Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

05 avril 2009

MORGAN Cédric / Oublier l'orage.

Oublier l'orage.
Cédric MORGAN.
Note : 5 / 5.
Groix 2012.
J'ai découvert par hasard cet auteur natif de Vannes, admirateur de Gracq et de Nabokov, il est l'auteur de plusieurs romans, et a obtenu entre autre le Grand Prix de la ville de Carhaix en 2004 avec « Le bleu de la mer ».
Jason se remémore un souvenir d'enfance, en 2012 plus précisément, vingt huit ans plus tôt, il avait alors treize ans. Médecin retraité à Groix, il se souvient de la première fois où il est venu avec sa soeur jumelle, Jessie, sur cette île où était née sa mère. Paradoxalement, victime d'une maladie orpheline, il était condamné par la médecine.
« En ce temps là »commence en général un conte de fée. Ici ce n'est pas le cas, la canicule sévissait un an sur deux, les leçons du passé n'ont pas été profitables. La France est devenue un état d'ordre et de morale rigide, les « Obscurants » règnent, le « Trêfle noir » leur emblème flotte partout. Des règles de pudeur drastiques sont érigées en dogme. C'est là, à Groix que Jason va apprendre la vie et la morale des hommes et perdre son innocence d'enfant. Avec Jessie, ils habitent chez un parent Joseph ; ils partagent leurs journées avec des îliens de leur âge, se baignant, profitant de la vie. Parmi ces jeunes, il y a Aurélie, qui semble en savoir plus qu'elle veut bien en dire, et Kevin, un garçon avec qui il a des rapports cordiaux, malgré qu'il semble être très politisé. Mais Jason aime beaucoup Arthure d'un an plus âgée que lui, et aussi plus émancipée, n'hésitant pas à bronzer complètement nue. Une relation de plus en plus forte se noue entre eux, la vie devient un rêve.Les méfaits du régime en place ne sont pas encore trop visibles à Groix, protégée par son insularité. Jason n'a pas beaucoup de relation avec les adultes, le seul qui s'intéresse à lui est « Le Capitaine », ancien marin devenu cantonnier. Celui-ci parle parfois d'une manière qui parait étrange aux enfants, mais il possède une sorte de sagesse populaire. Le mercredi 6 septembre, le monde de Jason bascule, son amie Arthure est retrouvée, nue, morte, apparemment noyée! Mais avec des brûlures sur le corps!
Plusieurs années après, définitivement installé sur l'île, ce mystère le hante encore, il ne peut oublier, mais un jour il rencontre la mère d'Arthure de retour à Groix. En dépit de la méfiance de celle-ci, elle va lui raconter l'histoire de ce drame qui, en fait, remonte des années auparavant.
Jason, le narrateur, nous invite dans sa vie, surtout dans cet été 2012, l'été du bonheur, celui des premiers émois, de la découverte de la liberté sur une île encore épargnée par la dictature, même si déjà certaines mentalités changent. Il découvrira surtout l'amour avec angoisse et ravissement. Hélas, à Groix comme ailleurs, l'été n'a qu'un temps, et l'hiver parfois dure très longtemps.
Arthure, celle par qui le bonheur arrive, sauvageonne vivant seule avec son père, bénéficie d'une grande liberté d'actes et de paroles, elle semble de ce fait une victime toute désignée des miliciens de l'ordre moral.
« Le Capitaine », un original un peu bizarre, vivant à l'écart du bourg, ce qui ne lui déplaît pas. Aurélie pense que quelque part il cache un secret de famille, mais lequel? Joseph, l'oncle lui aussi évite certains sujets.
Caroline, la mère d'Arthure, se rappelle de la triste réputation de ce point d'eau ; des années avant, un jeune s'y était suicidé! Mais aujourd'hui elle pense qu'elle doit certaines explications à Jason.
Une narration à la première personne du singulier, Jason va recevoir des visiteurs et prépare son récit, au calme au cours d'une promenade matinale.
Une magnifique écriture, pleine de poésie, des mots justes, d'amour pour la vie. Mais également un terrible constat social, qui en cette époque troublée devient de plus en plus d'actualité.
Un très beau roman mêlant habilement une histoire d'amour entre adolescents et une réflexion politique sur le devenir de nos sociétés modernes.
Une de mes plus belles découvertes de ce début d'année.
Extraits :
- S'accorder à jamais à la même musique, coquelicot pour toujours en fleur dans les blés.
- Sur une île le temps ne court pas comme ailleurs, il avance en comptant ses pas. C'est un aveugle qu'on a lâché dans le désert.
- Admirez le pays, Groix s'étend en rond autour de vous comme un grand chat fatigué de sa nuit, le museau contre la queue.
- Le mûrissement précoce, sans doute faut-il y voir un résumé de la vie d'Arthure.
- Les Obscurants se nourrissaient des croyances et des principes des évangélistes américains, de leur langue de bois et de leurs attitudes de momies.
- De plus, aucun Groisillon n' avait accepté de s'enrôler dans la milice.
- Viennent-ils déchiffrer les citations en breton et en français gravées sur la stèle?
- Selon les premières constatations la mort datait de la veille au soir. Accident? Suicide? Crime?
- Des propos échangés, est ressorti que son sort ne choquait qu'à moitié ; beaucoup y voyaient une juste punition du ciel.
- Notre mère nous avait mis au monde sans avoir connu d'épousailles.
- « Le président des États-Unis a vu Jésus..... Le commentaire précise que John Ellis Bush, dit Jeb. Bush, réélu pour un second mandat il y a peu......
- Ne perdez pas de vue le contexte.
- J'ai songé absurdement qu'Arthure aurait quarante deux ans.
- Je reste là à fixer l'eau sombre comme si elle allait réfléchir l'ultime preuve qui me ferait défaut.
-Éditions : Phébus (2005)


