KERGRIST Jean / Grosse déglingue.

Grosse déglingue.
Jean KERGRIST.
Note : 4,5 / 5.
La politique adoucit les moeurs*
Dans sa dédicace Jean écrit ceci :
À mon pote Yvon
pour faire rougir la toile
Amicalement
Jean Kergrist.
Pas de problème d'ailleurs et c'est une première sur ce blog, les caractère seront rouges. Une précision c'est rouge de plaisir et non pas de colère (quoique.. .parfois!)
Je voudrais aussi saluer cette nouvelle collection de romans noirs basée à Rennes. Jean Kergrist et Alain Jégou sont les deux premiers auteurs publiés.
Dans une jolie petite ville de province, les élections se préparent, les adversaires affutent leurs armes (nous verrons plus loin que cette remarque doit être comprise dans tous les sens du terme!). Chris Ratoustra, le maire en place, dont le slogan est « Santé et propreté urbaine » arrose (ici aussi dans tous les sens de l'arrosage!). Autodidacte, touche à tous (et surtout à toutes), il a bon espoir que son mandat soit renouvelé, mais il a des ennemis et même beaucoup !
Un événement va bouleverser la campagne, Yvonne, une brave mémé comme il en existe partout, a glissé sur un étron de chien et s'est cassé le col du fémur !
Mais la vie semble suivre son cours...un carnaval en période électorale, d'un côté comme de l'autre le but est de parader et de se faire (bien de préférence) voir ! Kate, la reine du défilé est tombée, et s'est blessée, un employé municipal a été renversé par une voiture.
Chris (ex et peut-être futur maire ou futur ex-maire) taille une bavette en position horizontale dans les gigots de Madame Cheval (épouse du boucher) quand il est victime de ce qu'il nomme un attentat, en réalité un coup de couteau dans le dos, vu la position, plutôt bénin ! Mais cela fait beaucoup d'incidents...et la suite sera du même tonneau !
Je ne vais pas vous narrer dans le détail les dessous de la campagne (ni des compagnes non plus d' ailleurs), mais tous les coups sont permis (de construire) en particulier de faire séduire les candidats par Kate (aux dessous affriolants) mandatée pour cette mission (avec paiement en espèces) par Maitre Lergotteur.
Les morts se suivent mais ne se ressemblent pas ; les causes aussi sont différentes : mourir pour la patrie ou d'une glissade, l'une est glorieuse, l'autre est stupide, mais le résultat est le même.
Venons-en aux personnages, féminins, politesse oblige : Yvonne, qui avant de marcher sur cette satanée crotte avait bon pied, bon oeil (pas sûr pour ne pas avoir vu cette déjection canine, vous remarquerez l’effort pour ne pas faire trop de répétition!). Saint Jacques de Compostelle hélas s'éloigne pour elle, alors elle réserve à la municipalité et à son représentant un chien de sa chienne.
Kate, femme fatale (vraiment pas mal), vénale (pas au dessus de la morale), virginale (pas banale), payée par Maître Lergoteur pour séduire les deux candidats. Elle réussit au-delà de toute espérance ! Elle se retrouve inscrite sur les deux listes ! Un peu débordée par les évènements et en plus victime d'une chute de char (oui!), elle tente la religion, puis la psychanalyse. Du monastère à la clinique privée ! Du string à la robe de bure (là j'exagère!).
Christophe Ratoustra, dit Chris, ancien maire, il aimerait également être le prochain...et pour cela il ne sera pas trop regardant sur les moyens. Mais une crotte de chien mal placée, (pas dans les sondages, sur le trottoir), une ancienne maîtresse et une mauvaise action passée qui resurgissent lui mettent des bâtons dans les roues (de vélo!) Et des mails signés « Quidonc » qui le perturbe et l’inquiète !
Son concurrent le plus sérieux est Alain Brouteau, mais une autre liste menée par Moïse Coulibali, syndicaliste de couleur pourrait jouer les trouble-fêtes !
Max Bornic, journaleux sans avenir professionnel, essaye de faire ses choux gras de cette crotte (pas en chocolat) tout en ménageant la chèvre et le chou (fleur) ! Mais grâce aux subventions de Bruxelles (pas le chou, les sous!) le voilà choisi pour écrire un roman policier se déroulant dans la charmante petite ville où il réside ! Vision européenne de l'histoire, ce sont eux qui financent, et rêve de tirage européen, ce qui arrangerait les siennes de finances (répétition assumée!).
On trouve en vrac, des travailleurs sans papiers, des curés, des militaires dont un mort en Afghanistan, des employés municipaux, des femmes adultères et des maris trompant leurs épouses, les secrets d’alcôve circulant sous le manteau, bref tout ce qui fait le charme de la campagne profonde !
Dans ce roman politico-érotico-policier, Jean Kergrist sort la moulinette et tout y passe (normal pas de jaloux). Le monde politique, l'agriculture intensive et son usage immodéré des pesticides, Bruxelles et ses deniers distribués un peu à tort et à travers (de porc), la religion, la finance, les journalistes, la presse et j'en oublie. A noter quelques lignes sur la littérature et là aussi c'est caustique !
Étant comme ce pauvre Max Bornic, payé à la ligne, je vais rallonger mon texte avec le titre de quelques- uns des chapitres du livre. Florilège :
- Saga cité, Du polar comme art du baise-couillon, Des seins et des anges, Aux burnes citoyens, Larmes et jambon de Bayonne.
Extraits :
- Il n'y a plus guère qu'en Afrique où les protagonistes- tous autoproclamés libérateurs- opèrent encore à la machette.
- Une sorte de général Patton du tout-à-l'égout.
- La carrière politique de Chris Ratoustra devait presque tout à la merde. Rien d'étonnant par la suite qu'elle fut aussi quelque peu merdique.
- Même le pire des prédateurs se justifie toujours de faire le bien.
- Voilà où mène le sacrifice de toute une vie au service de la chose publique ! Que des ingrats !
- L'érotisme très subtil. Suggérer sans trop montrer. Décence et concupiscence. Défense de la vertu et largesse d'esprit.
- Aux rapides les primes, aux traînards la déprime. Du grand art ! Évidemment incompris des syndicats rétrogrades qui déclenchèrent aussitôt la révolte des sans-grade.
- Tant que la politique sera l'affaire des mecs, vaut mieux ne pas trop regarder sous les draps.
- D'ailleurs quarante nations étaient représentées sur le terrain. C'est dire la justesse de la cause, car quarante aveugles voient beaucoup mieux qu'un seul.
- Désormais une question triturait en permanence ses méninges : « et si le sexe était ailleurs ? » Mais où ?
- Tu étais trop proche. En amour, on cherche toujours ailleurs. Plus loin. Trop loin vers l'horizon.
Éditions : Des Ragosses (2011)
* sauf sexuelles !
JAOUEN Hervé/ Toilette des morts.

Toilette des morts.
Hervé JAOUEN.
Note : 4,5 / 5.
Lavage de crâne !
C'est la première fois que je lis ce livre malgré le fait qu'il date de 1883 et a été réédite en 1992. Donc malgré toutes mes recherches, j'ai encore (et c'est tant mieux) quelques lacunes dans ma lecture de l’œuvre d'Hervé !
