10 janvier 2009
PENNEY Stef / La tendresse des loups.

La tendresse des loups.
Stef PENNEY.Note : 4 /5.
Cavales au Canada.
Premier roman de cette jeune auteur écossaise native d'Édimbourg. Ce livre comporte plusieurs parties qui ont pour nom « Disparition », «Les Champs célestes », « Partenaire en hiver » et « La maladie de la pensée qui dure ».
Nous sommes en 1867, à « Dove River », petit village canadien abritant une communauté de descendants d'Écossais. Un trappeur français, Laurent Jammet, est trouvé mort dans sa cabane. Il a été égorgé, puis scalpé. Qui peut être responsable d'un acte aussi horrible ? Francis qui a mystérieusement disparu ? Ou y a-t-il une raison plus mystérieuse ? La compagnie de la baie de l'Hudson dépêche trois personnes pour mener l'enquête. Mais cette compagnie est-elle vraiment neutre dans cette affaire, car il semblerait que son monopole soit mis à mal et que Jammet faisait partie d'un groupe de trappeurs qui venaient de fonder une compagnie rivale ! D'autres personnages apparaissent cherchant le trappeur défunt. Certains sont connus dans la région comme Thomas Sturrock qui n'a pas laissé une bonne impression à certains habitants du village. Enquêtant sur une affaire de disparition d'enfants, les soeurs Seton, il n'a pu résoudre cette énigme. Mme Ross s'inquiète de la disparition de Francis. Un autre trappeur, un métis du nom de William Parker, est lui aussi à la recherche d'un mystérieux objet que détenait Jammet.
Francis, presque mourant, a été recueilli par une communauté religieuse norvégienne, et, petit à petit, tout le monde va se retrouver dans cet endroit. Mais le mystère reste entier. En effet, Francis avoue à Donald Moody qu'il a vu l'assassin et qu'il s'est lancé à sa poursuite. Mais il l'a perdu dans l'immensité glacée! Mais cet assassin, qui est-il ? Francis ne peut en donner une description précise. Et surtout, quel est le motif réel de cet assassinat?
Il y a beaucoup de personnages dans ce roman. Certains chapitres ont pour narratrice Mme Ross. Ayant eu des problèmes psychiatriques dans sa jeunesse, et ayant perdu une petite fille en bas âge, elle a reporté son affection sur Francis. Pour lui, elle est capable de tout, même de partir avec un homme qu'elle ne connaît pas, affronter la nature hostile. C'est une femme particulièrement attachante. Son mari, Angus, et son fils adoptif, Francis, forment une famille pour le moins étrange. En effet, Angus semble être d'un stoïcisme absolu. Francis, lui par contre, malgré qu'il répugne à tuer un animal quelconque, est capable de colères violentes. Donald Moody est dépêché par la compagnie de la baie d'Hudson pour enquêter sur ce crime. C'est un nouvel arrivant au Canada dont il ne connait pas toutes les règles de vie. Un problème de coeur lui brouille un peu l'esprit. En effet il n'est pas insensible au charme de la belle Susannah. Il est aidé par Jacob, un Indien qui lui est très attaché, et il en a bien besoin, car leur périple n'est pas de tout repos. Ils ne sont pas seuls sur la piste de Francis. Thomas Sturrock et William Parker, un trappeur métis, sont également à sa recherche. Quelles sont les motivations profondes de tout ce beau monde? Les Knox et leurs deux filles, Maria et Susannah, sont des habitants de ce petit village, qui participent également au déroulement de l'intrigue. Les soeurs Seton, qui ont mystérieusement disparu il y a plusieurs années, faisaient partie de leur famille. Cette disparition n'a toujours pas été élucidée.
Un roman un peu long et touffu, mais qui se lit malgré tout très bien. L'écriture est agréable et facile, les descriptions des paysages canadiens et des conditions de vie sont très réalistes. Une réussite pour un premier roman qui vaut plus pour son cadre que pour son intrigue. Une oeuvre très forte qui je pense plaira à beaucoup de monde.
Extraits :
- Il ne s'agit ni d'un incident ni d'un suicide. On l'a scalpé.
