Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

19 juillet 2008

McKINTY Adrian / Le Fils de la Mort.

Le Fils de la mort.
Adrian McKINTY.
Magouilles & Manipulations.
Note : 4, 5 / 5.
Troisième roman de cet auteur natif d'Irlande du Nord, ce livre est la suite de « A l'automne je serai peut-être mort » que j'ai lu il y a quelques années.
Michael Forsyth est depuis cinq ans assigné à résidence et gardé par la police. Pour se changer les idées, il décide de partir à Ténériff. Ses plages, son soleil le paradis sur terre. Sauf qu'un match amical de football est programmé d'un côté, un club anglais de l'autre, un club irlandais ; l'amitié séculaire qui lie les deux pays aurait dû inciter les organisateurs à la prudence! Suite à des heurts la police intervient, et Michael se retrouve en prison!
Et là son cas s'aggrave à la vitesse grand V, car le chef de la maffia irlandaise de New-York aimerait bien avoir une petite conversation avec lui, pour lui rappeler qu'il a tué son lieutenant et témoigné contre certains membres de son gang. L'Espagne ne lui en veut pas trop, quelques années de prison pour hooliganisme. Mais les espagnols pourraient signaler à leurs homologues mexicains qu'il est en prison chez eux et l'extrader sans problème. Et là la vie risque d'être plus que difficile pour un « Gringo » comme lui! Les services secrets britanniques lui offrent une porte de sortie, mais pas forcément une situation de tout repos!
L'IRA est sur le point de signer un cessez le feu, en Irlande cette décision est en règle générale bien acceptée, il semblerait que quelques cellules dormantes aux États-Unis pensent l'inverse et s'apprêteraient à commencer une vague d'attentats sur le sol américain.
Alors notre héros, avec l'aide du FBI et des services secrets britanniques, doit infiltrer une des plus puissantes organisations irlandaises « Les Fils de Cuchulainn ». Les membres de cette cellule sont d'ex-partisans de l'I.R.A. qui furent chassés de celle-ci et d'Irlande.
Commence alors pour Michael une aventure pour le moins mouvementée, mais passionnante pour le lecteur. Un bon roman bien noir, du sang, des larmes et des personnages convaincants, Michael Forsyth est un héros plutôt sympathique, enfin dans ce livre-ci, ce qui n'étais pas le cas dans le premier.
Samantha représente les services secrets britanniques, toujours aussi retors pour tout ce qui concerne L'Irlande. Elle est prête à tous les sacrifices, celui de son corps en particulier( qu'elle a fort beau d'après l'auteur).
Kit, dont il sauve la vie dans une mise en scène digne d'un mauvais scénario d'Hollywood, est la fille du leader des « Fils de Cuchulainn » ; elle est son passeport et sa carte d'entrée dans ce groupe.
On se demande d'ailleurs ce qui motive l'intérêt de tout ce beau monde pour ce groupuscule, qui semble à première vue composé de personnages vieillissants. Touched est un tueur sadique. Avec son chef Gerry, ils rêvent de représenter encore quelque chose et de pouvoir peser sur le processus de paix, mais leur époque est révolue, le pragmatisme est à l'ordre du jour.
Le schéma classique des ouvrages de cet auteur, L'Irlande où il est né, L'Amérique où il réside, avec la vie de la pègre irlandaise aux Etats-Unis. Ou comme dans cet ouvrage l'histoire d'une cellule républicaine sur le sol américain. Encore un savant mélange des deux, avec une plongée au coeur de la maffia irlandaise et au sein des organisations irlandaises qui servaient de soutiens logistiques et financiers à l'IRA.
A noter que l'auteur encore un fois fait un clin d'oeil à la littérature irlandaise en donnant comme fausse identité à son héros Brian O'Nolan qui est le vrai nom de Flann O'Brien. Les services secrets le rebaptisent Sean McKenna, ce qui fait effectivement plus sérieux. Autre hommage à la littérature W.B.Yeats et H.D.Thoreau, qui n'avait pas une haute opinion de la côte de la Nouvelle-Angleterre où l'auteur situe son roman.
Extraits :
- Ils ont évité le chaos et le chaos les a évités.
Peut-être la plupart des hommes sont-ils ainsi faits.
Pas moi.
- New-York. Une ville déjà tellement décrite qu'on sait à quoi elle ressemble sans y avoir jamais mis les pieds.
- Les yeux de Samantha étincelaient impérieusement, sa voix était celle de Thatcher juste avant de lancer l'invasion des Malouines.
- .... et les rumeurs sur ses activités sexuelles, l'Irlande du Nord est la seule carte avec l'économie que le président Clinton puisse jouer pour entrer dans l'histoire.
- Les British ont peut-être conquis l'Inde et remporté deux conflits planétaires, mais leur suffisance et leur incompétence ont causé beaucoup de morts.
- ...encore plus imprévisible que Gerry-d'où son surnom de « Touched », c'est-à-dire « cinglé »-....
- Alors vous avez catalogué Gerry comme un vieux Provo que l'IRA veut, soit éliminer, soit forcer à rentrer dans le rang. C'est ça?
- On devinait qu'elle était anglaise ; la dernière créature aussi grande et aussi blanche aperçue dans le Massachusetts, c'était Moby Dick.
- Il y a deux villes voisines dans le New Hampshire, l'une nommée Derry et l'autre Londonderry.
- On ira dans le sens de l'histoire et du fric, de l'influence, du pouvoir, Sean!
- Pourrait-elle me tuer?
Pourrais-je la tuer?
Éditions :Série Noire / Gallimard
Titre original: The dead yard (2006)
L'avis de JML.ici

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08 juillet 2008

McKINTY Adrian / Le fleuve caché.

 

