12 avril 2012

MONFILS Nadine / Les vacances d'un sérial killer.

Les vacances
Les vacances d'un sérial killer.

Nadine MONFILS
Note : 3,5 / 5.
Tout n'est pas rose chez les flamands !
A part une nouvelle dans « Bruxelles, du noir dans la blanche», je n'avais pas encore lu cette auteure que je rencontre parfois à Penmarc'h, pour le salon du Goéland masqué quand elle n'est pas partie manger un kouign amman...
Ce sont les vacances, alors la famille Destropper est sur le pied de guerre, direction la pension les « Mouettes rieuses » à Blankenberge.....le père, la mère le fils, la fille et la grand-mère maternelle....fouette cocher, à nous la mer, les embruns, l'iode, le farniente etc....pour le soleil rien n'est sûr.... les miracles ne sont plus monnaie courante outre-Quiévrain ! Le voyage se passe très mal, bien évidement, Josette (la maman) se fait voler son sac à main, mémé Cornemuse, qui voyage dans sa propre caravane, est perdue en route. Et ce qui semblait être un coin de paradis sur la mer du nord ressemble plus à une cabane désaffectée, reste de la guerre de 14/18, perdue au milieu d’une décharge sauvage bordée de dunes cachant la mer.......
Et rien ne va s'arranger : la famille file un mauvais coton, Fonske ébrèche son contrat de mariage, Josette s'en rend compte, Mémé multiplie les aventures et les enfants font toutes les bêtises possibles et inimaginables et à cet âge-là l'imagination est à son zénith....
Celle de Nadine Monfils également qui s'en donne à cœur joie pour notre grand plaisir....même si le trait est un peu forcé parfois, une lecture très agréable, un bon moment de détente. On passe d'une péripétie à une autre, d'autres trépassent au gré de ces mêmes péripéties... , d’autres tuent le commerce et l’artisanat en faisant des passes à l’œil.... etc.....
Prenez une famille qui mérite haut la main son triple B : Belge, Bruxelloise et beaufs !
Attention c'est du haut de gamme, patronyme « Destrooper », version de Destroye à la Gueuze Lambic , le père Alfonse (Fonske pour les intimes, et on va le devenir intime!) qui gagne (bien une fois) sa vie en fabriquant des boulettes de viande sauce lapin ! Sa passion sa voiture, attention pas n’importe quel tas de ferraille posé sur quatre roues ! Que nenni ! Fonske est un adepte du « Tuning » pratique qui consiste à dépenser une fortune pour rendre sa voiture encore plus laide qu'elle ne l'est! Madame, Josette de son petit nom, voudrait bien avoir l'air, mais n'a pas l'air du tout, elle fait tout pour en avoir l'air sans avoir l'air d'y toucher !Faut vous dire Monsieur que chez ces gens là ! Sa dernière lubie : un chapeau monstrueux qui doit soi-disant faire venir le soleil ! Les enfants (car hélas il y a des enfants.....Steven....et Lourdes, avec un prénom pareil, pas sûr de devenir une sainte nitouche. Signe particulier : ils filment tout ce qui bouge et sont les dignes rejetons de leurs géniteurs ! Madame a encore sa maman dite Mémé Cornemuse qui accompagne le reste du clan en vacances, mais dans sa caravane ! Mémé, elle, mérite son triple B, mais ses catégories, ce sont Baise, Bibine et Bagout......douée la petite dame, dans son sillage les cadavres se ramassent à la pelle.... et les amants dans sa couche.... Biloute, lui, c'est un bon gars...ok, il tue plus souvent qu'à son tour, mais c'est jamais de sa faute et il aime tant rendre service... c'est vrai il a exterminé tous les petits commerçants de son village, mais ils avaient tous manqué de respect à sa tante Mirza.
On va croiser (chassé-croisé, c'est les vacances) un échappé de prison, la grosse Gigi un peu dragueuse, Carmella une prostituée qui travaille gracieusement, le personnel d'un hôtel de haut-vol, bref, les jolies colonies de vacances dans le Plat Pays.
Sérieux s'abstenir, accros du polar classique, relisez Simenon, pour les autres, faites-en comme moi une sorte de récréation littéraire, le livre qui fait sourire et même parfois rire, ce qui par les temps qui courent est malgré tout une grande performance !
Un petit défaut malgré tout...la bande son (la playliste comme on dit maintenant ).....Annie Cordy et Sheila.....pas réellement mes musiques préférées !
Extraits :
- Le père, lui, préfère les chansons à texte de Sheila. Il possède tous ses disques. L'ancienne nénette à couettes et à jupe vichy le fait bander depuis des lustres.
- Ça me fait que j'ai l'impression de partir avec des gogols. Toi avec ton manteau noir sur ta permanente, les deux mouflets avec un casque et des pompons sur les écoutilles ! Sans parler de la vieille dans sa Casbah à roulettes.
- Ils roulent. Le paysage défile. Plat pays, morne plaine. La Flandre est devenue triste avec ses Flamingants qui lui ont écrasé le cœur à coup de bottes de S.S. Ici, tu demandes ton chemin en français, et on ne te répond pas. Tout juste si on ne te fusille pas !
- Hé, t'as vu, Lourdes, on dirait la maison du psychopathe dans Psychose. Ça craint.
- Oh, là-bas ! On dirait un phare breton ! s'écrie-t-elle, toujours à la fenêtre.
À la mer du Nord ça me paraît peu probable.....
- Tu n'as qu'à m'appeler Biloute.
C'est con comme prénom !
Tu préfères Roger ?
- Et tant pis s'il coule. Vaut mieux faire naufrage avec Leonardo que de rester le cul sur le sable avec un péquenot.
- Il y a un Bon Dieu pour les tueurs.....
- Ensuite, le vieux est passé à la casserole. Oh, rien de bien terrible. Pas de quoi faire un péplum. À cet âge on ne redresse plus le mat, on se contente de secouer le drapeau.
- Tu m'étonnes que le pays part en vrille, fait le patron. Déjà que la mer du Nord va être nationalisée. Paraît que le sable sera aux Wallons et la mer aux Flamands.
Éditions : Belfond (2010)

 

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04 avril 2012

GRALL Xavier / La génération du Djebel.

