Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

24 juillet 2008

PROULX Monique / Le coeur est un muscle involontaire

Le coeur est un muscle involontaire.
Monique PROULX
Note : 3,5 / 5.
Écrits vains.
Troisième oeuvre de cet auteur canadien que je lise après « Les Aurores Montréales » et « Homme invisible à sa fenêtre ». Si les deux ouvrages cités plus haut sont des oeuvres courtes, ce n'est pas le cas de celui-ci qui fait pratiquement 400 pages.
Florence (Flora) mène sa petite vie, solitaire, un sentiment de culpabilité vis à vis de ses parents est là, diffus en elle. Elle se remémore les paroles de sa mère à la mort de son père. Elle se souvient également d'un livre offert pour un anniversaire «La périclitouze» de Pierre Laliberté.Son employeur Zéno Mahone est un fan de cet auteur qui fuit la publicité et vit, on pense, en reclus quelque part. Or il s'avère que Flora a connu d'une manière fortuite cet homme sans savoir qui il était. Une autre écrivain qu'elle aide pour la conception de son site, lui avoue que sa soeur est la compagne de Pierre, et qu'ils sont à New-York. Elle s'y rend et fait la connaissance de Mélodie, mais pas de Pierre.Tout est à refaire, mais ils se retrouveront d'une manière inattendue!
A partir de ce moment du livre, plusieurs histoires s'imbriquent les unes dans les autres et les relations entre les personnages de ce roman se compliquent et des secrets de famille se font jour. Des amours anciens resurgissent même s'ils n'avaient pas compléments disparu.
Florence est une femme relativement sympathique malgré son côté larmoyant, toujours triste, bourrée de complexes et très jalouse même si elle s'en défend. Le souvenir de son père est très pressant, et elle se remémore son décès à l'hôpital. Que s'est il passé réellement ce soir là? On devine qu'elle est demandeuse d'un peu de reconnaissance d'amitié et d'amour, mais qui peut lui apporter cela, la sortir de ses peurs et de son manque de confiance en elle même?
Zeno qualifié d' « avorton lubrique » par Florence, (qui en a profité aussi d'ailleurs). C'est le directeur de l'agence de conception de sites Web « Mahone  Inc.» Sa passion pour Pierre Laliberté tourne à l'obsession, il n'a de cesse que de faire sa connaissance et est prêt à pas mal de bassesse pour cela.
Pierre Laliberté, écrivain reclus volontaire. (Réjane Ducharme?) est-il ce personnage qu'une partie du monde littéraire admire? Il ouvrira les yeux de Florence sur certaines parties de la vie de tout un chacun.
Il y a beaucoup (trop par moment) de personnages secondaires, Gina Da Sylva, écrivain en perte de vitesse littérairement, mais encore volontiers croqueuse d'hommes surtout plus jeunes qu'elle. Mélodie, la soeur de Gina, compagne de Pierre, le restaurateur grec, qui fuit les frimas de l'hiver québécois pour une île ensoleillée. Certains alourdissement comme à plaisir l'histoire dans un but qui ne m'a pas paru évident, ni nécessaire.
Une partie, enquête policière, pour retrouver cet écrivain mystérieux, une autre partie du livre sur le monde littéraire, et une intrigue familiale un peu compliquée forme la trame de ce livre.
Sentiments mitigés, une belle écriture, de l'humour, mais des personnages que je n'ai pas trouvé très attachants. A noter les nombreuses références et analogies voulues entre l'écrivain Réjame Ducharme et son double dans ce livre Pierre Laliberté.
A mon goût ce livre est trop long et certains passages, avec le jeune chiot par exemple n'apporte pas grand chose à ce roman qui est pour moi une petite déception.
Extraits :
- C'est tout. Ce sera tout à jamais. Tant pis, il n'y a rien à redire à une mort aussi détendue, aussi peu bagarreuse.
- Nous traitons le temps avec tous les égards qui lui sont dus.
- ....je n'en veux pas à Zéno de n'être qu'un homme, génétiquement asservi à ses bandaisons. Mais elle! Se laisser pourfendre, à cinquante-quatre ans par un gnome qui pourrait être son fils!
- Les séductrices sur le retour pullulent et font mouche, avec leurs mamelles pendantes qu'elles continuent d'exhiber à la manière de joyaux juvéniles.
- Une fois ouvert, un livre vraiment nuisible ne se referme plus.
-
D'ailleurs, on s'aime bien plus, Zéno et moi, depuis que l'on ne s'aime plus.
- Je ne lis jamais de livre. Je ne supporte pas les livres.
- Je suis intoxiquée par Pierre Laliberté, mais l'heure n'est pas venue de le lui dire.
- Je n'éprouve aucun élan vers les autres, vers la zone cachée des autres.
- Sexy? Gamine? Ingénue? Ridicule? Vulgaire? Émouvante? Interchangeable?
Une petite fille de la ville, juin 2001.
- Je parle. Je présume qu'il m'écoute.
- Rien de moins regardable que des humains satisfaits.
- Nous sommes tous des pauvres types abritant des géants.
Éditions : Boréal. (2002)

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11 mars 2008

LANGLOIS Fannie / L'Urne voilée.