Le fleuve caché.
Adrian McKINTY.
Note : 4 /5.
Denver et contre tous.
J'avais lu, il y a quelques années « A l'automne je serai peut-être mort » de cet auteur irlandais vivant aux États-Unis. J'avais bien aimé, mais je n'avais pas été tenté de lire autre chose. Quelques ouvrages récemment sortis ont rappelé cet auteur à mon bon souvenir.
Pourquoi Victoria Patawasti, Irlandaise d'origine indienne est-elle morte assassinée dans le Colorado ? Évidemment un homme a été arrêté, travailleur mexicain, il est le coupable idéal.
Un lettre anonyme convainc le père de la jeune fille, que l'affaire n'est pas si simple que cela. Il se souvient d'Alex Lawson, un policier irlandais qui a été amoureux de Victoria. Alex, ex-inspecteur de la R.U.C*qui est dans une très mauvaise situation en Irlande, accepte d'aller aux Etats-Unis.Malgré des débuts et une promotion fulgurante, il a quitté ses fonctions. Depuis il se drogue à l'héroïne, mais certains de ses collègues se sont suicidés ! Car en plus du crime ordinaire ces policiers doivent composer avec la méfiance de la communauté catholique, car ils représentent le pouvoir britannique.Il leur faut aussi composer avec les paramilitaires des deux bords qui oublient leurs grands principes pour s'enrichir. La mort de Victoria lui donne l'occasion rêvée de quitter l'enfer qu'est sa vie. Il part avec John, son meilleur ami, policier lui aussi, mais le rêve américain n'est-il pas une utopie?
Alex et John trouvent un premier témoin, le supérieur hiérarchique de Victoria, qui leur parle de détournements de fonds que Victoria aurait découverts dans l'organisation écologique pour laquelle ils travaillent. Il parle également d'autres morts dûs à cette affaire mais il se tue accidentellement. Alex et John qui étaient sur les lieux doivent fuir la police. Puis un coup de téléphone apprend à Alex que son retour en Irlande pourrait être plus que nuisible pour sa santé. Il ne lui reste plus qu'à devenir clandestin aux U.S.A. . Par amitié John reste avec lui. Il faut aussi trouver du travail. Alex est embauché où travaillait Victoria.....Il découvre peu à peu la vérité.
Alex Lawson est un personnage à la dérive mais il pense qu'il gère sa dépendance. Devant témoigner contre certains de ses ex-collègues dans un procès pour corruption, il est l'objet de menaces. La fuite dans l'héroïne puis vers l'Amérique sera-t-elle sa planche de salut ? Un personnage attachant, fragile, mais on sent le lien très fort qui l'unissait à Victoria, son premier amour.Son copain John est un aimable faire-valoir. Ami d'enfance un peu naïf et pas très finaud, il est le compagnon de galère idéal.
Les frères Mulholland, présidents et fondateurs de l'organisation écologiste ressemblent à des gravures de mode de parfait arrivistes. Paraissant désintéressés dans leurs pensées, ils sont en réalité très intéressés par l'argent et le pouvoir.Ambre est l'épouse de Charles Mulholland, beauté fatale, quintessence de la femme, les têtes masculines tournent, et tombent sur son passage. L'auteur n'y va pas de main morte dans les superlatifs :
-Les yeux d'Elizabeth Taylor, le cou d'Audrey Hepburn.
Alex et John habitent chez Pat, victime du SIDA, il n'est pas regardant sur ces locataires qui lui tiennent souvent compagnie. Plein de personnages un peu secondaires peuplent ce livre sur l'envers du décor américain, des arrivistes politiques aux écologistes sincères bernés par plus malins et plus puissants qu'eux.
Un roman agréable à lire, bien écrit, très classique dans la forme. Une intrigue qui tient la route. Un soupçon de magouille électorale, un zeste d'érotisme, un ancien crime qui refait surface, un maître chanteur, une femme fatale en mante religieuse.
Dommage à mon goût; il manque une petite touche de folie ou de lyrisme pour faire un très grand roman. Mais ce n'est pas une raison pour bouder ce livre bien au contraire!
A l'instar de Ken Bruen par exemple, McKinty parle beaucoup de littérature, mais plus spécifiquement irlandaise. Il cite Brian Friel et sa pièce « Danser à Lughnasa », William Yeats et Seamus Heaney.
Extraits:
- J'avais été le superflic de la bande, une grosse légume de la RUC. Un inspecteur.
- Le choix était simple : dealer avec les paramilitaires ou ne pas dealer.
- La violence n'est jamais très loin de la surface dans ces banlieues nord de Belfast.
- Huit cents ans que l'Angleterre était empêtrée dans ce coin abominable. Huit cents putain d'années.
- Contrairement à beaucoup d'autres agents de la RUC, je ne m'étais pas logé une balle dans la cervelle.
- Ils ne connaissent pas le Denver de Kerouac et de Cassidy, des vagabonds qui sautent des trains de marchandises dans la plus grande gare de triage de tout l'Ouest.
- « L'ouest de Belfast par un mauvais jour! Putain, c'est vraiment pas comme cela que j'imaginais l'Amérique ».
- Pourtant je savais qu'il était trop tard. J'avais mordu à l'hameçon.
- Dans les lycées catholiques ont apprend le gaélique; dans les lycées protestants le latin.
- Et passer le reste de ma vie à attendre que l'on me retrouve- ils y parviennent toujours.
- Par une belle matinée ensoleillée, je sors acheter mon journal à Perth, en Australie et un type à l'accent irlandais me dit salut, Alexandre et me loge une balle dans la tête.
Éditions : Série noire / Gallimard.
Titre original: Hidden river (2005)
*Royal Ulster Constabulary, police nord-irlandaise qui était composée et qui l'est peut-être encore de 95% de protestants.

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21 juin 2008

COLLECTIF/ Trésor de la nouvelle irlandaise, volume1.