Trilogie : Le silence des appelés ! Livre 3.
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La génération du Djebel.
Xavier GRALL .

Note : 4 / 5.
Le monde du silence …................
Œuvre à part dans la bibliographie de Xavier Grall. Celui-ci est secrétaire de rédaction du journal « La vie catholique » qui lance une grande enquête sur la guerre d'Algérie. Nous somme fin novembre 196o, le journal publie (sans beaucoup de conviction) un questionnaire très étudié sur la question. Pratiquement mille réponses arrivèrent. Le livre décortique et explique les réponses. A signaler que Xavier Grall a « servi » au Maroc et en Algérie et comme beaucoup d'appelés de l'époque, ce qu'il en garde est surtout un sentiment de révolte et de honte. Contre lui-même et surtout contre la France. L'avant-propos et la conclusion sont de la plume de Xavier Grall, le reste recoupe des témoignages spontanés. Une dernière chose, en 1960, quand cette demande a été formulée par le journal, la guerre n'était pas finie ! La note donnée pour ce livre est très aléatoire car ce livre est difficilement classable et n'est pas de la littérature à proprement parler.
D'abord les chiffres, un échantillonnage de 607 réponses, principalement des hommes de troupes 327 ; des sous officiers 201 ; des officiers 71 ; certains (8) ne se prononcent pas ! Pour les professions : petits cadres, agriculteurs et ouvriers forment le gros de la troupe! Les militaires de carrière ne furent que 4 à répondre, mais les ecclésiastiques 29 ! La durée moyenne sous les drapeaux en Algérie en 1960 était il me semble de 18 mois. A noter que 135 hommes étaient fiancés et que 12 ont vu leurs promesses rompues et que 3 ont divorcés ou se sont séparés de leurs épouses.
À la question :
À votre avis, les Européens sont-ils ?
Médiocres 275
Réservent leur jugement 140
Mauvais 118
Bons 48
Ne répondent pas 28.

D'où ce témoignage :
- Beaucoup de petits faits marquent ainsi le militaire et certains jours il taperait bien plus facilement sur le pied-noir que sur l'Arabe.
Dans les courriers une rubrique est particulièrement intéressante, meilleurs et plus mauvais souvenirs, beaucoup avouent avoir plus de mauvais souvenirs que de bons. La mort de soldats du contingent souvent jeunes très souvent citée.
Le racisme est aussi une chose que les conscrits ont remarquée, la torture a choqué beaucoup d’appelés, mais qui renvoie dos à dos les deux camps pour les horreurs perpétrées pendant cette guerre ! Tortures d'un côté et mutilations des cadavres de l'autre !
Il est difficile de se faire une opinion sur l'écriture de ce livre, chacun des participants, auteur de témoignages ou de lettres à sa famille, venant d'un milieu socioculturel et ayant un niveau d'études très différents les uns des autres. Mais tous font preuve d'une grande sincérité, et certains un repentir profond. Mais pour beaucoup d'appelés, un sentiment de temps gâché, d'innocence perdue, de honte et de culpabilité, et cette question : est-ce que cela en valait vraiment la peine ?
Un réquisitoire contre la guerre en générale et aussi celle dite « coloniale » qui est toujours perdue, car un homme humilié n'ayant plus rien à perdre tentera en dernier ressort de retrouver sa propre dignité ! Et celle de son pays !
Ce livre se termine par « Journal d'un Para » d'où j’extrais ces quelques lignes :
-C'est une chose écœurante de voir que des jeunes gens appelés viennent se faire crever la paillasse pour rétablir l'ordre et défendre les intérêts de ces Français et eux se bouffent le nez entre eux. À mon avis, on devrait agir avec eux comme ils le font avec les rebelles.
Extraits :
- Si cet homme n'était pas fellaga, il le sera devenu.
- Mon meilleur souvenir. J'ai parlé de la paix avec un vieux musulman qui avait son petit-fils près de lui et il m'a presque cité mot pour mot, la parole de Péguy : « tout ce qu'on fait, on le fait pour les enfants. »
- Que cette guerre cesse et cesseront ses conséquences : la « gégène», les grenades dans les cafés, les obus de 105 rue d'Isly !
- Je n'exagère pas. Ces cinq mois étaient interminables. Et des jeunes y ont passé vingt-quatre et vingt-sept mois !
- Je citerai ces mots d'un aumônier : « quand on passe huit jours en A.F.N. on écrit un article- deux mois, un livre – quand on a passé plus d'un an, on la ferme. »
- Arrêtons. Ne confondons pas enquêtes anodines et examen de conscience.
- Pour d'autres, le silence vient d'un terrible sentiment de culpabilité sur deux fronts : celui de la guerre et celui de la misère. Lorsqu'on retrouve une vie civile normale on est désorienté.
- Il lui fallut un bout de temps pour « digérer » nos sept mois de bled et nous refaire à la vie du séminaire.
- De tous mes camarades appelés, nous n'étions que deux survivants. J'ai gardé de cette nuit et des traîtres un sentiment d'horreur et de dégoût.
- On s'acharne avec une sorte de plaisir sadique à tirer sur une chose qui bouge. Cette chose est un homme. Je ne me rends pas compte que par mes ordres je suis un semeur de mort.
Éditions : Le Bateau-Livre (1994) réédition de l'édition de 1962.

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21 août 2010

Collectif / Nouvelles belges à l'usage de tous.

