Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

30 mai 2008

LEWIS Ted / Jack Carter et la loi.

Jack Carter et la loi.
Ted LEWIS.
Note : 4 / 5
Le silence est d'or.
J'ai déjà parlé de cet auteur britannique pour le livre « Plender ».
Écrivain cynique, sombre et désespéré dont les romans sont très noirs.
Jimmy Swann est aux mains de la police. A-t'il parlé ou va-t'il parler? Les Frères Fletcher, Gerald et Les, aimeraient bien le savoir, car s'il dit quoique se soit, leur séjour en prison sera plutôt conséquent, plusieurs décennies pour le moins. Donc il est plus qu'urgent de savoir de quoi il en retourne! Ils chargent un de leurs plus fidèles lieutenants, Jack Carter de se renseigner. Ce n'est pas forcément l'homme qui convient, car point de vue fidélité, la maîtresse de Gerald, l'un des frères est aussi la maîtresse de Jack, alors bonjour l'embrouille!En plus les frères Fletcher sont les rois de toutes magouilles de l'ouest de Londres, mais les frères Coleman sont les caïds de l'est de la capitale britannique, donc au royaume de la perfide Albion, ce n'est pas l'entente cordiale, et le fair play est allégrement remplacé par le "faire plaies""! Il y a parfois des dérapages, des passages à tabac un peu violents, mais cela ne concerne que des hommes de mains, alors on se déteste avec le sourire, mais attention à la moindre erreur.Bref, chacun essaye d'en apprendre un peu plus, de savoir déjà où est Jimmy Swan, Jack cherche dans la nuit. De bars gays en boites de nuit, nous le suivons dans les bas-fonds de la capitale anglaise. Sur son chemin surgissent des personnages peu recommandables, sadiques et tueurs. Pendant ce temps là, ses patrons qu'il n'apprécie pas plus que cela font la fête avec des truands américains. De quoi l'avenir sera fait, la liberté pour certains ou la prison pour d'autres? Jack qui est déjà dans le lit de la maîtresse d'un de ses patrons se verrait bien en plus reprendre ses lucratives magouilles!La presse s'empare de l'affaire avec une photo à la une qui met de l'huile sur le feu, et un début de débandade chez les Fletcher. Et quelques morts plus loin, Jack a en plus la police à ses trousses!
Jack Carter est un employé modèle, enfin jusqu'à un certain point! Qu'il méprise ses employeurs, cela se comprend.Audrey, maîtresse de Gerald, regarde son avenir parfois avec angoisse, mais jette un oeil très intéressé sur les remous que cause la mise en prison de Jimmy Swan. Le tout pour elle est dans sa situation plutôt inconfortable de ne pas se tromper de camp, choisir le vainqueur, sinon....?Le portrait que fait l'auteur des deux frères est pour le moins désobligeant : Gerald, malgré son argent ressemble à un clochard, Les, par contre est une espèce de gravure de mode!Footballeur sur le déclin, prostituées et travestis, joueurs invétérés sont les personnages secondaires de ce roman. Avec évidement le flic corrompu, vedette de la lutte contre la criminalité londonienne, et se dit que « Charité bien ordonnée comme par soi-même »et l'avocat des truands qui se demande aussi où le vent va souffler! Un chauffeur de taxi sans permis, bref un ramassis de minables .
On a le droit au décathlon du crime organisé, prostitutions, chantages, bars homosexuels, enfin tout ce qui peut représenter une mine de livres sterling (même dévaluées).
Parfois un humour très noir, et des descriptions de certains personnages d'une méchanceté assez hallucinantes.Un polar à l'ancienne bien écrit, à noter que chaque épisode porte le nom d'un protagoniste ou d'un lieu où se déroule l'histoire. Ainsi l'un des épisodes s'appelle sobrement « Le garage » et un autre, tel un peu de poésie dans un monde de brutes « La Fontaine de Jouvence », qui est tout simplement un salon de massage où officient des ex-jouvencelles! Laquelle «  Fontaine de Jouvence » se transformera en « Cimetière des pas si innocents que cela »!
De trahisons en coups tordus, une intrigue qui se lit très bien. Un peu moins psychologique que « Plender » ce roman nous permet de découvrir le côté noir du Londres des années 1970.
Extraits:
- Toi tu mourrais, tu aurais de la chance. Moi, il me réserverait un sort bien plus intéressant. Gerald adore son travail.
- Toutes les filles que j'ai connues n'était que des glaçons comparées à Audrey.
- Pour Gerald, les putes sont comme le scotch pour un alcoolique.
- ...tout est absolument parfait. La seule chose qui paraît déplacée, c'est Gerald et Les.
- Il fit partie de ces individus qui imprime leur style à leurs vêtements et non l'inverse.
- Audrey croise les jambes; le bruit du nylon ressemble à des parasites dans un poste de radio bon marché.
- En se posant sur le cuir, son cul fait le bruit d'un mauvais plongeur qui fait un plat dans l'eau.
- ...ils choisissent un type qui ne pourrait même pas impressionner Tom et Jerry.
- Ils sont à ce point aveuglés par leur réputation qu'ils se croient intouchables.
- ...autant essayer de soutirer la vérité au Premier Ministre.
- Toi, tu est tellement con que tu te dénoncerais toi-même sans l'aide de personne.
- Elle me dévisage comme si je lui avais demandé de me montrer sa culotte.
Éditions : Rivages/ Noir.
Titre original: Jack Carter and the law. (1974)