Tresor_2

Trésor de la nouvelle de la littérature irlandaise.
COLLECTIF.
Volume 1.
Note : 3,5 / 5.
Anciennes nouvelles.
Panorama très complet en deux tomes de la nouvelle dans la littérature irlandaise.
Neuf auteurs, Jonathan Swift, Maria Edgeworth, Charles Robert Maturin, William Carleton, Joseph Sheridan Le Fanu, Bram Stocker, Oscar Wilde, John Millington Synge et James Joyce, pour douze nouvelles. Une préface donne quelques clés pour comprendre l'importance de ce genre dans la littérature irlandaise. En fin de chaque volume, il y a une notice très complète pour chaque écrivain.
« La bataille des livres » de Jonathan Swift, est difficile à lire car de nombreuses notes expliquent le texte mêlant littérature et politique. Beaucoup de noms de personnages oubliés depuis, mais il semble obligatoire qu'il y ait au moins un texte de Swift dans cette anthologie.
Maria Edgeworth est présente avec deux titres dont « Le pigeon blanc », histoire certes attendrissante d'un jeune garçon d'une honnêteté rare mais qui sera récompensé à la fin, pour une fois.
Une vieille fille écrit à sa nièce pour la mettre en garde contre les tentations de la vie moderne, aux environs des années 1800! Rien de neuf sous le soleil ! Il s'ensuit une correspondance entre trois femmes pour une histoire complexe.
« Wildgoose Lodge » est un très beau texte mais très dur. Nous sommes dans les années 1830/1850; dans les campagnes irlandaises sévissent (le mot n'est malheureusement pas trop fort) quelques sociétés secrètes protestantes et catholiques. Ici, sous un vague prétexte de dénonciation, une ferme est brûlée.
John M.Synge est cité deux fois. La première pour « Le passeur de Dinish Island », la seconde pour « Une nuit d'automne dans les collines ». Ces deux nouvelles sont extraites de « Voyage dans le Wicklow, dans l'Ouest du Kerry et le Connemara » . C'est une plongée dans la campagne irlandaise, ses croyances et la solitude de certains îliens, deux belles histoires de gens simples.
On trouve dans ce recueil tout un tas de personnages de la vie ordinaire mais aussi un fantôme et un rebouteux qui conversent dans la nuit. Dans une petite ville anglaise, un gantier et un tanneur devraient marcher main dans la main! Mais l'un est anglais et l'autre irlandais, alors déjà c'est moins sûr, même à l'époque. Des enfants ou des adolescents qui commencent l'apprentissage de la vie, des hommes perdant tout contrôle d'eux-mêmes,  pillant et tuant.
Oscar Wilde nous parle magnifiquement d'une infante d'Espagne et de son anniversaire. Puis d'un « Enfant-étoile » cruel qui deviendra d'une grande bonté, après avoir traversé biens des épreuves.
De Swift ( 1667/1745) à Joyce (1882/1941) presque deux siècles de littérature irlandaise. Certaines nouvelles ont perdu de leur fraîcheur, et paraissent maintenant dépassées.On constate également la présence de trois auteurs dits « fantastiques », Charles Mathurin, Sheridan le Fanu et Bram Stocker, ce qui prouve la qualité des auteurs irlandais dans ce genre bien spécifique. Une remarque également, pour William Carleton qui fut pourtant un écrivain prolifique. Dans tous les recueils de nouvelles on trouve toujours le même et unique texte « Wilgoose Lodge ».La nouvelle de James Joyce, « La rencontre » clôt ce premier volume. Texte maintenant bien anodin, mais qui valut à son auteur quelques soucis avec les éditeurs !
Un bon livre mais dommage que près de la moitié des titres se trouvent sur d'autres recueils consacré au même sujet.
Extraits:
- La satire est une sorte de miroir où, d'ordinaire, chacun reconnaît le visage de tous hormis le sien...
- Il est irlandais, c'est assez, c'est trop pour moi.
- Mais elle trouva que danser chez quelqu'un est tout autre chose que de donner une caution pour lui.
- Mais de cet âge d'or à l'âge de fer, la transition sera courte et terrible.
- ...et, à force de boissons spiritueuses, ils en étaient venus à braver toute responsabilité dans ce monde ou dans l'autre.
- Meurtriers et victimes, tous les acteurs de cette scène étaient catholiques romains.
- « Tous ceux qui tirent l'épée méritent de périr par l'épée »
- D'habitude on ne l'autorisait qu'à jouer avec les enfants de son rang, de sorte qu'elle devait toujours jouer seule...
- Mes deux frères sont partis en Amérique, dit-il, et il fallait que je revienne parce que j'étais le fils aîné...
- Ce chien a la sagesse d'un enfant, et il savait très bien qu'ils avaient emporté la pelle pour l'enterrer.
- Quel est ce torchon ? dit-il ! « Le chef apache », c'est ce que vous lisez au lieu d'étudier votre histoire romaine!
- Tous les garçons, dit-il, on un petit flirt.
Il me parut d'un bien étrange libéralisme sur ce sujet pour un homme de son âge.
Éditions : Les belles Lettres. (2002)

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08 juin 2008

BRUEN Ken / Hackman Blues

Hackman Blues.
BRUEN Ken.
Note : 4/5.
Avec « En attendant Baudelaire », ce roman n'appartient à aucune des séries, « Jack Taylor » ou « R&B » qui ont fait connaître Ken Bruen.
Brady cherche du travail, enfin de quoi remettre ses finances à flot. Car à son âge, pour avoir du bon temps avec des jeunes gens, il lui faut payer, et ce n'est pas derrière les barreaux que la fortune vient! Quand Jack Dunphy, après une de ses nombreuse sorties de prison, lui offre pas mal d'argent pour retrouver sa fille Rosaleen, il accepte. Mais celle-ci est aux mains d'un caïd noir du quartier jamaïquain de Brixton, Léon. Et ce Léon là, malgré son air insignifiant, ce n'est pas un enfant de choeur!Avec l'aide d'un troisième larron Dany, ils enlèvent en force et sans trop de problème la jeune femme. Détails pour effectuer ce coup de force, loin d'une vulgaire cagoule, les visages étaient dissimulés par des masques, et pas n'importe lesquels! Margaret Thatcher et John Major et toutes ressemblances avec des personnages existants n'est pas fortuite.Le plus dur est fait, pense-t'il, et une idée qui devrait assurer leurs vieux jours prend forme dans leurs pensées non désintéressées. Mais Roz n'a pas spécialement bon caractère (et c'est un euphémisme!). L'idée de retrouver son père, ne la met pas spécialement d'humeur badine. Et en supplément à ce programme déjà copieux, Brady est victime d'un chantage de la part de deux policiers qui ne paraissent pas satisfaits de leur solde!Alors pour nos trois « Pieds Nickelés » à la sauce britannique, le cauchemar commence....Car entre une jeune fille pas farouche et décidée, deux truands aux bras longs et un possible paquet de livres sterling, il faut la jouer tout en intelligence et finesse. La bande des trois ont-ils ces qualités? Et en plus l'amour s'en mêle! En tout cas pas mal de gens y perdront quelque chose, certains de l'argent, d'autres des illusions mais certains la vie!
Tony Brady, comme souvent les personnages de Bruen, est un cas, étant, dans l'ordre et j'en oublie: agressif, alcoolique, asocial, drogué et homosexuel. Pour ne rien omettre filou et retord.Reed, codétenu de Brady : sa couleur de peau l'aidera à pénétrer dans certains bars ou boîtes de nuit de Brixton, l'un des quartiers noirs les plus durs de Londres. Tabassé par des skineheads en prison, Brady l'avait vengé, scellant là une amitié solide. Jack Dunphy est un truand, un irlandais de la troisième génération, devenu plus anglais que les anglais. Sa fortune lui permet d'acheter beaucoup de choses et pas mal de gens également. Détail qui le rend relativement ridicule, il pense ressembler à Gene Hackman qu'il cite sans arrêt!
Des chapitres courts, qui font progresser l'intrigue, car intrigue il y a, une histoire qui se tient et qui ne sert pas uniquement de second plan.Langue moitié jeune et moitié rasta qu'emploie Reed n'étant pas dans mes habitudes littéraires, j'ai été un peu dérouté. Mais l'humour féroce et très noir est toujours présent et j'avoue que j'aime beaucoup, ma phrase favorite :
-Les frères Gallagher* sont sur scène, à fond la caisse, et finalement vous remerciez le ciel de ne plus être jeune...et de devoir faire semblant d'aimer ces cons...Je persiste et signe, mais Ken Bruen n'a pas ce lyrisme et cette implication personnelle qu'il a dans la série des Jack Taylor. Londres n'est pas partie prenante dans ce livre, comme peut l'être Galway, ce sont des murs et des gens qui servent de décor. L'auteur parle plus de musique que de littérature, mais il cite Joyce et Daniel Woodrell et Armistead Maupin.
J'aime bien, mais je suis en manque de quelque chose, un bon livre presque «classique»pour les lecteurs que le style Jack Taylor déroute un peu.
Extraits:
- Un boulot tout simple. Retrouver une fille blanche à Brixton.
- La clientèle était plutôt noire et je paraissais...plutôt blanc.
- On te le présente comme ça et tu t'attends à voir l'homme de pointe de la Grande Faucheuse.
- Elle était la proverbiale C.I.A. (Catholique, Irlandaise, Alcoolique) et fière de l'être.
- « Chroniques de San Francisco » était mon lithium littéraire.
- J'ai dû lui donner encore quelques claques mais à part ça, ce n'étais pas pire que n'importe quel premier rendez-vous.
- Un peu de « Uisce bheata? » (whiskey).
Seigneur, t'es un miracle sur pattes et en plus tu connais le gaélique.
- Aucun homme ne peut être considéré comme un raté s'il a un seul ami.
- Me suis allongé sur la plage, ai écouté Lorena McKennit sur mon baladeur.
Éditions : Fayard Noir.
Titre original : The Hackman Blues.
*Leaders du groupe Oasis, qui ont sévi pendant la première partie d'un concert de Neil Young à Bercy le 24/06/2001.
L'avis de Cathulu, ici