- C'est là une réaction plutôt banale dans un pays aussi vaste et aussi faiblement peuplé.
- Il a 17 ans, maintenant. Son accent irlandais a disparu, mais d'une certaine manière il est toujours aussi étranger qu'autrefois.
- Assez vite, Donald a compris qu'entrer dans la compagnie équivalait à être expédié dans un camp de travaux forcés, la paperasse en plus.
- Dans ma petite chambre, les mots que je n'ai pas prononcés m'oppressent : Francis est parti ; un homme est mort. Bien entendu, il ne peut pas y avoir de lien.
- Les discussions abstraites, l'ennui et les déclarations fleuries, chargées d'émotion, la mettent mal à l'aise.
- Knox sent monter en lui une pointe d'antipathie. Il commence à trouver ce stoïcisme énervant, pour ne pas dire répugnant.
- On ne peut pas apprivoiser un animal sauvage parce qu'il se rappellera toujours d'où il vient et voudra y revenir.
- Le ciel est d'un bleu métallique luisant ; il n'y a pas un souffle de vent, et aucun bruit d'aucune sorte. Le silence est écrasant.
-Bien qu'il fût intelligent et capable de s'exprimer, il était pris entre deux mondes et ne savait pas bien où se situer.
-A présent, le bruit court que d'autres hommes se préparent à partir. À la recherche de ceux qui sont partis à la recherche de Francis.
Éditions : Belfond (2008).
Titre original: The Tenderness of Wolves.
Voir la chronique de Cuné.
14 juillet 2008
MacLEOD Alistair/ Cet heritage au goût de sel.

Cet héritage au goût de sel.
Alistair MacLEOD.
Note : 4 / 5.
La mer et le charbon.
Recueil de 7 nouvelles édité pour la première fois en 1976. Alistair MacLeod est né au centre du Canada, mais à l'age de dix ans il part vivre dans l'île du Cap-Breton. D'origine écossaise, il n'est sûrement pas dépaysé dans cette région ou l'influence celtique est très forte.
L'ensemble de ces nouvelles se déroule dans l'île du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse à l'Est du Canada. « Automne », c'est la saison où un homme travailleur saisonnier doit partir. L'automne de la vie, c'est pour Scott, son vieux cheval. Il l'a acheté il y a plusieurs années, ils ont travaillé deux ans ensemble au fond d'une mine. Il est remonté, sachant que l'animal risquait la cécité définitive, il n'a pu se résoudre à l'abandonner. Mais le temps a passé...
« Cet héritage au goût de sel » se déroule dans un petit port. John, un jeune garçon, pêche avec ses copains. Un inconnu s'approche, lie connaissance, un peu perdu dans ce village du bout du monde. Il rencontre le grand-père de l'enfant, puis la grand-mère et reste manger avec eux. Dans le calme de la fin de soirée, le rhum de contrebande aidant, le grand-père raconte, le départ de sa fille et cette soirée calme, bercée par le bruits des vagues, se transforme en une histoire dramatique.
« Le bateau» nous raconte l'histoire et l'enfance d'un jeune homme auprès d'un père marin-pêcheur et lecteur. Chanteur parfois pour les touristes de passage. La mère est son contraire ; pour elle, la lecture est une perte de temps, son mari n'est pas un propre à rien mais presque. Le temps passe, les filles partent au loin, lui le garçon reste, l'école puis la pêche seront sa vie. Mais il découvre peu à peu la vraie personnalité de son père...
« La route qui mène à la pointe Rankin» est un texte magnifique sur la vie, le temps qui passe, les traditions, mais au bout de la route, il y a un virage,« Le petit virage de la tristesse », un homme y est mort. Aujourd'hui sa famille se réunit autour de son épouse, pour la dernière fois peut-être. Elle est très âgée maintenant et vit seule au bout de ce chemin ardu.
Des familles nombreuses, des mineurs à la vie dure dont certains, surtout les jeunes, s'exilent parfois volontairement, le plus souvent contraints et forcés, sont les protagonistes de ces histoires simples de gens simples, résignés mais pas abattus. La vie est dure mais c'est la seule chose qu'ils ont connue.