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03 avril 2009

BUAN Hugo / Cézembre noire.

Cézembre noire.
Hugo BUAN.
Note : 4 /5.
Pot-Ker menteur.
Second roman de cet auteur malouin après « Hortensias Blues » déjà paru chez le même éditeur . L'île de Cézembre se trouve en face de Saint Malo, fortifiée par les Allemands pendant la dernière guerre, elle n'est pas encore entièrement déminée et inhabitée durant l'hiver. Seule une partie de l'île est accessible aux beaux jours. Sa plage a la particularité d'être la seule du département d'Ille et Vilaine à être orientée plein sud.
Berty, vieux rocker en retard de maturité et d'époque, au volant de sa voiture guère plus fringante que lui file vers ce qui lui paraît le far-ouest! Pour lui qui considère que passer le « périph » c'est la jungle, alors la Bretagne! Il n'a pas le choix, il a fini sa dernière partie de poker en caleçon, au propre et au figuré, alors le marché est simple, il tue quelqu'un et la moitié de son ardoise est effacée. La photo de sa victime doit lui parvenir par son téléphone portable. Du billard, Berty, du billard lui dit Kolo son créancier! Entre le poker et le billard il lui faut sortir le grand jeu.
Le voilà donc à Saint Malo cherchant à gagner (pas aux cartes), mais à la carte Cézembre! C'est le week-end du 11 novembre, le temps est relativement mauvais (doux euphémisme) et les transports ne courent pas les rues (ni la mer). En plus l'île inhospitalière et en cette saisons inhabitée reçoit un afflux de visiteurs dont la majeure partie de l'équipe du commissaire Workan! Qui doivent surveiller deux agents de la CIA, en mission tout ce qu'il y a d'officiel, si vous ajoutez quelques personnes en séminaire, pour une île déserte, c'est la surpopulation. Ne pas oublier un ancien militaire amputé d'une jambe, le vrai faux fantôme d'un allemand, et j'oubliais les propriétaires de l'hôtel et leur progéniture, Noël! Lequel Noël, qui n'est pas spécialement un cadeau, semble connaître beaucoup de choses pour son âge, ce qui agace profondément Workan qui est persuadé de l'avoir déjà vu.
Que font tous ces gens en ce triste week-end sur ce petit bout de terre? Cette île n'est pas un paradis fiscal, (c'est un peu plus loin), un navire pirate aurait-il été coulé un peu au large? Certains bruits parlent de la visite de Rommel, d'un de ses officiers d'état-major et de mystérieux bijoux? Bref, le mystère s'épaissit et le temps aussi. Surtout que la récolte de cadavre commence, la première victime est retrouvée une baïonnette allemande plantée dans la gorge ! Et tout cela pendant un week-end, veille de l'armistice, quel manque de goût!
Pour les personnages, nombreux à mon goût, commençons par les dignes représentant de la police locale. J'avais émis quelques réserves au sujet du comportement en particulier de leur chef Lucien Workan et de la puérilité de certains ou certaines de ses adjoints, dans ma chronique pour le précédent roman, et ils sont là au grand complet en vase-clos si je puis me permette cette comparaison! Mais peut-être que le site et les conditions atmosphérique les laissent sans voix ? Ils sont bien calmes et apaisés, à part quelques vannes (qui est dans le Morbihan) petites chamailleries, bien naturelles! Personnellement je les trouve plus crédibles comme cela!
Berty, enfin Albert de son nom de baptême est le prototype du « loser » et comme en plus il aime le poker, son cas est désespéré, mais vraiment désespéré! Car il n'a jusqu'à présent tué personne, c'est donc son baptême du feu, et d'entré de jeu (de carte) il ne connaît pas l'identité de sa victime! Et comme le téléphone ne marche qu'entre deux coups de vents! Bref plus bête et plus malchanceux tu meurs!
Les familles Montsiret et Tessepin imbriquées aussi bien par des liens familiaux que professionnels, complètent la distribution des rôles, et accessoirement des défunts! Chaque famille a ses secrets enfouis dans la mémoire, Daphné Monsiret par exemple semble porter sur ses frêles épaules d'adolescentes toute la misère du monde! Son père Hubert est un homme qui a réussi, belle situation etc...mais, il y a peut être une faille quelque part. Jacques Tessepin lui, semble être la dernière roue du carrosse de la famille, sa seule passion la photographie, des coquillages pense sa femme.
Les restaurateurs, les Darec, sont au nombre de trois, le père Léon, la fille Marie-Line et le petit fils Noël, jeune homme pour le moins affabulateur et mystérieux. Mais là aussi les secrets sont bien cachés même si ils sont bien présents dans l'esprit de certains.
Des dialogues percutants et plein d'humour, avec une intrigue solide et une fin inattendue. Un bon moment de lecture et un bon second roman. L'auteur rend très bien l'ambiance très particulière qui doit régner sur l'île coupée du monde avec en plus une météo apocalyptique! Un certain exotisme là où on ne l'attend pas.
Extraits :
- C'était ça, le temps breton. Pourvu qu'il ne pleuve pas.
- Il pleut des obus et il y pousse des mines. Tu ramasses une fleur à Cézembre et t'es transformé en hachis parmentier.
- L'île de Cézembre n'était pas l'île de la tentation. Les téméraires ne se ramassaient pas à la pelle.
- Une de perdu...... zéro de retrouvée.
- C'était pas Koh Lanta, ici, on n'était pas dans une île de branquignols.
-Ses yeux tombèrent sur le TÉTANIC laissé sans soins, sans capitaine.
- Il ne manquait plus que ça : une scène de ménage sur les lieux d'une scène de crime.
- Si tu cherches l'affrontement avec moi, tu as autant de chances de gagner qu'un solex de devancer une Ferrari dans un Grand prix de formule un.
Sauf si la Ferrari tombe en panne.
-La tempête s'était enfuie comme une voleuse vers le nord-est de la France, laissant derrière les séquelles de ses humeurs.
Éditions : Pascal Galodé (2009)
Autre chronique :
Hortensias Blues.
Hortensias Blues est en compétition pour le prix du « 
Goéland masqué » du festival du roman policier de Penmarc'h.

