22 décembre 2011

PERGAUD Louis / La guerre des boutons.

Guerres des boutons
La guerre des boutons.
Louis PERGAUD .

Note : 4 / 5.
Si j'aurais su, j'aurai pâ venu.....*
J'ai dit il y a quelques temps en guise de boutade que pour me reposer des certaines lectures violentes ou ardues, que j'allais relire « La guerre des boutons ».
Une petite phrase de la préface prévient le lecteur :
- « Et foin aussi des purs latins : je suis un Celte ».
Et il en appelle à Rabelais ! Donc considérons cela comme une pause littéraire, et une lecture du temps passé .

Se faire traiter de « couilles molles » par les ennemis héréditaires du village voisin mérite vengeance, car on se doute bien, malgré que la signification exacte reste un peu mystérieuse, du caractère injurieux de l'épitaphe ! Si une expédition punitive est organisée la nuit même , et cette inscription vengeresse :
-Tou lé Velran çon dé paigne ku !
Est fièrement inscrit sur la porte de l'église de l'ennemi, fief calotin, sorte de double peine ! Donc la guerre est déclarée en cette rentrée scolaire.
Mais pour le monde des adultes, il y a d'autres priorités, l'école par exemple.
La guerre ou les études, il faut choisir, pour Lebrac et ses troupes le choix est vite fait, c'est la guerre ! Dans les études ils ont malgré tous leurs favoris, les Gaulois par exemple, batailleurs et indisciplinés ! Mais parfois les études empiètent sur les batailles, ainsi un soir ou beaucoup des soldats de Longevernes sont retenus (contre leur gré, cela va s'en dire) à l'école, le combat tourne à l'avantage de Velrans et le chef ennemi, le grand Lebrac, est capturé ! Le traitement est sévère, les vêtements mis à mal, les coups pleuvent et l'orgueil du chef et du village en prend un sérieux coup. Pour Lebrac son retour à la maison n'est pas non plus empreint de douceur ! Car en ce temps-là, on ne s'occupait guère d'interdire les punitions corporelles . De fil en aiguille, la rivalité s'installe les revers de fortunes aussi parfois pour les uns et donc contre les autres ou vice et versa ! Mais pour toutes guerres, il faut un trésor..et pour l'obtenir il faut des trésors d'imagination, chose dont ils ne manquent pas ! Je ne vous narrerais pas tous les détails des luttes homériques qui se déroulent tout au long de ce livre, qui a été mis en scène cinq fois si mes calculs sont exacts dont une version irlandaise ! Mais le roman diffère sur certains points du film.

Longevernes, la rouge, Velrans, la calotine, sont les villages voisins, mais rivaux par jeunesses interposées, pourquoi ? Depuis quand ? Tout cela se perd dans la nuit des temps, leurs pères et leurs grands-pères avant eux racontent leurs souvenirs comme eux les raconteront plus tard. Mais je m'égare !
Les chefs, Lebrac pour Longevernes et l'Aztec des Gués pour Velrans sont deux solides gaillards sans foi peut-être, mais non sans loi, on sent malgré tout un certain esprit chevaleresque dans la lutte entre ces deux villages, et cela occupe la jeunesse ! Car en ces temps anciens sans télévision, les distractions étaient locales et les rivalités profondes. Mais les idées pour ne pas s’ennuyer, ils en avaient plein la tête !
Un mot sur les adultes, pas très brillant, un garde-champêtre un peu benêt, un curé surnommé « Le noir », un instituteur caricature de lui-même et des parents à la main leste ! Les guerriers des deux camps n'y allaient pas non plus de mains mortes avec leurs prisonniers !
Il faut retrouver ce vocabulaire un peu surannée de l'époque avec des mots plus guère usités par les temps qui courent dont voici quelques exemples : Le lécher des vaches, l'echenillage dominical, acaillené, boire une purée, un caneçon, râper la tuile (blague qui consiste à passer une tuile sur un mur extérieur de la maison chose qui produit un bruit assourdissant qui semble venir de l'intérieur!) etc....
Et aussi le patois de la région apporte un dépaysement certain, plongé dans une France profonde et
révolue.
Des aventures que tous les bons habitants de la campagne semblent avoir connues pour ne pas dire y avoir participé , bien que ce livre ait été édité pour la première fois en 1912.
L'écriture est très belle, car Louis Pergaud fut prix Goncourt en 1910 pour « De Goupil à Margot ». Par contre l'orthographe des élèves est aussi déplorable que celle actuelle, drôle de constat !
Extraits :
- L'été venait de finir et l'automne naissait.
- Ce jour-là, ils traînaient le long des chemins et leurs pas semblaient alourdis de toute la mélancolie du temps, de la saison et du paysage.
- « Ils nous ont traité de cons, d'andouilles, de voleurs, de cochons, de pourris, de crevés, de merdeux, de couilles molles, de...
- Le grand Lebrac voulait sans doute dire : eurêka ! Il avait vaguement entendu parler d'Archimède, qui s'était battu au temps jadis avec des lentilles.
- Et, en effet, une scène terrible se déroulait à la lisière.
- Toute l'armée de Longeverne était déjà là, pérorant et jacassant, remâchant la défaite et attendant anxieusement le général.
- Un vrai beau jour pour se battre.
- Dis, Tintin, demanda Guignard, je ne vois pas bien, est-ce que c'est Forbach ou Mortbach ?
- Ah ! Prussiens ! ah ! salauds ! - triples cochons ! Andouilles de merde !-bâtards de curés!- enfants de putains! - charognards ! - pourriture ! - civilité ! - crevures ! - calotins ! - sectaires ! - chats crevés ! - galeux ! - mélinards ! - combisses ! - pouilleux ! telles furent quelques-unes des expressions qui s'entrechoquaient avant l'abordage.
- Bacaillé oli avèque la fiaivre, sai dès manier. Hi la tout vandu lamaiche. Tout le monde a aité rosé. Defence de cosé ou bien nouvaile danse, sairmant de ne pas recommencé mais on çanfou, les Velrans repaieron tou. Rechaaicher le tréssor quand même.
- Tout de même, bon Dieu ! Qu'il y a pitié aux enfants d'avoir des pères et mères.
- Dire que, quand nous serons grands, nous serons peut-être aussi bêtes qu'eux !
Éditions : Folio (1972).Mercure de France (1963).
*Pensée profonde et un rien désabusé de TiGibus ! Phrase qui d'ailleurs ne se trouve pas dans le livre !

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21 mai 2011

THOMPSON Jim / Liberté sous condition.

