Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

17 juillet 2008

ÓMARSDÓTTIR Kristín / T'es pas la seule à être morte!

Kristín ÓMARSDÓTTIR.
T'es pas la seule à être morte!
Note : 5 / 5.
Ciel et terre!
Mis à part Arnaldur Indridason, je ne connais pas du tout la littérature islandaise. Il est grand temps de remédier à cet état de choses! Kristìn Òmarsdóttir est née en 1962 à Reyjavík. Elle a écrit des poèmes, des pièces de théâtre, et des nouvelles. « T'es pas la seule à être morte » est son troisième roman. Il semblerait que ce soit sa première traduction française.
Les garçons parlent un soir, leur conversation revient sur ce triste jour où les sauveteurs ont ramené le corps de leur soeur Johanna qui s'était suicidée. Il compare la beauté des défuntes. Leur mère et Olöf, l'aînée, sont déjà décédées. Etaient-elles plus belles mortes que vivantes?Suit une dissertation sur le fait de mourir le premier, et de n'être accueilli par personne dans l'au-delà. Le mieux c'est d'être le troisième enfant, car il y a de fortes chances que quelqu'un soit mort avant vous.Les garçons font la toilette mortuaire de Johanna, et découvre qu'elle était enceinte. Ils "se crêpent le chignon" pour la coiffure, lui posent des bigoudis, lui revernissent les ongles et l'habillent. Ils ont une pensée émue pour la petite nièce ou au petit neveu qu'ils ne connaîtront jamais, alors ils mettent un jouet dans une des poches des vêtements mortuaires de leur soeur.
Mais les femmes n'ont pas complètement disparu. Au ciel, elles regardent les hommes sur terre, Dieu est barman et elles boivent du Bacardi, la mère fume des cigares cubains. Elles papotent, Johnanna, qui vient d'arriver, voit sa dépouille encore dans la maison! Puis elles font la connaissance d'Ernest Hemingway et de Léonard de Vinci ; le premier essuie des verres, le second reprend la peinture pour un portrait de Johanna.
Sur terre, les frères, vieux briscards de 15 à 20 ans, discutent de sexe, rejoints par leur père! Un jour les Rois Mages passent à la maison : résultat le père trépasse.
Un livre frissonnant qui part dans tous les sens, inénarrable et "inrésumable", mais inoubliable!
Les membres de la famille sont pratiquement les seuls personnages de ce livre. Mais comme c'est une famille nombreuse (enfin au départ!), cela suffit pour faire du monde.
Le père, Arnie, qui n'était pas si heureux que cela, se suicide 4 jours après sa fille. Faut-il y voir une cause à effet?La mère, Svanhildur Ulfardottir, est morte à trente-deux ans. Du ciel elle pardonne à son mari une aventure qui s'est passée après sa mort. Olöf, pardon, « la regrettée Olöf », l'aînée morte la première, Thordur, premier garçon, cuisinier de la fratrie. La mort est féminine, mais les hommes n'en sont pas exclus, Johanna s'est suicidée, elle était enceinte, qui était le père? Einar est jeune, fougueux et obsédé par le sexe. Högni, le narrateur, regarde tout cela calmement, sagement avec un certain recul. Mani, lui, a une petite amie, pour être sûr qu'elle reste la première nuit, il la ligote sur une chaise!
Sinon, quelques personnages passent comme des feux-follets. Un pasteur, une jeune fille (qui ne le reste pas), deux frères techniciens météorologistes travaillent au cimetière, de techniciens du ciel à techniciens de sous-sol, quelle dégringolade, des sauveteurs en mer à la philosophie très terre à terre :« Ceux qui sont aimés des dieux meurent jeunes. Ceux qui sont inconnus d'eux meurent heureux ».
Une préface d'Eric Boury, également traducteur du livre, nous explique la place du monde des morts dans la tradition islandaise.
Si vous cherchez une oeuvre classique, avec unité de lieu de temps, etc.... n'allez pas plus loin, ce livre n'est pas pour vous. Une vie sur terre, une vie au ciel, une famille scindée en deux, pour le plus grand bonheur du lecteur.Un humour féroce, décalé mais plein de tendresse, une manière poétique de tourner beaucoup de choses en dérision et de briser des tabous. Il n'y a pas au sens propre de réelle histoire, mais un enchevêtrement de situations, sur la terre comme au ciel! On se demande si au ciel elles n'ont pas plus les pieds sur terre que sur le plancher des vaches!
Des phrases qui surprennent, des comparaissons pour le moins osées, mais très poétiques :
- Son corps dénudé, ornementé d'algues et de sable nous apparut, telle une table joliment dressée de mets succulents.
Ou :
- ...Et ouvrit toutes les fenêtres en grand de manière à ce que Johanna n'ait pas honte de l'odeur qui émanait d'elle.
Un grand moment de lecture, mais qui ne plaira pas forcément à tout le monde, car le langage concernant le sexe en particulier est très osé et les frères pleins d'idées pour le moins surprenantes! Une oeuvre hors-norme, du Flann O'Brien à la sauce islandaise!.
Extraits :
- Du vivant d'Olöf, ils formaient un trio, lequel fut réduit à un duo pour cause de décès.
- Lorsque vient le soir, il fait bon s'asseoir dans l'obscurité pour parler de la mort.
- Sans doute figurait-elle parmi les plus beaux cadavres qu'il fut donner de voir.
- Toutefois, la regrettée Orlöf était l'aînée et les plus âgés, lorsqu'ils décèdent en premier, se sentent seul. Car ils n'ont été précédés de personne, ni dans le monde des vivants, ni dans celui des morts.
- Si seulement elle avait pu voir à quel point elle était jolie, ç'aurait été drôlement chouette.
- Un ange portant un carquois sur le dos vole à toute vitesse vers maman avec un plateau sur lequel est posé un double Bacardi.
- Quand je l'ai vue dénudée, j'ai eu l'impression qu'elle avait un tapis posé sur le pubis et deux boutons sur les seins.
- Les larmes versées au Royaume des Cieux sont recyclées à l'atelier de bijoux du Bon Dieu.
- C'était probablement la première fois que j'entendais mon frère Màni utiliser le verbe comprendre.
Éditions : Le Cavalier Bleu
Titre original: Elskan min ég dey. (1997).

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14 juillet 2008

MacLEOD Alistair/ Cet heritage au goût de sel.

