Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

22 août 2009

KING John / Football Factory

Football Factory.
John KING.
Note : 4,5/ 5.
Au foot!
Le football, je suppose que tout le monde connaît. Un jour j'en ai trouvé une très belle définition : un jeu où vingt deux nouveaux riches jouent devant des milliards de nouveaux pauvres. Dans ce livre, écrit en 1996, nous découvrons la face sombre de ce sport, les supporters ultra-fanatiques, pour qui la foule sert de couverture pour un autre sport, la violence exacerbée. Il n'y a pas que le ballon qui ne tourne plus rond !
Tom Johnston est membre d'un clan de supporters. Ses préoccupations principales, surtout le week-end, pourraient s'intituler les quatre « B ». Ballon, baston, bière et baise, cet ordre n'étant pas forcément toujours respecté. Mais une fin de semaine réussie doit comporter ces quatre ingrédients.Tom et ses amis ne vivent que pour le match du samedi suivant, une semaine à Stamford Bridge, stade de Chelsea, et l'autre aux quatre coins de l'Angleterre. Ils ont tous des boulots plutôt minables, au mieux, donc peu de moyens, mais s'organisent pour suivre leur équipe favorite. Un sentiment prévaut chez chacun, la haine ! La haine de tout, des autres clubs, des juifs, des noirs, des Pakistanais et évidement des Français, le second sentiment majeur est un machisme élevé au rang de religion.
La bière qui sert à la fois de boisson, d'anesthésiant, de repas, est consommé parfois avec modération, mais uniquement dans un but stratégique, par exemple pour ne pas trop se faire remarquer en se rendant au stade. Après le match, la consommation augmente fortement, les pubs qui sont pris d'assaut servent souvent de lieu de combat et peuvent être facilement dévastés, surtout après les matchs à l'extérieur.
Beaucoup de personnages dans ce livre, avec tous les tarés qui hantent ces pages. Désolé, mais je ne vois pas quel autre mot je pourrais employer ! Le pire est qu'il ne semble pas que l'auteur force le trait. J'ai assisté à quelques matchs pendant les trois ans que j'ai passés en Angleterre, et je ne pense pas que la situation se soit améliorée. C'est très impressionnant et peu rassurant de se trouver mêler à des centaines de supporters venant d'une autre ville que Londres. On apprend comment ces gens s'arrangent pour déjouer la surveillance policière. Par exemple, prendre un car de supporters à Londres, descendre de ce car dans une autre ville, et prendre le train par petits groupes pour la destination finale. On suit également le manège, le jeu du chat et de la souris entre groupes cherchant uniquement à en découdre. Le match, qui se déroule à Millwall, donne lieu à une bataille rangée qui laissera quelques traces dans les corps et dans les esprits de ceux qui y ont participé.
Et les filles, me direz-vous ? Elles sont toutes et tout le temps aux trois-quart ivres, partant dans des aventures insensées, se terminant dans des lits de passage qu'elles oublieront la bière évacuée.
Ce livre est conçu comme le calendrier de la première division du football anglais. Des matchs à domicile, puis des rencontres à l'extérieur, à Tottenham, à Liverpool, à Newcastle et à Millwall par exemple. Il va s'en dire que partout la haine est présente, surtout contre les Spurs, (Tottenham) et Millwall.
La photo sur la couverture montre un homme avec un tatouage sur la joue, « Chelsea F.C. No Surrender ». Cette devise est également celle des protestants de l'Ulster, ce qui démontre un côté très conservateur et raciste de cette bande de pseudo supporters. Bizarrement, les Irlandais sont relativement épargnés par les commentaires des supporters, ils ne les comprennent pas, mais en moyenne, ils sont les seuls à trouver grâce à leurs yeux. Chose très étrange également, ces même supporters qui s'entredéchirent, quand ils se retrouvent à l'étranger avec l'équipe nationale alors c'est la Sainte-Alliance! Mais après le retour au pays, la guerre reprend ses droits!
Souvent entre deux matchs de football, l'auteur nous fait connaître d'autres personnages londoniens bon teint, pas toujours très normaux ! Ce livre peut servir de guide touristique à quelques amateurs de stades de football à travers l'Angleterre. J'ai personnellement bien aimé les promenades dans un Londres loin des clichés touristiques, ayant fréquenté les stades londoniens, il y a bien longtemps.
Ce roman qui est par ailleurs bien écrit est vraiment une descente aux enfers. Ce phénomène de bandes servant de n'importe quel prétexte pour s'entre-tuer a pu paraître en régression, mais il est loin d'être définitivement éradiqué.
Extraits :
- On est entre nous, à la table, parce que depuis que les flics se sont mis à infiltrer, il y a intérêt à faire gaffe. Ce n'est plus comme avant.
- Clientèle assurée, donc ils nous font attendre.
- On s'arrêtera à Northampton, en rentrant. C'est un bon endroit pour se saouler la gueule, et on n'est qu'à une heure de Londres, par l'autoroute.
- Se déplacer à Old Strafford ou Anfield, c'est toujours un petit coup d'adrénaline en plus.
- Qu'est-ce qu'on a de mieux à faire ? On traîne au pub, histoire d'éponger la gueule de bois de la veille, puis à trois heures moins vingt on écluse les verres et on y va.
- Difficile d'imaginer qu'à une époque on pouvait se déchaîner dans le stade même et s'en tirer sans bavure, et ça toutes les semaines.
- Qu'est-ce que tu peux attendre de l'Europe, à part quelques canettes de pisse d'âne?
- Quand on est à Tottenham, c'est le pied. On a toujours haï les Spurs, c'est normal, c'est sain.
- Elles voient tout, les caméras vidéo. Il faut être vachement rapide pour arriver à ses fins, parce que le marché des voyeurs est en pleine expansion.
- Des fumiers, planqués sous leurs uniformes, qui lèchent le cul du Trésor public.
- Mais personne n'est venu nous aider, quand les gars de Norwich essayaient de nous apprendre de force des vertus paysannes.
- Je sais comment les médias déforment tout. J'étais déjà dans le coin quand les lois ont commencé à nous compliquer la vie.

- Les Irlandais ne sont pas comme ça, dit Sean.
Non, ils sont différents. C'est une race insulaire. Une autre tribu. Des gaéliques comme disait Vince.
- Des métèques avec des passeports anglais, voilà ce que c'était.
- On doit être comme les nègres, d'une certaine façon. Des nègres blancs. De pauvres blancs. De la merde blanche.
- La haine, la peur nous rendent différents.
Éditions : Éditions de l'Olivier.
(2004)
Titre original : The Football Factory (1996).

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11 mars 2009

O'FARRELL John / Un mec parfait.

