29 juin 2008
SANDS Bobby / Un jour dans ma vie (Ecrits de prison)

Un jour dans ma vie.
(Écrits de prison).
Bobby SANDS.
Note : 4 / 5
Tiocfaidh àr là*
5 mai 1981, la nouvelle que tout le monde redoutait est tombée. Bobby Sands est mort ! Il sera le premier d'une longue série de grévistes de la faim irlandais.
Ce livre nous parle d'une facette de Bobby Sands que l'on connaît beaucoup moins, l'écrivain ! Sands est bien sûr un écrivain très engagé, ce livre est une oeuvre de protestation et de dénonciation. La préface est de Gerry Adams, chose qui semble naturelle et l'introduction de Sean McBride, Irlandais, l'un des fondateurs d'Amnesty International et prix Nobel de la Paix en 1974, dont le père fut fusillé par les Anglais en 1916. Il ne faut pas oublier qu'au moment de sa mort Bobby Sands était député.
Ce livre contient une vingtaine de récits, le premier d'entre eux donne son titre à l'ouvrage et c'est également le plus long. Bobby Sands nous parle des conditions de détention de prisonniers républicains dans le bloc H de la prison de Maze (Long Kesh). Les autorités ont supprimé leur statut de prisonniers politiques aux membres de l'IRA, leur refusant par la même occasion le droit de porter leurs propres vêtements. Commence alors une protestation des détenus républicains qui se terminera par la mort de 10 hommes.
La vie pour les républicains dans la prison de Maze est une longue suite de brimades, de passages à tabac et de vexations en tous genres. Les conditions de détention sont inhumaines, les fenêtres n'ont pas de carreaux. Par jeu, les autorités décident de laver les murs au jet, inondant les cellules, détrempant les couvertures et matelas. Les matelas pourrissent et regorgent d'asticots. Les fouilles à « l'anus » sont une forme très prisée d'humiliations, le vol de nourriture dans les rations des prisonniers est également monnaie courante. Les prisonniers organisent des cours de gaélique collectif dans leurs cellules quand les gardiens déjeunent, ce qui les rend méfiants car ils ne savent jamais ce dont parlent les détenus. Les petits bonheurs, une photo d'une manifestation rentrée clandestinement, un colis ou un courrier censuré qui arrive, la visite mensuelle au parloir. Un peu de tabac passé au nez et à la barbe du personnel de la prison, les nouvelles qui circulent venant de l'extérieur.
Trois poèmes dont « Chère Maman ». Dans un très beau texte « Des fleurs, mes amis, des fleurs » Bobby Sands rend hommage aux femmes d'Irlande et en particulier aux prisonnières d'Armagh, en les comparant aux fleurs :
-« Femmes irlandaises, qui contrairement aux fleurs dans la nature refusent de plier devant un vent étranger.. »
La suite est composée de courts récits, dont le dernier « Mars 1981 » est la narration qu'a fait Sands des 17 premiers jours de sa grève de la faim qui durera 66 jours..
Les personnages sont à classer en deux catégories, les prisonniers républicains, irlandais et catholiques, les gardiens britanniques et protestants. Le moins que l'on puisse dire est que la haine est omniprésente entre les deux !Certains matons particulièrement sadiques furent abattus par l'IRA. L'amitié et l'entraide seront sans cesse une force pour remonter le moral des détenus dans cet univers particulièrement dur et sectaire.
On trouve quelques phrases qui expliquent l'apparente incompréhension des Britanniques vis-à-vis des Irlandais, un journaliste anglais parle de toutes les possibilités dont l'Angleterre a usé et abusé en Irlande, il parle de « génocide » et il reconnaît que rien n'a marché. Il conclut par « La seule (possibilité) que nous n'avons pas essayée est le retrait total et sans condition ».Que reste-t-il de tout cela plus de vingt-cinq ans après ? Sean Mc Bride dans son introduction écrit ce qui suit :
« une telle solution ne serait envisageable que si la Grande Bretagne renonçait enfin à tout prétention de souveraineté dans cette île ».
Or c'est l'inverse qui s'est passé, la République d'Irlande a retiré de sa constitution l'article qui stipulait sa souveraineté sur l'ensemble de l'île ! Une paix relative semble régner mais....
J'ai été agréablement surpris par la qualité de l'écriture de ces textes, qui furent très légèrement remaniés.
Extraits :
- Trois tortionnaires primaires-et ils seraient ici toute la journée.
- Les matons n'aimaient pas que l'on emploie le gaélique. Cela les éloignait, leur donnait l'impression d'être des étrangers et les gênait même.
- Je ne pense pas que les Brits soient très contents en ce moment, fiston, avec tout le XXXXXXXXXXXXXXXXX (censuré).
- Autrement dit, ils vont le tabasser pour la troisième fois de la journée.
- Sans verres aux fenêtres, il n'y avait rien pour nous protéger.
- Qui le croirait si on disait que l'on passait l'été à ramasser des asticots pour nourrir les oiseaux?
- Et encore ce silence de tombe mortuaire. La tension suspendue comme une guillotine.
- ...l'un d'eux se mit à frotter vigoureusement avec une brosse à chiendent mon dos déjà en lambeaux.
- Et moi ? Je resterai toujours le même - un Irlandais luttant pour la liberté du peuple opprimé.
- Mais regarder un pot de chambre immonde ou quatre murs sales et puants ne fait qu'aggraver la déprime.
- Lundi 2 mars : J'ai vu le médecin et je fais 64 kg. Je n'ai pas de problème.
- Mardi 3 mars : 63 kg aujourd'hui et alors ?
- Samedi 7 mars : Je fais 61 kg aujourd'hui. En baisse.