Un homme dans un hôpital psychiatrique regarde le livre de cours d'une infirmière militaire.... le chapitre qu'elle étudie est ... « Toilette des morts »...il pense à son épouse récemment décédée. Comment et pourquoi ?
Ollivier commence à travers la France une longue traque pour retrouver et tuer six officiers qu'il juge responsables de son séjour en hôpital psychiatrique et donc du décès de Corinne. Il s'organise, connait le monde des banques, donc l'argent ne lui manque pas, et la haine est un puissant levier.....
Mais ces morts suspectes d'anciens officiers finissent par intriguer le commandant Laforge.....qui cherche le lien entre tous ces décès....
Ollivier Lhostis est, au début de ce récit, un homme de son époque, marié et père de famille, pas très porté sur l'armée et pensant avec juste raison que la France n'a pas forcément besoin de lui, il espère être dispensé de cette corvée d'un an.....il cherche malgré tout une solution médicale pour justifier cette exemption. Manque de chance, il ne choisira pas la plus facile et de ce fait s’aliènera les gradés qui doivent décider de son sort.... A la place de la liberté rêvée, c'est la prison et un drame qui l'attend ! Corinne son épouse est en effet retrouvée morte chez elle ? Il avait une petite fille Valentine...
Le Commandant Laforge, de son nom de code Saint Georges, fait partie d'un service qui n'a plus réellement d’existence légale, donc son rayon d'action est plutôt limité......la mort de ces militaires semble être l'oeuvre du même homme. Mais qui est ce mystérieux tueur, six morts déjà et surtout quel est le lien entre eux ? Et qui peut leur en vouloir à ce point ?....
Les chapitres sont différenciés en plusieurs catégories : O.Lhostis se souvient...d'autres sont des rapports de la sécurité militaire, section Saint Georges, dossier O.Lhostis. Il concerne Ollivier ou son épouse et émane de diverses sources officielles légales ou non.
Hervé Jaouen parle dans ce livre de la toute puissance de l'armée à travers l'exemple d'Ollivier, 25 ans, marié, père de famille, des études et une future belle situation, bref la tête de turc idéale pour certains militaires rescapés de bibine et d'anciennes guerres coloniales !La victoire de la gauche, la suspension de la sécurité militaire, joue un grand rôle dans cette histoire en plus le sus-nommé Ollivier semble, pour la hiérarchie militaire, un dangereux gauchiste, un ex-soixante-huitard, bref un « ennemi de l'intérieur ». Choses qui semblaient courir les rues en France à une certaine époque où pullulaient les barbus, chevelus et autres pacifistes de tous crins et de tous poils!
D'une histoire de vengeance somme toute classique dans la littérature noire, Hervé Jaouen dresse un constat social. Comme dans « Les endetteurs » vis à vis du système bancaire, « Les ciels de la baie d'Audierne » vis à vis de la justice, ici c'est l'armée qui brise des destins et des vies.
Mais où est la réalité ?................
Extraits :
- Un lit de mort c'est un machin haut, avec une tête maousse, en bois sculpté, un chevet, du papier jaune aux murs et une odeur de désinfectant ou de pisse.
- Bien que pathologiquement antimilitariste, Lhostis adorait les armes et cette passion ne simplifiait pas sa vie cérébrale.
- Il les avait provoqués. Ils l'avaient baisé.
- D'homme , devenir un cas psychanaliteux.
- Ils ont sournoisement jubilé. Ils avaient déterré de la masse conscrite un cas sur lequel ils allaient pouvoir épingler une rame d'étiquettes freudiennes.
- Forte tendance dépressive, à surveiller au corps.
Au corps, alors que c'était la tête qui était malade....
- Il s'est couché. Il a sorti ses armes, ses bouquins de combat, un truc auquel il avait pensé pour troubler les psychiatres : l'Ulysse, de Joyce ; Les monts et merveilles, de Lovecraft ; Le procès de Kafka ; et un Proust.
- C'était le début du cauchemar.
- Et, pour ne rien cacher, il cotisait au RPR, sous un nom de code.
- Une vieille gloire de la Cochinchine.
- Il était foutu, désespéré, anéanti, liquéfié.
Ne restait plus que la solution d'un coup d'éclat. Se pendre, étrangler un mec, flinguer un officier.
- Il se retrouva au point zéro, c'est-à-dire un endroit de sa double impossibilité : ni vivre ni mourir.
Entre les deux, il y aura la fuite.
- Tous membres de la sécurité militaire. Tous désignés pour le condamner. Un procès de Prague. Un procès de Moscou. De faux documents, de faux témoignages. Et l'avocat lui-même devait être dans la combine.
Éditions : Fleuve noir (1983)
FOURIER Claire / Les silences de la guerre.

Les silences de la guerre.
Claire FOURIER .
Note : 4,5/ 5.
Les silences et les non-dits....
Troisième lecture de cette auteure bretonne, après « Métro Ciel » et « Je vais tuer mon mari ». Ce livre est un hommage à l'oeuvre de Jean Vercors, écrite il y a soixante dix ans « Les silences de la mer ».
Nous sommes dans le Finistère au bord de la mer, en 1943. Glaoda, jeune fille de vingt ans étudiante à Rennes dont les cours sont suspendus rentre à Gwitalmézé près de Brest chez son père veuf. Là-bas, comme partout, l'occupant prend ses quartiers et parfois pour ne pas dire souvent ses aises !
Les relations entre Glaoda et Hermann semblent couler de source, elle jeune fille en éveil, lui plus mûr mais les deux sont des érudits et beaucoup de choses les rapprochent. Par contre la tension entre le père et l'officier allemand est très finement analysée, la méfiance réciproque entre les représentants de deux pays en guerre, l'un est l'occupant l'autre l'occupé sur ses terres et dans sa propre demeure. Aucun des deux ne voulait cette guerre, mais ils doivent la subir avec plus ou moins de désagréments. L'un est résistant, l'autre le sait et doit même l'arracher des griffes de la Gestapo ! La résistance bretonne s'organise et s'intensifie, la mort de l'abbé Perrot pose bien des interrogations et jette des militants extrémistes bretons dans les milices nazies. Les troupes russes et ukrainiennes remplacent les soldats allemands jugés trop laxistes, mais la vie malgré toute ces contraintes continue hélas à tous points de vue de plus en plus difficile....
La guerre hélas reprend ses prérogatives.... l'Allemagne nazie est vaincue, les résistants de la dernière heure paradent et tuent......
Glaoda Ruzcoat jeune fille que rien ne prédisait à connaître un si grand amour dans des conditions pour le moins difficile ! Les frontières séparent mais l'art et la mer réunissent. Un personnage très attachant et fort malgré les circonstances.
Son père veuf, vétérinaire, résistant, avare de paroles mais qui au contact d'Hermann devient plus loquace, il n'en reste pas moins très mystérieux, sa fille pensant même à une maitresse pour expliquer ses absences nocturnes !