Un mec parfait.
John O'FARRELL.
Note : 2,5 / 5.
Pile ou face !
Un auteur anglais inconnu au bataillon, alors pourquoi pas? Écrivain et journaliste, il collabore avec « The Independent » dans lequel il tient une chronique.
Un docteur Jenkill et Mister Hyde des temps modernes, les assassinats en moins.
Michael Adams est d'un côté de sa vie un « Glandeur »  homologué par la fédération anglaise de ce sport plein de risque. Pensez, traîner au lit, vivre avec trois autres célibataires, qui n'ont pas forcément la même conception de la vie. Dans ce cadre il a aménagé un mini studio d'enregistrement de musique (il faut bien vivre). Il oublie, qu'à l'autre bout de Londres, l'attend une épouse charmante, ancienne comédienne, et deux enfants! En effet Catherine a petit à petit poussé Michael hors de la maison, devenue trop petite, et Michael n' a pas opposé beaucoup de résistance surtout qu'une autre naissance est en vue! Elle pense qu'il travaille énormément ! Dans le cadre de sa vie de célibataire un peu feignant sur les bords, il essaie de composer des musiques pour des publicités. Pour être un tant soit peu crédible, il joue les hommes débordés, toujours en retard pour rendre ses musiques. Sa chambre est aménagée de manière à faire le moindre effort. Un mini frigidaire remplace la table de chevet, mais tous les plans de rangement s'effondrent, la porte s'ouvre dans le mauvais sens! Il faut refaire l'agencement de la pièce, pour pouvoir se servir sans se lever! Il tente de percer dans la musique, mais en dilettante, comme tout le reste de sa vie, avec Jim il enregistre des cassettes, mais ne les envoie pas. Du côté vie familiale il est complètement dépassé, bref le rôle de père n'est pas son meilleur rôle, mais a t-il un rôle dans sa propre vie?
Petit à petit les choses se dégradent, certaines choses et fausses opinions naissent, Michael est en porte à faux de partout.
Les personnages sont du style agaçant et pas très attachants. Michael Adams, Catherine, Millie et Alfie, la famille ; Catherine est une ex-comédienne, qui a abandonné son travail pour s'occuper de ses enfants.
Paul, Jim et Simon, les colocataires ; avec Michael, les « Quatre mousquetaires ». Ils vivent plutôt bien ensemble, mais pas toujours en parfaite harmonie, car des tensions naissent parfois. Paul est professeur dans une école pour élèves en difficulté, c'est le seul qui ait une occupation et paradoxalement c'est le seul qui s'occupe de la maison. Jim est riche et oisif, véritable tête à claque. Simon lui est le plus jeune, il manque de confiance en lui et est un peu maladroit et grand amateur de site pornographique, mais le problème est que la facture de téléphone est divisée par quatre! Quant à Michael, il vit plutôt mal des deux côtés, mais ayant, depuis l'enfance, l'habitude de ne pas voir les problèmes en face, cela ne s'arrange pas avec l'âge.
Livre sympathique sans plus, une bonne détente, mais pas réellement mon genre de lecture, preuve que parfois je me trompe complètement dans mes choix! Si ce livre se veut une étude sur un certain art de vivre, c'est plutôt gentillet et pas très profond et limite fleur-bleue, malgré quelques situations imprévues. Vite lu, vite oublié.
Extraits :
- Et je prenais le bébé avec l'air détendu et le sang froid du ministre de l'Irlande du Nord quand on lui tend un mystérieux paquet au cours d'une promenade dans Belfast-Ouest*.
- Est-ce que tu ne crois pas que le monde est déjà assez cruel pour un nouveau-né sans en plus l'accabler du prénom de Prunella?
- J'avais pensé que ma jeunesse et ma liberté dureraient éternellement.
- Très vite mes absences sont devenues une habitude.
- Dans mon cas, il fallait renoncer à tout.
- Pour toi, il n'y a pas d'étranger, juste des amis que tu ne détestes pas encore.
- Le problème, ce n'était pas Catherine, ni les enfants. Ce n'était même pas Jim, Paul et Simon. C'était moi.
- Je ne mentais pas. Je trompais juste par omission.
- Je suppose que la différence entre Catherine et moi, c'est que lorsqu'elle mentait, elle ne dépassait pas un certain point.
- Au nord du fleuve, j'étais un mari et un père ; au sud du fleuve un jeune célibataire insouciant.
- Parent âgé ou petit enfant, c'est la même chose. Juste passer du temps avec eux, et tout le monde est heureux. Et même vous pour finir.
Éditions : Plon.
Titre original: The best a man can get. (2000)
*Quartiers catholiques et républicains de Belfast