- Lundi 9 mars : Je vais bien et mon poids est de 60 kg.
- Jeudi 12 mars : Je fais 58, 75 kg.
- Mardi 17 mars :Mon poids était de 57, 7 kg. Rien a signaler point de vue santé.
Éditions : Gatuzain.
Titre original: One day in my life. Writing from prison. (1983).
* Notre jour viendra
28 mai 2008
BEHRENS Peter / La loi des rêves

La loi des rêves.
Peter BEHRENS.
Note : 3,5 / 5.
An Gorta Mor*.
Auteur canadien né à Montréal, mais c'est un écrivain anglophone. Son premier recueil de nouvelles « Night Driving » date de 1987. Ce roman qui est son premier a obtenu le Governor General’s Literary Award en 2006.
Le sujet est le peuplement du continent américain par les émigrés irlandais. Quelques rappels historiques et quelques chiffres. Entre 1845 et 1849, une maladie de la pomme de terre fut responsable de ce que la mémoire collective irlandaise appelle « La grande famine » . Les chiffres, qui évidement ne sont pas très fiables, indiquent entre un million et un million cinq cent mille morts et autant d'irlandais quittant leur terre natale. Les régions les plus pauvres étant celles où le gaélique était la langue maternelle, la culture irlandaise devient minoritaire dans son propre pays.
Ce livre commence en 1846 ; pour toute l'Europe cela sera une année de disette, pour l'Irlande cela aggrava la situation.Fergus O'Brien a vu sa famille mourir de faim, leur maison incendiée par les soldats. Avec les corps de ses parents et de ses soeurs à l'intérieur. Il a vu les morts de l'asile où les propriétaires terriens l'ont placé, il a vu les routes pleines de mourants, victimes de fièvre ou de malnutrition. Il a vécu avec des enfants transformés en bandits de grands chemins, dans une Irlande dévastée. Entre vengeance et vols pour se nourrir, il survit tant bien que mal, il tente l'attaque de la ferme des Carmichael, les fermiers qui l'ont expulsé. Mais l'attaque échoue, et paradoxe dans ce pays qui meurt de faim, il aidera à convoyer un troupeau de boeufs en partance pour l'Angleterre! De Dublin, où aussi des escrocs profitent de la misère humaine, il partira pour Liverpool, première étape d'un long périple aventureux qui le conduira au Québec. A Liverpool, il connaîtra la misère, la rivalité sanglante entre ouvriers écossais et irlandais. Puis il travaillera dans une maison close, mais repartira encore, au Pays de Galles cette fois où il participera à la construction des premières lignes de chemins de fer où il rencontrera la rousse Molly.Il participera à cette grande aventure humaine que sera le peuplement de l'Amérique du Nord.
Fergus est le personnage principal de cette fresque romano-historique, enfant des montagnes irlandaises. Jeune homme lâché sur les routes, il survivra.
Luke, jeune fille qui fut contrainte à se prostituer, lui enseignera l'amour et Shamie, déserteur après qu'il eut été fouetté en public, vivront avec lui en Irlande avant de perdre la vie.
Le Terrassier, compagnon de voyage, Arthur Mc Bride pour l'état civil, être fantasque, source de problèmes, irlandais et bagarreur jusqu'au bout des doigts.Molly la Rousse, fuira un homme qui la frappe et accompagnera un moment Fergus dans la longue traversée vers le nouveau monde. Femme de ressources, elle survivra à la fièvre et arrondira leur magot au jeu. Ormsby, vieil homme qui revient au Canada et qui se prendra d'estime pour Fergus, qui lui rappelle son fils décédé.Comme dans tous les romans de ce genre les personnages foisonnent, principaux ou secondaires, chacun participant à l'histoire, dans ce cas précis avec un grand H. Du fermier irlandais à la jeune prostituée au grand coeur.
Je ne suis pas un adepte des sagas se déroulant sur plusieurs années. Ce roman est bien écrit, un peu long à mon goût. Il réunit tous les ingrédients nécessaires pour un bon livre, sans réelle surprise.
Extraits :
- A la fin de l'été, avant la récolte des pommes de terre, survenait « mi an ocrais », le mois de la faim.
- Nous sommes ici chez nous, et nous n'en bougerons pas.
- ...tandis qu'une fourrure noire-la fourrure de la faim- leur poussait sur le front, les joues et le dos des mains.
- C'est cela la loi des rêves, rester en mouvement.
- Puis il s'aperçut qu'il s'était adressé à elle en irlandais, langue qu'elle ne parlait pas.
- Personne n'accueille la mort avec plaisir, ceux qui en sont le plus proche encore moins que les autres.
- Les garçons de la tourbière préfèrent mourir à la guerre que dans le fossé, Fergus.
- Bah! De toute façon on ne voit pas pourquoi ils veulent quitter leur pays.
- Terreur ; c'est le mot. La terreur qui fourmille au bout des doigts.
- Si je meurs, je voudrais que les gars m'ensevelissent dans le drapeau vert.
- ...ils savent qu'on est irlandais. Tous les jours la haine monte dans les rues.
- En Irlande la terre les avait trahis, elle avait empoisonné ce qu'il y avait dans leur assiette.
- Il est la-bas le mystère, de l'autre côté de l'eau.
Éditions : Christian Bourgeois.
Titre original: The laws of the Dreams.
Annexes:
Le site de l'auteur
*La grande famine en gaélique.
« Ils nous enterraient sans linceul ni cercueil » Seamus Heaney.
Un article du monde diplomatique : ici.
Quelques romans sur le sujet, mais il doit y en avoir beaucoup d'autres : Famine de Liam O'Flaherty, L'adieu au Connemara d'Hervé Jaouen et L'étoile de mer de Joseph O'Connor.
