19 janvier 2011

VOLKOFF Vladimir / Métro pour l'enfer.

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Métro pour l'enfer.
Vladimir VOLKOFF.
Note : 3, 5 / 5.
Au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable.
Un des romans de science fiction qui m'a fortement marqué il y a très longtemps, mais dont j'ai complètement oublié la trame. J'avais également perdu le nom de l'auteur ! Ce roman a obtenu le prix Jules Verne en 1963 !  C'était vraiment jadis, même si ce livre se déroule dans le futur !
Nous sommes en l'an 15536 de l'ère « Psi » dans un monde souterrain et mystérieux, un endroit peu réjouissant à vrai dire.
Plusieurs narrateurs, enfin leurs Mnémos-enregistrements : Petit Nicolas, soldat violoniste, vivant. Interrogé au laboratoire « Léthéville ». Il a été attiré ici bas (c'est le moment de le dire) par Marie-Anne, l'amour de sa vie, morte depuis quelques temps. Le voila accompagné de son instrument favori au royaume des morts avec une fiancée blafarde!
Nattier Marie-Anne, morte (nécrozone), mais semble éprouver encore quelques sentiments humains dont l'amour pour Nicolas et se souvient de sa vie en surface.
Mauvisage Henry aventurier, mort (nécrozone). Passant les épreuves pour connaître son grade en Nécrozonie au laboratoire spécial des Champs-Elysés. De cercles en sections la sélection le transforme en une entité mi-homme, mi-robot, seule une parcelle de lucidité lui indique sa conduite et une certaine retenue. Pour un temps seulement, car du fait de ses compétences très particulières, il retourne à la surface négocier avec le gouvernement français.
Bar Bathilde, directrice d'un centre de transfusion sanguine, vivante. Condamnée à mort au laboratoire spécial du Prince de Lumière-gloire à lui. Enlevée en surface, car elle se montrait un peu curieuse sur certains achats en grandes quantités de poches de sang. Elle est sauvée in extrémis pour devenir concubine du dit Prince de Lumière-gloire à lui.
Le prince-gloire à lui, prénommé Bob-honte à lui, est un tantinet ridicule  lui aussi, surtout qu'il faut qu'il assure sa descendance, car il est bien vivant.
Parmi les personnages rencontrés dans l'au-delà, Sacha Guitry, François Mauriac, Curnonsky qui bien entendu se plaint de la qualité de la nourriture !
Dans ce livre comme  dans pratiquement tous les autres traitant du monde futur, l’existence n'est pas particulièrement réjouissante! Même pour les morts pour qui la vie (?) souterraine  est encore plus dure que l'existence en surface et surtout beaucoup plus longue ! Bref pratiquement tout le monde souhaite  la mort, mais la vraie et la définitive, le zéro absolu!
Un monde de morts-vivants ou l'inverse peut-être un peu à l’instar de l'enfer de Dante ou les personnages sont aspirés dans un cercle sans fin .
Agréable mais sans plus. Dommage, car la première partie du récit est très intéressante, mais   quelques péripéties surtout vers la fin sont un peu cousues de fil blanc.
Dorénavant lorsque j'irai à Paris, je me méfierais des dernières stations de la ligne ! Par exemple je descendrai à Croix de Chavaux et non pas à Mairie de Montreuil ! Endroits que j'ai beaucoup fréquentés dans ma jeunesse.
Extraits :
- Moi, personne ne m'attendait jamais.
- Contre mon épaule, elle était si légère, Marie-Anne! Bien plus légère encore que par le passé.
- Et, sur des panneaux bleus, s'inscrivait en lettres blanches, carrées, le nom du dépôt : Léthéville .
- Mademoiselle le docteur, votre boîte doit être la Société Anonyme Des Morts Et Des Ressuscités !
- Tu vois, petit, on ne vieillit pas. C'est le seul avantage de la situation. Et on s'en lasse vite.
- Les savants, monsieur Mauvisage, ont découvert ce que les prêtres de toutes les religions savaient de toute éternité : la chair veut être punie dans la chair.
- Il me restait deux moyens : on devine lesquels.
- Décidément, je ne me sentais pas en sécurité dans la saleté des vivants.
- Pendant qu'il prenait des papiers, feuilletait un livre ou deux pris au hasard sur ses rayons, et je m'étonnais que j'eusse pu jadis aimer des livres : moins que le sang, moins que les femmes, mais, tout de même je les avais aimés.
- Ainsi donc, concubinage blanc ?
- Il semblerait que, en dehors de l'adénosintriphosphate et du sang frais, elle ait absorbé un autre élément, un élément inconnu.
De l'amour.
Éditions : Presse Pocket. (1963).

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11 janvier 2011

PRILLEUX Frédéric / Y'a pas de sots métiers !

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Y'a pas de sots métiers !