L'officier allemand Hermann Christaller qui aurait pu être né suédois, l'histoire l'a fait naitre allemand, anti-communiste viscéral les ayant vu à l'oeuvre dans les pays Balkans, il n'est pas nazi, juste un homme instruit perdu dans une guerre qui le dépasse. Il rêve d'un monde meilleur, un endroit de paix et d'amour, en ces temps troublés. C'est surtout un artisan, un homme de travail pas de guerre il parle avec beaucoup d'admiration du peintre Caspar David Friedrich et Gloada de l'artiste suisse Charles Cottet qui a beaucoup peint la mer.
C'est très bien écrit, plein de finesse et de pudeur, l'histoire qui pourrait-être banale, une jeune fille succombant au charme du « locataire » allemand est une situation connue et souvent décrite en littérature.
A noter, quelques pages en italique qui concernent l'aspect historique de la guerre dans la ville de Brest, le rôle de la STO et de l'Organisation Todt dans la vie quotidienne des Brestois pendant ces temps troublés avec en plus les raids de l'aviation anglaise et la construction du Mur de l'Atlantique. Mais parfois les notes sont plus personnelles, comme un autre regard sur l'histoire avec un H majuscule mais aussi sur ce qui semble être des souvenirs anciens.
J'ai beaucoup apprécié ce livre car il m'a donné envie de faire des recherches sur plein de domaines différents, le duché de Poméranie par exemple, balloté au gré de l'histoire, tour à tour Danoise, Suédoise, Allemande, Russe , Polonaise! La peinture, les écrivains et philosophes sont également souvent évoqués, ainsi que le massacre de Katyn, dont on découvre seulement maintenant une part de la vérité.
J'aime beaucoup la phrase d'Hermann disant à Glaoda:
-Je te montrerai mon pays dans ton pays.
Extraits :
- « Regarde bien, Glaoda, disait mon père, où que tu ailles tu ne verras rien de plus beau, rien de plus somptueux. »
- Cela me rappelle mon pays.... décidément tout ce pays me rappelle le mien, dit l'officier sans me regarder.
- Ma grand-mère était une femme vive, pleine de fantaisie, un tantinet extravagante.
- La plus grande intelligence consisterait à ne pas faire la guerre du tout, lançai-je.
Hélas, « le paradis est à l'ombre des épées », Mademoiselle.
- Chacun était agacé et intéressé par l'autre.
- Je vous l'ai dit vous le voyez : je suis un travailleur manuel..... j'ai été recruté dans le génie.... Je ne suis pas de la Wehrmacht, et encore moins de la police.
- J'étais une Bretonne de vingt ans pleine de mystère. J'étais fraîche et pleine de santé. J'étais bonne cavalière.
Surtout j'étais amoureuse.
- La mer d'Iroise et la mer Baltique brassaient les mêmes flots, soulevaient les mêmes vagues, et nous commandaient d'y nouer notre destinée.
- La Gestapo est une police ordinaire, monsieur Ruzcoat, mais la Wehrmacht est une armée....ni plus ni moins d'honneur que dans une autre armée.
Éditions : Éditions Dialogues (2012)
Le QUÉRÉ Yvan / Routes 66.

Routes 66.
Yvan Le QUÉRÉ.
Note : 4 / 5.
66....année nostalgique.
Tous les bretons de ma génération, ancien fou de foot (eh oui il y a longtemps!) ont entendu parler d'Yvan Le Quéré que je ne pensais pas retrouver sur ce blog !
Je reconnais bien volontiers un certain chauvinisme, Lanvollon et Pommerit le Vicomte sont le berceau de ma famille et mon nom est cité dans ce livre .Ce n'est pas de moi que l'auteur parle, mais certainement d'un cousin éloigné que je ne connais pas !
En Avant de Guingamp, club mythique d'une époque révolue, le temps où les joueurs venaient de la région, la couleur qui comptait était celle du maillot, pas celle des billets de banque. Yvan Le Quéré est avec Coco Michel une figure emblématique de cette équipe et d'un certain état d'esprit, tout en ayant une carrière professionnelle de professeur d'anglais, langue qu'il a appris sur le tas durant plusieurs voyages Outre Manche et la fréquentation assidue des petites anglaises ! Je retiens une phrase de la quatrième de couverture :
-A une époque que les moins de vingt ans auraient voulu connaître, les plus de quarante redécouvrir et les plus de soixante revivre à nouveau.
Comme je fais partie de la troisième catégorie, je revis , moi natif de Kerity, mais contrairement à l'auteur, je n’habitais plus dans le Far West breton et la route 66 était loin de mes pensées !
L'année 1966 revisitée elle aussi....un concert de Rock n'roll au cinéma « Le Celtic » à Guingamp au programme : Dick Rivers, Lucky Blondo et Dany Logan …..Yvan est de la partie, ses copains également, mais sa grand-mère chez qui il habitait aussi..... Une nouvelle prof de philo capable de provoquer une érection collective dans un lycée de Guingamp, les élèves n'en reviennent pas, eux plus habitués au genre adjudant-chef ! Mais une question se pose bien avant qu'Alain Souchon la mette en musique. Qu'est-ce qui se cache sous la mini-jupe de Mademoiselle Orémon ? Les paris vont bon train......
AEG-Brest. Première titularisation dans l'équipe fanion pour un match de coupe de l'Ouest ! La consécration puis la gloire …...la victoire et une bise de Claudine l'Hostis en prime de match, le bonheur tient à pas grand-chose. Le bac et le diplôme que l'auteur pense décrocher facilement....c'est OK...mais juste avec le mystère de la note de philo !
Les vacances et l'on rejoue « A nous les petites anglaises » en version originale non sous-titrée dans le texte, le bonjour à « Yvonne » car d'une manière très étrange les anglais ont un problème avec les prénoms Yvon et Yvan qui se féminisent, ....un affront avec un rendez-vous de Susan Smith…et ensuite un départ ventre à terre..pour échapper à la colère d'un père.....cela sert d'être sportif........Bye bye England !
La rentrée scolaire, c'est Rennes, un appartement chez l'habitant en l’occurrence une habitante sourde. Les études, les copains et la fête.....l’occasion qui fait le larron à cause d'une clef oubliée ; reste une solution : dormir sur le palier......mais une charmante voisine mal mariée va parfaire les leçons d'anatomie de notre vaillant étudiant, la suite hélas le mari chauffeur de poids lourds international perd son job et Yvan, sa professeure particulière et ses cours du soir en tête à tête !!!! L'année se termine par le réveillon....et le livre par un épilogue du style, que sont-ils devenus....?
Une « Mémé » omniprésente en début du livre, mais dans le bon sens du terme, capable d'accompagner son petit-fils à un concert de rock en coiffe.....Les parents qui, comme le bon vin, se bonifient en vieillissant. Les copains comme tous les copains, il y a les bons et les mauvais jours, avec le temps ils ne restent que les souvenirs des bons jours. Les bons jours, on les doit souvent aux filles anglaises, françaises, ou aux femmes un peu plus âgées quand les circonstances sont favorables. Quelques autochtones vrais ou faux, un commissaire de police venant du midi, une famille de bouchers venant d'on ne sait pas où, le père, la mère, le fils et aussi une fille pas spécialement belle !