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29 janvier 2009

RUSSEL James / Peindre au noir

James RUSSELL.
Peindre au noir.
Note : 4,5 / 5.
Âmes soeurs et heures sombres.
Cette oeuvre est la première traduction française de cet auteur. Il est très connu en Grande-Bretagne, où il a déjà édité 11 de ses romans.
Un couple se promène dans un sous-bois et découvre un homme de petite taille dépeçant un cadavre à coups de hache. Dans la campagne anglaise, un homme et une femme boivent le thé, l'homme meurt, mais de mort naturelle. Cet homme, Murdo, aidait la femme, Sidonie Keene, qui était une amie de longue date, à vendre des tableaux peints par la soeur de celle-ci. Sidonie nous raconte sa vie, celle de Murdo, et également celle de Naomi, sa soeur. Nous sommes en 1997, les élections anglaises approchent. Pendant l'enterrement de Murdo, un homme, Ticky cambriole la villa de Sidonie. Il agit pour le compte de Gottfleisch, son patron.
Commence alors un double récit, l'ancien qui commence dans les années 30 avec Sidonie pour narratrice. Nous faisons la connaissance de sa famille, sa mère qu'elle déteste, son père qui l'adore, l'insouciance de ses années, mais la guerre approche.
Un peu sur un coup de tête, Sidonie épouse un Américain et part vivre avec lui ; rapidement, elle divorce, mais reste en Amérique. Sa soeur reprend contact avec elle, car du fait du testament de sa mère, elle a hérité de la grande majorité des biens. Naomi voudrait vendre la propriété familiale car il semble qu'elle ne soit pas la bienvenue en Grande-Bretagne! Que s'est-il passé pour elle, au cours de ces années de guerre et pourquoi vit-elle dorénavant en Suisse? Le temps passant, son oeuvre picturale a pris beaucoup de valeur, ce qui intéresse fortement Gottfleisch, un marchand d'art peu scrupuleux, qui est le commanditaire de Ticky. Cette entrée par effraction dans la villa de Sidonie va réveiller des souvenirs que tout le monde aurait voulu oublier. En effet, quelques années après la guerre, le rôle assez trouble de quelques britanniques semble sortir de l'oubli et Naomi et Sidonie étaient de celles-là. Nous les suivons en Allemagne, leurs vacances, leurs rencontres avec certains dignitaires du régime nazi Gobbels, Goering, ou Himmler. Sidonie évoquera également Unity Mitford, les Jeux Olympiques de Berlin en 1936 et la tristement célèbre « Nuit des longs manteaux ».
À la suite de ce cambriolage, Sidonie est aussi victime d'un chantage d'une personne proche de son entourage. Elle est en plus très sollicitée par Hugo Gootfleisch, qui semble d'un seul coup s'inquiéter de sa sécurité. Son véritable motif est surtout de savoir si elle possède encore des toiles de sa soeur!
Le personnage principal de ce livre est Sidonie Keene, elle est le lien entre deux époques, témoin privilégiée des bouleversements de la société britannique. Après une jeunesse passée près d'une mère qui la déteste, elle découvre le monde dans les années 30. Une période brillante où beaucoup d'artistes commencent à se réfugier en Grande-Bretagne. Elle fréquentera quelques peintres célèbres, aura quelques amants dont Murdo, militaire dont elle dit avoir fait le siège. Elle mettra un an avant de l'attirer dans son lit. Ils resteront très bons amis tout le restant de leur existence. Femme de conviction, elle s'engagera politiquement dans la « British Union of Fascists », parti ouvertement pro-nazi et sera emprisonnée pour cela. Mais elle ne reniera jamais ses idées, même des dizaines d'années plus tard.
Naomi, sa soeur, est morte oubliée et dans la misère. Elle est décédée dans un accident de voiture quelques jours après son retour en Angleterre. La presse a un moment soupçonné Sidonie d'avoir un peu aidé cette mort! En effet sa mère l'avait déshérité au profit de Naomi.
Hugo Gottfleisch, marchant d'art, arnaqueur et receleur, est un être obséquieux, prêt à tout pour arriver à ses fins, en usant de la manière forte, il obtient la fameuse enveloppe qui permettait de faire chanter Sidonie.
Ticky est un de ses hommes de main . Celui-ci, suite à un accident, est défiguré et handicapé, il aime les jeunes garçons, fugueurs de préférence, et il semble en avoir trouvé un, Cy. Commence alors un voyage dans le Londres des squats et des paumés. Mais Cy, sous ses airs de gentil garçon, prendra vite l'ascendant sur Ticky.
Murdo Fyffe, ami et agent de Sidonie, était-il si honnête que le pensait cette dernière ? En tout cas ce n'est pas ce que pense, Angus, son fils, personnage falot, ne réussissant rien par lui-même, perpétuellement à la recherche d'argent, qu'il perd dans des combines pour le moins ratées.
Et nous retrouvons notre couple, dans un sous-bois, et un homme de petite taille dépeçant...........
Un excellent roman, très bien écrit et je pense très bien documenté également. La chronologie n'étant pas toujours respectée, ce livre requiert une attention soutenue. Il nous raconte l'histoire de ces soeurs qui, ayant vécu malgré tout des existences en marge des normes, finissent toutes les deux dans une sorte d'opprobre national. En effet ce livre en plus d'être un roman sur le monde de l'art, est aussi un rappel historique sur une période assez sombre de l'Angleterre. La montée des mouvements pro-nazi, dont Sidonie fera partie, son admiration pour Oswald Mosley, mais nous apprenons également, que suivant le modèle des États-Unis, beaucoup d'étrangers furent arbitrairement emprisonnés, ainsi que certains Britanniques connus pour leur opinion pro-nazi ou pacifiste. Nous suivrons donc l'ascension rapide de ce groupe fasciste, mais sa chute sera principalement due à l'emprisonnement de beaucoup de ses membres dirigeants.
Ce côté historique est vraiment un plus pour ce roman, et une découverte de cet aspect relativement caché de la guerre en Grande-Bretagne. Un livre parfois gênant, les opinions de Sidonie choquent maintenant, mais fort intéressant. Un peu long (460 pages) et l'auteur s'attarde parfois en route, surtout pour l'intrigue policière.
Extraits :
- « Les soeurs de la tentation », voilà le surnom qu'il nous donnait.
- Avec le temps, Naomi aussi peindrait dans le noir.
- Avant-guerre, la Grande-Bretagne était confiante.
- Même quand j'étais petite, Naomi ne pouvait rien faire de travers -Sa peinture était encensée, ma musique ignorée. Elle était talentueuse, moi terne. Elle ravissante, moi si ordinaire.
- Oh ne vous occupez pas de moi : je ne fais que radoter. Je sais qu'il est impossible de dire à quoi ressemblent les choses il y a combien... 60 ans.
- Un ami de l'Allemagne ? Oui, il l'était, mais au même titre que notre gouvernement d'alors, la famille royale et la grande masse du peuple britannique.
- Il préférait les rassurantes platitudes d'hommes en costume. Il croyait qu'en ne faisant rien, ils assureraient la paix.
- Nos amis d'avant-guerre s'étaient largement dispensés de venir. Les amitiés d'après-guerre, quant à elles, n'était pas encore nées.
- Derrière ce masque, elle conservait les vestiges d'une grande beauté et le mystère intemporel des femmes.
Éditions : Fayard Noir (2009).
Titre original : Painting in the Dark.

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20 janvier 2009

CORNWELL Bernard / Le Chant de l'épée.

Le Chant de l'épée.
Bernard CORNWELL.
Note :4 /5.
En un combat sans Mercie!
Je ne suis pas, loin s'en faut, un lecteur d'ouvrages historiques, c'est donc, si je m'en souviens bien, une première. L'auteur est un des grands spécialistes du genre en Grande-Bretagne, et paraît-il le plus lu. Oublions John Boorman et son très grand film « Excalibur» et les Monty Python et leur non moins excellent « Sacré Grall ». Voyons l'histoire avec un grand H.
Nous sommes en l'an de grâce (pas pour tout le monde, hélas!) 885, le roi du moment et d'une partie de l'Angleterre est Alfred le Grand : le pire est que ce roi a vraiment existé! Bref, Pépin n'a rien à voir là dedans, la future Grande-Bretagne est encore un pays de sauvages. Des tas de gens et de peuples cherchent à prendre le pouvoir, et en général, ils se vouent une haine farouche. Les Bretons n'aiment pas les Saxons qui le leur rendent bien. Les peuplades vikings eux sont représentées par les Danois et les Norvégiens. Pour arranger le tout, certains rois se sont convertis à la foi chrétienne, mais d'autres ont gardé les dieux nordiques comme seuls guides. Un narrateur et héros, Uthred, nous emmène à la conquête de Londres, tout en essayant de respecter ses engagements, mais aussi ses aspirations personnelles, le pouvoir qui lui a été promis par un soi-disant mort-vivant !
De mariage d'intérêt en alliance, loin d'être désintéressés, un beau panier à crabes. Evidemment les faibles seront mangés par les puissants. D'intrigues de cour, de batailles en massacres, l'histoire se fait devant nos yeux.
Pour les personnages et les lieux, il vaut mieux s'armer, non pas d'une épée (qui toute tranchante qu'elle soit ne servira pas à grand chose), mais d'un décodeur, d'un dictionnaire et de beaucoup de patience.Les personnages, donc, à tout seigneur tout honneur, Alfred Le Grand, roi des Saxons, souverain malin et retord. Il reste dans l'histoire comme celui qui a mis en déroute les Danois, c'était un homme érudit.Un autre seigneur, Uthred, vaillant guerrier qui reprendra Ludene, mais qui devenu vieux et désabusé, donnera sa propre version de l'histoire. Car la victoire ne lui fut pas attribuée, pour de sombres prétextes de rang de noblesse. Ayant fait allégeance à Albert, la Mercie perdra toute indépendance.
Il y a évidemment beaucoup de personnages secondaires, des nobles et des soldats, des prêtres aussi. À titre d'exemple quelques noms : Æthelred, un noble plein d'ambition, il épousera Æthelflæd, la fille d'Alfred, il a plus d'ambition que de talent. Sigefrid, Erick et Haesten, les Danois qui règnent sur la ville de Ludene. Les religieux dont le pouvoir commence à s'affirmer, comme l'évêque Erkenwald, sorte de conseiller politique et spirituel du roi Albert. Finan, l'irlandais et Steapa sont des guerriers fidèles à Uthred.
Pour les lieux, royaumes et autres, on peut consulter « wikipedia* », les villes ont pour nom Ludene par exemple, le fleuve, la Temse, les mariages royaux se déroulent dans la cathédrale de Wintanceaster.
On s'étripe avec vigueur, on se massacre allègrement, on extermine gaiement d'un côté comme de l'autre, on pille et on tue sans état d'âme et ainsi de suite, on ripaille également, et la prise d'otage avec demande de rançon était déjà à la mode. Mais cela reste lisible, car bien écrit et si j'ose dire très vivant.
J'ai été agréablement surpris par ce roman. Une leçon d'histoire d'une période qui n'est pas des plus connues (et des plus agréables) de l'histoire du Royaume Uni, qui était très désuni à l'époque.
Déjà en ce temps là, le secret d'état et le pragmatisme politique menaient les souverains.
En fin d'ouvrage, l'auteur reconnaît qu'il y a plus de romanesque que d'historique dans ce livre, mais que certains personnages ont réellement existé, et il admet également qu'il en a un peu noirci d'autres.
Le seul moment de poésie dans ce livre est le nom des armes d'Uthred, « Souffle de Serpent » et « Dard de Guêpe »
Extraits :
- C'était un chant délicat, presque inaudible, celui de la lame qui appelle le sang : le chant de l'épée.
- Oh, la joie d'être jeune, d'avoir la force de mes 28 ans et d'être un seigneur de guerre. Tout s'est enfui désormais...
- Je lui tranchais la main droite avant de le laisser aller, afin qu'il ne puisse plus jamais manier l'épée.
- On ne doit jamais confier à autrui ses crimes, sauf s'ils sont trop grands pour être dissimulés – et dans ce cas, on les qualifie de politique ou de mesures d'état.
- Par Dieu, quelle langue de vipère ! Elle fendrait une dalle d'ardoise rien qu'en lui parlant !
- C'était un homme rusé et aussi peu digne de confiance qu'une fouine qui souffre d'éparvin.
- C'est ainsi, pensais-je, que les morts parcourent notre monde, car les morts reviennent.
- Dans la bataille, un homme risque-tout pour forger sa réputation. Dans la couche il ne risque rien.
- Un poète aurait dû écrire le récit de ce combat.
C'est à cela qu'il serve.
- La mort régnait, en ce matin. Les rues empestaient le sang sous un ciel jaune et rempli de suie.
- L'amour est chose dangereuse. Il avance masqué et change nos vies.
- Nous utilisions rarement ce nom à l'époque : Angleterre. C'était un rêve, mais Alfred, dans sa colère, avait levé le voile sur son rêve....
Éditions : Michel Lafon
Titre original: Sword Song (2008).
*http://fr.wikipedia.org/wiki/Mercie