Frédéric PRILLEUX (coordonné par)
Cent fois sur le métier...
Note : 3,5 / 5.
Neuf fois sur mon clavier je me suis penché.... pour chroniquer ce recueil annuel. Déjà diront certains, il est vrai que pendant quelques années comme j'ai pris le train en marche, j'en ai lu plusieurs, donc cela semble être passé plus vite.
Dix années, dix auteurs, Cyrille Aubry, Michel Chevron, Philippe Delaoutre, Annick Demouzon, Pascale Fonteneau, Joseph Incardona*, Francis Mizio*, Jérôme Picot, Dom Roy et Emmanuel Urien*.
Il n'y a pas de sots métiers, c'est ce que l'on dit, mais parfois on peut avoir des doutes, ici ce ne sont plus des doutes, mais des certitudes ! Ou alors c'est que les gens les font sans conscience professionnelle ou alors avec une certaine inconscience professionnelle.
« L'odeur du cuir » débute ce recueil, je me dis : tiens cela commence bien, une bonne vieille odeur de cuir, j'ai donné plus que ma part, mais pas dans les gants de boxe. L'histoire d'un jeune garçon dans le milieu du « noble art », autour du ring et sa faune pour le moins étrange.
Un autre jeune garçon un peu limité, Rodolphe Dendron ; grouillot, c'est son titre et sa gloire. Le bâtiment mène à tout, c'est bien connu. Alors quand Rodolphe découvre par hasard une lettre, il mène son enquête! Mais malgré l'aide de Pythagore et de son théorème, notre jeune garçon va faire quelques nœuds dans sa théorie....
« Boomerang »comme son nom ne l'indique pas se passe en Louisiane, en 1964, il y a longtemps. On espère que les choses ont changé depuis, mais est-ce bien sûr?
« Comment parvenir au dernier niveau », c'est l'histoire de Mario, de son frère Luigi et de Peach, la femme de ses rêves. Le problème est que le monde du travail est devenu un cauchemar (ne l'est-il pas déjà? Je me pose la question, souvent). Une des nouvelles les plus réussies de ce livre.
Dans « Claque quarante », il est question d'un voiturier de nuit, croisement de deux crises : celle du stationnement et celle de la bourse. Et quand la bourse chute, certains boursicoteurs aussi, le problème est qu'il y a des victimes innocentes, qui sont au mauvais endroit au mauvais moment.....
Monsieur Dairain cultive à l'insu de tous son jardin secret : devenir célèbre adulé. Bref adepte d'Andy Warhol avant la date, il veut son quart d'heure de gloire. Alors il remplit de notes son carnet, il s'isole, et écrit. Quitte son travail pour noircir des pages et des pages, la reconnaissance n'est pas au rendez-vous. Et lorsque enfin il touche du doigt le but de sa vie, un malotru qui a revisité le concept de la femme au foyer lui vole la vedette ! Pour tous les métiers du monde, aussi rare soit-il, il faut des hommes et des femmes pour les exercer. Un « Sommetier » en fauteuil qui guette, scrute, observe, épie, est attentif à tout et à tous. Les jumelles rivées à ses yeux, mais la pensée vagabonde, il se souvient et ressasse, sa vie ou se qui aurait dû être sa vie...Et sur la paroi un homme monte, monte de plus en plus haut...Il y a des prénoms lourds à porter « Marguerite » par exemple, effeuillons un peu beaucoup etc....Elle y a cru un moment, mais maintenant l'âge est là et ses anciens amis meurent tous les uns après les autres de leur belle mort. Un marcel, ce n'est pas forcément un maillot de corps à trous et sans manches, cela peut être également un homme de 37 ans célibataire et pourquoi pas policier municipal, bref un homme bien sous tout rapport, on en connait tous un de ce genre de personnages, enfin on croit le connaitre ! Mais l'orgeuil est un vilain défaut ! La vie n'est-elle qu'une vaste équation sur plusieurs niveaux ? La question reste posée. Mais pour celui qui maîtrise tous les paramètres, alors il faut choisir, le bien ou le mal....
Une nouvelle rubrique cette année « L'auteur par lui même », excellente initiative, car pour certains d'entre eux, c'est la première publication. Pas une excellente cuvée, certaines nouvelles m'ont semblé hors sujet et de moins bonne qualité que les autres années.
Extraits :
- En fait, je les vois encore ses jambes, comme ses cheveux et ses dents. C'est des choses qui ne s'oublient pas, même si on a des raisons pour.
- C'est que je suis astigmate, j'ai aussi un problème de strabisme. En fait je ne vois pas droit, précisa le jeune homme.
- Sommetier ça s'appelle. À cause de sommet. À cause de la folie des sommets. À cause. À cause de moi.
- Elle aurait pas dû s'appeler comme ça. Mais c'est trop tard pour changer.
- Autant dire que rien ne préparait Marcel au travail du policier municipal.
- Quelques blancs fréquentaient régulièrement le Black Angel, le sexe étant moins discriminatoire que les droits civiques.
- Il aurait fallu plusieurs vies pour mener à bien tout ça, dont une au moins pour glander de temps en temps.
- Enfin c'était, parce que maintenant, Paris pour les pauvres c'est un luxe. Les indigents sont à la capitale ce que le ramasse-miettes est à la nappe.
- Elle n'avait jamais su cuisiner sans faire le plus grand bruit, peut-être pour compenser l'inéluctable fadeur de ses plats.
- Mais la femme de Félix Dairain, à tout prendre, tenait plus du chameau que de la nymphette ; elle n'était discrète qu'en dormant......
Éditions : Granit noir (2010).
Auteurs chroniqués sur ce blog :
Incardona Joseph : Dans le ciel des bars.
Mizio Francis : La santé par les plantes
Urien Emmanuelle. : La collecte des montres.

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28 décembre 2010

SAN-ANTONIO/ San -Antonio chez les Macs.

Sa
San-Antonio chez les Macs.
SAN-ANTONIO.

Mes cornes m'usent.*
Note : 4 / 5.
Une récréation littéraire et un ultime éclat de rire pour cette dernière chronique de l'année ! Et également ma seconde participation au challenge « San Antonio » créé sur ce blog :
http://fattorius.over-blog.com/
Notre héros ayant écourté ses vacances pour cause d’ennui rentre à Paris. Mais au lieu d'une nuit torride avec sa dernière conquête ferroviaire, il se retrouve avec, sur les bras  (et non pas dans ses bras!) une affaire d'empoisonnement dans le gratin parisien (le gratin dauphinois étant trop commun et provincial pour ce milieu!). Après une enquête sommaire, mais menée avec dextérité et de main de maître (pas d'hôtel), il s'avère que le whisky, pourtant hors d'âge (il date de l'époque de Malte Usalem, un des inventeurs de cette boisson) et non frelaté, est à l'origine de cette indisposition que nous souhaitons passagère (celle de la SNCF attend toujours que S.A se magne le train pour jouer « à rentrons dans le tunnel et ne me laisse pas sur le quai! »).
Revenons à nos moutons, comme dirait un berger écossais, nommé Haggis, en se grattant la panse (il leur arrive aussi de gratter la panse des brebis, sauf bien évidement les galeuses! Les brebis écossaises bêlant en gaélique, celles qui combinent les deux adjectifs précédant sont nommées brebis « Gaga »! Toute ressemblance avec une chanteuse court vêtue serait fortuite! Certains érudits me feront remarquer que certaines de ces herbivores bêlent en Picte, mais n'ayant aucune connaissance de cette langue ancienne, je les laisse à leurs certitudes celtiques. Au petit matin, je ne m'étendrais pas sur la fin de nuit où une brave provinciale adepte du train a connu le septième ciel sans passer par la case embarquement immédiat ; cela, c'est ce qui aurait dû se passer. Mais l'ami généreux donateur de la boisson incriminée est retrouvé mort! Et la cause du malaise des hôtes de la haute société invités est de l’héroïne mélangée au breuvage  mentionné plus haut ! Alors, notre commissaire, d'un coup d'aile, s'envole vers l’Écosse et la distillerie de Daphné Mac Herrel, dans ses bagages car il a pris un avion gros porteur Bérurier , lui-même en chair (beaucoup) et en os (pas mal non plus!).
Nos héros sont en route pour malte (moult) aventures que l'auteur va nous distiller au compte goutte, des personnages aux raisonnements alambiqués, mais San Antonio veille au grain car beaucoup cherche à se faire du blé avec un certain nombre de flacons (qu'importe le flacon, pourvu que l'on ait l'ivresse!). Après plusieurs rendez-vous polissons avec quelques Miss ou Lady des Highlands, qui ne retirent pas simplement le haut. Au passage un cours (magistral, of course) des us et coutumes de l’Écosse médiévale, à l'époque les hommes pour faire leur cours effeuillaient, non pas la marguerite, mais le chardon ! Et avec une pince à épiler. Les Scottishs godiches et pas potiches se morfondaient en déclamant ces vers :   
Quelle est longue l'attente
Que de désir son Tartan se tende
Et avant que je ne sois trop tarte
Qu'il me roule une pelle à tarte!
Nous jouerons à saute mouton
En buvant du Glendeveron,
Puis je lui roulerai une cibiche
En sirotant du Glenfiddich.**
Poème anonyme d'une époque indéterminée.

