Sens-Interdits
Sens interdits.
Chantal PELLETIER.

Note : 4,5 / 5.
Ainsi ira le monde….
Je retrouve avec joie un nouveau titre de gastronomie policière et futuriste de Chantal Pelletier.
Nous sommes toujours en Provence, en 2046, deux ans après la trame de « Nos derniers festins ». Le monde n’est pas devenu meilleur, mais plutôt pire. Vivre n’est plus à la mode, survivre est devenu une nécessité !
Dans le charmant village de Beaujour, le gardien d’un immeuble a découvert une femme nue, obèse et morte. Et pas d’une mort ordinaire, elle est ligotée sur une chaise, devant une table où est dressé un festin pantagruélique ! Ce n’était pas forcément une oie blanche, mais pourquoi l’avoir gavée à mort ?
Dans quel monde vivront nos descendants ?
Les libertés surtout alimentaires se sont réduites ; en effet tout maintenant est contrôlé. Le temps passé devant un ordinateur, l’empreinte carbone de tout un chacun, mais aussi et surtout la nourriture.
Il existe une police du contrôle alimentaire dont font partie Anna Janvier et Ferdinand Pierraud déjà croisés dans « Nos derniers festins ». Et ils ont du travail mais également des moyens de répressions. Pour les contrevenants un peu (ou beaucoup) trop gourmands, il existe des maisons de redressement alimentaire et des stages de récupérations de points sur son permis de table !
Finie « La grande bouffe ». C’est plutôt le temps des vaches maigres, très maigres pour les plus démunis.
Des investisseurs chinois se sont implantés en Provence, et font fie des lois. Beaucoup de réfugiés ont trouvé asile dans les environs.
Les restrictions et les interdits alimentaires rendent la vie difficile.
Et pourtant comme du temps de la prohibition, certains résistent !
Une magnanerie sert d’asile à des personnes se souvenant d’avant. Et qui aiment la bonne chair.
On trouve aussi une secte dont le gourou est japonais...
Beaucoup de personnages dans ce roman cruel mais jubilatoire dont certains on déjà été rencontrés dans « Nos derniers festins ». 
Un livre déroutant, angoissant et dérangeant car ce qui est décrit ici, notre avenir semble hélas plausible.
Avant chaque début de chapitre, deux courts textes nous laissent présager de ce que nous vivrons prochainement, par exemple :
Marché noir du Friconnect. Immeubles Solidaires. Taxes de naissance . Dinosaure alimentaire.
Mais c’est également passionnant car cela nous laisse malgré tout un peu d’espoir… même s’il est mince cet espoir !
Un soupçon d’humour avec les paroles d’une chanson de Bobby Lapointe :
La maman des poissons elle est bien gentille, et moi je l’aime bien… avec du citron !
Quelques références littéraires, Bukowski et Brautigan entre autres !
Extraits :- Je ne sais plus quand a commencé cette haine généralisée, fit Patrick de sa voix éraillée, les piétons qui détestaient les cyclistes, les jeunes les vieux, les viandards, les végétariens, les hommes, les femmes, les gouvernants et les gouvernés, et l'inverse et j'en passe. Quand ?
- Elle saisit d'un coup à quel point l'amitié, l'attachement, l'hospitalité d'un corps, toutes ces choses perdues, oubliées, lui avaient manqué.
- Ce sont des récidivistes ! On leur a retiré le PERMIS DE TABLE au moins deux fois et les stages de RECUPERATION DE POINTS ne suffisent pas.
- On faisait la vaisselle à table, on ne gaspillait ni la nourriture, ni la flotte, ni son temps.
- Pourquoi on a encore des gouvernements, des juges, des avocats, y a qu'à tout supprimer, les multinationales décident de tout. De tout!!!
- Sur l'écran de la cuisine, le fil d'actualité montrait une dizaine de photographes immortalisant Houellebecq sur sa chaise roulante dans le jardin Gallimard.
- Elle ne croyait pas plus au hasard qu'à un Dieu de miséricorde et d'amour veillant sur le bonheur des humains.
- Elle détestait son mépris et son arrogance, elle avait envie de le baffer.
- Le mot banquet, apparemment, elle comprend !
- Plus de hiérarchie dans le malheur, c'était la fin.
Éditions : Gallimard (Série noire) (2022).
Autre chronique de cet auteur sur ce blog.
Nos Derniers festin