Cet héritage au goût de sel.
Alistair MacLEOD.
Note : 4 / 5.
La mer et le charbon.
Recueil de 7 nouvelles édité pour la première fois en 1976. Alistair MacLeod est né au centre du Canada, mais à l'age de dix ans il part vivre dans l'île du Cap-Breton. D'origine écossaise, il n'est sûrement pas dépaysé dans cette région ou l'influence celtique est très forte.
L'ensemble de ces nouvelles se déroule dans l'île du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse à l'Est du Canada.
« Automne », c'est la saison où un homme travailleur saisonnier doit partir. L'automne de la vie, c'est pour Scott, son vieux cheval. Il l'a acheté il y a plusieurs années, ils ont travaillé deux ans ensemble au fond d'une mine. Il est remonté, sachant que l'animal risquait la cécité définitive, il n'a pu se résoudre à l'abandonner. Mais le temps a passé...
« Cet héritage au goût de sel » se déroule dans un petit port. John, un jeune garçon, pêche avec ses copains. Un inconnu s'approche, lie connaissance, un peu perdu dans ce village du bout du monde. Il rencontre le grand-père de l'enfant, puis la grand-mère et reste manger avec eux. Dans le calme de la fin de soirée, le rhum de contrebande aidant, le grand-père raconte, le départ de sa fille et cette soirée calme, bercée par le bruits des vagues, se transforme en une histoire dramatique.
« Le bateau» nous raconte l'histoire et l'enfance d'un jeune homme auprès d'un père marin-pêcheur et lecteur. Chanteur parfois pour les touristes de passage. La mère est son contraire ; pour elle, la lecture est une perte de temps, son mari n'est pas un propre à rien mais presque. Le temps passe, les filles partent au loin, lui le garçon reste, l'école puis la pêche seront sa vie. Mais il découvre peu à peu la vraie personnalité de son père...
« La route qui mène à la pointe Rankin» est un texte magnifique sur la vie, le temps qui passe, les traditions, mais au bout de la route, il y a un virage,« Le petit virage de la tristesse », un homme y est mort. Aujourd'hui sa famille se réunit autour de son épouse, pour la dernière fois peut-être. Elle est très âgée maintenant et vit seule au bout de ce chemin ardu.
Des familles nombreuses, des mineurs à la vie dure dont certains, surtout les jeunes, s'exilent parfois volontairement, le plus souvent contraints et forcés, sont les protagonistes de ces histoires simples de gens simples, résignés mais pas abattus. La vie est dure mais c'est la seule chose qu'ils ont connue.
Un enfant ne comprend pas le départ d'un animal familier, ou plutôt, il le comprend trop bien!
Dans une des plus belles nouvelles de ce recueil, « Les puits de la noirceur », un jeune homme de 18 ans quitte sa famille et leur triste condition de mineurs de pères en fils. Les mines ferment, la vie devient très rude. Ses parents tentent un peu de le retenir, sans grande conviction. Il se souvient de ses jeunes années, lui, l'aîné de sept enfants. La promiscuité avec la chambre de ses parents, le bruit quand ils faisaient l'amour, l'obligation qu'ils avaient de traverser sa chambre la matin. Son père qui commence à boire, le peu de chance qu'il lui reste de vivre encore un peu. Les paroles de sa mère, mélange d'anglais aux tournures gaéliques ! Il roule et s'éloigne au gré des voitures qui l'emmènent vers...une autre vie mais laquelle?
Un autre enfant, dans « Le retour », découvre une autre manière de vivre. Il habite Montréal. Sa mère, très belle femme, est souvent photographiée pour les journaux de cette ville, son père est avocat, mais pour ces vacances ils vont dans la famille de son père au Cap-Breton. Les hommes, même le grand père à 76 ans, travaillent à la mine, les gens parlent gaélique, chantent et boivent dans la rue. Avec ses cousins il assiste à la saillie d'une vache par le taureau local, confusément il sent qu'il ne doit rien dire à ses parents. Il est intronisé « mineur » quand son grand père l'enduit de charbon et l'emmène au bain avec les autres. Mais certains drames familiaux sont là, enfouis mais présents.
Un adolescent découvre la vie nocturne et le billard dans une nouvelle moins brillante que les autres.
La vie est dure sur ces rivages inhospitaliers mais elle s'écoule, malgré tout. Dans ce livre, j'ai l'impression, mais je ne connais pas assez le sujet pour en être sûr, que l'auteur veut laisser un témoignage d'un monde qui se meurt. Et il constate, il le décrit sans effets d'écriture, le plus simplement possible.
Un très beau recueil sur la vie de gens qui ont su garder une certaine authenticité de vie dans un microcosme dû en grande partie à leur qualité d'insulaires.
Extraits:
- La forme grise du cheval avait une allure fantomatique dans l'obscurité du petit matin.
- Et de savoir qu'ils ne savent pas exactement ce que vous savez, mais qu'ils savent que vous savez; de ne pas savoir quand ils ont su que vous saviez, pas plus qu'ils ne savent quand vous l'avez su.
- « Je veux simplement que tu saches que tu n'es pas obligé de t'en aller tout de suite ».
-
Comme si on ne passait pas assez de temps sous terre une fois mort, pour que l'on ait besoin d'y aller de notre vivant ».
- Dublin semble même se dessiner sous les brumes de l'imagination.
- Parfois la conversation est difficile, avec ou sans alcool.
- « Adieu Alex, tu es le seul de mes petits-enfants qui ne grandira jamais près de moi ».
- « J'aimerais savoir comment des livres peuvent aider les gens à vivre »
- « Et bien j'espère que tu seras content quand elles te reviendront engrossées; tu aura récolté ce que tu as semé »
- Le sol est aussi propre qu'avant, comme si rien ne s'était passé. Un peu comme l'eau qui ne garde pas trace de l'empreinte de nos pas.
- « Nous sommes les enfants de notre propre désespoir, de Skye, de Barra et de Tiree. »
Éditions : Le Serpent à Plume.
Titre original:The Lost Salt Gift of Blood. (1976)

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05 juillet 2008

LISPECTOR Clarice / Ou étais-tu pendant la nuit?