Mais aussi des rencontres avec des produits locaux (autre que le whisky) , fantômes et monstres marins, une série de plaies et bosses, bref tous les ingrédients d'un roman de San Antonio! Certains crimes de lèse majesté finiront confits dans le whisky : quel gâchis!
La morale de l'histoire « La vérité est au fond du puits » et comble de l'ironie, c'est près de la promenade des Anglais que notre séducteur (qui, il me semble, se la joue un peu, du verbe jouer et non pas la partie de visage que l'on tend dans diverses circonstances!) trouvera la solution de l'énigme!  Bruce Wallace et Robert the Bruce doivent se retourner dans leurs tombes .
Je ne vais pas, dans la liste des personnages,  citer les héros récurrents de la série, San A. Béru etc....
Daphné Mac Herrel, qui n'est pas une lady à se faire du mouron et qui n'est pas non plus une cousine éloignée de la célèbre romancière britannique (là il faut suivre!) est trop âgée pour diriger la distillerie.  Sa nièce Cynthia qui a plus d'un tour sous son kilt (qui n'est pas rouge comme pourrait le laisser croire un consommateur de vin provenant d'une bouteille étoilée) semblerait plus apte à diriger la contrebande de produits stupéfiants. Quelques personnages secondaires, Sir Consy  (dont la devise est « Soyez bref ») Sir Contence Haggravante (qui lui pour raison pécuniaire a bradé à une marque de poudre à café la célèbre phrase « Ce n'est pas la peine d'en rajouter » dans des circonstances qui ne regardent que lui et le fisc écossais).
Après avoir parlé de ce livre, si je le lisais!
Extraits :
- On a les fauchés avec du fric, les bourgeois avec des honneurs, les riches avec des menaces de déshonneur.
- C'est une dame mûre mais que personne ne doit cueillir.
- Sous sa robe de chambre elle porte un soutien Georges VI écossais et un cache-Sussex écossais. Va falloir que je me tienne à carreaux quoi.
- La crèche est immense et plus gothique que le titre d'un journal allemand.
- La cabane pue le hareng fumé, la lampe fumeuse, la pièce enfumée, la fumée du tabac, le noir de fumée et la chaussure des caoutchoucs surmenés.
- J'éclate alors d'un rire qui serait homérique si j'étais grec mais qui n'est que rabelaisien.
Éditions : Fleuve noir (1995).
*Devise du clan des MacOCUS, dont les épouses étaient réputées être très accueillantes!
** Poème traduit par mes soins du gaélique écossais, langue dont je n'ai aucune connaissance.

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18 décembre 2010

DUBIN Sylvie / Selon elles.

Dubin
Selon elles.
Sylvie DUBIN.

Note : 4 / 5.
Le jeu des sept erreurs.
Un recueil de sept nouvelles d'une auteure que je découvre à cette occasion. Ce livre a obtenu le « Prix de la nouvelle de la ville d'Angers » en 2010. Par contre, il ne faut pas chercher une quelconque douceur angevine entre ces pages. Ce n'est pas absolument noir, mais gris soutenu malgré tout.
C'est relativement rare pour que je le souligne, mais j'ai dû relire plusieurs fois certains de ces textes.
« Pour la galerie » ce sont deux portraits de femmes que tout semble opposer, une belle et frivole, et une mère de famille ordinaire. Une nouvelle en demie teinte, brossée à coups légers, un sourire et des yeux.....
« La grue » est un mot à plusieurs sens, la fille de mauvaise vie, l'engin de travaux publics ou ce gibier qui est parfois cendré. Mais un beau texte plein de retenue.
« Who is this Guy » est une nouvelle étrange : imaginez une femme part en vacances avec son mari, Guy    aux USA. La première phrase de cette histoire est:
- Je me souviens bien du jour où j'ai perdu mon mari.
En êtes-vous sûre chère madame ? Moi pas réellement, et je crois que vous non plus d'ailleurs...
« Peine capitale » : un peu plus haut il était question de grue cendrée, ici, c'est plutôt une grue et des cendres, si je peux me permettre ce jugement vis à vis d'une dame que je ne connais pas... Morale, à malin, malin et demi !
Dans « Marie-Louise F. », nous suivons en quelques heures l'énigmatique parcours d'une femme dans un Paris de fin de guerre.... Pourquoi ce périple?....et le mari qui se dévoue pour garder les enfants. L'excitation de la première fois, de croiser des gens,  de les dévisager, de se poser la question d'autres femmes aussi, l'ont-t-elles fait?  Un très beau texte plein de choses suggérées, mais avec une conclusion de toute beauté.
« Allegro forte » tout est dans le titre. Une femme un peu forte a un premier rendez-vous avec un homme qu'elle ne connaît pas, mais qui représente peut-être une de ses dernières chances d'être heureuse. Mais sa mère, vous rappelez-vous cette publicité : cette mère indigne devant le chagrin de sa fille « Je te l'avais bien dit... »
« Le livre suspendu » dont on ne sait pas le titre, mais peut-être « Ciel mon mari », vieux moche, on le devine grippe-sou, les ex-futurs amants bien sûr ne peuvent pas le voir en peinture, ni derrière la tenture où il épie....Un très beau tableau de la jeune femme, du jeune homme et du vieux mari.
Les personnages, des femmes qui, si elles ne font pas toutes des erreurs graves, ont malgré tout un peu dérapé à un moment ou un autre de leurs vies , volontairement ou par omission. Ou parfois par plaisir, comme cette femme à sa fenêtre qui rêve d'un homme bon pour changer, mais au matin le vide avec juste ce mot « LIEBHERR ».
Il est question de peinture dans plusieurs nouvelles, ce qui, bien évidemment, ne pouvait que me plaire . Une lecture qui m'a semblé rapide, car ce livre n'a malheureusement que 76 pages, se lit vite, mais pas si aisément que cela. J'ai été surpris de devoir revenir pour comprendre certaines subtilités de l'auteur(e), en particulier dans « Marie-Louise.F ».
A livre court, chronique courte ! A livre intéressant, chronique intéressante, là j'en suis moins sûr!
Extraits :
- Était-ce cela, la vie bourgeoise ? Une bâtisse sévère avec cette vue morne aux perspectives fumeuses ?
- Jamais il n'a ressenti un tel sentiment de victoire : elle a ouvert un rideau ! Pour la première fois, il a pénétré l'intérieur de cette femme avec son consentement.
- Je ne les goutais pas, bien qu'il les prononça à l'américaine, en exagérant pour me décider.
- Est-ce que tu m'as laissé le choix ? Fallait pas intervenir dans mon histoire. Fallait pas me retenir dans la tienne.
- Les mots parfois, c'est quand ils manquent qu'ils font mal.
- Ce n'est pas être l'amour, c'est seulement l'amour de l'amour......
- Et je comprends soudain que c'est cela qui m'émeut, cette chute arrêtée, car elle m'offre le point de vue de l'éternité. Ou celui du destin.
Éditions : Siloè (2010). Site, ici.
Blog des éditions Siloè, ici