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13 mai 2008

FRADIER Catherine / Camino 999

Camino 999
Catherine FRADIER
Note : 2,5/5
Le denier du culte.
Un autre ouvrage qui participe au prix Cezam.
Un roman politico-policier parlant d'un scandale financier qui eut quelques implications en France dans les années 1970.
A noter que l'Opus Dei  très courageusement s'est attaqué à cet éditeur et à l'auteur de ce livre alors qu'il avait fait preuve d'un silence assourdissant pour « Le Da Vinci Code » . « Selon que vous soyez riches ou pauvres! ».
Enfin ce livre est sorti et c'est une bonne chose.
L'entrée de ce roman va vous couper l'appétit, entre un enfant maltraité qui mange dans la gamelle des chiens de la famille, et un anaconda géant qui digère un homme qu'il vient d'avaler, cela ne donne pas réellement envie d'attaquer le reste du menu, ni le plat du jour! Si un de vos amis vous demande de venir porter une poule (animal à plume) vivante à son animal de compagnie préféré, et que celui-ci prénommé Charles Édouard soit devenu vieux et irascible, refusez!Ensuite commence une histoire de meurtres ou de suicides maquillés dans les milieux financiers, qui se croisent avec des membres de la famille de l'enquêtrice. Une plongée dans le monde des homosexuels lyonnais, bref un grand choix d'ingrédients pour une affaire politico-financière sur fond de blanchiment d'argent.Une jeune fille kidnappée retrouvée vivante, mais son père, lui est repêché noyé, affaire de chantage ?
Les morts se multiplient , tous sont en relation avec la famille de Carla Montalban, haut responsable de la brigade criminelle de Lyon. Son cousin Luc est lui aussi tué, la compagne d'un policier est sauvagement torturée. Qui est derrière tout cela? Les tueurs sont vite connus « grâce » à leurs apparences ethniques ; tous les témoins parlent d'indiens, ils sont en réalité colombiens. Mais qui les emploie?
Carla Montalban, fille de famille aisée, a choisi l'indépendance financière et la police. Mais parfois elle se demande comment sa famille, émigrée espagnole, a fait pour s'enrichir si vite et à ce point?Différents crimes ou morts suspectes lui confirment que ses doutes semblent hélas avérés. Elle trouve enfin une photo de sa mère en compagnie d'un homme? Qui est-il, son amant ou autre chose? Et quel était son rôle exact dans la bonne marche des affaires familiales? Sa mort dans un accident d'avion trente ans plus tôt, crime ou accident? Pourquoi son cousin Luc est-il assassiné? Toutes ces questions resurgissent durant son enquête.Vincent Fontanel, l'homme dont elle est amoureuse, est-il réellement son sauveur, un soir où deux hommes étaient prêts à l'enlever, pourquoi prend-t'il des photos dans le bureau de son père?Son père et son oncle sont proches de l'église catholique et fréquentent les hautes autorités religieuses, font-ils partie de l Opus Dei?
Je reconnais avoir failli abandonner à plusieurs reprises, car il y a beaucoup trop de clichés dans ce livre,les personnages un peu caricaturaux et les situations relativement prévisibles. L 'héroïne qui tombe amoureuse d'un homme qui s'avère être autre chose que ce qu'elle pensait. Son adjoint spécialiste de sport en chambre et évidement lecteur de « L'équipe », des protagonistes que j'ai trouvés peu finalement peu attachants.
La lecture est facile, mais ce livre trop long, malgré un bon final. Bref un roman qui ne me laissera pas un grand souvenir.
Une phrase me pose problème : « Il avait demandé sa mutation à l'ambassade de France à Belfast »? Y-a-t'il une ambassade de France à Belfast? Après maintes recherches, il semblerait que non!
Extraits :
- Zola en comparaison, c'était "Oui-Oui à Neuilly".
- Dylan, il s'appelait Dylan. Son seul lien avec le monde des humains.
- On avait dû lui remonter les bretelles à plusieurs reprises et il en portait les stigmates comme un slip étiré jusqu'aux aisselles.
- Il boit, il fume comme une cheminée de Feyzin.
- T'es un flic et tu te conduis comme une moule à marée basse.
- Bien plus fort et bien plus lourd, il l'engrossa en toute conscience. Une histoire de trente secondes.
- Les chefs sont tous les mêmes marmonna-t-il . Ils sont instruits, mais il faut que ça se sache.
- Tu sais, cela fait longtemps que je me pose des questions sur la fortune de ma famille.
- Nous ne sommes pas responsables des choix idéologiques de nos parents commandant Montalban. Vous devez le savoir.
- Des indiens j'vous dis. Ils avaient des longs cheveux noirs et z'étaient coiffés comme les filles avec une couette.
- C'est quoi exactement l'Opus Dei?
L'oeuvre de Dieu pour tous. Sinon, l'Église dans l'église, la garde blanche, Santa Mafia, ou bien le bras armé du Vatican pour d'autres.
- C'est la plus forte concentration de pouvoir intégriste dans l'Église.
- L'argent, ma chère, l'argent.
- Les banques des paradis fiscaux n'envoient pas de relevés bancaires. Moins les pièces bancaires circulent, mieux est assurée la confidentialité.
Éditions : Après la lune éditions.

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22 mars 2008

Le BRETON David / Mort sur la route.

Mort sur la route.

David Le BRETON

Note : 4

Une route pavée de mauvaise intentions!