La musique : les Beatles, les Rolling Stones, Creedence pour les Britanniques, Eddy Mitchell et bien sûr Johnny Hallyday et son slow « Retiens la nuit », surtout celle du réveillon !
Un dernier mot sur un des personnages primordiaux de cette jeunesse bretonne « La Reine des Près »......je n'en dirais pas plus !
Heureuse époque du politiquement incorrect, où l'on buvait de la bière, fumait des Gitanes et jouait au football le dimanche ! Pour moi, l'année 1966 fut la fin d'une époque...le 1er janvier 1967, je perdais ma liberté et mes cheveux pour 16 mois de service militaire dans « La Royale », comme tous bretons qui se respectent ! Direction le Centre d'expérimentation du Pacifique, les îles et le soleil............et la question qu'est-ce que je fais là ?
Extraits :
- C'est l'année où l'Angleterre gagne la coupe du monde de football ; la France étant évidemment éliminée au premier tour, composée de onze blancs chétifs qui ne mettent même pas la honte à 49 millions d'habitants.....
- Son épouse, la tante Yvonne « comme la soeur de mon père » a une bonne tête à faire des crêpes et réussir ses confitures. On la voit parfois en tableaux dans "Paris-Match" mais elle ne pose jamais nue. La soeur de mon père non plus d'ailleurs.
- Lorsque j'ai atteint mes dix-sept ans, j'ai vite ressenti que Mémé avait bien intégré que non seulement, j'étais bien entendu un être à part entière... voir plus, mais que j'étais surtout un individu, entièrement à part.
- La petite L'Hostis a été la plus belle prime de match que je pouvais espérer. C'était une fleur sauvage aux senteurs de la forêt : savant mélange de myrtille, framboise et fraise des bois.
- Boédec...,Bouëtté... Bromard... Carpaillé...Cotel....Une par une, l'antre du lycée avalait ses proies.
- Et puis il y avait ce parfum de liberté qui n'existait pas en France. Les femmes qui fumaient dans la rue : ça sentait bon la blonde partout. Mes copains anglais qui, à l'école, travaillaient surtout à se laisser pousser les cheveux.
- Et, en plus, c'est pas du petit boudin breton, c'est du petit canon. Ce n'est pas du craquelin de Lanvollon, c'est de la brioche.
- Je connaissais Gros Jean comme devant. Je découvrais petit Yvan par derrière. Et ça avait du mal à passer. Ça faisait même mal. Très mal.
- À l'époque, on allait souvent au bal à Pommerit le Vicomte. Pommerit le Vicomte , c'est un petit patelin à côté de Guingamp. Un quart d'heure en voiture, pas plus. Voir dix minutes, parce que souvent on était un peu bourré. Dans les années soixante, on pouvait conduire un peu bourré, il n'y avait pas de problème.
Éditions : Baudelaire (2010)
GRALL Xavier / Stèle pour Lamennais.

Stèle pour Lamennais.
Xavier GRALL.
Note : 3,5 / 5.
Au nom du peuple!
J'ai fini l'année 2011 par un ouvrage consacré à Xavier Grall. Je vais débuter 2012 par un essai de cet auteur. Mon but étant, si possible, de relire toute l’œuvre de Grall disponible dans ma bibliothèque et non chroniquée ici, avant la fin de l'année qui commence !
Si Xavier Grall n'avait pas écrit ce livre, je n'aurai sûrement jamais su qui était Félicité Robert de Lamennais, né le 19 juin 1782 à Saint Malo et mort à Paris en 1854. Prêtre qui s'est opposé au Vatican, il a mérité l'estime de Xavier Grall qui lui a consacré cet ouvrage et la mienne également, suite à la lecture de ce livre.
La vie et l’œuvre de cet homme politiquement et religieusement incorrect, plusieurs chapitres, « Stèles » , « Les chênes », « Les tempêtes », « Le mouvement de la mer », « Flash-back ».
D'abord professeur de mathématiques à Saint-Malo, en 1815, il se réfugie à Londres, puis est ordonné prêtre à Vannes en 1816. C'est le début d'une longue période d'intense écriture, et également de remise en question personnelle vis-à-vis de la religion. Il séjournera plusieurs mois à Rome dans l'attente d'être reçu par le pape Grégoire XIV qui le condamnera sans appel, brisant une grande partie de sa croyance en la bonté de l'église catholique et romaine. Homme de lettres, durant toutes ces années il collabora à différents journaux, « Le Conservateur » où il écrira en compagnie de Chateaubriand, puis ensuite en 1830, il fondera un quotidien catholique. « L'Avenir ». Il est à noter la progression des titres, de conservateur à l'avenir.....Il a défendu l'irlandais Daniel O'Connel et la Pologne massacrée par le tsar Nicolas 1er.
Historiquement cette période en France est vraiment très trouble. Chute de Charles X, établissement de la monarchie, conseil constitutionnel, chute de Louis-Philippe, coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte. Proclamation de l'empire. Les symboles se succèdent, bonnet phrygien, fleur de lys, aigle impérial, les prêtres sont honnis ou bénis, les ouvriers proches des esclaves, la bourgeoisie triomphante. En 1840, à cause de la publication de « Le pays et le gouvernement » où il ne ménage pas ses critiques contre Louis-Philippe et Thiers, il sera condamné à un an de prison ferme.Prônant un libéralisme populaire, il est élu à l'assemblée constituante en 1848, puis réélu l'année suivante.
Il se retire en Bretagne à la suite du coup d'état de Napoléon III.
Il meurt à Paris le 27 février 1854 et est inhumé civilement le 1er mars dans une fosse commune du père La-Chaise, l'église a la dent dure. Mais le peuple de Paris, lui, vient en foule.....l'armée doit disperser une manifestation spontanée !
Lamennais est un personnage complexe, un être torturé par une foi qui lui semble nécessaire et inébranlable, mais aussi il se révolte contre l'injustice du monde et la richesse de l'église catholique. Il deviendra un homme politique respecté et aussi très aimé, étant élu à l'assemblé constituante.
Un peu moins militant et un peu plus critique, mais malgré les années, la même approche personnelle. Ce livre est partisan, nous étions tous partisans à l'époque! Hommage d'un catholique libertaire à un autre catholique en avance sur son temps. Georges Bernanos et Grall le rappellent dans l' introduction de ce livre :
-..mais écrit avec tout le sang d'un cœur d'homme, l'immense désastre de l’Église avec le monde ouvrier aurait probablement pu être évité.
Par contre entre temps les scandales de pédophilie et des « Magdelene House » qui ont éclaboussé l'église catholique irlandaise ont sérieusement écorné l'aura de la religion dans ce pays. Et aussi ailleurs de part le monde. Certaines contraintes, célibat pour les prêtres, la contraception, par exemple, ont aussi coupé l'église du monde moderne.
Un beau texte qui a malgré tout vieilli ; et je pense que Grall n'en aurait pas appréhendé l'écriture de la même manière plus de trente ans après, le monde ayant beaucoup changé, mais pas les autorités ecclésiastiques.
