18 avril 2012

Collectif présenté par Hirsh Sawhney / Delhi Noir

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Delhi Noir.
Collectif (Présenté par Hirsh Sawhney).

Note : 4 / 5.
Delhirium Trèsnoir.
Encore une ville en noir.....Delhi dans le sous-continent indien, cité trois fois millénaire, racontée en quatorze nouvelles, séparées en trois parties dont les noms sont expliqués dans une préface d'Hirsh Sawhney. « Avec vous, pour vous, toujours » qui est la devise de la police. « Jeunistan » tiré du titre d'une publicité de Pepsi. « Ville emmurée, ville du monde » est le nom d'une campagne du journal « Times of India », pour encourager les habitants de la ville à oublier leur passé souvent dramatique. Nos guides pour cette exploration de la ville : Omair Ahmad, Nalinksha Bhattacharya, Siddharth Chowdhury, Radika Jha, Ruchir Joshi,Tabish Khair, Palash Krisna Mehrotra, Meera Nair, Manjula Padmanabhan, Uday Prakash, Hirh Sawhney, Irwin Allan Sealy, Mohan Sikka et Hartosh Singh Bal.
Montons dans un « rickshaw » et à nous l'aventure !
« Comment j'ai perdu mes habits » est un texte complètement loufoque...enfin au premier abord. Car en y regardant de plus près, c'est un réquisitoire humoristique, mais efficace contre la société. Le narrateur après une absorption de drogue se retrouve nu comme un ver : pas évident de rentrer chez soi. Mais la fortune vient à qui sait la saisir.....transformer l'amour en argent.... et installer un hôtel de passe dans un mausolée, idée de génie !!!!Un conducteur de rickshaw nous entrainera sur son engin à trois roues dans le sillage de gens peu honnêtes. Les cobras sifflants sont des choses, mesdames, qu'il est préférable que l'inspecteur Raghav Bashi ne connait pas sur vous....sinon votre statut d'épouse vertueuse risque de tomber de son piédestal...les inspecteurs tombent aussi...parfois....plus dure sera la chute ! Dans « L'aunty des chemins de fer » c'est grandeur et décadence d'un jeune homme bien sous tous rapports, amateur d'échec. Mais à force de jouer au fou du roi, de prendre tours et reines...l'échec arrive et lui sera mat. Un récit plein de vices et de violences sexuelles.
Plusieurs nouvelles se passent dans le monde de la presse et de ses turpitudes ! Un journaliste qui apprend, mais ce n'est pas réellement une surprise, que selon que l'on soit pauvre ou puissant, la justice n'est pas la même !
Delhi a une histoire, mais si son avenir est celui décrit dans la dernière nouvelle au titre prémonitoire « Abattage sélectif »....quelle ordure la vie ! Un texte futuriste qui fait froid dans le dos.
Des personnages pour le moins surprenants, une détective vêtue d'un chemisier et d'un short ! Un homme qui après avoir abusé de la frangine (et non pas de sa) se fait piquer ses vêtements par un frangin de drogue....et qui de ce fait se promène nu ! Un policier lubrique, une tante un peu maquerelle, une femme qui se consume d'amour....mais avec du kérosène ! D'autres flics bien ripoux, les pourris sont-ils consommables au curry ? Les femmes adultères sont, elles, très consommables en sari, les maris sont absents..alors certains en profitent ! Un vieux Sikh et un jeune garçon étrange duo et pourtant associés pour le meilleur et pour le pire ! Le sordide côtoie le terrorisme ethnique et religieux, le sang et la misère. La corruption semble être un sport national et le meurtre une manière politiquement correcte de faire taire ses ennemis ! Dépaysement assuré...même si parfois il faut s'accrocher car les mots ou expressions locales sont nombreuses, pour la vie courante, habillement ou nourriture entre autres ! Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le sexe est très présent ! Gigolos, Tante- Maquerelle, cela copule pas souvent gaiement, à l’université ou ailleurs, pas toujours très moral et parfois avec violence !
Un pays qui oscille entre traditions et modernité, mais qui semble garder le plus mauvais de ses coutumes et prendre le pire du libéralisme à la mode occidentale !
La désormais habituelle playlist musicale, avec les Beatles et « Happiness is a Warm Gun » titre qui ne dénature pas dans le paysage. A noter également une référence à la romancière Arundhaty Roy en manifestante écologique !
Extraits :
- Elle pouvait entendre de l'argent, beaucoup d'argent, dans cette voix. Une vieille fortune. C'était une voix produite par l'argent et par des générations de relations.
- Ce qui prouve ce que j'avais toujours pensé, que l'Inde était un pays d'idées et pas d'action.
- Le mur que toutes les femmes blanches ont en elles s'est dressé. Il était encore plus dur que la pierre.
- J'avais appris tout seul à jauger les gens, à repérer les pigeons et les désespérés. Dans mon métier, c'est une capacité essentielle pour survivre .
- Le jour où l'ennui s'est finalement dissipé, j'étais en train de penser à une nouvelle nana du bureau, un changement bienvenu par rapport aux magasines en lambeaux éparpillés sous mon lit.
- Mais rien ne nous oblige à apprécier nos bienfaiteurs.
- Elle était complètement imbue d'elle-même : elle voulait juste exploiter l'Inde, comme tous les étrangers.
- Le bonheur cache ses racines dans l'argent. À partir de là, un arbre de plaisir peut pousser, fleurir et porter les fruits de la joie.
Éditions : Asphalte (2012).
Titre Original : Delhi Noir (2009).

 

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16 janvier 2012

Collectif (présenté par Aurélien Masson) / Paris Noir.