Premier roman de ce professeur de l'université de Strasbourg. Il a écrit de nombreux essais.Ici, nous sommes loin de de l'univers de Kerouac, la route est jonchée de viols, de violences, de drogues et de cadavres.
Max est jeune, il décide de quitter le confort du foyer pour « faire la route ». Il marche sur une route enneigée en compagnie d'Olivier et de Laure. Celle-ci dans la même nuit sera confrontée au magnifique : la rencontre avec un cerf et au sordide, la mort de froid de Max!
L'histoire se déplace à Strasbourg où nous rencontrons Thomas, son esprit est hanté par les cadavres côtoyés en Bosnie, puis au Rwanda. Quelque chose s'est brisé là-bas. Il vit seul, s'étant éloigné de son épouse.Étant un soir passé à tabac, il est hébergé dans un squat dont il découvre les règles de vie non-vie, avec en tête de la hiérarchie, un chef, avec quelques acolytes, qui possède tous les droits, surtout sur les filles nouvellement arrivées qui subissent le bon vouloir de ces caïds.Thomas reprend pied, mais il est confronté à la disparition de Laure, qui pour Olivier est inexplicable. Petit à petit, il découvre que d'autres jeunes filles ont disparu, et il lui semble qu'elles ont été choisies.Une autre affaire se greffe sur l'histoire, un chef de guerre serbe au passé très chargé, brute sanguinaire arrive à Strasbourg , pour affaire. Son fond de commerce, la prostitution, avec un second but à ce voyage, tuer un homme politique dont il veut se venger. Thomas plonge dans un monde inconnu et dangereux . Entre les Mafias Serbe et Russe, un commerce s'est installé, un réseau de prostitution est alimenté par ces filles qui disparaissent sans laisser de traces dans l'indifférence générale. Mais entre temps elles servent pour des tournages de films ignobles.
Des marginaux ou laissez pour comptes de la société moderne, proies faciles pour les trafiquants et proxénètes de toutes catégories. Thomas est lui aussi brisé par ce qu'il a vu et aussi vécu, professeur en année sabbatique, il se trouve mêlé à son corps défendant à cette ignoble affaire, peu à peu il se laisse gagner par la violence, mais que faire d'autre? Un monde souterrain absolument effroyable, des enfants qui de victimes deviennent bourreaux, des garçons et filles qui se mutilent pour purifier leurs corps et oublier ce qu'ils ont vécu, une descente aux enfers. Quelques règlements de comptes personnels et politiques, la drogue et la prostitution viennent encore noircir le tableau. Quel monde nos sociétés ont-elles créé! Quels misères et quels mirages poussent ces jeunes dans cette jungle urbaine! Un monde de détresse où croyant fuir un milieu familial souvent violent et incestueux, ces fugueurs découvrent la face cachée des squats. Celles où quelques individus font la loi, un milieu dont les plus faibles sont les victimes toutes désignées, car sans aucune protection.
Ce roman est très bien écrit et l'histoire est bien menée. Certaines scènes sont très dures et l'ambiance du livre est sordide et glauque. Âmes sensibles s'abstenir. Pour mon goût ce livre est une découverte, l'intrigue me semble originale et je ne boude pas mon plaisir de lecteur, de profiter de ce changement d'horizons en découvrant la ville de Strasbourg, qui j'en suis sûr n'est pas, celle décrite dans ce roman policier très noir.
Extraits :
- Depuis des mois il se tenait au bord du gouffre, cette fois il était tombé dedans.
- L'insularité était propice à l'oubli, à l'absence.
- Une fille seule devenait vite une proie.
- Ces jeunes squatters étaient un vivier pour le crime.
- Pour les miliciens, ces femmes n'étaient plus des femmes, mais des prises de guerre pour humilier leurs maris bosniaques.
- Elle avait appris dans les squats à ne pas se mêler de ce qui ne la regardait pas.
- Il n'y avait plus maintenant que la route et cette longue fuite en avant.
- Le ou les tueurs jouaient sur du velours.
- La seule chose qui me manque c'est la mer. Pas ma mère, la mer.
- Il ne restait que des cendres des librairies ou des bibliothèque croisées en Bosnie.
- Le monde sombrait dans l'autisme. La technologie rendait plus passionnante la discussion avec un absent.
- Il y avait cette contradiction insupportable entre la beauté du monde et l'âpreté des relations entre les hommes.
- Une cour des miracles reléguée dans les limbes d'une société riche et indifférente.
Éditions Métailié noir.
Merci à Goelen pour m'avoir fait découvrir ce livre.

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15 mars 2008

FOIS Marcello / Un silence de fer.

Un silence de fer

Marcello FOIS

Note : 4

Silence de mort!

Encore une première avec cet écrivain italien, né en Sardaigne en 1960. Écrivain de romans policiers,il est co-fondateur avec Carlo Lucarelli de 13 (un groupe de réflexion autour du polar italien), il est à l'origine du renouveau de ce genre dans son pays natal.
Un court prologue se déroule à Nuoro le 28 août 1980, un groupe de terroristes tente de faire sauter un distributeur de billets. Acte qui se termine par la mort d'un carabinier.
8 août 1890, un couple se rend en Sardaigne, il sera assassiné. Un gitan lui aussi périra pratiquement au même endroit cette nuit là!Silvano aime Elena qui le lui rend bien, mais le père et le frère de la jeune fille ne l'entendent pas de cette oreille, ils ont pourtant tous les deux trente ans. La famille d'Elena fait suivre le jeune homme que l'on découvre dans sa voiture avec une prostituée. D'ailleurs il semble avoir des activités un peu louches ce charmant jeune homme.
Qui est Mauro Piras, qui faisait partie des plastiqueurs de 1980 et avec qui le couple assassiné avait rendez-vous?Il semble qu'un trafic d'armes soit à l'origine de ces morts violentes. Le juge Corona enquête sur cette affaire, en plus d'un kidnapping dans la montagne. Les investigations sont longues, car pleines de ramifications, car tous les protagonistes ont des liens entre eux, des intérêts communs et surtout des secrets qui tout en paraissant bien enfouis ne demandent qu'à refaire surface.
Beaucoup de personnages pour un puzzle qui semble un peu embrouillé.Le catalyseur de tout ce beau monde est Mauro, son frère a été tué dans son bagarre, et son assassin fut retrouvé pendu dans sa cellule. Il quitte l'île, mais ses parents ayant été abattus, il revient en Sardaigne, où il travaille au noir pour "le syndicat ". Ayant eu une brève aventure avec Elena, et fut un moment fiancé à la belle soeur du juge Corona, il entretient des relations épisodiques avec Francesca, son ancienne complice des années 1980 qui est devenu prostituée. Il a également habité un temps avec l'homme trouvé mort. Silvano et son cousin Davide, ont des relations très complexes dont ils ne sortiront pas indemnes. Bref chacun a un bon motif d'en vouloir à Mauro car certains de ses complices ont été condamnés à de lourdes peines de prison.
Un bon roman dans une Sardaigne immuable, faite de traditions et de silence, où une certaine partie de la population se refuse au fait que le temps passe. La corruption règne partout ainsi que les vieilles haines entre les familles. Une atmosphère pesante qui est très bien rendue par exemple dans la tension des relations entre Elena et son père, qui paye pour faire suivre sa fille, âgée tout de même de trente ans!
Trop de personnages malgré que petit à petit, on découvre leur utilité et l'on se rend compte que dans certains milieux, rien ne s'oublie et qu'une dette est une dette. Et aussi qu'un bon témoin est un témoin mort de préférence.Un final très surprenant et inattendu.
Une lecture agréable mais qui mérite une attention assez soutenue pour ne pas se perdre dans l'intrigue.
Extraits:
- Il s'abstint de lui répondre car ce commentaire n'appelait pas de réponse.
- C'était des militaires, des étudiants, des émigrés. Pas des touristes.
- Il était vraiment têtu, et puis qu'avait-il contre Silvano?
- Elle eu le sentiment d'être perdue, anéantie, très âgée.
- Lorenzo était un expert et un camarade. Un camarade de vieilles luttes et de nouvelles batailles plus violentes.
- Les choses avaient changé. C'est ainsi que l'on meurt.
- Un nivellement féroce, vorace, aplanissait tout. Tout devenait absurde.
- A l'enterrement il avait souri à tout le monde.
P
uis la solitude vint.
- Les nouveaux quartiers illégaux, mais amnistiés s'y fraient un passage jusqu'à la butte en aval.
Titre original :Ferro recente.
Éditons :Seuil.