Libert__sous
Liberté sous condition.
Jim THOMPSON

Note : 3,5 / 5.
Corruption & Co.
Revisiter Jim Thompson est aussi une sorte d'obligation morale et littéraire. J'ai toujours été un adepte de cet auteur  bien que je
concède aisément, que tout n'est pas excellent dans son œuvre. Ce roman date de 1953, mais rassurez-vous,  je ne l'ai pas lu à sa sortie! Ou alors je ne m'en souvenais plus.
A noter également que ce livre porte le numéro 1 de la collection Rivages/Noir.
Lorsqu'à la suite d'un échange de courrier avec le Docteur Ronald Luther, celui-ci accepte de l'embaucher et d'aider à sa mise en liberté après quinze ans d'internement, Patrick Cosgrove est prêt à pas mal de sacrifices ; la prison de Sanstone est plus un asile de fous avec à sa tête un directeur sadique qu'un lieu de plaisir. Cosgrove est logé, habillé de neuf. Madame Cosgrove est prête à lui rappeler ce qu'est une femme, malgré la réprobation évidente de Monsieur! La secrétaire de Luther, Madeline, n'a pas les mêmes obstacles maritaux, mais la liberté n'est que provisoire pour l'ancien détenu. Madame Myrtles Briscoe, son juge de tutelle, élue locale depuis plus de trente ans et réputée incorruptible se charge de lui rafraichir la mémoire ; en effet le docteur Luther, psychologue sans cabinet car interdit d'exercer n'est pas spécialement un philanthrope!
Car la bonne ville de Capital City, la bien nommée, se prépare à voter et la situation n'est pas des plus brillantes,  la classe politique est corrompue, l’environnement est un vœu pieux relégué au fin fond d'un lac pollué et les services municipaux sont une immense gabegie onéreuse, embauchant au piston et pour des emplois fictifs....
Et Fanning Arnholt le leader de « La Phalange Nationale » d'un parti ultra-patriotique et subversif, doit faire quelques meetings dans l'état dont un dans la ville.....
Patrick Cosgrove, brave garçon, victime d'un concours de circonstance peu banal et complètement fortuit a pour cela purgé des années de prison. Son casier lui fermant bien des portes, il accepte la seule proposition qui lui est faite! Mais est-ce bien raisonnable et n'est t-elle pas trop belle pour être honnête! Et toutes ces femmes qui se jettent à son cou sont belles, mais pour l' honnêteté,  on n'est sûr de rien !? Vaste question ! Et tous ces personnages sont-ils réellement ce qu'ils prétendent être?
Docteur Ronald Luther , Lila son épouse, mademoiselle Madeline Flournoy, un avocat Hardesty, un sénateur Burkman, Fish le directeur de la prison de Sandstone, un détective privé un peu maitre chanteur assassiné, une belle galerie de gens corrompus vénérant le billet vert et n'étant pas trop regardants sur les moyens de s'en procurer! Madame Myrtles Briscoe, du bureau de l'application des peines, est une des rares personnes sympathiques et correctes de ce roman, il en fallait bien une!
Une trame assez classique pour un bon roman, pas un grand Jim Thompson, bien loin de la noirceur de « 1275 âmes » ou de « Rage noire », avec une fin très morale et un peu surprenante. Ce livre est une peinture assez féroce des mœurs politiques américaines, avec son lot de magouilles en tous genres qui préfigure,  avec le personnage d'Arnholt, la montée d'une droite conservatrice dans ce pays.
Extraits :
- Ce n'était pas une prison. C'était une asile d'aliénés dont le directeur, et non les pensionnaires,
était fou à lier.
- Le gouverneur, qui n'est en fonction que pour se mettre un maximum dans les poches, incarne autre chose.
- Il y avait certes de belles demeures : plusieurs, entourées de leurs vastes pelouses soigneusement entretenues  occupaient chacune
un bloc entier. Mais elles renforçaient plutôt qu'elles n'atténuaient ce tableau général de délabrement et de misère.
- Cela faisait trente ans qu'elle avait été élue et réélue à son poste dans une région où les politiciens ne faisaient pas long feu, et elle était demeurée honnête.
- Qui bâtira des brûlots potentiels à l'intention des vieillards sans défense ? Qui confierait à un maniaque la garde de deux mille prisonniers pour qu'il puisse les faire crever de faim, les torturer, mais oui, et les tuer ?
- Ils ne se méfient plus quand ils sont avec elle, et ensuite ils se rendent compte qu'elle est loin d'être aussi écervelée qu'elle en a l'air. Elle...
- Quand Arnholt et sa Phalange disent quelque chose, nous autres, pauvres mortels nous sentons obligés d'obéir au doigt et à l’œil.
- Je voyais bien que je commettais là une erreur dont l'ampleur
devait m'apparaître que par la suite.
- Si là-dessus je me trompais, alors je me trompais sur tout le reste. Et c'était peut-être le cas.

Éditions : Rivages (1986).
Titre original : Recoil (1953).
Autres chroniques de cet auteur :
THOMPSON Jim / 1275 âmes.
THOMPSON Jim / Nuit de fureur
 THOMPSON Jim / Rage noire

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09 avril 2011

GROGAN Emmett / Ringolevio.

 Ringo

Ringolevio *
Emmett GROGAN .

A fond la caisse....
Note : 4 / 5.
Encore un livre que je ressors de mon musée/capharnaüm personnel. Écrit en 1972, traduit en 1973, sorti en poche en 1974...C'est cette version que je possède. Dans un courte préface l'auteur nous dit « Cette histoire est vraie »
Le « Ringolevio » est un jeu urbain qui oppose deux équipes de joueurs, le but du jeu est de faire prisonnier tous les membres de l'équipe adverse, le terrain de jeu un quartier, les règles les plus élémentaires possibles et pas de contrainte de temps !
En ce Vendredi saint de l'année 1956, les deux équipe sont les Aumoniers, entièrement composés de joueurs noirs de Harlem, en face, les Tout-Atouts, plutôt des individualités originaires de Brooklyn, venant d’ethnies différentes, ils sont tous blancs, l'aire de jeu est Hester Street. De grosses sommes d'argent sont en jeu ainsi que le réputation des joueurs tous âgés d'une douzaines d'années. La partie se terminera tragiquement et Kenny Widsom fera connaissance avec l'héroïne. Commenceront alors les premières années de prison, la dépendance et la délinquance.
A la rentrée scolaire 1958 Kenny rentre au collège jésuite et il entame sa carrière de monte en l'air chez les parents de ses voisins de classe...Ses vacances de Noël furent particulièrement réussies pour ne pas dire brillantes...L'argent rentre, les bijoux également, la vie est belle ! Sauf que les receleurs du coin n'apprécient que modérément la concurrence, il ne reste plus à Kenny qu'a se faire oublier et pourquoi pas en Europe ! Qu'il parcourt de Paris à Genève en passant par l'Italie et la Hollande. Car si les diamants sont éternels on ne peut les vendre qu'une fois C'est l'année où les Russes commencent la conquête de l'espace et Kenny celle des cœurs et des corps de jeunes européennes. Quelques mois passés dans une prison italienne et un retour aux USA pour une vengeance personnelle. Retour en Italie et début d'une carrière dans le cinéma, puis la lecture de « Portrait de l'artiste en jeune homme » de James Joyce et il se fait cette réflexion : « Un irlandais !Je suis un Irlandais ! », donc direction Dublin !
Dans un pub un homme lui raconte sa dernière rencontre avec Lui-Même autrement dit Brendan Behan et ce qui semble être la cause de la mort de ce dernier ! Quelques opérations avec l'I.R.A en Irlande du Nord sont également narrées.
Un détour par Londres et une de ses prisons et un retour au pays pour de nouvelles aventures dont une allait le rendre célèbre. En pleine période de révolte raciale et d'émergence du mouvement hippie Emmett Grogan sera le fondateur des « Diggers » qui pendant des années distribueront gratuitement des vivres et des vêtements aux pauvres de San-Francisco.
Kenny Wisdom, américano-irlandais est en réalité Emmet Grogan lui-même et l'on peut considérer ce livre comme une autobiographie. On croise un flot ininterrompu de personnages de célèbres chanteurs écrivains ou hommes politiques mais surtout beaucoup d'anonymes, témoins ou acteurs de cette époque qui restera dans les annales comme un énorme gâchis. Avant que les drogues dures envahissent le marché et marque la fin de la grande utopie hippie.
J'aime ce genre de lecture car le récit alterne la vie de l'auteur et l'histoire avec un grand H (comme héroïne, par exemple). De la guerre d'Algérie à la guerre froide, le monde tel qu'il était. L'écriture est fluide et très imagée donc le récit est très bien raconté. Quelques pages de trop malgré tout, sur son séjour en Europe et aussi l'impression qu'il lui arrive trop d'aventures en tout genre et ce dès son plus jeune âge, qui fait que parfois j'ai eu le sentiment que c'était peu crédible.
Je pense aussi que l'auteur donne une version qui me semble erronée des signataires de l'accord Anglo-Irlandais de 1921 qui marque la fin de la guerre d'Indépendance et le début des « Troubles » qui s'en suivent.
Extraits :
- Les joueurs avaient en moyenne douze ans, et ils étaient résolus à risquer le tout pour le tout.
- Sur quoi Kenny se mit à collectionner les berlingots comme d'autres gosses collectionnent les porte-clés.
- La troisième était un coup de semonce.
- Tu as déjà tâté du bourrin ? demanda Dupree.
- Quand on est un camé, le pourvoyeur est un être aimé. C'est votre grand amour.
- Le temps passait, ou restait immobile. Pas de différence. Le cadran de la pendule, la position des aiguilles ne signifie rien.
- Kenny Widsom voulait devenir voleur et cambrioler Park Avenue
- Le seul ennui, c'était qu'ils vivaient dans un monde qui les obligeait à rire et à plaisanter souvent.
- .. . il fit aussi provision de livres qu'il n'avait pu trouver à la librairie anglaise de Rome, des ouvrages en vers ou en prose de jeunes auteurs, Alain Ginsberg, Samuel Beckett, Jack Kerouac, Leroi Jones, Henri Miller, Eugène Ionesco aussi, et Grégory Corso, son poète favori, et Normal Mailer que lui fit comprendre tout ce qu'il avait manqué durant son absence.
- … et The St. Louis Bank roberry (Le premier film de Steve McQueen et le plus extraordinaire qu'on ait jamais tourné sur un sacré hold-up)....
- Il était venu à Dublin pour se mêler aux peuples et se demandait si un mec comme Behan serait resté dans une telle morgue.
- Eamonn répondit que c'était Paddy Cavanaugh( Patrick Kavanagh) et qu'il avait hérité le fauteuil de poète en titre chez Mac Daids, à la mort subite de Brendan Behan Lui-même. Et puis Eamonn raconta la dernière nuit de Lui-même chez Mac Daids.
- Et c'est la dernière fois que l'on a vu Lui-même, aussi vrai que je vous cause.
- Billy lui expliqua qu'après avoir été un champ de bataille d'idées, l'East Side avait été envahi par une jeunesse agressive qui marchait au pas de Jack Kerouac mais qui s'était bientôt calmé et avait laissé pousser ses cheveux.
- Tout le monde trafiquait, il y avait de la drogue partout, et il en prenait dans du whisky.
- Alors quoi? Que pourrait-il acheter avec un bon paquet d'argent volé ?
De la bouffe ! s'exclama Emmett.
- Ce fut une sacré journée et une sacrée fête, le premier festival rock qu'on ait jamais vu dans un parc.
- En fait, sans les filles il n'y aurait jamais eu de soupe populaire quotidienne. Elles représentaient la véritable force de la communauté de Haight-Asbury, c'étaient elles les vrais Diggers.- Tous les groupes en vue furent invités et tous acceptèrent. Et il vinrent tous, les Grateful Dead, Country Joe et le Fish, et Janis Joplin et Big Brother....tous.
- Tout le monde était là, et Allen Ginsberg présenta d'abord Emmett aux deux hommes qui avaient le plus marqué sa vie et qu'il avait toujours rêvé de connaître : William Burroughs et Alexander Trocchi, tous deux écrivains, poètes prophètes et devins.
- Les flics se croisaient les bras dans l'espoir que tout le monde allait s'entre-tuer .
Éditions : J'ai lu (1974) Fayard/ La Noire (1998).
Titre original : Rongolevio, a life played for keeps (1972)
*Une vie jouée à fond.