Lu et écouté dans le cadre de : Babelio

Où étais-tu pendant la nuit?
Clarice LISPECTOR.
Note : 4 / 5
Labyrinthe intérieur!
Recueil de 17 nouvelles d'un auteur que j'affectionne particulièrement. De petites tranches de vie et aussi de mort!On retrouve dans ce livre l'univers de Clarice Lispector, le Rio des classes moyennes ou de la bourgeoisie brésilienne, avec un certain mal de vivre, et on la retrouve elle aussi avec ses interrogations.
« A la recherche d'une dignité », une femme plus très jeune, malgré ce qu'elle en pense, est perdue dans le labyrinthe souterrain que forme l'infrastructure du stade Maracana de Rio de Janeiro. Elle est également égarée dans les méandres de ses pensées confuses ou embryonnaires. Elle a rendez vous, mais où? En plus elle rêve d'un dernier amour avec un chanteur à la mode! Par ici la sortie, madame!
« Esquisse de chevaux » est un très beau texte, mais très étrange également. Chaque esquisse porte un nom : Pseudo-domestication ; Au coucher du soleil ; Dans l'aube froide ; Dans le mystère de la nuit.
La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, Il-Elle, créature mythique, mélange des deux sexes célèbre une messe de nuit dédiée aux plaisirs. En haut de la colline, différents personnages surgissent de la nuit. Mélange de bacchanales sexuelles, de magie noire et de sorcellerie, la nuit passe. Puis vient le jour....... Ombres de la nuit, où êtes-vous?
« Compte rendu de la chose », le titre semble alléchant, alors prenez le temps de lire cette nouvelle!
Une vieille femme perdue dans un monde qu'elle ne maîtrise plus, un chauffeur de taxi qui ne connaît que le nord de Rio, et qui ne va jamais au sud!
Dans « Le départ du train », une femme riche et âgée semble fuir, mais qui ou quoi? Edouardo, sa famille, elle-même , ou bien alors l'inéluctable?Une veuve à l'ancienne, stricte envers les autres et les autres, adepte de la  manigance , que la sainte église la protège! Et préserve son sommeil!
Deux amis, mais un jour, ils n'ont plus rien à se dire! Qu'est ce que l'amitié sans la parole?
Une femme et un sagouin dans un autobus, dans « Un après midi bien rempli», les transports ne sont pas toujours en commun.
« Une histoire embrouillée » ce n'est pas le tout de le dire, il faut la lire. Il était une fois........etc.
J'ai toujours bien aimé l'écriture de Clarice Lispector, même si parfois j'ai du mal à en comprendre la finalité! Quelques nouvelles traitent de la vieillesse, chose que Clarice n'atteindra pas, elle est en effet décédée à 57 ans.
Ce recueil est plein de nostalgie, le temps qui passe et la mort qui s'avance. La solitude des gens âgés, un dernier sentiment amoureux pour espérer revenir au temps de la jeunesse enfuie. Un reste de vie et d'espoir.
Il est à noter que trois nouvelles de ce recueil « C'est là que je vais », « Silence » et « Tant de douceur » figure sur le CD « L'imitation de la rose » avec le recueil du même nom, extrait, lui de « Liens de famille ». Ces textes sont (très bien) dits par Hélène Fillières. Ce fut une découverte que de lire un texte en l'écoutant en même temps! Mais j'ai malgré tout plus de plaisir dans la lecture. Je félicite les éditions « Des femmes » pour ces enregistrements que j'écouterais bien volontiers quand je serai (encore) plus vieux que maintenant.
Extraits:
-Le corridor vide marqua un coude. Ce coude franchi, la dame tomba sur un autre tournant. Qui la mena vers un autre corridor qui présentait un nouveau coude.
- N'était-elle pas la proie de cette chose qu'elle appelait pudiquement « cela »?
- Mais elle pensa qu'il était trop tard pour avoir un vrai destin.
- Souillé sans retour par l'âge.
- A partir d'un certain âge, ce qui fut n'a plus d'importance. On rentre dans une race différente.- Elle était devenue son propre futur.
- Je dois tuer quelqu'un en moi.
- Il était douloureux de vivre. Vivre était une plaie ouverte.
- Elle s'était incarnée en lui et Il s'était incarné en elle.
- Personne n'assassinait personne car tous étaient déjà assassinés.
- Je suis cette femme qui ne veut que la joie. Mais je ploie devant la mort. Qui viendra, elle viendra, elle viendra. Quand? C'est bien là la question, elle peut venir n'importe quand.
- La folie est voisine du plus cruel bon sens.
Éditions : Éditions des femmes.
Titre original: Onde estiestes de noite (1974)

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01 juillet 2008

KINGSOLVER Barbara / Un été prodigue.

Lu dans le cadre du « Blogoclub »Blogo

Un été prodigue.
Barbara KINGSOLVER.
Note : 4,5/ 5.
La nature de la vie, la vie de la nature.
Une lecture dans le cadre (très sympathique) de l'ex-Club des Blogueuses. Avant de commencer je voudrais les remercier d'avoir changé de nom pour moi ! Le club des Blogueuses n'est pas mort, juste en sommeil. Mais place au Blogoclub!
Revenons à Barbara Kingsolver qui est une affaire de famille, c'est en effet ma plus jeune fille qui m'a fait découvrir cette auteure. Résultat, je pense avoir l'intégrale de ses livres en français, elle a l'intégrale de ses livres en anglais!
L'auteur nous raconte en parallèle la vie de trois femmes.
L'une, Deanna, est garde forestière dans l'immensité des Appalaches, elle a fui un mari plus vieux qu'elle et la civilisation. Depuis plus de deux ans elle vit seule, ses rares visites sont celles des animaux des environs et le ravitaillement tous les mois, qu'elle évite de croiser. Mais même en plein milieu des montagnes il est possible de rencontrer des prédateurs ! Et certains prédateurs, tel le chat avec une souris, jouent avec leur victime.
Lusa est une scientifique, sa passion, les insectes et les papillons. Elle a épousé Cole et s'est installée à la campagne. Son mariage n'est pas une réussite, sa belle-famille la déteste et la méprise ouvertement, son mari n'est guère plus agréable avec elle. Elle est et reste une citadine cultivée, peu à sa place dans ce milieu. Ses origines arabe et polonaise n'arrangent pas sa situation, mais elle sait que l'attachement qui les unit, son mari et elle, est absolu et sincère.
Nannie, elle, est une militante écologiste avant l'heure. Fille-mère, elle a, il y a quelques années, scandalisé les habitants des environs, en revenant avec un enfant sans en épouser le père. Ses méthodes et ses prises de position lui ont valu une solide haine de la part de son voisin le plus proche, être sauvage, aigri et curieux.
Ces trois femmes ont , ou bien ont eu leur lot d'amours et de déceptions. Par petites touches nous faisons leur connaissance, découvrant ce qui les reliera un jour.
Deanna pense avoir fait le bon choix, se retirer de la civilisation, vivre au contact permanent de la nature. Ancienne institutrice, elle semble heureuse, s'émerveillant d'une meute de coyotes, du chant des oiseaux, les hommes semblent la laisser indifférente. Mais.....Lusa est veuve maintenant, en charge de la ferme. Pour cela elle doit composer avec son entourage familial, elle a besoin de l'aide des hommes et du soutien des femmes. Et jusqu'à présent, elle ne les a jamais obtenus ! Et cela dans un monde agricole à l'agonie où les petites exploitations périclitent.Nannie, la plus âgée, est en guerre permanente avec son voisin veuf, qui tente de réintroduire le châtaignier qui avait fait la fortune de sa famille dans le temps. Mais Nannie a bravé d'autres tempêtes pour se laisser impressionner.Tout ce petit monde semble vivre en parfaite autarcie, seules quelques courses les emmènent à la ville la plus proche.
Elles ne le savent pas mais quelque chose les unit.
Un détail amusant, chacun des personnages féminins de cette histoire a un nom de chapître, toujours le même, que l'on retrouve tout au long du livre. Sauf le dernier qui, lui, porte juste un numéro.
Je pense qu'il n'est pas nécessaire de dire que l'écriture de Barbara Kingsolver est belle, juste et précise. Quand une telle ode à la nature sert de décor à une belle intrigue, on ne peut que s'en féliciter. Car l'histoire de ces femmes est elle-même une ode à l'amour et à la vie, mais cette vie , n'est-elle pas menacée ?
Un très grand livre qui parle tour à tour de la nature, des relations entre hommes et femmes, de la famille, bref de la vie mais aussi de la mort. Chaque fois que je lis cette écrivain, je ne peux m'empêcher de penser à son ouvrage « Petit miracle et autres essais » qui fut ma première lecture de l'une de ses oeuvres.
Une grande dame qui, je pense, mérite tout notre respect, pour ses qualités d'écrivain et son engagement pour la préservation de la planète.
P.S. Merci à Sylvie, à Lisa et aux autres de m'avoir en quelque sorte forcé la main en votant pour ce livre!Extraits :
- Mais la solitude n'est vécue comme telle que par l'être humain.
- Les deux années passées seule l'avaient rendue aussi indifférente qu'une aveugle à l'apparence de son propre visage.
-« J'en ai un mais c'est celui de mon mari- c'était celui de mon mari. Ou du moins il le reste, mais lui n'est plus mon mari ».
-« Lusa, ma biche, tu peux arracher une fille à la ville, mais tu ne peux pas arracher la ville d'elle »
- « Alors, dis-moi pourquoi une femme fait tout ce qui est humainement possible pour dissimuler sa véritable odeur ? »
- « Nés avec dix doigts pour être capable de compter jusqu'à neuf »
- Tant de couches de mépris inavoué s'étaient accumulées entre eux qu'il n'était plus possible de faire le tri....
- Il lui fallait entendre ça : un été prodigue, la saison d'une débordante procréation.
- Un oiseau ne doute jamais d'être au centre de l'univers.
- Comme des fantômes qui pleuraient leur future extinction.
- Végétal. Végétal mort. Depuis bien longtemps, avant que nous ne soyons nés.
- Et moi ? Est-ce que j'ai mon mot à dire là-dedans ?
- Tu prierais en direction du poulailler ?
De la Mecque.
C'est où, ça, en Caroline du Nord?
- Voir les larmes d'une femme couler en plein jour devrait être interdit par la loi.
Éditions : Rivages.
Titre original: Prodigal Summer.
Liste des liens chez Sylire.