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01 janvier 2009

COLLINS William Wilkie / L'Hôtel hanté

Blogo

L'hôtel hanté.
William Wilkie COLLINS.
Un thé anglais à Venise!
Note : 2,5 /5.
Normalement, dans le cadre du « Blogoclub » j'aurais dû lire « La dame en blanc ».
Je ne suis pas un admirateur des auteurs de romans policiers de l'époque, ayant fait plusieurs tentatives en particulier F.W.Croft. Et puis, honnêtement un roman de plus de 540 pages, c'était trop pour moi. Alors je me suis souvenu que j'avais ce livre dans ma bibliothèque! Faute de grives, on mangera des merles!
Suite à ce que nous nommerons pudiquement un problème technique, la première page du roman brille par son absence! Cela commence bien! Un livre hanté! Le sous-titre de ce roman est « Un mystère de la Venise moderne ». Petit rappel : cette histoire a été écrite en 1879, donc le modernisme de cette année-là est passé de mode.
Le docteur Wybrow fait la connaissance d'une mystérieuse cliente qui lui parle de son prochain mariage. Elle avoue que son futur époux a rompu ses fiançailles avec une autre. Cette patiente l'intrigue tellement qu'il la fait suivre par son domestique qui lui apprend qu'elle est la comtesse Norana. Il obtient de plus amples renseignements à son club, le futur marié est Lord Montbarry, aristocrate plus très fortuné dont les terres en Irlande sont hypothéquées, mais qui possède une assurance vie de 10000 livres, une fortune pour l'époque! La comtesse ressemble fort à une aventurière parcourant l'Europe avec le baron Rivar, son frère dont la ressemblance ne saute pas aux yeux.Après un mariage plutôt quelconque et dans ce qu'on pourrait appeler    « la plus stricte intimité », le couple part en Écosse, puis à Venise, avec un voiturier et une femme de chambre. Le voiturier disparaît, mais sa veuve reçoit 1000 livres, la femme de chambre quitte les jeunes époux, et Lord Montbarry meurt d'une bronchite!Entre temps nous avons suivi Agnes Lockwood, seule et triste, c'est une amie intime d'Emily, la veuve du voiturier, qu'est devenu ce dernier? Les compagnies d'assurances aussi se posent des questions, le défunt n'avait pas de problèmes de santé connus, surtout pour l'emporter si vite ?
Une commission d'enquête des assurances se déplace et interroge ce qui reste des habitants de la maison , la Comtesse et le Baron !!!!!
Docteur Wybrow est l'homme qui rencontre le premier la comtesse et sert de fil conducteur à l'intrigue.La comtesse Narona et son frère, le baron Rivar, par quel subterfuge ont-ils berné le Lord, qui a rompu ses fiançailles? Quel est réellement le lien qui les unit, frère et soeur? Ils semblent avoir sillonné les capitales européennes avec des fortunes diverses, mais pour certaines ils ont dû les quitter précipitamment. Des tas de rumeurs, fondées ou non courent sur leur compte. Herbert John Westwick, Lord Montbarry, par quel miracle cet homme s'est-il laissé convaincre de tout quitter, pour mourir à Venise d'une bronchite aussi soudaine que bienvenue pour certaines personnes de son entourage! Et le voiturier Ferrarri? Il a disparu sans laisser de traces à part une lettre qui contenait une somme d'argent considérable pour ses gages? Henry Westwick, son jeune frère, n'aimait pas la comtesse et ne s'était pas déplacé pour leur mariage, lui et sa soeur ont-ils encore un droit de regard sur les biens familiaux?
Agnes Lockwood, la fiancée délaissée, vit modestement, femme simple, elle s'est résignée, mais le malheur des unes fait le bonheur des autres.
Écriture et formules désuettes, (le fiancé parjure par exemple), et une histoire mêlant roman policier et fantastique.
Un livre qui ne me réconcilie pas avec l'écriture de l'époque, car évidement une tendre idylle se nouera entre la belle et tendre Agnes, femme d'une grande bonté et d'une discrète beauté et.......
Bref tous les clichés du genre sont là, avec déjà une tentative d'escroquerie à l'assurance! Mais l'intrigue est très machiavélique.
Une oeuvre anecdotique, qui ne m'incite pas à découvrir cet auteur, tout cela a beaucoup vieilli, mais il fallait s'en douter!
Extraits :
- C'était la femme à qui j'avais volé son fiancé, la femme qui avait écrit la lettre magnifique.
- Votre confession restera secrète, je vous l'affirme.
- Cette femme avait-elle donc apporté chez lui une épidémie de mauvais sentiments, et y avait-il déjà succombé?
- Jamais mariage ne fut moins intéressant et moins romantique que celui-là.
- L'alternative est bien simple : « Déshonneur et ruine, ou mort du milord et argent de l'assurance »?
- La moindre imprudence peut tout compromettre. Les bureaux d'assurances peuvent avoir des soupçons et refuser de payer.
- Alors il n'y a pas d'explication au mystère de l'Hôtel hanté?
Demandez-vous s'il y a une explication au mystère de votre vie et de votre mort. Adieu!
Éditions : Terre de Brume/ Terres fantastiques (1999)
Titre original: The Haunted Hotel.
Quelques liens chez Sylire.