Un enfant ne comprend pas le départ d'un animal familier, ou plutôt, il le comprend trop bien!
Dans une des plus belles nouvelles de ce recueil, « Les puits de la noirceur », un jeune homme de 18 ans quitte sa famille et leur triste condition de mineurs de pères en fils. Les mines ferment, la vie devient très rude. Ses parents tentent un peu de le retenir, sans grande conviction. Il se souvient de ses jeunes années, lui, l'aîné de sept enfants. La promiscuité avec la chambre de ses parents, le bruit quand ils faisaient l'amour, l'obligation qu'ils avaient de traverser sa chambre la matin. Son père qui commence à boire, le peu de chance qu'il lui reste de vivre encore un peu. Les paroles de sa mère, mélange d'anglais aux tournures gaéliques ! Il roule et s'éloigne au gré des voitures qui l'emmènent vers...une autre vie mais laquelle?
Un autre enfant, dans « Le retour », découvre une autre manière de vivre. Il habite Montréal. Sa mère, très belle femme, est souvent photographiée pour les journaux de cette ville, son père est avocat, mais pour ces vacances ils vont dans la famille de son père au Cap-Breton. Les hommes, même le grand père à 76 ans, travaillent à la mine, les gens parlent gaélique, chantent et boivent dans la rue. Avec ses cousins il assiste à la saillie d'une vache par le taureau local, confusément il sent qu'il ne doit rien dire à ses parents. Il est intronisé « mineur » quand son grand père l'enduit de charbon et l'emmène au bain avec les autres. Mais certains drames familiaux sont là, enfouis mais présents.
Un adolescent découvre la vie nocturne et le billard dans une nouvelle moins brillante que les autres.
La vie est dure sur ces rivages inhospitaliers mais elle s'écoule, malgré tout. Dans ce livre, j'ai l'impression, mais je ne connais pas assez le sujet pour en être sûr, que l'auteur veut laisser un témoignage d'un monde qui se meurt. Et il constate, il le décrit sans effets d'écriture, le plus simplement possible.
Un très beau recueil sur la vie de gens qui ont su garder une certaine authenticité de vie dans un microcosme dû en grande partie à leur qualité d'insulaires.
Extraits:
- La forme grise du cheval avait une allure fantomatique dans l'obscurité du petit matin.
- Et de savoir qu'ils ne savent pas exactement ce que vous savez, mais qu'ils savent que vous savez; de ne pas savoir quand ils ont su que vous saviez, pas plus qu'ils ne savent quand vous l'avez su.
- « Je veux simplement que tu saches que tu n'es pas obligé de t'en aller tout de suite ».
- Comme si on ne passait pas assez de temps sous terre une fois mort, pour que l'on ait besoin d'y aller de notre vivant ».
- Dublin semble même se dessiner sous les brumes de l'imagination.
- Parfois la conversation est difficile, avec ou sans alcool.
- « Adieu Alex, tu es le seul de mes petits-enfants qui ne grandira jamais près de moi ».
- « J'aimerais savoir comment des livres peuvent aider les gens à vivre »
- « Et bien j'espère que tu seras content quand elles te reviendront engrossées; tu aura récolté ce que tu as semé »
- Le sol est aussi propre qu'avant, comme si rien ne s'était passé. Un peu comme l'eau qui ne garde pas trace de l'empreinte de nos pas.
- « Nous sommes les enfants de notre propre désespoir, de Skye, de Barra et de Tiree. »
Éditions : Le Serpent à Plume.
Titre original:The Lost Salt Gift of Blood. (1976)
28 mai 2008
BEHRENS Peter / La loi des rêves

La loi des rêves.
Peter BEHRENS.
Note : 3,5 / 5.
An Gorta Mor*.
Auteur canadien né à Montréal, mais c'est un écrivain anglophone. Son premier recueil de nouvelles « Night Driving » date de 1987. Ce roman qui est son premier a obtenu le Governor General’s Literary Award en 2006.
