02 novembre 2009
BRUEN Ken / La main droite du diable.

La main droite du diable.
Ken BRUEN.
Note : 5 / 5.
Bienvenue dans la maison de Dieu.
Une autre enquête de Jack Taylor, qui après avoir parlé des « Magdalen Sisters » s'attaque aux prêtres pédophiles qui ont très longtemps et d'une manière absolument scandaleuse, sévi pendant des années en toute impunité. Un rapport accablant a été rendu publique ces derniers jours. Entre 1930 et 1990, il semblerait que près de 30000 enfants en aient été victimes avec la bénédiction des autorités religieuses et grâce également au silence des divers gouvernements. Environ 12000 victimes ont été indemnisées à hauteur de 65000 euros en moyenne chacune. En contre partie, elles ont renoncé à poursuivre l'Église et l'État!
Jack sort de plusieurs mois d'hôpital psychiatrique suite à la mort de Serena, fille de ses amis, Jeff et Cathy. Cette enfant atteinte de trisomie 21, qui était sous sa garde, est en effet tombée par la fenêtre pendant un instant d'inattention de Jack.
A son retour à Galway, il apprend une nouvelle qui stupéfie l'Irlande, un prêtre, le père Joyce a été décapité dans son église!
Retour dans les années 1950/1960, à l'intérieur d'une église catholique de Galway, un prêtre donne ½ couronne à un garçon de sept ans et lui glisse à l'oreille, « Garde cela pour toi, c'est notre secret » Combien seront-ils à souffrir pareillement? Quelques années plus tard, la même scène se reproduit avec un autre garçon. Soeur Marie-Joseph, qui travaille au presbytère, voit ces enfants sortir en larmes, elle ne dit rien, éprouve des remords parfois, un tour de rosaire et une glace apaise sa conscience. Deux hommes ont porté plainte, sont-ils le ou les meurtriers? Le premier, Tom Peel, s'occupe d'une agence de sécurité, il reçoit Jack et reconnaît que sa vie à partir de ce jour a été brisée, il est seul, sans épouse, ni enfant. Il dit à Jack : « si vous croisez le meurtrier, serrez-lui la main pour moi! ». Le second, Michael Clare, a professionnellement réussi, il dit être le coupable, mais Jack n'en est pas convaincu. Alors il interroge sa sœur, Kate, qui lui raconte que son frère a beaucoup changé à cette époque là! Mais il s'avère que la présence de Jack dans cette enquête n'est pas du goût des autorités. Jack est toujours en quête de rédemption envers lui-même. Fortement marqué par la mort de Serena, il tente encore une fois de vaincre ses vieux démons.
Ní Iomaire ou Ridge dans sa version anglaise, ancienne collègue de Jack, est malgré tout une des rares personnes prête à lui venir en aide, même si parfois leurs relations sont très tendues. L'univers de Jack s'est fortement réduit ces derniers temps, Jeff et Cathy ont sombré, lui dans l'alcoolisme, Cathy semble être repartie à Londres, puis est revenue. Miss Bailey, son ancienne logeuse, qui l'a toujours soutenue, est morte. En un dernier geste d'amitié, elle lui a légué un peu d'argent et un appartement! Le père Malachy est un « ami » de la mère de Jack ; ce dernier le déteste, mais il acceptera d'enquêter pour lui sur la mort du père Joyce. Cody débarque dans la vie de Jack d'une manière impromptue, lui redonnant une certaine joie de vivre. Certaines personnes le prennent pour son fils!
On sent chez l'auteur une profonde nostalgie de ce qu'il appelle « L'ancienne Irlande »; on le ressent particulièrement quand il parle de Galway. L'argent et la cupidité ont tué certains repères, mais l'on découvre que certaines de ces valeurs avaient une face très noire. A ce titre, je considère que c'est le roman de la série des Jack Taylor qui m'a le plus touché. Il dénonce l'américanisation de la société irlandaise. Comme toujours il parle d'écrivains, ici particulièrement de David Goodis pour les auteurs américains, et il revient également sur ce poète gaélique natif de Galway, Phádraic Ó Conaire, pour lequel il a cette phrase « Il écrivait en gaélique ce qui lui garantissait de ne pas être lu » ! Je pense également que l'intrigue policière est plus fouillée que dans certains autres titres de la série. A noter que ce roman commence par un poème « An Sagart (Prêtre) qu'il faut lire et même relire.
On peut aussi remarquer une petite erreur page 40 :
- Vos amis, Jack et Cathy ...elle est repartie à Londres et lui...il boit.
Les parents de la fillette décédée...mes amis. Jeff était... (Inversion des prénoms, l'ami se prénommant Jeff).
Extraits :
- Belle l'ironie pour une nation qui avait fourni ce terme au monde entier : nous avions maintenant un crack* autrement plus sinistre.
- In aimn an Athair... Le Notre-Père en irlandais.
- Nous avons certes l’éventail complet des saisons, en Irlande, c'est juste qu'elles arrivent toutes le même jour.- Le taux de suicide chez les anciens gardai est terrifiant parce qu'on n’échappe jamais à ce métier.
- Elle voyait encore son petit visage, entendait les mots atroces, j'ai le derrière qui saigne.
- La seule chose en laquelle les gens ait confiance, c'est l'argent. La nouvelle spiritualité s'appelle cupidité.
- La seule religion qui reste c'est : Détourne le bien commun à ton seul avantage.
- Le problème, si je vous pose une question, est de savoir si je pouvais supporter de vivre en connaissant la réponse.
- Vous êtes un peu dingues, vous.
Pas dans le sens de cinglés, plutôt dans celui de surprenant, comme l'utilisait Behan.
-Elle était ravie que j'ai parlé en gaélique, sa langue maternelle.
Éditions : Gallimard. (2008)
Titre original : Priest (2006)
*Craic: mot gaélique signifiant faire la fête, passer un bon moment. Terme qui n'a absolument aucun rapport avec la drogue ainsi nommée.
04 octobre 2009
MACKEN Walter / Les vertes collines & autres histoires.

Les vertes collines & autres histoires.
Walter MACKEN.
Note : 5/5.
Jeux de dupes!
Recueil de 21 nouvelles de cet auteur de Galway que j'apprécie particulièrement. Félicitations aux éditions « Terre de Brume » de rééditer son œuvre, et d'essayer de le faire connaître en France. Il fut également directeur de théâtre et acteur. En faisant quelques recherches, je me suis rendu compte que Walter Macken avait joué dans quelques films, en particulier « The Quare Follow » d'après l'oeuvre du même nom de Brendan Behan et avec Patrick McGoohan dans le rôle principal.
L'Irlande rurale dans toute sa complexité, cruelle et mesquine sous ses airs bon enfant. La chasse est pour certains une partie de plaisir, pour d'autres une occasion de rappeler à certaines personnes qu'il ne faut pas forcément prendre les gens pour des imbéciles.Pour épouser la fille que l'on aime, parfois, il faut se laisser mener en bateau par son futur beau-père. Colm n'est pas ravi, mais il ravit le cœur de sa bien aimée. Les paroles blessantes dans « La Maggie Barney » qui déstabiliseront un homme et gâcheront deux vies. Les Irlandais ont deux passions, les courses de chevaux et le « hurling ». « La belle Dame » nous parle de compétitions équestres, un homme riche veut que son cheval gagne, le propriétaire du champion en titre est son débiteur, l'argent est-il plus fort que la morale sportive? A l'époque on pouvait se poser la question, maintenant non! Une très belle histoire, l'une des meilleures de ce recueil. Pour le hurling, lorsque le personnage principal s'appelle Filou et qu'il est question de rivalité familiale et de gros sous (enfin toutes proportions gardées), cela n'est pas forcément très fair-play! Rappelons nous la définition qu'en donne Ken Bruen : « C’est quoi encore, ce truc-là ?