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28 juin 2008

WELTY Eudora / L'homme pétrifié.

L'homme pétrifié.
Eudora WELTY.
Note : 3 /5 .
N
ouvelles du Mississipi.
Eudora Welty est née à Jackson (Mississipi) en 1909, elle est décédée dans cette même ville en 2001. Elle est l'auteur d'une douzaine de recueils de nouvelles et d'une demi-douzaine de romans. Elle a obtenu le prix Pulitzer en 1972 et fut également une photographe reconnue. Ces histoires se passent dans le Mississipi dans les années 1930/1940.
Ce recueil d'une vingtaine de nouvelles commence par « Acrobate dans le parc ». Des gens du cirque s'installent pour déjeuner dans un parc, nous suivons leurs pensées et leurs discussions. En même temps, dans ce lieu de verdure, les gens se promènent,un homme et son chien, un couple d'amoureux, un prêcheur dans un kiosque, une petite fille qui attend sa mère. Puis le repas fini, c'est le départ...
Dans « Fait divers », imaginez la surprise d'une femme lisant cette phrase dans le journal :
- « Cette semaine Mrs Ruby Fisher a connu l'infortune de recevoir dans la jambe une balle tirée par son mari » Elle est : consternée , abasourdie, étonnée, stupéfiée, bouleversée, n'en croit ni ses yeux ni le journal car elle est Mrs Ruby Fisher!
La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage résume les papotages d'un salon de coiffure pour dames. Que vient faire l'homme pétrifié dans tout cela ? Il est peut-être comme cela pour ne plus entendre les commérages qui foisonnent.
« La clé » est un texte étrange et très beau, nous sommes dans une gare perdue des États-Unis, un couple Ellie et Albert Morgan et d'autres personnes attendent un train. Parmi ces autres voyageurs, un jeune homme joue avec une clé , la clé tombe et Albert la ramasse, le jeune homme regarde. Commence alors un dialogue plein de tendresse entre le mari et la femme, il est question des chutes du Niagara, mais ils loupent leur train ! Un beau conte.
« Pourquoi j'habite à la poste » est une question que l'on ne se pose plus après avoir lu cette nouvelle. Car la famille bonjour l'horreur!
« Un souvenir » c'est le retour dans le passé pour une femme qui fut, quand elle était enfant, amoureuse d'un garçon, sur une plage, un matin.
Dans « Mort d'un voyageur de commerce » à ne pas confondre avec la pièce d'Arthur Miller « Mort d'un commis voyageur » l'auteure nous raconte la dernière nuit d'un homme dont la voiture échoue au fond du ravin. Représentant en chaussures, il parcourt le pays, il demande de l'aide dans une ferme voisine, il y passera la nuit, buvant du whisky de contrebande avec Sony, l'homme de la maison, soudain il semble découvrir une autre vie. Au milieu de la nuit il s'éclipsera.....
Des personnages bigarrés comme on se représente les habitants du Sud des États-Unis.
Une jeune fille « faible d'esprit » et trois dames patronnesses! Et cette jeune fille veut se marier.
Keela, une petite Indienne infortunée dit le titre de la nouvelle, une histoire à vous donner la chair de poule.
Le monde du cirque, les acrobates et les exhibitions sordides, et le regard des autres sur ces gens.
L'auteur fait d'Albert Morgan dans « La clé » un portrait tout en douceur d'un homme modeste, la plus belle approche d'un personnage du livre, ces quelques lignes se lisent et se relisent.
Une famille d'ouvriers agricole dans la misère et le froid d'un hiver tardif, un dénommé Harris prends deux auto-stoppeurs, souhaitons leur bonne route! Une femme qui regarde son visage dans un tonneau, un homme qui ne se marie qu'à soixante ans, un vieil excentrique ou autre chose!
Une belle écriture qui un peu désuète malgré tout car trop descriptive, je pense, et un peu compassée. Certainement que l'état d'esprit de la population de cette ville à cette époque est bien évoqué, mais tout cela semble dépassé, très daté. Un livre qui me laisse un avis mitigé, très peu d'histoires m'ont marqué. Quelle différence avec la pétulance et la liberté de ton et de moeurs d'une Elizabeth Crane par exemple. Entre les deux recueils, soixante ans ont passé et le monde a changé.
Extraits :
- Elle n'a pas tardé à se lever et à partir d'un pas décidé de quelqu'un qui n'a pas d'amis.
- De là à parler de se marier! dit Mrs Watts avec dégoût.
-L'orage s'était éloigné jusqu'à n'être plus qu'un roulement semblable à celui que fait une charrette en passant sur un pont.
-« Je vous parie une autre Jax que cette dame a un bébé de trois mois dans le ventre ».
-Et lui : « Drôle-drôle ou drôle-bizarre? ». Et moi « Drôle-bizarre. »
- « Ne me regardez pas, je n'en vaux pas la peine, je suis falot »
- On voyait qu'il méprisait ce qu'il avait fait et en mesurait l'inutilité.
- C'était le seul frère de maman , et c'est un bon exemple d'esprit étroit. N'importe qui vous le dira. Un pharmacien diplômé.
- C'est extraordinaire comme il fait des rencontres qui débouchent sur des drames, dit Ruth, les yeux noirs.
- A force d'intensité  j'en étais presque arrivée à une vie double, celle du témoin, celle du rêveur.
- ... et ces gens-là ne savent jamais où mènent les routes au bord desquelles ils habitent....
Éditions :GF-Flammarion.
Titre original: A Curtain Green and Other Stories (1941)