Paris noir
Paris Noir

MASSON Aurélien (Présenté par)
Note : 4 / 5.
Paris, ville lumière ?
Étrange destin que celui de ce livre d'abord sorti aux Etats-Unis  aux éditions Akashic en 2008 puis en France ensuite. Retour aux sources en quelque sorte !
Salim Bachi, Didier Daeninckx, DAO, Jérôme Leroy, Dominique Mainard, Laurent Martin, Christophe Mercier, Patrick Pécherot, Chantal Pelletier, Jean-Bernard Pouy, Hervé Prudon et Marc Villard prêtent leurs plumes et leurs talents à ce recueil. Seul Didier Daeninckx est répertorié sur ce blog !
Trois parties « Ville lumière, ville ténèbres », « Libération perdue » et « La société du spectacle» sont au menu.
« Le chauffeur » et la prostituée, du sexe et du sang, un flic ripoux, mais une belle histoire d'amour.
« Gare du Nord » la monde de la politique, une mystérieuse « Unité », une élection présidentielle, un ancien en poste, un jeune qui brigue la place...alors tout les coups sont permis et la liste des victimes conséquente ! Au nom de la France et des affaires ! Évidemment il faut compter sur quelques dommages collatéraux !
« Comme une tragédie » ressemble dans sa narration à une pièce de théâtre, un homme revient sur les lieux de son enfance, il retrouve une femme qu'il a aimée...mais aussi un copain de longue date. Comme son titre l'indique......
Nico, Teresa et la mafia, tragique histoire de mort et de famille un soir de Noël. Un des plus beaux textes de ce livre.
« La vie en rose » et pourtant elle ne l'est pas toujours cette vie, surtout pour Lalya retrouvée morte, étranglée dans un jardin public. Une pauvre jeune fille qui a cru en sa chance, en sa voix, en sa bonne étoile. Pourquoi et comment cette mort ! Une histoire très touchante sur le monde actuel car elle n'est pas toujours « Belle la vie ». Une longue descente aux enfers pour une jeune fille désarmée et naïve.
Les diamants sont éternels mais certaines charmantes jeunes filles jouent leurs vies à la roulette russe...et à tous les coups on perd, rien n'est jamais perdu pour tout le monde.
« Rue de la Santé » qui clôt cet ouvrage est un texte étrange qui nous promène dans Paris, de la rue de la prison à la rue d'Alésia, de l'hôpital Cochin à des stations du métro aérien......On y parle d'Albert Camus, de Samuel Beckett, de Virginia Woolf et de Jacques Derrida....
Quelques personnages pour le moins ambigus,  Sonia devrait prendre ses cachets, pour le bien de tout le monde, un « Grand Frère » érudit qui devrait, normalement donner l'exemple, mais c'est un peu loupé ! Quelques loufiats qui se loupent aussi mais bon cela partait d'un bon sentiment, belle solidarité professionnelle de gens qui entendent bien des choses....Monsieur Robert lui aimerait se souvenirs de certaines choses qui concernent son passé, mais est-ce bien utile et pas sans risques?
Paris dans toute sa splendeur et mais aussi dans toute sa noirceur, l'avantage de ce livre est que je connais bien cette ville, alors il est possible parfois de cheminer visuellement avec les victimes ou avec leurs assassins ! Et j'ai appris une chose, la Rue des Degrés est la plus courte de Paris, six mètres et quatorze marches ! Mais on y meurt aussi, et pas seulement d'un souffle au coeur.
Je parlais il y a quelques temps de l'orthographe, est-ce pire que du temps de « La guerre des boutons » ? C'est en tout cas plus épicé !
- Ma patite Mikette jte kif grav ma paraule. On ce bip ce roisse. Dè foi ke ton daron il çor le iench. On ce top dan la kave. Je te man-jerai labrikot. Pran une douch avan. Biz maï Love.
Comme il est de tradition une présentation des auteurs et une playlist musicale terminent ce recueil. Avec une surprise de taille : Jean Yanne et sa chanson « Pourquoi m'as-tu mordu l'oreille ?».
Un bon cru qui donne envie de découvrir certains auteurs.
Extraits :
- On dit des droits de l'homme, mais les droits de la femme, tout le monde s'en fout.
- Ils ne se changeaient pas pour descendre à Paname. Ils étaient en habits de guerre, le style urgence psychiatrique.
- ...et grandir, un peu comme Joyce fuyant Dublin devenu trop étroit pour son génie.
- L'amant numéro 2 aimait exhiber des filles qui ont la moitié de son âge et le tiers de son salaire dans des endroits à la con, comme le canal Saint-Martin, complètement muséifié.
- Dans le monde d'avant, on ne payait pas pour pisser. Accepter cela est encore une preuve qu'une puce de la soumission a bien été implantée chez toutes les personnes nées après le choc pétrolier.
- Et j'ai écouté, en boucle, « Wild Horses », pas la version des Stones, celle de mon pote Élliott Murphy,  last of the rockstars, last of the bluesmen, le loner ultime, comme Dylan, comme Neil Young.
- La gamine a été faite n'importe où et elle est née n'importe où, dans la rue, elle était pressée de voir le monde, les voisins n'ont pas eu le temps de faire venir l'ambulance.
- La recette qui avait fait fortune à Paris, celle qui avait permis, grâce à Beaubourg, au Forum des Halles, à l'Opéra-Bastille, à l'Arche de la Défense, à la très Grande bibliothèque, de vider Paris des couches inférieures, s'appliquait maintenant à la proche banlieue.
- Vous voyez, M. Robert, quand vous vous concentrez, votre mémoire fonctionne. Il est important de la faire travailler. Voulez-vous que nous fassions quelques exercices ? »
- Les gens du 14e, du moins à cette époque, ressemblaient à une classe moyenne prospère et pas encore à une bande de trouillards en voie de paupérisation.
Éditions : Asphalte ( 2010).
Titre original : Paris noir (2008).
Autre chronique chez Gwenaëlle.
Chroniques dans la même collection :
Brooklyn
Londres
Los Angeles
Mexico
Rome

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23 août 2011

Collectif/ Rome noir, présenté par Chiara Stangalino & Maxim Jakubowski.

Rome noir
Rome Noir.
Collectif.
(Présenté par Chiara STANGALINO & Maxim JAKUBOWSKI).
Note : 4, 5 / 5.
Sous le pont Saint-Ange....le Diable règne.
Repeignons une autre ville en noir, Rome cette fois-ci, pas une ville anglo-saxonne comme Londres, L.A ou un quartier, Brooklyn...pas la capitale de la France non plus..mais Rome, la ville éternelle, ancien phare d'un empire déchu. Seize auteurs dont je n'en connais que deux , Gianrico Carafiglio et Marcello Fois. Pour les autres Boosta, Diego da Silva, Enrico Franceshini, Guiseppe Genna, Maxim Jakubowski (nouvelle traduite de l'anglais!) Nicola La Gioia, Carlo Lucarelli, Antonio Pascale, Tomaso Pincio et Antonio Scuratie.
C.D Formetta dont le prénom est Cristiana Daniela (plus agréable et plus Rome antique que C.D), Francesca Mazzucato, Evelina Santangela et Nicoletta Vallorani, sont les éléments féminins, dignes représentantes des lettres italiennes.
Ce livre comprend quatre parties, « Des murs et des pierres », « Sur les traces de César », « Des pâtes, du vin et des flingues » et pour finir, enfin pour les rescapés pas encore trucidés « La Dolce vita » style le repos du guerrier!
Les boissons « hard Colisée » sont interdites dans l'enceinte de l’arène...et pourtant certains visiteurs sont sujets à des visions troublantes de vérité...le présent et le passé se mélangent dans un déluge de sang. L’explication pour des américains pragmatiques ; un phénomène de « remote viewing ». Des pages très dures, car la vie dépendait de peu de chose ! Pouce ! Un homme dans une Rome sous la canicule et la domination des hordes de chinois....une idée que son auteur a développé dans « Cinaccità : mémoires de mon crime atroce » paru dernièrement chez le même éditeur. Le péril jaune revu et corrigé dans un monde financier qui ressemble au nôtre....beaucoup d'argent est en jeu, mais il est virtuel. Alors les dettes de l'un devraient rembourser celles de l'autre et ainsi de suite...On apprend avec effroi certaines pratiques de prostituées chinoises...pas à prendre avec des baguettes, ces dames.
« Ne pas parler au passager » est une histoire de chauffeur de taxis, bavard, vantard mais qui se dégonfle comme une baudruche....La parole est d'argent, mais le silence est d'or ! Un long dialogue entre deux femmes gare de Tiburtina....la misère du monde, les immigrés en particulier roumains et bulgares, la prostitution, la vie moderne dans les grandes métropoles. Deborah Amadesi, dix-sept ans, a-t-elle massacré sa famille..si oui...seule???? Les pensées de la jeune fille qui ne sont pas prisonnières du commissariat de police s'évadent... La vérité, elle la connait bien sûr. Pour beaucoup, Rome c'est Pâques...mais il se passe aussi des choses pour Noël ! Les gens pensent que la vie de quartier, c'est calme, sympa et même convivial. Alors visitez « Pigneto », où l'on récolte de drôle de choses. Un texte plein d'humour, le seul d'ailleurs.
« Le silence est d'or » un trio pas trop classique, une femme, un homme....une voiture et une fin flamboyante. Une des meilleures nouvelles du recueil. Un récit de politique-fiction (?) car même dans la ville éternelle, le monde change.
Un personnage réel Pasolini dans « Piazza dei Cinquecento » l'auteur donne sa version de la mort du cinéaste, texte plein de références sur l'histoire de la ville et de ses fantômes. Un très bon début d'ouvrage.
La plage d'Ostie, encore le souvenir du meurtre de Pasolini, un homme songe à son épouse décédée, il a combattu durant toute sa vie son attirance pour le corps de jeunes hommes bronzés, jusqu'à Mario !
Un américain à Rome à la terrasse d'un café, une bière fraiche, une cigarette en attendant la femme aimée...la Dolce Vita, mais dans une nouvelle très noire, ce n'est pas comme cela !
La faune des grandes villes, la police qui fait ce qu'elle peut ou veut, des souvenirs de la splendeur passée ; témoin, cette information il y a quelques jours, bagarre entre bandes de gladiateurs se paradant devant les touristes ! La bande des Mirmillons contre le gang des Rétiaires !. Un homme recherche ses souvenirs et son grand amour, d'autres sont aux prises avec un requin de l'immobilier prêt à tout pour faire partir les locataires pauvres. Un dealer condamné par la médecine qui regrette que son fils ne prenne pas la suite du business (pour être pâtissier en Angleterre!) un commerçant assez cossu décide, la soixantaine bien passée, de coucher avec le plus de femmes possibles...
Des écritures différentes, c'est normal, certaines lignes sont très réalistes et décrivent la folie collective autour des arènes, dont le football par exemple est un des derniers vestiges.
Un voyage dans une ville qui s'est bâtie au fil des siècles sur et dans le sang, des gladiateurs aux victimes de crimes crapuleux.... Un des meilleurs volumes de la collection, et pour moi la découverte de la ville, loin des cartes postales reçues de ma fille !
Comme dans chaque ouvrage de cette collection une playliste musicale pas très italienne, d'ailleurs, clôt ce recueil
Extraits :
- Ma pensée m'appartient. Le corps, je le cherche ailleurs.
- Dans les gradins, soixante dix mille êtres humains, ivres à leur tour, étaient aussi fous que les chiens.
- Quand on vit dans l'éternité, on ne croit en rien.
- Pour moi, entre une femme et l'économie, il n'y a jamais eu beaucoup de différence. Dans le sens où je n'ai jamais compris ni l'une ni l'autre.
- Aujourd'hui, ce monde dont je fais partie continue comme avant, Charlotte.
Personne ne sait, personne n'a jamais rien soupçonné.
- Et s'il y a une chose que je déteste par-dessus tout, c'est la ressemblance d'une chose avec une autre mais en moins bien.
- En réalité, ce n'est pas à moi qu'il veut parler mais à tout le monde et à personne à la fois. Elle se contente d'une présence, pourvu qu'on ait l'air de lui prêter attention.
- Ça devait se passer comme ça : moi, je savais qui il était.