Quelque chose entre le hockey et l’homicide.»
« Un Athée » est également un très bon moment du livre. D'un côté il y a Joe, dernier enfant d'une famille de 7, maladif et souffreteux, il est le souffre douleurs de la famille. De l'autre, il y a Peter, colosse un peu marginal, les deux vont se lier d'amitié, mais pour la famille de Joe, Peter est de la pire engeance dans la très catholique Irlande, il est athée....... Ce qui semble pire que d'être protestant! « Les enfants du mardi » est une belle histoire comme son nom l'indique de naissance un mardi, la première chez un « Tinker », gens du voyage irlandais, la seconde dans une famille aisée, le point commun, le médecin du village.....« Marqué » nous raconte l'amitié entre deux hommes, dans un coin perdu de la campagne irlandaise. Mais, un jour une automobile arrive et un homme en descend! Quelques histoires de braconnages, en rivière ou en mer, mais que fait la police! Un peu de contrebande de « poítín* » dans « Le Roi » la nouvelle qui clôt ce recueil. A quoi bon avoir été personnage du comté, une légende vivante pour laisser son trône vacant!
Dans les nouvelles de Macken, il y a souvent un personnage récurrent que l'on retrouve par ci, par là. Solo, curé athlétique, était celui du précédent recueil « Et Dieu fit le Dimanche », ici c'est Geaglers que nous retrouvons. Le dit Geagler n'est pas précisément un saint, toujours à la limite de la légalité, vivant d'expédients, plein de ressources et d'imagination pour se venger de soi disant plus malins que lui. Mais parfois c'est à ses dépens. Nous croisons un marin qui n'a jamais navigué, qui déteste la mer, mais la mer est la plus forte malgré tout...... Pauvre vieil homme! L'exil ou l'amour, l'homme choisit l' Amérique, mais il en reviendra plus vite que prévu! Pourquoi courir le monde, les collines ne sont pas plus vertes ailleurs! Une vieille anglaise et son chat, mais dans la campagne irlandaise, ce n'est pas gagné! Joe est de retour après six mois d'hôpital, c'est le bonheur, ses copains l'accueillent avec joie, mais plus rien ne sera comme avant, hélas.Une écriture qui paraît très simple, donc une lecture facile, mais je pense que beaucoup de travail est nécessaire pour arriver à ce résultat. Un des meilleurs recueils de nouvelles de la littérature irlandaise, et un de ceux qui décrit le mieux le monde rural avec ses défauts et ses qualités. À noter le langage employé par Meila dans la nouvelle « Étranges poissons » dont voici un exemple avec des constructions de phrase gaélique, que Walter Macken maitrisait parfaitement :
- Loin d'la route que j' 'ai trouvé, dit Meila, sur la page près de l'la mer.
Extraits :
- À croire que les korrigans lui avaient jeté un sort. Mais c'était comme ça, il fallait bien qu'il l'admette.
- Un sport aussi ancien que l'Irlande- et davantage même.
-En général, les gens regrettaient qu'ils fussent venus au monde, et auraient préféré que le monde en fut débarrassé.
- Il n'avait jamais eu l'intention de s'attacher de nouveau à quelques êtres vivants que ce soit.
- La vie doit-elle être cynique au point de vous obliger à être le témoin de tels contrastes ?
- Un regard comme celui-là ne devrait pas se trouver ailleurs que dans les yeux d'un chien malade, pensait-il.- Il n'y avait rien d'autre devant lui que sa vie, il avait enterré les années mortes dans la sueur.
- Vous ne vous souvenez pas de lui ? Un asticot court sur patte qui n'a jamais travaillé de sa vie, avec des lèvres minces comme une incision dans du lard maigre.
- On était là à esquiver, à rire, à vilipender derrière leur dos les ploucs qui parlaient irlandais.
Éditions : Terre de Brume (2007).
Titre original : The Green Hill & Other Stories (1962).
*Alcool clandestin à base de pommes de terre.
Autre chronique de cet auteur :
Et Dieu fit le dimanche.
17 septembre 2009
KERRIGAN Gene / A la petite semaine.

A la petite semaine.
Gene KERRIGAN.
Note : 4 / 5.
Drôle d'Eire!
Un auteur irlandais absolument inconnu, du moins pour moi. Je dois cette découverte à JML et à son blog « Actu du Noir » qui a parlé de lui récemment. Encore un romancier qui ne sera pas embauché par l'office du tourisme irlandais, car l'image qu'il donne de son pays n'est pas des plus réjouissantes, ancien journaliste, il connait très bien certains aspects souvent passés sous silence de son pays. Ce titre est le premier traduit et un second a suivi.
« Time is Money », ce proverbe anglais semble être devenu une seconde nature pour la majorité des irlandais. L'argent coule (coulait?) à flot, le modèle américain a pignon (pognon?) sur rue. Mais ce genre de système laisse du monde sur le carreau. Alors Frankie Crowe, petit truand sans envergure, demande sa part, la plus grosse possible, après les braquages minables, il veut se lancer, gagner beaucoup en peu de temps, alors il choisit l'enlèvement avec demande de rançon.
Mais pour cela, il lui faut l'aval de Jojo Mackendrick, qui ne lui donne pas, sachant que cela nuira à la tranquillité des affaires, les siennes en particulier. Frankie devient fou de rage, mais maintient son projet. Le problème est de trouver des complices, relativement facilement résolu même si certains ne sont pas très surs. Ensuite, il faut trouver un « kidnappé » pas trop riche car très protégé, mais suffisamment pour pouvoir payer la rançon. Son choix se porte sur Justin Kennedy, directeur et membre fondateur d'une banque privée. Mais est-ce la bonne personne? Toujours est-il qu'ils partent avec Angela, l'épouse de Justin. Commence alors pour elle un long calvaire, bringueballée de planque en planque, à la merci de personnages pas très fréquentables, pendant que son mari tente de réunir la rançon. L'auteur alors nous fait pénétrer dans le monde de la finance, avec ses comptes secrets, ses fortunes cachées, ses sociétés immobilières ou autres qui servent uniquement de paravents. Deux mondes de truands s'affrontent, ceux en « bleus de chauffe » et ceux « à cols blancs ». Où est la morale dans tout cela?! Et bien, elle est pourtant présente, un après-midi dans un petit village d'Irlande.......
Beaucoup de personnages dans ce roman: Frankie Crowe, petit truand dont la vie ne fut pas très rose. Violent et emporté, il semble toujours faire l'inverse de ce qui est logique. Il veut désormais jouer dans la cour des grands, être reconnu, devenir un caïd. Peu de choses le touchent sauf Sinead, sa fille qu'il adore. L'enlèvement ne rapporte plus d'ennuis que d'argent visiblement, Frankie Crown aurait du se souvenirs du passé!
Angela est le prototype de la petite bourgeoise membre du club des nouveaux riches. Son mariage fut plus dicté par l'intérêt que par l'amour. Elle pardonne volontiers à son mari ses aventures, menant sa vie entre le shopping, son club de gymnastique et ses enfants.