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19 mai 2008

COLLINS Michael / La vie secrète de E.Robert Pendleton

La vie secrète de E. Robert Pendleton.
Michael COLLINS.
Note : 4,5 /5.
Le cri de la mort, le prix du succès!
C
inquième roman de cet auteur irlandais résidant aux Etats-Unis. Cinquième également que je lis.Dommage que certains de ses premiers écrits, en particulier la période où il vivait dans son pays natal ne fassent pas encore l'objet de traductions. Un livre en quatre parties, ou pourquoi pas quatre livres en un seul volume?E. Robert Pendleton, ancien écrivain, et professeur de lettres dans une obscure université américaine s'apprête à recevoir Allen Horowitz avec qui il fut étudiant, mais qui a très bien réussi dans la littérature. Pendleton constate la médiocrité de sa vie, ses aventures sans lendemain, sa carrière d'écrivain qui n'est plus qu'un souvenir, il ne lui reste qu'une solution, le suicide, mais ayant raté sa vie, il rate aussi sa mort.Adi, une de ses étudiantes, lui sauve la vie et s'installe chez lui quand de longs mois après, il sort du coma.Elle découvre un livre inédit de Pendleton, « Le cri », oeuvre ne figurant dans aucun document officiel, dont personne n'avait jamais parlé. Pendleton étant ruiné, avec l'aide d'Horowitz elle fait publier ce live, mais est-ce un roman, car il ressemble étrangement à un fait divers qui avait vu la mort d'une adolescente de treize ans?Un policier enquête, le livre a du succès, un prix littéraire est possible, Adi sombre dans la drogue, Pendleton tente de se suicider(suicide assisté?), son infirmière est tuée? Le meurtre d'Amber déjà revenue de tout, malgré son jeune âge a-t'il précédé le livre ? Une multitude de coupables potentiels pour, soit un meurtre isolé, soit un assassinat parmi une série d'autres?Des personnages profonds, complexes et attachants, ils sont là avec leurs qualités et leurs défauts, leurs bassesses également et aussi leurs médiocrités.E.Robert Pendleton, écrivain malheureux et solitaire, est rongé par la jalousie. Il se sait très fortement menacé de licenciement. Il n'est pas aimé de ses collègues de travail, ni de sa direction. Un court instant Adi lui parle d'un de ses livres, mais elle se désintéresse de lui dès qu'apparaît Horowitz.
Adi Wiltshire, elle, est considérée par les autres universitaires comme une étudiante attardée, sorte de groupie littéraire n'hésitant pas à payer de sa personne pour le bien être de ses écrivains favoris.Fille d'universitaires nomades et bohèmes, elle en est la digne représentante. Préparant une thèse, elle enseigne dans l'université. Elle prend goût à la drogue, et à une certaine notoriété. Tous les deux semblent pris dans une vie ennuyeuse, car ils ne ressemblent en rien à l'Amérique triomphante, lui l'infirme, elle peinant sur un sujet d'étude choisi en désespoir de cause.
Allen Horowitz, lui, est lucide et cynique, il sait que ses livres sont produits et vendus comme des savonnettes ; il reconnaît être saoul et solitaire à neuf heures trente du matin. Une belle couverture et un titre racoleur lui assurent le succès. Mais il aimerait faire paraître « Le cri » sous son nom, voyant prix littéraires et dollars affluer.
Jon Ryder, le policier intègre pris entre son enquête, les lettres anonymes et ses problèmes familiaux, dans ce milieu où tout le monde se connaît, comment trouver le coupable? Mais chez lui aussi on sent un désenchantement devant la mort d'une adolescente déjà détruite moralement et physiquement.
J'ai lu quelque part que ceux qui parlent le mieux des U.S.A. sont ceux qui arrivent et non pas ceux qui y sont nés, je ne sais si cette personne parlait de Michael Collins, mais ce genre de remarque pourrait s'appliquer à cet auteur. Comme dans ses autres romans, il nous dresse l'envers du décor de « l' American Way of Life ».
Ce livre est un foisonnement d'idées et d'histoires qui petit à petit s'imbriquent les unes dans les autres. L'auteur y dénonce le système universitaire américain, le monde de l'édition et ses mystères. Il est très difficile de parler de ce livre sans être sûr d'avoir oublié une partie de l'histoire. Quelques phrases de Nietzsche viennent mettre un peu de culture dans un monde de brutes. Une oeuvre foisonnante par la richesse de son écriture et la qualité de l'intrigue.
Extraits:
- En réalité l'université était le « vénérable berceau de la médiocrité » un amortissement universitaire accrédité, vendu à des prix exorbitants aux rejetons paresseux et peu doués de parents riches et désespérés.
- Être frappé de maladie mentale était la plus haute marque d'approbation de cette prétendue littérature.
- Le problème fondamental avec mon oeuvre c'était qu'elle ne faisait ni rire ni pleurer personne.
- Des gestes de gentillesse et de miséricorde avaient scellé la réputation d'Adi.
- C'est à nouveau sa paranoïa croissante qui créa sa dépendance.
- Telle était l'essence de cette université, de l'enseignement moderne-une marque commerciale et un mode de vie.
- Cela ressemblait à la vie d'autrefois.
- Avec l'inflation des titres, tout étudiant passable obtenait une mention très bien.
- Dès le début, les policiers avaient pris partie contre les victimes.
- « Aidez-moi à mourir ».
- Je crois qu'elle a appris quelque chose. Les femmes ont besoin de souffrir au moins une fois.
- Il n'était pas allé au Vietnam, uniquement parce que l'on n'avait pas tiré son numéro.
- ...mais qui a jamais pensé de manière rationnelle dans une histoire d'amour?
- Toute sa vie il avait lutté pour les perdants.
Éditions : Christian Bourgeois Éditeurs.
Titre original: Death of a Writer.
Autre chronique de l'auteur: ici.