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25 décembre 2008

WINGFIELD R.D./ Joyeux Noël, Frost!

Joyeux Noël, Frost!
R.D.WINGFIELD.
Note : 4 / 5.
Frost, ce n'est pas un cadeau!
Je ne sais si certains d'entre vous ont eu l'occasion de regarder les nombreux épisodes de cette série télévisée britannique, mais je n'avais pas encore lu des romans ayant servi de scénarios. Les traductions françaises de cet auteur né en 1928 et décédé en 2007 sont relativement rares, alors que la série télévisée comporte de nombreux épisodes.
Suite à un coup de téléphone, deux policiers arrivent au domicile d'un vieil homme, celui-ci hébété parle de légitime défense pour se justifier. Par terre un homme baigne dans son sang, cet homme, c'est l'inspecteur Jack Frost. Que s'est-il réellement passé? Pour cela il faut remonter quatre jours en arrière, le dimanche précédent, un peu avant les fêtes de Noël.
Ce soir là, Clive Barnard arrive à Denton, ville nouvelle située à une centaine de kilomètres de Londres. La voiture qui l'amène au commissariat fait un détour pour prendre le témoignage d'une femme dont la fille Tracey Uphill âgée de huit ans a disparu en rentrant du catéchisme. La mère, Joan, jeune et très belle prostituée, était au travail, et son client étant en retard, elle n'a pu se rendre à la sortie du presbytère!Il est aidé dans son enquête par Clive, jeune policier sortant de l'école et qui plus est n'est autre que le neveu du chef de la police du comté! L'apprentissage pour ce jeune homme ne sera pas de tout repos. Ni l'enquête non plus d'ailleurs. La première piste est le mystérieux client du dimanche, l'homme arrivé en retard. Il est venu en train, donc il est peut-être possible de retrouver sa trace, mais par contre personne ne l'a vu repartir, et la gare ferme à 18 heures! Qu'a t-il fait à Denton entre 16h30 et au mieux 18h30, départ d'un autre train? Avec son billet, on remonte la piste de la gare de départ. Il reconnaît être le client de Madame Uphill, et dit également avoir vu la fillette dans la rue. Elle suivait une mystérieuse femme en manteau de fourrure blanche! Mais il ment pour d'autres détails. Quelques temps auparavant, une autre fillette avait signalé le comportement suspect d'un homme, le même? Parmi les délinquants fichés, un seul n'a pas d'alibi pour le moment de la disparition. Audrey, la copine émancipée qui dit l'avoir vu ce soir là, mais avoir tout fait pour la semer, car elle était avec un copain! Et cet homme au dessus de tous soupçons, photographe amateur, mais parfois mateur! Des nus de Madame Uphill et d'Audrey font partie de sa collection privée. Une voyante un peu sorcière, permet de trouver une main enfouie dans la terre, puis le corps qui va avec cette main, mais le cadavre date des années 195o et sa mort n'est pas naturelle! Barnard sera mis à rude épreuve par un Frost toujours sur la brèche, et imprévisible. Les pistes se multiplient, la neige tombe rendant les recherches de plus en plus difficiles, l'espoir de retrouver la fillette vivante s'estompe.
Pour les personnages, à tout seigneur tout honneur, Jack Frost, mais je laisse ses collègues de travail parler de lui :
- Encore cet espèce d'enfoiré ; rien que des emmerdes depuis le début.
- Un inspecteur principal? Cette épave?
- Il est vrai que le chef de la police avait de la sympathie pour Frost, mais cela ne signifiait pas qu'il devait travailler avec lui, qu'il devait tolérer ses écarts de conduite, l'impardonnable désordre qui régnait dans son bureau, les haillons qu'il portait sur lui, son mépris pour le travail administratif et sa négligence....
- Oh, non pas le clodo avec son imperméable tout dégueu!
- Et où était passé ce crétin incompétent de Frost?
J'ajouterais sa mauvaise foi à toute épreuve, une avarice légendaire, et un appétit féroce pour tout ce qu'il y a de plus ignoble dans l'absence de gastronomie anglaise! Et en prime, un refus de toute hiérarchie qui n'aide pas son avancement! Pour arranger le tout, il a certains démêlés avec un syndicat qui a porté plainte contre lui et quelques soucis avec un jeune agent endetté!
Le commissaire principal Mullett, comme Clive Barnard, sont des hommes de pouvoirs et d'ambitions, leur but ultime est leur carrière respective. Le contraste entre ces personnages est saisissant et malgré tous ses défauts, on fini pas avoir de l'affection pour Frost, qui envers et contre tout, est profondément humain.
L'intrigue semble somme toute relativement banale : la disparition d'une petite fille avec une demande de rançon. Nous savons rapidement que Tracey est morte. L' 'intérêt de ce livre est l'opposition entre un homme et un système. Le système est représenté par Mullett, arriviste et carriériste à tous crins, il déteste Frost et ce qu'il représente, un flic à l'ancienne, un homme de terrain, intègre dont l'intuition est la meilleure méthode.L'auteur attache aussi une grande importance à nous décrire la vie d'un commissariat dans une ville en pleine mutation sociale, avec la perte des valeurs traditionnelles anglaises. Un bon roman policier à l'ancienne, plein de fausses pistes, avec un humour noir, très noir. Un détail, ce livre dépasse les 350 pages!                  Extraits :
- Il y avait quelque chez lui qui la mettait vaguement mal à l'aise...qui lui faisait peur.
- Denton avait été choisie pour devenir une « ville nouvelle ». On l'avait agrandie, modernisée, redessinée et finalement détruite.
- Le superintendant Mullett est connard coincé, pompeux et ignorant, répondit Simms.
- Elle était tout simplement superbe- l'incarnation parfaite de l'innocence dans ses plus beaux rêves érotiques.
- L'argent de son salon a été gagné dans son lit.
- L'ambitieux Barnard serra la main de l'ambitieux Mullett, chacun appréciant visiblement cette rencontre.
- Regarde ces photos. Dis-moi quelle partie de son corps la désigne comme mineure.
- Elle avait basculé dans la partie ingrate de ses trente ans.
- Frost n'aimait pas les gars de la médecine légale.
- Personnellement je pense que le chien a abattu son maître avant de se suicider, mais je suis prêt à envisager d'autres hypothèses.
Éditions : Éditions de l'Aube.
Titre original: Frost at Christmas (1984)