Le sujet est le peuplement du continent américain par les émigrés irlandais. Quelques rappels historiques et quelques chiffres. Entre 1845 et 1849, une maladie de la pomme de terre fut responsable de ce que la mémoire collective irlandaise appelle « La grande famine » . Les chiffres, qui évidement ne sont pas très fiables, indiquent entre un million et un million cinq cent mille morts et autant d'irlandais quittant leur terre natale. Les régions les plus pauvres étant celles où le gaélique était la langue maternelle, la culture irlandaise devient minoritaire dans son propre pays.
Ce livre commence en 1846 ; pour toute l'Europe cela sera une année de disette, pour l'Irlande cela aggrava la situation.Fergus O'Brien a vu sa famille mourir de faim, leur maison incendiée par les soldats. Avec les corps de ses parents et de ses soeurs à l'intérieur. Il a vu les morts de l'asile où les propriétaires terriens l'ont placé, il a vu les routes pleines de mourants, victimes de fièvre ou de malnutrition. Il a vécu avec des enfants transformés en bandits de grands chemins, dans une Irlande dévastée. Entre vengeance et vols pour se nourrir, il survit tant bien que mal, il tente l'attaque de la ferme des Carmichael, les fermiers qui l'ont expulsé. Mais l'attaque échoue, et paradoxe dans ce pays qui meurt de faim, il aidera à convoyer un troupeau de boeufs en partance pour l'Angleterre! De Dublin, où aussi des escrocs profitent de la misère humaine, il partira pour Liverpool, première étape d'un long périple aventureux qui le conduira au Québec. A Liverpool, il connaîtra la misère, la rivalité sanglante entre ouvriers écossais et irlandais. Puis il travaillera dans une maison close, mais repartira encore, au Pays de Galles cette fois où il participera à la construction des premières lignes de chemins de fer où il rencontrera la rousse Molly.Il participera à cette grande aventure humaine que sera le peuplement de l'Amérique du Nord.
Fergus est le personnage principal de cette fresque romano-historique, enfant des montagnes irlandaises. Jeune homme lâché sur les routes, il survivra.
Luke, jeune fille qui fut contrainte à se prostituer, lui enseignera l'amour et Shamie, déserteur après qu'il eut été fouetté en public, vivront avec lui en Irlande avant de perdre la vie.
Le Terrassier, compagnon de voyage, Arthur Mc Bride pour l'état civil, être fantasque, source de problèmes, irlandais et bagarreur jusqu'au bout des doigts.Molly la Rousse, fuira un homme qui la frappe et accompagnera un moment Fergus dans la longue traversée vers le nouveau monde. Femme de ressources, elle survivra à la fièvre et arrondira leur magot au jeu. Ormsby, vieil homme qui revient au Canada et qui se prendra d'estime pour Fergus, qui lui rappelle son fils décédé.Comme dans tous les romans de ce genre les personnages foisonnent, principaux ou secondaires, chacun participant à l'histoire, dans ce cas précis avec un grand H. Du fermier irlandais à la jeune prostituée au grand coeur.
Je ne suis pas un adepte des sagas se déroulant sur plusieurs années. Ce roman est bien écrit, un peu long à mon goût. Il réunit tous les ingrédients nécessaires pour un bon livre, sans réelle surprise.
Extraits :
- A la fin de l'été, avant la récolte des pommes de terre, survenait « mi an ocrais », le mois de la faim.
- Nous sommes ici chez nous, et nous n'en bougerons pas.
- ...tandis qu'une fourrure noire-la fourrure de la faim- leur poussait sur le front, les joues et le dos des mains.
- C'est cela la loi des rêves, rester en mouvement.
- Puis il s'aperçut qu'il s'était adressé à elle en irlandais, langue qu'elle ne parlait pas.
- Personne n'accueille la mort avec plaisir, ceux qui en sont le plus proche encore moins que les autres.
- Les garçons de la tourbière préfèrent mourir à la guerre que dans le fossé, Fergus.
- Bah! De toute façon on ne voit pas pourquoi ils veulent quitter leur pays.