Urne

L'Urne voilée

Fannie LANGLOIS

Note : 4

La femme dévoilée.
En bas de la couverture, il est noté : Récit poétique.

Première lecture de cette jeune auteur canadienne née en 1975. Livre que j'ai découvert dans une bouquinerie lorientaise. Première question : comment-est-il arrivé là? Je me souviens avoir trouvé également un jour un livre intitulé "Les meilleurs contes fantastiques québécois du XIXème siècle" au même endroit!
Vingt quatre textes de durée variable, leurs noms sont étranges : Laguz, Thurisaz, Hagalaz, Kenaz, Sowilo.
Des "récits" effectivement pleins de poésie, parlant de voyage, Paris, la Provence, des voyages intérieurs aussi.La musique est très souvent présente comme dans ce beau texte au nom poétique de "Hewaz". Souvenirs de pluie sur Paris, fin du XIXème siècle, l'opéra Garnier dans une loge, une femme se prépare, Walkyrie et Nibelungen , la mythologie envahit l'espace. Prague, les Alpes et l'Alsace, puis Paris encore en quête de quoi?
Le livre 2 marque un retour au Canada.
Mais il n'exclut pas certaines escapades comme à Venise, le temps du carnaval, un homme, les masques tombent, l'amour ou un rêve. Un homme, puis la séparation. Vie ou illusion?Une femme , la même sûrement . Elle se fond dans le personnage de Brynhild, cherche un sens à sa vie. Des voyages : Paris, Budapest, le retour au Canada. Wagner et sa musique que l'on retrouve souvent. Des retours vers l'enfance, la visite au cimetière où vingt ans plus tôt elle suivait l'enterrement de son grand-père. Les souvenirs qui lui restent de cet homme lui permettent de retrouver ses racines.
Une expérience littéraire envoûtante, les pages se suivent rapidement, la lecture est facile, mais le "Récit" terminé pratiquement une relecture m'a été nécessaire. L'écriture est parfois entrecoupée de poésie, et chaque nom de récit est suivi d'un ou de plusieurs vers. Une rapide recherche m'a permis de savoir que Brynhild, pour avoir défié le dieu Odin, fut endormie dans un cercle de feu, Sigud parvient à la délivrer.
Quand à faire une chronique satisfaisante, je me rends compte que ce n'est pas un pari gagné.
N'étant pas, loin s'en faut, un spécialiste de Wagner et de sa musique, je n'ai pas tout compris, dans ce récit onirique qui se laisse lire, j'ai passé un moment très enrichissant. J'ai toujours eu l'impression d'être entre deux mondes, le vrai et l'imaginaire, mais la frontière n'étant pas très marquée j'ai dû la franchir sans le savoir. Il semble que les autres oeuvres de cette auteur ne soient pas très faciles à trouver en France.
A noter également quelques mots qui m'étaient inconnus : Athanor, Cénotaphe ou Cinéraire.
L'athanor est un four pour les alchimistes. Un cénotaphe est un moment funéraire individuel ou collectif ne contenant aucun reste des morts. Une urne cinéraire contient les cendres d'un défunt incinéré. Je me sens plus intelligent aujourd'hui!
Extraits :
- Je repars sans même me demander s'il désire me revoir. Peu m'importe que cette nuit reste unique ou qu'il y en ait d'autres.
- Plus tard, j'entrerai dans la boite, les paupières closes, aussi closes que l'urne bleue, la chambre cinéraire.
- Cette ville est un jeu d'enfant ; pourtant qui la connaît bien sait y déceler les rudiments de l'Art qui se dévoile à contre-jour. (L'auteur parle de Prague).
- La mort est un baptême par le feu.
- Les secrets ne sont plus des secrets lorsque les serrures sont brisées.
- Tout évolue trop vite de ce côté de l'océan ; je me sens toujours en terre inconnue.
- Son esprit me dénude.
- Je longe les canaux de Venise avec la sensation d'appartenir à un autre monde. Un millier de vies conjure ton absence.
- Nous ne pouvons pas rester seuls à Venise, cette ville n'a pas été conçue pour la solitude.
- L'insomnie est un joueur de flûte. Il rôde encore dans la cour intérieure.
Éditions :
Varia (Québec)

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31 janvier 2008

PRILLEUX Frederic/ 5

5

Frederic PRILLEUX (Coordinateur)

Note : 4

Sens giratoire.

Désolé pour le manque d'ordre, mais voilà la cuvée 2001 de ces recueils de nouvelles qui jusqu'à présent ont fait mon bonheur. Comme il y a cinq sens et dix auteurs, vous aurez tous les sens en double (et non pas à double sens). Revue d'effectif dans tous les sens du terme, pour les professionnels Francis Mizio, Jean-Hugues Oppel, Jean-Bernard Pouy, Sylvie Rouch et Marc Villard.

Pour les amateurs Jean-Luc Arnold, André Dewrière, Sébastien Févry, Léo Lamarch et Patrick Pommier.