Ce livre avec « Le cheval couché » et « Arthur Rimbaud, la marche au soleil » marque la fin des années 1970 et le début des années 80. Je pense que pour Grall, comme pour beaucoup, ce ne fut pas artistiquement de grandes années. Ces livres manquent de lyrisme et et de la puissance présente dans sa poésie. La fatigue et la maladie déjà ou des sujets non réellement maitrisés? Je pense qu'une relecture s'impose, mes souvenirs étant très anciens et très certainement mon regard littéraire, enfin je l'espère, a changé.
Extraits :
- Il fut l'écrivain le plus célèbre et le plus scandaleux de son temps. Ils crèvent comme un petit retraité minable, rat malade dans son grenier vide.
- Penseur laïc, il guettera avec avidité l'approbation de l'intelligentsia progressiste. Il n'en recevra qu'une estime vague et condescendante.
- Il était dans la nature de Félicité Lamennais d'écrire sur l'existence plutôt que sur l'être et sur la société.
- Testament tenu : il n'y aura pas de prêtres autour du gisant. Nul glas au beffroi des églises. Nulle cérémonie religieuse. Rien.
- Ce Lamennais, on l'enterrera en fraude. Au petit matin. A l'heure des flics et des laitiers.
- C'est tout juste si l'oublieuse Bretagne se souvient de son fils.
- Venant du royaume des vents, il récolte la tempête. C'est que cet homme tendre est capable de fureur et que ce passionné des idées est aussi un lyrique.
- Journaliste, génial déchiffreur de son temps, il se veut aussi poète.
- C'est un Breton : il porte en lui, avec le crépuscule, l'espérance de l'aube. Le noir et le blanc....
- Un saint, Féli ? Non pas. Un juste. Et ne comptons plus son ombre dans le bal des damnés...
- Car l'Église, devant ce scandale majeur, se tait et se contente de bénir les tombes des fusillés.
- L'âge d'avant l'État........
Éditions : Éditions libres :Hallier (1978)
Collectif / Xavier GRALL .Hommage

Xavier Grall. Hommage.
Collectif.
Note : 4 / 5.
Nous te ferons Bretagne....
Finir l'année en beauté en parlant de ce livre compilé pour le sixième anniversaire de la mort de Xavier Grall, façon pour moi de marquer cette année la trentième de ce décès. Il s'agit d'une relecture complète car la dernière est très ancienne.
Des hommages comme le titre l'indique, mais pas que cela, des courriers, des textes ou poèmes et aussi de magnifiques photos, certaines signées Michel Thersiquel, autre grand artiste breton disparu. La famille Grall au grand complet, des amis, Gonzalez, Georges Perros, Nicole Corelleau « l’hôtesse ». Des portraits à différents stades de la vie de l'auteur : enfant aux cheveux courts, homme mûr, mais marqué aux cheveux longs !
Des dessins également, en particulier de Marcel Gonzalez, un Grall tout en longueur et maigreur, le cheveux long et le regard noir et perçant, un autre de René Quéré est plus bucolique, mais très breton avec église et calvaire.
Des textes certains comme « Les vents » et « Le Christ jaune » sont de Grall lui-même, un témoignage d'une de ses filles, Lucie, d'autres intervenants que je ne connais pas, mais qui eux connaissaient bien Xavier Grall.
Des lettres adressées à différents correspondants souvent assez anciennes, en particulier à Henry Boulard dit « Bouboul » dont une datant de 1952 ! Dans un courrier de décembre 1970, il explique la difficulté de faire publier son livre « L'inconnu me dévore » par les maisons d'éditions parisiennes !
Je pense qu'il est plus sage de laisser ces lignes à de meilleures plumes que la mienne et surtout beaucoup plus compétentes par quelques extraits :
- Il est grand temps de relire Xavier Grall pour découvrir sous l'image trop facile du barde breton inspiré, le grand poète universel à qui on ne peut assigner de frontières.
Mireille Guillemot.
- Les vents étaient comme les trains, des compagnons de voyage. Mais à présent, je ne pars plus. On a barricadé mes sentes et mes haies. Je suis écroué, enterré, étique, troglodytique, entaulé. La nuit tombe...
Xavier Grall (Les vents ).
- Je ne peux me souvenir de mon père sans penser à Dieu : « tout est nostalgie de lui » écrivait-il. Non, notre père n'était pas un bigot. Il savait, en matière de religion, comme en toute chose séparer le bon grain de l'ivraie. Et l'église n'était pas épargnée. Lucie Grall.
- Son père était tanneur à Landivisiau, comme on l'était dans la famille depuis le XVIIIe siècle. Grall l'aimait et le respectait. Mais sa mère, il la vénérait. Et dans les pages qu'il lui consacre, il n'a jamais de mots assez tendres pour décrire ses gestes ou ses silences.
« Tu dois tout à ton pays », lui dira Glenmor. Une phrase que Grall n'oubliera jamais.
Yves Loisel (auteur de Xavier Grall Biographie).
Voilà bien une lettre désabusée. C'est que j'ignore de quoi mes demains seront faits. Et que je ne suis pas seul dans la course. Il ne reste que l'espérance. Xavier Grall, lettre à Bouboul. Sarcelles le 23. 09. 1968.
- Même son pays, si loué, si chevillé à ses livres depuis le début, de tel que saisi par cette rétine impressionnée et devient autre, ne vit plus que sous la forme d'annotations génériques. Xavier Graal laisse loin derrière lui la prose poétique et les accents de barde pour la sécheresse du récit classique.
Michel Le Gentil, à propos de « L'inconnu me dévore ».
- Merci mon Xavier, de m'avoir envoyé ce petit livre qui brûle les yeux et l'âme. On « marche » avec. Et de sentir vivre dans ce qui fait son mouvement cette Bretagne éternelle est bien émouvante. Encourageant. Amitié à toi et aux tiennes. Georges.
Lettre de Georges Perros à Xavier Grall pour la publication de « La fête de nuit » (05/12/72)
- ….mais sais-tu Christ de Bretagne toute la misère de mon pays. Et la douleur du fils sur la route de l'exil. Et la détresse des chiens dans les douves. Et la cruelle vengeance des vins et des alcools dans nos cerveaux criards ? Christ de Trémalo, recueille mes sanglots. Prend les. Je suis l'homme dYs. J'ai sombré avec les rois de Celtie. Je suis d'Ys. Je reviens des fonds verts d'algues et de murènes. Je suis d'Ys. J'ai sombré dans les folles nuits du vin et des liqueurs. J'ai erré par les abysses. Je suis d'Ys. Et permet que je revive en Celte dans le libre amour des arbres et des femmes. Dans les fêtes magiques des solstices.
Xavier Grall. (Le Christ jaune) .
Éditions : Calligrammes (1987).
Quelques ouvrages consacrés à Xavier Grall (je vais sûrement en oublier!).
Mikaela Kerdraon : Xavier Grall, une sacrée gueule de Breton.
Mikaela Kerdraon : Kan ha Dikan correspondances Grall/Glenmor.
Yannick Pelletier : Xavier Grall immémoriales demeures.
Philippe Maouzan : Xavier Grall, la rage et la tendresse.