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18 mars 2009

CHEVALIER Gérard / Ici finit la terre.

Ici finit la terre.
Gérard CHEVALIER.
Note : 4 /5.
Et certains y perdent la vie.
Un auteur que je découvre avec ce livre. Cet ouvrage est en compétition pour le prix du Goéland masqué du festival du roman policier de Penmarc'h dans le Finistère. Gérard Chevalier est pour l'instant surtout connu comme comédien et scénariste. Ce livre est son premier roman.
L'île de Batz, à la fin de la guerre, là-bas comme ailleurs, des règlements de compte ont eu lieu. Soazig, une îlienne, était amoureuse d'Hans un allemand. Elle fut rasée et lui, fait prisonnier. Un peu plus tard, Hans revient sur l'île avec un autre de ses compatriotes, Villem, comme travailleurs prisonniers. Hans, pour aider une veuve à l'entretien de sa terre, Villem pour seconder Riou, le cantonnier . Ils seront tués tous les deux. Un marin amoureux de Soazig, qui avait menacé de mort l'officier allemand, apparaît comme le coupable idéal, mais un témoignage digne de confiance vient l'innocenter! Pourquoi ces deux hommes sont-ils morts, et par qui ont-ils été tués?
Et puis deux morts de plus, après les millions de la guerre! Pour les enquêteurs, un autre problème se pose, certaines révélations les mènent sur la piste d'un trafic d'armes, ils arrêtent les coupables, Loïc Le Gall et Pierre Madec, mais ceux-ci ne passeront même pas en jugement. Soazig, libérée de prison, s'est suicidée en apprenant la mort d'Hans.
Le temps passe, certaines familles s'enrichissent en ces temps troublés, des couples se séparent, d'autres se font. Les haines sont toujours aussi vivaces dans cet espace où pratiquement tout se sait.
Nous sommes en 1973, Le Menez, ancien garde-champêtre, qui n'avait jamais caché ses sentiments pro-allemands, est tué, puis vient le tour de Loïc Le Gall, famille qui s'est fortement enrichie depuis la fin de la guerre. Ils ont été abattus avec la même arme que les deux allemands, plusieurs années auparavant! Et cette arme qui, normalement, est au tribunal de Quimper, a en fait disparu.
Puis Pierre Madec est aussi abattu.......Et puis...... la liste s'allonge....
Commence alors une seconde enquête, qui mettra encore une fois en lumière la duplicité de certaines familles, leur sorte de repli sur eux-mêmes, leur défense opiniâtre de l'argent et de la terre.
Beaucoup de personnages dans ce roman, les femmes se révèlent plus intéressantes que les hommes souvent dépeints comme des coureurs de jupons frénétiques ou des arrivistes pour qui les conquêtes féminines et monétaires sont les seuls buts.
Soazig est une femme passionnée, altière, ardente et ambiguë, pleine de contradictions, elle choisira le suicide, laissant sa fille Marie-Hélène à la garde de Dominique qu'elle avait connue en prison.
Gwenaëlle, amie d'enfance de Soazig, est restée à Batz, s'est mariée, a eu des enfants, dont une fille qu'elle a prénommé Soazig, mais son couple s'est détérioré au fil du temps. La veuve Le Floc'h est une figure de l'île, respectée, elle a accueilli Hans et lui a toujours témoigné beaucoup d'affection. Affection qu'elle reportera sur Giuseppe, prisonnier italien, qui le remplacera et qui restera sur l'île.
Pierre-Yves Legarrec, après une période noire due à la liaison entre Soazig et Hans, sera initié aux joies du corps par une longue liaison avec une dame dont nous tairons le nom, puis il épousera Gwenaëlle après le divorce de celle-ci.
Certains personnages pittoresques, comme Braouzec surnommé « L'intellectuel », et son copain Chang, le chinois, ou d'autres comme Papy Riou qui, des années après, regrette encore la compagnie de Villem, nous réconcilient avec quelques-uns des hommes de ce roman.
Les habitants de l'île, les clans et les familles, la nature souvent hostile servent d'arrière plan à ce roman, âpre et dur mais qui se lit bien. Une histoire diabolique et une intrigue bien menée, un coup de maître pour un premier roman.
Extraits :
- À son arrivée sur l'île, Chang avait compris d'emblée les codes qui régissaient la vie de la population partagée en deux groupes inégaux et bien distincts : le peuple des gens de mer et le peuple des cultivateurs.
- L'ordre dont les Germains s'étaient portés garants se retourne contre eux.
- Mais quand ils ouvraient leur amour ou leur amitié, c'était pour toujours, gare à celui ou celle qui trahissait. Leur hargne aussi pouvait être aussi éternelle.
- Rescapés d'un conflit qui leur avait gâché de belles années, ils se laissaient aller à la joie de vivre sans réserve.
- Leur seule différence se situait au coeur : le père n'en avait jamais eu.
- Il aimait son île comme on aime une femme. Chaque fleur, chaque buisson, chaque oiseau lui appartenait.
-
Ses sens étaient-il plus forts que son coeur ?
- Le message dit : NEDELEG LAOUEN.
Vous croyez que je peux comprendre votre langue de sauvage!
- Il n'a pas voulu quitter Quimper, la véritable capitale de la Bretagne, à son avis.
- Tous ont conscience d'un drame dont les racines prennent naissance ici et essayent d'en trouver les raisons.
- Ça va jusqu'à des histoires de revenant, ou de l'Ankou, le personnage de la mort en Basse Bretagne.
- Ce sont des yeux qui peuvent rester ouverts indéfiniment sur l'horizon. Leur expression est dure. Des yeux habitués à défier le mauvais temps. Ou alors à le respecter. Sans haine.
- Et le journaliste enchaîne, imperturbable, sur le résultat du football, nouvel opium du peuple, occultant à lui seul les soucis de la gente masculine.
- Quant à l'île de Batz au XXIe siècle, elle défie toujours le temps.
Éditions : Coop Breizh. (2008)
Site du Goéland masqué, ici.