- C'était comme si le XXIe siècle n'était pas encore encore arrivé jusque-là, malgré les voitures modernes et rutilantes qui fonçaient, ignorant superbement les limitations de vitesse.
- L'homicide doit être une forme évoluée de pitié, même si lui n'y pense pas encore.
Éditions : Asphalte (2011) site ici
Titre original : Rome noir (2009)

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04 juin 2011

Collectif / Shangai, fantômes sans concession.

Fantomes
Shanghai, fantômes sans concessions.
Collectif/ Romans d'une ville.

Note : 4,5 / 5.
Fantômes et fantasmes.....
Cinq auteurs seulement pour ce court recueil, cinq femmes : Wang Anyi, Chen Danyan, Wei Hui, Cheng Naishan, Tang Ying, pour autant de destins féminins dans une ville et une époque oscillant entre passé et modernité.
« La chambre de l'amant » débute ce recueil. Tout est étrange, la narration, soixante quatorze groupes de lignes pour le récit et quatre pour l'épilogue, variant parfois d'une seule ligne à une demie page. Nous faisons la connaissance d'une femme seule, sortant d'un hôpital suite au décès tragique de ses parents. Elle voudrait être romancière, mais passe ses nuits à espionner deux fenêtres d'un bâtiment situé en face de chez elle ! Un jour elle traverse la rue....Peu de personnages, cette femme, le mystérieux voisin, un jeune homme courtier en assurances, un vieillard préposé à l’ascenseur, pour un texte osé sur l'amour qui dévie jusqu'à l’obsession sexuelle et une forme de folie.
Très marquant et original.
« Linda fille de bar » est d'une écriture plus classique mais également très dépaysant. Linda est entraineuse dans une boîte de nuit plutôt bas de gamme. Sa vie n'est pas reluisante, elle habite avec ses parents un taudis malodorant, mais son charme lui ouvre des portes et le cœur de certains hommes. Elle ne rechigne pas à chiper les petits amis de ses consœurs pour mieux les larguer ensuite. Bref une mentalité un peu douteuse, mais elle a un rêve : devenir une artiste peintre reconnue. Pour cela elle prend des cours aux beaux-arts et elle part en stage à la campagne cherchant à se rapprocher du professeur de dessin....
Une belle histoire avec un format inhabituel pour une nouvelle, presque cinquante pages.Quelques lignes ne sont pas en l'honneur de certains occidentaux vis à vis de la population chinoise, surtout féminine.
« Valses d'un hiver », très beau texte plein de nostalgie. En pleine révolution culturelle, une adolescente, au contact de sa mère digne représentante d'une ancienne bourgeoisie shanghaienne, découvre le bal et les valses de Strauss. Quelque chose lui semble complètement démodé dans ce genre de rencontres, mais petit à petit elle se sent prise au jeu. Hélas, ce changement de vie et d'époque n'amènera pas que du bonheur.
« Ton nom, mon prénom » la beauté des villes dépend-elle de la beauté de ses habitantes ? C'est la question que pose ce texte. On apprend également beaucoup des petits gestes qui semblent frivoles pour garder un semblant de coquetterie ! Par exemple se passer du baume en tube sur les lèvres, en imitant le geste très féminin de se remettre du rouge à lèvres ! Quant à la mode vestimentaire en ces années d'uniformité, là non plus les idées ne manquaient pas. Un texte qui parfois ressemble plus à un essai qu'à une nouvelle, mais très instructif pour comprendre l'influence des femmes sur l'histoire de la ville au quotidien. Une petite liste de ses beautés locales, ou personnages ayant laissé leurs empreintes dans l'esprit des gens ; Eileen Chang, romancière, Sai Jinhua, courtisane qui sauva la Cité Interdite de la destruction, Zhang Zhiyun, actrice...etc...sans oublier les « Shangai Babies » avec Madame Zhong comme exemple.
Un constat social pour le moins surprenant et alambiqué ! Les apparences, toujours les apparences...
« Ruelles » est un très court texte qui termine ce recueil. Son titre est la traduction la plus approchante possible d'un mot chinois « Longtang » qui n'a pas d'équivalent en français. Une promenade nostalgique dans la vieille ville et ses particularités. Une très belle description pleine de tendresse et de pudeur.
Des femmes dont certaines aimeraient un destin artistique, écrivain ou peintre, vastes espoirs ou projets trop audacieux, suivant leurs conditions sociales. Une autre voulant garder son identité, ses racines, tente d'oublier des années de révolution culturelle.
Un mot des auteures que l'on peut qualifier de contemporaines, car nées entre 1946 et 1973, elles ont chacune leur style propre avec une petite préférence pour Wei Hui et « La chambre de l'amant » qui est aussi la plus jeune des cinq.
Une découverte, mais ce recueil n'est pas réellement à sa place dans cette collection, ce qui n'enlève rien à ses qualités.
Extraits :
- Elle ferme les yeux, les gouttes d'eau chaude laissent de petites traces sur sa peau et un irrépressible désir monte en elle, sous le mouvement de ses doigts, son corps gémit, se tord, et explose.
- Elle reste enfermée avec lui plusieurs jours. Chaque orgasme est une rencontre avec l'homme aux cheveux longs, celui avec qui elle ne fait pas l'amour.
- La vie est ainsi faite : tout peut vous arriver et c'est comme si rien ne vous était arrivé.
- Le miroir lui renvoie ses traits tirés, encore accentués par le maquillage, les traits d'une fille qui aurait trop traîné dans la nuit.
- Au moment de se quitter, elle lui avait dit : « Ne te fais pas avoir par cette saloperie d'amour ! »
- Avec l'âge, ces années me parurent naïves et frivoles, et pourtant si difficile à oublier.
- Cette nouvelle époque était tellement inopinée qu'elle déstabilisa beaucoup de monde. Les gens croyaient le bonheur proche, pourquoi furent-ils happés par la tragédie ?
- Les hommes espèrent toujours être le premier amant d'une femme et les femmes être la dernière compagne d'un homme.
- « Une femme, si elle est seulement jolie, à quoi sert-elle ? L'important, ce sont ses capacités.... »
- L'éclat de ce Paris de l'Orient se déploie sur ce fond d'ombre depuis plusieurs dizaines d'années. À présent, tout semble vieux, laissant peu à peu apparaître les marques du temps.
- Les ruelles de Shanghai sont sensuelles, intimes comme le contact de la peau ; fraîches et tièdes au toucher, elles gardent secrets leurs émois.
Éditions : Autrement/ Romans d'une ville. (2004)

