Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

12 juillet 2008

ASTRUD Michèle / Amitiès

Amitiés.
Michèle ASTRUD.
Note : 4 / 5.
Vacances d'enfer!
Ce livre qui est estampillé « Récit » est la première oeuvre de cette auteur que je lise. Je n'ai d'ailleurs pas trouvé beaucoup de renseignements sur elle. Elle a écrit au moins deux autres ouvrages.
Une forte pluie et une fuite sur un toit vont-elles faire tomber à l'eau les vacances de ce couple? Il part pour dix jours chez des amis. La femme n'est pas très enthousiaste à cette perspective, en plus si cette maison qu'ils viennent d'acheter a des problèmes d'étanchéité? Mais elle cède à son mari et en voiture! Pendant le premier repos sur la route, un couple s'invite, Alain et Anna, à leur table, puis dans leur vie. Ils repartent ensemble au grand dam de la narratrice, mais par lâcheté ou par naïveté, Olivier accepte et les vacances dérapent. Un accident immobilise la route pendant des heures, Olivier garde les voitures et les enfants. Pour la narratrice les événements s'enchaînent, certains réels, d'autres paraissent tenir du cauchemar. Ces hommes avec elle près de la rivière, ses mains sur elle, Alain qui regardait la scène? Rêve ou réalité? Anna lui propose de faire une blague à son mari Alain. Persuadée de ne jamais revoir ce couple, elle accepte. Dans un petit village pris d'assaut, ils trouvent par miracle deux chambres, mais les gestes et les paroles deviennent de plus en plus ambigus. La solution pour Olivier et son épouse, la fuite au matin, la route et enfin les vacances, les vraies entre amis......
La narratrice est une femme plutôt sauvage, poussant son goût de la solitude assez loin. Sans réelles amitiés, elle accepte celle de cette femme complètement inconnue, mais se trouve prise dans une situation où ses sentiments deviennent confus et exacerbés.
Olivier, le mari, est conseiller technique dans un cabinet d'architecte. A-t-il pris pour lui le célèbre proverbe « Les cordonniers sont les plus mal chaussés ? ». Toujours est-il que le toit de la maison, que lui et son épouse viennent d'acquérir, n'est pas dans le meilleur état possible. Il parait très effacé, aveugle ou refusant de voir les manigances se déroulant autour de lui. Il acquiesce pour faire la route avec ce couple rencontré par hasard tout en le regrettant. Anna est enceinte, soumise, mais lucide, elle reconnaît un comportement irrationnel. Elle espère quitter son mari,  et est prête à lui mettre une autre femme dans les bras. Une lutte d'influence va l'opposer à son époux, qui des deux aura le dernier mot? La force de l'homme ou la ruse et la séduction de la femme? Alain, « beauf » intégral, violent envers les plus faibles que lui, couche volontiers avec tout ce qui bouge. Donc la narratrice ne serait pas pour lui déplaire, et il ne lui déplaît pas non plus.
Alexandre et Jannie sont les amis chez qui ils vont en vacances. Ils ont loué une maison comme dit l'auteur dans le style moderne, copie en moins bien de la demeure bourgeoise de « Mon Oncle » de Jacques Tati. Lui est en vacances pour perdre du poids, elle est une femme trop bien habillée pour le lieu! Ils semblent s'ennuyer, mais l'arrivée de leurs amis ne paraît guère changer le contexte.
Tous vont se retrouver confrontés à une situation qu'ils n'avaient pas prévue et qui laissera des traces.
Une atmosphère des plus étranges entre séduction et haine, entre soumission et domination. Un récit basé sur une ambiguïté permanente et les comportements de ce couple rencontré par hasard sur une aire de stationnement, qui dominent la situation et s'imposent progressivement.
Un livre qui me fait hésiter, certaines situations étant à la limite de la réalité, mais l'auteur, comme elle le fait avec ses personnages, joue avec des situations très ambiguës. L'amitié dans ce concept de vacances communes en prend un sérieux coup, mais n'est-ce pas souvent le cas? Les désirs sexuels peuvent aussi faire changer les gens.
Un livre à lire car très original et sans temps mort.
Extraits:
- Vous êtes téméraires. Dix jours avec des amis, c'est très long. Chapeau bas si vous réussissez à ne pas vous fâcher.
- Avec mon mari, l'idylle n'est plus vraiment parfaite. Je songeais plus à partir qu'à avoir un autre enfant.
- Après vingt-cinq ans, elles ne valent même plus la peine qu'on s'use les doigts à les caresser.
- Dans l'obscurité moite et épaisse, il a soudain un visage si attirant, son regard est noir, brûlant, dévorant.
- Non aucun risque, si je n'avais pas été là, il ne t'aurait sans doute pas effleuré. Il a besoin de spectateurs.
- Ces vacances sont un calvaire, un chemin de croix.
- J'ai l'impression que l'on me les a expédié pour expier mes fautes.
- Notre couple ordinaire avec sa petite fille erre dans un décor à la Jacques Tati, style « Jour de fête » version couleur.
- Aurais-tu mis à jour des tendance homosexuelles que tu ignorais?
- Nous sommes maintenant pris au piège. Accueillis comme des sauveteurs, nous ne pouvons que les décevoir.
- Pourquoi nous recevoir si mal?
- Est-elle une génitrice indigne et castratrice?
- Tu as l'âme d'une femme de chambre, tu as raté ta vocation me lance-t-il avec ironie, avant de s'allonger et de fermer les yeux.
- Tu te trompes, tu n'es pas plus coupable que les autres. Quand une amitié dégénère, il n'y a pas qu'un seul responsable, ce serait trop facile.
Éditions : Entre-Pont.( 2002).

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08 juillet 2008

McKINTY Adrian / Le fleuve caché.

 