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20 novembre 2010

NOUAIL Karl / Le club des fille moches.

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Le club des filles moches.
Karl NOUAIL.
Note : 4 / 5.
Toutes ressemblances avec des amies rencontrées seraient purement fortuites.
La manière et les circonstances qui ont fait que ce livre soit ainsi chroniqué méritent d'être narrées (c'est beau, vous ne trouvez pas ?)
Donc de retour après trois jours de salon du livre de Carhaix, de rencontres de blogueuses, nous voilà, mon épouse et moi, de retour au bercail (pas mal tourné cela aussi). Dans la boîte aux lettres au milieu de tas de choses de moindre importance, une enveloppe avec un livre à l'intérieur. J'ouvre, regarde le titre, je le montre à mon épouse et nous éclatons de rire...je crois que nous avons eu la même pensée....désolés...
Nous sommes à Rennes (Bretagne, pour les nuls en géographie) en l'an de grâce 1989 Abraham (dit Ab) rentre au lycée et il découvre une autre manière de vivre.
La vie d'un adolescent qui avait de l'ambition et qui est devenu un homme qui a réussi, mais entre les deux, les années se sont écoulées pas forcément bien, au contraire ! La comparaison est très moche pour ce qu'est devenu ce jeune homme, mais elle est moche pour la plupart d'entre nous. Le temps qui passe entre les tags sur les murs de Rennes, le club des filles moches et un week-end à Belle-Ile, l'amour de Marion et sa passion pour les montres Swatch...
Et aujourd'hui, le même personnage devenu un ponte d'une grosse société, obnubilé par la beauté, capable de réactions étranges, embauchant une assistante personnelle pour son physique, ou créant de toutes pièces un courrier pour avertir du suicide d'un des ses collaborateurs.... Inventant un scénario loin de la vérité....Il est mort, qu'importe la manière.....
Abraham avant et maintenant, adolescent insouciant et homme mûr angoissé. On devine un drame, qui le hante, en plus du stress professionnel.
Marion, le grand amour, les filles moches dont les pseudos sont presque aussi moches qu'elles (enfin je suis mauvaise langue sur ce coup-là), Chunami, Mironda, Okinawa et Rocket-Flamme.....il y a deux Ludivine (divines toutes les deux) une dans chaque époque, mais aucune ne se nomme réellement comme cela !
Ce livre a plusieurs particularités dont celle d'avoir une double dénomination pour les chapitres : numérique pour les années lycée ; alphabétique pour la période professionnelle.
Ne vous fiez pas au titre un peu provocateur, ce livre est plus profond que cet intitulé le laisse supposer. Le monde des affaires est disséqué avec lucidité et avec aussi une certaine férocité. La société du beau est également égratignée, celle du politiquement et du physiquement correct érigée en dogme et décrite avec tout le cynisme nécessaire qui convient au monde actuel.
Je pense que, comme Abraham, nous sommes nombreux à avoir laissé pas mal de nos idéaux et de nos rêves derrière nous. Que faire à part le constater et le déplorer !
Seul petit bémol à mon goût, la bande-son (enfin les musiciens dont il est question dans ce livre) n'est plus de mon âge et la musique des années 1980/1990 ne m'a pas réellement marqué, même Neil Young n'était pas très bon!
Par contre, j'ai beaucoup aimé retrouver les lieux où se déroule l'action, rue Du Pré Botté ou la rue Lanjuanais à Rennes qui étaient très près de mon travail .
Une découverte même si j'ai un peu de mal à faire une chronique cohérente.
Extraits :
- Mon look dépendait d'une loterie qui donnait l'avantage aux premiers vêtements de la pile.
- Même à seize ans, on a la tête bourrée de souvenirs.
- A) Une fille dans mon lit remplace avantageusement Valium ou Temesta ou Tranxene, sauf quand j'avale les trois en même temps.
- B) Le monde est composé d'atomes. Les atomes n'ont rien à foutre de la morale et des cauchemars ambulants.
- C) Les moches ont souvent des convictions fortes en matière politique.
- D) Le travail nous donne tout, les femmes, les voitures, les vacances et plus encore : l'épanouissement.
- Cuite et baise figuraient parmi nos objectifs prioritaires.
- Elle, c'était un cas atypique. Le boudin intégral. Une juxtaposition de petites catastrophes anatomiques que je n'arrivais pas à quitter du regard.
- Comme pour au premier gadin en vélo avec écorchures aux deux genoux, mon esprit conserva intact le souvenir de ma première cuite.
- G) Inviter la DRH à une réunion déclenche tout de suite une désagréable sirène d'alarme dans la tête des salariés.
- En religion comme sur Facebook, le nombre d'amis n'a jamais été un gage de qualité.
- Malgré les conneries diffusées dans l'atmosphère, la vie est injuste, elle réserve le meilleur rôle aux gens beaux et la beauté ne répond jamais à des critères subjectifs.
- Un midi. Le jour de mes erreurs.....
Éditions : Siloë (2010). Le site, ici.
Le blog, là.

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15 octobre 2010

GUILCHER Rozenn / Des nouvelles du monde.