Yves Loisel : Xavier Grall, biographie.
GRALL Xavier / Oeuvre poétique.

Œuvre poétique.
Xavier GRALL.
Note : 5 / 5.
Il y avait......les mots de Xavier Grall.
Il y a trente ans Xavier Grall décédait, bien trop tôt, c'est ce qui est souvent dit, mais dans le cas présent c'est l'amère constatation que l'on ne peut que faire, hélas!
Je me pose très souvent la question, sans réponse très précise malgré tout : quelle est la part de Xavier Grall dans mon amour pour la littérature et ma passion pour la Bretagne ! Immense bien sûr, j'ai toujours en tête ma première lecture de Grall, ce brûlot qu'était pour l'époque « La fête de nuit » qui est certainement le livre que j'ai le plus lu !
Ce livre contient l'ensemble de l’œuvre poétique de Xavier Grall, écrivain dont j'ai souvent parlé dans ce blog. Les recueils « Le rituel breton », « Rires et pleurs de l'Aven », « La sône des pluies et des tombes », « Solo et autres poèmes » », Genèse et derniers poèmes » figurent dans cet ouvrage, plus certains inédits.
Deux préfaces : une de Mireille Guillemot, veuve de Bernard Guillemot, fondateur des éditions Calligrammes chez qui la poésie de Grall fut éditée. Une seconde et très belle préface d'un autre grand poète breton Yvon LeMen débute cet ouvrage.
Je ne pense pas être très à l'aise pour parler de poésie, mais je vais faire un résumé de mes chroniques passées :
Le rituel breton
Pour Ulysse, s’il revient en Armorique " dit la page de garde de ce recueil, long poème lyrique, qui comme beaucoup de textes de Grall, revient sur l’histoire des Bretons bourlingueurs. Les ports, les alcools, les rêves, la filiation à la Bretagne sont les thèmes qui lui sont chers. Le Maghreb et le Sud l’ont marqué également, lui qui fut appelé du contingent, pris dans des guerres qui ne le concernaient pas.
Et la mer autour et au-dessus de tout, le voyage, l’amour et l’amitié.
« Good bye, kenavo
Nous allons respirer tous les parfums
Nous allons danser la pavane de la mer
Dieu et le vent pour suzerains
Nous allons fonder l’empire des paladins. »
Rires et pleurs de l'Aven.
Qui commence par ces mots :
« En hommage à ceux qui m’accueillirent
habitants, hommes, femmes, chênes et genêts
de l'Aven. »
Les hommes sont nombreux, les inconnus, Madame Guillerm, Jean-Jean, Thomas, Le Baron, Gégé-Trompette ! Et puis les autres, artistes aussi compagnons d'amitiés, Glenmor, Michel Thersiquel, Alain Page et Claude Huart qui illustre ce court recueil.
Solo et autres poèmes.
Ex-Voto.
Recueil de poésie datant de 1981, illustré par un de ses amis Marcel Gonzalez, peintre de Pont-Aven. «Solo» est le poème le plus long, environ cinquante pages.
Grall se présente à Dieu :
«Seigneur me voici c’est moi
je viens de petite Bretagne»
Il y parle de sa santé déjà déficiente :
-«Seigneur mettez vos doigts
Dans mes poumons pourris»
Il y invoque ses démons, l’alcool et la fête :
-«Les bars roulaient comme des rivières
j’ai prié comme jamais dans les ivresses»
Il énumère les poètes, ses frères de miséricorde, François Villon et Rimbaud, Verlaine, Georges Perros et Guillaume de Machaud.
La musique n’est pas oubliée, la classique avec Benjamin Britten et Beethoven, et la bretonne avec son frère de rébellion, Glenmor ou Dan ar Braz, qui lui consacrera un disque. La fin du poème :
«Mais Seigneur Dieu
Comme la vie était jolie
En ma Bretagne Bleue»
Dans «Ex-Voto» :
Il salue la mémoire de Max Jacob son voisin quimpérois :
-«A Georges Perros cancérisé
A Max Jacob l’étouffé de Drancy
Donnez au paradis les jolies roses»
La Sône des Pluies et des tombes.
Mémoire personnelle, mémoires collectives.
Que dire de ce petit livre qui "trône" depuis 30 ans dans ma bibliothèque ? Qu’il m’est indispensable, et qu’il m’inspire, c’est évident, mais c’est surtout un compagnon de route comme certains disques de Neil Young. Il m’a suivi dans toutes mes divagations, tous mes déménagements, puis dans ma quiétude actuelle. Je l’ai lu et relu, toujours avec la même émotion. Entre « La fête de nuit » et « Sur la route » de Kerouac.
« Pas de préface à ma Sône,
Mes amis, attendez que je sois mort
Car je moissonne encore
Dans mon pays
Par les jours et par les nuits. »
Hélas, Grall est décédé depuis, victime de certains de ces excès qu’il décrit si bien.
« Plaisirs maudits qui me crucifient
c'est fini, je m'en vais aux marais »
Toutes les étapes de ma vie sont là, regret et nostalgie dans "Allez dire à la ville ", fêtes païennes et alcool. "Incandescences", rythmées comme un texte du Barzaz Breiz, le feu de la vie à la mort.
Hommage à Kerouac dans "Kerouac song ":
« Kerouac est mort. Il y aura demain sur sa sépulture des goélands venus du Finistère. La gwerz dans le bec. »
Que dire de ce superbe texte « Amour Kerné » et de sa version musicale par Dan Ar Braz?
Le respect de la famille dans "Tu lis ton ascendance ", présence de la mort qui rode dans « Qui, entre mes épaules ?» mais aussi une grande lucidité dans ces paroles :
« Qui, dans ces poumons gâtés
a fait germer les poisons des fatals tabacs
et les venins des drogues ignobles »
L'Ankou encore dans « Tristan :
« ... j'ai perdu ma vie, j'ai crevé mon cheval
follement j'ai brûlé ma vie comme une lampe »
Le regret de la fin d’un mode de vie dans le poème qui est mon préféré "Plainte de Yann Vari Perrot ", un texte militant, « Nous te ferons Bretagne » Les valeurs perdues du vieux pays dans "Pluies" ou "Marins" ; visite à ces chapelles bretonnes, chef-d’œuvre anonyme dans "Notre Dame de Korreguer":
« Ainsi meurent les cultes
Sous les fourches du temps
et des saisons meurtrières »
Quelques hommages à Armand Robin et à l’Irlande complètent ce recueil. Il y a un peu de provocation dans "Kerdruc september", complainte du touriste à Pont-Aven sous la pluie et devant la télévision.
Un dernier poème avant de refermer ce livre : « J'aimerais partir... »
Genèse & Derniers poèmes.
Poésie inachevée, la mort ayant fait son œuvre.
Le projet était une suite de "Chants". Trois seulement furent achevés.
Dans ces chants la vie est présente, avec ses joies, ses rapports avec la nature et le monde. Il y parle des fleuves, des ports, des mers et des océans. Il parle aussi des marins et des pêcheurs et des navires qui font rêver les terriens.
