GROGAN Emmett / Ringolevio.
Ringolevio *
Emmett GROGAN .
A fond la caisse....
Note : 4 / 5.
Encore un livre que je ressors de mon musée/capharnaüm personnel. Écrit en 1972, traduit en 1973, sorti en poche en 1974...C'est cette version que je possède. Dans un courte préface l'auteur nous dit « Cette histoire est vraie »
Le « Ringolevio » est un jeu urbain qui oppose deux équipes de joueurs, le but du jeu est de faire prisonnier tous les membres de l'équipe adverse, le terrain de jeu un quartier, les règles les plus élémentaires possibles et pas de contrainte de temps !
En ce Vendredi saint de l'année 1956, les deux équipe sont les Aumoniers, entièrement composés de joueurs noirs de Harlem, en face, les Tout-Atouts, plutôt des individualités originaires de Brooklyn, venant d’ethnies différentes, ils sont tous blancs, l'aire de jeu est Hester Street. De grosses sommes d'argent sont en jeu ainsi que le réputation des joueurs tous âgés d'une douzaines d'années. La partie se terminera tragiquement et Kenny Widsom fera connaissance avec l'héroïne. Commenceront alors les premières années de prison, la dépendance et la délinquance.
A la rentrée scolaire 1958 Kenny rentre au collège jésuite et il entame sa carrière de monte en l'air chez les parents de ses voisins de classe...Ses vacances de Noël furent particulièrement réussies pour ne pas dire brillantes...L'argent rentre, les bijoux également, la vie est belle ! Sauf que les receleurs du coin n'apprécient que modérément la concurrence, il ne reste plus à Kenny qu'a se faire oublier et pourquoi pas en Europe ! Qu'il parcourt de Paris à Genève en passant par l'Italie et la Hollande. Car si les diamants sont éternels on ne peut les vendre qu'une fois C'est l'année où les Russes commencent la conquête de l'espace et Kenny celle des cœurs et des corps de jeunes européennes. Quelques mois passés dans une prison italienne et un retour aux USA pour une vengeance personnelle. Retour en Italie et début d'une carrière dans le cinéma, puis la lecture de « Portrait de l'artiste en jeune homme » de James Joyce et il se fait cette réflexion : « Un irlandais !Je suis un Irlandais ! », donc direction Dublin !
Dans un pub un homme lui raconte sa dernière rencontre avec Lui-Même autrement dit Brendan Behan et ce qui semble être la cause de la mort de ce dernier ! Quelques opérations avec l'I.R.A en Irlande du Nord sont également narrées.
Un détour par Londres et une de ses prisons et un retour au pays pour de nouvelles aventures dont une allait le rendre célèbre. En pleine période de révolte raciale et d'émergence du mouvement hippie Emmett Grogan sera le fondateur des « Diggers » qui pendant des années distribueront gratuitement des vivres et des vêtements aux pauvres de San-Francisco.
Kenny Wisdom, américano-irlandais est en réalité Emmet Grogan lui-même et l'on peut considérer ce livre comme une autobiographie. On croise un flot ininterrompu de personnages de célèbres chanteurs écrivains ou hommes politiques mais surtout beaucoup d'anonymes, témoins ou acteurs de cette époque qui restera dans les annales comme un énorme gâchis. Avant que les drogues dures envahissent le marché et marque la fin de la grande utopie hippie.
J'aime ce genre de lecture car le récit alterne la vie de l'auteur et l'histoire avec un grand H (comme héroïne, par exemple). De la guerre d'Algérie à la guerre froide, le monde tel qu'il était. L'écriture est fluide et très imagée donc le récit est très bien raconté. Quelques pages de trop malgré tout, sur son séjour en Europe et aussi l'impression qu'il lui arrive trop d'aventures en tout genre et ce dès son plus jeune âge, qui fait que parfois j'ai eu le sentiment que c'était peu crédible.
Je pense aussi que l'auteur donne une version qui me semble erronée des signataires de l'accord Anglo-Irlandais de 1921 qui marque la fin de la guerre d'Indépendance et le début des « Troubles » qui s'en suivent.
Extraits :
- Les joueurs avaient en moyenne douze ans, et ils étaient résolus à risquer le tout pour le tout.
- Sur quoi Kenny se mit à collectionner les berlingots comme d'autres gosses collectionnent les porte-clés.
- La troisième était un coup de semonce.
- Tu as déjà tâté du bourrin ? demanda Dupree.
- Quand on est un camé, le pourvoyeur est un être aimé. C'est votre grand amour.
- Le temps passait, ou restait immobile. Pas de différence. Le cadran de la pendule, la position des aiguilles ne signifie rien.
- Kenny Widsom voulait devenir voleur et cambrioler Park Avenue
- Le seul ennui, c'était qu'ils vivaient dans un monde qui les obligeait à rire et à plaisanter souvent.
- .. . il fit aussi provision de livres qu'il n'avait pu trouver à la librairie anglaise de Rome, des ouvrages en vers ou en prose de jeunes auteurs, Alain Ginsberg, Samuel Beckett, Jack Kerouac, Leroi Jones, Henri Miller, Eugène Ionesco aussi, et Grégory Corso, son poète favori, et Normal Mailer que lui fit comprendre tout ce qu'il avait manqué durant son absence.
- … et The St. Louis Bank roberry (Le premier film de Steve McQueen et le plus extraordinaire qu'on ait jamais tourné sur un sacré hold-up)....
- Il était venu à Dublin pour se mêler aux peuples et se demandait si un mec comme Behan serait resté dans une telle morgue.
- Eamonn répondit que c'était Paddy Cavanaugh( Patrick Kavanagh) et qu'il avait hérité le fauteuil de poète en titre chez Mac Daids, à la mort subite de Brendan Behan Lui-même. Et puis Eamonn raconta la dernière nuit de Lui-même chez Mac Daids.
- Et c'est la dernière fois que l'on a vu Lui-même, aussi vrai que je vous cause.
- Billy lui expliqua qu'après avoir été un champ de bataille d'idées, l'East Side avait été envahi par une jeunesse agressive qui marchait au pas de Jack Kerouac mais qui s'était bientôt calmé et avait laissé pousser ses cheveux.
- Tout le monde trafiquait, il y avait de la drogue partout, et il en prenait dans du whisky.
- Alors quoi? Que pourrait-il acheter avec un bon paquet d'argent volé ?
De la bouffe ! s'exclama Emmett.
- Ce fut une sacré journée et une sacrée fête, le premier festival rock qu'on ait jamais vu dans un parc.
- En fait, sans les filles il n'y aurait jamais eu de soupe populaire quotidienne. Elles représentaient la véritable force de la communauté de Haight-Asbury, c'étaient elles les vrais Diggers.- Tous les groupes en vue furent invités et tous acceptèrent. Et il vinrent tous, les Grateful Dead, Country Joe et le Fish, et Janis Joplin et Big Brother....tous.