Le fleuve caché.
Adrian McKINTY.
Note : 4 /5.
Denver et contre tous.
J'avais lu, il y a quelques années « A l'automne je serai peut-être mort » de cet auteur irlandais vivant aux États-Unis. J'avais bien aimé, mais je n'avais pas été tenté de lire autre chose. Quelques ouvrages récemment sortis ont rappelé cet auteur à mon bon souvenir.
Pourquoi Victoria Patawasti, Irlandaise d'origine indienne est-elle morte assassinée dans le Colorado ? Évidemment un homme a été arrêté, travailleur mexicain, il est le coupable idéal.
Un lettre anonyme convainc le père de la jeune fille, que l'affaire n'est pas si simple que cela. Il se souvient d'Alex Lawson, un policier irlandais qui a été amoureux de Victoria. Alex, ex-inspecteur de la R.U.C*qui est dans une très mauvaise situation en Irlande, accepte d'aller aux Etats-Unis.Malgré des débuts et une promotion fulgurante, il a quitté ses fonctions. Depuis il se drogue à l'héroïne, mais certains de ses collègues se sont suicidés ! Car en plus du crime ordinaire ces policiers doivent composer avec la méfiance de la communauté catholique, car ils représentent le pouvoir britannique.Il leur faut aussi composer avec les paramilitaires des deux bords qui oublient leurs grands principes pour s'enrichir. La mort de Victoria lui donne l'occasion rêvée de quitter l'enfer qu'est sa vie. Il part avec John, son meilleur ami, policier lui aussi, mais le rêve américain n'est-il pas une utopie?
Alex et John trouvent un premier témoin, le supérieur hiérarchique de Victoria, qui leur parle de détournements de fonds que Victoria aurait découverts dans l'organisation écologique pour laquelle ils travaillent. Il parle également d'autres morts dûs à cette affaire mais il se tue accidentellement. Alex et John qui étaient sur les lieux doivent fuir la police. Puis un coup de téléphone apprend à Alex que son retour en Irlande pourrait être plus que nuisible pour sa santé. Il ne lui reste plus qu'à devenir clandestin aux U.S.A. . Par amitié John reste avec lui. Il faut aussi trouver du travail. Alex est embauché où travaillait Victoria.....Il découvre peu à peu la vérité.
Alex Lawson est un personnage à la dérive mais il pense qu'il gère sa dépendance. Devant témoigner contre certains de ses ex-collègues dans un procès pour corruption, il est l'objet de menaces. La fuite dans l'héroïne puis vers l'Amérique sera-t-elle sa planche de salut ? Un personnage attachant, fragile, mais on sent le lien très fort qui l'unissait à Victoria, son premier amour.Son copain John est un aimable faire-valoir. Ami d'enfance un peu naïf et pas très finaud, il est le compagnon de galère idéal.
Les frères Mulholland, présidents et fondateurs de l'organisation écologiste ressemblent à des gravures de mode de parfait arrivistes. Paraissant désintéressés dans leurs pensées, ils sont en réalité très intéressés par l'argent et le pouvoir.Ambre est l'épouse de Charles Mulholland, beauté fatale, quintessence de la femme, les têtes masculines tournent, et tombent sur son passage. L'auteur n'y va pas de main morte dans les superlatifs :
-Les yeux d'Elizabeth Taylor, le cou d'Audrey Hepburn.
Alex et John habitent chez Pat, victime du SIDA, il n'est pas regardant sur ces locataires qui lui tiennent souvent compagnie. Plein de personnages un peu secondaires peuplent ce livre sur l'envers du décor américain, des arrivistes politiques aux écologistes sincères bernés par plus malins et plus puissants qu'eux.
Un roman agréable à lire, bien écrit, très classique dans la forme. Une intrigue qui tient la route. Un soupçon de magouille électorale, un zeste d'érotisme, un ancien crime qui refait surface, un maître chanteur, une femme fatale en mante religieuse.
Dommage à mon goût; il manque une petite touche de folie ou de lyrisme pour faire un très grand roman. Mais ce n'est pas une raison pour bouder ce livre bien au contraire!
A l'instar de Ken Bruen par exemple, McKinty parle beaucoup de littérature, mais plus spécifiquement irlandaise. Il cite Brian Friel et sa pièce « Danser à Lughnasa », William Yeats et Seamus Heaney.
Extraits:
- J'avais été le superflic de la bande, une grosse légume de la RUC. Un inspecteur.
- Le choix était simple : dealer avec les paramilitaires ou ne pas dealer.
- La violence n'est jamais très loin de la surface dans ces banlieues nord de Belfast.
- Huit cents ans que l'Angleterre était empêtrée dans ce coin abominable. Huit cents putain d'années.
- Contrairement à beaucoup d'autres agents de la RUC, je ne m'étais pas logé une balle dans la cervelle.
- Ils ne connaissent pas le Denver de Kerouac et de Cassidy, des vagabonds qui sautent des trains de marchandises dans la plus grande gare de triage de tout l'Ouest.
- « L'ouest de Belfast par un mauvais jour! Putain, c'est vraiment pas comme cela que j'imaginais l'Amérique ».
- Pourtant je savais qu'il était trop tard. J'avais mordu à l'hameçon.
- Dans les lycées catholiques ont apprend le gaélique; dans les lycées protestants le latin.
- Et passer le reste de ma vie à attendre que l'on me retrouve- ils y parviennent toujours.
- Par une belle matinée ensoleillée, je sors acheter mon journal à Perth, en Australie et un type à l'accent irlandais me dit salut, Alexandre et me loge une balle dans la tête.
Éditions : Série noire / Gallimard.
Titre original: Hidden river (2005)
*Royal Ulster Constabulary, police nord-irlandaise qui était composée et qui l'est peut-être encore de 95% de protestants.

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05 juillet 2008

LISPECTOR Clarice / Ou étais-tu pendant la nuit?