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11 novembre 2008

Le MER Françoise / Colin-maillard à Ouessant

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Colin-maillard à Ouessant.
Françoise Le MER.
Note : 4 /5.
Au royaume des borgnes...
Je me suis aperçu après coup que lors de ma semaine du polar breton, je n'avais parlé que d'auteurs masculins! Alors je tente de faire mon mea culpa ; bien tardivement, je le reconnais!
Or, à part Michèle Corfdir (et ici), j'avoue mon ignorance. Il me semble à Carhaix être passé plusieurs fois devant Françoise Le Mer, qui avait un grand choix de ses ouvrages policiers et comme j'en ai dans ma bibliothèque, et que c'est son premier roman, embarquement, non pas pour Cythère, mais pour Ouessant.

"Qui voit Ouessant voit son sang* » et du sang ils en voient les inspecteurs Le Gwenn et Le Fur en découvrant le cadavre de Marie dans un endroit retiré de l'île. Qui a bien pu commettre une telle horreur? Tuer avec une telle sauvagerie? Et pourquoi? Cette jeune fille dont la grand-mère réside sur l'île travaillait à l'hôtel Bellevue pendant ses vacances scolaires. Comment cette adolescente que tout le monde disait ordonnée a-t'elle pu oublier son sac à main à l'hôtel? Des mégots près du lieu du crime peuvent-ils aider à résoudre le meurtre?
L'enquête commence, François, petit ami de la victime, a un bon motif : elle venait de le plaquer le soir même. Les policiers ne croient guère à sa culpabilité. Il avoue avoir eu des relations sexuelles avec elle, mais pas ce soir là. Cache-t'il malgré tout quelques détails aux enquêteurs?
Les résidents de l'hôtel ont aussi leurs lots de secrets, certaines rencontres fortuites font penser que des relations hors mariage se nouent. Le Fur surprend une dispute, le soir au fond non pas d'un bois, mais du jardin, un homme et une femme, et des menaces de mort!
Maryvonne Goadec, qui travaille à l'hôtel, est certaine d'avoir trouvé ce qu'elle appelle « La poule aux oeufs d'or », quelqu'un qu'elle pense faire chanter. Mais on la trouvera étranglée dans l'hôtel! Quentin découvrira les goûts morbides de cette femme, qui collectionne les articles de journaux concernant des crimes horribles. Quelques jours plus tard, un nouveau crime est commis! Charlotte, la nouvelle serveuse est retrouvée étranglée.
Les pensionnaires de l'hôtel aussi méritent que l'on regarde de près leurs activités et les raisons de leurs présences à Ouessant. Présences qui ne sont pas toujours si innocentes que l'on croit, une femme étant par exemple venue pour voir enfin l'épouse de son amant! Lequel amant n'était pas au courant! Des couples avec chacun leurs secrets mais qui fournissent un alibi aux conjoints!
Les inspecteurs brestois, Quentin Le Gwenn et Michel Le Fur, sont les personnages récurrents de plusieurs livres, ils font ici leurs premières apparitions.