- Tout le monde était là, et Allen Ginsberg présenta d'abord Emmett aux deux hommes qui avaient le plus marqué sa vie et qu'il avait toujours rêvé de connaître : William Burroughs et Alexander Trocchi, tous deux écrivains, poètes prophètes et devins.
- Les flics se croisaient les bras dans l'espoir que tout le monde allait s'entre-tuer .
Éditions : J'ai lu (1974) Fayard/ La Noire (1998).
Titre original : Rongolevio, a life played for keeps (1972)
*Une vie jouée à fond.
BURROUGHS William / Le métro blanc & autres histoires

Le
métro blanc & autres histoires.
William
BURROUGHS.
Note
: 3 / 5.
Textes
en vrac.
Ce
livre commence par une assez longue introduction signée « Miles »,
texte important pour essayer de comprendre ce recueil de textes
épars, dont beaucoup sont des
« Cut/Ups »
Ce style
d'écriture consiste, si j'ai bien compris les explications, au
découpage d'un texte, puis au réarrangement dans un autre ordre des
mots, avec parfois l'introduction d'autres phrases qui peuvent être
d'un écrivain différent. Beaucoup
de ces expériences furent écrites et publiées dans différents
magazines underground de l'époque. Et en l'état, fautes de frappe
et d'orthographe comprises. Quelques
textes émergent de ce recueil qui commence par « Le bout de
cigarette », sorte de récit de science-fiction pour le moins
étrange. « D'une main lointaine levée » ou note sur la
méthode employée dans ce texte, qui dit-il, se compose de messages
talkie-walkie et changer de poste en poste au cours d'une guerre
interplanétaire ! « Attention danger » commence le 17
septembre 1889 à Fort Charles, où il est question de la mort d'un
soldat.
Dans
« Le commencement est aussi la fin » l'auteur commence par ces mots
:
- Je ne suis pas un intoxiqué. Je suis l' intoxiqué.
Malgré
toutes ces expériences, l'auteur vivra jusqu'à 83 ans, bien au-delà
de ses amis de l'époque, Kerouac en particulier.
Il
écrivit également « Une lettre ouverte à Life magazine »
cut/up qu'il intitula « Beat Generation » qui parut le 5
décembre 1959, dont voici un petit extrait :
-
Orbites fixes sur les conferlinghetti ourlés dédiés au
ginsberg-kerouac & une clarinette mal soufflée miroite sur l'os
lustré.
À
part les citations en hommage à Ginsberg, Kerouac et Ferlinghetti,
ce texte est tout de même un peu hermétique du moins à mon humble
opinion.
« De retour à Saint-Louis» où l'auteur revient
après, ce qu'il nomme lui-même, une parenthèse de quarante ans.
Voyages aller-retour en wagons couchettes de première classe !
Burroughs était natif de cette ville, plus exactement de Berlin
Avenue, bien évidemment rebaptisé Pershing Avenue pendant la
seconde guerre mondiale. « Le
jour où les dossiers ont explosé » est un texte,
pardonnez-moi ce mauvais jeu de mots, assez stupéfiant où l'auteur
défend une certaine conception très libérale de l'usage de
drogues. Il fait un parallèle entre les dégâts provoqués par
l'alcool, et ceux provoqués par le cannabis dans le cas où celui-ci
serait en vente libre. Pourquoi, par exemple, certains médecins
peuvent prescrire de l'héroïne et de la cocaïne et non pas du
cannabis, se demande-t-il? Je pense malgré tout, et avec beaucoup de
recul, que malheureusement la drogue est passée du monde artistique,
où cela semblait presque naturel , comme une invitation à la
création, à la vie de tous les jours, rendant de plus en plus de
gens dépendants. Quelques
articles et lignes plus politisés concernant les années 1966 /1967
et la guerre du Vietnam À travers des écrits et des correspondances
avec Claude Pelieux Washburn. Dans
« L'éternité est un long week-end à Long Island », il est
question de James Dean et de Miss Canadada. Un
des derniers chapitres de ce livre s'appelle « Les journaux de
retraite » qui furent écrits dans les années 1970 et dans un
style beaucoup plus conventionnel.
Nous
voyageons des États-Unis à Tanger, du Mexique à New York, en
passant par Panama, en Europe également, de Londres à Paris avec un
détour par l'Amérique du Sud à la recherche de nouvelles drogues.
À
part Jack Kerouac et Alain Ginsberg cités plus haut, l'auteur nous
parle également de son épouse, Joan, des écrivains Beckett, Paul
Bowles et Ron Hubbard, qui est surtout connu comme fondateur de
« l'Eglise la scientologie ».
J'ai
un sentiment très mitigé à la lecture de l’œuvre de Burroughs,
et en particulier à l'égard de ce livre qui a les avantages et les
inconvénients du genre. Cela permet certes de faire des découvertes,
mais cela fait un peu fourre tout !
Je
crois que ce livre est vraiment pour les fans absolus de cet auteur.
Suis-je un lecteur plus classique que je ne le pensais ? Ou alors mes
goûts ont, je pense, vraiment changé ? Ou tout simplement ce livre
n'était pas pour moi !
J'essayerai,
malgré tout, comme je l'ai dans ma bibliothèque, de lire la
correspondance entre William Burroughs et Alan Ginsberg.
Extraits
:
-
Du doigt il tapota un bout de cigarette. Les cendres retombent sur Ew
York Onolulu Aris Orne Oston.
-
Je n'existe que là où la vie est absente. J'existe là où vous
n'êtes pas.
-
Eddie et Bill accourent du passé – Valise en consigne- Demain ne
sera pas trop tard.
-
Hollywood apprendra jamais ?
-
La Maladie Morale Américaine s'est répandue dans d'autres pays. La
peur du gendarme assombrit la terre.
-
Les mères américaines « hip » distribuaient des fleurs,
les enfants étaient à l'avant du cortège, et les vieux priaient
pour la paix.
-
L'herbe s'évanouit avec les rumeurs de guerre civile ventilée par
les Invisibles...rappelez-vous, JFK, Truman & Ike....
Éditions
: Christian Bourgeois (2010).
Titre
original : The White Subway(1973), The Retreat Diaries(1976), Cobble
Stone Garden(1984).
Autre
chronique de cet auteur :
Queer.
KEROUAC Jack / Big Sur.

Big
Sur *
Jack KEROUAC.
Note
: 5 / 5.
Crépuscule !
A
mon avis un des livres les plus lucides de Kerouac et aussi le plus
poignant, la folie, la dépression et l'alcool sont omniprésents.
C'est certainement un de mes livres préférés de Jack Kerouac, le
plus émouvant sûrement.
En
1960, Kerouac tentant de se reconstruire, pense partir en Californie
dans une cabane que lui prête un ami. Loin du monde, il espère
trouver un havre de paix. Vœu pieu, mais vain!