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24 mars 2011

BURGESS Anthony / L'Orange mécanique.

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L'orange mécanique.
Anthony BURGESS.
Note : 5 / 5.
La musique adoucit les mœurs, ô mes frères !
Un livre ou un film qu'il (enfin je le pense) n'est pas nécessaire de présenter. En adaptant le chef-d’œuvre littéraire d'Anthony Burgess, Stanley Kubrick a créé un chef d’œuvre cinématographique. Encore un livre qui confirme ce que je pense depuis très longtemps, l'avenir vu par les écrivains n'est pas des plus optimistes, pour ne pas dire très inquiétant.
Alex, l'Humble Narrateur et ses drougs Pierrot, Jo et Momo se demandent comment passer la soirée, après avoir absorbé quelques molokos gonflés. Il commence par tabasser un pauvre veck qui malheureusement pour lui passait par là, puis s'installent au « Duc de New-York, où se trouvent des vieilles babouchkas à qui ils offrent à boire. Après une agression et un retour au bar, une petite discussion avec les milichiens, la nuit d'hyper-violence peut commencer.....Une tzaririble dratse contre un autre shaïka, ils volent une voiture et en avant la bidonske......Une maison retirée à la campagne , quelques tolchockes au mari , faire vred à la zhina et reprendre la route...Après une notché de spatcha mal au gulliver pour avoir trop drinker il reste chez lui le matin, puis fait une partie de dedans-dehors avec des dévotchkas connues dans un discotic, et retrouve ses amis le soir lesquels semblent avoir des envies de rébellion...Parait-il que les meilleures choses ont un fin alors les pires.....
Dans la seconde partie de l'ouvrage, la société tente de rééduquer Alex (matricule 6655321) et tous les moyens semblent bon, il sert un peu de cobaye pour des expérimentations pour le moins révolutionnaires et devient le jouet du monde politique. Mais la violence appelle la violence et le monde tourne toujours.....
Alex et ses drougs Pierrot, Jo et Momo sont les principaux protagonistes de ce roman, qui avec le recul semble visionnaire . Alex, jeune et brave garçon pour son époque, vit chez pè et mè, il a eu quelques problèmes avec la justice, et est suivi par un conseiller post-correctionel le PR Deltoïde. La violence pour Alex est banale, mais elle se retournera contre lui, « Qui sème le vent récolte la tempête».
En lisant ce livre j'éprouve deux sentiments apparemment contradictoires, lire en musique, et connaître l'histoire pratiquement par coeur. En effet, suivant les péripéties de l'histoire, je me rappelle de la bande originale du film, mais évidemment je n'ai pas grande surprise, car le scénario de l’œuvre cinématographique est relativement proche du livre sur le fond, bien que certains détails différent sensiblement surtout vers la fin du roman.
La violence est condamnable mais laquelle est la pire? Celle d'Alexqui semble résulter d'un contexte social qui s'est aggravé depuis que ce livre a été écrit. Celle de l'État et du monde politique, plus sournoise et insidieuse protégeant à tous prix leurs castes et ses acquis qui a ruiné et a éliminé le monde ouvrier. Les informations sont hélas là tous les jours pour nous confirmer que malheureusement le monde futur sera sûrement très proche de celui décrit dans ce roman qui n'a pas pris une ride.
A noter et cela n'est pas dans le film, ces quelques lignes qui m'ont beaucoup fait rire :
.de grèves et de joueurs de football paralysant tout le monde de peur en menaçant de ne pas jouer le samedi suivant s'ils n'obtenaient pas une augmentation de salaire les vilains maltchickicaïds.
Bien vu monsieur Burgess!
N'ayez pas peur ô mes frères, un glossaire termine ce livre, mais avec un peu de réflexion la compréhension des termes pour le moins bizarres employés semble évidente. Mais ce n'est pas toujours un exercice facile, je le reconnais bien volontiers, ce qui fait que j'ai mis relativement longtemps à finir ce roman. C'est le seul petit reproche que je ferai à ce livre.
Le bon sens voudrait d'avoir lu ce livre avant d'avoir vu le film, mais cette oeuvre aurait-elle eu le même succès sans le film?
Extraits :
- On portait des cheveux pas trop longs et on avait des bottes branques tzarribles pour shooter.
- Momo était très laid et ressemblait à son nom, mais c'était un battant vicieux tzarrible, très adroit de la botte.
- Pour mériter qu'on vous donne une leçon, frère, j'ai dit. Pas d'erreur.
- On a donc servi des doubles spoutnik aux viokchas copines terrifiées, qui ne savaient que faire ni dire.
- Ce qu'on avait en tête maintenant, c'était le coup de la visite surprise des familles.
- La dévotchka était là, cherchant à se faire toute petite ; c'était un ravissant petit morceau de gironde avec des groudnés vraiment tzarribles en devanture....
- Le veck écrivain et sa zhina n'étaient vraiment plus dans le coup ; ils étaient en pièces et en sang et ils faisaient des bruits. Mais ils n'en mouraient pas.
- Alors, frères, c'est venu. Ô félicité, félicité céleste.
- Oh, c'étaient la splendeur et la splenditude faites chair.
- La fin de tout, oui. Cette fois j'avais gagné. Et je n'avais pas encore passé quinze ans.
- Cela marche à merveille, pas de raison de vous inquiéter. Ce voyou vicieux sera transformé au point que vous ne le reconnaîtrez pas.
- C'est pas juste que ça me rende malade de sloucher le ravissant Ludwig van et GF Haendel et les autres.
- Et en dessous de ma photo ça disait qu'on avait là le premier diplômé du nouvel Institut d’État pour la Récupération des Personnes Criminelles, guéri de ses instincts criminels.....
- Et il m'a balancé une bolchoïe toltchocke raide sur le kliouv, si bien que le krovvi pifeux rouge rouge s'est mis à dégouli dégouliner.
Éditions : Robert Laffont (1972) Pavillon Poche (2010)
Titre original : A Clockwork Orange (1962)