Les truands sont plutôt minables, les policiers sont à ranger en deux catégories, les anciens un peu ripoux, la vie est devenu tellement chère à Dublin! Et les modernes, qui sont plutôt le style Elliott Ness, incorruptibles, frais émoulus de l'école, toujours en forme, très imbus d'eux même et carriéristes dans l'âme. Tout le monde veut sa place au soleil, les voyous ainsi que les policiers. La politique est une des meilleurs façons de réussir, pour les représentants de l'ordre, les avocats, bref tout ceux qui sont concernés par la justice. Les magouilles, les compromis et les pots de vin mènent le monde!
Un bon roman, bien écrit, même si l'histoire en soit n'est pas très originale. Un livre réaliste et plausible dans un pays qui a perdu tout ses repères traditionnels, noyé sous un flot d'argent, mais qui lui aussi est maintenant au creux de la vague.
Extraits :
- Les créateurs de sociétés irlandaises prospères tendaient à prendre le fric puis a se tirer.
- Et l'I.R.A.? Certains canard ont l'air d'y faire allusion.
- Même les gars de l'I.R.A. portent des costards et discutent du PNB.
- Ses honoraires avaient grossi en fonction de son expérience, et son embonpoint en proportion de ses honoraires.
- Il leva le poignet et Milky contempla la Rolex en hochant la tête d'un air appréciateur. Tout le monde devrait en avoir une.
- Sa séduisante assistante personnelle avait une connaissance acceptable de l'alphabet et la sonnerie de son portable jouait La chevauchée des Walkyries.
- Plus personne ne se livre au kidnapping. On a connu ça au bon vieux temps …. l'I.R.A. et quelques autres salopards ambitieux.... aucun de ces enlèvements n'a payé.
- Braquez une banque et une équipe de policiers se lance vos trousses. Kidnappez quelqu'un et c'est toute la police que vous avez sur le dos.
- C'était une petite carrée onéreuse, un de ces milliers d'appartements lilliputiens de Dublin qui s'étaient construits à peu de frais et vendu la peau des fesses au cours de la décennie précédente.
- Témoignages manifestes d'une ville sous-développée, récemment enrichie, empruntant énormément et pressée de claquer son pognon.
- La police n'était pas plus capable d'arrêter le crime que les éboueurs d'empêcher l'accumulation des détritus.
- C'était un bâtiment des années 50, grand et moche, bâti à l'apogée de la domination de l'église catholique sur la vie irlandaise.
Éditions : Le Masque (2007).
Titre original : Little criminals (2005)
27 juillet 2009
BRUEN Ken / R&B. Vixen.

R&B. Vixen.
Ken BRUEN.
Note : 3,5 / 5.
Faut que ça saute!
Une des épisodes des aventures des inénarrables Roberts et Brant. Il me semble avoir loupé quelques épisodes, mais comparé à ce qui se passe dans ce livre, ce n'est pas mortel. A noter, sur la quatrième de couverture, sous le titre il est écrit, blanc sur noir, « Humour noir ».
Londres sous les bombes, pourtant la guerre est finie. L'IRA a désarmé, mais des bombinettes explosent! Les autorités sont sur le pied de guerre, R&B et leurs troupes veillent au grain. Qui sont ces poseurs de bombes? Nous faisons la connaissance d'Angie James, bombe sexuelle qui, sur les conseils d'une amie de captivité, se lance dans ce qu'elle pense être une idée du tonnerre, l'extorsion de fonds! Une bombe qui fait juste un peu de dégâts matériels, suivie d'une demande de rançon, le tour est joué, l'argent rentre. Pour complice elle a jeté son dévolu (ce qui n'était pas pour leur déplaire) sur les frères Cross. Angie (qui n'a rien d'un ange) mène son monde à la baguette et à la braguette. Une seconde bombe, puis une troisième, sème la panique sur Londres. Et pendant ce temps là, l'inénarrable duo R&B fait la bombe dans une fête organisée par les prostituées du quartier en l'honneur de leur chevalier servant Brant! Falls, cette nuit là n'est pas dans de sales draps, mais pas seule entre les draps. Pour eux trois, alcool, sexe et réveil difficile! Surtout que la rançon, elle, s'est envolée, mais pas pour tout le monde! Les dignes représentants des forces de l'ordre ont la tête lourde, surtout qu'ils se font sonner les cloches. Et Big Ben cela résonne dans un cerveau noyé non pas dans le smog, mais dans l'alcool. Mais comme du côté des malfrats, les frères Cross dépouilleraient bien Angie, pas de ses tenues ultra-courtes, c'est fait depuis longtemps, mais de sa part de butin. Angie elle butinerait bien le magot toute seule! A qui sourira la fortune, mais méfiance bien mal acquise ne profite pas toujours!
Pour les personnages, le proverbe dit : on ne change pas une équipe qui gagne, alors on reprend les mêmes. Et ceux-ci ne se sont en aucune manière améliorés, quoique Brant par estime, mais par intérêt aussi, va tabasser un proxénète trop violent au goût des prostituées. Que Brant soit loué (ou acheté)!
Roberts lui est veuf, alors il boit. Par contre nous ne savons pas ce que les prostitués hommes qui plaisaient à Madame sont devenus! On aimerait dire « Paix à ses cendres », mais l'urne a disparu, elle était pourtant sous bonne garde, quoique R&B, ce jour là, n'avaient pas tourné à l'eau bénite!
Falls qui a loupé son examen et sa vie privée, boit plus que de raison et est évincée de l'enquête. Mais une nouvelle aventure sexuelle entre dans sa vie, pour le bon motif? Pas sûr!
Porter Nash lui se meurt, des nouvelles recrues apparaissent, d'accord certaines disparaissent aussi vite, mais c'est la vie (enfin la mort plutôt) ou la mise au placard!
Angie James, « La renarde » décathlonienne du crime, prête à tout (et même plus) pour réussir. Les scrupules ne l'étouffent pas. Les frères Ray et Jimmy Cross, complices et amants d'Angie, cervelle et muscles, petite pour la première, gros pour les seconds.
Rien de bien nouveau sous le ciel de Clapham, ni sous celui d'Oval, où rien ne tourne plus rond!
Pas un grand Bruen, un livre qui se lit facilement, sans déplaisir, mais que ne laissera pas un grand souvenir! Pour l'humour noir, Bruen nous a habitué à mieux. La fin est surprenante et pas très morale (qui donc n'est pas sauve!); Le moins intéressant de ceux que j'ai lus jusqu'à présent, mais comme je suis plutôt un fan de Jack Taylor, rien n'est perdu.
A signaler que Bruen, à chaque fin de chapitre, donne un extrait d'un roman policier d'un autre auteur.
Extraits:
- Le sergent Brant était depuis longtemps la bête noire du sud-est de Londres. Les flics comme les voyous le craignaient.
- Ses deux meilleurs années, parce qu'elle avait découvert le pouvoir du sexe.
- Et elle se demanda à quel moment exact c'était devenu un vrai connard.
- C'était pratiquement ce à quoi Falls s'attendait: stupidité et assurance, la pire combinaison.
- Il portait un T-Shirt sur lequel on lisait : Pog Mo Thoin.
Ce ne fut que quelques mois plus tard qu'il appris ce que la phrase signifiait : embrasse mon cul.
- Il fait partie de la population...Elle n'a jamais de bonnes intentions.
- Roberts pensa que Brant était véritablement fou...pas seulement dérangé, complètement à la masse.
- La prison lui avait enseigné à le faire : rester assise et laisser son esprit vagabonder.
-Elle ronronna :
« On va se faire une soirée de la mort »
- ...Porter eut l'impression d'être un figurant d'Urgences...
- Segotia?