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Nouvelles belges à l'usage de tous.
Roger GODENNE*

Note : 4 / 5.
Histoires belges.
A part deux ouvrages de Marie Gevers, mes connaissances en littérature belge sont très limitées. Donc je vais essayer de me soigner, et comme j'aime bien les recueils de nouvelles, pourquoi pas? Certains noms sont très connus, comme par exemple Simenon, Jean Ray et J.H.Rosny aîné ; pour les autres, c'est l'heure de la découverte. Vu le nombre important de textes (25) je vais prendre mon temps et en lire une ou deux par jour. Un dernier détail : ces textes, qui sont classés par ordre chronologique, s'étalent entre 1886 et 2009!
« Les concubins » donc écrit en 1886 est une histoire très moderne, genre « Le viager » version familiale! Pas très moral tout cela, mais un vocabulaire très désuet, un rien campagnard et réjouissant.
« Drame » est une nouvelle en forme de pièce de théâtre en deux actes, il me semble que c'est la première fois que je lis cela!
Parmi mes préférées, « Sortilèges » de Michel de Ghelderode, un homme  débarque d'un train dans un port, un jour de carnaval.... pour quelle destination embarquera t-il? Les masques tomberont-ils?
« Un voyant » de Franz Hellens est l'histoire d'un peintre alcoolique et comme son titre le laisse supposer doté  de la faculté de voyance, mais est-ce un don ou un  poids trop lourd pour lui? Imaginez « Le portrait de Dorian Gray » d'Oscar Wilde dans une version inversée....
« Marée Basse », un homme recueille sur une plage une femme mystérieuse, sorte de sirène surnaturelle, mince et gracile. Peu à peu il se laisse prendre au jeu...Mais qui se cache derrière ce calme et cette tranquille assurance.....?
Un avocat qui avoue ne plus être maître de son destin et qui se remémore sa vie, sa famille, ses amis, sa carrière et qui pense au repas qu'il donne ce soir dans leur nouvel appartement... Des idées de suicide le hantent... « À mon dernier repas », chantait Jacques Brel...
« Le goût de l'argent » est une nouvelle très noire, car le proverbe dit l' « Argent n'a pas d'odeur », ici il se mérite.
« Belle de nuque» est un titre étrange, qui n'a rien à voir avec avec une femme nocturne, ni avec le gardien d'un harem d'ailleurs......et comme dit l'auteur :
Les nuques exquises sont l'exquis de l'exquis.
« Le voyeur » est une belle histoire, un été sur une plage, un homme, une femme et les vacances....
J'ai également beaucoup aimé « Qu'est-ce que tu deviens? « de Pierre Martens. Réflexion sur l'existence et le temps qui passe au travers de souvenirs d'amis d'enfance. Un acteur se souvient d'hommes et de femmes croisés durant sa vie et se pose la question : ont-ils réussi leurs rêves? Et lui, qui a un statut social, une carrière, est-il satisfait de sa vie...?
Plus il y a d'histoires, plus il y a de personnages ; ici cela va de paysans du siècle dernier à une révolutionnaire bulgare en passant par une famille classique, père, mère et fille. Un colon en Afrique qui finit mal, un homme de quatre vingt ans encore jaloux de son épouse, un avocat qui reçoit un mystérieux numéro de téléphone, un marin qui revient des îles du Pacifique fortune faite, mais pas l'âme en paix, en résumé des êtres pleins de tourments. Un obsédé sexuel qui aime la variété d'une autre époque, mais qui ne sait pas que les papillons ne piquent pas, un homme constate à ses dépends qu'il y a des noms très lourds à porter. Une jeune fille un peu naïve part à New-York par amour et tombe non pas en pâmoison mais de haut, une tenancière de bar revenue de tout sont les rares personnages féminins des ces textes.
Dans sa courte préface Vincent Engel écrit ce qui suit :
-La lecture d'un recueil de nouvelles est un exercice ardu, réservé, je le pense sincèrement, au plus chevronnés des lecteurs.
Il y a je pense beaucoup de justesse dans ce propos, ce qui explique certainement le peu de succès commercial de ce genre littéraire à part entière.
Des anciens aux modernes, plus d'un siècle de nouvelles belges avec de grandes différences d'écriture, chose normale dans ce genre d'ouvrage. Il y a plusieurs histoires fantastiques dans ce recueil en plus de celle de Jean Ray, grand spécialiste du genre, mais il n'est pas le seul en Belgique. La mort est presque toujours présente, et rarement paisible.
Un recueil de grande qualité, mais de lecture agréable, bien que je ne sois pas un grand amateur de ce  genre de récits.
Extraits :
- Il s'engraissait, bientôt prit du ventre, mais perdit ses cheveux, dévirilisé par l'abus du coït.
- Il y eut des minutes où le moi sembla sauvagement dressé contre le moi, où une haine intérieure déferla, inexorablement.- Frédéric détesta Frédéric !
- 2° MADAME. Belle, pas belle, à votre gré. Des seins de femmes, des bras de femmes et c'est probable, un cœur de femmes.
- Tous deux nous aimions la désolation des matins vides. L'automne finissait.
- Non, c'était plus simplement dramatique : je ne fuyais que moi-même.
- La rue était déserte, hostile, comme abandonnée depuis des siècles, vide de tout jamais d'une présence humaine ou animale.
- Opaque, voilà ce qu'elle était avant tout.
- Moi, j'ai trop de mémoire. J'en suis tout encombré. Barbouillé. Un privilège, une aubaine sans doute pour le comédien que je suis.
- On ne tolère pas que les extrêmes soient aussi banals que nos vies quotidiennes, et l'on interdit aux autres ce que l'on s'octroie avec complaisance.
Éditions : Luc Pire / Espace Nord.(2009).
*sous la direction de Roger GODENNE.

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02 septembre 2009

POULIN Jacques / La traduction est une histoire d'amour.