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27 juin 2008

De MARINIS Rick / Coeurs d'emprunt

Coeurs d'emprunt.
Rick DeMARINIS.
Note : 2,5/ 5.
Emprunts à taux variables!
Auteur que je ne connais pas du tout. Au vu de la préface de James Welsh, il semblerait être un écrivain de l'école du Montana. A remarquer que son premier livre a été publié alors qu’il avait plus de 40 ans, et qu'il écrivait depuis déjà plusieurs années.
Une vingtaine de nouvelles sur plus de 340 pages, une bonne entrée en matière. J'ai lu ce livre en plusieurs fois, ce qui, je pense, est la seule solution pour ne pas décrocher définitivement, avantage des recueils de nouvelles. Surtout comme quand c'est le cas ici je n'ai pas réellement trouvé de plaisir dans cette lecture.
On commence par "Sous les blés" : pour les blés les silos sont au dessus de la surface de la terre, mais pour les fusées les silos sont en dessous de la terre. Quand vous vous retrouvez dans le Dakota du Nord, pour l'entretien de ces caches à fusées et que vous venez de Californie, l'argent n'est pas tout!
"Mauvaises herbes" soit, mais l'épandage industriel n'est-il pas pire ? "Disneyland" concerne une famille moyenne, un homme et son épouse mais leur fils vient de faire une tentative de suicide par amour ; il s'en remettra, du moins on le lui souhaite. Enfin sa mère guérira, et cela on ne l'espérait plus. Et le père me direz vous?
Une femme dit à son mari, il faut se débarrasser des enfants, ce n'est pas forcément dit au premier degré, lui pas très chaud finit (contre paiement en nature) par accepter! Les poches vides, ils sont abandonnés dans une vaste forêt. Rassurez-vous, ce n'est qu'une histoire.
« Vos malheurs sont terminés, l'amour revient » si c'est dans l'horoscope alors cela vaut la peine de s'installer avec un pack de bière et d’attendre le retour de son épouse
14 août 1945, c'est la fin de la guerre entre les États-Unis et le Japon. Cela ne fait ni le bonheur, ni la fortune d'un garçon qui espérait être pilote de bombardier. Dans la nouvelle « Le désert », le personnage principal se nomme Fred Ocean! Et il surnage dans une mer d'incompréhension.
Un ouvrier qui quitte le soleil pour un meilleur salaire, un fils qui voit sa mère se remarier avec un riche voisin. Une famille qui se recompose, mais pas dans un schéma classique.
Un chômeur que l'inaction rend à moitié fou, le bourbon aidant, voit son épouse partir. Le fils d'un émigré russe qui change de nom, la langue anglaise ne permettant pas une juste prononciation de son patronyme.
Une mère geignarde, mais sa manière de cuisiner la rend supportable pour son fils en permission.
Il semblerait que ces nouvelles furent écrites entre 1986 et 1999. Un livre trop long, des nouvelles de qualités très inégale et il n'est pas toujours évident de suivre la pensée de l'auteur. Ce recueil ne me laissera pas un grand souvenir car je n’ai pas accroché avec la plupart des personnages. Une de mes rares déceptions dans un genre, les nouvelles, que j'apprécie beaucoup. Bref je ne suis pas trop disposé à lire autre chose de cet écrivain.
Extraits :
- Karen veut partir. Il faut que je lui rappelle que c'est seulement pour un an.
- Hommes vêtus de noir. Femmes sur leur trente et un. Enfants guindés mal à l'aise mais sages. Même les chiens se conduisent bien.
- « C'est le chant de la mort de la terre, crois-moi ».
- Je me sentais triste. Pire que triste. Malade. Incurable, tourmenté par la vanité de tout ce qui portait un nom.
- Le vieux beatnick. Ta génération, Albert tu devrais te souvenir.
- « Mon chéri, je voudrais me débarrasser des enfants. J'en ai assez d'eux. J'aimerais qu'on le fasse demain matin ».
- Onze jours ne changeront rien. Onze cents non plus!
- C'était un homme heureux mais non satisfait. Car satisfait, il ne l'était jamais.
- D'ailleurs, je n'attendais grand-chose de rien.
- Il n'aurait pas compris mon raisonnement.
En fait de raisonnement. Je n'en avais pas.
Éditions : Albin Michel / Terres d'Amérique.
Titre original: Borrowed hearts

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26 juin 2008

D'AMBROSIO Charles / Le cap.


Le cap.