C'est un mot irlandais qui signifie pote ou idiot.
- Elle était confrontée au mal qui, d'après les psychologues, n'existait pas.
Éditions : Série Noire. Gallimard.
Titre original : Vixen. (2003)
28 juin 2009
FRENCH Tana/ Comme deux gouttes d'eau.

Comme deux gouttes d'eaux.
Tana FRENCH.
Note : 3,5 / 5.
Comme un Eire de ressemblance!
Encore un roman policier se passant en Irlande, en République d'Irlande cette fois. C'est dommage que j'ai commencé ce livre ne sachant pas que ce n'était pas le premier de la série, ce que je regrette, car l'auteur revient souvent sur le passé de Cassie. Enfin, cela me donne l'occasion de découvrir une nouvelle romancière.
Quand un soir, Cassie Maddox, inspecteur de police, est invitée à se présenter sur les lieux d'un crime, elle ne se doute pas de ce qui l'attend. Elle y découvre en effet le cadavre de son sosie, et chose encore plus étrange les papiers de cette femme décédée sont au nom d'Alexandra Madison! Cassie avait endossé cette identité il y a quelques années pour infiltrer un réseau de trafiquants de drogue! Opération dont elle n'était pas sortie indemne, ayant ensuite demandé sa mutation dans un autre service!
Mais chasser le naturel, il revient au galop, alors lorsque Franck, son ancien chef, lui propose de se faire passer pour la défunte, après quelques hésitations, elle accepte! Il semble que ce soit la seule solution, car les recherches sur place ne donnent rien! Les étudiants avec qui elle résidait semblent insoupçonnables. Une rencontre fortuite durant sa promenade nocturne et fatale paraît peu probable, elle n'a pas été agressée sexuellement et rien ne lui a été volé!
Et qui est réellement cette femme qui ne laisse rien derrière elle! La police pense à une étrangère, mais sans certitude. Un autre élément trouble la police, la victime était enceinte, donc il y a eu dernièrement un homme dans sa vie !
Alors après avoir étudié tous les documents en possession de la police, Cassie rentre au bercail, cette maison où l'attendent quatre personnes qui connaissent mieux Alexandra qu'elle ne la connaît! Et sûrement que toute erreur sera fatale ou pour le moins extrêmement préjudiciable pour elle.
Cassie Maddox est la narratrice et le personnage central de ce roman. Elle succombe au charme de cette utopie qu'est la vie dans ce manoir entourée d'étudiants brillants, mais aux études pour le moins surprenantes! Pourtant elle est là pour une mission bien précise, découvrir l'identité d'une femme et de la personne qui l'a assassiné!
Frank Mackey, son ancien chef de service, homme brillant, persuasif, pensant à tout, même au pire. Son épouse l'a quitté, car homme de devoir, sa vie de famille était devenue inexistante.
Sam O'Neil est également policier, est aussi petit ami de Cassie. Il voit d'un mauvais oeil l'intrusion de Frank dans leur couple, mais surtout il n'aime pas du tout le rôle d'appât que va jouer Cassie dans cette dangereuse substitution.
Rafe , Justin, Daniel, les trois mousquetaires sont unis comme les doigts de la main et Abby,est la seconde femme du château! Mais était-ce vraiment la vie de château? Sous le vernis, que restait-il de cette vie en communauté? Un idéal de vie, des amitiés sincères ou de la poudre aux yeux? Alexandra l'aurait-elle payé de sa vie, car elle, elle est vraiment morte et cela au moins une personne le sait!
Un roman plutôt classique, plus proche de Gemma O'Connor ou de Bartholomew Gill par exemple que de ses confrères Ken Bruen ou Sam Millar. Une oeuvre à l'ancienne, (sans que cela soit péjoratif), mais intéressante, seconde petite remarque, j'ai trouvé ce roman trop long!
Ce n'était pas non plus forcément pour moi le bon moment de le lire, mais je l'ai malgré tout trouvé intéressant et surtout il m'a semblé bien documenté, en particulier sur ces personnages que sont les infiltrés et la vie de dissimulation perpétuelle qui est la leur! Avec les risques énormes qu'ils prennent dans chaque mission.
Il est à signaler que Tana French, comme beaucoup d'autres auteurs irlandais, n'est guère optimiste sur l'avenir de son pays et des grandes villes de celui-ci.
Extraits :
- En 10 ans, Dublin a changé à une allure vertigineuse.
- Déjà, à la fin de mon séjour à la brigade, j'avais perçu, dans la ville les prémices de la démence. Tôt ou tard, nous nous trouverions confrontés à la boucherie.
- Des crimes aux racines profondes, typiques de la vieille Irlande, peu susceptibles de bouleverser un enquêteur aussi expérimenté que Sam.
- Ce fut la dernière fois que je la vis. Au cours de nos existences, nous ne nous étions trouvés face-à-face que 10 minutes.
- Voici ce qui définit l'infiltration : ni pitié ni ligne rouge. C'est pourquoi, entre autres, j'avais arrêté.
- Même pris à l'improviste, ces quatre-là piquaient la curiosité. Je sentais l'auteur du pain d'épices entre le cuir, j'entendais les cantiques en l'arrière-fond. Une vraie carte de voeux. Ils étaient trop parfaits. Virginaux, irréels.
- À l'inverse de mes compatriotes, dépossédés de leurs terres pendant des siècles, je n'ai pas l'obsession de la propriété.
- Hyland ! Quel nom grotesque ! grogna O'Kelly. C'est un pédé ou un connard d'angliche ?
- Les maisons qui datent de la grande famine parsèment toute la contrée, on ne les remarque même plus.
- Il était fort possible, en effet, que je n'en sorte pas vivante.
- Sam souhaitait tellement que ce fut l'un des quatre...
- Il s'y connaissait autant en médecine qu'un marchand de bonbons.
- Nous vous haïrons toujours, vous savez...
Éditions : Michel Lafon (2009)
Titre original :The Likeness.(2008).
L'avis de Cuné, ici, qui reporte à d'autres opinions.
21 juin 2009
MILLAR Sam / Poussière tu seras.

Poussière tu seras.
Sam MILLAR.
Note : 5 / 5.
Sur le fil du rasoir.
Écrivain irlandais dont c'est le premier roman traduit ; j'espère que le reste de son oeuvre le sera bientôt. Ancien combattant de l'IRA , il a passé 20 ans en prison. Décidément le roman noir irlandais se porte très bien et c'est tant mieux. Celui-ci ne dépareille vraiment pas le genre, surtout en ce moment où, personnellement, je pense que la littérature irlandaise est au creux de la vague.
Adrian, un jour d'école buissonnière dans un bois près de Belfast, découvre un os et un corbeau mort. Il ramène cet os chez lui, ainsi qu'une plume.
Charlie Stanton, clochard fortement alcoolisé, découvre dans les ruines d'un orphelinat désaffecté, un cadavre sans tête ayant subi des violences sexuelles.