Blogo

La traduction est une histoire d'amour.
Jacques POULIN.
La lecture aussi, souvent......
Note : 3 /5.
Dans le cadre du Blogoclub, j'aurais dû lire « La tournée d'Automne », mais vu l'absence d'été, je me suis dis : reculons l'échéance, alors j'ai choisi ce très court roman. Et malgré sa brièveté, je suis en retard!!!
Je ne résiste pas au plaisir de vous recopier la courte introduction de ce livre :
« - En définitif dans cette affaire, il s'agit bien d'un couple et nous parlons d'amour. Oui nous parlons de traduction dont la définition est, d'abord, d'être un transport. Transport de langue ou transport amoureux. »
Albert Bensoussan. Traduction et création.
Marine, en fait Maureen, rousse flamboyante d'origine irlandaise, est traductrice. Après avoir voyagé, elle est de retour au Québec. Au cours d'une de ses visites au cimetière où repose sa mère, elle fait la connaissance de Monsieur Waterman, célèbre écrivain dont elle aimerait traduire l'œuvre. Une profonde amitié va lier ces deux personnages, malgré leur différence. Mais l'amour des mots, de la sonorité d'un texte et de la littérature les rend très complices. Lui reste écrire en ville, elle habite un chalet à l'île d'Orléans, où ils passent en général le week-end. L'intrusion d'un chat noir avec une laisse et un numéro de téléphone autour du cou va remettre en question la sérénité de leur vie respective. D'où vient ce chat? Que veut dire cet étrange message sur le répondeur? La voie féminine semble jeune, pourquoi avoir abandonné cet animal de compagnie? La jeune fille qui habite au bout du chemin qui mène au chalet de Marine parle d'une vieille dame venue en taxi? Une jeune fille et une vieille dame, cela intrigue notre duo de détectives amateurs. Le numéro de téléphone commence par l'indicatif de la ville ; alors Marine fait appel à un enquêteur qu'elle a connu il y a quelques années.
Un livre sympathique, des personnages ordinaires sans reliefs, comme si l'auteur n'avais pas cherché à leur donner plus de consistance.
Marine est une solitaire, elle parle de sa sœur qui a disparu, sa mère est morte, mais elle lui a inculqué le souvenir de l'Irlande dans la mémoire collective avec la Grosse-Ile * comme lieu de sépulture pour les morts de maladie.
Monsieur Waterman est un écrivain reconnu, mais un peu en panne d'inspiration, il lit plus qu'il n'écrit. Il mène une vie bien réglée avec des heures bien précises, mais un jour tout cela sera chamboulé. Quelques autres personnes comme la jeune fille et la « sorcière », la petite fille du bout du chemin, le détective ont aussi leurs places dans ce livre. Les animaux sont bien présents dont les deux chats, Chaloupe et Famine, genre de Laurel et Hardy félins, l'un efflanqué, l'autre obèse. Un renard, une biche, des chevaux de course à la retraite, un couple de hérons, des ratons laveurs, bref un inventaire à la Prévert.
Un roman plein de bons sentiments, peut-être trop d'ailleurs, ce qui donne un côté conte de fée moderne à ce roman, mais sans surprise. Je m'attendais à mieux de la la part de cet auteur, car j'avais bien aimé, il y a quelques années « Wolkswagen Blues ». Un peu de mauvais humour, entre Marine et Monsieur Waterman, c'est une histoire à l'eau de rose qui manque un peu de sel. Un exercice de style sur la traduction, très bien écrit, mais cela s'arrête là. Quelques moments sont intéressants, ceux qui parlent de traduction et ceux racontant les mémoires de la famille et des grandes famines en Irlande. Une lecture agréable, mais l'histoire est un peu facile à mon goût. Un mauvais choix de ma part, ayant dans ma bibliothèque « Les grandes marées »!
A noter que dans ce roman et dans « Wolkwagen Blues », l'auteur nous parle d'un lieu qui semble lui tenir à cœur, la librairie « City Light » de Laurence Ferlinghetti, là où Jack Kerouac commence son livre « Big Sur » puis il rend également hommage à Anne Herbert et cite également Hubert Mingarelli et Kafka.
Extraits :
- En général, les hommes ne m'inspiraient pas confiance, mais je faisais une exception pour lui.
- Je m'appelle Marine. C'est la version adoucie de Maureen, le nom de ma mère, une irlandaise.
- Trop souvent, dans ma courte vie, quelque chose m'a poussé à faire exactement le contraire de ce qui convenait.
- Il souriait et son regard malicieux détaillait ma tignasse rousse, mes taches de rousseurs et mes yeux verts.
- Un drôle de boulot, nous les traducteurs.
- On doit épouser le style de l'auteur.
- Pour préserver ma liberté, je n'avais pas de portable- je préfère ce mot à « cellulaire », qui pour moi évoque la prison.
- Poisseuse, ça veut dire que l'eau est un peu gluante. Collante si tu préfères. Tu comprends?
- Les histoires de sexe, on ne s'en occupait pas, Monsieur Waterman et moi.
- D'un seul coup, j'étais transporté dans la vieille maison du langage, à mi-chemin entre la terre et le ciel.
- Autre signe que j'étais zouave : en remontant vers le chalet, je me mise à parler aux bouleaux.
- À ma manière, un peu rétive, c'était quand même l'homme que j'aimais le plus au monde.
Éditions : Leméac/Actes Sud ( 2006)
*Grosse-Ile, ici