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Des nouvelles du monde.
Rozenn GUILCHER.
Note : 4 / 5.
Entre deux trains, entre vie et mort !
J'ai lu l'année dernière et j'avais bien aimé « La fille dévastée » de cette auteur brestoise que j'ai rencontrée à Rennes au mois de mars. Ici, il s'agit d'un recueil de nouvelles, et le moins que l'on puisse dire est que l'écriture est très originale. Et que les trains sont présents dans plusieurs textes.
Paraît-il qu'il pleut souvent à Brest, est-ce pour cette raison que ce livre débute par un texte nommé « La pluie »? Cela commence comme une poésie, puis devient une réflexion douce-amère sur ce que les adultes ont oublié de leurs jeunesses. Les jeux et les personnages que l'on incarnait, pirates, bandits, cow-boys ou indiens....et il pleut encore et toujours. Une fable moderne un brin nostalgique.
« Fort et gracieux dans le vent » ressemble aux paroles d'une chanson de Jacques Brel. Un très beau texte.
-J'aurais appris que les sanglots viennent quand on ne s'y attends pas
J'aurais appris que l'on est seul dans la mort comme dans la vie.
Puis vient « La fille bleue », texte noir, blanc et rouge comme le vin, gris pour une petite ivresse, sombre comme la nuit ou comme l'enfer.....La seule solution au sortir de ces lignes, la cellule de dégrisement....C'est fort comme certains alcools, cela tape dans la tête comme un matin de cuite....Effrayant ! « La vraie vie est ailleurs » ou nulle part peut-être pour certains ? Sauf un jour ou plutôt une nuit.... Un père et un fils, c'est la question qui est dans « Les pères ne savent pas », alors qui sait? Les mères sûrement!
« Elle est entrée dans le train » est un texte percutant, c'est le moins que l'on puisse dire, cela commence comme un poème et cela déraille.....« Soleil sur banquise », c'est bronzé idiot indice mille, étalé, c'est gagné! Chaud effroi! Un très beau texte sur le temps qui passe « La belle au bois dormant » la valeur n'attend pas le nombre des années, dit le proverbe, mais les années, elles, n'attendent pas pour filer! « J'ai marché dans la vie » dit un jeune commercial dynamique, pour arriver à quoi? « Leurs bras seront lourds », signe d'abandon, de lassitude, baisser les bras... Une jeune fille de seize ans, malgré Blanche Neige et Cendrillon, ce n'est pas forcément un conte de fée...
« Puisque nous sommes vivants », nous sommes des consommateurs en puissance....
Des femmes....encore des femmes, un homme, moins souvent, mais rarement avec le beau rôle! Un assassin par exemple dans « Quartier de haute sécurité », un père Noël aussi. Une femme alcoolique, une autre, sorte de laissé pour solde de tout compte, solitaire et transparente, une fatiguée et usée, une autre encore abandonnée plus souvent qu'à son tour. Une petite fille qui écrit au Père Noël et qui parle de son frère Théo. Un enterrement à Brest sous la pluie, un jeune atteint du sida, la vie et la mort, des personnages de passage, Tony qui fait une fête avec ses lignes (?) :
- Ben chez Tony, la fête c'est pas compliqué : un étal comme à la criée du Guilvinec ( je veux parler des morues et des maquereaux en rang d’oignons comme des sardines en boîte).....
Je dois reconnaître que la première fois que j'ai commencé ce livre, j'ai arrêté après quelques nouvelles pour quelque chose de plus léger. Mais il est très rare que j'abandonne un recueil de nouvelles, surtout après avoir apprécié un roman de l'auteur en question. Donc j'ai repris, mais tout le livre, donc relecture des premières nouvelles que j'ai mieux compris et surtout mieux appréhendé les autres textes. Cela m'arrive parfois, mais ici, j'ai pris la résolution de lire ce livre en plusieurs fois.
Une lecture ardue pour ne pas dire éprouvante, aussi parfois avec la répétition systématique de certains mots dans la même phrase :
- Le planning est fait le planning est fait à l'avance.
- On était au seuil de quelque chose au seuil du bord du bord du monde.
A noter aussi la quasi absence de virgule !
La littérature, c'est comme la vie, c'est dur, mais ce livre mérite les efforts consentis, même si on n'en sort pas forcément indemne.
Extraits :
- Et les parents ont oublié. Ils ont oublié qu'ils ont été corsaires et princesses et tigres.
- Comme Cendrillon tout disparaît après minuit après haillons et sale et pauvre et triste.
- Son tanin la rend bleue. Schtroumpfette ensanglantée crache son vin son venin sa bile.
- Vous êtes parmi les cuisses de poulet doré au four entre l’assiette de crudités et la corbeille de pain que vous passez sans cesse à gauche à droite.
- Âme errante âme. Âme voyageuse âme. Âme nomade.
- Dans la cité était déjà en prison. Dans la cité béton dans la cité armée béton armée. Cité anthracite.
- Alors quand il arrive avec son sourire moi je souris à la bouteille.
- Et des jambes à vous couper le souffle : « c'est encore loin la cuisse ? ».
- Bien sûr tout le monde va mourir. Mais moi ça sera avant les autres.
- J'étais comme eux et ils vont devenir comme moi.
- Mes jours sont gris. Mes nuits sont blanches.
- C'est l'endroit de lumière l'endroit où l'on garde au froid sinon ça pourrait mourir encore plus.
- J'ai raté l'avion comme toutes les autres choses. L'ai-je raté ? Je ne suis pas dedans.
- J'aurais pu être fou mais j'ai préféré pas.
Éditions : Sulliver (2010).
Autre chronique :
La fille dévastée, ici.
Les éditions Sulliver, ici.

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22 septembre 2010

D'HALLUIN Bruno / Jón l'Islandais.

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Jón l'Islandais.
Bruno d'HALLUIN.