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09 octobre 2008

LEWIS Ted / Le retour de Jack

Le retour de Jack.
Ted LEWIS.
Note : 4 / 5.
Fiche le camp Jack....*
Il y a plusieurs années j'avais vu un film dont le nom était « La loi du milieu » avec Michael Cain.
J'ignorai à l'époque que ce roman avait servi de scénario. Je ne savais pas d'ailleurs qu'un écrivain britannique du nom de Ted Lewis existait. Je me suis un peu rattrapé depuis.
Prenons un décor idyllique, enfin pour ce genre de roman! Une ville du Nord de l'Angleterre entourée d'aciéries et, où, comme l'indique la première phrase du livre : la pluie pleuvait. En ce jeudi, Jack Carter, après une absence de huit ans, revient au bercail. Pour l'enterrement de son frère, trouvé mort dans sa voiture au pied d'une falaise, un accident? Jack retrouve sa nièce qui est devenue une jeune fille, il parle avec des amis de son frère, mais beaucoup de choses ne sont pas logiques dans cette mort. Il se renseigne également auprès des gros bonnets de la pègre locale, certains se souviennent de lui, mais pour tout le monde la vie continue tranquille et sereine. Enfin, semble continuer de cette manière, car certaines personnes aimeraient le voir prendre le train du retour assez vite, le soir même serait l'idéal. Mais Jack n'est pas spécialement intimidable, un barman travaillant avec son frère et sa logeuse en feront les frais. Le panier à crabe de la maffia locale se sent menacé, et sa réaction sera féroce, mais pourquoi tant de haine! Quelles sont les vraies raisons de la mort de Frank! Les anglais on inventé ce que l'on nomme en français, « la semaine anglaise » et son complément « le week-end ». Pendant ces deux jours, Jack ne chômera pas, loin s'en faut. Les truands locaux auront des sueurs froides, et certains seront même refroidis à vie (enfin l'inverse!) Les seuls gagnants, les pompes funèbres des environs.
Pour les personnages prenez des gens pour le moins peu fréquentables, si vous les fréquentez c'est à vos risques et périls. Pour Jack aussi, cela sera à ses risques et périls!
Jack Carter est l'employé modèle des frères Gerald et Les Fletchers, membres éminents de la pègre londonienne. Il est également mais en dehors de ses heures de travail aux petits soins pour Audrey, l'épouse légitime de Gerald. Il veut savoir la vérité, même si ses relations avec son frère n'étaient pas des meilleures. Mais pour cela il faudra piétiner quelques plates bandes et tordre quelques bras, ou plus si manque d'affinités et de collaboration.Frank, son frère, a vu son épouse le quitter dans des circonstances peu agréables, mais malgré cela elle s'est vengée par courrier interposé. Toute sa vie il aura tout subi sans l'ombre d'un signe de révolte, enfant et adolescent, il s'est arrangé pour passer inaperçu. Que s'est-il passé pour que quelqu'un décide de le tuer? Doreen, sa nièce âgée de quinze ans, sa mère dans une lettre envoyée à Frank, lui dit que son vrai père c'est Jack! Et le pire est que c'est possible! Mais elle l'ignore.
Margaret, la maîtresse de son frère, elle est mariée et un peu (doux euphémisme) prostituée, mais Frank ne l'ignorait pas, mais comme durant toute sa vie, il fermait les yeux.
Les livres de Ted Lewis sont très noirs, un noir distillé à toutes les lignes, ou de plein fouet ou en filigrane. Même l'humour quand il est présent est noir. Si vous pensez qu'il y a encore un soupçon de bonté dans la race humaine, il n'est pas sûr que vous le croyez encore à la fin de ce livre. Tout y passe, le décathlon du crime organisé, prostitution, tournage de film pornographique, un brin de racisme et de défense du territoire par les chefs de la pègre, quelques flics corrompus. Un monde de misère et d'alcool où les meurtres et passages à tabac sont monnaies courantes, mais personne n'est là pour rendre la monnaie de la pièce.
Une plongée dans les bas-fonds d'une ville industrielle anglaise, et encore c'était avant le déclin des aciéries.
Une chose me surprend toujours dans les romans noirs de années 1970, celui-ci date de 1971, il n'est jamais question de trafic de drogue! Heureuse époque!
Pour changer, un petit florilège de petites phrases...assassines!
- Ils n'avaient pas pris la peine de faire attention; ils n'avaient même pas pris la peine d'être intelligents.
- Tout était comme il y a huit ans la dernière fois que j'étais venu. Un endroit que l'on quitte avec plaisir.
- Elle n'était pas vilaine. Le seul problème c'est qu'elle avait exactement l'air de ce qu'elle était : une beauté de cabaret.
- Ses cheveux noirs étaient relevés en chignon ridicule et si elle avait la quarantaine c'était de justesse.
- Le mélange cidre et Guinness avait transformé son estomac en ballon de D.C.A.
- Valse jusqu'à dix heures. Bagarre jusqu'à une heure.
- Malheureusement, elle était grosse et la belle robe et le beau manteau n'avaient guère d'importance.
- ...il possédait cette beauté sans charme des types qui font de la publicité pour les après-rasage.
- Peter avait l'air aussi sinistre que Brixton à minuit.
- Elle sentait le nylon et la transpiration sucrée.
Éditions : Rivages/Noir.
Titre original : Jack's Return Home. (1970)
Ce roman a été réédité sous le nom de « Get Carter » suite à un remake du film de 1971, avec encore Michael Caine!
Mais pas dans le même rôle!
Autres chroniques de cet auteur :
Jack Carter et la loi. (qui marque les débuts de Jack Carter)
Plender.
*Vieille chanson!

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03 août 2008

PEACE David / 44 jours.