Après
un réveil pénible dû à une beuverie, Jack Duluoz part pour Big
Sur, son arrivée au milieu de la nuit le terrifie, le bruit
étourdissant de la mer qui semble provenir de sous ses pas, la
faible lueur de sa torche et la réflexion sur la dangerosité du
lieu énoncé par le chauffeur qui le conduit l'angoissent au plus
haut point. Et l'auteur cherchant la raison de l'échec de ce voyage
dit :
Ça ne vaut la
peine d'être raconté que si je vais bien au fond des choses. Kerouac
fuit la célébrité, sa vie de fou depuis le succès de son livre
« Sur la route ». En réalité, il tente de se fuir
lui même, de briser l'image que les gens se font de son personnage
de beatnik courant le pays en stop. D'ailleurs il va en Californie
en train, puis emprunte un bus et termine le voyage en taxi,
l'aventure est loin! Les années ont passé et le monde a changé,
d'ailleurs les dernières tentatives de l'auteur pour faire du stop
seront un échec . L'endroit
est imposant, une carcasse de voiture accidentée dix ans plus tôt
gît dans la mer, le brouillard est intense, seule présence Alf, le
mulet placide. Les tâches domestiques, la lecture Emerson et Walt
Whitman, l'écriture de « La mer », le soir assis sur un
rocher, et les réflexions sur sa vie maintenant qu'il est célèbre
meublent sa solitude. Mais dès le quatrième jour, l'ennui le gagne,
alors il retourne à la civilisation, aux amis, aux beuveries.....Une
lettre de sa mère lui apprend la mort de Tyke, son chat, il s'ensuit
une longue période sombre et très alcoolisée, il retrouve Cody qui
est sorti de prison et des amis de longue date, Jack a de l'argent,
donc les bouteilles défilent..... Il manque un rendez-vous avec
Henry Miller, (auteur lui aussi d'un livre nommé Big-Sur) pour cause
d'ivresse.
Dans
un de ses rares moments de lucidité, il repart pour la cabane de
Mansato, accompagné de quelques amis pour ce qui devraient être des
jours heureux....
Lorenzo
Mansato, en réalité Lawrence Ferlinghetti, libraire, poète et
éditeur, est un ami de longue date de Jack et aussi un des ses plus
ardents défenseurs. Cody,
ce bon vieux Cody, l'ami des premiers voyages, celui de « Sur
la route » personnage sûrement idéalisé par Kerouac qui
avait pour lui un sentiment étrange d'amitié et très certainement
de jalousie. Evelyne, l'épouse de Cody, et la maîtresse de Jack,
Billie, la maîtresse de Cody, puis de Jack, éternel trio amoureux
qui marquera la vie des deux hommes. Billie a un garçon Elliot,
très possessif qui obnubilera Jack qui viendra à le détester
durant ce qui aurait dû être un séjour agréable entre amis avec
Dave et Romana, mais qui marquera le fin du séjour californien de
Kerouac.
Je
ne pense pas avoir, au cours de ma première lecture, ressenti le
côté désespéré de ce texte qui est mon impression principale
maintenant. L'âge et la maturité sûrement. Certaines pages sur son
alcoolisme sont (un peu à l’instar d'un autre auteur ayant le même
penchant, Bredan Behan) édifiantes et terrifiantes de réalisme. La
mort aussi est présente, la mort animale surtout, Tyke son chat, un
poisson rouge, une loutre, une souris, tous ces évènements vont
aider la descente aux enfers de Jack, qui semble-t-il, ne s'en
remettra jamais, et pourtant ce récit se termine sur une note
optimiste.
Ayant
terminé ce livre, je me dis que cela a parfois du bon de revenir sur
ses anciennes lectures, en ayant acquis certaines connaissances sur
l'auteur et ses écrits et le malentendu dramatique entre l’œuvre
et l'homme, entre l'écrivain et ses lecteurs.
Un
dernier mot, les auteurs bretons parlent souvent de Kerouac dans
leurs écrits, comme d'un compagnon de route, et c'est ce que
j'éprouve moi aussi pour lui.
Extraits
:
-
Le sacré « Roi des Beatniks » est de retour en ville, il paye à
boire à tout le monde.
-
Mais c'est facile à dire quand votre fuite loin de la cité sordide
s'avère réussie.
-
Oui, une plus grande solitude est donc nécessaire.
-
Et c'est là, en fait, l'une des circonstances qui ont contribué à
provoquer ma crise de démence.
-
« Je suis breton ! » m’écriai-je et les ténèbres
répondent :
« les poissons de la mer parlent breton.** »
-
En fait, je ne suis qu'un clown malade d’écœurement comme tout le
monde.
-
Mais la mer ne m'avait-elle pas dit de retourner vite vers ma propre
réalité ?
-
Fini le gazouillis du ruisseau ; je suis revenu dans la cité
maudite, je suis pris au piège.
-
Cela accroît mon cafard, toutes ces choses de la Mort qui
s'amoncellent soudain.
-
Une gigantesque beuverie commence au fond du canyon.
-
Mais la paranoïa causée par la drogue n'est pas l'élément
essentiel et pourtant.... il y a longtemps que j'ai cessé de me
droguer, cela ne me réussissait pas.
-
Un crépuscule bleu tombe sur le monde californien. Frisco étincelle
là-bas.
-
Et je suis là en train de me flatter, fonçant tête baissée vers
la haine la plus stupide que j'ai jamais éprouvée.
-
Ce qui est encore un indice de la folie qui va s'emparer de moi à
Big Sur.
-
Mais tous les venins que j'ai dans le sang sont asexuels, asociaux,
à-n'importe quoi.
-
Je m'écris : « Mais ils ont l'air tous morts ; le sommeil
c'est la mort, tout est mort ! »
Éditions
: Gallimard (1966).
Titre
original : Big Sur(1962).
*
suivi de « La mer/ Bruits de l'océan Pacifique à Big Sur ».
**
en français dans le texte.
Chroniques sur Jack Kerouac :
Jack
Kerouac, Breton d'Amérique. Patricia Dagier & Hervé
Quéméner.
Chroniques
des livres de Jack Kerouac :
KEROUAC
Jack / Maggie Cassidy
KEROUAC
Jack / Visions de Gérard
KEROUAC
Jack / Vraie blonde, et autres.
KEROUAC
Jack/ Les Souterrains.
BURROUGHS William / Queer.

Queer.
William BURROUGHS.
Note : 4 / 5.
Sevrage
!
J'ai été comme lecteur débutant (assez tardivement) très
influencé par les auteurs de la « Beat Génération ».
Par contre, je me demande si à cette époque j'ai lu William
Burroughs. Si c'est oui, je n'en ai aucun souvenir!.
Ce livre
commence par une longue introduction (plus de 40 pages) qui, je
pense, est nécessaire, car ce court roman mérite à divers titres
une présentation adéquate. Écrit en 1952, il ne fut édité qu'en
1985, rédigé juste après « Junky » il en est l'opposé.