Pour l'ouïe, premier des sens flattés, parlons évidement oreille, pas celle d'un musicien, cela tomberait sous le sens, mais de celle d'un peintre. Van Gogh Vincent de son prénom, au cours de sa tentative de suicide en se tranchant l'oreille, on sait que le plus gros morceau est resté avec lui, mais le morceau tranché où est-il passé?

"Des goûts et des douleurs" avec un peu de bon sens, on devine que cela sera épicé, à base de Gaspacho. Une fille et deux gars sont amis d'enfance, elle Luna, se prétendant écrivain les quittera, le trio est brisé, leur vie n'aura plus jamais le même sens.

Dans "Le contrat", nous rencontrons un tueur à gages qui a gardé un sens de l'honneur, tout à son honneur. Il doit tuer un homme de couleur dans un défilé de rolleurs à Paris. Quel jeu politique se cache derrière ce contrat?

"In vino veritas" nous transporte dans le monde du vin, un oenologue a perdu le goût depuis plusieurs années. Ses connaissances techniques, son sens de la répartie, son refus de participer à des dégustations "à l'aveugle" donnent encore le change. Mais pour combien de temps?

"Sens l'oseille et tire-toi" ou la pitoyable histoire de trois Pieds Nickelés et d'un hold-hup! Méthode moderne qu'ils disent nos bandits de grands moyens, un bazooka pour stopper un épicier en mobylette! Ensuite il faut diviser le butin en trois parts égales et vu la date, ce sont les premières euros que nos trois puits de science voient. Autres problèmes, l'argent n'a pas d'odeur dit le bon sens populaire, mais là.......

Un très bon moment d'écriture très décalé, à lire et relire.

"Nos jaguars ne volent pas la nuit", tiens ils volaient le jour? Eh oui, en Irak pendant la première guerre du Golfe, le sens de la guerre, c'est l'essence! Nous sommes avec le soldat Rillans de sa Très Gracieuse Majesté. La routine et l'ennui, cela donne un texte très intelligent sur les absurdités de la guerre.

Dans une seule et unique nouvelle, trouver Oliver Hardy, Iggy Pop, Marina Vlady, Pauline Carton et Marcel Loncle, c'est insensé! C'est pourtant ce qui arrive dans

"Phalanstère".

Un fonctionnaire peu scrupuleux, pour de l'argent perdra son sens du devoir, mais la vie se vengera. Froide et Douce sont deux entités qui rythment la vie d'un bébé.

Un gardien de décharge municipale ne devrait plus avoir le sens de l'odorat très développé, vu les odeurs qui l'entourent dans sa vie quotidienne. Pourtant une odeur de pomme verte lui mettra les sens en émoi et lui fera perdre tout bon sens.

Un flic combattant le petit banditisme, un homme en cavale avec une très jeune femme et un ours en peluche, chez tous ces personnages sont des perdants en puissance dépourvus du moindre sens pratique.

Je me répète, mais il ne faut pas chercher une quelconque unité dans ce genre d'ouvrage.

A signaler la présence de Patrick Pommier, auteur d'une nouvelle qui a eu un certain succès "Mort à Denise", et à noter aussi que le nom des auteurs n'est pas avec le titre de la nouvelle, humour! Humour également et narration des difficultés du jury, un préambule plein de bon sens de Frédéric Prilleux.

Je vais être désagréable, mais j'ai trouvé ce recueil un peu moins bon que les autres mais c'était le premier.

Extraits :

- C'est toujours comme ça. Rimbaud tirant à coup de revolver sur Verlaine, Mick Jagger se bouchant les yeux quand Brian Jones tombe, bourré, dans la piscine, Seguin faisant passer Tiberi pour une chèvre...

- L'univers est frustration.

- Ce qui m'a mis KO c'est d'apprendre sa mort à froid. Sans préavis.

- Et leurs manières de m'expliquer les choses, comme si j'étais un môme attardé.

- Effectivement, les vingt mille euros divisés en trois, cela faisait bien six mille six cent soixante six euros virgule six-six-six-six-si-six-sept.

- On n'était qu'en janvier. C'était notre premier braquage en euros à tous, en fait.

- Lise n'est pas un animal de raison, elle fonctionne à l'instinct.

- Cela manque de classe, une cavale avec un jouet d'enfant.

- "Si la petite vole, la grande vadrouille" n'a pas manqué de souligner le sergent.

Éditions : Baleine.

Autres chroniques de cette série :

Billets brûlés

Mes chers voisins

Le onzième commandement.

Le rose & le noir.

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17 janvier 2008

CHEN Ying/ Immobile

CHEN Ying.

Immobile

Note : 4

Hier, aujourd'hui, demain?

Auteur chinoise née à Shangai en 1961, elle vit désormais à Montréal et écrit en français.