- Terreur ; c'est le mot. La terreur qui fourmille au bout des doigts.
- Si je meurs, je voudrais que les gars m'ensevelissent dans le drapeau vert.
- ...ils savent qu'on est irlandais. Tous les jours la haine monte dans les rues.
- En Irlande la terre les avait trahis, elle avait empoisonné ce qu'il y avait dans leur assiette.
- Il est la-bas le mystère, de l'autre côté de l'eau.
Éditions : Christian Bourgeois.
Titre original: The laws of the Dreams.
Annexes:
Le site de l'auteur
*La grande famine en gaélique.
« Ils nous enterraient sans linceul ni cercueil » Seamus Heaney.
Un article du monde diplomatique : ici.
Quelques romans sur le sujet, mais il doit y en avoir beaucoup d'autres : Famine de Liam O'Flaherty, L'adieu au Connemara d'Hervé Jaouen et L'étoile de mer de Joseph O'Connor.
11 mars 2008
LANGLOIS Fannie / L'Urne voilée.
L'Urne voilée.
Fannie LANGLOIS.
Note : 4 / 5.
La femme dévoilée.
En bas de la couverture, il est noté : Récit poétique.
Première lecture de cette jeune auteur canadienne née en 1975. Livre que j'ai découvert dans une bouquinerie lorientaise. Première question : comment-est-il arrivé là? Je me souviens avoir trouvé également un jour un livre intitulé "Les meilleurs contes fantastiques québécois du XIXème siècle" au même endroit!
Vingt quatre textes de durée variable, leurs noms sont étranges : Laguz, Thurisaz, Hagalaz, Kenaz, Sowilo.
Des "récits" effectivement pleins de poésie, parlant de voyage, Paris, la Provence, des voyages intérieurs aussi.La musique est très souvent présente comme dans ce beau texte au nom poétique de "Hewaz". Souvenirs de pluie sur Paris, fin du XIXème siècle, l'opéra Garnier dans une loge, une femme se prépare, Walkyrie et Nibelungen , la mythologie envahit l'espace. Prague, les Alpes et l'Alsace, puis Paris encore en quête de quoi?
Le livre 2 marque un retour au Canada.
Mais il n'exclut pas certaines escapades comme à Venise, le temps du carnaval, un homme, les masques tombent, l'amour ou un rêve. Un homme, puis la séparation. Vie ou illusion?Une femme , la même sûrement . Elle se fond dans le personnage de Brynhild, cherche un sens à sa vie. Des voyages : Paris, Budapest, le retour au Canada. Wagner et sa musique que l'on retrouve souvent. Des retours vers l'enfance, la visite au cimetière où vingt ans plus tôt elle suivait l'enterrement de son grand-père. Les souvenirs qui lui restent de cet homme lui permettent de retrouver ses racines.
Une expérience littéraire envoûtante, les pages se suivent rapidement, la lecture est facile, mais le "Récit" terminé pratiquement une relecture m'a été nécessaire. L'écriture est parfois entrecoupée de poésie, et chaque nom de récit est suivi d'un ou de plusieurs vers. Une rapide recherche m'a permis de savoir que Brynhild, pour avoir défié le dieu Odin, fut endormie dans un cercle de feu, Sigud parvient à la délivrer.
Quand à faire une chronique satisfaisante, je me rends compte que ce n'est pas un pari gagné.
N'étant pas, loin s'en faut, un spécialiste de Wagner et de sa musique, je n'ai pas tout compris, dans ce récit onirique qui se laisse lire, j'ai passé un moment très enrichissant. J'ai toujours eu l'impression d'être entre deux mondes, le vrai et l'imaginaire, mais la frontière n'étant pas très marquée j'ai dû la franchir sans le savoir. Il semble que les autres oeuvres de cette auteur ne soient pas très faciles à trouver en France.
A noter également quelques mots qui m'étaient inconnus : Athanor, Cénotaphe ou Cinéraire.
L'athanor est un four pour les alchimistes. Un cénotaphe est un moment funéraire individuel ou collectif ne contenant aucun reste des morts. Une urne cinéraire contient les cendres d'un défunt incinéré. Je me sens plus intelligent aujourd'hui!