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11 mars 2011

RIBAUD André & MOISAN (Illustrations) / La Cour

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La cour.
André RIBAUD / Illustrations de MOISAN.

Note : 4 / 5.
Avant la Basse-cour.
Un de mes amis m'a suggéré la lecture des « Chroniques du règne de Nicolas Ier ». Mais pourquoi ne pas commencer au début de l'histoire, dans les années 1960 ? J'étais un peu jeune pour ce genre de littérature, mais j'ai été de bonne heure un fidèle lecteur du « Canard Enchaîné ». Je pense l'avoir acheté en 1972 quand il est sorti en format poche.
Donc revenons en arrière avant le règne du nain de jardin et de sa valetaille.
Il était une fois donc, il y a bien longtemps, un grand homme qui régnait sur la France, la comparaison avec Louis XIV n'est pas dénué de fondement. Grand il l'était, intègre aussi, personnage historique également, il représentait une certaine idée de la France. Mais il n'était point sans défauts !
Les évènements du monde par le petit bout de la lorgnette, une caricature de la vie de l'époque.
Car il s'en passait des choses dans le vaste monde, la guerre d'Algérie, le mur de Berlin, mais cela tout bon manuel d'histoire vous le dira, et mieux que moi.
Donc revisitons ces années 1960/1966 qui furent avec le recul un certain âge d'or et d'insouciance.
Et en Bretagne pendant ce temps là ? Un des titres d'un chapitre se nomme « une jacquerie en Bretagne »
-….ces manants chaulaient, binaient, fumaient leurs dépits dans les landes et les paroisses de l'Ouest. Par une nuit sans lune, une horrible jacquerie se déclara dans les états de Bretagne. Forces quarterons de laboureurs se jetèrent par surprise dans Morlaix, au milieu d'une épaisse confusion de ténèbres de charrettes, prirent d'assaut l'hôtel du sous-intendant, chassèrent ce malheureux de son lit, bivouaquèrent avec leurs fourches dans ses appartements. Le pauvre sous-intendant dut chercher refuge chez les exempts.
Un autre épisode, quelques temps plus tard, donne une idée de l'esprit assez frondeur qui régnait en Bretagne à cette époque :
-Dans les paroisses de Bretagne, la jacquerie des charrettes mal assoupies se réveillait. Pisani qui rôdait le duché pour y prêcher la gloire rurale du Roi, s'y trouva bientôt cerné par un peloton de manants, assailli comme un maltôtier, rallié, emmené à travers des eaux et des franges ? inconcevables jusqu'à une chaumière où il fut contraint de se noyer le ventre de cidre.
Les personnages politiques et pour certains historiques croisés ici sont nombreux évidement, mais quelques-uns d'entre eux sont passés dans les oubliettes de l'histoire et c'est tant mieux.
Donc on croise (pas le fer, ni Deferre Gaston de son prénom non plus d'ailleurs !)
A tout seigneur tout honneur commençons par le Roi, lui même :
- Long, il avait été maigre avant qu'assez de gros ne se mît à son estomac.
Monsieur de Bré surnommé de manière narquoise « Mr le Prince-qui-nous-gouverne » et dont la description comme ainsi :
-..était un homme de taille médiocre, assez boudin de figure, l’œil enfoncé, le cheveu noir, fort garçon d'ordre.....
Madame de Maintenant, épouse du roi, le bon peuple parlait d'elle avec ce qualificatif , « Tante Yvonne »  :
-Elle passait sa vie dans des exercices de piété plus édifiants et les plus continuels. Elle avait l'âme austère et pénitente, et elle eût envoyé toute la Cour à complies.
Le marquis Charmant d'Elmas, député des Girondins, a la longévité politique naissante :
- On trouvait plus d'agrément à le regarder qu'à l 'entendre, car il avait une voix perchée, avec un fausset aigre, qui grinçait.....Le marquis Charmant d'Elmas ne savait rien dire simplement.
Dans le monde politique comme dans un orchestre, il y a les fifres et les sous-fifres des barons et des baronnets : le baron Frey, un homme à cheval sur les principes et ministre du Dedans, le baron Guichard, représentant de l'aristocratie de La Baule, bétonneur de l'époque, surnommé en raison de sa taille « Le grand méchant mou »!Le marquis de Pompidou, Montrésor de Baumgartner, Grand Argentier ! Ou également aux finances, le prince Pinay de la Tannerie, dont l'auteur nous dresse brièvement le portrait :
-C'était, au demeurant, un homme de peu d'esprit et des plus ordinaires, mais qui avait su se faire une supériorité, même une renommée et jusqu'à une légende.
Certaines particules sont épinglées comme une légion d'honneur sur la première poitrine venue (opulente par la taille ou par la fortune) :
-Déjà des ministres avaient frayé le chemin aux subalternes. Car le chevalier Giscard n'était aucunement d'Estaing, et pour M. Couve de Murville, sa noblesse fort peu couvée, s'était trop vite éclose.
On croise aussi, quelques monarques ou non étrangers, le britannique McMillan, le président des États-Unis d'outre-Atlantique, le sémillant Kennedy, le rondouillard Nikita Khrouchtchev, le chat perché persan d'Iran et sa jeune épouse. De nombreux dignitaires africains fréquentaient également l'Élysée en cette époque, rois, princes, présidents autoproclamés, vrais dictateurs, faux démocrates et ainsi de suite. L'un d'eux comble de l'ironie avait prénommé un de ses fils, Charlemagne ! Déjà la brosse à reluire fonctionnait à plein temps ! Jean-Bedel n'avait pas encore inventé la gratification « rubis sur l'ongle ».
Les étranges lucarnes commencent à faire leurs apparitions et le monde politique y fait aussi des apparitions, toutes dents blanches dehors.....
Reconnaissons après-coup que tout cela avait une certaines grandeur, au moins par la taille du monarque !
Rappelons-nous des quelques bons mots qui firent le succès des gazettes de l'époque. « Quarterons » en parlant de certains généraux ! « Machin » en désignant si ma mémoire est bonne l'ONU . « Chienlit » au sujet de quelques manifestations étudiantes Et cerise sur le gâteau « Vive le Québec libre ». Cette expression en Bretagne valut son pesant de sirop d'érable. Ces expressions ont une certaine classe, une originalité certaine bien loin d'un vulgaire et méprisant « Casse-toi pauvre con ! ».
La première chose qui est frappante, c'est le vocabulaire volontairement désuet.
Humour soit, mais aussi dénonciation des mœurs de l'époque qui nous paraissent bien véniels par les temps qui courent. Car force est de constater que les choses ont bien changé et pas en bien hélas ! Car qu'est devenue aujourd'hui la Cour ! Je cherche un adjectif, une volière serait désobligeante pour certains oiseaux de toute beauté ! Une Basse-Cour serait plus appropriée, mais vexant pour les coqs et les poules qui nous nourrissent !
Que chacun juge par lui-même......
Extraits :
- Tout se faisait chansonneur. L'un disait que Colombey-les-deux-Églises allait être réduit à Colombey-les -deux-Éclipses, et que Mme de Maintenant serait bientôt Mme de Jadis.....
- Pour M. le prince, les plats ne lui parurent être composés que de couleuvres. Il ne les avala pas moins.
- De là vint que l'on disait que le baron Frey était la plus belle conquête du cheval.
- Le Roi s'en délectait, mais ne sonnait mot de ses pensées, excepté par de petites échappées de dérision.
- Les malheureux marins allaient bientôt savoir qu'on peut être galère sans avoir besoin de croiser la mer.
- Or il advint que ce godelureau y fit les yeux doux à une femme de chambre et les fit si doucement et avec tant d'efficace que la pauvre en restât grosse à cause de ses œuvres. Le châtiment fut exemplaire, aussi propre à secourir la vertu qu'à désabuser le vice.
- M. De Murville n'eut point à prendre le deuil : son visage le portait perpétuellement.
- Mauriac fut de ceux-là. Il était l'écrivain du roi. Dans les Belles-Lettres dont Malraux était le grand sorcier, il faisait une espèce de pape noir.
- Le comte Mollet n'était pas fait pour manier les grandes affaires du gouvernement. (« Le roi m'a fait cocu », gémit-il un jour, dans un aveu public de ses malheurs. Et non cocu en herbe, mais cocu en gerbe ! ).
- Le Roi avait défendu que pas un de ses ministres s'ingérât dans cette navigation consolatrice, dont furent M. son fils, Mme sa belle-fille, Mme la Princesse, Mme de Barburon et le plus que chacun put faire venir de sa parentèle et de ses amis.
- Sur la fin de janvier, tout à coup, le repos de l'Europe fut ébranlé par un formidable bruit d'une brouille qui s'était élevée entre le Roi et M. de Monaco sous le prétexte d'une bagatelle de boîte à babil.
Éditions : Julliard (1961) Le Livre de Poche (1972)