Le gentlemen et le rustre pourrait être l'appellation de leur tandem, l'un a une certaine classe, l'autre une vulgarité certaine, presque caricaturale parfois. Mais souvent c'est avec des gens différents que l'on fait les bonnes équipes.
Reconnaissons à Le Fur un langage très imagé, qui met un peu d'humour dans ce roman.
Beaucoup de personnages secondaires, car les pensionnaires de l'hôtel et le personnel sont les premiers suspects : des familles bon chic bon genre, un diplomate, madame et leur fille, une mère célibataire possessive et son fils, dont elle lit le courrier, un ornithologue qui semble planer, un couple de commerçants brestois, etc... bref un monde en modèle réduit. Le personnel est composé en majorité d'îliens. Seul le patron, son épouse et sa fille sont d'ailleurs. Ils viennent de reprendre l'hôtel depuis à peine 6 mois, venant de Nouvelle-Calédonie. Maryvonne Goadec pense avoir gagné le gros lot, elle déchantera! François, lui, connaissait Marie depuis longtemps, la déception lui aurait-il fait commettre l'irréparable, mais d'autres pistes surgissent?
L'auteur étant professeur de français, l'écrit est clair et précis, donc rien à dire à ce sujet. Cela mérite d'être souligné car ce n'est pas toujours le cas. Beaucoup d'humour également, certaines descriptions de la gente féminine ne sont pas très tendres :
- Un visage pensa Quentin, en pâte à modeler, encadré d'un brun terne assorti à son regard de brebis.
- Avec sa permanente serrée et son visage granitique, Quentin pensa qu'elle ressemblait à un caillou.
Les hommes n'ont pas non plus le beau rôle, égalité des défauts!
On apprend quelques moeurs de l'île qui paraissent bizarres, mais logiques, par exemple pour éviter que les chiens n'attaquent les moutons, ils les dégoûtent de la laine en les faisant dresser (façon de parler!) et pas très gentiment par des béliers. Cela calme leurs ardeurs à s'attaquer aux ovins pour toute leur vie!
L'auteur nous livre également une étude sur les us et coutumes des vacanciers, dont certains auraient préféré Saint Tropez! Un roman agréable qui se lit bien avec une intrigue qui tient non pas la route, mais la marée.
Extraits :
- Et puis étant donné votre position, je représente un peu la France.
- Il aimait cette ville, sa ville, malgré sa laideur, ou peut-être à cause même de sa laideur.
- Par contre Ouessant est un pays qui se mérite.
- Le temps des naufrageurs, hantés par la fin, était révolu.
- ...l'inspecteur Le Fur, dont l'estomac était réglé comme une journée de couventine.
- Ici, nous avons affaire à des durs à cuire, c'est pas comme sur le continent... Enfin, c'est plus rigolo aussi!
- Yvette Duquesne est aussi inconsistante que de la bouillie pour bébé.
- ...mais il n'y a que les anciens pour comprendre la sérénité du malheur.
.- ..il se conduisit comme une marquise douairière en visite de courtoisie chez un archevêque...
- La mère causait si fort que même mon copain Beethoven réclamait des boules Quiès.
- Mais l'adjoint de Quentin, tenace comme une bigoudène réclamant sa monnaie....
Éditions : Alain Bargain. (1998)