 

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03 juin 2011

Collectif / L.A.noir (Présenté par Denise Hamilton)

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Los Angeles noir.
Collectif / Denise HAMILTON (Présenté par)

Note : 4 / 5.
Une autre ville, un autre pont....
La Californie sous un regard noir, loin des clichés et des stéréotypes habituels. À part Michael Connelly (dont je ne suis pas un inconditionnel) encore un zéro pointé, je ne connais aucun autre auteur ! Il serait temps que je me soigne. Alors commençons le traitement.
Un dernier mot, souvent sur les blogs littéraires on rencontre des lectures communes, ici c'est une lecture inversée, mon amie Joëlle m'a prêté ce livre, et en échange elle lit « Londres noir ». Innovons !
« Mulholland Drive » cela rappelle un film, un très grand film, deux très belles femmes, quelques scènes assez torrides. Ici ce sont les chutes qui font par deux et qu'importe la voiture de luxe ou pas la casse est assurée !
« Leimert Park. Une époque dangereuse » ce n'est pas le tout de le dire, il faut la vivre, cette époque ! Même si le cadeau d'anniversaire est Esméralda ! Une histoire de drogue, de musique, de vengeance et bien sûr de femmes fatales. Fatalement.
« San Marino. Minuit dans Silicon Alley » Il est ici question d'un vol de puces ! Il est vrai que c'est plus facile à embarquer qu'un éléphant et cela rapporte plus, et c'est vraiment plus lucratif surtout au kilo. Mais la vie a des aléas, parfois. Et là c'est énorme ! Éléphantesque ! On ne sait vraiment plus à quel saint se vouer.
« Los Feliz. La méthode » Une serveuse, venant d'ailleurs pour réussir, tombe sous le charme d'un natif de L.A. Mais attention jeune dame..la faune locale peut mordre. Surtout quand le passé s'en mêle. Un bon texte sur le monde des acteurs dans le creux de l'ancienne vague.
Le mystique « Beverly Hills. 90210 Morroco Junction » attention que la jonction ne devienne pas une injonction. Mais une femme, prenant la suite de son père, connait tous les secrets d’alcôves et autres de tout ce beau monde. Ses sources sont les plus fiables des environs. Mais ne le criez pas sur les toits. Un personnage très attachant et beaucoup d'humour dans l'écriture.
« Los Angeles River. La clochette » est une histoire étrange....méfiez-vous des gens qui veulent vous sonner les cloches !
« Mar Vista . Liens de sang » est une histoire sur la cruauté des enfants vis à vis d'un des leurs handicapé et d'une autre « ethnie » sous le regard indifférent pour ne pas dire complice des adultes. Glaçant !
Un mot pour « Belmont Shore.When the ship comes in » titre d'une chanson de Bob Dylan, plus que l'histoire, somme toute classique d'un cambriolage qui tourne mal, c'est l'écriture qui m'a plu. Rapide, en phrases courtes et parfois sans verbes, style qui convient très bien à la nouvelle noire.
Un personnage nommé Arty, pas loquace, mais très efficace, enfin vu le rôle qu'on lui demande de jouer. Une mystérieuse numéro 19, nous ne sommes pas « Au village » pourtant, une tueuse occasionnelle, bienvenue au club ! Une paire d'amis de longue date, des serveuses et des gangsters, des musiciens et de la drogue, les deux semblent aller de pair. Des jeunes et moins jeunes cherchant la gloire, le sexe et l'argent, croisent et côtoient des ex-célébrités passées de mode voulant retrouver tout cela. L'âge d'or arrive ou n'est déjà plus qu'un souvenir pour certains. Un inspecteur de police obsédé par les faits divers mettant en cause des enfants et des armes à feux, la prolifération des fusils et autre engins de ce type multipliant les accidents. Triste constat. Par contre un garçon devient une sorte de super héros pour avoir échappé à la mort victime d'une balle dans la tête. Une nouvelle qui fait froid dans le dos, avec l'éternelle question de la vente d'armes aux USA. Une femme qui marche à L.A, c'est de la folie, comme le grand amour, qui parfois est mortel ! Un homme qui fête ses cinquante ans, c'est le bel âge se dit-il en préparant une surprise à son entourage !
Des jaunes, des noirs et des blancs, italiens, hispaniques, exilés russes, le mélange des genres, des gens et des cultures, la Californie, mais sous son côté sombre.
Des écritures très différentes mais c'est la loi du genre, un bon recueil qui m'a, malgré tout, moins emballé que celui sur Londres.
Des courtes biographies des auteurs et l'habituelle playlist musicale complète cet ouvrage.
Extraits :
- Ann était à fond pour la souffrance.
- Comme la plupart de leurs potes d'un côté de la loi comme de l'autre, Esméralda avait toujours fait bander Cravitz.
- La drogue, c'est le pouvoir. L'amour pourra jamais t'emmener aussi loin, conclut Athéna Powers dans un sourire.
- Le cerveau était un organe d'une souplesse inouïe, quand même. Il priait pour garder le contrôle de ses intestins.
- Je le sais, vous vous diriez : « quelle péquenaude ? » Mais vous ne me connaissez pas.
- OK, j'avais un problème avec les hommes. Je m'ennuyais facilement.
- Ici, il y a deux genres de gens riches : ceux qui sont riches du compte en banque et ceux qui sont riches d'informations. Je fais partie de la seconde catégorie.
- Comme je l'ai déjà dit, à Beverly Hills, les flics ne parlent pas. Les victimes ne parlent pas. Je suis la fille de mon père. Alors pourquoi parlerais-je ?
- Un garçon qui a reçu une balle avait forcément un cœur d'acier.
- À force de vouloir devenir quelqu'un d'autre, j'avais dévoré toute mon enfance.
- Dans la vraie vie, les histoires ne se terminent jamais véritablement ; elles ne font que se transformer.
- Cela devait faire dix ans que je n'avais pas reçu une telle proposition. Elle m'aimait encore, apparemment.
- Pour un homme de son âge, lui disaient amoureusement sa femme et sa maîtresse, il avait l'air en forme et même bien fichu.
Éditions : Asphalte (2011).
Titre original : Los Angeles Noir (2007).