- « Il y avait les ouragans
Il y avait la peur humaine »
Les derniers poèmes sont des œuvres sur le temps qui passe, sur la mort et la désertification de la Bretagne intérieure dans " Les déments " :
- « Par les chemins noirs de L’Arrée
où vont-ils les déments
A quel orme
Pour quel suicide? »
Nous avons tous, je crois, quelque part en mémoire le souvenir d’une maison, grande ou petite qui nous serre le cœur, dans le poème "Supplique des maisons anciennes " :
- « Demeure des fêtes et des mœurs anciennes
J’ai souvenir de ta rurale noblesse » .
Suit l’émouvant "Tombeau pour Bobby Sands"
- « Briques et cendres Belfast
Ne revit Bobby que mort et blanc….
Cromwell peut cracher ses dents
pourries dans le sang de l’Irland e »
Le dernier :
« -Ne me parlez pas de moi
Sur ma tête mettez une pierre d'’argile blanche
Et parlez-moi de la terre ».
Plusieurs autres poèmes complètent ce recueil où Grall semble attendre la mort en renouant avec Dieu.
Une phrase qui m’émeut toujours autant dans «La mort si lente à venir»
"-Et c’est seulement au chevet des mères mourantes
Que les fils des hommes accèdent à la connaissance !
Car il faut les ténèbres à l’illumination du cierge."
Dans la liste des oeuvres posthumes, j'ai eu la joie de trouver ceci :
Sönger regns og grafar (La sône des pluies et des tombes) édition islandaise chez GB ùtgàfa (2008) traduction de ma « cousine » islandaise Olof Pétursdóttir.
Éditions : Rougerie (2010)
Autres chroniques de Xavier Grall :
GRALL Xavier / Et parlez-moi de la terre
GRALL Xavier / La Fête de nuit & le barde imaginé.
GRALL Xavier / La sône des pluies et des tombes.
GRALL Xavier / Le rituel breton & La sone des pluies....
GRALL Xavier / Les vents m'ont dit.
GRALL Xavier / L'inconnu me dévore.
GRALL Xavier / Mémoires de ronces et de galets
GRALL Xavier / Solo & autres poèmes
GRALL Xavier : Genese & derniers poèmes
GRALL Xavier/ Au nom du père.
GRALL Xavier/ DUC0S Gérard/ La fête de nuit/
NONO & TRINKA. / Secrets de Cochons, Histoires du pâté Hénaff
Secrets de Cochons.
Histoires du pâté Hénaff.
NONO & TRINKA.
Note : 5 / 5.
Dans le cochon tout est bon !
Je ne suis pas un grand amateur de B.D., mais du pâté Hénaff je suis un inconditionnel !
Cette petite (ou grande d'ailleurs) boîte bleue, un des symboles de la gastronomie bretonne, qui se mange à toute heure du jour et de la nuit aussi.
Deux guides de haute volée, Nono, crayons acérés, ancien prof de philo (qui mène à tout à condition d'en sortir, la preuve) dessinateur prolifique depuis des années, que l'on trouve « accoquiné » à certaines plumes et non des moindres (je vais en oublier, c'est sûr) Jean Kergrist, Hervé Lossec ou Jean-Charles Perazzi pour ne citer que ceux que j'ai croisés dernièrement !
Il lui arrive aussi d'assumer seul certains ouvrages « Dessine-moi la philo » par exemple. Je me souviens aux temps anciens d'une B.D. répondant au titre de « Jours de Bretagne ».
Trinka, que je vois souvent, est dessinateur, scénariste et éditeur. On lui doit une série ludique sur l'histoire des départements bretons «L'étonnante histoire du Finistère » et «L'étonnante histoire du Morbihan » ou de « L’étonnante histoire de Rennes ». Mais comme éditeur on lui doit également « L'étonnante histoire de la S.N.C.F ».
Le décor est planté, direction Pouldreuzic dans le Finistère, berceau de la famille Hénaff...et aussi de Pierre-Jakez Hélias qui mérite ici aussi un coup de chapeau... rond bien sûr !
La question primordiale (ou principale, ou essentielle, ou existentialiste, ou finale, celle qui questionne tous les étrangers de passage) est la suivante : que signifie B.Z.H. ! Pas de réponse sur ce blog, je garde le prix (mon poids en pâté) pour moi tout seul....charité bien ordonnée commence par soi-même !
Combien de Bretons vivent à l'étranger...vaste question...vaste comme l'univers (les Bretons ne se contentent pas du monde)...tout le monde spécule (je sais c'est pas terrible comme « maux », mais enfin!) les ambassades, les consulats de A à Z, on fait des calculs savants, on tire des plans sur la comète....et c'est encore le contribuable qui paie ! Alors qu'une simple racine (ronde et bleue) bon disons carré suffit....X = + - 3,1416 = + le nombre d'hermines dans le drapeau breton = par le nombre de cochons à quatre pattes, (les vieillards lubriques ne sont pas concernés!) puis racine carrée du nombre de boîtes de pâté Hénaff vendu dans le monde ! Élémentaire mon cher Léo Tanguy !
Le résultat....Pas le temps de regarder, j'étale mon pâté....
Un vieux cochon sentant sa mort prochaine fit venir ses petits enfants, et leur tint ce langage : finir en pâté ou en saucisses ? Oui, mais chez Hénaff !
Comme personnages, des cochons et des hommes pour parodier un très grand film récent. Mais pas de Dieu, ici tout est plus terre à terre, la nourriture terrestre prenant allégrement le pas sur la spirituelle !
Les amateurs ont créé un club avec, entre autre, le navigateur Desjoyaux, la comédienne Danielle Evenou et l'écrivain de Lorient, Irène Frain.
Un dernier mot, le pâté Hénaff dans le cinéma (hé ! j'ai vu de mes yeux vu), et tout le monde peut en faire autant (en emporte le pâté Hénaff). Le film se nomme « Le missionnaire » (ce n'est pas du cinéma cochon) de Jean Kergrist et il est en vente chez l'auteur, qui fut, je me suis laissé dire, un peu sponsorisé par monsieur Hénaff père ! Je dis bien un peu seulement !Et c'est très surprenant le pâté coule à flot !
Un petit mot à l'éditeur, une idée en l'air un coffret, une boite de pâté format collector et la BD pour Noël, ! Joindre la culture et la gastronomie !
Extraits des bulles (ni de champagne, ni papales!) :
- On est invité à un cocktail chef Hénaff.
Je ne te crois pas tu me mets en boîte.
- Eureka !
C'est pas du breton ça, gast !
- La mort qui conserve !
- Chef on peut goûter une boîte ? Juste une petite ?
On commence par une petite et on devient accro !
- Tu es à croquer mon lapin !
Je les retiens les Hénaff avec leurs cochonneries !
- Incroyable ! Quel est le 1% de cochons qui ne connait pas Hénaff !
Éditions : La ligne pourpre (2011) .
Et comme un bon dessin vaut mieux qu'un long discours, voici une page de cet album:
Tout n'est pas noir sur Lamballe.
Tout n'est pas noir sur Lamballe !
Un petit compte rendu rapide de mon premier salon à Lamballe.