Lu et écouté dans le cadre de : Babelio

Où étais-tu pendant la nuit?
Clarice LISPECTOR.
Note : 4 / 5
Labyrinthe intérieur!
Recueil de 17 nouvelles d'un auteur que j'affectionne particulièrement. De petites tranches de vie et aussi de mort!On retrouve dans ce livre l'univers de Clarice Lispector, le Rio des classes moyennes ou de la bourgeoisie brésilienne, avec un certain mal de vivre, et on la retrouve elle aussi avec ses interrogations.
« A la recherche d'une dignité », une femme plus très jeune, malgré ce qu'elle en pense, est perdue dans le labyrinthe souterrain que forme l'infrastructure du stade Maracana de Rio de Janeiro. Elle est également égarée dans les méandres de ses pensées confuses ou embryonnaires. Elle a rendez vous, mais où? En plus elle rêve d'un dernier amour avec un chanteur à la mode! Par ici la sortie, madame!
« Esquisse de chevaux » est un très beau texte, mais très étrange également. Chaque esquisse porte un nom : Pseudo-domestication ; Au coucher du soleil ; Dans l'aube froide ; Dans le mystère de la nuit.
La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, Il-Elle, créature mythique, mélange des deux sexes célèbre une messe de nuit dédiée aux plaisirs. En haut de la colline, différents personnages surgissent de la nuit. Mélange de bacchanales sexuelles, de magie noire et de sorcellerie, la nuit passe. Puis vient le jour....... Ombres de la nuit, où êtes-vous?
« Compte rendu de la chose », le titre semble alléchant, alors prenez le temps de lire cette nouvelle!
Une vieille femme perdue dans un monde qu'elle ne maîtrise plus, un chauffeur de taxi qui ne connaît que le nord de Rio, et qui ne va jamais au sud!
Dans « Le départ du train », une femme riche et âgée semble fuir, mais qui ou quoi? Edouardo, sa famille, elle-même , ou bien alors l'inéluctable?Une veuve à l'ancienne, stricte envers les autres et les autres, adepte de la  manigance , que la sainte église la protège! Et préserve son sommeil!
Deux amis, mais un jour, ils n'ont plus rien à se dire! Qu'est ce que l'amitié sans la parole?
Une femme et un sagouin dans un autobus, dans « Un après midi bien rempli», les transports ne sont pas toujours en commun.
« Une histoire embrouillée » ce n'est pas le tout de le dire, il faut la lire. Il était une fois........etc.
J'ai toujours bien aimé l'écriture de Clarice Lispector, même si parfois j'ai du mal à en comprendre la finalité! Quelques nouvelles traitent de la vieillesse, chose que Clarice n'atteindra pas, elle est en effet décédée à 57 ans.
Ce recueil est plein de nostalgie, le temps qui passe et la mort qui s'avance. La solitude des gens âgés, un dernier sentiment amoureux pour espérer revenir au temps de la jeunesse enfuie. Un reste de vie et d'espoir.
Il est à noter que trois nouvelles de ce recueil « C'est là que je vais », « Silence » et « Tant de douceur » figure sur le CD « L'imitation de la rose » avec le recueil du même nom, extrait, lui de « Liens de famille ». Ces textes sont (très bien) dits par Hélène Fillières. Ce fut une découverte que de lire un texte en l'écoutant en même temps! Mais j'ai malgré tout plus de plaisir dans la lecture. Je félicite les éditions « Des femmes » pour ces enregistrements que j'écouterais bien volontiers quand je serai (encore) plus vieux que maintenant.
Extraits:
-Le corridor vide marqua un coude. Ce coude franchi, la dame tomba sur un autre tournant. Qui la mena vers un autre corridor qui présentait un nouveau coude.
- N'était-elle pas la proie de cette chose qu'elle appelait pudiquement « cela »?
- Mais elle pensa qu'il était trop tard pour avoir un vrai destin.
- Souillé sans retour par l'âge.
- A partir d'un certain âge, ce qui fut n'a plus d'importance. On rentre dans une race différente.- Elle était devenue son propre futur.
- Je dois tuer quelqu'un en moi.
- Il était douloureux de vivre. Vivre était une plaie ouverte.
- Elle s'était incarnée en lui et Il s'était incarné en elle.
- Personne n'assassinait personne car tous étaient déjà assassinés.
- Je suis cette femme qui ne veut que la joie. Mais je ploie devant la mort. Qui viendra, elle viendra, elle viendra. Quand? C'est bien là la question, elle peut venir n'importe quand.
- La folie est voisine du plus cruel bon sens.
Éditions : Éditions des femmes.
Titre original: Onde estiestes de noite (1974)

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04 juillet 2008

COLLECTIF (sous la direction de Gérard Alle) / Grains.

Grains.
(Nouvelles noires de Bretagne)
Collectif (sous la direction de Gérard ALLE)
Note : 4,5 / 5.
Des nuages noirs se dirigent vers.......
On reprend les mêmes que pour « Crachins », mais pas tous . On garde le même chef d'orchestre, Gérard Allé, quelques recrues repartent pour une seconde partition, Nicolas de La Casinière, Marie Hélias, Michel Ligny et Michel Toutous. Quelques nouveaux solistes, Hervé Bellec, José-Louis Bocquet, Denis Flageul, Louarnig Gwaskell, Yves Leroy et Patrick Pommier viennent compléter la formation.
Au moins ici, on sait où les auteurs nous emmènent, vers des nouvelles de différentes nuances de noirs, voyons s'il n'y aurait pas un petit rayon de soleil par ci, par là.
Pas d'éclaircie dans « La Baleine triomphante », Jeff se promène au cap Frehel, sorte de pèlerinage en hommage à la chanteuse du même nom. Là il sauve une jeune fille du suicide et tabasse l'homme qui était avec elle. « Non Jeff t'es plus tout seul aurait pu chanter Brel, mais les chansons de Frehel étaient dites réalistes, et la réalité est souvent sordide.
« Fruits Rouges » est un conte moderne sur le différend qui oppose les agriculteurs « bio » et les éleveurs de porcs, partisans de méthodes intensives et leurs difficultés d'épandages. « Fruits rouges » comme son surnom l'indique fait pousser des fruits pour faire des confitures qu'elle vend dans les marchés avoisinants. Sa situation financière est précaire, alors « Le Seigneur de Goret-Land » lui fait une proposition. Mais pour la jeune femme, c'est vraiment donner de la confiture aux cochons!
« Maman » reviendra bientôt » est une nouvelle que j'ai trouvé un peu déroutante dans sa conception mais excellente au final. La double culture « Américano-Bretonne » est-elle possible chez les jeunes de la deuxième génération? Et autre question, le fait de tuer un jour est-il héréditaire? Parce que des membres de ta famille ont été des assassins, le deviendras-tu toi aussi? L'auteur essaye de faire le tour de la question, mais un événement indépendant de sa volonté mettra fin à l'histoire!
« Le sang des fées » c'est le récit de la vie de deux couples ordinaires qui deviennent voisins, ils sont en retraite, calmes et pondérés, mais un jour, l'un comme l'autre vont tomber sur un mur...de haine!
Pas d'éclaircie non plus dans « Squatt à mort » où des « Anges » purificateurs et exterminateurs nettoient la ville de Morlaix, un cauchemar éveillé! Que valent les vies de trois SDF? Du très noir!
« Un petit chapeau rond rouge » au pays des « Bonnets rouges » ne pouvait pas avoir l'air d'un conte, mais plutôt du règlement de comptes. Une superbe nouvelle, triste et dure. A lire.
« Ne touche pas à la Dame Blanche » conte moderne, Viviane/Morgane, dualité entre la mythologie et le monde moderne.
Un rayon de soleil, enfin, dans « Carpe Diem », un couple sans problème s'ennuie. Que faire? Ils ont tout fait, mais comment reprendre goût à la vie! Ils leur restent une solution.. la mort!
Des personnages hétéroclites peuplent ces récits,un homme qui croit enfin au bonheur, mais la vie est changeante. Une jeune femme et sa bonne fée « Petite voix » vont résister à l'argent et à ce qui semble inéluctable. Un homme qui avait promis à sa grand-mère qu'elle serait enterrée à Gourin, mais de New-York, vu la différence de prix des transports, il vaut mieux ne pas attendre qu'elle soit tout à fait morte, et puis mourir au pays, c'est mieux non? Un prof de dessin touche enfin au bonheur, la retraite. Alors il est temps d'aller habiter sa maison dans la campagne bretonne, de se promener dans cette forêt qu'il aime tant. Des marins naufragés sur le quai d'un port lui-même sinistré. Pour eux l'oubli arrive vite. Un homme qui se retrouve contraint de renier tous ses idéaux et à trahir tous ses amis. Le client d'une banque, écrivain se trouve à renégocier un emprunt avec l'épouse du directeur de sa banque. Mais il n'avait pas prévu la suite de l'échéance! Loic écrit une lettre à Elise, c'est beau. Mais en 2050, c'est dépassé, comme tout le reste d'ailleurs. Des écritures dispersées ce qui est normal dans ce genre de recueil. Ce n'est pas, encore une fois, la Bretagne des cartes postales qui est au rendez-vous, mais celle, où comme dit Jean Kergrist « Saint Lisier » ne chôme pas sur le calendrier. Ici comme ailleurs la société moderne avance, avec son lot de misère matérielle et humaine. Un excellent recueil qui n'aura malheureusement pas de suite.
Extraits:
- Surtout il avait l'impression qu'elle était jeune. Et lui...plus très.
- On voudrait pas tomber, mais on penche...on penche...
- L'enveloppe, mais pas ce qu'il y avait à l'intérieur. Le corps mais pas le coeur.
- On était en septembre, septembre gris des remembrances.
- Mon lit et moi on fait chambre à part souvent.
- Il n'a pas trouvé de fille. J'ai pas encore rencontré de garçon.
- Après l'abattage, la transformation n'est pas une mince affaire.
- Je crois que mon père passait beaucoup de temps à se défoncer avec ses copains.
- Lorsque j'ouvris la porte je tombais dans un regard, et ne pus quitter ces étranges yeux verts rieurs en amande.
- Quelque part en Centre-Bretagne...où la vie fout le camp, où quelques vieilles en sarrau ânonnent leurs chapelets...
- J'ai baisé la tête. Le mal était fait. Le vin était tiré.
- Quand elle se droguent, c'est au chouchenn dans des verres à bock?
- Malheureusement, le seul fait qu'ils soient les héros de cette histoire....
Éditions : Baleine.