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02 juin 2011

Collectif / Bruxelles du noir dans la blanche.

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Bruxelles, du noir dans la blanche
Collectif/Romans d'une ville.

Note : 3 / 5.
C'est dans les choux!
Sont de corvée de pluche pour ces histoires bruxelloises, Jean-Baptiste Baronian, Alain Berenboom, Pascale Fonteneau, Thomas Gunzing, Bruce Mayence et Gilbert Mérague. Un petit mot.. il y a parait-il des bretons partout, même dans ce recueil, Pascale Fonteneau étant née en Ille et Vilaine.
« L'enfer d'une saison » se passe sur une saison, mais d'un récit à l'autre il y a plus de 100 ans d'écart! Avec un titre pareil, il n'est pas nécessaire de préciser qu'il est question de livres, et d'éditions rares.
« Le Timide » est une nouvelle très noire,  le « héros » est très, très timide, mais il se soigne! Ses relations avec les femmes sont très espacées ; pour les compter, les cinq doigts de la main sont de trop, beaucoup trop, un seul doigt suffit! Et passons les détails,  mais c'était plutôt une catastrophe avec une fille plutôt tarte! Mais après avoir pris les choses en main, il se décide, va au peep-show, au lupanar et se prend pour le roi..... mais l'excès de débauche nuit à la santé, surtout mentale!
Dans « Véra à vélo », le narrateur qui tient un kiosque à journaux à Schaerbeek, commune des environs de Bruxelles. Dick le Flamant épouse Véra la Russe ; c'est un mariage blanc bien que Véra ne soit pas une Russe blanche! C'est aussi l'histoire de cette commune désertée par les Belges remplacés par des populations d'émigrés, c'est également la chute de l'Union Soviétique, le tout sous l'œil attendri du narrateur. Pas vraiment convaincante cette nouvelle, dommage....
Encore des russes dans « Nœuds à la russe », long huis-clos entre un maffieux russe et le parrain des malfrats de Buxelles, il est question de gâteau à partager, d'un Ukrainien surnommé « Le bègue » à abattre, de ménage à la gare du Nord et de camions de prostituées! Petit jeu du chat et de la souris version grand banditisme ! Savoureux!
« Bruxelles Las-Vegas », c'est l'enfer du jeu, et c'est vraiment la descente dans ces mêmes enfers! Jean-Pol y croit, dur comme fer (à cheval), et pourtant, il a tout perdu, son épouse, ses enfants, et malgré tout, il joue! Une histoire avec deux narrateurs qui fait froid dans le dos!
Quand Julien son fils demande à Julie « C'est quoi la vie? » que voulez vous qu'elle réponde, que contrairement à ce que dit le slogan publicitaire c'est pas simple comme un coup de fil, mais dans ce cas plutôt l'inverse? Qu'il y a des ex et peut-être des futurs, un passé pas très réjouissant et un avenir désespérant. Il y a aussi des secrets et des cadavres dans les placards . Et que cela se termine toujours quant on ne s'y attend pas! Bref, c'est con la vie.....Un imprimeur qui prend des risques, un prof de français qui fréquente, en tout bien tout honneur, les bouquinistes, une fille pas bien futée qui travaille chez « Pierrot-Croissant », pas des personnages hors-série! Des Belges bien de chez eux, une commère qui voit le mal partout, enfin surtout chez les mâles, un malfrat belge, un joueur, une femme et sa vie tranquille, enfin en apparence!
La ville de Bruxelles par l'autre bout de la lorgnette, l'urbanisme dû à son caractère de capitale de l'Europe, les problèmes de racisme, ajoutés à l'antagonisme flamand-wallon, avec dans l'ombre la percée de la maffia soviétique. Tout fout le camp même les coureurs cyclistes!
Bref, un monde qui change là aussi, Bruxelles, contrairement à ce que chantait Jacques Brel, Bruxelles ne Bruxelles plus!
Extraits :
- Nager, broyer l'herbe, chasser, fumer surtout..... Boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant.....
- ….il aurait compris toute l' importance de cette scène qui fut une sorte de rupture épistémologique, une sorte de révolution des Lumières, une sorte de découverte de l'Amérique, une sorte de révolution copernicienne, en deux mots un gros truc......
- Et qu'à ce moment-là personne n'allait rigoler. Que ce moment-là serait comme la fin du monde. Ce serait l'Apocalypse.
- Telle une île détachée du continent et partant à la dérive, Schaerbeek s'était arrêté dans le temps, coupé du reste de Bruxelles (d'autant que le métro tout neuf n' y arrivait pas.)
- Notre pays a pour manie de retracer sans cesse ses frontières intérieures.
- Il avait failli se faire descendre par l'Ukrainien de Kiev....Lui, le Russe, il allait se venger et s'en débarrasser.
- Depuis 1991, beaucoup de Polonais sont arrivés, les Albanais aussi, des Blacks, et maintenant nous... les Russes?
- La Belgique va mourir ainsi, sans réelle épuration ethnique, à force d'épuration de petits détails sans importance.
Bien sûr, on va continuer à râler, et puis un jour on le fera en flamand.
- Une tare n'est une tare que si la société ne l'avalise pas!
- Est-ce qu'à cet âge ils nous voient vraiment comme des êtres composites, mélange de Miss Univers et d' un alliage virtuel de Batman et de Zorro, mâtiné d'un zeste de Pockémon?
Éditions : Autrement/ Romans d'une ville.

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01 juin 2011

Collectif/ Brooklyn noir. (Présenté par Tim McLOUGLIN)

Brooklyn

Brooklyn Noir .
Tim McLOUGHLIN  (présenté par).