Très bonne ambiance et il m'a semblé beaucoup de monde. Pour une fois, pas de blogueuses avec moi......
J'ai rencontré Céline une Paimpolaise, bénévole du salon, que je croise tous les ans à Penmarc'h, J'ai retrouvé également et toujours avec plaisir Yvon Coquil, nous avons été boire un coup ensemble. J'ai aussi vu Gérard Alle et j'ai (enfin) fait la connaissance de Frédéric Prilleux et nous avons parlé....de « La noiraude » et du dernier recueil de nouvelles qui est édité traditionnellement pour le salon. Donc une prochaine lecture en vue !
Vue du salon .
Pas la mer à Lamballe, mais un bel étang.
Après ce fut le noir......
Collectif / Karavell. Nouvelles traduites du breton.

Karavell.
Collectif. Nouvelles traduites du breton.
Note : 4,5 / 5.
Récits de Bretagne.
Seize nouvelles traduites du breton par Mich Beyer. Les noms des auteurs, Alan Botrel, Annaig Renault, Daniel Douget, David ar Gall, Goulc'han Kervella, Hervé Bihan, Jakez Konan, Jakez Riou, Jef Philippe, Lan Tangi, Maguy Kerisit, Maï Ewen, Per Denez, Ropartz Hemon, Yann Gerven et Yann Fulub Dupuy.
Jakez Riou est, il me semble, le seul à être présent sur ce blog pour son recueil de nouvelles « L'Herbe de la Vierge ». En fin d'ouvrage, on trouvera une biographie, très bienvenue des auteurs, car la plupart sont malheureusement inconnus du grand public. Ce livre m'amène à me poser la même interrogation que celle qui concerne la poésie gaélique, pourquoi les auteurs ne se traduisent-ils pas eux-mêmes ?
« Deux Statues » nous les voyons souvent, nous nous arrêtons parfois...rester immobiles pour quelques euros....« Le tsunami », dans un texte très réussi, mélange ce phénomène récent avec les anciennes légendes bretonnes. « Trop tard » est un de mes nouvelles préférées de ce recueil, elle m'a fait penser au long poème de Patrick Kavanagh « La grande famine » de ces êtres qui restent vivre à la campagne en compagnie de leur mère veuve.....et qui deviennent eux aussi veufs de vie sexuelle sans jamais avoir été mariés. Une femme fait le bilan de sa vie, confinée dans l'ambiance étouffante de la ferme familiale....elle était belle, elle aurait voulu une autre vie, loin d'une mère malade et acariâtre. Elle aurait voulu être amoureuse....ailleurs dans une autre ville, une autre vie. Enfin sa mère est morte.....mais......
« Déchets » on est tous le déchet d'une société de consommation à outrance, les poubelles sont pleines de détritus ménagers, mais les hommes et les femmes qui sont mis au rebut de ce monde, que deviennent-ils ? La triste histoire de Herri ar Wern de Ploutrekerlann près de Guingamp. Un texte très réaliste qui interpelle. Qu'allons-nous devenir? L’Amérique, « Au Blue-Moon avec Yellow Hawk », là-bas les vétérans ont fait le Vietnam, en Bretagne l'Indochine...même traumatisme. Un récit où l'on croise Kerouac, Dylan Thomas, un breton et un indien....la misère est la même partout. « Nuit blanche » est un monologue intérieur.......être ou ne pas être ? Le vieux Mathurin, qui, situation paradoxale, a une vache, mais ni pré, ni herbe....elle n'est pas bizarre la vie ? Et pourtant il est heureux. Un de ses petits voisins aussi est heureux, lui il a un petit chien. Elle est cruelle la vie ! Ce livre comme les feux d'artifice se termine en apothéose....avec « L'enquête » dont je ressors cette phrase :
-« Que voulez -vous, l'être humain par instinct est porté à la vie. »
Certains personnages ne sont pas ceux que l'on pense, prenez par exemple « Lionel Keraotret » tout le monde le connait dans son village et même aux alentours. Lui aussi est victime de la crise, moins de représentants..alors plus de kilomètres. Ces lectures sont en breton, mais parfois il se laisse aller à regarder les femmes....la longueur des jupes qui raccourcissent....et surtout leurs nuques...mais Anna l'attend là-bas où il loge.... Un pauvre garçon veut revoir le soleil se coucher sur Saint-Anne-La-Palud...ses vœux seront exaucés....un Aristo pas très catholique.....ni membre éminent de la SPA, il faut dire que Madame va à la messe et que sa chienne (enfin celle de Madame!) a de la visite... cela crée de la tension, puis de l'animation dans le bourg, et cela se termine au bistrot ! A noter que la parole est souvent donnée aux chiens....Une femme Suzanne héroïne d'une belle histoire d'amour pleine de mystère....la renaissance inespérée d'une vie..Il vaut mieux qu'une porte soit fermée pour éviter les intrusions, mais parfois celles-ci ont du bon. Vous voyez ce que sait faire une voyante, mais si elle est ou se fait passer pour une sorcière, on peut qualifier cela d'usurpation de qualité, mais bon ce n'est que pêché véniel. Mais qu'il y ait mort d'homme, cela vous en met plein la vue ! Le mauvais œil, vous connaissez et on meurt par où on a péché.
Si beaucoup de ces récits, et c'est bien normal, sont d'essence bretonne et se passent en Bretagne, d'autres nous font voyager, dans le désert entre Israël et la Palestine par exemple. Un mélange d'humour dans « L' Aristo » ou dans « L'insecte que l'on ne pouvait pas tuer », de gravité « Il n'y a pas d'enfance sans jours sombres ».
Ces nouvelles ont une chose que j'apprécie, des chutes inattendues, explicites dans les deux ou trois dernières lignes , quand ce n'est pas dans les derniers mots! Bref, du grand art !
Extraits :
- Il est important de laisser des traces de l'Histoire pour les générations à venir.
- C'était loin maintenant, quand il y pensait, mais comme trente ans plus tôt, il aimait toujours regarder la nuque des filles, cet endroit merveilleux qui marque la frontière entre le paradis de leur chevelure et la courbe de leur dos.
- Dans un pays si beau, quand le ciel resplendit.... la mer tellement bleue, les goémons roux, la blancheur éclatante du sable et des galets.
- Hélas ! On ne conquiert pas le feu de la vie.
- Après le génocide et le mépris vient le temps de la mode.
- « Sur les monts incultes les branches pliaient sous le poids des corps comme une bonne année de pommes. Atroce récolte. »
- Maintenant son corps est endormi lui aussi, comme son coeur, son esprit et sa mémoire.
- Je n'ai mal nulle part, et pourtant je souffre.
- « Trop de bonté fait parfois plus de mal que la méchanceté », disent les sages.
- Mais je suis comme Pontkalleg, jugé et condamné....
Éditions : An Alarch'H Embannadurioù (2011).
Chroniques d'ouvrages traduits du breton :
L'herbe de la vierge. Jakez Riou.
La roche percée. Jakez Kérrien.
Ar en deulin. Yann-Ber Calloc'h.











