Avons-nous eu des vies antérieures? C'est la question que se pose la narratrice qui se souvient d'avant. Mais d'un avant très ancien, de plusieurs siècles. Chanteuse d'opéra elle fut mariée, enfin cédée, à un prince plutôt misérable. Et elle n'avait que le rang de troisième épouse! Fuguant pour aller à l'opéra, elle tomba en disgrâce et son serviteur S dont elle avait emprunté les vêtements fut puni à sa place! Elle fut amoureuse de S. le serviteur mutilé, mais causa sa mort.

Dans sa vie actuelle elle est mariée à A, archéologue, scientifique rationnel qui considère son destin antérieur comme une plaisanterie plutôt risible.

Toutes ses existences et ses expériences débouchent sur le même constat, il y a un dominant et un dominé (l'auteur semble dire une dominée) à quelques époques ou quelques siècles que ce soit. Et la narratrice de se débattre avec ses souvenirs et ses vies.

Le prince en contractant un quatrième mariage la répudie de fait, elle est devenue une ombre au palais, même S ne veut plus l'aider. Son serviteur se détache d'elle. La fuite paraît la dernière solution.

Dans sa vie de maintenant, elle s'efforce d'être une épouse modèle, mais sans grand succès.

La narratrice, femme de plusieurs destins, hier princesse pauvre, aujourd'hui femme moderne relativement aisée! Ses souvenirs se bousculent dans sa tête, l'empêchant de vivre normalement.

Sa vie antérieure semble beaucoup plus exaltante que sa vie dans notre époque.

Le serviteur S ancien amant, mutilé, puis vendu au prince par sa famille, aidera la princesse pour une courte soirée hors du palais, mais sera durement puni pour cela. Le prince, exilé par le roi son frère, végète dans un palais triste ; seules quelques sorties à l'opéra semblent l'émouvoir encore ; ils sont les personnages de l'époque ancienne.

Le mari A, archéologue, est le seul protagoniste de l'époque actuelle. Le passé de son épouse et ses idées lui semblent fictifs.

Un livre complexe dans sa structure, car pleins de retours en arrière et donc de changements d'époques. Où sommes-nous et quand ?

Une idée originale pour une oeuvre envoûtante et intemporelle, mais pas d'une lecture très aisée.

Une découverte, mais il n'est pas réellement facile d'en parler.

Extraits :

- Car, si je prétendis connaître parfaitement ma destination, j'ignorais encore mon itinéraire.

- Quoi qu'il fasse, il ressemble toujours à quelqu'un.

- Dès qu'il commençait à parler, il n'avait plus besoin de femme.

- Je ne suis pas faite pour cette vie moderne.

- Avec le temps nos rôles s'étaient inversés. Mon esclave était devenu mon maître.

- Devenue inutile au prince, je l'étais également à mon serviteur.

- C'est en se courbant très bas devant moi qu'il me piétinait le plus impitoyablement.

- J'ai traversé des siècles sans pouvoir échapper au juste châtiment.

- La liberté dans la misère ne valait pas mieux que l'esclavage dans l'aisance.

- Mon mari sentirait-il enfin, l'odeur de l'autre époque?

- Car, en fin de compte ce monde-là me concernait peu.

Éditions : Actes Sud.

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07 octobre 2007

TRUDEL Sylvain / Du mercure sous la langue.

Du mercure sous la langue.

Sylvain TRUDEL

Note : 4

Dieu hait son âme*.

Premier livre de cet auteur québécois né en 1963 que je lis. Un livre fort, une grande leçon de courage et de vie.

Frédéric a dix sept ans, sa mort est programmée pour quand au juste, personne ne le sait, mais la fin est proche.

Alors il se raconte, réfléchit à sa courte vie, pense à ses parents, se dit qu'il vaut mieux mourir jeune que de vivre comme son père.

Quelques rayons de soleil parfois illuminent ses journées d'hôpital la visite de sa psy, belle femme dont parfois il remonte le moral. Celles de son grand-père ou alors de son ami Louis qui guérit quittera l'hôpital. Mais surtout ce sont ses rencontres avec Marilou, comme lui écrivant des poèmes qui sont ses grands moments de bonheur. Mais celle-ci à son grand regret quittera l'hôpital :

-Elle est partie si vite que je n'ai pas eu le temps de lui faire un enfant.

Il se donne un nouveau nom, celui d'un obscure poète italien "Le Poète métastase" ce qui horrifie l'hôpital et ses parents.

Il se refuse à voir ses amis, pour ne pas montrer sa déchéance, il se querelle avec l"abbé de l'hôpital, car il refuse de se confesser, car dit-il "Je n'ai aucun pêché"

Maryse Bouthillier, la psychothérapeute, comme tout être humain a des périodes de doutes, surtout avec son métier, elle amène à Frederic une présence féminine autre que familiale, elle lui fait repenser à une maîtresse d'école dont il fut amoureux autrefois. Mais en la regardant, il se rend compte qu'il n'atteindra jamais l'âge adulte, ne se mariera pas et n'aura pas d'enfants.

Grand-père Baillargeaon et grand-mère Emilia donnent aussi, avec ses parents, de par leurs visites, de courts instants de bonheur.