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15 décembre 2007

LEWIS Ted / Plender

Plender

Ted LEWIS

Note : 4

Love me Plender*

Je ne connaissais pas du tout cet auteur anglais à la vie très courte, mort d'alcoolisme. J'ai donc voulu me renseigner. Sur le premier site spécialisé dans le roman noir, je lis ceci : né en 1940, mort en 1976 à 40 ans! Les degrés alcooliques font vieillir prématurément mais quand même!. Je regard ensuite sur Wilkipédia, là il est né en 1942, mort en 1982, mais il est signalé dans les naissances de 1940! Sur Evene, on ne se mouille pas pour les dates, seul renseignement "Écrivain américain"! Ne te retournes pas dans ta tombe Ted! Seule chose concrète de tout cela, je viens d'apprendre que le film "La loi du milieu" avec Michael Caine que j'avais beaucoup aimé est tiré d'un de ses livres.

Plender a réussi. Cet enfant né dans une famille pauvre occupe maintenant un poste élevé dans une mystérieuse société "Le Mouvement". Mais de sa jeunesse il a gardé la soif de monter dans la hiérarchie, de dominer. Pour cela, il lui faut détruire des hommes et des vies. Sa première cible est Froy ; par lui il cherche à identifier les vrais patrons. Surtout qu'il n'est pas exempt de tout reproche, il a gardé sous le coude et dans le plus grand secret quelques "clients" qu'il fait chanter.

Knott lui est devenu photographe. Toujours séduisant, il est heureux en ménage mais ne peut s'empêcher de multiplier les conquêtes. Il a connu Plender il y a longtemps, il a pris sa place de chef à la tête d'une bande de jeunes du quartier, puis en a fait son souffre douleur.

Quinze ans plus tard, le destin les réunit.

Plender assiste à la mort accidentelle de la dernière conquête de Knott et à la tentative de celui-ci de se débarrasser du cadavre. Alors Plender va enfin régler ses comptes.

Entre souvenirs d'enfance et temps présent, les deux narrations se suivent puis se complètent, chacun prenant la suite de l'autre.

Brian Plender, maître chanteur entre autre, cherche à se venger de sa vie passée. Lorsque Peter Knott, qui pour lui en est le symbole, réapparaît dans son existence, alors tous les coups sont permis. Machiavélique, il tisse sa toile dans laquelle sa victime va se prendre. L'épouse de Knott lui servira d'alliée bien involontaire (ou peut-être consentante?).

Knott grâce à un mariage d'intérêt s'est élevé dans la société, mais sa réussite est uniquement basée sur l'argent que lui donne son beau-père. Malgré cela il trompe allégrement son épouse, avec ses modèles, attirées par une gloire factice. Homme cynique, mais réaliste, buvant beaucoup, il sait qu'il n'est rien par lui-même.

Pour ce qui est de l'écriture, je vais me servir d'un avis plus autorisé que le mien Robin Cook :

-"Son exemple, montre combien l'écriture peut être dangereuse, quand on s'y consacre comme il faut, et l'écriture de Ted Lewis prouve qu'il ne s'est jamais défilé devant la page blanche. Non... car pour Ted Lewis, la page blanche était un champ de bataille."

Un précurseur pour des écrivains très noirs comme David Peace ou Ken Bruen. L'autre face d'une littérature policière britannique un peu trop conformiste à mon goût.

Un roman noir et glauque comme le nord de l'Angleterre où il se déroule.
Extraits:

- Le Mouvement méritait amplement que je l'en remercie.

- Est-ce qu'il a réussi aussi bien que moi? Probablement. Il avait pris un bon départ.

- Je dois faire semblant de trouver cette fille à mon goût. Je dois lui donner l'impression que je la désire.

- Maintenant, je comprends que je suis en enfer. Ce visage penché sur le mien, je ne l'ai pas vu depuis quinze ans. Le visage de Brian Plender.

- Toujours à l'écart, mais il faisait tout ce qu'il pouvait pour se faire accepter. Il en faisait même beaucoup trop.