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24 juillet 2008

PROULX Monique / Le coeur est un muscle involontaire

Le coeur est un muscle involontaire.
Monique PROULX
Note : 3,5 / 5.
Écrits vains.
Troisième oeuvre de cet auteur canadien que je lise après « Les Aurores Montréales » et « Homme invisible à sa fenêtre ». Si les deux ouvrages cités plus haut sont des oeuvres courtes, ce n'est pas le cas de celui-ci qui fait pratiquement 400 pages.
Florence (Flora) mène sa petite vie, solitaire, un sentiment de culpabilité vis à vis de ses parents est là, diffus en elle. Elle se remémore les paroles de sa mère à la mort de son père. Elle se souvient également d'un livre offert pour un anniversaire «La périclitouze» de Pierre Laliberté.Son employeur Zéno Mahone est un fan de cet auteur qui fuit la publicité et vit, on pense, en reclus quelque part. Or il s'avère que Flora a connu d'une manière fortuite cet homme sans savoir qui il était. Une autre écrivain qu'elle aide pour la conception de son site, lui avoue que sa soeur est la compagne de Pierre, et qu'ils sont à New-York. Elle s'y rend et fait la connaissance de Mélodie, mais pas de Pierre.Tout est à refaire, mais ils se retrouveront d'une manière inattendue!
A partir de ce moment du livre, plusieurs histoires s'imbriquent les unes dans les autres et les relations entre les personnages de ce roman se compliquent et des secrets de famille se font jour. Des amours anciens resurgissent même s'ils n'avaient pas compléments disparu.
Florence est une femme relativement sympathique malgré son côté larmoyant, toujours triste, bourrée de complexes et très jalouse même si elle s'en défend. Le souvenir de son père est très pressant, et elle se remémore son décès à l'hôpital. Que s'est il passé réellement ce soir là? On devine qu'elle est demandeuse d'un peu de reconnaissance d'amitié et d'amour, mais qui peut lui apporter cela, la sortir de ses peurs et de son manque de confiance en elle même?
Zeno qualifié d' « avorton lubrique » par Florence, (qui en a profité aussi d'ailleurs). C'est le directeur de l'agence de conception de sites Web « Mahone  Inc.» Sa passion pour Pierre Laliberté tourne à l'obsession, il n'a de cesse que de faire sa connaissance et est prêt à pas mal de bassesse pour cela.
Pierre Laliberté, écrivain reclus volontaire. (Réjane Ducharme?) est-il ce personnage qu'une partie du monde littéraire admire? Il ouvrira les yeux de Florence sur certaines parties de la vie de tout un chacun.
Il y a beaucoup (trop par moment) de personnages secondaires, Gina Da Sylva, écrivain en perte de vitesse littérairement, mais encore volontiers croqueuse d'hommes surtout plus jeunes qu'elle. Mélodie, la soeur de Gina, compagne de Pierre, le restaurateur grec, qui fuit les frimas de l'hiver québécois pour une île ensoleillée. Certains alourdissement comme à plaisir l'histoire dans un but qui ne m'a pas paru évident, ni nécessaire.
Une partie, enquête policière, pour retrouver cet écrivain mystérieux, une autre partie du livre sur le monde littéraire, et une intrigue familiale un peu compliquée forme la trame de ce livre.
Sentiments mitigés, une belle écriture, de l'humour, mais des personnages que je n'ai pas trouvé très attachants. A noter les nombreuses références et analogies voulues entre l'écrivain Réjean Ducharme et son double dans ce livre Pierre Laliberté.
A mon goût ce livre est trop long et certains passages, avec le jeune chiot par exemple n'apporte pas grand chose à ce roman qui est pour moi une petite déception.
Extraits :
- C'est tout. Ce sera tout à jamais. Tant pis, il n'y a rien à redire à une mort aussi détendue, aussi peu bagarreuse.
- Nous traitons le temps avec tous les égards qui lui sont dus.
- ....je n'en veux pas à Zéno de n'être qu'un homme, génétiquement asservi à ses bandaisons. Mais elle! Se laisser pourfendre, à cinquante-quatre ans par un gnome qui pourrait être son fils!
- Les séductrices sur le retour pullulent et font mouche, avec leurs mamelles pendantes qu'elles continuent d'exhiber à la manière de joyaux juvéniles.
- Une fois ouvert, un livre vraiment nuisible ne se referme plus.
-
D'ailleurs, on s'aime bien plus, Zéno et moi, depuis que l'on ne s'aime plus.
- Je ne lis jamais de livre. Je ne supporte pas les livres.
- Je suis intoxiquée par Pierre Laliberté, mais l'heure n'est pas venue de le lui dire.
- Je n'éprouve aucun élan vers les autres, vers la zone cachée des autres.
- Sexy? Gamine? Ingénue? Ridicule? Vulgaire? Émouvante? Interchangeable?
Une petite fille de la ville, juin 2001.
- Je parle. Je présume qu'il m'écoute.
- Rien de moins regardable que des humains satisfaits.
- Nous sommes tous des pauvres types abritant des géants.
Éditions : Boréal. (2002)

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11 mars 2008

LANGLOIS Fannie / L'Urne voilée.

Urne

L'Urne voilée.
Fannie LANGLOIS.
Note : 4 / 5.
La femme dévoilée.
En bas de la couverture, il est noté : Récit poétique.
Première lecture de cette jeune auteur canadienne née en 1975. Livre que j'ai découvert dans une bouquinerie lorientaise. Première question : comment-est-il arrivé là? Je me souviens avoir trouvé également un jour un livre intitulé "Les meilleurs contes fantastiques québécois du XIXème siècle" au même endroit!
Vingt quatre textes de durée variable, leurs noms sont étranges : Laguz, Thurisaz, Hagalaz, Kenaz, Sowilo.
Des "récits" effectivement pleins de poésie, parlant de voyage, Paris, la Provence, des voyages intérieurs aussi.
La musique est très souvent présente comme dans ce beau texte au nom poétique de "Hewaz". Souvenirs de pluie sur Paris, fin du XIXème siècle, l'opéra Garnier dans une loge, une femme se prépare, Walkyrie et Nibelungen , la mythologie envahit l'espace. Prague, les Alpes et l'Alsace, puis Paris encore en quête de quoi?
Le livre 2 marque un retour au Canada.
Mais il n'exclut pas certaines escapades comme à Venise, le temps du carnaval, un homme, les masques tombent, l'amour ou un rêve. Un homme, puis la séparation. Vie ou illusion?
Une femme , la même sûrement . Elle se fond dans le personnage de Brynhild, cherche un sens à sa vie. Des voyages : Paris, Budapest, le retour au Canada. Wagner et sa musique que l'on retrouve souvent. Des retours vers l'enfance, la visite au cimetière où vingt ans plus tôt elle suivait l'enterrement de son grand-père. Les souvenirs qui lui restent de cet homme lui permettent de retrouver ses racines.
Une expérience littéraire envoûtante, les pages se suivent rapidement, la lecture est facile, mais le "Récit" terminé pratiquement une relecture m'a été nécessaire. L'écriture est parfois entrecoupée de poésie, et chaque nom de récit est suivi d'un ou de plusieurs vers. Une rapide recherche m'a permis de savoir que Brynhild, pour avoir défié le dieu Odin, fut endormie dans un cercle de feu, Sigud parvient à la délivrer.
Quand à faire une chronique satisfaisante, je me rends compte que ce n'est pas un pari gagné.
N'étant pas, loin s'en faut, un spécialiste de Wagner et de sa musique, je n'ai pas tout compris, dans ce récit onirique qui se laisse lire, j'ai passé un moment très enrichissant. J'ai toujours eu l'impression d'être entre deux mondes, le vrai et l'imaginaire, mais la frontière n'étant pas très marquée j'ai dû la franchir sans le savoir. Il semble que les autres oeuvres de cette auteur ne soient pas très faciles à trouver en France.
A noter également quelques mots qui m'étaient inconnus : Athanor, Cénotaphe ou Cinéraire.
L'athanor est un four pour les alchimistes. Un cénotaphe est un moment funéraire individuel ou collectif ne contenant aucun reste des morts. Une urne cinéraire contient les cendres d'un défunt incinéré. Je me sens plus intelligent aujourd'hui!
Extraits :
- Je repars sans même me demander s'il désire me revoir. Peu m'importe que cette nuit reste unique ou qu'il y en ait d'autres.
- Plus tard, j'entrerai dans la boite, les paupières closes, aussi closes que l'urne bleue, la chambre cinéraire.
- Cette ville est un jeu d'enfant ; pourtant qui la connaît bien sait y déceler les rudiments de l'Art qui se dévoile à contre-jour. (L'auteur parle de Prague).
- La mort est un baptême par le feu.
- Les secrets ne sont plus des secrets lorsque les serrures sont brisées.
- Tout évolue trop vite de ce côté de l'océan ; je me sens toujours en terre inconnue.
- Son esprit me dénude.
- Je longe les canaux de Venise avec la sensation d'appartenir à un autre monde. Un millier de vies conjure ton absence.
- Nous ne pouvons pas rester seuls à Venise, cette ville n'a pas été conçue pour la solitude.
- L'insomnie est un joueur de flûte. Il rôde encore dans la cour intérieure.
Éditions :
Varia (Québec)