17 mars 2008
CHALANDON Sorj / Mon traître.

Lu dans le cadre de la Saint Patrick
Mon traître.
Sorj CHALANDON.
Note : 3,5
Pourquoi?
L'auteur qui fut reporter en Irlande du Nord pour « Libération » à l'époque où certains journaux étaient encore présents à Belfast.
Il nous livre ici une version romancée de la vie de Denis Donaldson, membre du Sinn Fein qui fut en réalité pendant vingt ans un espion du gouvernement britannique. Nul ne sait réellement pourquoi il a trahi!
Un parisien, homme plutôt austère que sa femme a quitté, aime se rendre en Irlande. Un jour quelqu'un lui dit, si tu veux connaître l'Irlande il faut aller au Nord. Petit à petit grâce à la musique il s'introduit dans la mouvance républicaine de Belfast. Il rencontre des activistes dont Tyrone Meehan avec qui il entretient des relations ambiguës. Puis il prête une chambre à Paris à des irlandais de passage, il sert de passeur pour de l'argent. Nous suivons donc cet homme dans cette période agitée de l'histoire de l'Irlande et de la Grande-Bretagne. De Bobby Sands aux accords du Vendredi Saint.
Si le côté historique est bien rendu et peut amener quelques néophytes à s'intéresser au problème, le côté roman est très anecdotique.
Antoine, luthier, s'engage dans la cause républicaine, dommage que ce personnage soit peu crédible, trop naïf et qui semble uniquement être là comme faire valoir au personnage principal du livre Tyron. Il en est en quelque sorte le narrateur admiratif, puis consterné, par exemple lorsqu'il découvre que tous les irlandais de passage à Paris ont été arrêtés après qu'il les ai désignés à Meehan.
De celui-ci, nous suivons le parcours militant depuis de longes années, sa seule défense est « J'ai été compromis » pourquoi et par qui? Nul ne le saura jamais, à moins que ses assassins aient réussi à le faire parler et là encore ils ne s'en vanteront pas. Quelle vie a eu cet homme pendant toutes ces années?
John O'Leary est pour moi un des personnages les plus sympathiques de ce livre, il fait partie des victimes de l'Histoire. Son fils a été tué par les forces de l'ordre, il sera lui victime de sa propre bombe. Et comme toujours la victime sera Cathy, l'épouse et la mère qui quittera cette ville. Comme Sheila, l'épouse de Meehan qui elle aussi se retrouvera seule.
Il faut noter que le choix des noms n'est pas, il me semble, fortuit, John O'Leary (1830/1907) est un des premiers prisonniers politiques irlandais ou du moins le plus célèbre de l'époque, il fut également écrivain et William B.Yeats avait beaucoup d'admiration pour lui.
Le prénom Tyrone évoque le Tyrone qui est un fief de L'I.R.A. Ce comté paya un lourd tribut à la lutte armée, plus de 50 de ses volontaires périrent au combat.
A noter que la majorité des lecteurs qui ont fait des chroniques pour ce livre, s'étonne de l'engagement de cet homme dans un combat qui n'est pas le sien. Je pense que pour les gens de ma génération (60 ans et plus) qui avons suivi «Les Troubles » pendant des décennies, il est acceptable que certains soient passés à non pas la lutte armée, car l'I.R.A., malgré la présence dans ces rangs de non-Irlandais, n'a jamais accepté qu'ils participent à une quelconque opération militaire, mais à un militantisme engagé.
L'atmosphère de Belfast, ville en guerre, est, je trouve, très bien rendue, mais comme je le craignais, la réalité dépasse et de loin la fiction.
Un livre qui laisse une impression étrange, ne sachant pas s'il doit être un témoignage ou un roman. Mais il est surtout la narration de la désillusion d'un homme.
Extraits:
- Les musiciens chantaient la guerre. Une chanson rebelle, avait dit Jim
- Le « Soldier Song » fut mon premier repaire.
- Les soldats britanniques devenaient ainsi ombres, et donc cibles, et donc morts.
- Il détestait l'Angleterre parce qu'il aimait l'Irlande.
- C'était une mélodie de guerre. Un monde soudain. Les armées bretonnes jetées contre les remparts de Montparnasse.
- Devant moi, chaque Irlandais portera un jour ce masque de guerre.
- Un autre répète « Nos gars sont là » en clignant de l'oeil tout autour.
- J'en veux à ces salauds pour ce qu'ils ont fait de nous. Je leur en veux parce qu'ils nous ont obligés à tricher, à mentir et à tuer. Je déteste l'homme qu'ils ont fait de moi, a encore dit Tyrone Meehan.
- Tu étais Antoine, te voilà Tony, a ri Tyrone Meehan.
Et j'ai ri aussi.
- A qui l'I.R.A. pouvait-elle rendre les armes? Elle n'était ni vaincue, ni exsangue. Il n'était pas question de reddition militaire mais de courage politique.
- Mon Irlande était du sable.
Éditions : Grasset.
26 décembre 2007
O'CRIOMHTHAIN Tomas / L'homme des îles.

L'homme des îles
Tomas O'CRIOMHTHAIN (1856/1937)
Note: 5
Dernier refuge.
Imaginez quelques îles perdues au large de l'Irlande, pas très loin certes, car visibles à l'oeil nu, mais si différentes. Les Blasket, ces dernières terres avant l'Amérique, le gouvernement irlandais a décidé de les évacuer en 1953, mais là sont nés ou ont vécu trois des plus grands écrivains irlandais de langue gaélique. Peig SAYERS*, Tomas O'CRIOMTHTHAIN et Muiris O SUILEABHAIN. Trois sur une population qui ne dépassa pas cent vingt, cent trente habitants! Les versions anglaises des noms pour les hommes sont Tomas O'Crohan et Maurice O'Sullivan. On peut y ajouter Micheal O'Gaoithin, fils de Peig Sayers qui mit sur papier les paroles de sa mère.