- C'était le souffre-douleur.

- Et quand on joue comme lui, un personnage qui manque d'authenticité, les convenances sont d'une extrême importance. Elles permettent de masquer les craquelures dans le vernis.

- Et il affecte la froideur propre aux jeunes gens de sa génération. A ses yeux, je suis presque un vieillard.

Éditions : Rivages/Noir.

Titre original: Plender

*Titre revu et corrigé d'une chanson d'Elvis Presley.

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05 décembre 2007

GUERIN Françoise / A la vue, à la mort.

A la vue, à la mort

Françoise GUERIN

Note : 3,5

Garde à vue!

Seconde oeuvre de cette auteure que je lis, mais son premier roman. Normal me direz-vous c'est son premier. J'ai beaucoup aimé son recueil de nouvelles "Mot compte double", j'espère que cette lecture me procurera le même bonheur.

A noter que ce livre a obtenu le prix du premier roman au festival de Cognac.

Le commandant Eric Lanester, profileur, devient, à la suite d'un choc émotionnel atteint de cécité. La vue d'un oeil dessiné sur un plafond, au dessus d'un meurtre particulièrement ignoble l'a en effet profondément traumatisé. Cet oeil, dessin rituel, semble le signe d'un tueur en série surnommé "Caïn". Ce crime est le troisième de la liste.

Commence alors une enquête qui tout en étant présente dans ce roman, sert surtout de cadre à un homme pour redécouvrir sa vie et la vie en général. Dans son univers d'un noir absolu, le narrateur découvre le monde et ses difficultés. Fini l'homme puissant mais tourmenté, ne reste qu'un être handicapé en lutte avec un assassin,, mais également avec lui même et ses fantômes passés.

Ses démêlées avec certains de ses collègues ou supérieurs hiérarchiques, la disparition de son frère Xavier qui s'est enfui de l'institut où il est soigné, n'aide pas à lui procurer la sérénité nécessaire pour cette enquête difficile. Les morts continuent, tous ont les yeux arrachés avant de mourir. Quel est le mystérieux lien qui les relie les uns aux autres? Un polonais, Jacek qui lui servait de chauffeur, est également tué. Quelle est cette forte odeur détectée sur le lieu d'un des crimes, odeur connue, mais pas encore identifiée ?

Pas mal de personnages dans ce roman, à tout seigneur tout honneur, Eric Lanester vit une période pour le moins difficile de sa vie, ses visites chez la psychiatre, Jacinthe Bergeret, le ramène vers son passé familial.

Son père, policier également révoqué pour insubordination, devenu l'ombre d'un être humain, qui se suicidera. Son frère Xavier qui ne parlera plus après la découverte du corps de son père. Ce même Xavier dont les fugues sont un motif de préoccupation supplémentaire, où est-il?

Un peu de guerre des polices pour épicer l'affaire, bref une intrigue bien construite, pour une histoire se déroulant sur une vingtaine de jours.

Très belle écriture, style polar à l'ancienne, impression sûrement renforcée par la couverture et la maison d'éditions, qu'il me semble connaître depuis que je lis. Est-ce pour cela que mon entrée réelle dans ce roman fut si longue? Des chapitres très courts donnent du rythme à cette histoire étrange d'un homme perdant la vue, mais enquêtant malgré tout sur une affaire criminelle. Un bon premier roman qui je l'espère en appellera d'autres.

Extraits :

- Frappé de cécité, étrangement, ça paraît moins effrayant que de dire "aveugle".

- Il y a quelques jours encore, je croyais que la peur vivait chez les autres.

- A présent, elle a changé de domicile. Elle habite chez moi.

- La dame paraît aussi douce et sensuelle qu'un escadron de la mijicja chargeant un cortège de manifestants.

- Je ne m'attendais pas à ce qu'un policier utilise le mot "mort" pour parler de la victime.

- On a la madeleine que l'on mérite.

- Cette fois, l'utilisation du verbe "voir" ne le gêne plus. Ma cécité devient presque banale.

- Oui, renchérit Carla, vous êtes aveuglé par votre haine pour Guillaumet.

- Mais il est évident qu'elle n'a pas coché l'option psychologie.

- L'autre logique consiste à se demander à quoi cela peut bien vous servir de devenir aveugle?

- Est-ce-qu'il y a des victimes sous les décombres de mon angoisse?

- Caïn a cet étrange pouvoir sur moi de m'empêcher de penser. Pire il m'aveugle.

- Qui était Jacek? Qui était ce père qui me faisait peur? Qui sont Xavier? Léo? Bazin? Kamel? Qui est l'autre pour moi?

- Vous voulez dire que j'ai un intérêt dans cette relation avec Caïn.

Éditions : Le masque noir.

Autre chronique de cet auteur :

Mot compte double.

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24 novembre 2007

PRILLEUX Frédéric / Le rose et le noir

Le Rose et le Noir

PRILLEUX Frédéric (Coordinateur)

L'amour!

Note :4,5

C'est le quatrième recueil de la série que je commente et je ne m'en lasse pas.

Le thème, une chose avec laquelle on ne badine pas : "L'Amour". Ceux qui pensent oublier ceci y laisseront des plumes et très souvent beaucoup plus, la vie par exemple!

Je ne pense pas qu'il sera beaucoup question d'amour pur et platonique, mais sait-on jamais? La liste des élue est : Claude Amoz, Adèle Ayanok, Laurent Boron, Jean-François Coatmeur, Françoise Conan, Thomas Ehrmann, Patrick Pécherot, Lionel Perrin, Jean-Bernard Pouy et Philippe Thirault.

Certains noms vous sont inconnus, c'est normal ils le sont, mais ne le resteront pas.

La nouvelle qui ouvre ce recueil aurait pu figurer dans la série "Mes chers voisins".