Charles D'AMBROSIO.
Note :4, 5 / 5.
Maintenir le cap...et le reste!
Recueil de 7 nouvelles de cet auteur américain que je découvre pour l'occasion. Il est né à Seattle en 1960.
Dans la nouvelle qui donne son nom à l'ouvrage, on découvre la tonalité générale de l'oeuvre. Nous sommes dans une station balnéaire américaine. Le narrateur raconte un épisode ordinaire de sa jeune vie. Le mal de vivre, sa mère veuve, les soirées très arrosées, lui Kurt, le fils de famille ramène les plus imbibés chez eux, et a le droit au récit de la vie de chacun. D'actions en bourses en divorces, de marques de voitures en conquêtes masculines ou féminines, les divagations d'adultes paumés sous un air de respectabilité. Mais certains retours sont plus périlleux que d'autres! Un texte très fort, le plus beau du recueil.
« Sans nom » et sans aucune grâce, une fille quelconque dans un coin perdu de l'Illinois. Elle travaille dans une station-service, vit dans une famille de chrétiens évangélistes et n'a jamais vu la mer. Elle part avec un ancien marin, comme cela pour changer d'horizon, au moins une fois, vivre un peu avant....
« En voiture » pour un jeu stupide, prendre son véhicule avec un pack de six bières, rouler le plus loin possible en buvant les cinq premières, faire le retour avec la dernière. A part qu'une fois ce fut la dernière virée!
Dans la nouvelle « L'ouaouaron d'Amérique »,un autre adolescent veut quitter ses parents qui ne le comprennent pas. Car escalader l'érable qui est dans le jardin pour rentrer chez soi par la fenêtre du premier étage, c'est pour des parents normaux peu ordinaire . C'est aussi l'époque où débute pour la jeunesse le mélange alcool et drogue. C'est le temps des drogues douces et des illusions mais plus pour longtemps.
« La nostalgie », c'est la promenade d'un homme seul dans les rues désertes d'une ville sous la neige, peu après les fêtes de fin d'année.
« Père & fils », il est dommage que pour certains l'esprit ne soit pas sain (ni saint non plus).
Des Américains moyens, la petite bourgeoisie, cible favorite d'auteurs de nouvelles américains comme John Cheever par exemple. Mais aussi des gens modestes victimes de la société américaine, ceux qu'elle laisse sur le bas-côté.
Un adolescent gagnant un peu d'argent en raccompagnant les invités ivres morts des soirées qu'organise sa mère. C'est pratiquement devenu un travail, lucide, cynique et désabusé il regarde le monde des adultes, séparé en deux groupes, ceux qui sont en état de naviguer et les autres ceux qui chavirent facilement au propre comme au figuré, ceux-là sont les amis de sa mère.
Une jeune fille qui brise les chaînes de sa vie, un médecin alcoolique radié mais ce ne sont pas des ouvriers clandestins qui vont le dénoncer. Un couple déjà pas trop bien assorti se désagrège après la noyade de leur fille d'un an.
Un humour décapant, des êtres paumés, riches ou misérables, mais pas à leur place dans cette Amérique prétentieuse et névrosée. L'auteur ne prend pas de gants avec ses personnages :
-C'était une fille très maigre, avec des cheveux rouges ternes et raides, des ongles rongés, cassés et des yeux verts sans éclats.
Une découverte qui ne restera pas sans suite car depuis, deux autres recueils de nouvelles « Le musée des poissons morts » et « Orphelins » ont été traduits et édités en France.
Extraits:
- Du vivant de mon père, elle buvait rarement, mais depuis qu'il s'était tiré une balle dans la tête on pouvait dire qu'elle se laissait vraiment aller.
- Son état est pire que le mien. Elle est vraiment ivre morte. Bourrée? Beurrée?
- Certaines choses dans la vie sont irréparables (prenez le cas de mon père), et c'est toujours triste.
- Ses seins, affaissés comme des sacs de sable mouillé, pendaient de part et d'autre de sa personne.
- Son visage était informe. Pâle et mou comme du mastic tiède.
- Il est là-bas. Je le sens en fermant les yeux. Il sait où nous sommes, dit la fille.
- Quand on se rapprochait de l'Ouest, les noms changeaient, devenus les dépositaires d'une utopie : Hope, Endwell, Wisdom, Independence, Loveland.
-Le tout en écoutant volume à fond, Neil Young chanter « See the lonely boy, out of the week-end »-planant cet album.
- Sous l'influence de Neil Young, je me sentais perdu, solitaire, comme si ma vie n'avait pas de fond, triste aussi, désespéré, plein de nostalgie d'un temps meilleur- à treize ans.....
- La mère de Regimbla était sexy, avec un léger parfum de ruine.
- Planter des palmiers tropicaux à Seattle! On ne voyait jamais un corbeau dedans.
- Les jeunes y semblaient vieux et les vieux à deux doigts du cercueil.
- Sa foi lui octroyait la faculté de s'abstenir de juger quoi que ce soit, même les films.
Éditions : Gallimard.
Titre original: The point (1995)

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25 juin 2008

CRANE Elizabeth / Feu occulte.

Elizabeth CRANE.
Feu occulte.
Note : 3,5 /5.
Chaud devant!
Ce recueil de 16 nouvelles est la première publication de cet auteur. Un roman « Bonté divine » a été publié depuis.
A noter le choix pas anodin des couvertures, entre une femme téléphonant alanguie sur un lit ou une paire de jambes moulées dans des bas résille, on se doute que ces livres ne sont pas des livres de cuisine.
La première nouvelle du recueil « L'archétype et sa petite amie »est une sorte d'inventaire à la Prévert de tout ce qu'il est possible de trouver comme soit-disant petite amie. Et c'est pas triste, quoique, certaines donnent plus envie de s'enfuir que de leur compter fleurette! Une mélomane par exemple : ...tu aurais plutôt envie de mourir avant le ténor si ce n'était qu'elle t'invite à la masturber à l'instant critique d'une certaine aria paroxystique. J'en passe et des meilleures!
« Un truc qui brille » n'est pas forcément en or, car il existe des ersatz de l'or, mais méfiez-vous , il y a peut-être une imitation de vous même pas loin de chez vous, et peut-être même chez vous!
Et si le bonheur dans la vie c'était:
Fabuleux appartement de grand standing sur Central Park West exempt de loyer, tout le reste gratuit, charmant liftier qui veut monter me voir.
Pourquoi pas?
Une nouvelle s'intitule tout simplement « Josie et Hyman  divergent sur la façon d'employer le mot cul ». Josie va à New-York rencontrer sa copine Nadine qui arrive avec « une paire de soupirants excédentaires ». Josie préfère l'un mais c'est l'autre qui téléphone. Josie habite Philadelphie où elle a « un partenaire de baise », et en plus ce n'est pas très facile à gérer deux rendez-vous dans la même journée a New-York, donc il y a un choix à faire !
« L'année en un coup d'oeil » c'est l'année de la mort de la mère de la narratrice et ce jusqu'au premier anniversaire de cette mort, le temps qui se compte en «jours d'après».
« Les Dave » ou la règle de trois, le Dave 1 fait ceci mais pas cela. Le Dave 2 c'est l'inverse et le Dave 3 fait la moitié de chaque ! Reprenons...
« Une intervention » c'est quand la famille et les amis viennent vous voir en groupe et vous disent:
« Alice tu n'es pas alcoolique ».
Des femmes , toutes minces, mesurant d'un mètre mètre soixante-dix à un mètre quatre-vingt, âgées de vingt à trente ans; quand elles en ont quarante, elles en font dix de moins, des gravures de mode en bref ! Mais évidemment malheureuses en amour, alors elles évitent la réalité, la fardent en même temps que leurs paupières, l'estompent dans l'alcool. Elles veulent être stars mais disent se moquer de la gloire! Elles sont pleines de contradictions et d'addictions aux produits de luxe de préférence. Mais pour elles que la vie est compliquée ! Et si elle ne l'est pas, il faut la rendre compliquée, sinon, c'est d'un ennui... Heureusement que les hommes sont là ! Ces êtres qui ne comprennent décidément rien à la vie et encore moins à elles, les femmes !Quelques bizarreries, une nouvelle de 10 pages avec des notes en bas de page, non pas numérotées mais classées par ordre alphabétique de à A à S. C'est à se demander s'il n'y a pas plus de notes que de texte!
Quelques nouvelles commencent par une phrase en tête après le titre :
- Écoutez un peu ça : on va faire un film sur ma vie.
- Finir la fac prend un peu plus de temps que prévu.
- Ces derniers temps je suis sortie avec des mecs qui s'appellent Dave (le titre de la nouvelle, les Dave)
ou
- Il n'y a aucune explication à cela.
Une manière de parler de la société américaine, enfin d'une certaine pseudo-bourgeoisie et de ses problèmes de coeur et de sexe avec un humour et une dérision qui font mouche! J'aime bien l'écriture, malgré des phrases plutôt longues. C'est drôle parfois, osé assez souvent, méchant souvent et cruel très souvent! Original et jubilatoire, et pessimiste aussi, un peu confus mais rarement!
Extraits :
- ...si tu as le malheur de lui dire que tu trouves l'une de ses toilettes sympa, elle en changera.
- Tout cela, Apple le couche sur papier comme s'il s'agissait de traits de caractères essentiels et remarquables.
- ...sauf qu'ici sur Central Park West, mon trois pièces tiendrait dans son salon.
- ... mais je fus bien incapable de l'étiqueter exactement, une sorte de croisement entre branché canaille et BCBG négligé.
- g) Certainement la partie la plus fantasmagorique du fantasme.
- Si son anniversaire est bientôt, tu n'auras peut-être que 13 ans ½ de plus que lui. Si son anniversaire n'est pas bientôt , tu auras peut-être jusqu'à 14 ans ¾ de plus que lui.
- Cinquième jour- Je m'aperçois que le corps médical est en réalité une industrie médicale.
- Il y a dix ans, je vivais ce que l'on peut considérer comme la pire liaison de toutes les liaisons -généralement très médiocres- que j'avais eues.
- Tu vas faire l'amour avec lui avant la fin du repas.
- Il ne cherche pas à coucher avec toi.
Éditions : Phébus.
Titre original: When the Messenger is Hot (2003)