Au moment de son évacuation, seules vingt deux personnes y résidaient encore!
Ce livre, terminé en 1926 et publié en 1929, fut certainement le premier livre de renommée mondiale publié en gaélique.
Tomas est paysan et pêcheur comme tout îlien, il est nécessaire d'avoir plusieurs activités. Les familles sont souvent nombreuses, mais beaucoup des enfants quitteront l'île pour partir, souvent en Amérique.
Les naufrages, non provoqués (?) qui soulagent l'île de la misère en apportant des marchandises inattendues dans ces contrées, où l'auteur dit avoir eu l'âge adulte avant de boire du thé!
Les habits bleus, honnis de la population représentent le pouvoir anglais, luttant contre l'alcool de contrebande et tentant de rafler le butin des naufrages.
L'école et la nécessité d'apprendre l'anglais, mais les institutrices repartent pour se marier, et le poste reste vacant pour un temps indéterminé.
L'habitat est en général petit et tout le monde cohabite, poulets, cochons, chiens et chats, seul l'âne reste dehors!
La vie quotidienne simple, mais rude et la précarité de toutes choses ont amené les autorités à déplacer la population restante en Irlande, où elle s'est fondue petit à petit!
La vie et mais aussi son contraire la mort précoce, par maladie ou par la mer, grande dévoreuse d'hommes!
Les îliens, société miniature, entraide, comme cette garde permanente signalant l'arrivée de tous bateaux, surtout ceux de l'administration anglaise!
Les "continentaux", comme l'inspecteur scolaire aux quatre yeux, premier homme portant des lunettes que les enfants voient!
Une écriture sobre, certaines critiques parlent même de sécheresse, je pense que le but de l'auteur n'était pas d'écrire beau, mais vrai. On sent malgré tout une grande nostalgie, masquée parfois sous un humour naturel. Certaines expressions sont très imagées : "Le fond de l'écuelle" comme dit l'auteur, le dernier de la nichée. Ou toujours en parlant de lui même "Le veau d'une vieille vache".
N'attendez pas des héros au détour de ces pages, vous ne trouverez que des gens exceptionnels, mais modestes. Mais cette population fût une mine d'or pour les linguistiques du monde entier.
Un témoignage indispensable d'un monde mort à tout jamais, l'île n'étant plus peuplée que de moutons et quelques bergers parfois.
Quelques lignes du poète Desmond Egan au sujet des Blasket :
- j'ai attendu du haut d'une falaise
quelque signe de la terre d'Irlande
ai commencé à comprendre pourquoi la médiocrité
n'a jamais été de mise ici
où la vie est un exil.
Éditions : Petite Bibliothèque Payot/ Voyageurs.
Titre original:
An t'Oileanach (Titre gaélique)
A noter un excellent reportage sur cet auteur et les îles Blasket dans le Ar Men n°99.
* Voir la chronique.
http://eireann561.canalblog.com/archives/2006/05/10/1851294.html
Liste des ouvrages disponibles en français (à ma connaissance)
Peig par Peig Sayers (an here)
Vingt ans de jeunesse par Maurice O'Sullivan (Terre de Brume)
L'homme des îles de Tomas O'Crohan (Payot)
Plus le recueil de poésie Peninsula de Desmond Egan (Fédérop)
05 mai 2007
FIEROBE Claude / L'Irlande fantastique.

L'Irlande fantastique
Claude FIEROBE (présenté par)
Note : 3
Fantastique Irlande!
Recueil de 12 nouvelles fantastiques irlandaises qui ont toutes été publiées entre 1825 et 1915. Pour chaque auteur, une biographie nous permet de mieux les découvrir après une préface très instructive.
Certains noms sont très connus des amateurs du genre : James M. O'Brien, Bram Stocker, Sheridan le Fanu ou Charles R. Mathurin.
D'autres sont connus, mais pas spécialement pour le fantastique, Oscar Wilde et William Carleton. D'autres, comme Charlotte Ridell, sont très peu (ou même pas du tout) traduits en français.
La nouvelle qui ouvre ce recueil, "Le château de Leixlip" de Charles Mathurin" à qui l'on doit "Malmoth" est un récit gothique par excellence : un château, une jeune fille mariée à un mystérieux seigneur écossais, l'amour est profond, mais pas éternel, un poignard sanglant brisera leur bonheur.
William Carleton, avec son récit 'Wildgoose Lodge' nous raconte un fait divers véridique qui s'est passé en 1819, et qui s'est terminé par la pendaison de plusieurs membres d'une société secrète.
Les frères Banim, John & Michael, écrivains catholiques, sont les observateurs du monde paysan et de ses croyances. Leur nouvelle s'intitule "Le gardien du cimetière" : un homme alcoolique ayant épousé une veuve veut que le fils de celle-ci le remplace dans son travail nocturne, l'enfant en sera marqué pour longtemps.
James O'Brien, est surtout connu pour une histoire très étrange "Qu'était—ce?" ici, il nous conte une version de "la damnation de Faust",
un poète faisant un marché avec un médecin pour les yeux d'une belle.
Oscar Wilde et son conte "Le jeune roi" met un peu d'humanité dans ces mondes étranges et pas toujours rassurants.