Le premier est un roman sur la drogue, le second parle de la
renonciation à cette même drogue. Un autre fait marquant, entre les
deux dates, est la mort de Joan, son épouse, qu'il a tué
accidentellement d'un coup de revolver. Pendant l'écriture de ce
court roman, Kerouac qui écrivait « Docteur Sax »
habitait avec Burroughs, qu'elle fut l’influence que l'un exerçât
sur l'autre? Vaste question qui restera sans réponse précise.
Je
retiens une phrase de ce préambule :
- Cela dit, le travail
d'éditeur étant une interprétation, les changements réalisés –
ou non – dans la perspective de cette nouvelle édition sont le
reflet de ma propre compréhension de Queer.
Nous sommes à
Mexico, fin des années quarante, où l'auteur fuyant les États-Unis
et aussi certains de ses souvenirs, réside. Sa vie se résume en une
succession de virées dans les bars homosexuels ou non. L'alcool
coule plus que de raison, les jours se suivent et se ressemblent,
Burroughs cherche à rompre sa solitude, les amants de passage ne lui
suffisent plus.
Ce livre se termine par une introduction de
William Burroughs à l'édition de 1985, où il explique la genèse
de ce roman, texte très intéressant qui donne un autre relief à la
compréhension du texte. Il donne également quelques clefs pour
comprendre cette période de la vie de l'auteur, ainsi que les
sensations qui l'habitaient en ces mois de désintoxication, la
drogue annule les pulsions sexuelles, la renonciation les exaspère
d'où cette recherche permanente de partenaires.
La ville de
Mexico dépeinte ici, est plutôt sordide, de bars louches en
restaurants minables, de pensions de familles en hôtels de passe.
Mais la vie y était très bon marché, on peut y vivre pour deux
dollars par jour, seule la corruption est réellement un souci. C'est
dans ces circonstances que Lee rencontre Eugene (Gen) homme beaucoup
plus jeune que lui et surtout fauché.
William Lee est en réalité Burroughs qui vit entre désir
extrême et passion profonde pour Eugene Allerton, l'amant qui est qualifié de fainéant par Lee,
journaliste parfois, joueur d’échec souvent, personnage ambigu,
ayant du mal à assumer certaines facettes de lui même. Le docteur
Cotter perdu dans la jungle équatorienne, ainsi qu'une multitude de
personnages, exilés volontaires ou contraints au Mexique, dont
l'auteur de l'introduction dévoile le vrai patronyme. Ainsi il
semblerait que le personnage de Winston Moor soit en réalité Hal
Chase, également présent dans l’œuvre de Jack Kerouac.
Un
récit étrange, double quête du sexe et du « Yage »
(l'Ayahuasca, drogue locale) qui mènera l'auteur du Mexique à
l’Équateur en passant par Panama pour un voyage initiatique qui
est loin d'un circuit touristique.
Un livre hautement
autobiographique, ce qui explique peut-être la durée très anormale
qui s'est écoulée entre l'écriture et l'édition de ce livre. Les
mœurs américaines ayant évolué et les écrivains de la « Beat
génération » étant reconnus, ce récit avait perdu son côté
sulfureux et ne risquait plus une interdiction pure et simple.
Certains passages sont carrément délirants mettant un semblant
d'humour dans ce court récit mêlant homosexualité et dérives
picaresques.
Un témoignage qui peut déranger les tenants d'une
certaine orthodoxie sexuelle, mais j'ai trouvé que l'écriture est
de qualité, supérieure à ce que j'attendais, plus classique que
les quelques pages que j'ai relues de « La Machine Molle »
quand j’hésitai entre les deux ouvrages.
Extraits :
- «
Me voilà rendu à la conclusion consternante que jamais je ne serais
devenu écrivain sans la mort de Joan »*.
- Des poches
plombées sous les yeux, un petit profond de part et d'autre de la
bouche. Il avait à la fois l'air d'un enfant et d'un homme vieilli
avant l'âge.
- Dans la salle régnait le silence propre au pays,
sourde vibration bourdonnante.
- Sans être parfaitement net ou
propre, Allerton ne donnait jamais l'impression d'être sale. Il
était simplement négligent et paresseux au point d'avoir parfois
l'air de sortir du lit.
- Quand Lee avait envie de manger, de
boire ou de se piquer, il était incapable de patienter.
- Chez
Lola, il n'y avait place ni pour le passé ni pour l'avenir.
C'était une salle d'attente, où certains individus ne faisaient en
somme que passer.
- Lee n'avait jamais aimé se voir refuser quoi
que ce soit.
- Allerton changea de position dans son fauteuil, Lee
sentit se déchirer, se distendre ou se disloquer son esprit.
-
Des scènes décousues de ce mois d'ivrognerie débridée lui
revinrent....
- Le tribunal du réel avait rejeté son recours en
grâce.
- Tel un saint ou un criminel traqué qui n'avait plus
rien à perdre, Lee ne se souciait plus des exigences de sa chair
vieillissante, prudente, apeurée et geignarde.
- « Je ne suis
pas pédé », songea-t-il. « Je suis désincarné. »
Éditions
: Titres / Christian Bourgeois (2010) Édition anniversaire 25 ans.
Titre original : Queer. (1985).
*en italique extrait de
l'introduction.
REITMAN Ben / Boxcar Bertha.

Boxcar Bertha
Ben REITMAN*
Note : 4 / 5.
Sur les rails.
Une récente lecture de « Coupable de tout » d'Herbert Huncke m'a donnée envie de lire cet ouvrage. J'ai regardé dernièrement le film du même nom de Martin Scorcese, qui à part que l'actrice est mignonne et parfois dévêtue, ne m'a pas laissé un souvenir marquant. Il est à mon
avis nettement préférable de lire le livre qui est plus intéressant et plus véridique et qui n'a absolument rien à voir avec le film!
Son surnom de « Boxcar » vient du mot anglais désignant un wagon transportant des marchandises mais qui devient un mode de transport clandestin pour de nombreux ouvriers saisonniers entre autre.
Bertha Thompson avec l'aide de Ben Reidman nous raconte sa vie de « Hobo » dans l'Amérique de la grande dépression. Elle nait dans une famille pour le moins non conventionnelle, son grand père sera un adepte de John Brown, anti-esclavagiste qui fut pendu. Homme de conviction, il fit de la prison pour ne pas avoir obligé sa fille, enceinte de Bertha, à se marier. La mère de Bertha fut bien avant l'heure une femme libre, donnant naissance à quatre enfants, chacun ayant un père différent. La liberté sexuelle amène des situations pour le moins surprenantes, mère et fille ayant le même amant, puis plus tard les soeurs se trouvant dans la même situation!