 

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02 mars 2011

HIMES Chester / La reine des pommes.

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La reine des pommes.
Chester HIMES.

Note : 3,5 / 5.
Noir pur jus !
Un livre qui, enfin il me semble, fut un des premiers romans noirs que j'ai lu, et j'ai toujours gardé  en mémoire les deux flics aux noms très poétiques de Fossoyeur Jones et de Ed Cercueil Johnston. Pour continuer dans le macabre, le héros de ce roman travaille comme homme à tout faire chez un entrepreneur de pompes funèbres, funeste destin!
Nous sommes à Harlem, mais bien loin de l'image d'Epinal que l'on trouve habituellement dans les romans dont l'intrigue se passe dans ce quartier de New-York.
Jackson, bonne pâte, est victime d'une arnaque nommée « Coup de la Levure » qui consiste à rouler dans la farine un pauvre esprit bien naïf. L’escroc fait croire qu'il va transformer les billets de dix dollars en billets de cents (pas les coupures de vingt, celle de deux cents n'existant pas, détail  qui peut servir!). Bien sûr, il va perdre ses économies, en plus il va voler son patron pour graisser la patte à un flic ripoux et perdre le reste de son larcin au jeu! Et tout cela dans la même nuit, nuit agitée, dirions-nous. Et bonne âme, tout ce qu'il veut, c'est retrouver la tendre et douce Imabelle, sa déesse, l'objet de son fol amour !
Pour l'aider dans sa quête, il demande l'aide de son frère jumeau Goldy qui fait la quête pour sa propre paroisse, habillé en bonne soeur !
Mais la combine pour berner Jackson n'est que de la petite bière, une autre arnaque se prépare et  sur une beaucoup plus grande échelle : une soi-disant mine d'or mexicaine, des pépites comme appâts (au gain) et des amateurs de fortunes vite acquises et de manière pas trop fatiguante! La belle Imabelle se sauve avec la malle (vous remarquerez que je n'ai pas dit qu'elle se faisait la malle!) Mais là-bas comme ici, tout ce qui brille n'est pas or ! Ajoutez à tous ces péripéties les Starky et Hutch du coin, les çi-devant Fossoyeur Jones et Ed Cercueil, flics ayant une notion de leurs devoirs plus qu'élastique, ripoux sur les bords, un peu violents tout en combattant soi-disant cette même notion de violence. Bref un récit trépidant avec une bonne dose de fantaisie, un langage imagé, argotique et une étude de mœurs des habitants de Harlem vis-à-vis de la loi surtout quand elle est représentée pas des policiers blancs!
Jackson, bonne poire la reine des pommes, faudrait peut-être pas exagérer, car même si Imabelle a la peau couleur de....banane (faute d'avoir un teint de pêche, mais plutôt de pécheresse !) un moment, il va tout de même ramener sa fraise! Et alors là les marrons et châtaignes vont tomber ! Son frère Goldy, grand prêcheur devant lui même, adepte de produits illicites et d'actes aussi illicites que ce qu'il consomme en intraveineuses est-il aussi intéressé qu'il veut bien le laisser croire ? L'esprit de famille est-il sa seule motivation ? Ed Cercueil et Fossoyeur Jones ont des rôles moins importants que dans mes souvenirs, mais ne boudons pas notre plaisir, il faut bien que la loi règne ! Là où ils passent, les truands trépassent! On trouve également quelques personnages pas très catholiques : Soeur Gabriel, la Grande Kathy, Lady Gitane et ne sont pas les pires ! Bien évidement « cherchez la femme » ici, elle se nomme Imabelle, et c'est le top Ma Belle, l'auteur n'est pas en manque de superlatifs (super-lascive ) pour la décrire ! Embobineuse de première classe, tous les mâles (et non pas les malles) qui passent à sa portée auront du mal à s'en remettre! Toute une faune de personnages hétéroclites, un peu hors la loi, très roublards toujours à la recherche de quelques dollars.  Rien, ni personne n'est vraiment noir ou blanc dans ce roman.
C'est trépidant et sans temps morts ; par contre des morts, il y en a ! Un bon moment de lecture, mais sans plus.
Extraits :
- Les gens de couleur, songea-t-il, suffit qu'ils se mettent du côté du manche, ils connaissaient plus la charité chrétienne.
- L'essentiel, c'était d'avoir le Seigneur de son côté. N'avait-il pas cru un instant que Dieu s'était détourné de lui !
- Il avait l'apparence d'une sainte femme de négresses, obèse hélas, usé au service du Seigneur. Sa silhouette était bien connue dans le quartier. Personne ne lui accordait d'attention particulière.
- Si on ne peut plus croire ses yeux j'sais pas ce qu'il faut croire.
- Sur le trajet de Goldy, il y avait plus de bars et de bastringues que partout ailleurs dans le monde, à longueur de parcours égal.
- Or, on disait couramment à Harlem que le pistolet d'Ed Cercueil pouvait tuer une pierre et celui de Fossoyeur l'enterrer.
- Ils prélevaient leur tribut, comme tout flic qui se respecte, auprès des pourvoyeurs établis des besoins essentiels de la pègre.....
- Il connaissait maintes sectes étranges à Harlem et, docile aux ordres de leurs chefs, respectait les convictions de la population noire. Mais cette bonne soeur, décidément, semblait plutôt vouée au culte du démon.
- En fait, ce qui sortait de l'ordinaire, c'est qu'il n'y eut pas mort d'homme.
- Elle lui offrit son sourire de perle, qui promettait mille choses agréables.
Éditions :  Éditions Gallimard (1958). Folio Policier (1999).
Titre original :The Five Cornered Square (1958)

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14 février 2011

BIALOT Joseph / Le salon du prêt-à-saigner.