Extraits :
- Je repars sans même me demander s'il désire me revoir. Peu m'importe que cette nuit reste unique ou qu'il y en ait d'autres.
- Plus tard, j'entrerai dans la boite, les paupières closes, aussi closes que l'urne bleue, la chambre cinéraire.
- Cette ville est un jeu d'enfant ; pourtant qui la connaît bien sait y déceler les rudiments de l'Art qui se dévoile à contre-jour. (L'auteur parle de Prague).
- La mort est un baptême par le feu.
- Les secrets ne sont plus des secrets lorsque les serrures sont brisées.
- Tout évolue trop vite de ce côté de l'océan ; je me sens toujours en terre inconnue.
- Son esprit me dénude.
- Je longe les canaux de Venise avec la sensation d'appartenir à un autre monde. Un millier de vies conjure ton absence.
- Nous ne pouvons pas rester seuls à Venise, cette ville n'a pas été conçue pour la solitude.
- L'insomnie est un joueur de flûte. Il rôde encore dans la cour intérieure.
Éditions :
Varia (Québec)
17 janvier 2008
CHEN Ying/ Immobile

CHEN Ying.
Immobile
Note : 4 / 5.
Hier, aujourd'hui, demain?
Auteur chinoise née à Shangai en 1961, elle vit désormais à Montréal et écrit en français.
Avons-nous eu des vies antérieures? C'est la question que se pose la narratrice qui se souvient d'avant. Mais d'un avant très ancien, de plusieurs siècles. Chanteuse d'opéra elle fut mariée, enfin cédée, à un prince plutôt misérable. Et elle n'avait que le rang de troisième épouse! Fuguant pour aller à l'opéra, elle tomba en disgrâce et son serviteur S dont elle avait emprunté les vêtements fut puni à sa place! Elle fut amoureuse de S. le serviteur mutilé, mais causa sa mort.
Dans sa vie actuelle elle est mariée à A, archéologue, scientifique rationnel qui considère son destin antérieur comme une plaisanterie plutôt risible.
Toutes ses existences et ses expériences débouchent sur le même constat, il y a un dominant et un dominé (l'auteur semble dire une dominée) à quelques époques ou quelques siècles que ce soit. Et la narratrice de se débattre avec ses souvenirs et ses vies. Le prince en contractant un quatrième mariage la répudie de fait, elle est devenue une ombre au palais, même S ne veut plus l'aider. Son serviteur se détache d'elle. La fuite paraît la dernière solution.
Dans sa vie de maintenant, elle s'efforce d'être une épouse modèle, mais sans grand succès.
La narratrice, femme de plusieurs destins, hier princesse pauvre, aujourd'hui femme moderne relativement aisée! Ses souvenirs se bousculent dans sa tête, l'empêchant de vivre normalement.
Sa vie antérieure semble beaucoup plus exaltante que sa vie dans notre époque. Le serviteur S ancien amant, mutilé, puis vendu au prince par sa famille, aidera la princesse pour une courte soirée hors du palais, mais sera durement puni pour cela. Le prince, exilé par le roi son frère, végète dans un palais triste ; seules quelques sorties à l'opéra semblent l'émouvoir encore ; ils sont les personnages de l'époque ancienne.
Le mari A, archéologue, est le seul protagoniste de l'époque actuelle. Le passé de son épouse et ses idées lui semblent fictifs.
Un livre complexe dans sa structure, car pleins de retours en arrière et donc de changements d'époques. Où sommes-nous et quand ?
Une idée originale pour une oeuvre envoûtante et intemporelle, mais pas d'une lecture très aisée.
Une découverte, mais il n'est pas réellement facile d'en parler.
Extraits :
- Car, si je prétendis connaître parfaitement ma destination, j'ignorais encore mon itinéraire.
- Quoi qu'il fasse, il ressemble toujours à quelqu'un.
- Dès qu'il commençait à parler, il n'avait plus besoin de femme.
- Je ne suis pas faite pour cette vie moderne.