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31 janvier 2008

PRILLEUX Frederic/ 5

5.
Frederic PRILLEUX (Coordinateur)
Note : 4 / 5.
Sens giratoire.
Désolé pour le manque d'ordre, mais voilà la cuvée 2001 de ces recueils de nouvelles qui jusqu'à présent ont fait mon bonheur. Comme il y a cinq sens et dix auteurs, vous aurez tous les sens en double (et non pas à double sens). Revue d'effectif dans tous les sens du terme, pour les professionnels Francis Mizio, Jean-Hugues Oppel, Jean-Bernard Pouy, Sylvie Rouch et Marc Villard.
Pour les amateurs Jean-Luc Arnold, André Dewrière, Sébastien Févry, Léo Lamarch et Patrick Pommier.
Pour l'ouïe, premier des sens flattés, parlons évidement oreille, pas celle d'un musicien, cela tomberait sous le sens, mais de celle d'un peintre. Van Gogh Vincent de son prénom, au cours de sa tentative de suicide en se tranchant l'oreille, on sait que le plus gros morceau est resté avec lui, mais le morceau tranché où est-il passé?
"Des goûts et des douleurs" avec un peu de bon sens, on devine que cela sera épicé, à base de Gaspacho. Une fille et deux gars sont amis d'enfance, elle Luna, se prétendant écrivain les quittera, le trio est brisé, leur vie n'aura plus jamais le même sens.
Dans "Le contrat", nous rencontrons un tueur à gages qui a gardé un sens de l'honneur, tout à son honneur. Il doit tuer un homme de couleur dans un défilé de rolleurs à Paris. Quel jeu politique se cache derrière ce contrat?
"In vino veritas" nous transporte dans le monde du vin, un oenologue a perdu le goût depuis plusieurs années. Ses connaissances techniques, son sens de la répartie, son refus de participer à des dégustations "à l'aveugle" donnent encore le change. Mais pour combien de temps?
"Sens l'oseille et tire-toi" ou la pitoyable histoire de trois Pieds Nickelés et d'un hold-hup! Méthode moderne qu'ils disent nos bandits de grands moyens, un bazooka pour stopper un épicier en mobylette! Ensuite il faut diviser le butin en trois parts égales et vu la date, ce sont les premières euros que nos trois puits de science voient. Autres problèmes, l'argent n'a pas d'odeur dit le bon sens populaire, mais là.......
Un très bon moment d'écriture très décalé, à lire et relire.
"Nos jaguars ne volent pas la nuit", tiens ils volaient le jour? Eh oui, en Irak pendant la première guerre du Golfe, le sens de la guerre, c'est l'essence! Nous sommes avec le soldat Rillans de sa Très Gracieuse Majesté. La routine et l'ennui, cela donne un texte très intelligent sur les absurdités de la guerre.
Dans une seule et unique nouvelle, trouver Oliver Hardy, Iggy Pop, Marina Vlady, Pauline Carton et Marcel Loncle, c'est insensé! C'est pourtant ce qui arrive dans
Phalanstère".
Un fonctionnaire peu scrupuleux, pour de l'argent perdra son sens du devoir, mais la vie se vengera. Froide et Douce sont deux entités qui rythment la vie d'un bébé.Un gardien de décharge municipale ne devrait plus avoir le sens de l'odorat très développé, vu les odeurs qui l'entourent dans sa vie quotidienne. Pourtant une odeur de pomme verte lui mettra les sens en émoi et lui fera perdre tout bon sens.Un f
lic combattant le petit banditisme, un homme en cavale avec une très jeune femme et un ours en peluche, chez tous ces personnages sont des perdants en puissance dépourvus du moindre sens pratique.
Je me répète, mais il ne faut pas chercher une quelconque unité dans ce genre d'ouvrage.
A signaler la présence de Patrick Pommier, auteur d'une nouvelle qui a eu un certain succès "Mort à Denise", et à noter aussi que le nom des auteurs n'est pas avec le titre de la nouvelle, humour! Humour également et narration des difficultés du jury, un préambule plein de bon sens de Frédéric Prilleux.
Je vais être désagréable, mais j'ai trouvé ce recueil un peu moins bon que les autres mais c'était le premier.
Extraits :
- C'est toujours comme ça. Rimbaud tirant à coup de revolver sur Verlaine, Mick Jagger se bouchant les yeux quand Brian Jones tombe, bourré, dans la piscine, Seguin faisant passer Tiberi pour une chèvre...
- L'univers est frustration.
- Ce qui m'a mis KO c'est d'apprendre sa mort à froid. Sans préavis.
- Et leurs manières de m'expliquer les choses, comme si j'étais un môme attardé.
- Effectivement, les vingt mille euros divisés en trois, cela faisait bien six mille six cent soixante six euros virgule six-six-six-six-six-six-sept.
- On n'était qu'en janvier. C'était notre premier braquage en euros à tous, en fait.
- Lise n'est pas un animal de raison, elle fonctionne à l'instinct.
- Cela manque de classe, une cavale avec un jouet d'enfant.
- "Si la petite vole, la grande vadrouille" n'a pas manqué de souligner le sergent.
Éditions : Baleine.
Autres chroniques de cette série :
Billets brûlés
Mes chers voisins
Le onzième commandement
Le rose & le noir.