Raymond est retraité, materné à l'excès par une mère possessive et craintive. Il vit un peu plus librement depuis le décès de celle-ci, il a même une compagne qui a débarqué un jour dans sa vie. Des nouveaux voisins aussi ont débarqué, la femme est mignonne et pour Raymond, le mari est un prétentieux qui a tout à fait le type du futur mari trompé. Mais les apparences aussi sont trompeuses!

L'enfer du jeu, dit-on parfois s'il existe, cela doit être "Au cercle bleu"!

Club privé pour gens à particule (même petite), mais avec pécule (le plus gros possible), donc une clientèle triée sur le volet. Johan est un grand joueur, mais Muller n'est pas spécialement un nom ronflant. Un jour il est admis au cercle, mais Lucio le patron l'accepte contre vingt pour cent de ses gains! Mais l'amour et le jeu ne font pas bon ménage et tombé amoureux de la régulière du patron n'est pas la chose la plus intelligente possible. Alors entre Lucio et Johan commence une partie de poker où Johan sombrera corps et âmes. Une plongée terrifiante dans le monde du jeu, où il vaut mieux s'occuper de trèfle plutôt que de la dame de coeur!

"La Grise" est une des chattes de Marinette et elle a disparu! Marinette est clocharde dans un Saint-Malo hors saison touristique, Georges est également clochard. Après s'être aimés pendant des années, "Avant qu'on soient poivrots" dit Jacques Brel, elle le déteste. Une tentative de réconciliation fortement alcoolisée est-elle possible? Une histoire sur la vie et ses échecs, une des plus belles nouvelles de ce recueil, l'auteur est Françoise Conan.

"Une fois dans un cactus en fleur" me laisse dubitatif! Une écriture saccadée, une télévision qui hurle, Tijuana au Mexique, tout cela mélangé donne un récit étrange.

On reprend son souffle et l'on prononce après moi "Achitilbuie", charmant village d'Ecosse. Un homme qui se dit mourant veut y envoyer une détective privée de Coventry, ville moribonde, car il veut revoir sa mère. C'est beau l'amour filial. Mais qui joue franc-jeu dans cette affaire?

Dans "Ils s'aiment" d'Adèle Ayanok, c'est la "Sainte Famille" version abjection complète, le décathlon de l'horreur, viol, inceste etc.. et pourtant c'est la famille. La chute est inattendue!

Joueur et flambeur, méfiance, tôt ou tard on se brûle les ailes, et d'autres choses...

Le père et la baby-sitter Julie d'un côté, la mère et la fille Adèle de l'autre, Adèle sait la vérité, mais la mère meurt. Rien n'est éternel, l'amour se meurt, parfois "L'amour est assassiné" dans la nouvelle du même nom. Une détective amoureuse qui ne sait plus à quel saint se vouer. Annie, la prostituée, qui ne demande qu'échanger de l'amour. En réponse elle ne reçoit que des coups, et puis Marthe et ses derniers jours à vivre. C'est ça la vie, c'est ça l'amour?

L'argent ne fait pas le bonheur même quand c'est en Bavière, où une mère perdra tout pour l'amour de son fils.

Dans ce genre d'ouvrages, les écritures sont toujours très différentes. Complètement déjantée pour Thomas Ehrmann, pleine d'un humour caustique pour Patrick Pécherot.

Les dix élus sur cent soixante huit, ne peuvent que savoir bien écrire!

Faites comme moi, laissez-vous accrocher par ces livres qui sortent une fois par an, vous avez le temps de vous en remettre!

Extraits:

-Ne pas la retenir. Ne pas mendier l'amour, voilà le seul moyen de le garder.

-Une minute de silence c'est long. Avant il attendait qu'on ait douze ans.

- J'étais le prince de l'esbrouffe, le prince des flambeurs.

- C'était une sorte de soupape, le Cercle Bleu, les égouts de la grande richesse.

- Moi, je ne suis pas belle, je ne peux me prévaloir d'aucun talent et les garçons me font peur.

- Pas melon Maman. Pas mamelon. Pas pastèque. Papa steak. Et Judith? Judith pas betterave. Pas bête. Pas rave.

- Sa voix avait l'écho lointain d'une galerie de mine. Une de celles que le tabac creuse lentement dans les poumons.

- Faut avoir eu ça dans les oreilles au moins une fois pour piger les lamentations des bagpipes.

Éditions : Terre de Brume / Granit noir.

Autres chroniques de cette série :

Billets brûlés

Mes chers voisins

Le onzième commandement.

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04 octobre 2007

ELLROY James / Brown's requiem.

Brown's Requiem

James ELLROY

Note :4

Requiem et grandes messes.

Premier roman de James Ellroy, il est amusant de constater que je ne l'avais trouvé, ni chez un bouquiniste, ni dans une médiathèque alors qu'il date de 1981 en version originale et de 1988 pour la traduction française.

Fritz Brown, détective privé de Los Angeles, aurait dû se contenter du marché passé avec un de ses amis, récupéré les voitures dont les clients ne payent plus les traites. Il en vit bien ; à quelques exceptions près c'est relativement sans danger et il est payé rubis sur l'ongle.

Pourquoi avoir accepté l'offre de Freddy Baxter de surveiller sa soeur et l'homme chez qui elle habite, Sol Kupferman qui est beaucoup plus âgé qu'elle? En plus que ce client l'écoeure au plus haut point!

L'appât du gain, quitter une routine un peu pesante, changer ses habitudes pour une semaine?

Toujours est-il que le voilà embarqué dans une affaire pas très claire, ou plutôt trop claire, éclairée par des incendies passés et présents.

Durant ses premières investigations, il découvre qu'il y a une dizaine d'années plusieurs clients avaient été brûlés dans un bar 'L'Utopie" après que trois personnes y avaient lancé des cocktails molotovs. A l'époque une quatrième personne fut un moment évoquée, mais sans suite, et les trois autres ayant été condamnées à mort et exécutées, l'affaire fut close.