Note : 4 / 5 .
Saga du nord.
Curieusement, bien que né au bord de la mer, je n'ai jamais été spécialement attiré par la littérature maritime. Je vais donc à la lecture de ce livre tach
er de réparer une partie de cette lacune. Il semblerait que ce roman soit le premier de ce navigateur un peu globe-trotter, ou globe-trotter navigateur.
Comme le titre de l'ouvrage indique nous suivrons les aventures de J
ón Thorsteisson, d'Angleterre au Portugal. En avant toute!
Nous sommes à Bristol, à la fin des années 1470, J
ón a été enlevé enfant sur les côtes islandaises, il a le statut d'esclave dans une riche famille anglaise. Cela fait déjà onze ans qu'il est en Angleterre, ses souvenirs familiaux et de son pays s'estompent, malgré tous ses efforts. Mais il a au coeur le fait de rentrer pour essayer de revoir sa mère.
Les années passent, il travaille chez un tanneur, fait la connaissance de quelques marins, d'un compatriote, et profite d'une occasion due à la tempête pour voler un bateau et repartir vers le nord, chez lui.
Après un voyage plein d'aventures, de péripéties diverses et de morts, il touche enfin les côtes islandaises, mais hélas, il apprend que sa mère, toujours vivante, est partie vivre aux Açores. Il découvre à cette occasion, qu'il est né au Groenland et non pas en Islande. Pourquoi ? Il cherchera donc à découvrir l'histoire de sa famille et de son pays....
Nous passons de famines en peste noire, de voyages au long cours en vie monacale, nous faisons connaissance avec des moeurs surprenantes, en particulier celles des autorités ecclésiastiques islandaises, bien loin de l'abstinence catholique!!!!!!!
Les personnages dans ce genre de saga sont évidemment très nombreux, J
ón a une vie bien remplie, aventurier humaniste et homme curieux, il nous sert de guide tout au long de cette surprenante saga.
Un livre très prenant, on suit avec beaucoup d’intérêt les péripéties de la vie de J
ón, mais l'auteur ne tombe pas dans le piège de la répétition ou du trop plein d'aventures, car pendant de nombreuses années son existence est celle d'un homme de son époque, parfois mouvementée, parfois solitaire sur une île ou dans une ferme isolée.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire toutes les îles ne sont pas paradisiaques. Les îles du Grand Nord font partie de celles là! Certaines descriptions de la vie au Groenland ou en Islande font (et c'est le moins que l'on puisse dire) froid dans le dos.
Ce livre est très intéressant, car nous découvrons beaucoup de choses sur l'histoire des îles nordiques, ce qui a dû nécessiter un énorme travail. Et ce roman n'est pas une épopée sanglante nourrie par notre imaginaire sur les vikings, mais la vie d'un homme à la recherche de ses propres racines.
J'ai trouvé des noms inconnus, les Norrois, les Skraelings, le Vinland, le Markland, le Helluland, et aussi l'histoire tourmentée de cette partie de l'Europe qu'il me semble nous connaissons mal.
J'ai redécouvert aussi l'existence de Jehan Coëtanlem, capitaine de Morlaix qui donnait du fil à retordre aux navires anglais.
Extraits :
- De nouveau,  J
ón fut ébloui par le vert.
- Tous les soirs, il se parlait à voix basse de l'Islande. Pour ne pas oublier son pays, pour ne pas oublier sa langue.
- Le garçon n'oubliait pas le serment fait à sa mère, et faute de savoir comment le respecter, il l'avait peu à peu refoulé.
- Que ces gens-là fussent chrétiens étaient ahurissant.
- Il pensait à Alice, à l'Islande. La jeune fille comme l'île lointaine lui parurent inaccessibles.
- Le maire annonça que le chef des assaillants était un Breton de Morlaix, un maudit pirate du nom de Jehan Coetanlem, déjà connu pour écumer la Manche et y avoir attaqué récemment des bâtiments anglais.
- L'Irlandais lui fit un sourire complice. Il conseilla d'éviter Dublin, contrôlé par les Anglais.
- Mais il n'est pas du tout apprécié des Islandais : on n'aime pas être gouverné par un étranger, et plusieurs fermiers l'ont accusé de viols et de vols.
- Afin de marquer l'événement, on avait mangé de la tête de mouton fumé et des testicules de bélier suries.
- J
ón était surpris par le climat de violence qui régnait dans son pays.
- J
ón put mesurer la condescendance des Danois.
- Il s'apprêtait à citer l'exemplaire, Séra Benedickt de Skard, qui certes entretenait une relation charnelle avec sa bonne et pêchait par gourmandise, mais était par ailleurs irréprochable.
- Heureusement, nous autres islandais avons su garder la langue d'origine des peuples du Nord, et sauvegarder les vieilles connaissances.
- Le moine acquiesça. Il considérait l'Islande comme le pays ayant développé la littérature la plus évoluée.
- Malheureusement, l'asservissement aux puissances étrangères avait contribué à faire oublier l'Islande des lettrés du reste de la chrétienté.
- « J'ai constaté aussi que l'esprit viking, conquérants et voyageurs, était bien mort dans l'Islande soumise aux Danois ».
Éditions : Gaïa (2010)

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09 septembre 2010

PONS Emmanuel / Je viens de tuer ma femme.