Note : 3,5 / 5.
Il suffit de passer le pont....
C'est reparti pour un guide non touristique des grandes métropoles mondiales, même si ici il n'est question que d'un quartier de New-York.
Un court texte de Tim McLoughlin nous présente les lieux et ses nombreuses particularités car Brooklyn est un sorte de creuset racial très américain, mais avec un supplément d'âmes et le sentiment d'appartenir à une communauté bien spécifique. Recueil en quatre parties avec une première et étrange constatation ; le seul auteur que je connaisse est....Ken Bruen de Galway sur Brooklyn.
Je reconnais que la nouvelle « Williamsboug, Hassidique Noir » m'a parue très hermétique car trop ciblée sur une catégorie de religieux trop opposés à mon style de vie et de pensée. Avec en plus trop d'expressions, obligeant à de fréquentes lectures en bas de page. Désolé pour l'auteur !
Dans « Downtown Brooklyn , Pas de temps mort chez Senior's » on peut dire que la moutarde monte au nez de certains protagonistes ! Nouvelle où l'auteur nous parle de base-ball et de poésie, citant Marianne Moore et Walt Whitman.
« Sunset Park. Quand tout était cela était encore Bay Ridge ». Un homme qui, après les obsèques de son père, découvre une photo de celui-ci avec une femme qu'il ne connait pas. Il retourne au bar que son père fréquentait lorsqu'il travaillait dans la police, et découvre une autre facette du personnage. Une histoire sur le temps qui passe et les quartiers qui changent au grand dam de certains anciens.
« Carnasie. L'entraînement » est un des plus beaux textes du livre, un père et sa fille dans le milieu des ouvriers spécialisés dans la construction des ponts. Plus dure pour certains sera la chute.
« La grande traque » c'est internet addiction....se méfier des chats sado-maso et ne pas se retrouver enchainé par une mystérieuse « Attrapemoisitupeu » et devenir esclave de l'écran (et plus si affinités!) Privé de mails....subtile punition. Mais les relations reprennent et la traque peut commencer. Qui est le chasseur et qui est la proie ? Un texte très noir !
« Red Hook. Bouffer italien ». Deux flics, pas meilleurs ni pires que les autres, surveillent les quais la nuit, car pour la pègre les tentations sont grandes, mais ils sont tranquilles, sauf qu'une nuit il découvre un cadavre coupé en morceaux, façon puzzle et du coup la vie peinarde est finie...et bien finie ! Grandeur et décadence.
Un petit mot sur la nouvelle de Ken Bruen, « Galway, Irlande. Fade to...Brookyn » deux hommes, le narrateur rêve de Brooklyn, pour Sean son comparse et complice, natif du nord, militant républicain pur et dur c'est une pure aberration, quasiment une désertion d'abandonner ainsi le combat.
« Fort Greene. Largué » est un des plus beaux textes du recueil, histoire assez terrifiante sur les relations entre hommes et femmes poussées à leur paroxysme.
Un écrivain très connu, homme riche vivant en Californie, revient sur les lieux de son enfance pour une séance de dédicace, sorte de retour. Il retrouve des souvenirs et aussi des fantômes de son passé qui ne lui veulent pas que du bien. Un rasta blanc qui sera bien berné dans une histoire d'herbe, un flic noir qui se fond dans le décor et qui de ce fait est encore plus dangereux, mais les femmes parlent de trop, un vieil homme et son manège, la roue tourne le soir sur la plage de Coney Island. Pas toujours dans le bon sens ! Le monde de la musique rap, où les femmes prennent leur revanche sur certains chanteurs peu respectueux de la gente féminine. La musique n'adoucit par réellement les mœurs. Quelques flics, italiens entre autre pour faire régner la loi, mais aussi parfois pour passer outre. Les irlandais ne sont pas mieux ! Et parfois les autres encore pire ! Un fille qui s’appelle Miel et pas mal d'hommes qui lui feraient bien des douceurs...
Est-ce parce que je ne connais pas ce quartier de New-York (contrairement à Londres) mais je n'ai pas eu la sensation d'être partie prenante dans plusieurs des nouvelles de ce recueil que j'ai trouvé plus inégales que celui consacré à la capitale britannique.
Une courte biographie des auteurs et l'habituelle playlist musicale complète ce volume.
Une phrase explique le sentiment des habitants de Brooklyn :
- Vingt trois ans et elle souffre déjà de la pire maladie qui soit, la « myopie du quartier », qui l’empêche de voir au-delà des blocs où elle est née.
Extraits :
- Ce n'était pas un de ces quartiers de New York ruinés par le temps, les incendies volontaires et l'insalubrité.
- La corruption des institutions religieuses, que ce soit celle des prêtres ou des rabbins, passionne un large public en Amérique.
- Il n'avait pas dit quand c'était encore blanc, ou quand c'était encore irlandais, ou même le diplomatique quand c'était encore un quartier sûr.
- Tous les enfants de New York ont grandi à l'ombre de pont. Une petite minorité a grandi ou a péri dans la pénombre funèbre d'un pont.
- Se rencontrer par l'esprit, c'est beaucoup plus intime que se rencontrer charnellement.
- J'ai avalé ma salive. Soixante quatre ans, est toujours aussi couillon.
- La musique, comme le sexe, était un business dégueulasse, vraiment dégueulasse.
- «  Gamin, il n'y a pas de mal. Il n'y a pas de bien. Il y a juste ce qui est. »
- Toute ma vie, je m'étais occupé de quelque chose, de chats, de chiens errants et de femmes cinglées.
- Franchement, quand t'es réveillé à quatre heures du matin par des soldats Brits qui défoncent ta porte en te traitant d'enculé de l'IRA, tu grandis vite et tu deviens sauvage.
- Les vrais gens me manquaient. Les gens qui savent que la vie est souvent injuste. Que parfois, même si ce n'est pas de votre faute, les choses foirent.
Éditions : Asphalte (2011).
Titre original : Brooklyn Noir (2004).
Babelio


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31 mai 2011

Collectif / Boston noir (Présenté par Denis LEHANE)

Boston
Boston noir.
Collectif / (Présenté par Denis LEHANE).