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04 mai 2008

SHERIDAN Peter / La guerre des légumes.

La guerre des légumes
Peter SHERIDAN
Note : 4 /5
Phénoménale Philoména!
Frère du cinéaste Jim, Peter a également écrit « L'enfant de Dublin », ainsi que quelque pièces de théâtre. Il a tourné également dans plusieurs films et a réalisé   « Borstal Boy » tiré de l'ouvrage du même nom de Brendan Behan.
Philo en désespoir de cause sonne un dimanche soir aux portes d'un couvent dublinois pour y demander asile. Par bonté d'âme, mais n'est-ce pas la fonction première de l'église, la soeur principale accepte. Intention louable mais Philo est-elle prête pour cette vie de prière et de méditation. Car comme dit le proverbe      « l'habit ne fait pas le moine », Philo a malgré tout de sérieux handicaps pour se fondre dans la masse. Sa masse, parlons-en, 1 mètre soixante dix pour plus de cent vingt kilos, un appétit en conséquence. Ses tatouages ne sont guère religieux et son langage évoque plus celui d'un charretier que d'une nonne!
Et puis n'a t'elle pas dans la vie civile un mari, alcoolique certes et des enfants, dont un fils délinquant! Elle crée quelques perturbations dans cette communauté bien rangée, réclamant des cigarettes, faisant rompre son voeu de silence (qui commence à vingt heures pour toute la nuit), à Soeur Rosaleen la faisant rire aux éclats en lui parlant de sa « Foufoune ». Mais étant habitué à se débrouiller seule dans son ménage, elle dépanne grâce à son sens pratique. Ce qui ne plaît pas trop à Melle Somers, qui voit en elle une rivale.Mais elle doit aussi s'occuper des pensionnaires, anciens du quartier, qui la connaissent ainsi que sa famille et là tous les coups sont permis, les bassesses et mesquineries sont monnaie courante et Philo et sa mère en ont leur part.Mais Philo a de l'humour et de la répartie. Même si parfois elle choque les religieuses, elle a transformé le couvent en un lieu de convivialité, va t'elle réconcilier Cap et Tina que quarante ans de haine séparent?
Le livre nous raconte l'histoire et les histoires des habitants de North Wall, quartier des docks où l'auteur a passé son enfance. Nous rencontrons une foule de personnages des jeunes et des vieux, des commerçants et des religieuses. L'auteur semble remonter dans ses souvenirs pour nous parler d'un Dublin truculent, celui de Brendan Behan par exemple, reflet d'une certaine misère, mais une ville à l'échelle humaine. Le tout narré dans un ton de tragie-comédie très agréable.
Philo, dont certaines descriptions sont savoureuses, mais pleines de gentillesse ; «  elle a une tête de viking, reliée au corps d'une étrange manière, la soeur s'aperçut qu'elle n'avait pas de cou ». Elle possède le goût de la dérision jusqu'à se moquer d'elle même. Cette dérision cache un complexe vis à vis de son poids et des souvenirs de son enfance. Mais sa vie n'est pas hélas une longue suite de bonheur, mais plutôt une cascade de désillusions avec un mariage raté.Tommo, son mari semblait être l'homme idéal, ce fut vrai un temps mais pas très longtemps. Les enfants et la routine firent le reste, l'alcool aidant.Soeur Rosaleen, venant de la campagne irlandaise, jeune fille aux joues rouges, peu aux faits de la vie, qui pour elle s'est résumée au passage d'une ferme à un couvent.Cap et Tina, tous deux vendent des légumes, mais il y a très longtemps leur amour s'est transformé en guerre, un cessez le feu est-il possible entre eux?
Un livre plein de bonne humeur et d'entrain, mais l'humour cache une certaine tristesse. L'auteur se pose la question, qu'est devenue la capitale irlandaise, celle des docks, celle des « Gens de Dublin », chère à James Joyce, qui furent chassés par les spéculations immobilières. Un constat fait par de nombreux écrivains irlandais, qui s'inquiètent d'un taux de criminalité toujours grandissant.
Extraits:
- La voix râpeuse de Philo était purement dublinoise, purement Molly Malone.
- On avait évacué les locataires des immeubles qui seraient bientôt démolis. Ils offraient un triste spectacle de désolation.
- L'enterrement préféré de Philo, c'était le sien.
- Un mensonge gargantuesque.
- Même à moitié nonne, elle restait cent pour cent Philo.
- La tristesse l'empoigna quand elle réfléchit aux sous-vêtements qui lui convenaient : collants de contention et couches protectrices.
- Un portrait de Brendan Behan accroché au mur le regardait.
- Sa maison était un ring de boxe.
- Les kilos s'accumulèrent jusqu'à lui donner l'aspect d'un château gonflable.
- A l'entrée, on fouillait les mecs pour voir s'ils avaient des armes.. S'ils en avaient pas on leur en fournissait.
- Ils étaient faits l'un pour l'autre, comme un arc et une flèche.
- C'était à cause de son père que Philo haïssait les hommes. Il avait la rigidité d'une camisole de force.
- Les vieux regardaient en silence. Beaucoup se détournèrent et beaucoup partirent, incapables de supporter le spectacle de leur passé réduit en poussière.
Éditions : J.C.Lattès
Titre original : Big Fat Love.
L'avis de Solenn et celui nettement moins enthousiasme de Cathulu.