Adrian vit avec son père Jack, ancien policier, qui commence une carrière d'artiste peintre. C'est un enfant traumatisé par la mort de sa mère renversée par un chauffard ivre. Ses relations avec son père sont conflictuelles, Jack buvant beaucoup. Il a une relation avec Sarah qui expose et vend les toiles de ce dernier. Un jour Adrian les surprend dans une attitude sans équivoque, provoquant un traumatisme chez l'enfant, qui sera accentué par une révélation pour le moins maladroite du père! Alors Adrian s'enfuit! Jack rongé par la culpabilité, retrouve son esprit d'enquêteur, et découvre dans la chambre de son fils l'os qui s'avère être un reste humain. Une petite fille a disparu dernièrement, est-ce son corps que la police découvre? Qui est responsable de l'assassinat du révérend Richard Toner? Quelqu'un qui le connaissait bien, assez pour lui rappeler un surnom qu'il voudrait bien oublier « Petit Dickey ». Mais comme on n'emmène pas ses souvenirs dans l'au-delà, son sobriquet disparaîtra avec lui. L'enquête sur la découverte du corps de Nancy Mc Tiers amène les policiers à s'intéresser à Joe Harris et Jeremaih Grazier, les coiffeurs et barbiers du quartier. Or, chez Joe qui a disparu, les enquêteurs découvrent des magazines pédophiles qui en font un coupable idéal. Jack recherche désespérément Adrian, un coup de téléphone lui offre une possibilité de revoir son fils, un chantage en forme de test : s'il ne réunit pas les vingt et un points nécessaires, son fils sera tué! Avec son ex-collègue Benson, qui est également le parrain d'Adrian, la course contre la montre peut commencer!
Les personnages, à part Adrian, qui est trop jeune pour être perverti, sont pour la plupart des êtres avec des passés pesant des tonnes. Jack se console dans l'alcool et la peinture, Judith dans la drogue.
Adrian pleure sa mère décédée suite à un accident provoqué par un chauffard ivre, il lui semble que son père le délaisse, la révolte monte en lui, qui éclatera au premier incident provoquant sa fuite.
Jack Calvert, son père, après une mauvaise période, reprend sa vie en main, la disparition de son fils devient une affaire entre lui et la société, en particulier la police. Mais lui aussi a quelques cadavres dans son placard. Sarah qui vend des tableaux, en particulier ceux de Jack, a une liaison avec celui-ci, est-ce pour cette raison qu'elle sera selon le journal agressée un soir?
Jeremiah, un des barbiers et son épouse Judith, forment un couple terrifiant . Lui adepte du rasoir et elle complètement accro aux drogues dures. Leur relation sado-masochiste où Judith domine est particulièrement violente. Judith semble l'incarnation du mal, d'où lui vient cette haine et cette violence? Son enfance fut sordide comme celles de centaines d'orphelins et d'orphelines aux mains de l'église catholique et de notables complaisants. Joe, l'autre barbier, est veuf. D'après Jeremiah, il buvait et jouait beaucoup, et avait des dettes, dont certaines avec des gens peu recommandables, est-ce la raison de sa soudaine disparition?
Un livre éprouvant, très sombre où certaines scènes sont très « fouillées ». Les autorités policières et les notables sont égratignés au passage, à cause de leurs carriérismes et leurs complaisances pour ne pas dire leurs complicités avec un système qui encourageait le vice et la cruauté sur des enfants sans défense.
L'âme humaine est mise à nue ; la violence et la perversité forment la trame de ce roman dans lequel l'auteur va à l'essentiel. Pas d'humour ou de faux fuyant, la race humaine engendre des monstres, ne nous voilons pas la face, les journaux sont remplis de faits-divers atroces. Une oeuvre forte qui va sans doute déranger quelques lecteurs, mais l'intrigue est de grande qualité. La fin est absolument grandiose, le dénouement étant comme un plaidoyer pour tous les enfants victimes innocentes d'un système qui les livrait corps et âmes à des adultes pervers. Le thème de la vengeance étant ici poussé au paroxysme de la violence.
Extraits :
- Les corbeaux sont intelligents, mais l'intelligence ne fait jamais le poids face à la ruse.
- Il avait fait irruption dans la vie en hurlant, quand la sage-femme- à la fois débutante et légèrement alcoolisée- lui avait crevé l'oeil droit avec un forceps.
- Jack se dit que la ville était en train de payer cher son image de capital : à grandes villes, grandes maladies.
- Leurs faiblesses, c'est le système et leur confiance en eux.
- Le doute peut nous détruire. Il est comme l'ennemi qui frappe à la porte. Veux-tu laisser entrer l'ennemi ?
- Il se sentit à nouveau gêné, comme s'il avait fait irruption dans les pensées les plus intimes de son fils.
- Ne laisse jamais l' émotion obscurcir ton raisonnement. Trop dangereux.
- Pour la première fois de la journée, un sourire apparut sur le visage de Judith. Un faible sourire, pas de ceux qui montent jusqu'aux yeux.
- On aurait dit un oiseau affolé dans une cage d'os.
- Les cadavres de sans-abri ne votent pas, tu comprends.
- Tu aurais fait un excellent homme politique, Jack Calvert, en admettant que cela existe.
Éditions : Fayard Noir (2009).
Titre original: The Darkness of the Bones. (2006)
L'avis de JML, « Actu du noir », ici.
Site de l'auteur, là.
02 mars 2009
BEHAN Brendan / Un peuple partisan.
Un peuple partisan.
Brendan BEHAN ( 1923-1964).
Note : 5 / 5.
Ça IRA!
Brendan Behan est avant tout un personnage, plus qu'un écrivain. Au même titre que Neil Young et Gilles Servat pour la musique, que Xavier Grall et Jack Kerouac pour la littérature, Behan a marqué mes débuts dans l'exploration de la littérature irlandaise. Pas des "stars", mais des hommes ayant quelque chose à dire. Mais malheureusement Behan n'a pas parlé, ni écrit bien longtemps! Quand je suis retourné vivre en Bretagne, les écrivains irlandais étant enfin plus accessibles, j'ai repris mes très anciennes lectures. Ce livre a donc un côté émotionnel, même après la X ème lecture.
Cette histoire débute à Liverpool par l'arrestation de Brendan Behan, pendant la dernière guerre mondiale. Brendan s'apprêtait à commettre des attentats dans le chantier naval de cette ville portuaire. Il attend son passage en commission dans une prison de la ville, la Grande-Bretagne ne reconnaissant pas le statut de prisonnier politique. Il est emprisonné avec des « droits communs », mais très souvent, comme lui, mineurs. Commence alors dans la première partie de cet ouvrage, l'attente du verdict. Il nous parle de ses premiers jours de captivité, de ses relations avec les gardiens et les autres détenus et de la nécessité de se faire respecter. Il doit en plus subir le mépris voire un certain racisme anti-Irlandais dans les réflexions de tous les jours, surtout de la part des gardiens catholiques et irlandais qui, à son égard, sont les pires. Il est passé à tabac après une diatribe contre l'église d'Irlande, responsable de l'excommunication des républicains, et proche de la bourgeoisie et du pouvoir en place en Irlande. Suite à cette altercation avec l'aumônier catholique, il n' a plus le droit à la communion. Il vit les drames de tous les jours, son ami Browny qui a les fesses lacérées à coup de rasoir pour avoir volé des mégots! Le jour de son jugement, deux militants de l'IRA sont pendus à Birmingham. Or Behan sait que les vrais coupables sont en Irlande! Du fait de son jeune âge, il n'est condamné qu'à trois ans de maison de redressement au Pays de Galles.
Il décrit la monotonie du temps qui passe ; il commence par travailler aux champs, puis dans le bâtiment. Il s'initie au rugby, avec de fortes réticences, c'est un sport anglais! Avec quelques autres détenus, ils découvrent une plage, il gagne un prix à une fête du camp d'internement, assiste à une vaine tentative d'évasion, les jours défilent....
En plus du récit de ce séjour en prison, l'auteur nous parle de sa famille, beaucoup sont musiciens, lui même n'hésitait pas à pousser la chansonnette (il existe d'ailleurs plusieurs enregistrements de lui). La culture gaélique et la littérature feront également partie de son héritage culturel.