- Avec le temps nos rôles s'étaient inversés. Mon esclave était devenu mon maître.
- Devenue inutile au prince, je l'étais également à mon serviteur.
- C'est en se courbant très bas devant moi qu'il me piétinait le plus impitoyablement.
- J'ai traversé des siècles sans pouvoir échapper au juste châtiment.
- La liberté dans la misère ne valait pas mieux que l'esclavage dans l'aisance.
- Mon mari sentirait-il enfin, l'odeur de l'autre époque?
- Car, en fin de compte ce monde-là me concernait peu.
Éditions : Actes Sud. (1998)
14 mai 2006
ENGUEHARD Françoise / L'île aux chiens
L'Île aux chiens.
Françoise ENGUEHARD
Note: 5 /5.
La fin d’une époque.
La vie d’une famille dont les parents ont quitté la misère et la Bretagne à la fin des années 1880 pour Saint-Pierre-et-Miquelon puis ensuite pour l’île aux Chiens. Nous les suivrons dans leur vie de tous les jours marquée par les drames de la mer, de la guerre et aussi de la vie quotidienne avec la mort, souvent jeune dans ces îles au climat éprouvant.
Marie-Jo est allongée avec son petit-fils dans sa maison de l’île aux Chiens, veuve depuis plusieurs années. Elle est heureuse de ces présences près d’elle. Elle revoit sa vie, son départ de Bretagne après bien des hésitations, son mariage avec Victor un "pays" de Trébédan et leur vie loin de toutes leurs racines. Victor était parti le premier, pratiquement en cachette, il était paysan, la vie le fera pêcheur, comme beaucoup de jeunes gens à l’époque, les mousses venaient surtout de l’intérieur de la Bretagne. Victor comprenant que la pêche au grand large le laissera dans la misère, il s’installera et achètera un bateau, fera construire une maison et fera venir Marie-Jo. Ils auront de nombreux enfants, travailleront très dur, Victor innovera en matière de pêche, ils achèteront un petit commerce. La politique en matière de pêche interdira aux navires français certains bancs de Terre-Neuve, causant la perte de l’île et le départ de ses habitants.
Victor est un homme libre, fier, aventureux, dur au mal et au travail. Il introduit les moteurs sur les bateaux, prend des matelots, fait parti des syndicats de marins pêcheurs. Mais la mer est dure, Victor y laissera sa santé et sa vie. Marie-Jo est la représentation typique de la paysanne bretonne, fière et ombrageuse, elle aime ses parents, mais rêve d’une autre vie. Ses filles lui amèneront des satisfactions, mais elle sera obligée pendant un voyage de laisser Florentine, une de ses filles, en Bretagne car il était commun à l’époque pour les grands-parents de soulager les parents et prendre en charge un des petits-enfants. La douleur est très forte car les voyages sont longs et onéreux. Après la mort de Victor elle continuera sa vie à l’île aux Chiens, jusqu'à ce que la vieillesse ayant eu raison de son entêtement, elle finisse sa vie à Saint-Pierre en s’éteignant doucement. "Votre mère s’est tuée à la tache, ma pauvre Simone ". Leurs enfants aussi payeront un lourd tribu à la mer, à la maladie ou aux excès.
On sent chez l’auteur un amour profond pour ses grands-parents et pour la Bretagne. La vie était dure, ce livre évite la "folklorisation " à la Pierre Loti. Ses descriptions des conditions de vie de pêcheurs (hygiène et alcoolisme) sur les goélettes ou de la vie des graviers (enfants qui retournaient les morues sur des plages de galets pour les faire sécher) sont, je pense en dessous de la vérité "Voulez vous savoir jusqu’où peut descendre l’exploitation de la pauvre bête humaine? Tachez de venir ici quand un jour que débarqueront les graviers de Saint-Pierre " Charles le Goffic.
Les dernières pages de ce livre m’ont bouleversé comme très rarement un livre l’a fait. "Avec elle, ils le savent, c’est la Bretagne qui s’en va de leur vie de Nord-Américains ".
Editions :L'Ancre de marine.