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01 juillet 2008

KINGSOLVER Barbara / Un été prodigue.

Lu dans le cadre du « Blogoclub »Blogo

Un été prodigue.
Barbara KINGSOLVER.
Note : 4,5/ 5.
La nature de la vie, la vie de la nature.
Une lecture dans le cadre (très sympathique) de l'ex-Club des Blogueuses. Avant de commencer je voudrais les remercier d'avoir changé de nom pour moi ! Le club des Blogueuses n'est pas mort, juste en sommeil. Mais place au Blogoclub!
Revenons à Barbara Kingsolver qui est une affaire de famille, c'est en effet ma plus jeune fille qui m'a fait découvrir cette auteure. Résultat, je pense avoir l'intégrale de ses livres en français, elle a l'intégrale de ses livres en anglais!
L'auteur nous raconte en parallèle la vie de trois femmes.
L'une, Deanna, est garde forestière dans l'immensité des Appalaches, elle a fui un mari plus vieux qu'elle et la civilisation. Depuis plus de deux ans elle vit seule, ses rares visites sont celles des animaux des environs et le ravitaillement tous les mois, qu'elle évite de croiser. Mais même en plein milieu des montagnes il est possible de rencontrer des prédateurs ! Et certains prédateurs, tel le chat avec une souris, jouent avec leur victime.
Lusa est une scientifique, sa passion, les insectes et les papillons. Elle a épousé Cole et s'est installée à la campagne. Son mariage n'est pas une réussite, sa belle-famille la déteste et la méprise ouvertement, son mari n'est guère plus agréable avec elle. Elle est et reste une citadine cultivée, peu à sa place dans ce milieu. Ses origines arabe et polonaise n'arrangent pas sa situation, mais elle sait que l'attachement qui les unit, son mari et elle, est absolu et sincère.
Nannie, elle, est une militante écologiste avant l'heure. Fille-mère, elle a, il y a quelques années, scandalisé les habitants des environs, en revenant avec un enfant sans en épouser le père. Ses méthodes et ses prises de position lui ont valu une solide haine de la part de son voisin le plus proche, être sauvage, aigri et curieux.
Ces trois femmes ont , ou bien ont eu leur lot d'amours et de déceptions. Par petites touches nous faisons leur connaissance, découvrant ce qui les reliera un jour.
Deanna pense avoir fait le bon choix, se retirer de la civilisation, vivre au contact permanent de la nature. Ancienne institutrice, elle semble heureuse, s'émerveillant d'une meute de coyotes, du chant des oiseaux, les hommes semblent la laisser indifférente. Mais.....Lusa est veuve maintenant, en charge de la ferme. Pour cela elle doit composer avec son entourage familial, elle a besoin de l'aide des hommes et du soutien des femmes. Et jusqu'à présent, elle ne les a jamais obtenus ! Et cela dans un monde agricole à l'agonie où les petites exploitations périclitent.Nannie, la plus âgée, est en guerre permanente avec son voisin veuf, qui tente de réintroduire le châtaignier qui avait fait la fortune de sa famille dans le temps. Mais Nannie a bravé d'autres tempêtes pour se laisser impressionner.Tout ce petit monde semble vivre en parfaite autarcie, seules quelques courses les emmènent à la ville la plus proche.
Elles ne le savent pas mais quelque chose les unit.
Un détail amusant, chacun des personnages féminins de cette histoire a un nom de chapître, toujours le même, que l'on retrouve tout au long du livre. Sauf le dernier qui, lui, porte juste un numéro.
Je pense qu'il n'est pas nécessaire de dire que l'écriture de Barbara Kingsolver est belle, juste et précise. Quand une telle ode à la nature sert de décor à une belle intrigue, on ne peut que s'en féliciter. Car l'histoire de ces femmes est elle-même une ode à l'amour et à la vie, mais cette vie , n'est-elle pas menacée ?
Un très grand livre qui parle tour à tour de la nature, des relations entre hommes et femmes, de la famille, bref de la vie mais aussi de la mort. Chaque fois que je lis cette écrivain, je ne peux m'empêcher de penser à son ouvrage « Petit miracle et autres essais » qui fut ma première lecture de l'une de ses oeuvres.
Une grande dame qui, je pense, mérite tout notre respect, pour ses qualités d'écrivain et son engagement pour la préservation de la planète.
P.S. Merci à Sylvie, à Lisa et aux autres de m'avoir en quelque sorte forcé la main en votant pour ce livre!Extraits :
- Mais la solitude n'est vécue comme telle que par l'être humain.
- Les deux années passées seule l'avaient rendue aussi indifférente qu'une aveugle à l'apparence de son propre visage.
-« J'en ai un mais c'est celui de mon mari- c'était celui de mon mari. Ou du moins il le reste, mais lui n'est plus mon mari ».
-« Lusa, ma biche, tu peux arracher une fille à la ville, mais tu ne peux pas arracher la ville d'elle »
- « Alors, dis-moi pourquoi une femme fait tout ce qui est humainement possible pour dissimuler sa véritable odeur ? »
- « Nés avec dix doigts pour être capable de compter jusqu'à neuf »
- Tant de couches de mépris inavoué s'étaient accumulées entre eux qu'il n'était plus possible de faire le tri....
- Il lui fallait entendre ça : un été prodigue, la saison d'une débordante procréation.
- Un oiseau ne doute jamais d'être au centre de l'univers.
- Comme des fantômes qui pleuraient leur future extinction.
- Végétal. Végétal mort. Depuis bien longtemps, avant que nous ne soyons nés.
- Et moi ? Est-ce que j'ai mon mot à dire là-dedans ?
- Tu prierais en direction du poulailler ?
De la Mecque.
C'est où, ça, en Caroline du Nord?
- Voir les larmes d'une femme couler en plein jour devrait être interdit par la loi.
Éditions : Rivages.
Titre original: Prodigal Summer.
Liste des liens chez Sylire.