Les grands noms de la résistance irlandaise, Terence Mac Swiney, le maire de Cork, le docteur Thomas Gallagher devenu fou durant ses treize années dans les prisons anglaises, Michael Collins que sa mère connaissait personnellement, sont également évoqués.
Arrive le jour tant attendu, la fin de peine, assujettie d'une mesure d'expulsion.
Le retour en Irlande, avec ces quelques lignes :
- Je lui tendis mon ordre d'expulsion.
- Il le lut, me regarda et me le rendit. Il avait le visage maigre et triste d'un homme cultivé de la campagne ; on aurait dit un instituteur. Il me prit par la main.
-Cead mile failte sa bahaile romhat. (Soyez mille fois le bienvenu au pays. )
- Je lui souris et lui dis :
-Go raibh maith agat. ( Merci)
- Son visage redevient grave et il me demanda affectueusement :
-Caithfidh go bhuil sé hiontach bheith saor. (Ce doit être merveilleux de se sentir libre.)
- Caidhfidh ge bhuil. (Oui, c'est merveilleux.)
Quelques temps plus tard, Brendan sera de nouveau en prison, en Irlande cette fois...
Les autres détenus et le personnel plénipotentiaire sont les autres personnages de ce récit.
Charlie, le marin, le grand copain, ils feront toute leur captivité ensemble, Charlie sera libéré avant Behan, mais il ne profitera guère de cette liberté retrouvée.
Les matons sont comme dans la vie de tous les jours. Certains font leur travail sans zèle, ni cruauté, mais d'autres abusent réellement de leur statut. Pour les autres prisonniers, la règle est la même, James et Dale, les caïds, usant de leurs pouvoirs, Brendan sera obligé de se battre avec James pour avoir la paix. Peu de ses compagnons lui reprocheront son engagement.
L'écriture est parfois un peu exaltée, comme il convient à un jeune homme de seize ans farouche républicain. Il faut dire que Brendan Behan a été éduqué dans une famille très engagée dans la lutte pour l'indépendance de l'Irlande. Membre des jeunes de l'IRA, un père qui était en prison à sa naissance, un de ses oncles, Peadar Kearney, a écrit les paroles de l'hymne irlandais. Et sa mère était la plus « Irlandaise », mais j'en parle ailleurs. L'écriture de ce livre débuta en 1941, mais ne fut publié qu'en 1958.
Behan a écrit une « suite » si l'on peut dire « Confessions d'un rebelle Irlandais », oeuvre posthume.
Pour l'auteur, ce séjour en prison est comme une partie de son initiation à la vie, car dans chaque famille républicaine, il y a un ou plusieurs membres en prison, sorte de passage obligé!
Extraits:
- « Un fameux gars, ce Brendan, et il n'a que 16 ans »
- Tambours assourdis, cornemuse voilée de crêpes, marche funèbre, lent défilé.
- ....et ici, se conduire bien cela voulait dire de ne pas être Républicain.
- Un peu plus tard j'entendis sonner une horloge au clocher d'une église. Maintenant ils commencent à mourir, me dis-je.
- Je ne suis pas payé par les malheureux contribuables de ce pays pour régler la question irlandaise.
- Paddy, il combat pour sa patrie, dit Charlie.
- Non, c'est un vrai irlandais et un type complètement cinglé par-dessus le marché.
- Quant à moi je montais à la bibliothèque.
Il y avait Shaw * et O'Casey*. « L'autre île de John Bull** », « Junon et le paon**» et « la charrue et les étoiles** ». C'était comme recevoir des visites du pays.
- C'est ce qu'on appelle en irlandais Uaigneas gan ciuneas : la solitude sans la paix.
Éditions : Du monde entier/ Gallimard.
Titre original: The Borstal Boy (1958).
PS : Sauf erreur ou omission cette chronique est la 200ème concernant l'Irlande.
Autre chronique de cet auteur :
Encore un verre avant de partir.
Au sujet de la famille Behan :
Mère de tous les Behan.
Kathleen & Brian Behan.
*Dramaturges irlandais.
**Pièces de théâtre.
19 février 2009
HAMILTON Hugo / Triste flic.

Triste flic.
Hugo HAMILTON.
Note : 3, 5 / 5.
L'Eire de l'ère moderne!
Nous retrouvons Pat Coyne, égal à lui-même, pas patibulaire, mais plutôt pathétique. J'aime bien les romans noirs de Hugo Hamilton, j'ai beaucoup apprécié « Déjanté », ce livre en est la suite. Mais disons tout de suite, je n'y ai pas trouvé les mêmes qualités.
Pat ronge son frein au pub, il n'est pas sorti indemne de sa dernière enquête . Il commande du gin-tonic, boisson favorite de son épouse Carmel en espérant que, miracle, celle-ci pousse la porte. Mais le miracle n'arrive pas. Pat et Carmel sont en effet séparés depuis plusieurs mois. En plus celui-ci, qui ne travaille plus, se complaît dans son malheur, malgré une thérapie qui est censée le guérir. En plus de tout cela, son fils Jimmy est accusé de meurtre ! Et il se trouve que l'homme assassiné voulait parler à Pat le soir de sa mort! Cela concernait un bateau le « Lolita ». Sur les quais du port de Dublin, il semble se passer des choses pas très nettes, même noires comme de la Guinness, dont l'auteur parle comme d'un lait noir crémeux. Des pêcheurs qui ne pêchent plus, mais qui sont devenus passeurs d'émigrés clandestins, un homme travaillant au port est retrouvé noyé. Jimmy, digne fils de Pat, ivre mort ce soir là, et qui laisse des traces de son passage. Un gros sac plein de dollars a disparu, et pour les passeurs, pas question de s'en passer de ce fric, alors il cherche. Ajouter, une roumaine prise la main dans le sac, pour le vol de cet objet et de sous vêtements (vert) dans un grand magasin. Bref une belle embrouille, avec au milieu Pat Coyne tentant de renouer avec Carmel!
Une Irlande qui en peu de temps est passée de pays d'immigration à celui de pays d'émigration, de nation pauvre à nation « riche » avec tous les risques que cela comporte.
Pat Coyne, lui, traîne, dans l'ordre ou dans le désordre, sa solitude, sa carcasse, son QI un peu faiblard, sa gueule de bois etc.... Il aimerait lui aussi batifoler, mais le coeur n'y est pas, et il n'est pas dit que Corina, belle roumaine sans papier, soit prête à ce sacrifice. Car dans l'état où est Pat, c'est vraiment un sacerdoce! Alors, il se venge, téléphone en pleine nuit à son directeur de banque, défonce l'entrée de la villa du conseiller municipal! Et en plus, il faut convaincre la police que Jimmy n'est pas un assassin!
Carmel, devenue guérisseuse grâce à des galets, permet à un conseiller municipal de ne plus avoir de douleurs dans le dos! Ce qui lui donne des envies de batifolage, et Carmel s'y prête bien volontiers.
Jimmy, lui, un soir de bringue, se retrouve avec un sac plein de dollars, et quelques personnages louches qui ont des comptes à lui demander, ces comptes de préférence en monnaies sonnantes et trébuchantes (ce qui est difficile pour des billets!)! Comme sa mère, il batifole avec une infirmière, mais Soeur Agnès arrive au moment crucial! Le voilà exclu de l'asile où il avait trouvé refuge. Ce qui d'ailleurs est absolument normal, un asile sert souvent de refuge! Alors il se réfugie chez l'infirmière, c'est normal, il est blessé.