Malgré la gravité du propos, Sylvain Trudel ne tombe pas dans le mélo facile, au contraire. Ce roman donne une leçon d'espoir en racontant cette histoire avec le ton juste, un sentiment de révolte, un enfant ne devrait pas mourir de maladie (ni de rien d'autres d'ailleurs) à cet âge. Il y a également un fatalisme enfoui dans cette écriture, mais presque caché. A noter la présence de poèmes disséminés par-ci, par-là.

Un très grand livre!

Quelques expressions populaires suivant le côté de l'atlantique que l'on se place se ressemblent fort tout en étant légèrement différentes :

L'auteur parle de lit rembourré de noyaux de prunes, j'ai toujours entendu noyaux de pêches! Avoir le moral dans les pieds revient pour moi à avoir le moral dans les chaussettes!

Extraits:

-Dans nos contrées civilisées, les gens préfèrent mourir du coeur: c'est plus noble que de mourir de la vessie, des intestins ou des testicules.

- Mon pauvre père, si gentil, si fatigué, si démuni. Il mériterait mieux que ça.

- Un poitrail de buffle rempli d'affection pour son petit-fils qui n'aura jamais le temps de le décevoir ou de le scandaliser.

- Mais elle m'a fait promettre de revenir la voir un autre tantôt.

- Les singes et nous, on est plutôt des cousins qui auraient eu le même grand-père.

- Maman, je te l'ai déjà dit cent fois, je ne veux plus être vu.

- Dans l'épreuve de beauté qui l'oppose au jour, Marilou perd du terrain.

- Si j'avais eu de la bonne moelle osseuse, j'aurais voulu me greffer à Marilou pour toujours.

- Ils sont arriérés les gens en bonne santé, il croit que le rire aide à guérir! On voit bien qu'ils n'ont jamais souffert.

Éditions : Les Allusifs.

*Une des dernières phrases du livre.

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15 avril 2007

INCARDONA Joseph / Dans le ciel des bars

Dans le ciel des bars

Joseph INCARDONA

Note : 4

Points de rupture.

Recueil de nouvelles(14) noires et souvent fortement alcoolisées d'un auteur Suisse né à Lausanne. Il vit actuellement à Bordeaux.

Une hôtesse de l'air tue son amant ; pour ne pas se faire remarquer, elle attend qu'un avion décolle et le coup de revolver passe inaperçu, elle aussi, quelques minutes après dans l'aéroport.

Une plongée dans le monde de la boxe, un homme en fin de carrière refuse de se coucher, pour vexer une blonde dans le public!

Une femme passablement éméchée voit son voisin, jeune étudiant venir lui emprunter un ouvre-boîte, hélas celui-ci n'ouvre pas tout!.

On peut faire la fête avec un collègue de travail, rêver avec lui de Copacabana et de Brésiliennes en string, et pourtant ne pas le connaître vraiment.

Certaines pressions peuvent faire plaisir, mais faire fuir ensuite. Tout est question de circonstances.

Louis est au bout du rouleau, même pour les pires boulots, personne ne veut de lui. Quelqu'un le renverse sur le trottoir, et un petit miracle arrive.

Albert Dupuy d'Orleac a des problèmes : le titre de la nouvelle nous l'explique "La queue d'Albert". Eh oui cet appendice qu'il a laissé traîner où il ne fallait pas, ou plutôt avec qui il ne fallait pas, c'est-à-dire avec Tamara la maîtresse d'un des pires caïds de la maffia russe. Ce n'était pas la meilleure idée de sa vie, il espère arranger l'affaire en quelques coups de téléphone, son triomphe sera de courte durée.

Des femmes meurtrières ou délaissées, sombrant dans l'alcool. Un boxeur en fin de carrière, qui n'a plus guère d'espoir, un convoyeur de fonds, qui d'un coup perd toutes ses illusions.

Un jeune garçon, fils d'une prostituée, découvre l'amour physique et sa mère éprouve de la haine pour cette jeune fille.

Un héritier qui règle ses problèmes personnels dans sa voiture, dont il déteste le chauffeur.

La femme d'un écrivain prétentieux quitte un coktail dans un état d'ivresse avancé, comment arrivera-t-elle dans son appartement?

Un enfant entre dans une nouvelle école, encore une fois il semble la victime toute désignée du reste de la classe.

Beaucoup de ces personnages semblent très ordinaires, mais j'espère n'avoir jamais à les côtoyer.

Peu d'espoir dans toutes ses histoires, des êtres meurtris sans perspective d'aucune sorte, en font une oeuvre qui marque.

L'écriture est fouillée et précise tout en restant agréable. La relative brièveté des histoires donne du rythme à l'ouvrage. A lire un jour de grand soleil, sinon......

Extraits :

- La vie continuait et il était tout à fait possible qu'elle soit passée à côté.

- L'expérience est un peigne qu'on te donne quand tu deviens chauve.

- Blaise envoya se faire foutre Nicorette, les Alcooliques Anonymes et autres adeptes du tofu.

- Peut-être à l'instant où l'on réalise que l'on crèvera un jour ; l'instant exact où l'on n'était plus immortel.