Parfois les auteurs sont plus tragiques que leurs personnages comme Gerald Griffin (1803/1840), orphelin il quitte l'Irlande pour Londres, écrit plusieurs pièces de théâtre, vit dans la misère. Il rentre en Irlande, puis dans les ordres. Il meurt de maladie et de privation. Sa nouvelle a pour titre "La Saint Martin".
Sort peu enviable également pour James Clarence MANGAN( 1803/1849).
Chagrin d'amour, mort des parents et soucis financiers, rien ne lui fut épargné. L'alcool, l'opium et la misère l'accompagneront toute sa vie. Il mourut pendant l'épidémie de choléra.
Un reproche, la nouvelle de William Carleton "Wildgoose Lodge" est excellente, mais n'a pour moi rien de fantastique. Dommage aussi l'absence de Lord Dunsany qui est un des maîtres incontestés du genre.
C'est toujours difficile de juger ce genre de recueil ; premièrement, je ne suis pas un adepte du genre et les styles d'écriture sont trop disparates. Il est à remarquer que trois (ou quatre si l'on veut avec Sommerville & Ross.)femmes figurent dans ce recueil.
Une relecture qui n'apporte rien de particulier, mais ce genre de littérature ne m'inspire guère.
Extraits :
- Alors, je serais l'épouse d'un cadavre, dit Anne, car celui que j'ai vu ce soir n'est pas un être vivant.
- On veille les morts de peur que les vivants ne les dérangent. Étrange soumission des vivants à la mort-assurant à celle-ci un royaume et un règne sans partage.
- Je m'ennuyais à mourir-du moins étais-je proche de cette mort apparente qu'est le sommeil.
- Lui seul ne riait ni ne pleurait jamais, lui seul ne croyait pas ce qu'il disait.
- "Tu verras, tu connaîtras, tu comprendras toute chose".
- En temps de guerre, répondait le tisserand, les forts asservissent les faibles et en temps de paix, les riches asservissent les pauvres.
- Messire, ne sais-tu pas que c'est du luxe des riches que vient la vie des pauvres.
Éditions : Terre de Brume.
24 avril 2007
RIGAL Denis / Poésie d'Irlande (Anthologie)

Poésie d'Irlande (Anthologie)
Denis RIGAL
Poèmes éternels.
Note : 4
La quatrième de couverture précise deux choses : il ne s'agit que de poésie irlandaise de langue anglaise et elle ne prétend nullement être exhaustive. Pour chaque poète, une biographie figure dans l'ouvrage.
Je félicite encore une fois Monsieur Denis Rigal pour ce recueil de poésie.
Parlons maintenant du contenu de cet ouvrage.
Patrick Kavanagh. Est surtout connu pour son très long "The Great Hunger". C'était un homme de la campagne et sa poésie se démarque d'un Yeats par exemple. Il y met en parallèle la grande famine qui décima l'Irlande dans les années 1845/1850 et la grande misère sexuelle des paysans irlandais dans les années 1950. L'intégrale de ce texte se trouve dans "L'anthologie de poésie irlandaise du XXème siècle" aux éditions Verdier.
Thomas Kinsella. Il est poète et également traducteur de la langue gaélique, on peut lire sa traduction de "La Razzia" d'après la mythologie irlandaise ou un recueil de poésie "Le messager".
John Montague. Il est né à Brooklin, a la particularité d'être d'une famille de paysans ulstériens, mais catholiques, ce qui n'est pas forcément facile à vivre. Dans "Retour à Herbert Street", il parle des soirées bien arrosées de Brendan Behan :
- Les cafés ferment : un taureau échappé,
Brendan Behan gravit la rue en se heurtant aux murs,
S'écroule dans notre cuisine en hurlant "John"......
que Brendan roule sa carcasse,
en chantant dans la rue, comme la brouette de Molly Malone.-
Richard Murphy. Il vient d'une famille bourgeoise, fils d'un haut fonctionnaire britannique, et vécut à Ceylan. Il fit ses études à Oxford et à Paris. Un court poème que j'aime beaucoup "Double négative" :
-debout sur la quai
L'inconnu à bord du bateau poste t'intriguait
Alors que sur le bateau poste j'étais
intrigué par l'inconnu sur le quai.-
Seamus Heaney*. J'en parlerai moins, lui ayant consacré deux chroniques
mais malgré tout ces quelques vers :
-Juste trois jours après que l'on avait abattu
les treize hommes à Derry.
PARAS TREIZE, affichaient les murs.
BOGSIDE ZERO. Ce mercredi-là
Nous retenions notre souffle-.
Derek Mahon*. La même chose que pour S.Heaney, dans le sens où j'ai déjà parlé d'un de ses recueils. Un grand poète bien méconnu, hélas!
Paul Muldoon. Il vient du Nord, il écrit sur la condition sociale comme dans son titre "Mariage mixte".
Eithne Strong. J'ai une estime particulière et beaucoup d'admiration pour cette dame au parcours très atypique ; fonctionnaire, elle se marie et élève ses neufs enfants. Elle passe ensuite une licence de Lettres Étrangères à Trinity College. Son oeuvre est très féminine pour ne pas dire féministe comme dans "Ce que disait la femme libre".
-O bel évêque pourpre
Je les vois partout, les femmes usées
menées, méprisées
acceptant le joug
du dogmatisme
(une fille gentille-autrement dit
une pauvre loque sans instruction).........
O beau garçon eunuque pourpre-.
Éditions : Sud éditions. Domaine étranger.
Autres chroniques de cet auteur :
Traductions : Veille de nuit de Derek Mahon ; La mort d'Hektor de Brian Coffey.
Nouvelles : Les proies et les ombres.
La photo n'a absolument rien à voir avec le livre, c'est un des posters qui figurent dans mon bureau :
En haut, de gauche à droite :
John.M. SYNGE; Flann O'BRIEN; Olivier GOLDSMITH.