Un jour Bertha 17 ans et sa soeur Ena, avec l'accord de leur mère partent à l'aventure, pour le meilleur parfois et le pire aussi. Elle connaitra la prison, les réveils de beuveries dans des lits inconnus avec des hommes d'une crasse repoussante, après une journée dans un bar
clandestin à boire de l'alcool de contrebande. Elle succombera au charme d'un proxénète, et sera pour un temps l'une des cinq pensionnaires de son cheptel. Elle sera amoureuse d'Otto, un voleur,
elle aimerait un enfant avec un autre homme mais celui-ci vit avec sa soeur, bref une vie sentimentale compliquée mais assumée. Elle retrouvera son père, vivra un moment avec lui et ses amis mais repartira toujours plus loin.....
Une existence bien remplie, surtout si on considère que ce livre a été conçu quand elle avait trente ans ! Peut-être a t-elle eu une vie plus calme ensuite ?
Les personnages foisonnent dans ce genre d'existence, des braves gens plein de bons sentiments, de franches canailles aussi, des militants de tous bords, même les pires. Bertha aime faire par elle même, certaines expériences pour s'aguerrir, et les vivre jusqu'au bout, malgré une certaine gène elle partagera la vie d'un voleur et se prostituera. Elle participera aux luttes ouvrières et
puisera dans ses multiples vies une certaine philosophie.
En plus des aventures et de la vie de cette femme, ce livre est aussi le constat d'une période très dure de l'histoire américaine. Il a donc un côté documentaire avec par exemple une classification de ce que l'on peut appeler les « nomades » américains. Les vagabonds sont très souvent des ouvriers saisonniers, qui voyages dans les trains de marchandises par principe, passant de l'est à l'ouest du pays suivant le travail. Puis les « Hobos » qui voyagent par goût de la liberté, ou par rejet de la société de l'époque. Reste les clochards, les plus nombreux, alcooliques bagarreurs, ils sont le bas de l'échelle de ce monde du voyage. Il y a également un côté politique dans ce livre,
l'Amérique était en effervescence, son économie en miettes et bien sûr les premières victimes étaient le monde ouvrier.
J'aime beaucoup ces lectures qui m'amènent à faire des recherches sur des sujets que je ne connais pas. Comme tout le monde j'ai entendu parler de « La grande dépression » mais sans plus et ce genre d'ouvrages apporte un éclairage différent, celui des hommes et femmes qui ont
vécu ce traumatisme de l'intérieur. Il est étrange de constater que les « Hobos » bénéficiaient d'une considération certaine et que beaucoup de monde les aidait, il existait par exemple dans quelques villes américaines des foyers nommés « Athénée Hobo ». Il y avait également un code qu'ils traçaient en différents points des villes pour signaler divers renseignements aux autres membres de leur communauté**.
Une phrase résume la philosophie de ce livre :
-Quand un riche veut voyager, il se fait globe-trotter. Quand un pauvre a la bougeotte, il devient vagabond.
Pour mémoire, la première édition de ce livre date de 1937!
Extraits :
- Lorsque ma mère changeait de « mari » je m'en accommodais sans drame.
- Ma mère n'était pas une « honnête » femme. Elle n'a d'ailleurs jamais prétendu l'être.
- Les hommes sont tous des enfants. Ils ont besoin qu'on s'occupe d'eux. Apprends-leur à dépendre de toi.
- Le mariage, c'est l'esclavage pour une femme. Les enfants naissent par accident.
- Toutes trois portaient des pantalons.
- Elle admettait qu'il était plus facile pour une femme de se débrouiller sur la route si elle ne se montrait pas trop difficile et elle considérait sans complexe son corps comme un capital.
- Les chemins de fer volent les travailleurs, disait-elle. Pourquoi ne pas voler les chemins de fer ?
- Mais je ne voulais pas faire partie d'une bande d'arnaqueurs. Quelque chose, tout au fond de mon coeur, se révoltait contre cette perspective.
- En vieillissant, je m'aperçois que j'ai moins de besoins. J'ai découvert que la plupart des choses pour lesquelles j'ai lutté ne valaient pas la peine.
- Ces femmes font partie du groupe le plus déglingué et le moins recommandable que j'ai jamais rencontré.
- Ça doit être l'inertie. Il doit me falloir quelque chose de nouveau, une secousse, pour que je me sorte de là.
Éditions : L'insomniaque (1994). Poche : 10/18. (1996)
Titre original : Sister of the Road : The Autobiography of Boxcar
Bertha (1937)
* Une autobiographie recueillie par Ben Reitman
** voir ici
HUNCKE Herbert / Coupable de tout.

Coupable
de tout.*
Herbert
HUNCKE.
Note
: 3,5 / 5.
Une
vie, des vies.
Écrivain
américain né en 1915 et décédé en 1996. Il est un des rares
auteurs de ce que l'on nomme la « Beat Generation » que
je n'ai pas encore lu, faute de traduction, me semble t-il. Il
apparaît sous divers pseudonymes dans l'œuvre de Jack Kerouac ,
« Elmo Hassel » par exemple dans « Sur la route »,
ou dans celle de William S.Burroughs comme un des personnages de
« Junky ». Ce volume qui contient la plupart de ses
textes commence par « Un crépuscule cramoisi», quelques pages
toutes simples, mais d'une grande force, sorte d'initiation à la
peur et à la beauté de la nature. Et ce crépuscule jamais oublié!
Magnifique, une énorme surprise d'entrée de jeu.
Suit
une galerie de portraits dont je parlerai plus loin, et une
énumération de scènes de la vie hors-normes de Herbert Huncke à
New-York en particulier aux environs de la 42ème rue, ou en
différents points du globe. Les séjours en prison et les quelques
tentatives de vie de couple, les différents essais d'associations
commerciales, les cures de désintoxications, tous les aléas d'une
vie à la dérive nous sont narrés sans apitoiement. Il se pose une
question : « je ne vole plus, je ne transgresse plus les lois,
laissez- moi me droguer en paix ! .
Ensuite
viennent des extraits de « Coupable de tout » ; dans ce
texte l'auteur se raconte sans fard, son enfance, le divorce de ses
parents et sa mésentente avec son père. La première fugue à douze
ans, ses premières prestations sexuelles tarifées, ses premières
drogues et séjours en prison. En quelques mots, il parle de la mort
de son ami d'enfance abattu par la police, pauvre gosse pensant
courir plus vite qu'une balle! La
rencontre avec William Burroughs est très bizarre. En effet Huncke
pense que l'auteur « Du festin nu » est un policier
appartenant au FBI!
Les
personnages croisés au fil des pages sont des marginaux souvent peu
recommandables, prostitués hommes ou femmes, drogués et
délinquants, mais on sent dans les propos de l'auteur un amour de
ces gens anonymes qui furent ses compagnons de misère et de galère.