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Le salon du prêt-à-saigner.
Joseph BIALOT.

Note : 4 / 5.
De fils en aiguilles.....
Un roman que j'ai beaucoup aimé il y a très longtemps, et que j'ai gardé avec trois ou quatre autres de cette collection. Mais chose étrange, je ne pense pas avoir lu autre chose de cet auteur. Pourquoi, mystère?
Sentier sanglant pourrait être le sous-titre de ce roman. Un monde un peu clos qui a ses propres règles où les nouveaux venus ne sont pas toujours les bienvenus. Ici on coupe, on coud, costumes et chemises, mais dans ce livre c'est la guerre des boutons, version moderne et sanguinolente.
Une patrouille, un soir pluvieux, trouve le cadavre de ce qui semble être une prostituée massacrée avec un objet contondant, puis égorgée au rasoir. Puis le corps d'un homme est découvert peu de temps après, deux cent mètres plus loin, le mode opératoire est le même...La gorge transformée en boutonnière...
La presse s’empare de l'affaire et la police de l'enquête. Un chauffeur trouve lui aussi un cadavre dans son camion...Puis un ancien champion cycliste est pris pour cible..Des commerçants se désolent, ils attendent une livraison de vêtements, déjà dix jours de retard, le façonnier, la façonnière dans ce cas précis est aux abonnés absents....
Toutes ces morts semblent avoir un lien, mais lequel? Les indics de la police ne savent rien, mais pourtant en coulisse une guerre est déclarée....mettre la main-mise sur les ateliers de confections qui alimentent les différents magasins du quartier, et la lutte est féroce...et tous les coups sont permis, rackets, morts violentes, incendies, deux rivaux s'affrontent, la férocité n'a pas de limites....Ce n'est pas la guerre en dentelles, loin s'en faut...
La police qui n'est pas spécialement appréciée patauge, le quartier est en ébullition. Il faut dire que peu d'affaires sont très nettes, certains ateliers ne sont pas aux normes, les ouvriers sont souvent des clandestins sans-papiers corvéables à merci...Tout cela génère de l'argent, beaucoup d'argent, alors cela attise la convoitise de certains......Et pour cela il vaut mieux des hommes de mains que des petites mains....
Le commissaire Faidherbe et l'O.P. Chaligny aidé de Brancion sont chargés de l'enquête. Ils sont, pourrait-on dire, sur le sentier de la guerre, en route peut-être vers celui de la gloire. Un étudiant yougoslave qui a mystérieusement disparu, une provinciale dénommée Michèle Boulat qui dirige un atelier vide. Mais son appartement parle pour elle, enfin certaines photos montrent qu'en peu de temps elle a découvert son sexe, et la manière de s'en servir. Elle en use et en abuse, jusqu'à ce que mort s'ensuive ? Yamina, petite-fille des bidonvilles de la périphérie parisienne, veut se venger du « Chevalier noir » son héros mythique qui l'a trahi, pour cela elle demande l'aide de Pedro, dit « El Toro » autre gamin de son âge. Vania, elle, cherche son ami Kosta dont elle n'a plus de nouvelles, mais seulement un sombre pressentiment!
Je n'avais pas souvenir de l'humour de l'auteur dans le nom des deux officiers de police ! Les parisiens se seront rendus compte que l'addition des deux noms correspond à une célèbre station de métro. Enfin célèbre je ne sais pas, mais je me rappelle de cet arrêt! Continuons dans le nom des personnages, les commerçants se prénomment Sigmund et Carl Gustave, et une société s'intitule toute modestie Marx & Hengels.
En plus de l'intrigue policière qui est très bien menée, l'auteur nous fait découvrir l'histoire et la spécificité de ce quartier parisien, avec là comme ailleurs un changement au fil des années de 1920, avec l'arrivée des premiers soldeurs venus de Salonique et de Smyrne à l'époque actuelle, où le Sentier est devenu l'un des plus gros marchés de vêtements d'Europe. Une évocation nostalgique d'une époque révolue.
Une remarque d'actualité, si quelqu'un du Sentier se sent visé par ma chronique, je signale tout de suite je ne suis pas solvable. Il n'est donc pas nécessaire de me réclamer de l'argent et de me faire un procès.
Un peu de fantaisie dans ce monde de brutes avec exemple cette phrase :
- Pierre Dac disait que «L'os est à l'homme ce que la ceinture de flanelle est aux pigeons voyageurs ».
Extraits :
- Elle était jeune, belle, et morte.
- Le rôle du soldeur dans le Sentier est très proche du rôle du vautour. Avec, toutefois une différence : le vautour a parfois un regard humain tandis que le soldeur , lui, n'a qu'un regard de soldeur.
- Un vêtement capable de résister à tous les efforts du stade, du stade oral au stade du phantasme. Phantasme avec un Ph et non fantasme avec F.
- Un petit tour rue Blondel, dix minutes avec Vénus, entre deux collections, permet de mieux supporter le corset de l'apparente austérité des mœurs  provinciales.
- À l'entendre, ce ne fut qu'une faillite accidentelle ; bien sûr, il goûtait fort les week-ends dans les casinos, bien sûr, il adorait les chevaux, évidemment qu'il aimait les femmes ; il était normal, non ? Aussi normal que sa faillite.
- Tout au récit de Pedro, elle superposa dans son esprit d'enfant l'homme qui descendait de la voiture et l'image du héros chevaleresque baptisé Chevalier noir. Le réel bascula et devient fiction.
- Il le condamna à mourir de faim.
Il y eut quatre jours.
Il y eut quatre nuits.
Ne s'en rend pas compte. Il n'avait plus la notion du temps.
- Bien sûr, il existe des histoires d'amour dans le Sentier, mais....
- Elle découvrit les HLM de Montreuil, les pavillons de Vanves, les taudis de la Goutte-d'Or.
- Une des choses étonnantes, parmi d'autres, dans ce quartier, reste l'énorme sens de l'humain et donc de l'humour dont font preuve ses habitants.
- N'oubliez pas qu'il ne s'agit que de Radio-chiffons et qu'il faut prendre avec beaucoup de précautions les bruits qui courent.
Éditions : Gallimard (1978)
Grand Prix de la littérature policière 1979.

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03 février 2011

HUXLEY Aldous / Le meilleur des mondes.

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Le meilleur des mondes.
Aldous HUXLEY.