2éme rang
Jonathan SWIFT; Samuel BECKETT; William B. YEATS.
3éme rang
Brendan BEHAN; Oscar WILDE; Patrick KAVANAGH.
4éme rang
James JOYCE; Sean O'CASEY; George B. SHAW.
20 septembre 2006
MARX Roland / Eamon De VALERA
Eamon De VALERA Roland MARX Note : 4 Un destin national ! Que dire de l’homme qui incarnait à lui seul le destin de l’Irlande du XXème siècle ! Une biographie, des discours et des témoignages. Un ouvrage intéressant, mais étant paru dans la collection "Politiques & Chrétiens" il est beaucoup question de religions (mais pouvait-il en être autrement ?) Dans les témoignages, on trouve un article du Cardinal, Paul Poupart, par exemple. Mais à l’inverse, certaines décisions politiques dictées par un catholicisme fervent ont fortement inquiété les protestants nord-irlandais et n’ont pas facilité l’ouverture du dialogue nord-sud. Par exemple, il propose : "Qu’aucune loi ne pourra être votée qui établisse le divorce" Et l’Etat interdit en 1935 la fabrication, l’importation et la vente de contraceptifs. On peut également se poser des questions sur la continuité de son utopie d’une Irlande rurale et gaélique, qu’il maintient contre vents et marées. Une petite phrase explique peut-être sa non-participation aux négociations qui aboutirent au traité de paix anglo-irlandais (qu’il désavouât très tôt) Sa méfiance est nourrie très tôt par une antipathie profonde à l’encontre de Churchill, qu’il considère comme un unioniste et un impérialiste sans scrupule. Il apparaissait être un personnage austère et dévot dont certaines décisions peuvent surprendre comme aller présenter ses condoléances à l’ambassade d’Allemagne pour la mort d’Hitler. Une autre position sur la scène internationale, prêta à polémique, c’est la décision de neutralité pendant la deuxième guerre mondiale. Il faut malgré tout reconnaître que les aviateurs américains furent toujours mieux accueillis que les aviateurs allemands. Un ouvrage très intéressant sur un homme clé de la politique mondiale du siècle dernier qui de révolutionnaire passât au statut de figure emblématique de son pays. Un personnage ambigu et contrasté, qui malgré ce livre me laisse une impression mitigée. Sûrement pâlit-il de la comparaison avec Michael Collins, plus jovial, plus homme de terrain, mort jeune au combat. Mais Collins aurait vieilli lui aussi ? Extraits : La guerre civile : Le bilan ultime s’établit à une douzaine de milliers d’emprisonnés, mais surtout à la mort de quelques 4000 combattants en moins d’un an. -De Valera aurait péché par ambition, par orgueil et surtout, par un complet dédain de la volonté démocratiquement exprimée par son peuple. Au sujet de la mort d’Hitler : Pendant toute la durée de la guerre, le comportement du Dr Hemptel fut irréprochable. Il a toujours été amical et constamment correct en contraste marqué avec Gray. -On a mis en exergue les secours humanitaires envoyés à Belfast au temps des bombardements de la ville, on n’a souligné qu’il ne s’était pas opposé au départ de son pays de quelques 50000 volontaires qui allèrent s’engager dans l’armée britannique. Sur la littérature : "Plusieurs romanciers et poètes récents ou encore vivants ont publié des œuvres qui semblent résister à l’épreuve du temps " Mais dans les faits, la censure était omniprésente. Mac Gahern et d’autres en furent victimes. Au sujet de la résistance passive en Inde, il l’expliquait par : " La différence des problèmes, l’énormité de la population, les conditions de vie des habitants et la distance de la métropole " Editions Beauchesne. Collection Politiques & Chrétiens. La photo de présentation ne correspond pas au livre.
12 septembre 2006
BARRY Tom / Guérilla en Irlande (2)
Guérilla en Irlande (2)
Tom BARRY
Note 5
L’histoire par ceux qui l’ont faite.
Deuxième séance (celle de rattrapage !) pour ceux qui n’ont pas compris, ni le film, ni le livre (cela existe ! ! ! ! ! !). Les photo sont celles des deux couvertures française.
Tom Barry fut commandant Général de l’I.R.A, il s’engagea dans l’armée britannique à 17 ans, combattit en Iran avant de se rendre compte qu’il s’était trompé de combat. Si le soulèvement de 1916 fut un échec militaire, il réveilla les consciences de beaucoup d’Irlandais. Tom Barry n’en fait pas mystère :
-« Il aura fallu le sacrifice du sang des hommes de 1916 pour qu’un jeune homme de 18 ans s’éveillât à sa nationalité ».
Nous sommes dans le milieu de l’année 1919, Tom Barry rentre dans l’I.R.A. et dans la clandestinité.
Nous suivons la vie de tous les jours, les entraînements, les réunions sous haute surveillance ; la clandestinité n’a rien d’héroïque ni de glorieuse. Les meilleurs plans échouent, des embuscades où l’ennemi ne vient pas, des rencontres imprévues entre les belligérants se terminent par des batailles non rangées. La guérilla mine le moral de l’adversaire jour après jour, les combats sont souvent suivis de représailles dans la nuit contre des villages avoisinants.
La tentative d’exécution d’un juge manque de tourner au drame pour la femme qui a, ce jour-là, mis son nez à la fenêtre, le juge ayant changé de chambre l’après-midi même.