Certains des protagonistes de ce livre semblent magnifiés par la
plume de Huncke. Je pense à Vickie dans « La rousse de
Détroit, 1943/1967 » prostituée, puis camée, femme
flamboyante comme sa chevelure! Elle rencontrera le grand amour, mais
malchance elle avait eu comme client le père de l'homme dont elle
était éprise! Celui-ci interdit le mariage! Sauvons les
apparences! Les couples se font, se défont, homo, hétéro, il y a
même un hermaphrodite déclaré, ami de passage de l'auteur.
En
quelques lignes, l'auteur nous explique comment la drogue, qui était
un phénomène relativement marginal, est devenu un vaste marché
obéissant aux lois d'un commerce comme les autres. Un jour la drogue
manque, c'est ce que l'on nomme « La panique », quelques
jours plus tard elle réapparait, mais plus chère, le business s'est
installé......
Parmi
les célébrités de l'époque, malgré que la plupart n'était pas
encore connu, on retrouve tous les auteurs de l'époque, Jack
Kerouac, William Burroughs, Allan Ginsberg parmi les plus connus. Et
d'autres écrivains ou poètes de l'époque, Gregory Corso, John
Cellon Holmes, Carl Salmon ou Peter Orlowsky. Parmi les autres
personnalités figurent Neal Cassady, le Dean Moriarty de « Sur
la route » ou le professeur Alfred Kinsey, célèbre sexologue
américain qui questionna Huncke pour son étude ! J'ai de sérieux
doutes sur le fait qu'Huncke soit un représentant de la sexualité
américaine de l'époque ! Mais, comme il était payé pour cela! Il
faut remarquer aussi la place de la musique, le jazz en particulier
pour tous les écrivains de cette mouvance. Ce livre se termine par
« Journal » et « Textes inédits ,» sortes
d'instantanés écrits dont un discours pour un festival dédié à
Kerouac qui s'est déroulé à Lowell, ville natale de l'écrivain,
en 1995. Toute une époque de la vie américaine, car ces différents
récits s'échelonnent (ou ont été écrits) entre 1939 et 1996,
année de son décès.
A
noter une préface de Willliam S. Burroughs, et une autre de Bernard
Comment pour l'édition française.
J'ai
été surpris de la qualité de l'écriture d'Huncke, dont je pensais
à tort qu'il avait profité de la notoriété de Kerouac pour être
édité, mais il n'en est rien. J'aimerais avoir le temps de relire
les quelques livres que j'ai dans ma bibliothèque qui parlent de
cette époque et de ces auteurs, « Personnages secondaires »
de Joyce Johnson ou « Les vies parallèles de Jack Kerouac »
de Barry Gifford et Lawrence Lee, entre autres.
Dommage
simplement que certains textes lus à suivre se ressemblent
fortement, mais c'est un peu la rançon de ce genre de publication
qui veut rassembler le maximum de ces écrits qui éclairent un
mouvement littéraire qui, s'il fut bref dans sa durée, laisse
malgré tout certains textes de valeur, avec, ici, une
touche d'humour ou de provocation avec « Histoire orale de la
Benzédrine aux États-Unis ».
Extraits
:
-
Aujourd'hui un coucher de soleil a le pouvoir de me remplir d'une
conscience de la beauté qu'aucune autre chose ne saurait susciter en
moi.
-
Un certain désespoir émanait des clients de ces beuveries
répétitives, comme s'ils cherchaient délibérément
l'autodestruction. Extérieurement ils appartenaient à la jeunesse
dorée, mais au fond ils débordaient de colère et de haine.
-
Je suis là, mais en fait, c'est l'appart de Florence. Il est
lumineux, propre, frais et blanc. Il dégage une sorte d'éclat, mais
j'ai peur que ma simple présence suffise à l'enténébrer.
-
Jack était le type même du jeune Américain propre sur lui. Pour
moi, il avait l'air d'une pub pour les chemises Arrow : leur campagne
représentait toujours des jeunes hommes d'affaires américains
modernes, avec une coupe de cheveux impeccables et l'oeil pétillant.
Le portrait craché de Jack.
-
La clique qui se réunissait plus ou moins là consistait en qu'une
poignée d'individus à la Oscar Wilde, très décadent et très fin,
avec un mordant terrible- presque venimeux dans leurs sarcasmes.
-
Pourtant, Bill m'agaçait parfois. Tout d'abord, il a donné de moi
une description peu flatteuse dans « Junky ».
-
Les crimes devenaient plus violents. Les guerres des gangs organisés
devenaient monnaies courantes.
-
Comme je pense à la visite d'Irwyne et à nos longues années
d'amitié, un afflux de chaleur pénètre mon esprit et je souris-
ferme les yeux.
Éditions
: Fiction & Cie. Seuil. (2009).
Titre
original : The Herbert Huncke Reader (1997)
*et
autres textes.
KEROUAC Jack / Visions de Gérard

Visions de Gérard.
Jack KEROUAC.
Note : 3,5 / 5.
Au nom du frère.
Roman écrit en janvier 1956 et publié en 1963. Si le projet de Kerouac de réunir toute son oeuvre dans une vaste épopée "La légende des Duluoz" avait été concrétisé, celui-ci en aurait été le début, car il concerne les années 1922/26, de la naissance de Jack à la mort de son frère Gérard.
Le quotidien d'une famille de canadiens français de l'autre côté de la frontière.Cette vie est racontée par un enfant qui vient de naître et qui suit et accompagne sans trop comprendre l'agonie de son frère. Gérard est malade et sa mort est programmée ; sa bonté et son dévouement n'y feront rien. La puissance de la religion catholique dans les familles des canadiens français, même vivant aux Etats-Unis est inconcevable des nos jours. Tout cela donne un contexte où la mort de Gérard est une chose normale, même un don du ciel! Cette phrase résume cet état de fait :
-"Le péché est si profondément enraciné en nous que nous en inventons là où il n'y en a pas et nous les ignorons là où ils sont". Le quotidien, le père dont la situation professionnelle se dégrade, la mère Gabrielle fait ce qu'elle peut ; les anecdotes : Gérard sauvant une souris prise au piège, les soûleries des hommes, l'hiver et le charbon qui parfois manque. Rien de bien remarquable, à part cet enfant, ange déchu, dont le passage sur terre, laissera une marque indélébile dans la conscience de Kerouac.
Avec le recul des années, j'ai en effet lu ce livre il y a très longtemps. La question qui se pose est la suivante ; moralement Kerouac était-il armé pour sa vie? Son existence d'homme avec ses pulsions sexuelles, ses vices et son alcoolisme! Ne portait-il pas en lui cet esprit de faute perpétuelle qui l'a rongé toute son existence. L'emprise de sa mère et ses contradictions personnelles le pousseront dans ce long suicide alcoolique. Cette carrière d'artiste qu'il désirait tant lui fut en fin de compte fatale.Le microcosme familial est bien rendu par la narration de Ti Jean, la bouillie d'avoine,qui cuit, Gérard alité, le père sortant avec ses amis, l'amour de Gabrielle pour Gérard qui semble excessif à Jack. La soeur Nin et les chats toujours présents complètent la tribu Kerouac.