Or il s'avère d'après les recherches de Brown que Sol était le vrai propriétaire du bar. Mais l'entrepôt de fourrures de Sol brûle à son tour et Freddy Baxter disparaît, ainsi que le frère d'une des victimes de l'incendie de l'"Utopie" qui, lui, détient des clichés de Janet Baxter nue dans des positions équivoques.

Baxter ne disparaît pas très longtemps, il réapparaît mais en cadavre, et sa mort n'a pas dû être douce et paisible.

Ce décès ne sera pas, loin s'en faut le dernier!

Fritz Brown représente l'archétype du privé de roman policier. Ancien flic, il a été révoqué pour alcoolisme, mais dorénavant il est sobre et ses nombreuses connaissances des bas-fonds de Los Angles vont lui servir. Sa passion, la musique classique, ce qui n'est pas fréquent dans ce genre de roman.

Jane Baxter, après une enfance de placement de foyer en foyer avec son frère, rencontre Sol, qui devient son mécène, sans contrepartie, dit-elle. Alors pourquoi Brown retrouve t'il des photos érotiques d'elle?

Freddy Baxter, son frère obèse portant bien son surnom de "Gros Dogue". Raciste et néo-nazi, Brown découvre des photos ignobles dans son repaire, il est un des caddies les plus recherchés des golfs de Los Angeles. Enfant violent, sa passion de jeunesse était de torturer et tuer des animaux domestiques. Il fait également une fixation sexuelle sur sa soeur de huit ans sa cadette. Ce qui obligera celle-ci à s'enfuir.

Sol Kupferman, richissime fourreur, protecteur et mécène de Janet, mais son passé n'est pas si reluisant que cela. Pourtant il dédommage encore la famille des victimes de l'incendie de son bar!

Du bon et du grand James Ellroy, ce qui fait très plaisir, un roman où s'emmêlent plusieurs histoires du passé et du présent, des personnages tangibles, pas très nets mais plausibles. Une bonne intrigue, bref un bon livre de jeunesse qui remplace très avantageusement ses dernières productions littéraires.

Je suis réconcilié avec Ellroy!

Extraits:

- Une vie passée à Los Angeles m'avait appris à ne rien prendre pour argent comptant.

- Les circuits de golf, c'est paisible.

- L'hôtel Rector avait mille ans d'âge et témoignait d'un désespoir qui ne se rencontrait qu'à Hollywood.

- Mais finalement, c'est la misère qui vous bouffe.

- Il n'a connu que la haine, la colère et la mesquinerie. C'est pour cette raison que je retourne l'enterrer. Il méritait mieux de la vie.

- Je m'aperçus que je pleurais pour la première fois depuis mon enfance, lorsque j'avais découvert que les larmes ne servaient à rien.

- Brillant raisonnement. Et grâce à la gnôle, une nouvelle fois.

- Je savais maintenant : j'allais faire plus que survivre, j'allais gagner.

- Il a juste trinqué. La grosse trinque, celle dont on ne revient pas.

- Un polo à épaulette portant l'effigie d'un rock and roller du nom de Neil Young.

Éditions : Rivages/ Noir.

Titre original:

Brown'Requiem

Autres chroniques de cet auteur :

Destination morgue.

Un tueur sur la route.

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08 août 2007

PRILLEUX Frederic / Le onzième commandement

Le onzième commandement

Frédéric PRILLEUX (coordonnée par)

Note : 4,5.

Maintenant, tu liras*.

Décidément j'adore cette série de recueils de nouvelles et son concept original. Après "Billets Brûlés" et "Mes chers voisins", voici les noms des heureux gagnants dont une nouvelle se trouve dans ce livre : M.Akkouche; D.Daenninck; A.A.Faivre; P.Le Querrec; C.Magner; H.Pagan; C.Pelletier; G.Pingault; S.Rossignol; J.H.Withek.

Dans "Tu ne reproduiras pas", Fabien et Dominique Morel sont jumeaux. Leurs destins sont à l'opposé, réussite pour l'un, déchéance pour l'autre. Une lettre rappelle à Fabien une promesse d'enfance. Nous le suivons dans ce voyage de retrouvailles.

"Tu ne doubleras pas", dans la France des colonies est un excellent texte, où il est question d'un mode de vie finissant où le fils tente de surpasser le père.

Que dire de ce texte angoissant et déroutant qu'est " Tu ne liras pas d'histoire aux vieilles personnes qui ont envie de dormir"? La question pourrait être "La littérature tue-t-elle" (ou tutelle)?

Un monde de chercheurs dans un temps futur où la curiosité est un vilain défaut. Ce qui rend les bibliothèques particulièrement dangereuses pour les gens ayant l'oeil baladeur.

Et si Jésus revenait? Dans un commissariat de quartier d'un monde cauchemardesque, il ne changerait plus l'eau en vin, mais les salauds en enfants de Marie.

Sarajevo et les guerres de Yougoslavie servent de toile de fond à "Tu ne dépasseras pas ta fréquence cardiaque maximale". Un homme Darko, un carrefour "Alipasan", un marathon en signe d'espoir. Un tireur d'élite règne sur ce point stratégique, Darko est toujours passé à ce carrefour sans encombre, et aujourd'hui, en sera-t-il de même?

Les personnages de ces nouvelles sont parfois attendrissants comme ce brave veuf, Christophe Dupuis. Seul depuis 2 ans, il a organisé sa vie. Un tour au bistrot le matin, un café, faute de retrouver sa Normandie, il s'offre un Calva, parfois deux, puis une petite séance de cinéma. Il voit son fils toutes les semaines pour un repas au restaurant, il voit également sa belle-fille, en allant dîner régulièrement chez eux!

Pourquoi cette dernière trouve à redire et lui donne de l'argent pour changer ses habitudes?