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26 avril 2008

O'RIORDAN Kate / Le garçon dans la lune

Le garçon dans la lune.
Kate O'RIORDAN
Note : 4
S
ecrets enfouis.
Troisième roman de cette irlandaise vivant à Londres. C'est également le troisième que je lis après « Intimes convictions » que j'avais bien aimé et « Une mystérieuse fiancée » qui lui ne m'a pas réellement marqué!
Sammy, 7 ans, regarde la lune. Il voit à l'intérieur un enfant qui pleure ; sa mère Julia tente de le rassurer. Demain ils quittent l'Angleterre pour l'Irlande voir le père de Brian. C'est Noël. La dernière soirée est le reflet d'une vie de couple qui s'étiole, avec une pitoyable tentative de rapports sexuels qui tourne au fiasco :
- Il se dit : Je pourrais divorcer pour moins que cela.
- Elle pensa : En plus, il faut changer les draps.
Julia regarde derrière elle, ce sont les vacances, la réunion de famille, les soeurs de Brian qui pour la première fois depuis quinze ans reviendront d'Australie. Elle jette un oeil à son mari qui parfois lui donne une impression de décontraction et de vide, comme si par moment il quittait son corps. Elle attribue ce fait à la mort de son frère jumeau ,Noël, tombé d'une falaise. Elle s'interroge sur leur mariage, sur leurs futures vacances.
Dans une station service ils perdent Sam, après des moments de grande panique, il le retrouve sain et sauf, mais pour Julia, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.Mais au cours d'un accident, Sam meurt. Après quelques mois passés chez ses parents, elle décide d'aller en Irlande et s 'intalle chez Jeremiah, son beau-père. Désormais le roman va devenir une sorte de quête de Julia dans l'histoire de sa belle famille, si différente de la sienne. Elle découvre le carnet intime de sa belle mère décédée, puis grâce à une voisine elle en apprend un peu plus, et ce n'est pas toujours très glorieux dans cette région d'Irlande où la possession de terres semble être le seul critère de bonheur et de richesse, avec son cortège de haine et de jalousie.
Beaucoup de retours en arrière dans ce roman, car l'auteur par l'intermédiaire de Brian revient sur sa vie, l'école et son lot de brimades, le monde campagnard qui fut le sien, l'abattage des moutons, ses frères et soeurs, Edward, en particulier qu'il essayait de protéger à l'école. Il se rappelle la mort de sa mère, ce père tyrannique qui cognait volontiers ses enfants. La vie dans une Irlande catholique et étriquée, la messe du dimanche comme seule distraction.
Julia est une petite bourgeoise qui s'interroge sur elle-même et sur son couple, est-elle devenue au fil du temps amoureuse de son mari, malgré tous les défauts qu'elle constate chez lui? Mais ces questions après la mort de Sam n'ont plus cours. Mais que va-t-elle chercher en Irlande chez ce beau-père qu'elle n'apprécie pas et dans un labeur éreintant?
Brian semble être resté un enfant rêveur et immature, il est en grande partie responsable de la mort de son fils. Doit-on chercher dans son enfance, dans les violences subies, dans la mort omniprésente, la raison de ce vide qui semble le caractériser? Est-ce la mort de son frère jumeau, Noël, décédé en tombant d'une falaise?Edward, le frère célibataire atteint d'un léger bégaiement, vient parfois voir Julia à la ferme. Etre faible, il semble malgré tout savoir beaucoup de choses. En particulier sur le jour de la mort de Noël, et ce qui s'est passé tout de suite après, mais tous n'étaient que des enfants.
Le père de Brian, Jeremiah, est l'archétype du père veuf avec de nombreux enfants, que l'on retrouve chez de nombreux auteurs irlandais, John McGahern en particulier . Brutal et dur envers lui-même et les autres. Ses méthodes sont rudes sans pitié, sa rancoeur semble venir de très loin dans son passé, il est presque ruiné et ne possède presque plus de terres. Que s'est-il passé pour lui, il y a longtemps?
Une belle écriture, mais une structure narrative pas des plus simples, quand les vies de Julia en Irlande et de Brian en Angleterre sont racontées de manière simultanée avec une inversion des rôles. Humour un peu cruel, certaines portraits des personnages ne sont pas très avantageux. Par contre la nature est très bien décrite sans peser sur le roman. Les sentiments pourtant confus des personnages principaux sont bien analysés, un bon roman et une histoire de qualité.
Extraits:
- Il lui vient à l'esprit que la caractéristique des Irlandais consistait à mesurer la vie en Noël, Pâques et tranches d'août.
- Les mains baladeuses de la nuit qui n'osaient pas caresser de jour.
- Il se dit : Je me demande pourquoi je ne vais pas baiser un mouton mort à l'abattoir du coin.
- Nous reprendrons le Nord, monsieur.
Encore ! hurla Cotter.
Nous reprendrons le Nord, monsieur.
- Elle cherchait Sam, naturellement, dans les étoiles, le lait, la langue.
- Peut-être qu'il comprenait, à sa manière taciturne.
- Il confirmait la conclusion, la conclusion à laquelle elle était parvenue-elle pouvait rester. Elle avait été mise au travail.
-...il ne savait pas ce qu'avait vu Jeremiah- peut-être assez pour comprendre qu'ils ne jouaient pas au football gaélique.
- Il pensa à Noël et à son vertige.
- Est-ce que tu sais pourquoi Edward a l'air de tellement détester son père?
- Brian lui avait dit un jour que ses parents s'appelaient »monsieur » et « madame ». Quelle froideur!
- Parfois, je me dis qu'il voulait savoir avec certitude lequel était le plus fort-pour savoir qui aurait la terre.
- Car l'amour le plus fou est l'amour d'un enfant pour un parent abusif.
Éditions : Joëlle Losfeld.
Titre original : The Boy in the Moon.
L'avis de Cuné ici et de Goelen.

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07 avril 2008

BRUEN Ken / Le dramaturge.

