux et leurs deux petites filles.
Derrière des apparences de calme et de sérénité, une certaine cruauté règne dans la douceur d’un monde petit bourgeois. Là aussi comme partout l’amour n’est pas éternel, mais les apparences doivent l’être ! Mais que de haine dans l’air, l’amour meurt vite et pas en beauté.
Une fillette trouve son heure de gloire, en étant la première à crier sur les toits qu’un garage vient de brûler. Un vieil homme vendant des pommes semble s’imposer. La visite d’une institution religieuse laisse une question en suspens "Les sœurs, quand elles dorment dans leurs cercueils ;ont-elles des pierres comme oreillers?"
Un peu d’histoire et d’humour dans "Le jour où nous avons pris notre revanche", le père de Maeve Brennan était républicain, donc il dut fuir son domicile qui était souvent fouillé par la police régulière du nouvel état irlandais. Un policier plus zélé que les autres voulut examiner la cheminée qui n’était pas ramonée, bien mal lui en pris mais cela eu le mérite de faire rire les habitantes de la maison. Comme dans tout livre irlandais, la religion est très présente, ajoutant à l’hypocrisie un vernis de respectabilité.
Dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, la sœur de Martin Bagot, qui vient de mourir, enterre une seconde fois Delia sa belle- sœur par un réquisitoire d’une mesquinerie et d’une cruauté inimaginable. Comme si elle pouvait refaire le monde et la vie de sa famille.
L’écriture, ainsi que les personnages portent leurs âges, ce n’est pas un mauvais recueil de nouvelles, mais il m’a laissé indifférent. N’étant pas chez moi au moment de sa lecture, j’ai eu beaucoup de mal à en parler quelques jours plus tard. En prime, j’ai trouvé ce livre trop long.
Extraits :
-Je ne dirai qu’une chose ; elles ont besoin de toutes les prières possibles.
-La santé délicate de Derry a pesé sur toute mon enfance de la même façon que l’église catholique ou la lutte pour l’Irlande libre.
-Pour un individu comme lui, la prêtrise était une solution qui en valait bien une autre.
-Elle n’avait plus rien à espérer. Voilà ce qu’elle se répétait.
-Quand il était à la maison, il éprouvait de la haine pour lui-même. Ce sentiment empirait chaque jour.
-John avait ri et elle avait pensé que c’était méchant de sa part de rire alors qu’il savait que son père cherchait seulement à la déprécier.
-Elle inspirait à Hubert une incompréhension sans nom.
-Il avait dû être heureux de s’en aller. Il n’avait jamais été plus qu’un fardeau pour lui-même et pour les autres.
Editions / Joelle Losfeld.(2006).
Titre original "The Springs of affection"
Autre chronique de cet auteur :
La visiteuse.