44 jours.
David PEACE.
Note : 5 /5.
Fair play & bosses!
De David Peace, j'ai lu il y a quelques temps déjà, « 1974 » et « 1977 » mais je n'ai pas pu finir « 1980 »?Cette année là, 1974, j'habitais Londres et j'aimais le football anglais, donc j'avais très envie de lire ce livre. Leeds United est champion d'Angleterre, les grandes équipes du moment sont Liverpool, Derby ou Ispswich. Dans les clubs qui descendent en seconde division figurent Manchester United!Brian Clough était un très grand joueur, une grave blessure arrêtera sa carrière professionnelle. Il deviendra un grand entraîneur en menant Derby County au titre suprême.
Adjoindre un grand entraîneur à une grande équipe, cela conduira à un des plus grand fiascos du football anglais!Ce livre se déroule du mercredi 31 juillet au 12 septembre 1974, date à laquelle Brian Clough sera renvoyé !
D'entrée (de jeu!), le malaise s'installe, l'auteur appuie où cela fait mal, très mal, les coulisses peu reluisants d'un club de très haut niveau, les querelles intestines à tous les échelons. Entre joueurs les amitiés supposées masquent mal des rivalités sportives, des dirigeants avides de notoriété, d'argent et de pouvoir, le tout forme un vrai panier à crabes d'où surnageront les plus forts ou les plus influents. Un des premiers gestes de Clough fut de détruire à coups de hache le bureau de son prédécesseur et de mettre le feu à tous ses dossiers dans un coin du parking des joueurs! C'est une manière surprenante de prendre ses fonctions! Les premières réunions avec les joueurs sont pour le moins tendues. Clough veut un jeu plus agréable, plus, dit-il, « d'honnêteté » de respect pour les adversaires et pour les arbitres. Et surtout il veut de nouveaux joueurs, estimant que cette équipe est sur le déclin et pas capable de gagner la coupe d'Europe. Signe du destin, le premier match officiel de Clough, rencontre de gala, opposant le champion au vainqueur de la coupe, sera une défaite contre Liverpool, et suprême injure, il verra pour la première fois l'expulsion de deux joueurs britanniques sur la pelouse mythique de Wembley! Dès lors, les carottes semblent cuites! Surtout qu'il demande des sanctions exemplaires contre Billy Bremmer, capitaine emblématique du club. La méthode Brian Clough ne passera pas et les résultats sont catastrophiques.
Brian Clough est à lui seul un des personnages les plus marquants du football anglais, un égo à toute épreuve, une haute opinion de lui même, une grande gueule et il n'était pas spécialement connu pour sa diplomatie. En plus l'auteur part de l'hypothèse suivante, il déteste tout à Leeds, en particulier son ancien manager Don Revie, qui a été nommé entraîneur de l'équipe nationale, poste qu'il convoitait. Les joueurs ne sont pas ses joueurs, tout est réuni pour un affrontement. Clough a toujours managé des équipes sans grand palmarès. Il avait les pleins pouvoirs, ce qui n'est pas le cas ici. Un personnage très ambigu, très compétent, mais visiblement pas fait pour ce club qu'il détestait cordialement. C'était également un commentateur de télévision dont les interventions ne passaient pas inaperçues et le desservaient souvent!
Les joueurs sont en général de vieux briscards, internationaux pour la plupart, et fortes têtes patentées. Des garçons comme Bremner, Gilles ou Hunter pour ne citer qu'eux avaient des caractères très forts, sur le terrain et en dehors. Un livre décapant sur le football anglais, des joueurs qui fument et boivent par exemple du samedi soir au jeudi matin! Certains clubs ont des dossiers sur les arbitres, cela aide parfois et explique certaines décisions pour le moins étranges. Le chantage est aussi une manière d'espionner l'ensemble de l'équipe, demander à un joueur nouveau venu d'avoir une oreille qui traîne et la langue bien pendue!
Par contre je pense que pour bien apprécier ce livre, il faut connaître un peu le football anglais de l'époque, où aucun joueur étranger n'était accepté, sauf les Écossais, les Gallois et les Irlandais. Johnny Gilles restera tout au long du livre « L'Irlandais ». Mais il reste très lisible sans le côté vécu qui lui donne un charme supplémentaire.
Deux écritures différentes, une classique où le narrateur est Clough lui-même. La seconde en italique nous plonge dans le passé de cet homme, sa blessure qui brisera sa carrière. L'auteur assène mots et phrases, les répétant plusieurs fois à suivre pour en souligner la dureté. Ses débuts de manager dans des clubs de troisième zone, son penchant pour l'alcool. Les doutes d'un responsable d'équipe de foot, les angoisses dissoutes au cognac, la solitude et la responsabilité car le résultat prime tout. Quelques notes positives, son amitié avec Peter Taylor qui durera toute sa vie et une famille unie malgré tous les problèmes de Brian.
L'épilogue de tout cela est plutôt triste. Brian Clough sera de nouveau champion d'Angleterre avec Notthingham Forest, équipe avec laquelle il gagnera deux fois la coupe d'Europe, en ayant la particularité d'avoir gagné plus de coupes d'Europe que de championnat! Il est mort d'alcoolisme en 2004 en laissant derrière lui un des plus beaux palmarès de l'histoire du football anglais.Un très grand livre, qui remet quelques pendules à l'heure, l'argent d'abord en 1967, le contrat de Clough comme manager de Derby est de 5000 livres par an? Ce qui au cours au 1er août donne 6354,0679 euros! Inflation quand tu nous tiens!
Extraits :
- Ils m'aiment à cause de ce que je ne suis pas. Ils me haïssent à cause de ce que je suis.
- Ton avenir : un choix par défaut.
- « C'est lui ou moi », dis-tu au conseil des dirigeants. Aux journalistes, aux supporters. « Lui ou moi .»
- Ce terrain où j'ai joué et toujours gagné, où j'ai dirigé et toujours perdu...
- Je me sers une nouvelle grosse rasade de Martell.
- Ce sont les joueurs qui perdent les matchs. Les joueurs qui gagnent les matchs....
Pas les théories. Pas les tactiques. Pas la chance. Pas la superstition. Pas Dieu. Les joueurs....
- Les plus belles heures et les plus beaux jours de ta vie.....
- La solidarité. Un pour tous et tous pour un. Une grande famille heureuse.
« Vous avez raison dit Bremner. Une grande famille heureuse ; jusqu'au jour où vous avez débarqué. »
- Le temps ne s'arrête pas. Le temps se transforme. Le temps va vite.
- « La chance n'existe pas, Don, tu réponds. Elle n'existe pas. »
- Le pouvoir et l'argent. L'argent et le pouvoir.
- Ce sont les hommes qui gouvernent le milieu, qui contrôlent le football britannique..
Éditions : Rivage/ Thriller.
Titre original: The Damned United (2006).
Note personnelle : Durant ce court laps de temps - 31 juillet/ 12 septembre - dans lequel se déroule ce livre, j'ai rencontré une jeune et charmante française, à Londres. Depuis nous sommes toujours mariés! Et c'est elle qui corrige mes nombreuses fautes d'orthographe!

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30 mai 2008

LEWIS Ted / Jack Carter et la loi.