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26 décembre 2007

O'CRIOMHTHAIN Tomas / L'homme des îles.

L'homme des îles.
Tomas O'CRIOMHTHAIN (1856/1937).
Note: 5 / 5.
Dernier refuge.
Imaginez quelques îles perdues au large de l'Irlande, pas très loin certes, car visibles à l'oeil nu, mais si différentes. Les Blasket, ces dernières terres avant l'Amérique, le gouvernement irlandais a décidé de les évacuer en 1953, mais là sont nés ou ont vécu trois des plus grands écrivains irlandais de langue gaélique. Peig SAYERS*, Tomas O'CRIOMTHTHAIN et Muiris O SUILEABHAIN. Trois sur une population qui ne dépassa pas cent vingt, cent trente habitants! Les versions anglaises des noms pour les hommes sont Tomas O'Crohan et Maurice O'Sullivan. On peut y ajouter Micheal O'Gaoithin, fils de Peig Sayers qui mit sur papier les paroles de sa mère.
Au moment de son évacuation, seules vingt deux personnes y résidaient encore!
Ce livre, terminé en 1926 et publié en 1929, fut certainement le premier livre de renommée mondiale publié en gaélique.Tomas est paysan et pêcheur comme tout îlien, il est nécessaire d'avoir plusieurs activités. Les familles sont souvent nombreuses, mais beaucoup des enfants quitteront l'île pour partir, souvent en Amérique.Les naufrages, non provoqués (?) qui soulagent l'île de la misère en apportant des marchandises inattendues dans ces contrées, où l'auteur dit avoir eu l'âge adulte avant de boire du thé!Les habits bleus, honnis de la population représentent le pouvoir anglais, luttant contre l'alcool de contrebande et tentant de rafler le butin des naufrages.L'école et la nécessité d'apprendre l'anglais, mais les institutrices repartent pour se marier, et le poste reste vacant pour un temps indéterminé.L'habitat est en général petit et tout le monde cohabite, poulets, cochons, chiens et chats, seul l'âne reste dehors!La vie quotidienne simple, mais rude et la précarité de toutes choses ont amené les autorités à déplacer la population restante en Irlande, où elle s'est fondue petit à petit!
La vie et mais aussi son contraire la mort précoce, par maladie ou par la mer, grande dévoreuse d'hommes! Les îliens, société miniature, entraide, comme cette garde permanente signalant l'arrivée de tous bateaux, surtout ceux de l'administration anglaise!Les "continentaux", comme l'inspecteur scolaire aux quatre yeux, premier homme portant des lunettes que les enfants voient!
Une écriture sobre, certaines critiques parlent même de sécheresse, je pense que le but de l'auteur n'était pas d'écrire beau, mais vrai. On sent malgré tout une grande nostalgie, masquée parfois sous un humour naturel. Certaines expressions sont très imagées : "Le fond de l'écuelle" comme dit l'auteur, le dernier de la nichée. Ou toujours en parlant de lui même "Le veau d'une vieille vache".
N'attendez pas des héros au détour de ces pages, vous ne trouverez que des gens exceptionnels, mais modestes. Mais cette population fût une mine d'or pour les linguistiques du monde entier. Un témoignage indispensable d'un monde mort à tout jamais, l'île n'étant plus peuplée que de moutons et quelques bergers parfois.
Quelques lignes du poète Desmond Egan au sujet des Blasket :
- j'ai attendu du haut d'une falaise
quelque signe de la terre d'Irlande
ai commencé à comprendre pourquoi la médiocrité
n'a jamais été de mise ici
où la vie est un exil.
Éditions : Petite Bibliothèque Payot/ Voyageurs.
Titre original: An t'Oileanach (Titre gaélique).
A noter un excellent reportage sur cet auteur et les îles Blasket dans le Ar Men n°99.
* Voir la chronique.
http://eireann561.canalblog.com/archives/2006/05/10/1851294.html
Liste des ouvrages disponibles en français (à ma connaissance).
Peig par Peig Sayers (An Here)
Vingt ans de jeunesse par Maurice O'Sullivan (Terre de Brume)
L'homme des îles de Tomas O'Crohan (Payot)
Plus le recueil de poésie Peninsula de Desmond Egan (Fédérop)