Le dramaturge.
Ken BRUEN

Saint Jack de Galway!
Note : 5

Un nouvelles aventure de Jack Taylor, dans sa bonne (?) ville de Galway. Il a changé, depuis six mois, il ne boit plus, ne se drogue plus et fume avec parcimonie (cinq cigarettes par jour). Le problème est qu'autour de lui, cela ne change pas, ou plutôt si, mais cela devient pire.
Pour être complètement honnête, ce régime drastique est dû en grande partie à l'arrestation de son pourvoyeur de drogue. Sinon, nous retrouvons le monde de Jack; Jeff, propriétaire de bar et Cathy, sa compagne. Jack est le parrain de leur fille trisomique. Il habite toujours l'hôtel Bailey dont la patronne a quatre vingt ans. Il s'est également presque réconcilié avec sa mère et va à l'église. Un Mathieu Talbot* des temps modernes! Mais en Irlande le calme précède la tempête, Cathy impose à Jack une visite à son dealer Steward à la prison de Mountjoy à Dublin . Après un voyage en train qui ressemble fort à une expédition au Far-West, avec en prime des retrouvailles avec Nic An Iomaire, une représentante de la police irlandaise, lesbienne, Jack a des relations plus ou moins tendues avec elle! A la prison, Steward lui demande d'enquêter sur la mort de sa soeur, retrouvée sans vie en bas d'un escalier avec sous elle un exemplaire du « Baladin du monde occidental » de J.M.Synge! Auteur qu'elle détestait particulièrement! Contre un bon paquet d'espèces, Jack accepte du bout des lèvres, et commence à son retour dans sa ville natale une enquête de pure forme. Mais autour de notre valeureux héros, rien ne reste pur, et sa forme est éphémère. Il retrouve Ann Henderson, dont il fut très amoureux, mais à l'époque il préféra l'alcool. Celle-ci a épousé un policier qui la frappe. Puis sur sa lancée, il règle le profil de Jack en lui cassant le nez et dérègle sa démarche en lui massacrant la jambe. Et comme , obéissant à un veux dicton qui veut qu'un malheur n'arrive jamais seul, une autre jeune fille est découverte morte avec elle aussi un exemplaire d'un ouvrage de Synge sur elle.Avec une inscription en grosses lettres « Le dramaturge ».Un présumé violeur est retrouvé puni par où il aurait pêché, la violence reprend ses droits, une mystérieuse milice tente de rétablir l'ordre. Le mari d'Ann est assassiné. Une lettre annonce à Jack qu'une messe sera donnée à son intention, elle est signée J.M.Synge. Et malgré lui, Jack retrouve l'enfer!
Bruen remet en scène ses personnages anciens, Ann et le tueur de cygne, se remémore ses erreurs passées et leurs tragiques conséquences. Je parlais avec une future lectrice de Bruen de la nécessité de lire son oeuvre (du moins pour la série Jack Taylor) dans l'ordre ; pour ce livre, c'est fortement conseillé, et puis il n'y en a que trois avant!
Je ressens comme un regret chez l'auteur en contemplant sa ville natale, qui semble avoir perdu sa dimension humaine, une ville grandie trop vite, avec sa cohorte de violence urbaine, la drogue devenue omniprésente. Il parle aussi de la langue gaélique de sa beauté, mais hélas de son déclin. Une oeuvre pleine de nostalgie.
Encore une fois, comme antidote à cette folie, Bruen nous parle de ses auteurs favoris, en particulier (clin d'oeil à une amie) Matt Scudder de Lawrence Block. Mais d'autres figurent également au gré des pages, Jean Rhys, Louis McNeice, le poète irlandais, Alice Seboll, James Lee Burke, David Means et aussi le poète gaélique de Galway PadraicO'Conaire. Les mêmes qualités que les autres romans de cette série, écriture rapide, personnages hors normes un Jack Taylor près de la rédemption, mais le sort en a décidé autrement.
Extraits:
- La mortelle trilogie, alcool, coke et nicotine : que d'années j'avais gâchées à cause d'elle.
- Le soulèvement de 1916 représentait à peu près autant, pour eux, que la Fédération des sports gaéliques. Autrement , dit rien.
- Je n'avais pas su détecté la profondeur de son désespoir. Quelques jours plus tard, il avait pris une robuste chaise en bois, une corde et s'était pendu.
- Visible de n'importe quel point de la ville, elle dit tout ce qu'il y a à dire sur le « renouveau urbain ».
- Saint Padre Pio. Il a été canonisé pendant la coupe du monde...le jour où l'Espagne nous a battus aux tirs aux buts.
- La famine constitue la blessure dans laquelle notre psychisme commun a trouvé un moule.
- Ainsi donc Dieu avait bel et bien le sens de l'humour, même s'il était en décalage.
- Que peut-on offrir à une « ban garda**» lesbienne qui vous déteste cordialement?
- Assis près d'une vitre, je tentai de déterminer ce qu'il y avait de différent. La langue. Tout le monde parlait irlandais.
- On peut dire ce que l'on veut des irlandais, mais il ne faut pas le leur dire en face.
- Je pensais à Sinéad O'Connor dénonçant Shane McGowan aux flics.
- A mhic! L'expression irlandaise qui correspond à « fils ». Quand j'étais jeune, on l'entendait partout.
Éditions : Série Noire / Gallimard.
Titre original : The Dramatist.
* Ouvrier né en 1856, alcoolique notoire il fit voeu de tempérance et devint partisan d'un régime de pénitence très sévère. Mort en 1925 un mouvement pour sa canonisation a commencé en Irlande en 1931. Il servit de modèle pour Thomas Kilroy pour sa pièce de théâtre « La vraie vie de Mathieu Talbot ». Traduction de Denis Rigal, aux éditions de la Folle Avoine ».
** Féminin de « garda » policier ; mot à mot femme policier.

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17 mars 2008

MACKEN Walter / Et Dieu fit le dimanche

Lu dans le cadre de la Saint Patrick, également ici et .
Une liste plus complète ici.