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29 juin 2008

SANDS Bobby / Un jour dans ma vie (Ecrits de prison)

Un jour dans ma vie.
(Écrits de prison).
Bobby SANDS.
Note : 4 / 5
Tiocfaidh àr là*
5 mai 1981, la nouvelle que tout le monde redoutait est tombée. Bobby Sands est mort ! Il sera le premier d'une longue série de grévistes de la faim irlandais.
Ce livre nous parle d'une facette de Bobby Sands que l'on connaît beaucoup moins, l'écrivain ! Sands est bien sûr un écrivain très engagé, ce livre est une oeuvre de protestation et de dénonciation. La préface est de Gerry Adams, chose qui semble naturelle et l'introduction de Sean McBride, Irlandais, l'un des fondateurs d'Amnesty International et prix Nobel de la Paix en 1974, dont le père fut fusillé par les Anglais en 1916. Il ne faut pas oublier qu'au moment de sa mort Bobby Sands était député.
Ce livre contient une vingtaine de récits, le premier d'entre eux donne son titre à l'ouvrage et c'est également le plus long. Bobby Sands nous parle des conditions de détention de prisonniers républicains dans le bloc H de la prison de Maze (Long Kesh). Les autorités ont supprimé leur statut de prisonniers politiques aux membres de l'IRA, leur refusant par la même occasion le droit de porter leurs propres vêtements. Commence alors une protestation des détenus républicains qui se terminera par la mort de 10 hommes.
La vie pour les républicains dans la prison de Maze est une longue suite de brimades, de passages à tabac et de vexations en tous genres. Les conditions de détention sont inhumaines, les fenêtres n'ont pas de carreaux. Par jeu, les autorités décident de laver les murs au jet, inondant les cellules, détrempant les couvertures et matelas. Les matelas pourrissent et regorgent d'asticots. Les fouilles à «  l'anus » sont une forme très prisée d'humiliations, le vol de nourriture dans les rations des prisonniers est également monnaie courante. Les prisonniers organisent des cours de gaélique collectif dans leurs cellules quand les gardiens déjeunent, ce qui les rend méfiants car ils ne savent jamais ce dont parlent les détenus. Les petits bonheurs, une photo d'une manifestation rentrée clandestinement, un colis ou un courrier censuré qui arrive, la visite mensuelle au parloir. Un peu de tabac passé au nez et à la barbe du personnel de la prison, les nouvelles qui circulent venant de l'extérieur.
Trois poèmes dont « Chère Maman ». Dans un très beau texte « Des fleurs, mes amis, des fleurs » Bobby Sands rend hommage aux femmes d'Irlande et en particulier aux prisonnières d'Armagh, en les comparant aux fleurs :
-« Femmes irlandaises, qui contrairement aux fleurs dans la nature refusent de plier devant un vent étranger.. »
La suite est composée de courts récits, dont le dernier « Mars 1981 » est la narration qu'a fait Sands des 17 premiers jours de sa grève de la faim qui durera 66 jours..
Les personnages sont à classer en deux catégories, les prisonniers républicains, irlandais et catholiques, les gardiens britanniques et protestants. Le moins que l'on puisse dire est que la haine est omniprésente entre les deux !Certains matons particulièrement sadiques furent abattus par l'IRA. L'amitié et l'entraide seront sans cesse une force pour remonter le moral des détenus dans cet univers particulièrement dur et sectaire.
On trouve quelques phrases qui expliquent l'apparente incompréhension des Britanniques vis-à-vis des Irlandais, un journaliste anglais parle de toutes les possibilités dont l'Angleterre a usé et abusé en Irlande, il parle de « génocide » et il reconnaît que rien n'a marché. Il conclut par « La seule (possibilité) que nous n'avons pas essayée est le retrait total et sans condition ».Que reste-t-il de tout cela plus de vingt-cinq ans après ? Sean Mc Bride dans son introduction écrit ce qui suit :
« une telle solution ne serait envisageable que si la Grande Bretagne renonçait enfin à tout prétention de souveraineté dans cette île ».
Or c'est l'inverse qui s'est passé, la République d'Irlande a retiré de sa constitution l'article qui stipulait sa souveraineté sur l'ensemble de l'île ! Une paix relative semble régner mais....
J'ai été agréablement surpris par la qualité de l'écriture de ces textes, qui furent très légèrement remaniés.
Extraits :
- Trois tortionnaires primaires-et ils seraient ici toute la journée.
- Les matons n'aimaient pas que l'on emploie le gaélique. Cela les éloignait, leur donnait l'impression d'être des étrangers et les gênait même.
- Je ne pense pas que les Brits soient très contents en ce moment, fiston, avec tout le XXXXXXXXXXXXXXXXX (censuré).
- Autrement dit, ils vont le tabasser pour la troisième fois de la journée.
- Sans verres aux fenêtres, il n'y avait rien pour nous protéger.
- Qui le croirait si on disait que l'on passait l'été à ramasser des asticots pour nourrir les oiseaux?
- Et encore ce silence de tombe mortuaire. La tension suspendue comme une guillotine.
- ...l'un d'eux se mit à frotter vigoureusement avec une brosse à chiendent mon dos déjà en lambeaux.
- Et moi ? Je resterai toujours le même - un Irlandais luttant pour la liberté du peuple opprimé.
- Mais regarder un pot de chambre immonde ou quatre murs sales et puants ne fait qu'aggraver la déprime.
- Lundi 2 mars : J'ai vu le médecin et je fais 64 kg. Je n'ai pas de problème.
- Mardi 3 mars : 63 kg aujourd'hui et alors ?
- Samedi 7 mars : Je fais 61 kg aujourd'hui. En baisse.
- Lundi 9 mars : Je vais bien et mon poids est de 60 kg.
- Jeudi 12 mars : Je fais 58, 75 kg.
- Mardi 17 mars :Mon poids était de 57, 7 kg. Rien a signaler point de vue santé.
Éditions : Gatuzain.
Titre original: One day in my life. Writing from prison. (1983).
* Notre jour viendra

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28 juin 2008

WELTY Eudora / L'homme pétrifié.