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Je viens de tuer ma femme.
Emmanuel PONS.
Note : 3,5 / 5.
Faute avouée est à moitié pardonnée!
Ne connaissant ni ce livre, ni cet auteur, l'histoire me paraissant à mon goût, j'essaye.
L'action se déroule sur les quelques jours qui suivent le meurtre d'une femme par son mari.
Un homme  marche dans la campagne, son but : aller chez le buraliste du village voisin pour acheter des faire-parts annonçant, comme le dit le titre du livre ; il vient de tuer son épouse.
Le buraliste ne mérite pas d'après lui d'être le premier à bénéficier de cette grande nouvelle. Alors, chemin faisant, il s'arrête voir un homme qu'il aime bien et qu'il estime assez pour lui donner la primeur de son acte. Manque de chance cet homme, qui lui paraissait digne de confiance, lui rit au nez et lui dit que lui aussi, plus de cent fois il a voulu tuer sa femme, cette bonne blague! La moutarde monte au nez de notre narrateur qui d'assassin occasionnel devient en quelques secondes, un « serial killer ». En un tour de mains, il égorge l'homme et son épouse qui traînaient par là! Du coup il est trop tard, le buraliste doit être fermé, et la gendarmerie aussi pour se livrer. Il s'arrête chez des voisins, mange avec eux, parle de choses et d'autres, dit que son épouse part le lendemain, qu'elle doit de lever de bonne heure etc...
De retour chez lui, il retrouve le corps de Sylvie, feu son épouse, il lui fait un brin de causette, assouvit quelques uns de ses fantasmes, lui arrache son chemisier, la déshabille  et lui mord le téton. Pour se moquer de sa pudeur afin qu'elle ne reste pas nue, il l'enroule dans un tapis! Et en souvenir des discussions au sujet des courses, il met le corps au congélateur. Et il va se coucher pour dormir comme un bébé,  fin du premier jour......
Comme dit le  proverbe, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Notre nouveau tueur en série a des états d'âmes, ne nous trompons pas, il ne regrette rien, bien au contraire, mais s'interroge! Quelle suite personnelle donner à cette affaire, se livrer ou pas? Ce qui lui paraissait acquis le premier jour est sujet à mures réflexions, car sa liberté fut chèrement acquise.  Accepter l'offre de Raymond de l'aider? 
Et puis, il aime la musique, Emmanuel, alors il se la joue « Souvenirs, souvenirs », avec des films aux titres ringards « Sylvie à la plage », Sylvie au cinéma » ou « Sylvie au monoprix » aux scénarios à l'érotisme torride! Un petit manque Emmanuel?
Le narrateur, Emmanuel, toute haine et mauvaise foi en bandoulière, parcoure ce livre au pas de charge. Il ressasse ses griefs à l'égard de son épouse, c'est une liste longue comme un jour sans pain! Pour certains de ces reproches, je compatis de tout cœur, une épouse qui repasse les slips et chaussettes de son conjoint, c'est grave!  Mais d'un autre côté, lui-même qui cherche conseil dans le balancement d'un pendule n'est pas exempt de tout reproche.    
Il cherche un public et parcourt le voisinage, chez les français moyens. Les Derangon sont les premiers, dommage pour eux. Fred et Cathy, les voisins sympathiques, tellement qu'ils en deviennent lourds, dévoués à toutes les causes associatives, monsieur, toute bonhomie dehors, aide les gens des environs, même ceux qui ne demandent rien! Elle cuisinant, confiturant, avec éternellement des traces de farine ou de sucre dans ses cheveux gras! Raymond qui est d'accord pour lui donner un coup de main. Il en parle aussi à Laurent le conseiller en sagesse, lequel se lance dans des élucubrations métaphysiques sans queue ni tête.  Mais personne ne le prend au sérieux, cet Emmanuel, qui vient spontanément au devant des gens, juste pour leur parler! Alors que faire! Il reste Sylvie qui, bien entendu, ne lui coupe plus la parole, alors certains des monologues qu'il adresse au congélateur sont d'un pur délire.         
J'ai trouvé qu'il y avait dans ce récit un cynisme très poussé, et un personnage à la limite de la caricature avec laquelle l'auteur flirte allégrement dans certaines scènes du plus pur style Grand-Guignol. Dommage qu'il cède par moments à une certaine facilité, sexuelle et textuelle. Pour ceux, qui comme moi, aiment rire jaune avec de l'humour noir.
Extraits :
- Oherville, c'est le village des repentis du travail. Le refuge des exilés de la capitale. Les anges chez eux ne sont pas plus au calme.
- J'ai débuté avec une réserve de patience dont je ne soupçonnais pas l'importance. Une réserve suffisante pour passer deux vies avec une femme normalement pénible.
- Ouf! Je plains les tueurs en série.
- J''étais la vedette, je me retrouve figurant. De mon propre chef, et contre ma volonté !
- C'est drôle, j'ai hâte de la rejoindre. Je vais raconter ma journée et lui prédire son futur.
- Je dis bonne nuit à Sylvie, et je raccompagne Raymond.
- On a commencé notre relation rouges d'émotion, nous l'avons prolongé rouges de désir, nous l'avons terminé rouges de colère.
- Elle était insupportable dans sa tristesse, horripilante dans sa détresse et comédienne dans sa douleur. Je ne dois pas l'oublier.
- Il m'accueille en haut des marches. « Entrez, M. Pons. »
Éditions : Arléa. (2006)

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03 septembre 2010

PAVIOT Christophe / Mélancolie de la masse critique.

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Mélancolie de la masse critique.
Christophe PAVIOT.
Note : 3,5 / 5.
Clap de fin !
Auteur né en 1967 que je découvre par l’intermédiaire de ce recueil de douze nouvelles.
Le thème général est la rupture ! J'ai d'ailleurs failli interrompre ma lecture d'entrée de jeu, je ne devais pas être sur la bonne vague, mais une seconde tentative fut plus probante.
« J'avais un camarade » raconte au cours d'un entretien avec un journaliste la vie et la mort d'un jeune militaire français en Afghanistan.
« Voyage au bout du crédit » est un joyau, comptant ou pas content, tout se paye à l'avance ou en retard mais à son heure ! Et tout cela à Las Vagas, l'enfer du jeu et l'envers du décor. Tout se vend et tout s'achète, un petit crédit de plus ou de moins... Une nouvelle époustouflante !
« Tous les chemins mènent à Turin » ou un voyage pour rien, bizarrement Turin rime avec chagrin....Le chemin est souvent semé d'embûches. Et l'arrivée est peut-être pire.
« Littoral Atlantique » ou la vérité toute nue est une histoire qui, sous un côté bon enfant quoique un peu osée, cache une réalité très surprenante et inattendue.
« La maladie de Léodie » est un texte très dur qui (enfin c'est mon avis) donne l'impression d'être un voyeur en plus d'un lecteur. Impression très forte dans ce texte, mais gênant en l’occurrence, avant une fin programmée.... Enfin pas tant que cela.
« Wiedersehen » (Retrouvailles) nous narre l'histoire d'une femme et de ses retrouvailles d'un jour, une impromptue , la rencontre de son patron dans la salle d'attente de son sexologue et celle programmée avec son père qu'elle n'a vu qu'une fois, il y a vingt et un ans.
Deux « Roms » dans un Paris hors des clichés , celui des no mans land à la périphérie des zones urbaines cette « Zone Frontalière » un peu à la dérive. Ce récit clôt ce recueil.
Les personnages sont souvent en rupture de quelque chose, d'eux-mêmes parfois, partisans de la fuite comme dans « Wild is the wind » de vie tout simplement dans ce court, mais puissant texte  « Des constructions dans la plaine ». En rupture de rêve comme cet homme qui annule un déménagement, d'amour celui éconduit après un voyage pour rien. Une femme forte aux prises avec la maladie, sa famille et ce qui lui reste de vie, un soldat du futur, un DJ.
Les ruptures sont numérotées, mais ont aussi un titre, c'est plus parlant, mais pas forcément plus poétique! Certains titres ont des connotations très littéraires, comme par exemple « Les DJ se cachent pour mourir »;  Céline dans « Voyage au bout du crédit » ou Cormac McCarthy dans « Des constructions dans la plaine », ou tous simplement la transposition d'une expression courante dans « Tous les chemins mènent à Turin ».
On peut ne pas aimer ce genre de littérature, peu classique avec des sujets parfois  scabreux et cela je le comprends très bien. Personnellement cela ne me dérange pas si la qualité narrative est là, et c'est le cas même si l'ensemble est un  peu inégale.
Une écriture contemporaine pour une épopée moderne, nous promenant de Bretagne en Afghanistan avec des détours par Paris et Berlin..Un sentiment mitigé, mais je lirai autre chose de cet auteur.
Extraits :
- « S'il y a un parking, ce n'est pas du windsurf », c'est inscrit dans ma tête, en capital.
- Maintenant qu'il est parti, maintenant ils nous l'ont ramené dans une caisse avec un drapeau dessus ?
- Avec l'âge, les êtres l'ont abîmé davantage que les choses.
- La gamine n'en est plus une, c'est une jeune femme d'environ vingt huit ans, quelqu'un qui a déjà vu passer de l'amour, des séries télé et des enterrements.
- La petite vieille qui m'embarque dans sa Fiatrimo m'ensevelit sous ses paroles, elle sort d'une greffe de la langue ou quoi ? On dirait qu'elle n'a pas vu un chien ou un humain depuis plus de huit ans au moins.
- Voilà comment il sera plus tard, diminué, avec des larmes dans les yeux, nettoyés de leurs illusions.
- La corpulence générale de Serge rappelle celle de ces mammifères marins qui vivent en colonies dans les eaux froides du Pacifique de l'Antarctique. Il oscille ainsi entre le gabarit d'une otarie de trois ans et le jeune mâle adulte de la famille des morses.
- Putain, il faut que je dorme, demain on est impliqué dans un « charnier », c'est comme ça qu'on appelle les missions les plus pourris.
- Les croyants sont-ils tranquilles face à la mort ? Non, ils ont peur.
- Silke se souvient très bien de ce qu'elle pensait de leurs relations après deux mois seulement passés ensemble, elle se disait qu'ils étaient parfaits l'un pour l'autre, parfaitement incompatibles.
- ….ils s'enferment sous leurs écouteurs, isolés, infantiles, si peu consistants, ils représentent pourtant le rêve inaccessible de Sergui et Milhail, ils puent l'Occident.
Éditions : Dialogues (2010)
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01 septembre 2010