Et Dieu fit le dimanche
Walter MACKEN
Note : 5

Le jour du seigneur!
Walter Macken est un auteur relativement peu connu en France et je trouve que c'est dommage.
« Terre de Brumes » édite régulièrement des oeuvres de cet auteur. Il est né à Galway en 1915 et y est mort en 1967. Il fut également acteur à l'Abbey Theatre ,puis directeur du « An Taihbdhearc », théâtre en langue gaélique de Galway. En plus de ces romans, il est également l'auteur de plusieurs pièces de théâtre.
Recueil de treize nouvelles de longueurs différentes, passant de 60 pages à 10 pages. Mais pour la qualité, elle est là !
« Un mot avant de commencer » qui débute ce livre est une très belle histoire, proche d'une certaine réalité, quand des linguistiques encourageaient les habitants des îles à raconter leurs vies, pour que ce monde ancien ne disparaisse pas entièrement.Un écrivain vient régulièrement sur une île (une des îles d'Aran?), il tente d'apprendre le gaélique et demande à Colmain, pêcheur, qui est devenu son ami, d'écrire des histoires pendant l'hiver où les sorties en mer sont rares. Malgré quelques réticences, celui-ci accepte, il raconte sa vie en se servant de chaque jour de la semaine. Il s'ensuit un récit âpre et dur comme les conditions de vie, des îliens de l'époque.
Le lundi, il se remémore la noyade de son père et de ses frères, puis la mort de sa mère trois ans plus tard.
Le mardi lui rappelle les relations entre les hommes et la mer, la peur qui s'est installée, l'exil qui a supplanté la pêche et son amertume devant cet état de fait. Mais à chaque jour suffit sa peine et chapitre après chapitre la semaine s'écoulera et d'enfant Colmain deviendra un homme avec ses moments de joies et de souffrances.
Il semble presque naturel pour tout un village de se moquer de Gubbler (Le raté), ce simple d'esprit et penser que cela lui fait plaisir, un jour quelqu'un de passage le vengera aux dépends de tout le village.
« Le grand poisson » est une très belle histoire. Une journée de pêche qui s'annonce bien, un vieux pêcheur et un enfant, mais les rêves de prises magnifiques ne sont pas les mêmes pour tous les deux!
« Le conjugateur » : cette nouvelle se passe pendant la guerre d'indépendance. Qui est réellement cet homme, magicien ou autre chose?
Un vieux château doit-il empêcher le soi-disant progrès? Le sauvetage d'un agneau nous ramène dans l'Irlande profonde.
Des personnages souvent très attachants, comme Colmain, marin philosophe et écrivain-conteur nous parle de sa vie et de celle de sa communauté, de ses doutes, de l'émigration vers l'Amérique et des rapports d'amour et de haine de l'homme et de la mer. Un représentant de commerce, s'élevant contre le matérialisme qui prend la place de la religion. Une jeune femme se marie, elle a dix neuf ans, son mari quarante-trois, est-ce son rêve?.
Chose assez rare, un personnage récurrent intervient dans plusieurs récits, le père Solo. Celui-ci, ancien footballeur gaélique, est en lutte une fois contre les vieilles croyances païennes dans « Les neufs fers », et également contre tout un village dans « Solo et La pécheresse ».
Des enfants également, un de onze ans qui part de chez lui ; il ne peut admettre que son chien soit abattu pour avoir tué des agneaux, dans une belle histoire « Lumière dans la vallée ». Un autre fait l'école buissonnière, révolté par l'injustice de l'école. Un autre qui dénonce à la police le sort réservé à un vieux lion dans un cirque minable.
Macken ne cherche pas la beauté de l'écriture, bien au contraire, c'est précis et juste, le reste deviendrait de la littérature. Ici, c'est la vie, la mer n'a jamais rendu les hommes bavards, enfin ceux qui en vivent, bien au contraire. Les petites gens ont d'autres préoccupations que le bien parler. Alors l'économie de mots et de sentiments sonnent juste dans la vie très ordinaire de tous ces paysans ou marins. Mais ne pas oublier non plus l'humour de certains vieux dictons: « Que le diable arrose ton pudding »ou « A ventre plein, l'église est loin ».
A noter une excellente présentation de Jean Brihault.
Extraits:
- Je n'avais personne et pas de bateau, et toutes ces choses me sont arrivées un lundi.
- Je ne le méritais pas, mais nous échappâmes à la destruction un mardi.
- ... car je n'étais plus seul, c'est ça que je veux dire, nous nous sommes mariés un mercredi.
- Je n'ai jamais aimé le nom du jeudi. Je ne l'aime toujours pas.
- ..nous avons tous un tonton Patrick en Amérique.
- A quoi cela sert un poisson empaillé? Cela flatte la vanité, et puis c'est tout.
- Le Paradis sur terre, il y a toujours une attrape dedans.
- Les neufs fers c'était du pittoresque, de l'exotisme. Cela ranimait, on ne sait quoi au fond de vous.
- Ils avaient porté l'homme en bière dans la terre jaune. Ils l'enterraient maintenant dans la bière brune.
Éditions : Terre de Brume
Titre original : God Made Sunday.

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05 mars 2008

COLLECTIF / Trois morts salées.

Trois morts salées

Collectif.

Note : 3,5

Tombes vertes.

Trois courtes nouvelles de trois auteurs différents. Liam O'Flaherty,(1896/1984) prolifique écrivain. Beaucoup de ses ouvrages ont été traduits en français. Certains comme "Le mouchard" ont été adaptés au cinéma avec le succès que l'on sait.
Mary Lavin (1912/1996) est une auteure dite réaliste, ce que réfute le traducteur de ce livre ; à mon goût ses écrits ont pris des rides. Mais pour elle comme pour Daniel Corkery (1878/1964), relativement peu de traductions sont disponibles en France.
Ces trois écrivains viennent d'horizons différents : Liam O'Flaherty est né dans les îles d'Aran, sa langue natale est le gaélique.
Mary Lavin est née aux Etats-Unis de parents irlandais, la chose curieuse dans ce recueil, c'est que c'est elle qui situe sa nouvelle dans une île gaélique.
Daniel Corkery lui est natif de Cork, c'est plutôt un citadin et un homme de théâtre. Il est l'un des fondateurs de la Cork Dramatic Society. Il n'a écrit qu'un seul roman.

"La Femme fardée" de Liam O'Flaherty commence ce recueil. Les frères Bruty, Martin et Patrick sont les archétypes des paysans irlandais, célibataires, vivant dans une ferme plutôt délabrée. La maison aurait bien besoin d'une présence féminine ; Patrick annonce à son frère son projet de mariage avec Kate Tully . Celle-ci est revenue d'Amérique avec un enfant et des manières qui ne plaisent guère à Martin. La tension, après le mariage, s'installe entres les membres de la maisonnée. Puis la méfiance se transforme en haine entres les deux frères.

Puis de Mary Lavin suit "Tombe verte, tombe noire". Le dépaysement est total, nous sommes dans une île typiquement gaélique, les hommes sont pêcheurs et les femmes viennent du "continent". Le corps d'un homme est repêché. Les marins dialoguent entre eux, il faut aller prévenir son épouse, nouvellement arrivée dans l'île. Ils partent avec le corps, mais la maison est vide. Où est la femme? Sans conteste, ma nouvelle préférée.

Et pour finir une des rares traductions de Daniel Corkery. "Le retour", c'est celui d'un marin à Cork. La soirée est très arrosée, l'alcool et la jalousie feront que la réunion se terminera en combat entre le marin et un autre homme. Une histoire étrange!

Les personnages sont des êtres frustes, butés comme les frères Bruty. La présence d'une femme et d'un enfant cause la fin de leur confiance mutuelle.Les marins aussi sont des êtres simples encore accrochés aux vieilles croyances païennes, mais la mer, la tombe verte réclame son dû encore et toujours. J'aime leurs noms, Eamon Og Murnan, Sean-bean O'Suillebhean, les qualificatifs Tadg Mor (grand) Tadg Beag (petit), Og (le jeune) etc....

Extraits :
- La maison avait un air lugubre.
- De ma bouche elle savourait son triomphe. Mais la peur se lisait parfois dans son regard.
- Cependant ce fut une fausse paix qui tomba sur la maison.
- C'est une bonne chose qu'il ait pas disparu dans la tombe verte.
- Un homme des îles ne doit pas être à la botte d'une femme des terres silencieuses.
- Et elle : "La mort n'est rien du tout quand les deux sont enterrés dans la même tombe noire".
- Les femmes des îles étaient les filles des veuves des îles.
- La loi était trop complexe et la veuve en situation trop irrégulière pour l'invoquer.
- Chaque trait de son visage, chaque membre de son corps était déformé par les bagarres.
- Son attitude la plus pacifique était une provocation.
Le sang marin pris feu. Chant et danse cessèrent.
- En tout cas, il rejoignit son navire, s'engagea sur la passerelle la tête en l'air et...
qui sait comment la fin arriva.

Éditions : Élisabeth Brunet

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