A remarquer que Tom Barry fait une différence dans les troupes qui composent l’armée britannique, les troupes régulières font leur travail dans une relative correction, mais les forces spéciales Blacks & Tans et Auxiliaires, sont plus des pillards sans foi ni loi dont le seul but est de terroriser la population. Ils remplacent les nombreuses démissions dans la Royale Irish Constabulary (beaucoup d’irlandais de souche quittèrent cette unité). Les républicains avaient deux autres combats à mener, l’un contre l’église toute puissante et l’attitude pour le moins ambiguë de la hiérarchie de l’église catholique, pas toujours suivie heureusement par les prêtres sur le terrain. Laquelle hiérarchie, toujours au service du plus riche, qui, ni plus ni moins, menaçait d’excommunions les membres de l’I.R.A.
Puis la propagande britannique, qui est au cœur du conflit, cherche à cacher la vérité. Les victimes des combats sont soit ignorées, soit les réalités sont soigneusement travesties : des soldats morts deviennent des aspirants sauvagement mutilés, la rébellion est en voie de disparition, le couvre-feu est instauré etc….
Puis commence pour les Britanniques la politique de la terre brûlée début de la fin de leur suprématie, mais le combat avait changé d’âme.
Je n’énumérerai pas les nombreux combattants de l’IRA dont l’auteur parle dans ce livre ; à la surprise générale (facile le jeu de mot) je parlerai d’un anglais, le Général Percival, lequel était major à l’époque. Voici la manière dont Tom Barry en parle :
-Cet officier était de loin le plus anti-Irlandais de tous les officiers britanniques en activité.
-Nous ne savions pas alors que le major Percival, qui devait échouer si lamentablement contre l’I.R.A. du West-Cork deviendrait le commandant des troupes qui capitulèrent si tristement à Singapour en 1941. Pour ce fait, voir dans ce blog la chronique «Sous l’amertume du dourion» de Fergus Linehan.
Il y avait aussi des officiers britanniques de qualité comme le colonel Hudson, qui méprisait les «Blacks& Tans» et refusait de leur livrer les prisonniers républicains. Et que dire de tous ses espions ou traîtres de tous bords qui coûtèrent la vie à de nombreux combattants.
Un livre très intéressant après avoir vu le film de Ken Loach «Le vent se lève». Le recul de l’écriture atténue un peu la violence de cette lutte pour le droit d’un peuple de vivre selon ses propres lois. S’il vous plait, allez voir ce film, il est très dur, mais très beau.
Ce récit est le point de vue d’un républicain pur et dur, à la manière de Michael Collins, c’était un homme de combats. Merci à lui et à tous pour cette grande leçon de courage et de conviction.
La dernière phrase du livre est terrible :
-Après la guerre anglo-irlandaise, il nous restait le plus dur : la guerre civile….
Extraits :
-Le soulèvement de 1916 avait été le défi lancé par une minorité en armes. C’était maintenant un gouvernement légal, élu par une grosse majorité de la population, qui prenait la relève.
-Tous ces défenseurs du pouvoir détenaient la moitié des richesses de la région de Brandon, alors qu’ils ne représentaient qu’à peine dix pour cent de la population.
-La mort de Percival et de ce juge aurait mieux valu, pour notre combat que la mort de cinquante «Black & Tans».
-De toutes les formations les plus impitoyables qui avaient occupé l’Irlande au cours des siècles, ces «Auxiliaires» étaient assurément les pires.
-Ils semblaient haïr particulièrement les prêtres catholiques.
-L’alternative était simple : tuer ou être tué.
-Au fur et à mesure que le combat s’intensifiait, l’aide apportée à l’I.R.A. par la population augmentait considérablement.
-La propagande anglaise visait à faire croire qu’un régime républicain persécuterait afin de faire disparaître d’Irlande, les protestants et le protestantisme.
-Les murs de domaines s’écroulaient et la caste des Anglais d’origine allait à sa destruction.
Titre original : Guerilla days in Ireland.
Presse Universitaires de Bretagne 1971
06 septembre 2006
BARRY Tom / Guérilla en Irlande
Guérilla en Irlande Tom Barry Note 5 L’histoire par ceux qui l’ont faite. Tom Barry fut commandant Général de l’I.R.A, il s’engagea dans l’armée britannique à 17 ans, combattit en Iran avant de se rendre compte qu’il s’était trompé de combat. Si le soulèvement de 1916 fut un échec militaire, il réveilla les consciences de beaucoup d’Irlandais. Tom Barry n’en fait pas mystère : -" Il aura fallu le sacrifice du sang des hommes de 1916 pour qu’un jeune homme de 18 ans s’éveillât à sa nationalité ". Nous sommes dans le milieu de l’année 1919, Tom Barry rentre dans l’I.R.A. et dans la clandestinité. Nous suivons la vie de tous les jours, les entraînements, les réunions sous haute surveillance ; la clandestinité n’a rien d’héroïque ni de glorieuse. Les meilleurs plans échouent, des embuscades où l’ennemi ne vient pas, des rencontres imprévues entre les belligérants se terminent par des batailles non rangées. La guérilla mine le moral de l’adversaire jour après jour, les combats sont souvent suivis de représailles dans la nuit contre des villages avoisinants. La tentative d’exécution d’un juge manque de tourner au drame pour la femme qui a, ce jour-là, mis son nez à la fenêtre, le juge ayant changé de chambre l’après-midi même. A remarquer que Tom Barry fait une différence dans les troupes qui composent l’armée britannique, les troupes régulières font leur travail dans une relative correction, mais les forces spéciales Blacks & Tans et Auxiliaires, sont plus des pillards sans foi ni loi dont le seul but est de terroriser la population. Ils remplacent les nombreuses démissions dans la Royale