- Les hommes étaient sa nourriture et après?. Les putes sont les déesses de l'enfer. Il l'aimait.

- Pour Louis, l'avenir était un mot qui sonnait creux.

- Dieu était une femme en vison, une lady Godiva en talons hauts.

- Encore un con, songea-il. Les rues en étaient pleines. Les cons en voiture constituaient le cas de figure le plus fréquent.

- C'est drôle mais déjà à l'époque, je trouvais que les lundis matins avaient une sale gueule.

Éditions : Delphine Montalant / Pocket.

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09 avril 2007

PROULX Monique / Les Aurores montréales

Les Aurores montréales

Monique PROULX

Note : 5

Bienvenues!

Monique Proulx est un écrivain québécoise dont j'ai déjà parlé pour "Un homme invisible à sa fenêtre". Ce livre "Les Aurores Montréales" est un recueil de nouvelles qui est pour moi une relecture qui m'a redonné le même plaisir.

J'admire les écrivains qui en quelques pages disent tout, et c'est le cas ici. Pas un mot superflu, c'est net et précis, mais cela prend aux tripes. Les fins de ces courtes histoires sont toujours surprenantes et déroutantes. La nouvelle qui débute ce livre nous parle de la découverte de la neige par des émigrés venant d'îles tropicales. Je pense à "L'enfance de l'art" qui laisse abasourdi. Une autre est plus heureuse : "Gris et blanc". Par contre, "Français, françaises" souligne la stupidité d'un certain milieu intellectuel.

"Madame Bovary" est un chef-d'œuvre d'observation d'une bourgeoise, qui reçoit un journaliste. Elle sera prise au piège de ses rêves et pour elle le retour sur terre ne sera pas sans désillusions, mais méritait-elle autre chose? J'ai beaucoup aimé également "Jouer avec le chat", qui nous rappelle que le temps passe et que la mort nous guette.

Dans une lettre, une jeune asiatique, fraîchement arrivée, peine à décrire la profusion de marchandises dans les étalages des magasins.

"Oui or no" est une étrange métaphore culturelle et linguistique entre le Québec et le Canada. La femme Eliane francophone comme son mari Philippe et l'amant Nike Rosenfeld, qui, lui, ne s'exprime qu'en anglais.

Des personnages ordinaires qui arrivent à Montréal pour des raisons souvent économiques, d'autres pour quitter la campagne, ou pour se rapprocher de sa famille.

Gaby, jeune fille de 17 ans, trouvera vite du travail, elle fera ce qu'il faut pour! Entre Pierre, le père, qui ne devient pas adulte et "La petite" sa fille née vieille, les relations sont tendues, mais il s'installe à Montréal pour elle.

Pauvre Martine, l'arrivée de sa mère Fabienne pour des vacances, sera pour elle un vrai chemin de croix.

On ressent de la peine pour ce brave travailleur qui se voit refuser son chèque dans une banque dans "Tenue de ville" et qui comprend que :

"Le chèque est bon, sans nul doute. Ce n'est que lui qui ne l'est pas".

On s'aperçoit également que l'héroïsme ne paie plus, mais au contraire n'amène que des ennuis.

Une très belle écriture pour des sujets touchants, humoristes parfois, cruels aussi. Mais quelle générosité dans la manière d'écrire et de dépeindre des personnages venant d'horizons si différents. Le livre idéal pour s'initier à la littérature québécoise.

A noter cette trouvaille pleine d'humour dans "Français, Françaises" les éditions "Galligrasseuil".

Extraits :

- La beauté blanche qui tombait à plein ciel, absolument blanche partout où c'était gris.

- Je suis trop grosse. La vie est laide.

- La chatte, bien sûr, est celle qui séduit, puisque depuis toujours c'est l'affaire des chats d'apprivoiser les hommes.

- Bientôt il dérive en compagnie de Neil Young au milieu d'amours plaintives et de sentiments simples.

- Martine retrouva intégralement sa mère, moulin à débiter du vide, incroyable déversoir de puérilités diverses.

- C'est l'histoire aussi d'un petit pays confus encastré dans un grand pays mou.

- Il est vrai qu'ils sont les vainqueurs et que nous sommes ennemis.

- Aides-moi, ô Aataentsic, à demeurer un être humain.

- On peut dire de lui, si l'on est honnête et objectif, que c'est un bon fils. Il me ressemble, en pire.

Éditions : Boréal

Autre chronique de cet auteur :Un homme invisible à sa fenêtre

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20 novembre 2006

TREMBLAY Michel / 44 minutes, 44 secondes

Quarante-quatre minutes, quarante-quatre secondes.
Michel TREMBLAY

Note : 4

Et le spectacle continue.

Un chanteur revient sur le seul disque qu’il a enregistré, il y a trente ans.

L’histoire d’un homme, d’une courte carrière avec en tout et pour tout un trente-trois tours, dix chansons, donc dix chapitres.