Jack Carter et la loi.
Ted LEWIS.
Note : 4 / 5
Le silence est d'or.
J'ai déjà parlé de cet auteur britannique pour le livre « Plender ».
Écrivain cynique, sombre et désespéré dont les romans sont très noirs.
Jimmy Swann est aux mains de la police. A-t'il parlé ou va-t'il parler? Les Frères Fletcher, Gerald et Les, aimeraient bien le savoir, car s'il dit quoique se soit, leur séjour en prison sera plutôt conséquent, plusieurs décennies pour le moins. Donc il est plus qu'urgent de savoir de quoi il en retourne! Ils chargent un de leurs plus fidèles lieutenants, Jack Carter de se renseigner. Ce n'est pas forcément l'homme qui convient, car point de vue fidélité, la maîtresse de Gerald, l'un des frères est aussi la maîtresse de Jack, alors bonjour l'embrouille!En plus les frères Fletcher sont les rois de toutes magouilles de l'ouest de Londres, mais les frères Coleman sont les caïds de l'est de la capitale britannique, donc au royaume de la perfide Albion, ce n'est pas l'entente cordiale, et le fair play est allégrement remplacé par le "faire plaies""! Il y a parfois des dérapages, des passages à tabac un peu violents, mais cela ne concerne que des hommes de mains, alors on se déteste avec le sourire, mais attention à la moindre erreur.Bref, chacun essaye d'en apprendre un peu plus, de savoir déjà où est Jimmy Swan, Jack cherche dans la nuit. De bars gays en boites de nuit, nous le suivons dans les bas-fonds de la capitale anglaise. Sur son chemin surgissent des personnages peu recommandables, sadiques et tueurs. Pendant ce temps là, ses patrons qu'il n'apprécie pas plus que cela font la fête avec des truands américains. De quoi l'avenir sera fait, la liberté pour certains ou la prison pour d'autres? Jack qui est déjà dans le lit de la maîtresse d'un de ses patrons se verrait bien en plus reprendre ses lucratives magouilles!La presse s'empare de l'affaire avec une photo à la une qui met de l'huile sur le feu, et un début de débandade chez les Fletcher. Et quelques morts plus loin, Jack a en plus la police à ses trousses!
Jack Carter est un employé modèle, enfin jusqu'à un certain point! Qu'il méprise ses employeurs, cela se comprend.Audrey, maîtresse de Gerald, regarde son avenir parfois avec angoisse, mais jette un oeil très intéressé sur les remous que cause la mise en prison de Jimmy Swan. Le tout pour elle est dans sa situation plutôt inconfortable de ne pas se tromper de camp, choisir le vainqueur, sinon....?Le portrait que fait l'auteur des deux frères est pour le moins désobligeant : Gerald, malgré son argent ressemble à un clochard, Les, par contre est une espèce de gravure de mode!Footballeur sur le déclin, prostituées et travestis, joueurs invétérés sont les personnages secondaires de ce roman. Avec évidement le flic corrompu, vedette de la lutte contre la criminalité londonienne, et se dit que « Charité bien ordonnée comme par soi-même »et l'avocat des truands qui se demande aussi où le vent va souffler! Un chauffeur de taxi sans permis, bref un ramassis de minables .
On a le droit au décathlon du crime organisé, prostitutions, chantages, bars homosexuels, enfin tout ce qui peut représenter une mine de livres sterling (même dévaluées).
Parfois un humour très noir, et des descriptions de certains personnages d'une méchanceté assez hallucinantes.Un polar à l'ancienne bien écrit, à noter que chaque épisode porte le nom d'un protagoniste ou d'un lieu où se déroule l'histoire. Ainsi l'un des épisodes s'appelle sobrement « Le garage » et un autre, tel un peu de poésie dans un monde de brutes « La Fontaine de Jouvence », qui est tout simplement un salon de massage où officient des ex-jouvencelles! Laquelle «  Fontaine de Jouvence » se transformera en « Cimetière des pas si innocents que cela »!
De trahisons en coups tordus, une intrigue qui se lit très bien. Un peu moins psychologique que « Plender » ce roman nous permet de découvrir le côté noir du Londres des années 1970.
Extraits:
- Toi tu mourrais, tu aurais de la chance. Moi, il me réserverait un sort bien plus intéressant. Gerald adore son travail.
- Toutes les filles que j'ai connues n'était que des glaçons comparées à Audrey.
- Pour Gerald, les putes sont comme le scotch pour un alcoolique.
- ...tout est absolument parfait. La seule chose qui paraît déplacée, c'est Gerald et Les.
- Il fit partie de ces individus qui imprime leur style à leurs vêtements et non l'inverse.
- Audrey croise les jambes; le bruit du nylon ressemble à des parasites dans un poste de radio bon marché.
- En se posant sur le cuir, son cul fait le bruit d'un mauvais plongeur qui fait un plat dans l'eau.
- ...ils choisissent un type qui ne pourrait même pas impressionner Tom et Jerry.
- Ils sont à ce point aveuglés par leur réputation qu'ils se croient intouchables.
- ...autant essayer de soutirer la vérité au Premier Ministre.
- Toi, tu est tellement con que tu te dénoncerais toi-même sans l'aide de personne.
- Elle me dévisage comme si je lui avais demandé de me montrer sa culotte.
Éditions : Rivages/ Noir.
Titre original: Jack Carter and the law. (1974)

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15 décembre 2007

LEWIS Ted / Plender

Plender.
Ted LEWIS.
Note : 4 / 5.
Love me Plender*
Je ne connaissais pas du tout cet auteur anglais à la vie très courte, mort d'alcoolisme. J'ai donc voulu me renseigner. Sur le premier site spécialisé dans le roman noir, je lis ceci : né en 1940, mort en 1976 à 40 ans! Les degrés alcooliques font vieillir prématurément mais quand même!. Je regard ensuite sur Wilkipédia, là il est né en 1942, mort en 1982, mais il est signalé dans les naissances de 1940! Sur Evene, on ne se mouille pas pour les dates, seul renseignement "Écrivain américain"! Ne te retournes pas dans ta tombe Ted! Seule chose concrète de tout cela, je viens d'apprendre que le film "La loi du milieu" avec Michael Caine que j'avais beaucoup aimé est tiré d'un de ses livres.
Plender a réussi. Cet enfant né dans une famille pauvre occupe maintenant un poste élevé dans une mystérieuse société "Le Mouvement". Mais de sa jeunesse il a gardé la soif de monter dans la hiérarchie, de dominer. Pour cela, il lui faut détruire des hommes et des vies. Sa première cible est Froy ; par lui il cherche à identifier les vrais patrons. Surtout qu'il n'est pas exempt de tout reproche, il a gardé sous le coude et dans le plus grand secret quelques "clients" qu'il fait chanter.
Knott lui est devenu photographe. Toujours séduisant, il est heureux en ménage mais ne peut s'empêcher de multiplier les conquêtes. Il a connu Plender il y a longtemps, il a pris sa place de chef à la tête d'une bande de jeunes du quartier, puis en a fait son souffre douleur.
Quinze ans plus tard, le destin les réunit.Plender assiste à la mort accidentelle de la dernière conquête de Knott et à la tentative de celui-ci de se débarrasser du cadavre. Alors Plender va enfin régler ses comptes.
Entre souvenirs d'enfance et temps présent, les deux narrations se suivent puis se complètent, chacun prenant la suite de l'autre.
Brian Plender, maître chanteur entre autre, cherche à se venger de sa vie passée. Lorsque Peter Knott, qui pour lui en est le symbole, réapparaît dans son existence, alors tous les coups sont permis. Machiavélique, il tisse sa toile dans laquelle sa victime va se prendre. L'épouse de Knott lui servira d'alliée bien involontaire (ou peut-être consentante?).
Knott grâce à un mariage d'intérêt s'est élevé dans la société, mais sa réussite est uniquement basée sur l'argent que lui donne son beau-père. Malgré cela il trompe allégrement son épouse, avec ses modèles, attirées par une gloire factice. Homme cynique, mais réaliste, buvant beaucoup, il sait qu'il n'est rien par lui-même.
Pour ce qui est de l'écriture, je vais me servir d'un avis plus autorisé que le mien Robin Cook :
-"Son exemple, montre combien l'écriture peut être dangereuse, quand on s'y consacre comme il faut, et l'écriture de Ted Lewis prouve qu'il ne s'est jamais défilé devant la page blanche. Non... car pour Ted Lewis, la page blanche était un champ de bataille."
Un précurseur pour des écrivains très noirs comme David Peace ou Ken Bruen. L'autre face d'une littérature policière britannique un peu trop conformiste à mon goût.
Un roman noir et glauque comme le nord de l'Angleterre où il se déroule.
Extraits:
- Le Mouvement méritait amplement que je l'en remercie.
- Est-ce qu'il a réussi aussi bien que moi? Probablement. Il avait pris un bon départ.
- Je dois faire semblant de trouver cette fille à mon goût. Je dois lui donner l'impression que je la désire.
- Maintenant, je comprends que je suis en enfer. Ce visage penché sur le mien, je ne l'ai pas vu depuis quinze ans. Le visage de Brian Plender.
- Toujours à l'écart, mais il faisait tout ce qu'il pouvait pour se faire accepter. Il en faisait même beaucoup trop.
- C'était le souffre-douleur.
- Et quand on joue comme lui, un personnage qui manque d'authenticité, les convenances sont d'une extrême importance. Elles permettent de masquer les craquelures dans le vernis.
- Et il affecte la froideur propre aux jeunes gens de sa génération. A ses yeux, je suis presque un vieillard.
Éditions : Rivages/Noir.
Titre original: Plender.
*Titre revu et corrigé d'une chanson d'Elvis Presley. (Love me tender)

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