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23 juin 2008

CARVER Raymond / Qu'est-ce que vous voulez voir?

Qu'est ce que vous voulez voir?
Raymond CARVER.
Note : 3,5 / 5
Entendre et voir ou être sourd et aveugle?
Écrivain qui m'a été fortement recommandé par une amie qui est de très bon conseil. Raymond Carver, né en 1938 et décédé en 1988, est considéré comme l’un des plus grands nouvellistes des États-Unis. Il eu une vie très agitée avec un gros problème d'alcool. Ce livre posthume est une sélection de nouvelles établie par la poétesse Tess Gallaher qu'il épousa deux mois avant sa mort.
Ce court recueil de cinq nouvelles commence par « Appelle si tu as besoin de moi » : il s’agit d’un couple, mari et femme ont chacun une aventure et ne s'en cachent pas. Ils tentent de recoller les morceaux, mais la méthode est-elle la bonne? Est-il raisonnable pour le mari d'aller visiter la future maison de vacances et de prendre pension pendant trois jours dans un hôtel des environs avec sa maîtresse? Le fils en vacances chez sa grand-mère s'inquiète , vous divorcez ou pas? Le voyage se passe bien, l'installation également, leurs promenades les amènent chez des pêcheurs. Ils se souviennent de vacances avant.... Une nuit, des chevaux évadés d'un ranch voisin envahissent le jardin, la beauté est là, visible, mais que réserve le lendemain ?....
Dans « Rêves », une famille d'Américains moyens dans une banlieue quelconque. Le mari est le narrateur de cette histoire. La voisine a été abandonnée par son mari avec ses deux enfants, elle travaille beaucoup, souvent de nuit, laissant la garde des enfants à une baby-sitter. Ces enfants sont gentils, les voisins les connaissent mais sans plus. La vie monotone de ce couple est seulement troublée le matin par les rêves nocturnes de Madame, désire-t-elle en prendre note? Mais un soir cette quiétude est troublée...
« Vandales » est une nouvelle de grande qualité, l'action se déroule sur une demi-journée. Deux couples se retrouvent comme d'habitude, pour le même cérémonial. Tous sont des amis de longue date, sauf Nick qui a pris la place de Bill, le premier mari de Joanne, il sait qu'il passe pour responsable de cet état de fait! Avant, les deux couples partageaient tout, un bateau, des soirées sans fin etc. Maintenant de non-dits en mensonges, il est évident que quelque chose est fini, cette demi-journée ressemble à une obligation au nom du passé. Un très beau texte.
« Du bois pour l'hiver » : un homme qui sort d'une cure de désintoxication trouve son épouse en ménage avec un de ses copains de boisson. Il décide de changer de vie et de s'installer sur la côte, il loue une chambre chez l'habitant. Il découvre un couple formé d'un estropié et d'une femme obèse. Il cherche à les voir le moins possible, tout à un projet qui semble l'accaparer, il coupera du bois et partira comme il est venu. Ai-je loupé quelque chose?
« Qu'est ce que vous voulez voir? » est aussi l'histoire d'un couple qui se sépare pour une période de réflexion, elle vivra en Californie du Nord, lui dans une université de l'Est. Pour une fois il ne partent pas de nuit à la sauvette, mieux même, leurs propriétaires les invitent la veille de leur départ. Les deux couples s'estiment mutuellement, les maris sont tous deux des alcooliques repentis. Les souvenirs de chacun meublent les conversations, puis une projection de diapos comme dans une soirée ordinaire, mais cette soirée n'est pas ordinaire!
Dans la postface signée de son épouse on apprend, entre autres choses, que c'est le romancier Haruki Murakami qui traduisait ses oeuvre en japonais!
Impression globale : des personnages plutôt effacés, peu attachants, est-ce voulu par l'auteur? Un couple qui tente une dernière fois le voyage de la dernière chance, sorte de seconde lune de miel, mais est-il possible de bâtir du solide quand les fondations sont défaillantes ? Quelles peuvent être les relations entre voisins dans une banlieue de classe moyenne d'une ville américaine?
Pour Nick l'alcool fut une mauvaise habitude, puis vint la lutte, puis l'abstinence. Enfin la délivrance. L'auteur, avec ce personnage, aborde un aspect et non des moindres de lui même.
Une forme de narration surprenante au premier abord, Carver nous pose les personnages, la situation de l'histoire et semble dire : vous avez autant d'éléments que moi, finissez le récit, ou alors ce dernier ce termine par un fait complètement anodin! C'est une chose dont je me suis rendu compte en cours de lecture, cela déroute puis on s'y fait.
Dans plusieurs nouvelles, Carver emploie le feu pour terminer ses textes, manière radicale de tout oublier, de recommencer quelque chose de nouveau?
Pour l'écriture, le moins que l'on puisse dire c’est que c'est épuré au maximum, sobre (il faut bien que quelque chose le soit!), pratiquement minimaliste. Mais on sent un travail de recherche du mot juste. Malgré cela, Carver parlait d'amputations pour les coupures que faisait son éditeur*
J'ai aimé ce livre mais il m'interroge sans que je puisse réellement pouvoir expliquer pourquoi. Plus l'écriture je pense, que les histoires qui tournent souvent autour du même thème.
Extraits :
- La chance on va en avoir sacrément besoin, ajouta-t-elle. Tu ne trouves pas?
- Je suis heureuse d'être ici avec toi.
Moi aussi, dis-je.
- Tu m'as tellement manqué que j'ai fini par te perdre.
- Moi je ne rêve jamais. Cela fait des années que je n'ai pas rêvé.
- Quand on a une mère qui chante, on n'a pas besoin de père.
- ... à vrai dire Nick aurait préféré que leurs rencontres soient un plus espacées. Non qu'il ait de l'animosité envers eux. Au contraire il les aimait bien.
- Nick les aimait bien, mais il se sentait toujours un peu mal à l'aise en leur compagnie.
- Il entourait de son bras droit ce qu'il pouvait de la taille de Bonnie, la serrant étroitement.
- Prenez bien soin de vous, dit-il. Votre bonhomme aussi prenez bien soin de lui.
Éditions : Édition de l'Olivier. 2000
Titre original:
Call If You Need Me.
*Son épouse tente de faire publier un recueil de nouvelles dans la forme d'origine voulue par l'auteur lui même.