François Villeneuve commence l’écoute du CD qui résume toute sa vie, et il se rappelle son passé à travers chaque morceau de musique. Sa gloire éphémère, sa jeunesse, l’étiquette de chanteur comique qu’une de ses chansons lui a valu !

Son "gérant de carrière" qui est en même temps son amant, leurs querelles artistiques. Ses premiers succès dont "Le petit comique" en souvenir de son oncle Pit, homme complexé par sa petite taille, boute en train de toutes les fêtes de famille. Chanson qu’il compose en rébellion contre son imprésario, en une nuit. De vedette "américaine" il passe au statut de vedette, de première partie, il devient l’artiste principal, son premier disque sort. Il ne sait pas à ce moment-là que c’est le dernier. Nous suivons à l'écoute de ses dix chansons, sa jeunesse, sa débauche, son penchant pour l'alcool, sa déchéance à l'annonce de sa différence sexuelle, une carrière avortée et une vie entre parenthèse. Le concert pour le lancement de ce disque ou courageusement, mais naïvement, en avouant à mots couverts son homosexualité, il brisera sa carrière.

Tremblay parle également du fait, pour un chanteur, de se retrouver prisonnier d'une chanson qui ne le représente pas du tout et qui le fait passer pour un humoriste. C’est encore vrai maintenant ou très peu de gens arrivent à se sortir de cette espèce d’étiquette qui leur colle à la peau. Seule note d'espoir, en 30 ans, les choses ont heureusement évolué sur le plan de la libération des mœurs.

J'ai aimé ce livre, étant de la même génération que l'auteur, je me représente le fait d'avouer son homosexualité en 1964, surtout que le Montréal de l'époque ne passait pas pour un modèle de libération sexuelle ou littéraire (comme le reste du monde d'ailleurs). Et en plus Michel Tremblay nous parle de Jacques Brel, de Georges Brassens et de deux grandes chanteuses françaises, Colette Renard et Pia Colombo, en plus de tous les chanteurs québécois de l’époque.

Une histoire qui sonne vrai et je rejoins tout à fait Cuné, qui disait que les textes de ses dix chansons manquent, quelque part dans la tête et dans le roman.

Extraits

- Il se dégageait de ce bureau une atmosphère d’évident de je m’en foutisme distillée par des années de routine et de laissez-aller.

- Maintenant il avait cinquante-cinq ans et il était incapable de faire face à son passé.

- Puis le résultat final dont il avait été fier. Et qui avait été sa perte.

- Il avait toujours préféré les déprimes post-marijuana aux lendemains de veille d’alcool ; pourtant il avait plus bu que fumé.

- François Villeneuve est de retour ! Une bouteille de Beefeater à la main. Ou un joint. Ou un condom.

- Il devient presque l’auteur du seul "Petit comique" et ça le rend fou. Il est devenu l’esclave d’un coup de tête

- S’il voulait absolument boire. Au point de vouloir mourir. Après avoir écouté jusqu’au bout ce qui restait de son année de gloire.

- Il se rend compte que l’alcool a déjà commencé à embrumer son cerveau.

- Des chansonnettes ! Mes chansons, des chansonnettes !

- Ben oui. Il avait failli. Comme lui, François avec sa naïveté et sa grand gueule.

Editions Actes-Sud.

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07 juillet 2006

GEVERS Marie / Vie et mort d'un étang & La cave

Vie et mort d’un étang & La cave

Marie GEVERS

Note : 4,5

Histoire d’eaux

Second roman de Marie Gevers que je lis en peu de temps. Un ouvrage bucolique après les violences irlandaises de Bolger et McCabe.

Dans "Vie et mort d’un étang", nous suivons une femme et les plaisirs simples que lui procurent les souvenirs de son enfance dans une famille avec de nombreux enfants. L’étang en forme de huit avec deux îles, qui paraissait inaltérable. Les peines et les joies, la mort d’un enfant, le sauvetage d’un chien, le retour pas forcement souhaité d’un mari.

L’ambiance et la sérénité des veillées familiales. Les problèmes de pollution de l’étang, avec "La peste des eaux" et ses ravages. L’histoire attendrissante du canard solitaire, seul rescapé des repas de famille, qui se doutant de son sort se cache, mais une enfant attendrira son père et le canard mourra…..de vieillesse.

Les parfums des saisons, les noms des arbres et des oiseaux, les poissons et la nature sont les vrais personnages de cette histoire qui trouvera son triste épilogue dans la construction d’une voix ferrée.

Dans le second récit "La cave", qui débute le 3 décembre 1944, la nature est réduite à la portion congrue mais elle est là malgré tout. L’étang est mort depuis dix ans, mais il est vivace dans les mémoires.

Une vie au jour le jour, dans cet abri de fortune pendant la guerre, une femme pleure son fils mort pendant un bombardement. Mais malgré tout les tracas quotidiens brisent la monotonie de la vie. Les espoirs de voir rapidement la fin de la guerre aide aussi à tenir le coup, malgré la pénurie générale. Noël passe, la vie continue. Mais la mort aussi est là.