Note : 4 / 5.
Sur la rivière Mystic.
Je continue mon exploration des villes du monde grâce à des recueils de nouvelles noires. Ce qui est à mon avis une manière qui en vaut une autre et d'un point de vue littéraire permet de ratisser large en matière de découverte d'auteurs. Ici, le plus connu est bien entendu Denis Lehane, que j'ai lu il y a plusieurs années. Celui-ci dans une courte introduction cite Ted Lewis et son roman « Le retour de Jack » comme exemple de l'imprégnation que peut donner un lieu à la teneur d'un texte.
« Entretien de sortie » contrairement à son titre commence ce livre. Deux protagonistes et interlocuteurs, une femme Sloan, un homme Jimmy. Situation classique me direz-vous, et bien non ! L'une est l'instigatrice d'une prise d'otage où elle a tué un de ses collègues de travail, l'autre est un inspecteur de police chargé des négociations par les autorités. Les questions sont toujours les mêmes, pourquoi et comment ? La nuit passe, et au fil des conversations une certaine connivence s'installe entre ces deux personnes, le policier cherchant à la sauver, elle semble avoir dépassé ses propres limites. Elle parle de ses frustrations et de son grand soutien moral Rowan....Un très beau texte sur le monde de la finance et des relations professionnelles entre hommes et femmes. Une réussite, avec des personnages très attachants.
« Eaux noires » se déroule dans le noir, panne d’électricité, une femme noire vivant seule soigne et héberge un fugitif blanc blessé par la police, est-ce bien raisonnable, madame ?
« Femme sole » à la particularité de se dérouler en....1745 ; le titre veut dire une femme possédant ses propres affaires, ici une taverne et bien sûr cela attise les convoitises, celle de son époux en premier lieu (unité de mesure de l'époque!) Les temps n'ont guère changé hélas, mais certaines femmes de l'époque avaient un fort caractère et étaient prêtes à tout . Anna était de celles-là.
Toutes les îles ne sont pas paradisiaques, dans la baie de Boston comme ailleurs, alors une balade nocturne à la recherche d'une boîte à chaussures, pour un privé ce n'est pas forcément tout cuit ! Surtout quand la jeune femme est très mignonne et que le nom de l'île est Gallops, il vaut mieux fuir à bride abattue...Une histoire très noire se déroulant un peu après la fin de la guerre.
« L'ours bigleux » ne se passe pas dans un zoo mais au sein de l'église catholique aux prises avec les problèmes de pédophilie de certains curés. Un texte un peu brouillon à mon goût, dommage l'idée était bonne.
« Virages dangereux » confirme une chose pour certains : le tabac tue, pour d'autres il rapporte ! Parfois il tue ceux à qui il a rapporté!
Un paumé même pas moyen, mais plutôt enveloppé trouve un chiot martyrisé dans une poubelle, sans le savoir sa vie va changer, mais rien ne sera facile pour lui et elle car une femme s'invite dans l'histoire. Un musicien dont la carrière est dans le creux de la vague est obligé d'habiter Boston, ville qu'il déteste, qu'il trouve froide et peu accueillante. Et surtout personne ne semble le reconnaître, chose très vexante, vous en conviendrez. Une femme chauffeur de taxi recueille un chien blessé, quel drame cela cache t-il ? Un détective asiatique aux prises avec deux poétesses, et c'est pas très poétique ! Pas grand chose ne rime entre les deux !
Une biographie des auteurs, mais contrairement aux recueils édités par les éditions « Asphalte » pas de playlist musicale, peut-être que la ville de Boston n'a pas inspiré beaucoup de chansons !
Extraits :
- Si la ville est beaucoup moins violente qu'elle ne l'a été, elle est également plus terne. (Extrait de la préface de Denise Lehane).
- Les lumières des pistes d'envol ont l'air de bracelets de pierreries posées sur un coussin de velours noir.
- Un homme qui réussit a la possibilité de cacher son passé ; un perdant s'enferre dedans.
- On ne maîtrise jamais rien.
- Les gens étaient méprisants et prétentieux. La courtoisie la plus élémentaire n'existait pas ici. Personne ne disait bonjour ou merci, personne ne vous tenait la porte.
- Au-dehors, la nuit était impénétrable et les arbres oscillaient comme des ivrognes, tandis que la pluie argentée tombait à l'oblique contre la vitre givrée.
- Elle portait une longue chemise de nuit rose transparente, qui, les premiers temps, excitait beaucoup son mari. Mais ça, c'était une autre histoire.
- Plutôt que de se contenter de survivre avec la taverne, elle pouvait négocier pour obtenir plus.
- Une unique fenêtre, pas nettoyée depuis l'époque où Hoover était président, donnait sur les néons clignotants de la place.
- Que si quelqu'un pouvait me conduire jusqu'aux îles et me ramener, c'était cet Irlandais cabochard de Billy Sullivan.
- La transformation s'était opérée quelque part entre deux villes et deux amants. Vancouver et Boston. L'économiste et Isaac, l'ingénieur chimiste.
- Puis il ajouta que les mecs qui parlent aux flics se répartissent en deux catégories : ceux qui sont vraiment cons et ceux qui se croient plus malins que les autres.
Éditions : Rivages : Thriller. (2011) .
Titre original : Boston noir (2009).
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30 mai 2011

Collectif/ Alger, ville blanche sur fond noir.

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Seconde semaine de Romans noirs d'une ville.

Alger, ville blanche sur fond noir.
Collectif/ Romans d'une ville.

Note : 3,5 / 5.
Dessous noirs pour ville blanche.
Après un tour de France et une escapade à Toronto, puis J.O d'hiver oblige à Vancouver, je continue ma découverte de cette série. Je commence un tour du monde des villes, mais version dessous noirs! Un court recueil, 156 pages pour cinq nouvelles, sous la direction de Vincent Colonna, dont le récit commence ce livre. Les autres auteurs sont : Chawki Amari, Virginie Brac, Rima Ghazil et Mohamet Kacimi! Le seul qui figure dans mes lectures passées est Chawki Amari dont une nouvelle, « Vérités verticales » figure dans le recueil « Mes chers voisins ».
La première nouvelle, « L'ataya courage » nous raconte les péripéties et les mésaventures d'un touriste aux prises avec un chauffeur de taxi bavard!  Balade dans Alger sur fond " situation politique, de ressemblance physique et d'embrouille". Attention au beau parleur! Une promenade qui m'a rajeuni.
« Le rêve fou de Madame Azouz », car elle rêve Madame Azouz, et elle compte aussi! Ne cherchez pas une brave femme en faisant la connaissance de cette dame, elle est un peu usurière, entremetteuse pour ne pas dire mère maquerelle ; quelques jeunes filles ont été mariées en France grâce (ou à cause) d'elle! Elle espère secrètement hériter de la villa d'une vieille dame rescapée des temps anciens. Seul son fils Farouk a de l'importance à ses yeux! Mais plus rien ne va, la vieille dame a un petit-fils,  un maffieux local a besoin de ses services et son fils chéri veut partir au Canada! Le monde est cruel, mais Madame Azouz a de la ressource.............
« Le Doudji » ou les errances alcooliques d'un homme dans les méandres d'une ville souterraine. Alger la nuit, un homme ivre titube à la recherche d'un débit de boisson. Il se rend chez  «Le Manchot» sorte de bouge où se retrouvent les alcooliques démunis, les laissés-
pour-compte du socialisme algérien. Seules deux boissons sont autorisées, une à base d'anis, l'autre le vin rouge au verre ou à la bouteille! Au petit matin, l'homme est témoin de..... Que faire? La meilleure nouvelle du livre, la double errance du personnage, celle de l'ivresse et de la nuit, celle de la journée dans une famille et un travail où il n'a plus sa place.
« Troubles » ce texte est un regard sur la ville et une partie de sa population. Des hommes et des femmes plutôt à l'aise se croisent et s'entrecroisent au gré d'une journée et d'une nuit de fête chez l'une d'elles. Inez, qui est le pivot de cette histoire, est une femme de trente cinq ans vivant en France, elle décide de réunir des amis avant son départ, mais la ville n'est pas sûre, la police veille, un tueur en série sévit.....
« Tous les garçons et les filles » c'est l'été 1962, le destin n'est pas le même suivant de quel côté de la Méditerranée on se trouve, mais cette chanson  a traversé la mer. Ce sont les premiers pas de la « République algérienne, démocratique, populaire et socialiste » ; cette époque est racontée à travers les yeux d'un jeune garçon d'un village. Mais l'enfant grandit, il quitte son village pour Alger et une nouvelle vie....
Un touriste naïf et un chauffeur de taxi malin revisitent l'histoire d'un « sans-papier »,  une mère de famille qui est prête à tout pour garder son fils près d'elle, mais vraiment tout! Un homme ivre, une nuit, "voit une chose qu'il ne devrait pas", un jeune garçon se souvient d'un temps heureux, des personnages très ordinaires qui vivent la fin d'un espoir. La jeunesse dorée d'Alger qui fait la fête malgré tout, est la seule histoire qui concerne les milieux aisés d'Algérie. La narration de la nouvelle « Troubles » est originale, chaque personnage prend la parole dans un puzzle étrange. Chacun des auteurs parle des maux de l'Algérie, la corruption, le terrorisme, le manque d'infrastructure avec dans la vie de tous les jours le problème de l'eau potable! Et aussi pour la jeunesse l'espoir de l'immigration pour ailleurs......Je laisse le mot de la fin à Mohamet Kacimi :
- Il y a toujours eu de la part des régimes qui se sont succédés une grande haine pour cette ville ; comme ils savent qu'elle n'est pas la leur, ils ont tous tenu à l'effacer, à l'enlaidir, à lui faire perdre la mémoire et sa langue.
Extraits :
- Un document confidentiel pour les étrangers, qui indique les quartiers à éviter, la Casbah, Bab-el-Oued, Belcour ou El-Harrach......
- Son étage dans la société, ce n'était pas le rez-de-chaussée mais presque. À peine un entresol.
- ...Madame Rabéro avait tendance à zapper l'indépendance et ses quarante années pour vivre à l'époque bénie de sa jeunesse....
- L'homme a sorti ses trains d'atterrissage usés et s'est posé sur le comptoir avec la manœuvre de l'habitué des problèmes de stationnement.
 - L'homme est fracassé mais connaît le chemin, tel un bateau fantôme qui navigue au sonar.
- Quelle puanteur, ce marché aux poissons, c'est pire qu'à El-Harrach*.
- C'était une belle époque, car les Algériens ne connaissaient pas encore l'islam, ils le connaissent encore moins aujourd'hui.
-...j'ai dit «  filles de joie » et non pas prostituées, car nos mères les appelaient m'rabbath,« celles qui donnent du bonheur », ou « les heureusantes ».
Éditions : Autrement/ Romans d'une ville. (2003)
*Quartier d'Alger, où parfois (même assez souvent) l'odeur est forte, pour ne pas dire pestilentielle! C'est du à l'Oued Harrach qui draine les égouts de la ville. Il est amicalement surnommé « L'Oued Merda ».