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BOYLE T.C. / Histoires sans héros

La nouvelle dans tous ses États......-Unis.
Après un tour d'horizon de recueils de nouvelles bretonnes, je recommence avec les États-Unis. Mais pour cette fois je me contenterai d'une semaine de six jours. Je pense que vous aurez tous droit à un repos dominical bien gagné! Et moi aussi d'ailleurs.
Ces auteurs sont tous des écrivains non répertoriés sur ce blog et le classement se fera par ordre alphabétique, ce qui me semble le plus simple.
Bon courage.
Yvon

Boyle

Histoires sans héros.
T.C.BOYLE.
Note : 4 / 5.
Les héros sont éreintés!
Premier ouvrage que je lis de cet auteur. Je ne peux résister au plaisir de vous donner la signification des initiales de son prénom T.C. : Tom Coraghessan . Ce recueil comprend une quinzaine de nouvelles sur plus de 300 pages.
« Gros gibier » commence ce recueil: vous êtes riches, revenus de tout, prétentieux et stupides. Vous rêvez de garnir votre luxueux bureau de têtes de gazelles, zèbres, éléphants ou même lions. Vous aimeriez pour flatter votre orgueil pouvoir dire en bombant le torse « C'est moi qui les ai tués ! » et que vos clients et invités se pâment! Vous avez les moyens mais pas le temps d'aller en Afrique, et puis vous aimez votre confort alors comment faire ? Et puis vous avez un peu peur quand même! Rassurez-vous certains zoos organisent des parties de chasses. Alors Micke et Nicole Bender, agents immobiliers, organisent leur carnage aux trophées. Mais contrairement à ce que l'on dit, ce n'est pas parce que le bâtiment va que tout va!
« Répugnant de choses » le titre est étrange. La maître d'oeuvre est une certaine Susan Certaine, profession « Organisatrice professionnelle », son chantier, un capharnaüm, ses victimes Julian et Marsha Laxner qui veulent réorganiser leur maison! Une certaine confusion règne dans l'esprit des époux Laxner, mais pas dans l'esprit de Susan Certaine! Ni dans sa calculette d'ailleurs!
« Poème sans héros »est une histoire d'amour. Un homme marié veut faire venir une Russe aux U.S.A. Mais comment l'héberger ? Il pense à juste titre que son épouse ne va pas forcément accepter la situation ! Alors le bon copain fraîchement divorcé est là pour prêter son appartement. Mais même en Amérique l'argent ne coule pas à flots, chose que la belle Irina (qui d'ailleurs est blonde, puis brune la page d'après!) ne semble pas comprendre.
Un médecin voit arriver un patient qu'il connaît depuis son enfance. Ledit patient est gros comme « une mule enceinte », fume trois ou quatre paquets par jour, boit un litre de chianti par repas, pas mal de cognac et une ou deux lessiveuses de café par jour! Mais ses problèmes de santé ne viennent pas de là! Voyons Docteur! Partout dans le monde, chaque chose a son contraire. Et les contraires s'opposent.
« Catastrophes naturelles » :  celles-ci n'ont rien a voir avec la météo, mais avec les trois ex-épouses de Willi, qui, chacune à leur tour, l'ont dépouillé de ses biens. Mais Muriel ce n'est pas aussi le nom d'un cyclone, d'une tempête ou d'un ouragan ?
Une galerie de personnages soit caricaturaux, comme les Brender, ou débordés par les événements et dépouillés de tout. Deux mafiosi à l'article de la mort pourront-ils succomber en paix ou la haine sera-t-elle la plus forte ?
Un homme souffre du dos, son beau-frère médecin en plaisante. L'homme se plaint à sa petite amie qu'il ne ne peut plus nouer ses lacets, elle lui répond "je t'achèterai des mocassins"! Ah l'ingratitude humaine ! Et cette amie lui rappelle qu'ils doivent aller à New-York au Congrès international d'Herpéto-Batrachiologie (spécialité : les batraciens). Le rêve de cet homme : avoir une baguette magique et pouvoir la changer en crapaud!
Si vous rencontrez Alena Jorgensen, pasionaria de la cause animale, vous penserez que cette belle poule n'est pas une oie blanche, alors méfiez-vous de ne pas être le dindon de la farce!
Perdre « 56 à 0 » (même au football américain) cela ne fait pas plaisir. En prime, vous êtes plein de bleus et autres contusions, votre copine refuse de vous voir et votre entraîneur veut déclarer forfait pour le dernier match de la saison! I l faut réagir!
A 17 ans, faire 4500 km pour voir Jack Kerouac et être accueillit par Mémère cela refroidit, mais c'est Noël ! Quand le père Noël, exceptionnellement souffrant, est remplacé par une jeune fille ravissante, cela n'est pas pour déplaire à ce jeune homme; tous les rêves se réalisent cette nuit-là. Quelques année plus tard, les garçons du couple se prénommeront Jack, Bill, Neal et Allen. Et ils appelleront leur première fille Gabrielle, pas la version féminine de l'ange Gabriel, non, le prénom de la mère de Kerouac!
Une écriture d'une simplicité qui doit en réalité masquer un gros travail. Une imagination débordante au service d'un humour grinçant et même cruel. Mais cachées derrière une apparente légèreté , des histoires plus graves qu'elles ne paraissent au premier abord. Un humour noir qui fait parfois rire jaune, mais les goûts et les couleurs! Une découverte.
Extraits :
- Nicole Bender s'était lovée sur le siège avant droit de la Jaguar XJS blanche que son époux lui avait offert pour la Saint-Valentin.
- ...l'éléphante avait l'air aussi poussiéreuse et froissée qu'un tas de valises taïwanaises en souffrance dans un aéroport.
- ...son accent était tellement exagéré qu'on l'eût tout droit sorti d'un sketch des Monty Python.
- Et rien ne s'y trouve, rien, il n'y a que du rien dans du rien. Du rien absolu.
- Oui Casey, je sais. Il faut que tu ailles. Tu dois aller. Toujours tu vas.
-Sa cigarette,- « Une Gauloise, naturellement, comme s'il y avait autre chose »
- Tu sais bien : le genre princesse ukrainienne, concentré de plaisirs géorgiens, beauté slave à longues jamb...
- Ce soir là, je l'emmenais dîner mais l'affaire tint du requiem, de la mise en terre.
- Je n'ai pas trente ans et j'ai l'impression d'en avoir cent.
- ...véritables révélations, ces paroles m'excitèrent, m'expédièrent des secousses que je sentis jusque dans les tréfonds extrêmes de mon canal reproducteur.
Éditions : Grasset.
Titre original: Without a Hero (1995)

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