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17 janvier 2008

CHEN Ying/ Immobile

CHEN Ying.
Immobile
Note : 4 / 5.
Hier, aujourd'hui, demain?
Auteur chinoise née à Shangai en 1961, elle vit désormais à Montréal et écrit en français.
Avons-nous eu des vies antérieures? C'est la question que se pose la narratrice qui se souvient d'avant. Mais d'un avant très ancien, de plusieurs siècles. Chanteuse d'opéra elle fut mariée, enfin cédée, à un prince plutôt misérable. Et elle n'avait que le rang de troisième épouse! Fuguant pour aller à l'opéra, elle tomba en disgrâce et son serviteur S dont elle avait emprunté les vêtements fut puni à sa place! Elle fut amoureuse de S. le serviteur mutilé, mais causa sa mort.
Dans sa vie actuelle elle est mariée à A, archéologue, scientifique rationnel qui considère son destin antérieur comme une plaisanterie plutôt risible.
Toutes ses existences et ses expériences débouchent sur le même constat, il y a un dominant et un dominé (l'auteur semble dire une dominée) à quelques époques ou quelques siècles que ce soit. Et la narratrice de se débattre avec ses souvenirs et ses vies. Le prince en contractant un quatrième mariage la répudie de fait, elle est devenue une ombre au palais, même S ne veut plus l'aider. Son serviteur se détache d'elle. La fuite paraît la dernière solution.
Dans sa vie de maintenant, elle s'efforce d'être une épouse modèle, mais sans grand succès.
La narratrice, femme de plusieurs destins, hier princesse pauvre, aujourd'hui femme moderne relativement aisée! Ses souvenirs se bousculent dans sa tête, l'empêchant de vivre normalement.
Sa vie antérieure semble beaucoup plus exaltante que sa vie dans notre époque. Le serviteur S ancien amant, mutilé, puis vendu au prince par sa famille, aidera la princesse pour une courte soirée hors du palais, mais sera durement puni pour cela. Le prince, exilé par le roi son frère, végète dans un palais triste ; seules quelques sorties à l'opéra semblent l'émouvoir encore ; ils sont les personnages de l'époque ancienne.
Le mari A, archéologue, est le seul protagoniste de l'époque actuelle. Le passé de son épouse et ses idées lui semblent fictifs.
Un livre complexe dans sa structure, car pleins de retours en arrière et donc de changements d'époques. Où sommes-nous et quand ?
Une idée originale pour une oeuvre envoûtante et intemporelle, mais pas d'une lecture très aisée.
Une découverte, mais il n'est pas réellement facile d'en parler.
Extraits :
- Car, si je prétendis connaître parfaitement ma destination, j'ignorais encore mon itinéraire.
- Quoi qu'il fasse, il ressemble toujours à quelqu'un.
- Dès qu'il commençait à parler, il n'avait plus besoin de femme.
- Je ne suis pas faite pour cette vie moderne.
- Avec le temps nos rôles s'étaient inversés. Mon esclave était devenu mon maître.
- Devenue inutile au prince, je l'étais également à mon serviteur.
- C'est en se courbant très bas devant moi qu'il me piétinait le plus impitoyablement.
- J'ai traversé des siècles sans pouvoir échapper au juste châtiment.
- La liberté dans la misère ne valait pas mieux que l'esclavage dans l'aisance.
- Mon mari sentirait-il enfin, l'odeur de l'autre époque?
- Car, en fin de compte ce monde-là me concernait peu.
Éditions : Actes Sud. (1998)

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07 octobre 2007

TRUDEL Sylvain / Du mercure sous la langue.