Pauvre Joe, "Tu ne vivras pas trop vieux", pour lui c'est un titre prémonitoire, avec une vie pareille que pouvait-il espérer? Le cinéma en accéléré, c'est usant, Joe!

Être pris pour un autre cela peut prêter à confusion, cela peut faire rire, même très jaune. Être confondu avec un camarade de promotion, cela peut mal commencer et très mal se finir!

Dans "Tu aimeras la vie", George Lelong vit un rêve, la vie lui a fait un cadeau magnifique, la plus belle journée de sa triste existence avec un amour éternel. Mais n'est-ce-pas un rêve? Ou un cauchemar ?

D'excellents récits avec des formes et des écritures différentes mais de très bon niveau. Un très bon cru, cette cuvée 2003.

Extraits:

- Remplir mon verre pour ne pas vivre vide.

- Il est malade...

Oui, d'une maladie qui n'a pas de remède : La haine.

- J'ai acquis de nombreuses certitudes grâce aux histoires que je lis.

- Elle part à la recherche de son aventure quotidienne.

- Mais il ne ressent rien. Pas même ce terrible lien du sang.

- Je n'avais plus qu'une petite vie étriquée.

- Mon cul! Il est dix fois mieux payé que moi, et pas capable de faire son boulot.

- Elle doit avoir la trentaine. Pas un canon de la mort. Mais loin d'être un thon.

- Orphelins, seuls définitivement seuls. Nous avions fait le deuil de l'humanité.

- Il inspirait de la pitié, on le laissait tranquille, c'était bien comme ça.

Éditions : Terre de Brumes.

Autres chroniques de cette série :

Billets Brûlés

Mes Chers voisins.

*Commandement recommandé pour tous.

Posté par eireann yvon à 21:15 - Littérature policière - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 juillet 2007

RANKIN Ian / Causes mortelles

Causes mortelles

Ian RANKIN

Note : 4

Pack de six.

J'ai lu il y a quelques temps plusieurs romans de cet auteur écossais avec des fortunes diverses. J'avais beaucoup aimé "Le Jardin du pendu". D'autres dont je n'ai plus les titres en tête m'ont moins plu.

Edimbourg, c'est l'été, le festival de théâtre met la ville en effervescence.

La police est sur les dents, et en supplément au programme, un jeune homme est retrouvé assassiné! La méthode rappelle celle employée par l'I.R.A pour abattre les traîtres à la cause. Une inscription "Nemo" est tracée sur le sol, et la victime porte un tatouage "SaS". L'enquête peut commencer.

Et comme les alertes à la bombe se multiplient, la police est débordée.

Il s'avère que la victime était un sympathisant de la cause loyaliste et semblait proche des paramilitaires protestants. Rebus apprend également qu'il était le fils naturel d'un truand notoire actuellement en prison.

Rebus et un des ses collègues partent pour Belfast, ce qui rappelle de mauvais souvenirs à l'inspecteur, qui avait servi (et parfois sévi)dans cette ville. Il évoque les problèmes de connivences entre la police et les paramilitaires protestants, dont l'un d'entre eux est justement parti en Écosse où la police l'a perdu de vue.

A leur retour, ils apprennent l'assassinat du frère d'un de leurs collègues qui enquêtait sur une affaire de trafic de drogue. Certains indices laissent à penser que les deux affaires sont liées?

Une promenade pas touristique du tout dans une ville qui reflète une misère profonde dans les quartiers défavorisés. D'émeutes en agressions, une partie de la ville est loin du clinquant du festival. Et certains Orangistes veulent organiser des défilés, une provocation de plus. Comme en Irlande du Nord, les problèmes communautaires existent aussi en Écosse, quartiers catholiques ou protestants, équipe de football de l'une ou l'autre confession.

L'inspecteur, John Rebus, flic à la mode, blasé, avec un léger penchant pour les boissons alcoolisées, et de nombreux problèmes avec sa hiérarchie.

Ce livre date de 1994, et certaines choses ont évolué en Irlande du Nord, même si tout n'est pas encore réglé.

Du polar solide, mais sans réelle surprise, l'auteur nous offre plusieurs solutions, avec les problèmes irlandais en toile de fond avec, et c'est plutôt rare, une plongée dans les milieux paramilitaires protestants. Un bon roman, même si je n'accroche pas trop avec l'inspecteur John Rebus! J'ai trouvé l'écriture un peu trop "léchée"!

Un gros reproche au sujet d'une note en bas de page qui dit ceci :

"A Derry, les protestants assiégèrent les troupes de Jacques II".

La vérité historique est que les troupes de Jacques II, roi catholique, assiégèrent les troupes protestantes retranchées dans Derry.

Extraits :

- En général, l'I.R.A. utilise des mots codés, juste pour que nous sachions qu'ils sont sérieux.

- Mais le summum, c'est le "pack de six" : les deux coudes, les deux genoux, les deux chevilles.

- Une face d'ivrogne. Rebus en avait trop vu dans son existence- y compris la sienne, certains soirs dans le miroir de la salle de bains.

- Est-ce que cela voudrait dire que vous faites un lien entre ce trafic, le meurtre de Mary King's Close et les organisations paramilitaires.

- L'Ecosse avait assez de problèmes comme ça, sans se mêler de ceux de l'Irlande.

- C'est pour cela qu'on le surnomme l'Orangiste Mécanique.

- Les forces paramilitaires loyalistes ont descendu plus de civils que l'I.R.A. l'année dernière.

- Mêmes les pires cités H.L.M. étaient contrôlées par des bandes de paramilitaires, dont les châtiments très dissuasifs allaient bien au-delà de l'incarcération.

- La collusion entre les forces de sécurité et les loyalistes est-elle toujours aussi forte?

Éditions: Folio policier

Titre original : Mortal Causes.

Posté par eireann yvon à 14:10 - Littérature policière - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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