J’aime beaucoup ces histoires qui parlent de vies ordinaires, dont nous pourrions faire partie, il semble ne rien se passer ou alors doucement, aux rythmes des saisons. L’écriture est simple mais belle, j’ai toujours l’impression d’être un témoin proche de la vie de la famille.

A noter en fin d’ouvrage : La vie, l’œuvre, l’époque : Marie Gevers 1883/1975.

Extraits :

-Car, en ce temps là, un des huit eut treize ans à jamais.

-Pour cueillir les noisettes, on se glissait en barque sous les buissons, flottant ainsi entre la réalité et le mirage ; et

 

pour une seule que l’on dérobait il y en avait deux de moins, celle de l’arbre et celle de l’eau.

-Me mère aimait à voir les couvées de poussins, couleur de blé mûr, entourer les canes mères ; elle aimait aussi à les mettre à la casserole en automne.

-Martha, abondante de corsage et violente de nature inquiétait ma mère.

-"Une chose au moins nous restera, l’étang, ils ne pourront pas supprimer l’étang".

-Maintenant, on comprend fort bien comment toute une civilisation peut sombrer.

-13 janvier 1945.

O mon cher compagnon de toujours. Toi, arrêt du cœur.

-9 septembre 1959

J’ai rêvé de l’étang. Il vivait. Il balançait de nouveau les reflets de ma maison.

Edition Jacques Antoine

Posté par eireann yvon à 09:04 - Littérature francophone - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 juin 2006

GEVERS Marie / La comtesse des digues

La comtesse des digues

Marie GEVERS

Note :5

Les quatre saisons des digues.

Marie Gevers est une auteur(e) belge (1883/1975) native d’Anvers. En 1937 elle est élue à l’Académie royale de Langue et de Littérature française de Belgique. La Belgique a édité un timbre à son effigie.

Ce roman se passe sur les rives de l’Escault. Le père de Suzanne, dernier comte des digues vient de mourir ; temporairement celle-ci prend la suite. Nous la suivons durant une année, celle où sa vie va se décider.

Les tourments de Suzanne, enfant choyée, prise entre les contraintes imposées par une bourgeoisie locale et ses sentiments.

Ces gens de l’Escault "Qui disent rarement oui ou non" et qui arrangent les mariages au mieux des intérêts des familles. Ou pour qui, un mensonge (soit, par omission !) au nom du profit ou de la terre, n’est pas un pêché ! La richesse de la région provient de deux sources : l’osier et les briques, donc tout est bon pour agrandir le domaine familial. Suzanne peut-elle briguer le poste de "Comte des digues", nul ne doute de ses compétences, mais une femme peut-elle être élue ?

Les personnages sonnent juste, il nous semble les connaître.

Suzanne est foncièrement humaine, elle aimerait se marier mais elle est retenue par une éducation stricte dans laquelle les barrières sociales sont primordiales. Une de ses cousines ose rompre ses fiançailles, Suzanne l’approuve mais, hésite pour elle-même "Que ne suis-je semblable à Maria".

Deux hommes vivent dans son entourage, lequel la vie lui destine ?

Triphon était quasiment l’associé de son père. Bel homme, il vit dans la demeure familiale, mais il n’est qu’un travailleur. Suzanne a un fort penchant pour lui, mais ses manières hautaines mettent le jeune homme dans l’embarras. Triphon part en Angleterre laissant Suzanne désemparée, dans le travail et dans ses aspirations personnelles. Il espère devenir un "Monsieur" et pouvoir épouser Suzanne à son retour.

Max Larix, qui vient d’hériter de "schorres*" représente certes l’étranger au village, mais il est socialement acceptable au yeux de la famille et de l’entourage de Suzanne. En plus c’est un homme bon et cultivé amateur de nature, mais il a pour projet de partir au Congo. Sa famille à l’insu de tous est responsable du départ de Triphon ; un mariage qui réunirait les deux domaines voisins n’est pas pour déplaire à sa mère.

Une écriture classique, sans aucun sens péjoratif, limpide et agréable. N’oublions pas que ce livre a été écrit en 1931, les mentalités et les situations peuvent nous paraîtrent désuètes, mais l’histoire de Suzanne et des digues, elle, est intemporelle. Des paysages magnifiquement décrits. J’ai aimé cette société rurale avec ses qualités, entraide et simplicité, ce monde encore régi par certaines croyances païennes, mais la médisance et la calomnie font vite le tour du village !

Pour moi, une vraie découverte.

Extraits :

-Parfois, des échanges de parcelles se font, mais le plus souvent, des mariages bien arrangés apportent à tel briquetier telle terre convoitée.

-Bien…..dit placidement Jo ; je pense qu’il était temps. Vous ne pouviez tout de même pas l’épouser, n’est-ce pas ?

-Et en elle ? Ah ! En elle, depuis trois mois, tant de taupes avaient travaillé, tant d’émois avaient passé !

-Son mariage projeté avec Amand van Stratum, n’était qu’une affaire de terre glaise.

*Prés submersibles.

Babel/Actes Sud.

Posté par eireann yvon à 13:58 - Littérature francophone - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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