Du mercure sous la langue.
Sylvain TRUDEL.
Note : 4 / 5.
Dieu hait son âme*.
Premier livre de cet auteur québécois né en 1963 que je lis. Un livre fort, une grande leçon de courage et de vie.
Frédéric a dix sept ans, sa mort est programmée pour quand au juste, personne ne le sait, mais la fin est proche.Alors il se raconte, réfléchit à sa courte vie, pense à ses parents, se dit qu'il vaut mieux mourir jeune que de vivre comme son père.
Quelques rayons de soleil parfois illuminent ses journées d'hôpital la visite de sa psy, belle femme dont parfois il remonte le moral. Celles de son grand-père ou alors de son ami Louis qui guérit quittera l'hôpital. Mais surtout ce sont ses rencontres avec Marilou, comme lui écrivant des poèmes qui sont ses grands moments de bonheur. Mais celle-ci à son grand regret quittera l'hôpital :
-Elle est partie si vite que je n'ai pas eu le temps de lui faire un enfant.
Il se donne un nouveau nom, celui d'un obscure poète italien "Le Poète métastase" ce qui horrifie l'hôpital et ses parents.
Il se refuse à voir ses amis, pour ne pas montrer sa déchéance, il se querelle avec l"abbé de l'hôpital, car il refuse de se confesser, car dit-il "Je n'ai aucun pêché".
Maryse Bouthillier, la psychothérapeute, comme tout être humain a des périodes de doutes, surtout avec son métier, elle amène à Frederic une présence féminine autre que familiale, elle lui fait repenser à une maîtresse d'école dont il fut amoureux autrefois. Mais en la regardant, il se rend compte qu'il n'atteindra jamais l'âge adulte, ne se mariera pas et n'aura pas d'enfants.
Grand-père Baillargeaon et grand-mère Emilia donnent aussi, avec ses parents, de par leurs visites, de courts instants de bonheur.
Malgré la gravité du propos, Sylvain Trudel ne tombe pas dans le mélo facile, au contraire. Ce roman donne une leçon d'espoir en racontant cette histoire avec le ton juste, un sentiment de révolte, un enfant ne devrait pas mourir de maladie (ni de rien d'autres d'ailleurs) à cet âge. Il y a également un fatalisme enfoui dans cette écriture, mais presque caché. A noter la présence de poèmes disséminés par-ci, par-là.
Un très grand livre!
Quelques expressions populaires suivant le côté de l'atlantique que l'on se place se ressemblent fort tout en étant légèrement différentes :
L'auteur parle de lit rembourré de noyaux de prunes, j'ai toujours entendu noyaux de pêches! Avoir le moral dans les pieds revient pour moi à avoir le moral dans les chaussettes!
Extraits:
-Dans nos contrées civilisées, les gens préfèrent mourir du coeur: c'est plus noble que de mourir de la vessie, des intestins ou des testicules.
- Mon pauvre père, si gentil, si fatigué, si démuni. Il mériterait mieux que ça.
- Un poitrail de buffle rempli d'affection pour son petit-fils qui n'aura jamais le temps de le décevoir ou de le scandaliser.
- Mais elle m'a fait promettre de revenir la voir un autre tantôt.
- Les singes et nous, on est plutôt des cousins qui auraient eu le même grand-père.
- Maman, je te l'ai déjà dit cent fois, je ne veux plus être vu.
- Dans l'épreuve de beauté qui l'oppose au jour, Marilou perd du terrain.
- Si j'avais eu de la bonne moelle osseuse, j'aurais voulu me greffer à Marilou pour toujours.
- Ils sont arriérés les gens en bonne santé, il croit que le rire aide à guérir! On voit bien qu'ils n'ont jamais souffert.
Éditions : Les Allusifs.
*Une des dernières phrases du livre.

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15 avril 2007

INCARDONA Joseph / Dans le ciel des bars

Dans le ciel des bars.
Joseph INCARDONA.
Note : 4 / 5.
Points de rupture.
Recueil de nouvelles(14) noires et souvent fortement alcoolisées d'un auteur Suisse né à Lausanne. Il vit actuellement à Bordeaux.
Une hôtesse de l'air tue son amant ; pour ne pas se faire remarquer, elle attend qu'un avion décolle et le coup de revolver passe inaperçu, elle aussi, quelques minutes après dans l'aéroport.
Une plongée dans le monde de la boxe, un homme en fin de carrière refuse de se coucher, pour vexer une blonde dans le public!
Une femme passablement éméchée voit son voisin, jeune étudiant venir lui emprunter un ouvre-boîte, hélas celui-ci n'ouvre pas tout!.
On peut faire la fête avec un collègue de travail, rêver avec lui de Copacabana et de Brésiliennes en string, et pourtant ne pas le connaître vraiment.
Certaines pressions peuvent faire plaisir, mais faire fuir ensuite. Tout est question de circonstances.
Louis est au bout du rouleau, même pour les pires boulots, personne ne veut de lui. Quelqu'un le renverse sur le trottoir, et un petit miracle arrive.
Albert Dupuy d'Orleac a des problèmes : le titre de la nouvelle nous l'explique "La queue d'Albert". Eh oui cet appendice qu'il a laissé traîner où il ne fallait pas, ou plutôt avec qui il ne fallait pas, c'est-à-dire avec Tamara la maîtresse d'un des pires caïds de la maffia russe. Ce n'était pas la meilleure idée de sa vie, il espère arranger l'affaire en quelques coups de téléphone, son triomphe sera de courte durée.
Des femmes meurtrières ou délaissées, sombrant dans l'alcool. Un boxeur en fin de carrière, qui n'a plus guère d'espoir, un convoyeur de fonds, qui d'un coup perd toutes ses illusions.
Un jeune garçon, fils d'une prostituée, découvre l'amour physique et sa mère éprouve de la haine pour cette jeune fille.
Un héritier qui règle ses problèmes personnels dans sa voiture, dont il déteste le chauffeur.
La femme d'un écrivain prétentieux quitte un coktail dans un état d'ivresse avancé, comment arrivera-t-elle dans son appartement?
Un enfant entre dans une nouvelle école, encore une fois il semble la victime toute désignée du reste de la classe. Beaucoup de ces personnages semblent très ordinaires, mais j'espère n'avoir jamais à les côtoyer. Peu d'espoir dans toutes ses histoires, des êtres meurtris sans perspective d'aucune sorte, en font une oeuvre qui marque.
L'écriture est fouillée et précise tout en restant agréable. La relative brièveté des histoires donne du rythme à l'ouvrage. A lire un jour de grand soleil, sinon......
Extraits :
- La vie continuait et il était tout à fait possible qu'elle soit passée à côté.
- L'expérience est un peigne qu'on te donne quand tu deviens chauve.
- Blaise envoya se faire foutre Nicorette, les Alcooliques Anonymes et autres adeptes du tofu.
- Peut-être à l'instant où l'on réalise que l'on crèvera un jour ; l'instant exact où l'on n'était plus immortel.
- Les hommes étaient sa nourriture et après?. Les putes sont les déesses de l'enfer. Il l'aimait.
- Pour Louis, l'avenir était un mot qui sonnait creux.
- Dieu était une femme en vison, une lady Godiva en talons hauts.
- Encore un con, songea-il. Les rues en étaient pleines. Les cons en voiture constituaient le cas de figure le plus fréquent.
- C'est drôle mais déjà à l'époque, je trouvais que les lundis matins avaient une sale gueule.
Éditions : Delphine Montalant / Pocket.

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