ÇUHACIENDER Martine / Mémé passe à la télé.

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Mémé passe à la télé.
Martine ÇUHACIENDER.
Note : 4 / 5.
Alors, ne zappez pas !
Premier recueil de l'auteur (par ordre d'entrée en scène), sorte de hors-d’œuvre avant    « Acide caustique et petites gourmandises », un peu moins noir (enfin un peu), moins gastronomique, mais plus télévisuelle, un plateau télé en résumé ! Alors restons devant la petite lucarne........
« Les mains » pourrait être une version trash d' « Urgences » avec comme générique « Ainsi font, font, font, les petites marionnettes »! L'auteur n'y a pas été de main morte ! Cela m'a rappelé un très vieux film de Tod Browing, « L'inconnu » !
« Télé-réalité » est une version extrême de « Perdu de vue » avec un personnage qui crève l'écran nommé Giscard Desmarets, et sa petite famille, six frères et sœurs et un chien...c'est l'évaporé déconception...
« Enfance » m'a fait songer à « Vie publique, vie privée » avec une touche de littérature « Famille je vous haïs »....sur une chanson d'Alain Souchon « Allo maman bobo »....
« Jeux du cirque » est la version moderne de « La tête et les jambes », enfin « La tête vide et les jambes lourdes », le but du jeu : gagner dix ans de retraite, c'est « On achève bien les chevaux » revisité en première partie de soirée...Un petit mot sur les sponsors Niouf- Niouf, Kookaïn et les protections féminines Glaire-fontaine...Une réflexion douce amère sur le temps qui passe et le monde actuel, le problème des retraites et le pouvoir des médias et de la télévision en particulier.
« Les bonnes copines », c'est « Les feux de l'amour » ou feu l'amour, qui couche avec qui, la suite au prochain épisode....Gardez moi de mes copines, mes ennemies je m'en charge!
« Suicide raté », c'est « Voyage en terre inconnue » mis en scène par David Cronenberg
, sponsorisé par n'importe quelle marque d'insecticide.
Pour « Dernier mandat »,   je vais emprunter le titre à la radio, « Bonjour monsieur le Maire », mais le premier magistrat de la ville, un jour, en a marre.... des poignées de main, des dégustations, bref adieux veaux, vaches, cochons (de payants) …
« Une belle journée  à la campagne », c'est « Nos amis les bêtes » ici ou ailleurs, ces petits animaux que l'on adore,  et qui parfois nous le rendent au centuple....
« La vie n'est pas un long « roman » fleuve tranquille » : imaginez un « Apostrophe », spéciale collection Harlequin ! La sombre histoire de Lucette et de José, avec sur tous les livres cette étiquette « Trop lire nuit à la santé » ou « Ne pas dépasser le nombres de pages prescrites ». 
« Jour de bonheur », c'est « Tournez manège », Yves et Leslie au lit.....et le dimanche qui suit le samedi, enfin normalement.....
« Dimanche, 17 h», c'est un «Stade deux » tragique, où les séquences se suivent..... les destins des personnages s'entrecroisent, se relaient et les essais pas toujours transformés.
Pour quelques nouvelles, mon imagination s'est mise en mode « Interlude »......
Les personnages sont des hommes et des femmes que l'on croise certainement tous les jours, des gens ordinaires au physique quelconque, mais la vie réserve parfois des surprises. Les plus marquants sont malgré tout les protagonistes de « Jeux du cirque », est-cela le monde que l'on nous réserve? Il semble bien que malheureusement la réponse est oui.
Encore un recueil très agréable, différent de « Acide caustique et petites gourmandises », plus  classique d'écriture et c'est celui que je conseillerais pour découvrir cet auteur avant de passer au plat de résistance que constitue ce dernier.
Extraits :
- Mes mains ont fait de moi un satyre, un dragueur de bas étage qui ne peut lutter contre ces instincts.
- Cet enfant-là ne ressemblait à rien de ce qui se faisait dans la famille, d'Eugène en gènes depuis plusieurs générations.
- Une femme exceptionnelle! Oh oui, je n'en doute pas qu'elle ait été pour la terre entière..... pour moi, elle n'était même pas une mère ordinaire.
- Si vous pouviez la voir comme elle est branchée, mémé, vêtue de marque des pieds à la tête, avec des lunettes Christian Dior, une vraie « taupe model »!
- L'amour c'est un jeu dont les règles changent tout le temps !
- Il est mignon, on peut pas dire le contraire. Mais quand même, dix doigts à chaque main, ça fait bizarre.
- …...où la profondeur assourdissante d'un décolleté offrant un paysage de lune épanouie dorée par le soleil comme de belles tranches de pain d'épices.
- José au regard ardent devenu José abruti par le travail.
- Pourtant il n'est pas si laid. Certes son nez est un peu trop long mais selon sa mère, ça lui donne l'air
« racé ».
- Quel esprit malin a guidé les pas de Juliette jusqu'aux confins de la ville, dans un quartier qu'elle ne connaissait pas ?
-CE QUE VOUS AVEZ EN DOUBLE PEUT NOUS INTÉRESSER.
Éditions : Siloé (2004).
Le site des éditions Siloé, ici
Le blog des éditions Siloé, ici 

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