Note : 5 /5.
Il ne doit pas être ici bas *
J'ai été, et ce pendant plusieurs décennies, un fan de science-fiction ! Maintenant je n'en lis pratiquement plus, mais cette année je vais revisiter certains ouvrages qui ont marqué mes jeunes années de lecteur, années qui sont très loin, et cet ouvrage en fait partie.
Nous sommes en l'an 600 de Notre Ford, la terre a changé, le monde et le mode de vie également. L'existence commence par la naissance et ici c'est la science qui gouverne, de la Salle de la mise en flacons où œuvrent les Garnisseurs de flacons, puis les Immatriculateurs, ensuite vient l'étape du Dépôts des Embryons et encore la Salle des Prédestinations Sociales...etc.... Ni l'homme ni la femme n'interviennent dans ce long processus. Les habitants de cette entité sont : des Alphas, des Bêtas, des Deltas, des Epsilons Gammas reproduits à l'identique quasiment à l'infini. Chaque caste a sa fonction et son endoctrinement (comment nommer cette éducation autrement?) spécifique.
La société de consommation atteint son paroxysme, la nature est gratuite, alors les gouvernants créent des jeux de plus en plus sophistiqués et donc rentables pour l'industrie. Le cinéma est en quatre dimensions et même plus, avec odeurs et son, les transports sont ultra confortables, rien n'est trop beau pour les castes dominantes.
Les mœurs sexuelles sont très libres, il est même incongru de rester en couple trop longtemps, toutes les émotions sont canalisées par différents moyens pharmaceutiques,  comme les « Succédané de Passion Violentes » ou «Succédané de Grossesses » ou de la gomme à mâcher à base d'hormones sexuelles. Et par-dessus tout le remède miracle    « Le soma ».
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, la stabilité règne, les femmes sont « pneumatiques » et accueillantes, les hommes sains et sportifs, les classes laborieuses travaillent et produisent sans rechigner. Parmi les classes dirigeantes, la punition est une mutation sur une île, Islande ou Falkland (que sont devenues les îles paradisiaques?), où vivent les marginaux du système, victimes de légers incidents d'incubations, car cela arrive parfois....
Il existe aussi des réserves de sauvages,  lieux d'observation ou de vacances pour certains privilégiés, comme au Nouveau-Mexique, par exemple. Et c'est là que Bernard, un chercheur se rend avec Lenina en voyage d'études qu'il espère également amoureux. Mais là un grain de sable va changer la destinée de plusieurs protagonistes de ce livre, la rencontre avec John, le fils de Linda qui un jour, il y a très longtemps....
Les personnages de ce roman sont en général des êtres en marge de la société dans laquelle ils vivent. Seule Lenina est le parfait prototype de son époque, mais parfois le cœur a des inclinaisons peu orthodoxes. John, le Sauvage, et Linda, sa mère, sont archaïques et complètement dépassés, avec une conception de la vie et de la morale qui n'a plus cours, surtout pour John qui a toujours vécu dans la réserve. La scène où Lenina s'offre à lui avec fougue est complètement surréaliste, elle, habituée à une liberté absolue et lui, à l'opposé, rigide dans ses convictions. Helmhotz et Bernard sont chacun à leur manière des erreurs de laboratoires ayant un reste de dignité humaine et de joie de vivre pour Helmhotz ou de jalousie et de lâcheté pour Bernard.
Ce livre n'a pas pris une ride. J'ai en plus découvert un aspect que je n'avais pas remarqué ou alors oublié, les nombreuses citations de l’œuvre de Shakespeare dans la conversation de John.
Dans tous les livres que j'ai lus sur le sujet, l'avenir n'est pas très rose, ni très réjouissant.
Avec le recul des années, j'avais sans doute espoir d'un avenir meilleur à l'époque de ma première lecture, maintenant je me rends compte que ce monde est venu plus vite que prévu et ce n'est pas réellement une bonne nouvelle.
Désolé je vous quitte, c'est l'heure de ma pilule de soma....
Extraits :
- Tel était le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper.
- Le retour à la culture. Oui, vraiment, à la culture. On ne peut pas consommer grand-chose si on reste tranquillement assis à lire des livres.
- Tous les avantages du christianisme et de l'alcool ; aucun de leurs défauts.
- En réalité, et au fond, il s'intéressait à autre chose. Mais à quoi ? À quoi ?
- Je suis contente de ne pas être une Epsilon, dit Lenina avec conviction.
- J'aurais voulu que cela ne se termina pas par le coucher, spécifia-t-il.
- Les questions que posa Bernard créèrent une diversion. Qui ? Comment ? Quand ? D'où ?
- La beauté attire, et nous ne voulons pas qu'on soit attiré par les vieilles choses. Nous voulons qu'on aime les neuves.
- Sept heure trente d'un travail léger, nullement épuisant, et ensuite la ration de soma, les sports, la copulation sans restriction, et le cinéma sentant. Que pourraient-ils demander de plus ?
Éditions : Livre de poche (1960)
Titre original : Brave New World. (1932).
* ni plus haut non plus !

 

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26 janvier 2011

GRALL Xavier / Les billets d'Olivier.

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Les billets d'Olivier.
Xavier GRALL.

Note : 4,5 / 5.
De semaines en semaines....
Chroniques de l’hebdomadaire catholique « La Vie » écrite entre 1972 et 1977.
En cette époque où tout, et parfois rien, est l'objet de célébration, je vais, moi, me souvenir de Xavier Grall, mort en 1981, trente ans déjà! Et comme la part de Grall est très importante dans ma découverte de la littérature, j'essayerai de faire un billet pas forcément tous les mois, mais le plus souvent possible, d'un livre dont il est l'auteur ou une œuvre écrite sur lui.
Billets d'humeur, comptes-rendus des grandes et des petites choses de la vie, qu'elles soient catholiques ou pas. La mienne ne l'était pas, alors j'ai découvert ces textes plus tard. Plus de cinq ans de la vie d'un homme de la banlieue parisienne (exil pour certains, même si le mot peut paraître trop fort)  à un retour au pays natal....
Les vents sont omniprésents dans ces chroniques comme ils le sont très souvent en Bretagne. Les naufragés victimes de la fureur de la mer au cours de terribles tempêtes. Les chapelles, ces chefs d’œuvres anonymes qui parcellent la campagne bretonne, je ne suis pas un catholique fervent, mais j'aime ces endroits, leur beauté et leur solennité comme «dans « Notre Dame des Brumes ». Grall s'indigne avec une rare véhémence au sujet des chiens abandonnés ou alors abattus par un chasseur, car devenus aveugles, il constate que les étés sont des mois assassins. Et il pleure sur la mort de Kéroual son teckel, fidèle compagnon.
Les personnages de ces écrits sont des gens ordinaires, les amis ordinaires ou célèbres, les voisins ou paysans des alentours, Marie « L'ancienne personne » décédée . La famille bien sûr (le clan), épouse et filles, celles-ci « Les Divines » pour qui il écrira « L'inconnu me dévore ». « Je crois rêver » et on a tous rêvé un jour ou l'autre,  est un souvenir à la mère et à une de ses phrases préférés, ces gens pour qui le progrès était encore une source d'émerveillement. Ou aussi dans « Le retour » où cette femme retrouve sa maison après une longue hospitalisation. Cette mère pour qui il écrira « Balade de la mort si lente » avec ces mots :
- « C'est seulement au chevet des mères mourantes
que les fils de l'homme accèdent à la connaissance ».

Une très belle rencontre et quelques lignes pleine de tendresse dans « Le visiteur ». Un hommage à ce grand homme de la libération de l'Irlande, Terence Mac Swiney, Lord Maire de Cork mort après 73 jours de grève de la faim en 1920.
Je disais ici même il y a quelques temps que les écrivains bretons parlaient souvent de Kerouac ; Grall le mentionne dans ce livre et nomme un de ses articles « Sur la route ».
L'avantage de ces textes est que contrairement à ceux concernant la vie politique, c'est qu'ils ne vieillissent pas, la pluie et le vent reste la pluie et le vent, en 1972 comme en 2011. Et un texte de Xavier Grall reste un très grand texte, même plusieurs décennies après.
En Bretagne tout finit par une chanson, celle que j'ai beaucoup écouté et dont j'ai, un jour, fait mienne dont parle Grall dans « Les ans »:
- Je dors en Bretagne ce soir
dans la beauté
- Ainsi chante Gilles Servat. Cher Gilles comme tu dis vrai, comme tu chantes juste avec ce refrain-là....