L'homme pétrifié.
Eudora WELTY.
Note : 3 /5 .
N
ouvelles du Mississipi.
Eudora Welty est née à Jackson (Mississipi) en 1909, elle est décédée dans cette même ville en 2001. Elle est l'auteur d'une douzaine de recueils de nouvelles et d'une demi-douzaine de romans. Elle a obtenu le prix Pulitzer en 1972 et fut également une photographe reconnue. Ces histoires se passent dans le Mississipi dans les années 1930/1940.
Ce recueil d'une vingtaine de nouvelles commence par « Acrobate dans le parc ». Des gens du cirque s'installent pour déjeuner dans un parc, nous suivons leurs pensées et leurs discussions. En même temps, dans ce lieu de verdure, les gens se promènent,un homme et son chien, un couple d'amoureux, un prêcheur dans un kiosque, une petite fille qui attend sa mère. Puis le repas fini, c'est le départ...
Dans « Fait divers », imaginez la surprise d'une femme lisant cette phrase dans le journal :
- « Cette semaine Mrs Ruby Fisher a connu l'infortune de recevoir dans la jambe une balle tirée par son mari » Elle est : consternée , abasourdie, étonnée, stupéfiée, bouleversée, n'en croit ni ses yeux ni le journal car elle est Mrs Ruby Fisher!
La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage résume les papotages d'un salon de coiffure pour dames. Que vient faire l'homme pétrifié dans tout cela ? Il est peut-être comme cela pour ne plus entendre les commérages qui foisonnent.
« La clé » est un texte étrange et très beau, nous sommes dans une gare perdue des États-Unis, un couple Ellie et Albert Morgan et d'autres personnes attendent un train. Parmi ces autres voyageurs, un jeune homme joue avec une clé , la clé tombe et Albert la ramasse, le jeune homme regarde. Commence alors un dialogue plein de tendresse entre le mari et la femme, il est question des chutes du Niagara, mais ils loupent leur train ! Un beau conte.
« Pourquoi j'habite à la poste » est une question que l'on ne se pose plus après avoir lu cette nouvelle. Car la famille bonjour l'horreur!
« Un souvenir » c'est le retour dans le passé pour une femme qui fut, quand elle était enfant, amoureuse d'un garçon, sur une plage, un matin.
Dans « Mort d'un voyageur de commerce » à ne pas confondre avec la pièce d'Arthur Miller « Mort d'un commis voyageur » l'auteure nous raconte la dernière nuit d'un homme dont la voiture échoue au fond du ravin. Représentant en chaussures, il parcourt le pays, il demande de l'aide dans une ferme voisine, il y passera la nuit, buvant du whisky de contrebande avec Sony, l'homme de la maison, soudain il semble découvrir une autre vie. Au milieu de la nuit il s'éclipsera.....
Des personnages bigarrés comme on se représente les habitants du Sud des États-Unis.
Une jeune fille « faible d'esprit » et trois dames patronnesses! Et cette jeune fille veut se marier.
Keela, une petite Indienne infortunée dit le titre de la nouvelle, une histoire à vous donner la chair de poule.
Le monde du cirque, les acrobates et les exhibitions sordides, et le regard des autres sur ces gens.
L'auteur fait d'Albert Morgan dans « La clé » un portrait tout en douceur d'un homme modeste, la plus belle approche d'un personnage du livre, ces quelques lignes se lisent et se relisent.
Une famille d'ouvriers agricole dans la misère et le froid d'un hiver tardif, un dénommé Harris prends deux auto-stoppeurs, souhaitons leur bonne route! Une femme qui regarde son visage dans un tonneau, un homme qui ne se marie qu'à soixante ans, un vieil excentrique ou autre chose!
Une belle écriture qui un peu désuète malgré tout car trop descriptive, je pense, et un peu compassée. Certainement que l'état d'esprit de la population de cette ville à cette époque est bien évoqué, mais tout cela semble dépassé, très daté. Un livre qui me laisse un avis mitigé, très peu d'histoires m'ont marqué. Quelle différence avec la pétulance et la liberté de ton et de moeurs d'une Elizabeth Crane par exemple. Entre les deux recueils, soixante ans ont passé et le monde a changé.
Extraits :
- Elle n'a pas tardé à se lever et à partir d'un pas décidé de quelqu'un qui n'a pas d'amis.
- De là à parler de se marier! dit Mrs Watts avec dégoût.
-L'orage s'était éloigné jusqu'à n'être plus qu'un roulement semblable à celui que fait une charrette en passant sur un pont.
-« Je vous parie une autre Jax que cette dame a un bébé de trois mois dans le ventre ».
-Et lui : « Drôle-drôle ou drôle-bizarre? ». Et moi « Drôle-bizarre. »
- « Ne me regardez pas, je n'en vaux pas la peine, je suis falot »
- On voyait qu'il méprisait ce qu'il avait fait et en mesurait l'inutilité.
- C'était le seul frère de maman , et c'est un bon exemple d'esprit étroit. N'importe qui vous le dira. Un pharmacien diplômé.
- C'est extraordinaire comme il fait des rencontres qui débouchent sur des drames, dit Ruth, les yeux noirs.
- A force d'intensité  j'en étais presque arrivée à une vie double, celle du témoin, celle du rêveur.
- ... et ces gens-là ne savent jamais où mènent les routes au bord desquelles ils habitent....
Éditions :GF-Flammarion.
Titre original: A Curtain Green and Other Stories (1941)

