La pleurante
La pleurante des rues de Prague.
Sylvie GERMAIN.

Note : 4 / 5.
Apparitions Praguoises.
J’avais entendu parler de Sylvie Germain, mais je n’avais pas réellement envie de la lire. Mais l’actualité récente, cette espèce de cabale contre un de ses textes par certains candidats au bac, m’a laissé perplexe et je dois dire un peu en colère. Alors j’ai voulu me rendre compte par moi-même en lisant cet ouvrage que je n’ai pas spécialement choisi. Il était, par je ne sais quel miracle, dans ma bibliothèque.
La première phrase du prologue de ce livre donne le ton de l’ouvrage :
- « Elle est entrée dans le livre ».
Puis suivent douze apparitions et un épilogue.
Mais qui est cette femme, cette pleurante ?
Et pourquoi et quand apparaît-elle ? Mais à quel endroit de Prague aussi ?
L’autrice nous la décrit ainsi, elle n’a pas de nom, un âge indéfini, et elle n’a pas non plus de visage ! C’est une géante qui boite, n’est pas très élégante c’est le moins qu’on puisse dire. Elle porte une robe de bure très longue, qui traîne par terre.
Elle apparaît mystérieusement parfois dans une ruelle de la vieille ville de Prague, dans un autre quartier en fin d’hiver, marchant au milieu du trottoir.
Elle pleure très souvent et à chaudes larmes, errant sans fin entre deux mondes, le visible et l’invisible, entre deux époques, le présent et le passé.
On la retrouve au mois de mai où les gens marchent sans se presser, où les enfants s’attardent dans les rues. Encore dans un autre quartier.
Et ainsi de suite, au fil des jours et des saisons…
Cette géante est bien entendu le personnage principal de ce roman, nous ne saurons pas grand-chose d’elle, nous pouvons même nous poser la question : existe-t-elle vraiment ?
Au hasard des rues, nous croiserons des habitants de la ville de Prague, sorte de silhouettes fantomatiques, perdues dans la brume.
Avant chaque apparition, Sylvie Germain nous propose en guise d’introduction quelques lignes d’un auteur tchécoslovaque.
Auteurs qui me sont pour la plupart inconnus.
Un livre que j’ai beaucoup aimé, même si cette lecture m’a semblé un peu ardue.
Mais de là pour des candidats au bac à crier au scandale, avec insultes et menaces, il y a une marge qui n’aurait jamais dû être franchie.
J’ai soixante-quinze ans, j’ai obtenu mon certificat d’études à quatorze ans et j’ai réussi à faire cette chronique tout seul !
Extraits :
- Un chuchotement de vent tremble dans les plis de sa robe, indiscret chuchotis d’encre y frémit ; ou bien est-ce de larmes ?
- À Prague, dès la fin de l’automne et pendant tout l’hiver, la brume a une odeur, et même une consistance.
- Certains jours de novembre sont ainsi, -naufrageur du visible.
- Qui donc pleurait ainsi en elle ?
- Ce sont ces larmes d’inconsolée qui bruissent dans le grand corps immatériel de la pleurante des rues de Prague, et ces inconsolés sont aussi bien vivants que des morts.
- Des palabreurs qui puisaient dans leurs chopes énormes le goût des mots, l’accent des fables.
- Son passage n’avait duré que ce que dure le blanchoiement d’une vaguelette s’arrachant à la masse opaque de la mer pour courir sur le sable.
- En ce jour de grand froid ce tas de lignite m’évoqua la nouvelle de Kafka, à cheval sur le seau à charbon, le personnage part en quête de quoi remplir son poêle vide.
- Elle pleurait en silence dans la crasse et le froid la douleur des amants qui ne sont plus aimés.
- Désormais. Et c’est ainsi que nous vivons : de désormais en désormais.
Éditions : L’un et l’autre. Gallimard. (1992).