Ce livre est un recueil de chroniques sur des thèmes simples et intemporels, la vie, la famille et la Bretagne. Les chroniques des années suivantes seront elles regroupées dans « Les vents m'ont dit ».
Extraits :
- Avec rien dans nos sabots. Rien que la paille......
- Cimetière de Cornouailles où sont vides les tombes. Les femmes noires dans les brumes n'auront pas leur mâles près d'elles quand elles disparaîtront.
- J'ai toujours rêvé ma vie avant de l'accomplir. Je n'ai pas toujours perdu ce pari, une sorte de pari spirituel.
- Mon clan, si breton soit-il, est plein de Bohême.....
- Je l'avoue : j'aime la liturgie ancienne de mon pays. J'aime ses messes chantées dans le vocable des miens.
- Je le sais depuis peu : toute joie contient sa mélancolie.
- Brest : Prévert y chanta Barbara sous la pluie. Jack Kerouac y secoua son arbre généalogique  dans des nuits enivrées.
- Combien de naufrages dans le poème insensé des océans. Demain, combien de veuves encore dans mon pays ? Masures des marins, demain, combien d'entre vous fermeront leurs volets ?
- Mes filles, quand je ne serai plus, parlerez-vous de moi ainsi, avec cette ferveur....!
- Mes amis, le chien de la vie est mort.
- Je suis de ce pays où gisent les morts parmi les vivants. Dans les enclos. Tout autour des sanctuaires, non loin des fermes et des buffets.
- Je la saluais. Elle ne répondait pas à mon salut. Elle était de Kériantec, je suis de Botzulan. Une distance de huit cents mètres! Cela compte quand on est vieux et que les jambes n'ont plus d'usage.
Éditions : Cerf/ La vie (1985).
Autres chroniques : 

 GRALL Xavier / Et parlez-moi de la terre
GRALL Xavier / La Fête de nuit & le barde imaginé.  
GRALL Xavier / La sône des pluies et des tombes.
 GRALL Xavier / Le rituel breton & La sone des pluies....
GRALL Xavier / Les vents m'ont dit.
GRALL Xavier / L'inconnu me dévore.
GRALL Xavier / Mémoires de ronces et de galets
GRALL Xavier / Solo & autres poèmes
GRALL Xavier : Genese & derniers poèmes
 GRALL Xavier/ Au nom du père.
GRALL Xavier/ DUC0S Gérard/ La fête de nuit/

 

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24 janvier 2011

AVALLONE Michael / Orgies funéraires.

Avallone
Orgies funéraires.
Michael AVALLONE.

Note : 5 / 5.
A tombeaux ouverts !
Ce livre glauque pour ne pas dire morbide (le titre est en soi assez explicite) a bizarrement, surtout pour un format de poche et un roman policier, échappé à tous les tris successifs de ma bibliothèque. Je pense que j'ai gardé ce livre car il parle, dans la série des acteurs américains un peu enveloppés, de Jackie Gleason. Il jouait le rôle de    « Minnesota Flats» dans « Les Arnaqueurs » et était un des clients d'un bottier parisien pour qui j'ai travaillé de nombreuses années. À signaler  que cet auteur a beaucoup écrit pour la télévision en particulier pour la série « Mannix ».
Quand Deckinger accepte un travail à Roseland, il ne se doute pas de ce qui l'attend !  Car cette charmante bourgade est une sorte d'oasis pour milliardaire un peu âgé soit, de là à se voir proposer de l'argent pour ouvrir des sépultures, il y a une marge. Et c'est pourtant la tâche qui lui est demandée! Car on meurt beaucoup en ce moment dans ce paradis sur terre ; le seul qui voit cela d'un bon œil, c'est Garland l'embaumeur, un artiste dans son genre. D'accord cela lui donne l’occasion d'exercer son art, mais ces décès semblent tous très naturels, quoique fréquents! Le Camp du Repos de Roseland Valley, magnifique endroit ombragé, est très couru en ce moment, les cérémonies mortuaires se succèdent ! Pour certains, l'âge semble être une raison, pour d'autres par contre, c'est loin d'être le cas. Alors la police se pose certaines questions ! Et pour un des habitants du lieu, il vaut peut-être mieux prévenir que guérir, avant de faire partie de cet inventaire macabre.
Car pour l’assassin la liste n'en est qu'à ses débuts :
Sylvester Anthony Markam /             Crise cardiaque.
Georgia Ruth Pelham /                       Somnifère.
Cassandre Reynolds/                          Poignardée.
Amelia Hawkes
B. Richard Martinius
A.P.Palmer Cole
John Willis
Lee Van Karp

On meurt par où on a pêché, mais après dans l'au delà? Car les pêcheurs sont nombreux dans cette liste. Hommes d'affaires sans scrupules, libertine sans limite, mégères notoires et acariâtres, débauché consommateur de filles de petite vertu, goinfre vorace, consommateur, lui, de tout ce qui se mange sans goût ni retenue. Bref une brochette de personnages riches et prodigieusement antipathiques ayant un point commun, elles ou ils sont responsables d'une série d’évènements qui ont brisé la vie de la famille Garland.
Alors la vengeance sera post-mortem et l'imagination de son auteur sans limite.
Steward Turner Garland, l'embaumeur, est un amoureux des fleurs ; son épouse se nomme Orchid, sa fille Violet et il vit à Roseland, mais son existence n'est pas un jardin fleuri. Ses futurs clients le méprisent, sa famille est ignorée et calomniée, la rumeur publique décrit son épouse comme une alcoolique, alors elle le deviendra. Puis sa fille aura une aventure avec une lesbienne notoire avant de multiplier les liaisons pour le moins dangereusement. Ses motifs de vengeances sont nombreux car sa vie est devenue un enfer !
Deckinger le détective, pense avoir tout vu dans sa carrière, mais là, il découvre l'horreur et ne sera pas loin d'y laisser la vie! L'adjoint du shérif a des doutes devant cette soudaine épidémie de morts dans un si joli cadre et dans une population de gens si « comme il faut ». Le cimetière est magnifique, mais enfin personne n'est pressé d'y résider et pourtant.
Un récit pas très linéaire avec de nombreux retours en arrière qui nous permettent de remonter le fil du récit et de découvrir les secrets de  cette charmante et dernière étape de la vie de quelques personnages fortunés, mais non exempts de vices cachés.
Un roman très noir, limite gore, sorte d'ancêtre du film « Seven », à réserver à un public averti, certaines scènes étant pour le moins dérangeantes!
Extraits :
- La société des Embaumeurs américains considèrent ce type comme un génie. Ils le tiennent pour le Michel-Ange de la profession.
- Pour mille dollars, répliqua sèchement Deckinger, je forcerai le tombeau du général Grant en plein jour !
- Une beauté d'une perversion achevée. Le visage d'une libertine passionnée.
- Un joli cadavre, c'est vrai. Riche, aussi. Mais un cadavre tout de même.
- Nous sommes enfermés ici comme dans une prison. Personne ne vient nous voir. Quand les gens nous croisent dans la rue, ils ne nous adressent même pas la parole. Ils nous évitent !
- Roseland : terminus pour millionnaires.
- Il a tous les richards pour clients, mais ils le traitent comme s'il avait la peste. Je me demande pourquoi il s'obstine à rester ici pour supporter tout ça ?
- Aucun caveau n'avait jamais abrité cercueil plus somptueux.
- Miss Amelia constituait un vivant exemple du bien-fondé de la diabolique maxime :
« l'oisiveté est mère de tous les vices. »
- Leur dernier coup avait été le plus magistral : faire en sorte qu'Orchid Garland devienne une pocharde et Violette Garland une débauchée. Quel délice quand ce fut enfin devenu la réalité!
- Il n'avait aucun palais. Uniquement de l'appétit !
- A croire qu'un vent mauvais commençait vraiment à souffler sur la petite ville si paisible de Roseland!
Éditions : Gallimard (1969) Carré Noir (1980).
Titre original : The Coffin Things (1968)

 

Posté par eireann yvon à 19:20 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
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