Une famille où les échanges verbaux entre Pat et Carmel ressemblent au « Dialogue des carmélites » revu et censuré par la très catholique église d'Irlande!
On trouve aussi quelques marins pour qui l'argent n'a pas d'odeur, enfin plus celle du poisson, mais celle de l'émigration clandestine. La belle Corina, roumaine, en fait partie, les marins lui feraient bien faire le plus vieux métier du monde pour rentrer dans leurs fonds (marins). Même si au fond de tout cela, il y a beaucoup de vase! Et la seule personne qui peut l'aider est ce bon vieux Pat!
L'auteur, comme certains de ses compatriotes, dresse un portrait très peu flatteur de l'Irlande moderne. Un monde où l'argent est devenu facile, une perte des repères traditionnels, un pays passé trop vite de la misère à la richesse. Mais cette époque n'est-elle pas finie?
Les romans d'Hugo Hamilton possèdent une bonne dose d' humour noir et décapant. Un héros (ou antihéros) attachant, style Pierrot lunaire, se croyant chargé d'une mission divine, nettoyer Dublin de tous ses mauvais garçons. Un peu comme certains livres de Ken Bruen, l'intrigue est assez mince, car par le truchement de son personnage principal, Hamilton nous parle de cette Irlande moderne dans laquelle il ne se reconnaît plus. Quelques pages sont « succulentes », par exemple celles où tous les protagonistes du livre déjeunent en même temps, seuls ou accompagnés, dans des lieux différents, et évidement chacun selon ses moyens!
Hugo Hamilton, souvenirs de jeunesse oblige, emploie souvent le gaélique!
Extraits :
- C'était maintenant une créature solitaire. Un dissident du bloc des heureux.
- On était nulle part. Une arrière-cour de la ville, nue et désaffectée.
- Tout changement dans son pays, tout menu signe de progrès constituait une agression à son égard.
- Une lamentation dont Coyne avait hérité. L'écho solitaire du gaélique balayant les côtes du Connemara.
- Jamais on ne reverra nos semblables*.
- Ces gens-là ne connaissaient pas la différence entre les danses irlandaises et le haka des Maoris.
- L'amour, c'était facile. Parler, plus difficile.
- Coyne était un paradoxe ambulant.
- Go dtachtfaidh sé thú! Étouffe-toi avec !
- On se serait cru dans l'Irlande de jadis, quand un visiteur changeait tout**.
- L'ennui, c'est que Carmel n'avait plus envie qu'on vienne la sauver. Elle avait été séduit par la nouvelle Irlande.
- Le pays entier passe tellement de temps à s'encenser qu'il finira par étouffer.
Éditions : Phébus (2008)
Titre original: Sad Bastard.
*Référence à Flann O'Brien qui dans « Le pleure misère » emploie souvent l'expression « jamais on ne reverra nos pareils ».
**Référence à John M. Synge. Dans « Le baladin du monde occidental » ou l'arrivée d'un beau parleur va changer la vie dans le village.
Autres chroniques de cet auteur :
Déjanté
Le marin de Dublin
06 février 2009
TREVOR William / Mauvaises nouvelles

Mauvaises nouvelles.
William TREVOR.
Note : 4/5.
Dancing & Bingo!
Un des nombreux recueils de nouvelles de William Trevor. Il comporte neuf récits et a été édité en France en l'an 2000.
Le titre est d'une contre-publicité, qui démontre un certain sens de l'humour chez l'auteur. Un autre de ses recueils porte d'ailleurs le titre de « Très mauvaises nouvelles ». William Trevor est avec John McGahern certainement le meilleur écrivain irlandais de nouvelles.
« Mrs Silly », comme son nom l'indique, manque un peu d'intelligence. Son mari l'a quitté, elle a un petit travail de comptabilité, et élève son fils de huit ans, Michael. Celui-ci part dans une école de haut standing payé par son père. Pour Mrs Silly, c'est un bouleversement. Mais pour Michael, ce sera la découverte de la honte et de la gêne causée par sa mère vis à vis de ses amis .
« Les vierges », Laure et Margaretta, se rencontrent par le plus grand des hasards à Sienne en Italie. Elles furent pendant quelques années très très amies, quelque part en Irlande, pendant la guerre. Un de leurs voisins, Ralph, jeune homme pâle et malade, semble avoir été une source de conflit entre elles. Pourtant il est mort maintenant.....
« Miss Smith »a tout pour être heureuse. Elle est institutrice, s'entend très bien avec tous ses élèves, sauf avec James. Celui-ci serait plutôt du genre cancre, et un peu bizarre de comportement. Maintenant mariée et mère de famille, elle n'exerce plus.Mais des choses bizarres se passent autour d'elle, a-t-elle perdu la tête à ce point-là ? Comment peut-on par exemple oublier d'arrêter le gaz au risque d'asphyxier son bébé ? Est-elle devenue folle ? Une nouvelle terrifiante.
« Ispahan »est une belle ville pour une rencontre de vacances. Entre un homme et une femme voyageant seuls, lui vivant en Angleterre, elle en Inde avec un mari de 22 ans plus âgé qu'elle. De visites touristiques, en promenades plus intimes, l'amour sera-t-il au rendez-vous ? Pourtant l'homme ne paraît pas réellement sous le charme.......Une histoire très touchante, pleine de non-dits, de demi- mensonges, et qui laisse bien des regrets!
« Le Dancing des Idylles » est la nouvelle la plus « irlandaise » du livre. Bridie, toujours restée la petite malgré ses 37 ans, vit avec son père unijambiste, dans une ferme perdue dans les collines. Sa vie se résume en travaux des champs, de couture, la solitude et la monotonie. Mais le samedi soir, tout change, direction « Le Dancing ». Tous les jeunes qui ont eu le courage sont partis en Angleterre ; là se retrouvent les laissés-pour-compte de la vie. Vieux célibataires que l'auteur résume ainsi « ils sentaient la bière brune, la sueur et le whiskey ». On s'amuse ou plutôt on fait semblant, pour cacher la misère profonde matérielle et intellectuelle de l'Irlande des années 1950/1960. « Idylle es-tu-là? »Un très beau texte qui par petites touches nous fait découvrir la vie dans les campagnes irlandaises encore dominées par la religion. Un texte qui me fait penser à la poésie de Patrick Kavanagh « La grande famine».
"L'Angleterre de Matilda ", c'est celle d'une bourgeoisie un peu désuette et décrépie. Celle de la campagne, dans des propriétés d'une autre époque, avant qu'un des hommes de la famille ait bu jusqu'à la ruine. Alors on fait semblant, pour jouer au tennis, il faut tondre la pelouse. On s'invite, les femmes papotent en buvant du thé et en mangeant des gâteaux. Les jeunes s'émancipent, commencent à fumer. Cette nouvelle qui clôt ce recueil se divise en trois parties :– le court de tennis, – Le pavillon d'été et - le salon. Mais la guerre va venir bouleverser cette vie paisible et vide. Et Matilda va se rendre compte que le monde des adultes est impitoyable. Et pourtant elle, comme les autres, vivra, souffrira et vieillira dans ce milieu .
Plusieurs personnages sont des enfants, Michael, huit ans, quitte sa vie d'enfant de divorcés pour rentrer dans une école huppée. Les visites de sa mère, plutôt désargentée, ne sont pas réellement désirées. Surtout que son bavardage incessant et inutile, prête à sourire, puis à rire. James aussi pourrait prêter à sourire, mais il semble qu'il ait appris que la ruse vaut mieux que la force!