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05 mars 2007

CORFDIR Michèle / Chasse à corps à Bréhat

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Chasse à corps à Bréhat.
Michèle CORFDIR.
Note :4 / 5.
L'île aux mystères.
Troisième roman de cette auteur suisse installée en Bretagne nord depuis vingt ans .
L'île de Bréhat, qui semble un petit paradis sur terre, peut se transformer en enfer pour peu que quelques personnes y viennent ou reviennent, avec des pensées ou arrières pensées plutôt douteuses.
Nous sommes la veille de la Pentecôte, tout est calme sur Bréhat, quelques personnes viennent en week-end sur l'île, d'autres y reviennent pour différentes raisons. Esther Mahé qui tient une pension de famille à Kersal, se réjouit de voir de nouveau du monde, pour elle qui n'est pas native de l'île, l'hiver est long. En plus son mari, après avoir abandonné la pêche, est rentré dans la marine marchande et navigue plusieurs mois d'affilée.
Parmi les visiteurs de passage, une chorale qui donne un tour de chant dans l'église et qui doit obligatoirement passer la nuit sur l'île. Parmi les autres arrivants, Yves Lebré, lui est îlien, il sort de 5 ans de prison et estime que certains des autres pêcheurs sont responsables de son séjour derrière les barreaux.Il pense entre autre que Bernard Mahé, le mari d'Esther, est un de ceux qui ont contribué à le faire condamner. Lequel François Mahé, suite à certaines lettres anonymes, rentre chez lui sans prévenir, doutant de la fidélité de son épouse. Mais la brume tombe sur l'île, les silhouettes deviennent confuses, se croisent, se frôlent. Sur une île, les solutions de fuites sont restreintes et tout le monde est au courant de tout. Le soleil reviendra, mais pour qui?La mer, elle inexorablement, remontera! Ester Mahé, seconde épouse de François, ne se doute pas des mystères et des haines qui l'entourent, pourquoi tous ses problèmes pour quelque mètres carrés cultivées? Elle tente de ne pas entendre les rumeurs sur le décès de la première épouse de son mari. Comment se fait-il qu'Yves Lebré, en veuille autant à son mari, celui-ci n'a fait que témoigner au procès? Qui a envoyé ces lettres à François lui disant que son épouse avait un amant? Ce sémillant professeur se vantant d'avoir un lit pour la nuit avec une îlienne dedans, qui depuis Guingamp voyage avec François et se vante de sa bonne fortune?Mariannig Fourrier, elle, semble attendre son tour, sera-t-elle la troisième épouse de François, elle qui fut "sa promise" et qui continue de travailler dans la pension de famille? Et si c'était le jeune Jérôme, cloué dans son fauteuil roulant et guettant à sa fenêtre, qui détenait une partie de la vérité? Les personnages sont en place, laissons le drame se dérouler. Une très belle écriture, en plus on sent que l'auteur connaît et aime la région, donc je serais indulgent si cela était nécessaire, mais même pas. Une très bonne analyse de la vie dans cette île, très près du "continent" mais si différente.
Un très bon suspense et une découverte.
Extraits:
- L'exotisme breton avait le vent en poupe.
- Très peu de gens échappaient au charme de Bréhat.
- Nous sommes des terriens et nous ne comprenons rien à cette mer qui monte et qui descend sans arrêt.
-
Le fait de vivre sur une île accroît encore la difficulté de trouver du travail.
- Nous nous sommes endettés pour acheter le "Gwen a Du", c'est le nom de notre bateau.
- Elle non plus n'avait pas changé. Toujours le concret pour cacher les sentiments.
- "Tu t'habilles comme une bonne soeur. Je me demande où tu trouves des fringues aussi tartes?".....
"Sur le marché de Paimpol".
Éditions : Éditions Alain Bargain. (2004)