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27 juin 2008

De MARINIS Rick / Coeurs d'emprunt

Coeurs d'emprunt.
Rick DeMARINIS.
Note : 2,5/ 5.
Emprunts à taux variables!
Auteur que je ne connais pas du tout. Au vu de la préface de James Welsh, il semblerait être un écrivain de l'école du Montana. A remarquer que son premier livre a été publié alors qu’il avait plus de 40 ans, et qu'il écrivait depuis déjà plusieurs années.
Une vingtaine de nouvelles sur plus de 340 pages, une bonne entrée en matière. J'ai lu ce livre en plusieurs fois, ce qui, je pense, est la seule solution pour ne pas décrocher définitivement, avantage des recueils de nouvelles. Surtout comme quand c'est le cas ici je n'ai pas réellement trouvé de plaisir dans cette lecture.
On commence par "Sous les blés" : pour les blés les silos sont au dessus de la surface de la terre, mais pour les fusées les silos sont en dessous de la terre. Quand vous vous retrouvez dans le Dakota du Nord, pour l'entretien de ces caches à fusées et que vous venez de Californie, l'argent n'est pas tout!
"Mauvaises herbes" soit, mais l'épandage industriel n'est-il pas pire ? "Disneyland" concerne une famille moyenne, un homme et son épouse mais leur fils vient de faire une tentative de suicide par amour ; il s'en remettra, du moins on le lui souhaite. Enfin sa mère guérira, et cela on ne l'espérait plus. Et le père me direz vous?
Une femme dit à son mari, il faut se débarrasser des enfants, ce n'est pas forcément dit au premier degré, lui pas très chaud finit (contre paiement en nature) par accepter! Les poches vides, ils sont abandonnés dans une vaste forêt. Rassurez-vous, ce n'est qu'une histoire.
« Vos malheurs sont terminés, l'amour revient » si c'est dans l'horoscope alors cela vaut la peine de s'installer avec un pack de bière et d’attendre le retour de son épouse
14 août 1945, c'est la fin de la guerre entre les États-Unis et le Japon. Cela ne fait ni le bonheur, ni la fortune d'un garçon qui espérait être pilote de bombardier. Dans la nouvelle « Le désert », le personnage principal se nomme Fred Ocean! Et il surnage dans une mer d'incompréhension.
Un ouvrier qui quitte le soleil pour un meilleur salaire, un fils qui voit sa mère se remarier avec un riche voisin. Une famille qui se recompose, mais pas dans un schéma classique.
Un chômeur que l'inaction rend à moitié fou, le bourbon aidant, voit son épouse partir. Le fils d'un émigré russe qui change de nom, la langue anglaise ne permettant pas une juste prononciation de son patronyme.
Une mère geignarde, mais sa manière de cuisiner la rend supportable pour son fils en permission.
Il semblerait que ces nouvelles furent écrites entre 1986 et 1999. Un livre trop long, des nouvelles de qualités très inégale et il n'est pas toujours évident de suivre la pensée de l'auteur. Ce recueil ne me laissera pas un grand souvenir car je n’ai pas accroché avec la plupart des personnages. Une de mes rares déceptions dans un genre, les nouvelles, que j'apprécie beaucoup. Bref je ne suis pas trop disposé à lire autre chose de cet écrivain.
Extraits :
- Karen veut partir. Il faut que je lui rappelle que c'est seulement pour un an.
- Hommes vêtus de noir. Femmes sur leur trente et un. Enfants guindés mal à l'aise mais sages. Même les chiens se conduisent bien.
- « C'est le chant de la mort de la terre, crois-moi ».
- Je me sentais triste. Pire que triste. Malade. Incurable, tourmenté par la vanité de tout ce qui portait un nom.
- Le vieux beatnick. Ta génération, Albert tu devrais te souvenir.
- « Mon chéri, je voudrais me débarrasser des enfants. J'en ai assez d'eux. J'aimerais qu'on le fasse demain matin ».
- Onze jours ne changeront rien. Onze cents non plus!
- C'était un homme heureux mais non satisfait. Car satisfait, il ne l'était jamais.
- D'ailleurs, je n'attendais grand-chose de rien.
- Il n'aurait pas compris mon raisonnement.
En fait de raisonnement. Je n'en avais pas.
Éditions : Albin Michel / Terres d'Amérique.
Titre original: Borrowed hearts

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26 juin 2008

D'AMBROSIO Charles / Le cap.


Le cap.

Charles D'AMBROSIO.
Note :4, 5 / 5.
Maintenir le cap...et le reste!
Recueil de 7 nouvelles de cet auteur américain que je découvre pour l'occasion. Il est né à Seattle en 1960.
Dans la nouvelle qui donne son nom à l'ouvrage, on découvre la tonalité générale de l'oeuvre. Nous sommes dans une station balnéaire américaine. Le narrateur raconte un épisode ordinaire de sa jeune vie. Le mal de vivre, sa mère veuve, les soirées très arrosées, lui Kurt, le fils de famille ramène les plus imbibés chez eux, et a le droit au récit de la vie de chacun. D'actions en bourses en divorces, de marques de voitures en conquêtes masculines ou féminines, les divagations d'adultes paumés sous un air de respectabilité. Mais certains retours sont plus périlleux que d'autres! Un texte très fort, le plus beau du recueil.
« Sans nom » et sans aucune grâce, une fille quelconque dans un coin perdu de l'Illinois. Elle travaille dans une station-service, vit dans une famille de chrétiens évangélistes et n'a jamais vu la mer. Elle part avec un ancien marin, comme cela pour changer d'horizon, au moins une fois, vivre un peu avant....
« En voiture » pour un jeu stupide, prendre son véhicule avec un pack de six bières, rouler le plus loin possible en buvant les cinq premières, faire le retour avec la dernière. A part qu'une fois ce fut la dernière virée!
Dans la nouvelle « L'ouaouaron d'Amérique »,un autre adolescent veut quitter ses parents qui ne le comprennent pas. Car escalader l'érable qui est dans le jardin pour rentrer chez soi par la fenêtre du premier étage, c'est pour des parents normaux peu ordinaire . C'est aussi l'époque où débute pour la jeunesse le mélange alcool et drogue. C'est le temps des drogues douces et des illusions mais plus pour longtemps.
« La nostalgie », c'est la promenade d'un homme seul dans les rues désertes d'une ville sous la neige, peu après les fêtes de fin d'année.
« Père & fils », il est dommage que pour certains l'esprit ne soit pas sain (ni saint non plus).
Des Américains moyens, la petite bourgeoisie, cible favorite d'auteurs de nouvelles américains comme John Cheever par exemple. Mais aussi des gens modestes victimes de la société américaine, ceux qu'elle laisse sur le bas-côté.
Un adolescent gagnant un peu d'argent en raccompagnant les invités ivres morts des soirées qu'organise sa mère. C'est pratiquement devenu un travail, lucide, cynique et désabusé il regarde le monde des adultes, séparé en deux groupes, ceux qui sont en état de naviguer et les autres ceux qui chavirent facilement au propre comme au figuré, ceux-là sont les amis de sa mère.
Une jeune fille qui brise les chaînes de sa vie, un médecin alcoolique radié mais ce ne sont pas des ouvriers clandestins qui vont le dénoncer. Un couple déjà pas trop bien assorti se désagrège après la noyade de leur fille d'un an.
Un humour décapant, des êtres paumés, riches ou misérables, mais pas à leur place dans cette Amérique prétentieuse et névrosée. L'auteur ne prend pas de gants avec ses personnages :
-C'était une fille très maigre, avec des cheveux rouges ternes et raides, des ongles rongés, cassés et des yeux verts sans éclats.
Une découverte qui ne restera pas sans suite car depuis, deux autres recueils de nouvelles « Le musée des poissons morts » et « Orphelins » ont été traduits et édités en France.
Extraits:
- Du vivant de mon père, elle buvait rarement, mais depuis qu'il s'était tiré une balle dans la tête on pouvait dire qu'elle se laissait vraiment aller.
- Son état est pire que le mien. Elle est vraiment ivre morte. Bourrée? Beurrée?
- Certaines choses dans la vie sont irréparables (prenez le cas de mon père), et c'est toujours triste.
- Ses seins, affaissés comme des sacs de sable mouillé, pendaient de part et d'autre de sa personne.
- Son visage était informe. Pâle et mou comme du mastic tiède.
- Il est là-bas. Je le sens en fermant les yeux. Il sait où nous sommes, dit la fille.
- Quand on se rapprochait de l'Ouest, les noms changeaient, devenus les dépositaires d'une utopie : Hope, Endwell, Wisdom, Independence, Loveland.
-Le tout en écoutant volume à fond, Neil Young chanter « See the lonely boy, out of the week-end »-planant cet album.
- Sous l'influence de Neil Young, je me sentais perdu, solitaire, comme si ma vie n'avait pas de fond, triste aussi, désespéré, plein de nostalgie d'un temps meilleur- à treize ans.....
- La mère de Regimbla était sexy, avec un léger parfum de ruine.
- Planter des palmiers tropicaux à Seattle! On ne voyait jamais un corbeau dedans.
- Les jeunes y semblaient vieux et les vieux à deux doigts du cercueil.
- Sa foi lui octroyait la faculté de s'abstenir de juger quoi que ce soit, même les films.
Éditions : Gallimard.
Titre original: The point (1995)