Un chagrin d'amour de jeunesse, vaut-il une haine de toute la vie ? C'est peut-être la question que devrait se poser Laure et Margaretta?
Deux amies de longue date, Poppy et Alice, vont à l'insu de leurs maris au « Thé dansant ». Poppy, il y a longtemps, a eu une aventure, Alice est plus ordinaire, un physique qui ne plaît pas beaucoup, et elle ne cherche pas du tout ce genre de situation. Pourtant un jour elle retourne seule au dancing.......
Les habitants de la campagne irlandaise, êtres semblant venir d'un autre temps, traînant leur misère sans grand espoir. C'était cela ou l'exil!
Dans le monde de Matilda, cette Angleterre feutrée et hypocrite, le monde est beaucoup plus futile. Mais la cruauté est bien vivante et la mesquinerie aussi.
Je ne reparlerai pas de l'écriture de William Trevor, je l'ai fait déjà à plusieurs reprises. C'est précis, ciselé et sans fioritures. Le monde est cruel, parfois les enfants le sont aussi, et Trevor le sait bien. Ces nouvelles ne sont pas toujours à l'eau de rose, souvent certaines personnes sont presque ridiculisées ou humiliées. Mais toujours avec une espèce de pudeur, d'hypocrisie, ou alors sans avoir l'air d'y toucher.
Extraits :
- Elle avait toujours les mains chaudes, comme si ces dernières exprimaient la chaleur de sa nature.
- Elle lui sourit de nouveau et il eut une pensée qui ne lui avait encore jamais traversé l'esprit : les vêtements de sa mère faisaient bon marché.
- Tout est si austère. Affreusement austère, comme tu dirais. Au début, tout le monde disait que la guerre serait finie à Noël, tu sais.
- Elle eut un frisson de chaleur – dans la tête dans le corps, elle n'était pas sûre.
- À quoi ressemble-t-il ?
Petit, mon chou, on dirait une fouine à lunettes. Il me donne la chair de poule.
- Pour cela il faut être rusé. Il faut trouver le défaut de la cuirasse. Tout le monde en a un.
- Elle portait une robe rose et des sandales blanches à hauts talons. Rien chez elle n'était élégant.
- L'accent nasal et qu'elle avait en parlant incommodait toujours, mais son regard était encore plus somptueux qu'à la ville lumière du jour.
- Elle épouserait Bowser Egan, parce qu'elle se sentirait bien seule sans personne à la ferme.
- J'allais être jolie, disait-on, même si je ne pouvais m'en rendre compte.
Éditions : Phébus. ( 2000)
Titre original : Collection of short stories.
14 janvier 2009
O'FARRELL Maggie/ L'étrange disparition d'Esme Lennox

L'étrange disparition d'Esme Lennox.
Maggie O'FARRELL.
Note : 3,5 / 5
Une vie escamotée!
Quatrième roman de cet auteur Nord-irlandaise née à Belfast. J'ai toujours un avis mitigé sur ses romans, et je n'ai pas pu finir « La maîtresse de mon amant ». Mais j'avais bien aimé « La distance entre nous ».
Entre l'Inde et l'Ecosse la non vie d'une femme enfermée pendant soixante ans dans un asile.
Iris a ses habitudes, un petit magasin qui la fait vivre, un chien qu'elle aime et un amant marié, bref une vie tranquille. Des lettres et des appels téléphoniques lui signalent que l'asile Caulstone va fermer ses portes et qu'il faudrait prendre une décision pour une dénommée Esme Lennox, soeur de sa grand-mère! Elle n'avait jamais entendu parler de cette parente, et tombe des nues.
Suite à différentes complications, elle doit héberger cette femme pour le week-end malgré la désapprobation de l'ensemble de la famille et de ses amis. Petit à petit, les deux femmes apprennent à se connaître, mais Iris se pose malgré tout beaucoup de questions. Pourquoi Esme, qui est sa grand-tante, a t-elle été enfermée et quasiment rayée de la mémoire collective de la famille ?Une enfance aux Indes, un retour en Écosse dans le monde austère de la bourgeoisie et pas très bien vécu, surtout par Esme. Une adolescence et une éducation dont le seul but est de trouver un mari. Un avenir étroit et une vie terne semblent les seules perceptives des deux filles Lennox, mais si Kitty trouve cette situation normale, ce n'est pas l'avis d'Esme. Mais la vie peut être cruelle pour une jeune fille de seize ans dans un monde où les conventions servent de mode de pensées.
Soixante ans plus tard, elle retrouve la maison de son séjour écossais et tous ses souvenirs, et revient sur son admission dans cet asile.
Une multitude de personnages qui sont dus à un changement d'époque et un imbroglio familial!Esme dont l'existence était un secret enfoui dans l'histoire de la famille. Indépendante et volontiers rebelle, elle était en avance sur l'époque. Elle le paiera au prix fort et deviendra une paria pour son entourage.
Kitty, sa soeur se mariera, elle aura un fils, père d'Iris. Iris Lockhart, petite-fille de Kitty, se trouvera un peu contrainte et forcée de recueillir Esme. Mais une complicité réelle naîtra entre ces deux femmes.
Alex, frère de Kitty par alliance, mais pas par le sang, désapprouve sa sœur. Luke, amant de Iris, avocat et homme marié, n'approuve pas non plus le dévouement de celle-ci.
Les personnages du passé, Hugo, le frère d'Esme et de Kitty, décédé en Inde, James, un voisin des années écossaises, Duncan, le mari fantôme de Kitty, passent aussi dans ce livre. Entre le début de l'histoire,et maintenant, plus de soixante ans se sont passés, la vie d'une famille en Inde n'est pas la même que dans l’Écosse contemporaine. Les mœurs ont heureusement évoluées.
Différentes narratrices et de nombreux retours en arrière ne rendent pas cette lecture aisée, et l'histoire en elle même est à mon goût trop compliquée. Pas le meilleur roman de cet auteur, qui me laisse l'impression que ce genre d'ouvrage n'est pas ma tasse de thé, car j'ai vu de très bonnes chroniques pour ce roman. Pour Maggie O'Farrell, j'ai l'impression d'aimer un livre sur deux, alors vivement le prochain !
Extraits :
- Vous êtes la parente à contacter, affirme tranquillement l'homme.
- « Ça fait soixante ans qu'elle est enfermée? hurle presque Iris. Qu'est-ce qui cloche chez elle? »
- Elle a peine à y croire. L'espace d'un instant, elle a reconnu les traits de son père dans ceux d'Esme.
- Ses doigts crispés referment les bords de son manteau. « C'est pareil, et pas pareil. »
- « État maniaco-dépressif. Réagit aux électrochocs par des convulsions »
- « La mer dit Esme en posant le couteau. J'aimerais que vous m'emmeniez au bord de la mer .»
- Toute sa famille -elle même, Kitty, Hugo, tous les autres bébés et ses parents- se résume à présent à cette fille, la seule qui reste.
- Nous venons au monde en tant qu'anagrammes de nos ancêtres.
- Ils avaient dû se marier en Inde, bien sûr, maman était une jeune fille des colonies, et papa venait de débarquer de la mère patrie.
- Les sorcières étaient étranglées dans certaines régions écossaises, n'est-ce pas? Ou enterrées vivantes.
- Il n'est pas un vrai frère non plus, pas un frère de sang. Une sorte de pièce rapportée.
Éditions : Belfond
Titre original : The Vanishing Act of Esme Lennox.
Voir la chronique de Florinette.