Irish Constabulary (beaucoup d’irlandais de souche quittèrent cette unité). Les républicains avaient deux autres combats à mener, l’un contre l’église toute puissante et l’attitude pour le moins ambiguë de la hiérarchie de l’église catholique, pas toujours suivie heureusement par les prêtres sur le terrain. Laquelle hiérarchie, toujours au service du plus riche, qui, ni plus ni moins, menaçait d’excommunions les membres de l’I.R.A. Puis la propagande britannique, qui est au cœur du conflit, cherche à cacher la vérité. Les victimes des combats sont soit ignorées, soit les réalités sont soigneusement travesties : des soldats morts deviennent des aspirants sauvagement mutilés, la rébellion est en voie de disparition, le couvre-feu est instauré etc…. Puis commence pour les Britanniques la politique de la terre brûlée début de la fin de leur suprématie, mais le combat avait changé d’âme. Je n’énumérerai pas les nombreux combattants de l’IRA dont l’auteur parle dans ce livre ; à la surprise générale (facile le jeu de mot) je parlerai d’un anglais, le Général Percival, lequel était major à l’époque. Voici la manière dont Tom Barry en parle : -Cet officier était de loin le plus anti-Irlandais de tous les officiers britanniques en activité. -Nous ne savions pas alors que le major Percival, qui devait échouer si lamentablement contre l’I.R.A. du West-Cork deviendrait le commandant des troupes qui capitulèrent si tristement à Singapour en 1941. Pour ce fait, voir dans ce blog la chronique "Sous l’amertume du dourion" de Fergus Linehan. Il y avait aussi des officiers britanniques de qualité comme le colonel Hudson, qui méprisait les "Blacks& Tans" et refusait de leur livrer les prisonniers républicains. Et que dire de tous ses espions ou traîtres de tous bords qui coûtèrent la vie à de nombreux combattants. Un livre très intéressant après avoir vu le film de Ken Loach "Le vent se lève". Le recul de l’écriture atténue un peu la violence de cette lutte pour le droit d’un peuple de vivre selon ses propres lois. S’il vous plait, allez voir ce film, il est très dur, mais très beau. Ce récit est le point de vue d’un républicain pur et dur, à la manière de Michael Collins, c’était un homme de combats. Merci à lui et à tous pour cette grande leçon de courage et de conviction. La dernière phrase du livre est terrible : -Après la guerre anglo-irlandaise, il nous restait le plus dur : la guerre civile…. Extraits : -Le soulèvement de 1916 avait été le défi lancé par une minorité en armes. C’était maintenant un gouvernement légal, élu par une grosse majorité de la population, qui prenait la relève. -Tous ces défenseurs du pouvoir détenaient la moitié des richesses de la région de Brandon, alors qu’ils ne représentaient qu’à peine dix pour cent de la population. -La mort de Percival et de ce juge aurait mieux valu, pour notre combat que la mort de cinquante "Black & Tans". -De toutes les formations les plus impitoyables qui avaient occupé l’Irlande au cours des siècles, ces "Auxiliaires" étaient assurément les pires. -Ils semblaient haïr particulièrement les prêtres catholiques. -L’alternative était simple : tuer ou être tué. -Au fur et à mesure que le combat s’intensifiait, l’aide apportée à l’I.R.A. par la population augmentait considérablement. -La propagande anglaise visait à faire croire qu’un régime républicain persécuterait afin de faire disparaître d’Irlande, les protestants et le protestantisme. -Les murs de domaines s’écroulaient et la caste des Anglais d’origine allait à sa destruction. Titre original : Guerilla days in Ireland. Presse Universitaires de Bretagne 1971
16 août 2006
GUIFFAN Jean / Irlande du Nord, les murs témoignent
En photo : Derry, Chamberlain Street. Poème en gaélique de Patrick Pearce "Mise Eire". (C’est moi l’Irlande) Irlande du Nord, Les murs témoignent. Jean GUIFFAN Note 5 Des peintures, plus que des mots. Jean Guiffan est un des plus grands spécialistes de l’Irlande, ses ouvrages sont des œuvres de références. Ce livre est un album de photos de "murals", ces peintures géantes qui ornent les murs de beaucoup de maisons en Irlande du Nord. Ces photos ont été prises entre 1988 et 1997. Une excellente introduction nous apprend que les premières peintures de ce genre datent de 1908 à Belfast et 1920 à Derry. Les quartiers sont ainsi marqués par la couleur des bordures de trottoirs ou par les peintures des murs. Il ne faut pas trop longtemps pour se rendre compte si on se trouve dans un quartier catholique ou protestants Ces œuvres sont souvent faites avec la bénédiction des autorité locales et avec l’aide de la population. Mais certains "Murals" républicains ont été détruits par l’armée britannique dans les années 1980, laquelle armée s’est bien gardée de toucher aux peintures des paramilitaires protestants. Chaque camp a ses mythes et ses héros : Guillaume III et la bataille de la Boyne pour les unionistes ; Pâques 1916 et Bobby Sands pour les républicains. Les groupes paramilitaires ont des murs à leur gloire IRA et INLA ; UDA et UFF, mais pas dans les mêmes quartiers cela va de soi. La mythologie celtique et l’histoire ont leurs adeptes, la culture gaélique également. On commence à voir des slogans pour la paix, mais presque exclusivement dans les quartiers catholiques. Je ne peux résister à la mauvaise foi de ce mural de Newtonards Road de Belfast : " Notre message aux Irlandais est simple, ne touchez pas à l’Ulster. Un grand merci aux éditions Skol Vreizh de Morlaix pour avoir édité ce livre et pour l’ensemble de leurs parutions en faveur de la langue bretonne et de la culture celtique. Editions Skol Vreizh 
Irlandais dehors "