L'originalité de cette oeuvre est que le narrateur a quatre ans et il assiste à la courte vie de son frère qu'il adore. L'écriture est donc très infantile, et les faits relatés peuvent prêter à sourire tant ils sont ordinaires. Mais Kerouac met un tel amour, presque poussé jusqu'au mysticisme que l'on se laisse prendre à cette dévotion. Même si parfois on est un peu irrité par cet enfant trop gentil et trop plein de bonté humaine.
Kerouac, profondément catholique, commence à être également influencé par le bouddhisme au moment de l'écriture de ce livre, ce qui donne ce côté "les choses sont ainsi faites car Dieu (ou un autre) l'a ainsi voulu".
Une phrase résume ce livre : "Soyez écoeurés si cela vous chante, ce livre sombre est prophétique". Ce roman a été publié en 1963, six ans après Jack Kerouac était mort, il avait 47 ans.
Extraits:
- Peut-être n'y a-t-il rien du tout, pressent-il avec sa pureté lucide.
- On n'a pas l'impression que Dieu a fait le monde pour les gens.
- Je veux écrire-Je suis un artiste.
- Pour la dernière fois il rentre de l'école.
- C'est parce que Dieu ne le veut pas.
- Ah oui, mais tu devrais être habituée maintenant-Ça finira par arriver.
- As tu peur mon chéri?
Non ma soeur-le prêtre m'a béni.
Éditions : Gallimard.
Titre original: Visions of Gerard.
Autres chroniques de cet auteur :
Maggie Cassidy.
Les souterrains.
Vraie blonde et autre.
KEROUAC Jack / Vraie blonde et autres.

Vraie blonde et autres.
Jack KEROUAC.
Note : 4 / 5.
Écrits pour magazine!
Rassemblés en 1993 et 1994, ces textes ont été publiés entre 1957 et 1967. Ils parurent dans diverses publications dont "Playboys" par exemple ou "Esquire".
Ils sont précédés d'une préface à l'édition américaine ainsi que d'une seconde préface (appelés notes) à l'édition française cette fois.
Fidèle à mes habitudes, je ne lirai celles-ci que ma chronique finie. Dernière précision, ceci est ma première lecture de ce livre, ce qui n'était pas le cas de Maggie Cassidy" et de "Les Souterrains".
Ce livre commence par deux leçons d'écriture à la Kerouac : "Croyance et technique pour la prose moderne" écrit en 1959, suivi de "Principe de prose spontanée", édité en 1957.
Avec le recul quelques petites choses amusent : "Débarrasses-toi de toute inhibition littéraire, grammaticale et synthaxique". Kerouac a pourtant passé une partie de son temps dans des corrections pour pouvoir être édité!
Dans "La grande traversée de l'Ouest en bus", nous suivons l'auteur dans un périple de fou, San-Francisco/New-York en autobus! La lente traversée des Etats-Unis avec quelques lignes sur le Montana avec un nom de ville écrit comme cela "Missoula" qui à l'époque ne devait être qu'un trou minable, un tout petit point sur une carte!
Le récit d'un autre voyage "En route vers la Floride" est une expérience originale, Kerouac part en voiture avec un photographe Robert Frank pour confronter leurs impressions, Jack dira:
"Le résultat: quoi que cela puisse être, c'est l'Amérique. C'est la Route Américaine et chaque fois ça réveille l'oeil".
Des souvenirs des fêtes de Noël dans deux courts textes : "Il n'y a pas longtemps on était fou de joie à Noël" et "Noël à la maison", on sent une nostalgie certaine dans le coeur de Kerouac et la fin de l'innocence. Ce sentiment que l'on retrouve dans " Mon Chat Tyke".
L'observation d'une ville sert de décor à "Esquisses de Manhattan", style dans lequel Kerouac excellait.
Musique et littérature complètent cet ouvrage avec une question " Naît-on ou devient-on écrivain?"
Les personnages croisés sont le plus souvent les laissés-pour-compte de la société américaine, comme ce vieux vagabond noir du Sud, qui en une chanson et une nuit prophétique lui fait reprendre la route. Ou cette fille superbe de "Vraie blonde" en maillot de bain et grosse voiture de luxe, le prendra en stop de Dallas à San-Francisco. Le voyage se fera à grand renfort de Benzédrine, la jeune fille lui fera le coup de la panne d'essence, les pompistes l'envieront et Jack qui se posera toujours la question "Que voulait-elle?".
On trouve aussi les amis écrivains, Gregory Corso entre autres.
Relire l'oeuvre de Kerouac, c'est pour moi voir la vérité de plein fouet, le monde a changé, mais pas en bien. Kerouac, ou Brel ou Brassens, ne serait-ils pas rejetés par des directeurs artistiques-comptables, circulez, vous ne vendez pas assez!
Dans ces textes, l'écriture est soignée et la lecture aisée. Les récits de voyages, l'Ouest, la Floride ou autres sont des moments où l'on sent que Kerouac maîtrise son sujet et ses descriptions, "La traversée de l'ouest en bus" et Vraie blonde" en sont des exemples.
Ses tentatives d'explications au sujet de son appartenance à "La Beat Génération" sont plus confuses pour ne pas dire contradictoires. Avec lucidité, il dit "Il ne reste en fait plus rien de la Beat Génération originale.
Un livre intéressant permettant de mieux cerner les multiples personnalités de l'auteur.
Extraits:
- Mais il marchait dans la nuit américaine.....
- Je n'avais rien d'autre à faire que de lire le paysage ; j'étais seul.
- Et derrière, un Paysage Américain d'une désolation indicible indescriptible, à faire frissonner Marcel Proust.
- Une expérience bien morose, traverser Richmond, Virgine, sous une pluie diluvienne à minuit.
- Ce n'est pas le problème, je ne voudrais même pas avoir d'enfants, ils ne naissent que pour mourir.
- La Beat Generation n'est pas une bande de voyous.
- Mais de l'autre côté de la rue un presbytère triste.
- Puis j'ai lu Joyce et écrit tout un roman juvénile à la "Ulysse" intitulé "Vanité de Duluoz"
Éditions : NRF/Gallimard.
Titre original: Good blonde & Others (pour l'essentiel des textes.)
Autres chroniques de cet auteur :
Maggy Cassidy.
Les souterrains.
Visions de Gérard
KEROUAC Jack/ Les souterrains.

Les souterrains.
Jack KEROUAC.
Note : 3 / 5.
Une cure de jouvence!
Un projet un peu (même très)fou qui me trotte dans le tête depuis plusieurs mois, relire les ouvrages qui m'ont amené à la littérature après avoir quitté l'école à seize ans. Qu'en reste-t-il, plus de quarante ans après?J'ai un peu parlé de Kerouac avec Maggie Cassidy, plus de Xavier Grall; mais pas encore de Henry David Thoreau, ni de Walt Whitman. Je vais revisiter mes lectures d'antan, pour le plaisir et aussi pour faire un petit bilan, mais je ne tiendrai pas compte des années de parution des ouvrages ni des années supposées de leurs lectures. L'envie me guidera. C'est parti, avec une certaine appréhension!