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25 juin 2008

CRANE Elizabeth / Feu occulte.

Elizabeth CRANE.
Feu occulte.
Note : 3,5 /5.
Chaud devant!
Ce recueil de 16 nouvelles est la première publication de cet auteur. Un roman « Bonté divine » a été publié depuis.
A noter le choix pas anodin des couvertures, entre une femme téléphonant alanguie sur un lit ou une paire de jambes moulées dans des bas résille, on se doute que ces livres ne sont pas des livres de cuisine.
La première nouvelle du recueil « L'archétype et sa petite amie »est une sorte d'inventaire à la Prévert de tout ce qu'il est possible de trouver comme soit-disant petite amie. Et c'est pas triste, quoique, certaines donnent plus envie de s'enfuir que de leur compter fleurette! Une mélomane par exemple : ...tu aurais plutôt envie de mourir avant le ténor si ce n'était qu'elle t'invite à la masturber à l'instant critique d'une certaine aria paroxystique. J'en passe et des meilleures!
« Un truc qui brille » n'est pas forcément en or, car il existe des ersatz de l'or, mais méfiez-vous , il y a peut-être une imitation de vous même pas loin de chez vous, et peut-être même chez vous!
Et si le bonheur dans la vie c'était:
Fabuleux appartement de grand standing sur Central Park West exempt de loyer, tout le reste gratuit, charmant liftier qui veut monter me voir.
Pourquoi pas?
Une nouvelle s'intitule tout simplement « Josie et Hyman  divergent sur la façon d'employer le mot cul ». Josie va à New-York rencontrer sa copine Nadine qui arrive avec « une paire de soupirants excédentaires ». Josie préfère l'un mais c'est l'autre qui téléphone. Josie habite Philadelphie où elle a « un partenaire de baise », et en plus ce n'est pas très facile à gérer deux rendez-vous dans la même journée a New-York, donc il y a un choix à faire !
« L'année en un coup d'oeil » c'est l'année de la mort de la mère de la narratrice et ce jusqu'au premier anniversaire de cette mort, le temps qui se compte en «jours d'après».
« Les Dave » ou la règle de trois, le Dave 1 fait ceci mais pas cela. Le Dave 2 c'est l'inverse et le Dave 3 fait la moitié de chaque ! Reprenons...
« Une intervention » c'est quand la famille et les amis viennent vous voir en groupe et vous disent:
« Alice tu n'es pas alcoolique ».
Des femmes , toutes minces, mesurant d'un mètre mètre soixante-dix à un mètre quatre-vingt, âgées de vingt à trente ans; quand elles en ont quarante, elles en font dix de moins, des gravures de mode en bref ! Mais évidemment malheureuses en amour, alors elles évitent la réalité, la fardent en même temps que leurs paupières, l'estompent dans l'alcool. Elles veulent être stars mais disent se moquer de la gloire! Elles sont pleines de contradictions et d'addictions aux produits de luxe de préférence. Mais pour elles que la vie est compliquée ! Et si elle ne l'est pas, il faut la rendre compliquée, sinon, c'est d'un ennui... Heureusement que les hommes sont là ! Ces êtres qui ne comprennent décidément rien à la vie et encore moins à elles, les femmes !Quelques bizarreries, une nouvelle de 10 pages avec des notes en bas de page, non pas numérotées mais classées par ordre alphabétique de à A à S. C'est à se demander s'il n'y a pas plus de notes que de texte!
Quelques nouvelles commencent par une phrase en tête après le titre :
- Écoutez un peu ça : on va faire un film sur ma vie.
- Finir la fac prend un peu plus de temps que prévu.
- Ces derniers temps je suis sortie avec des mecs qui s'appellent Dave (le titre de la nouvelle, les Dave)
ou
- Il n'y a aucune explication à cela.
Une manière de parler de la société américaine, enfin d'une certaine pseudo-bourgeoisie et de ses problèmes de coeur et de sexe avec un humour et une dérision qui font mouche! J'aime bien l'écriture, malgré des phrases plutôt longues. C'est drôle parfois, osé assez souvent, méchant souvent et cruel très souvent! Original et jubilatoire, et pessimiste aussi, un peu confus mais rarement!
Extraits :
- ...si tu as le malheur de lui dire que tu trouves l'une de ses toilettes sympa, elle en changera.
- Tout cela, Apple le couche sur papier comme s'il s'agissait de traits de caractères essentiels et remarquables.
- ...sauf qu'ici sur Central Park West, mon trois pièces tiendrait dans son salon.
- ... mais je fus bien incapable de l'étiqueter exactement, une sorte de croisement entre branché canaille et BCBG négligé.
- g) Certainement la partie la plus fantasmagorique du fantasme.
- Si son anniversaire est bientôt, tu n'auras peut-être que 13 ans ½ de plus que lui. Si son anniversaire n'est pas bientôt , tu auras peut-être jusqu'à 14 ans ¾ de plus que lui.
- Cinquième jour- Je m'aperçois que le corps médical est en réalité une industrie médicale.
- Il y a dix ans, je vivais ce que l'on peut considérer comme la pire liaison de toutes les liaisons -généralement très médiocres- que j'avais eues.
- Tu vas faire l'amour avec lui avant la fin du repas.
- Il ne cherche pas à coucher avec toi.
Éditions : Phébus.
Titre original: When the Messenger is Hot (2003)

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