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29 juillet 2006

O'DONNELL Peadar / Iliens

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Iliens.
Peadar O’DONNELL.
Note 4/ 5.
L’île sans trésor.
Un mot sur l’auteur, un personnage et un des écrivains irlandais les plus engagés sur de multiples fronts. Tour à tour, instituteur, syndicaliste, membre de l’IRA, il combat le nouvel état libre irlandais. Emprisonné pendant deux ans, il participera à la fondation de "An Phoblacht" le journal des républicains irlandais. Puis il fonde l’Irish Republican Congress. Il succède à Sean O’ Faolain à la direction du magazine littéraire "The Bell". La première publication de ce roman date de 1927, il a été réédité de nombreuses fois depuis, mais semble être la seule œuvre de cet auteur traduite en français.
Nous sommes sur Arainn Mhór, une île du Donegal vers les années 1918/1922. Nous suivons la vie d’une famille et par contre coup celle de cette communauté îlienne.
La mère est veuve, mais avec de nombreux enfants encore jeunes, elle tricote pour gagner sa vie, son fils aîné Charlie est pécheur mais la mer ne nourrit pas toute une famille. La misère s’installe au grand désespoir de Charlie. Deux des filles partent au "Lagan", riche vallée où des propriétaires terriens (la plus part anglais et protestants)louent de la main d’œuvre pour six mois. L’une d’elle mourra, faute de soins. Charlie se sent responsable de la situation, son caractère change, il ne participe plus guère aux veillées au grand désespoir de Susan, sa voisine. Le spectre de l’exil se fait jour, l’Ecosse puis l’Amérique. Une pêche miraculeuse donne un peu de répit financier, mais le malheur revient. Une naissance est suivie d’une mort, mais l’Irlande se révolte. La vie sur l’île restera malgré tout la même.
Une écriture sans misérabilisme, mais également sans effets d’éloquence, presque un livre documentaire. L’histoire romanesque est très banale, mais semble normale sur une île où les jeunes se côtoient depuis leur plus tendre enfance et semblent destinés à se marier. Mais ce livre reste malgré tout un agréable roman, comme un complément à "Peig" de Peig Sayers, sur la vie des îles irlandaises. Une course de bateaux et une pénurie de tabac sont des évènements marquants, ainsi que la visite d’un étranger participant à la guerre d’indépendance.
Un bon moment de lecture, juste un rappel que la vie dans les îles n’est pas seulement paradisiaque. A noter qu’il ne faut pas confondre "Arainn Mhór" avec les îles d’Aran qui sont également en Irlande.
Extraits :
-C’est plutôt moi qui devrait aller en Ecosse dit Charlie.
-Celui-là l’aîné des garçons, ne partageait jamais tout à fait l’entrain de la petite bande. Il avait un jour ou l’autre perdu le contact avec le reste de la nichée.
-Dame, admit Mary Manus, j’ai la plus belle petite de la paroisse.
Sur, tu as tout ça, reconnut Biddy. Et un brave garçon pour lui tourner autour.
-Mais non, faut qu’ils aillent au Lagan, gratter deux ou trois shillings, et après ça c’est l’Ecosse puis l’Amérique pour finir.
-D’autres femmes les avaient rejointes, et l’on échangeait gaiement potins et tabac à priser.
-Susan interrogea Charlie, et il répondit que Friel lui avait sauvé la vie face à une meute d’orangistes.
Titre original : "Islanders".(1927)
Editions : Dalc'homp Sonj!
Ce texte est (sauf erreur ou omission) ma 200ème critique sur ce blog. Je remercie tous les gens qui sont venus me lire et laisser des commentaires. J’ai encore quelques livres irlandais ou autres à découvrir, et donc à vous faire découvrir. A bientôt.
Yvon

Posté par eireann yvon à 15:04 - Littérature irlandaise - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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