Écrit en octobre 1953, l'action se passe également à cette époque. Il fut publié en 1958, un peu sur la vague de "Sur la route". Léo (prénom du père de Kerouac) Percepied est marin en cale sèche, vidé avant le départ d'un voyage au Japon. Il traîne dans un San-Francisco "underground", il raconte ses amours avec Mardou Fox une jeune métis dans un quartier de la ville encore peu visité (à l'époque) par les touristes. Une histoire d'amour, mais un amour sous toutes substances possibles, l'herbe déjà avant le reste, l'alcool avant la grande dégringolade. Kerouac parlant un peu avant l'heure des relations inter-raciales, Mardou étant moitié noire, moitié indienne cherokee. Une histoire de passion passant du sordide au merveilleux, de l'extase à la pire banalité, de la fête à la folie. La démesure qui annonce le désastre. Dans ce livre, Kerouac adopte une de ses nombreuses identités, "Léo Percepied".
Jack Kerouac, encore et toujours, s'inventant des pseudo plus absurdes les uns que les autres pour éviter d'éventuels procès. Arrangeant sa vie, travestissant très souvent la vérité, fuyant déjà sa vraie personnalité.
Les "Souterrains" sont des marginaux précurseurs des mouvements beatnicks et hippies, adeptes de drogues qui deviendront de plus en plus durs, quant l'appât du gain s'en mêlera.
Un exercice de style qui, ici, semble un peu forcé sans la spontanéité (toute apparente, car très retravaillée) de "Sur la route", de longues phrases qui paraissent s'égarer en chemin. Parfois, comme dans ces quelques lignes sur la civilisation indienne, Kerouac redevient ce voyageur lucide, traversant un monde en voie de destruction. Ce livre n'est pas un des meilleurs Kerouac, mais il contient encore un un peu d'espoir. Il est encore capable de sentiments, il paraît aimer sincèrement Mardou, qui donnera à Jack son accord pour une publication dans un magazine et se retrouvera de nouveau avec un passé qu'elle voulait oublier avec la publication de ce livre.
Pour l'anecdote, un film tiré de ce livre fut une catastrophe tant cinématographique que financière.
Extraits:
- Je suis grossièrement masculinement sexuel et je n'y peux rien et j'ai des tendances lubriques.
- J'avais dix huit ans, j'étais une poule mouillée et frais avec cela.
- A présent nous ne sommes plus en 1948 mais en 1953 avec des générations "cool", je suis de 5 ans plus vieux.
- L'étrange Adam barbu, la sombre Mardou en pantalons étranges et moi, grand vaurien plein d'allégresse.
- Du silence des Souterrains ; ces 'Thoreaus* urbains" ainsi que les appelait Mac.
- Car à cette époque le travail était ma préoccupation majeure, pas l'amour-pas la douleur qui m'oblige à écrire ceci alors que je ne le voudrais pas.
- Nous voilà dans le tout gris San-Francisco de l'Ouest gris, on pouvait presque sentir la pluie dans l'air.
- Alors, il a cogné, mais elle était plus forte que lui (pâles, anémiques,ascétiques camés américains de 50 kilos).
- "Mais un jour, cher Léo, cette lumière ne brillera pas pour toi".
- Je pense "Drôle d'Ange qui s'est élevé parmi les Souterrains".
Éditions : Folio. (1964)
Titre original: The subterraneans
Autre chronique de cet auteur :
Maggie Cassidy.
*L'écrivain Henry David Thoreau
KEROUAC Jack / Maggie Cassidy

Maggie Cassidy.
Jack KEROUAC.
Note 3,5 / 5.
Une adolescence heureuse.
Jack Kerouac nous donne ici un livre apaisé, le seul peut-être de son œuvre. Il couvre les années 1938/39.
Pas son meilleur livre assurément, mais un des plus émouvants, avant le chaos. Cet ouvrage est le troisième chronologiquement dans la Légende des Duluoz, projet qui n’a jamais été mené à bien, Kérouac étant décédé avant. Une ville, une bande de copains avec en filigrane la perspective du début de la 2ème guerre mondiale.
Jack Kérouac est un adolescent heureux à Lowell (Massachusetts). Il a ses amis canadiens français, et il est amoureux de Maggie Cassidy, jeune irlandaise aux yeux de biche. Il est sportif, coureur et footballeur de talent. Sa vie familiale est simple, seule l’ombre de son frère Gérard, mort enfant, lui porte préjudice .Il décrira plus tard ce frère dans son livre « Vision de Gérard ». Tout sa vie il nourrira ce sentiment qu'il n’égalera jamais ce frère mort, que sa famille transformera en saint.Les études et ses qualités de footballeur lui ouvrent les portes d'une université new-yorkaise. Il goûte à la liberté, à la grande ville. Mais lui, la star de l'équipe de Lowell, n'est qu'un jour anonyme perdu dans la masse. Il commence à sécher régulièrement les cours.La sexualité et la jalousie s’éveillent également, les obsessions futures arrivent. Il connaîtra l'acte sexuel, tarifé, et les tourments en bon catholique qui en découlent, et aussi la peur de la maladie. Mais malgré tout il s'en vantera partout! Une grave blessure brisera sa carrière sportive.Maggie rompt, mais lui écrit parfois. C’est la fin de l’innocence, celle de Kérouac et celle à venir de l’Amérique et de son rêve. A son retour de New-York, il reverra Maggie et ils passeront une dernière soirée ensemble. En Europe la guerre commence.
Extraits:
Encore un kilomètre avant d'arriver chez moi- Lowell ronfle et moi je m'imagine être un voyageur harassé.
- " Ils n’avaient même pas encore commencé de boire "
- ...dans l’obscurité, mon âme intense et tragique revient chercher ce qui a été et qui a disparu, qui s’est égaré, perdu dans un chemin-les ténèbres de l’amour. Maggie, la jeune fille que j’aimais.
- C'en était trop, mon coeur se brisa.
-... sa perfection magique de sorcière irlandaise du clair de lune paraissait incongrue à Manhattan.
- Alors, au revoir, Jack, si tu ne réponds pas je saurais que tu ne m'as pas pardonné. Maggie.
-« Tu as maigri, tu n'est plus un gosse maintenant-enfin tu es un gosse, mais tu as l'air...froid, dur, je ne sais pas... »
Froid? Ah.
-« Toi tu es le genre de fille qui restera toujours pareil-belle. »
Titre original : Maggie Cassidy
Editions : Points/Poche.









