 

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12 février 2010

COLLECTIF Romans d'une ville /Vancouver, la mémoire des corps.


Vancouver, la mémoire des corps.
Collectif/ Romans d'une ville.
Note : 2,5 / 5.
A corps couvert !
J'ai fait le mois dernier un tour de France des villes concernées par cette série, mais il me reste le monde à parcourir, car d'autres métropoles sont concernées. Athènes, Jérusalem, La Havane ou Bruxelles par exemple. Aujourd'hui je vais suivre l'actualité sportive, non je ne suis pas malade, enfin, je ne pense pas. Place à la ville organisatrice des J.O. d'hiver. La neige n'est pas noire, mais d'un gris très pâle! Les textes sont de Caroline Adderson, Annabel Lyon, Rick Maddocks, qui est gallois, Stephen Osborne et Adam Lewis Schroeder, compilation établie par Stephen Osborne.
Je n'ai pas trouvé grand chose de ces auteurs traduit en français. De toute façon je n'en connais aucun.
« Quelqu'un de bien » commence gentiment, mais par une situation étrange. Un homme accompagne son amie, Mailee dont il est très amoureux, dans la famille de son prédécesseur Rob. Celui-ci, suite à un accident de voiture, est cérébralement très atteint, même si le physique est indemne! La vérité est que les parents de Rob veulent aller au cinéma, laissant leur fils aux bons soins de leurs visiteurs... Que s'est-il passé le soir de l'accident? Où en étaient vraiment les relations entre Mailee et son ami? Rob raconte.....
« Something tells me I'm into something good », le titre est en anglais, le texte en français, au premier abord, je me demande si cela fait une différence quelconque !
A la première lecture je n'ai rien compris! Si c'était un film, je dirai que la bande son le sauve du naufrage! Excusez du peu : Les Stones, les Zombies, les Them, les Animal, les Moody Blues, les Herman's Hermits, les Raindrops, Metallica, Von Morrison et tutti quanti! Vous avez deviné que l'on parle de disques anciens, moi aussi, mais cela s'est arrêté là! Je ferai une deuxième tentative de lecture à la fin du recueil.
Dans « l'Explorer blanche », le style est donné dès la première ligne : « On va parler de toi quand tu te réveilles », un narrateur-témoin, ce qui n'est pas toujours facile pour la lecture. Puis très rapidement, un sentiment de menace se fait jour « Le vendredi, c'est un bon jour, d'habitude... » mais aujourd'hui ? Un homme Noah Harper explore Vancouver à la recherche d'une voiture, celle de son épouse! Une errance qui se terminera à Pigeon Park! Un voyage initiatique dans les dessous d'une ville qui, à l'époque où se déroule l'histoire, posait sa candidature pour les Jeux Olympiques de 2010!
« Monsieur le juge » est un homme dur, tyrannique, souffrant de diabète! Sa famille semble unie, trop ou pas assez? La longue histoire de Lachlan, fils du juge, frère de Ritchie, handicapé mental, mari d'Erica qui veut avoir un enfant, mais qui a des problème de santé. Alors la vie n'est pas rose...Un fils découvre son père après que celui-ci ait quitté son épouse. Des relations ambiguës entre tous les personnages dans une famille catholique prise entre la foi de la mère et l'autorité du père.
La nouvelle la plus longue du recueil, et aussi la plus réussie, est une sorte de mélodrame jamais larmoyant.
« Tout ce qui reste » pour parodier Charlebois pourrait s'intituler « Je reviendrai à Vancouver » un texte avec de l'humour ( il y en avait besoin!) et où l'auteur cite Dijon, Dunkerque et Paris!
Peu de personnages réellement attachants, car souvent caricaturaux ou manquant de personnalités. Un homme regardant sa compagne tenir son ancien petit ami par la main, deux femmes qui travaillent dans un hôtel, dont l' une attend des affaires de son père mort depuis plusieurs années et un jeune homme qui achète des disques! Un professeur qui suit dans un autobus un clochard qui vend des seringues! Un facteur nostalgique et qui voit la ville changer et qui nous fait découvrir que si les arbres sont entourés de bandes de plastique orange, cela veut dire que la maison qu'ils bordent sera détruite, ce signal prévenant les bulldozers que l'abattage de ces arbres est interdit! Des japonnais catholiques de Kyoto, priant à chaque décollage dans l'avion qui les mène à Vancouver, et pour finir en beauté « La dame au canard », figure réelle ou imaginaire avec son volatile dans une voiture d'enfant!
Décidément, après « Toronto, accidents de parcours » les canadiens anglophones dans cette série ne sont pas très inspirés, à part Leon Rooke dans l'ouvrage concernant cette ville. J'espère que mon prochain voyage sera plus réussi!
Extraits :
- Mais nous sommes sûrs tous les deux d'avoir traversé des poches de tristesse assez profondes pour avoir définitivement réglé nos dettes envers notre karma.
- Ce n'était pas la méchanceté qui lui faisait désirer ces aperçus, mais quelque chose de plus humain en lui, en elle.
- J'ai pitié du type qui a un T-shirt «  Santana » parce qu'il n'y a rien de plus humiliant de voir son idole faire un retour sur le devant de la scène.
- La techno, c'est quelquefois bien, mais pas souvent.
- Et quand le prix de l'héroïne monte, il faut balayer plus large.
- Le bus est plein à craquer d'étudiants. Des êtres humains inachevés, en cours de fabrication.
- Je me sens revigoré. Faire l'amour, c'est comme une bonne promenade. J'avais oublié.
- ….je n'aurais jamais cherché la plaque voisine, qui rend hommage, dans l'idiome propre aux plaques commémoratives aux Celtes ou Gaëls, peuple antique incluant les Bretons, les Écossais, les Pictes, les Gallois, les Irlandais, et les Gaulois................
Éditions : Autrement/ Romans d'une ville. (2004).
PS. Je n'ai pas eu le courage de relire « Something tells me I'm into something good »!

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