L'effervescence du pianiste
L’effervescence du pianiste.

Emmanuelle CART-TANNEUR.
Note : 5 / 5.
Ainsi va la vie...
Autrice (il faudra que je m'y mette aux nouveautés du langage français) que je découvre avec ce recueil de nouvelles.
Titres des nouvelles :
Fleurs de papier. La balade des quatre saisons. Le bruit du vent dans les roseaux. Les poissons volants. Le voyageur immobile. La nuit du veilleur. Petite joueuse. Mélodie en sous-sol. Pêcheur d'oubli. L'accord parfait. Une histoire de flous. La Statue de la Liberté et L'odeur de l'herbe coupée.
« La balade des quatre saisons ». 
Eugénie dépose sa carriole de marchande des quatre saisons à l’hôtel Drouot. Les saisons sont vendues : l’été à un russe qui rêve de soleil, l’hiver à un africain qui ne supporte plus la chaleur, l’automne à un poète et le printemps à un admirateur d’Yvonne Printemps.
Mais les saisons sont-elles d’accord pour être séparées ?
«  Le bruit du vent dans les roseaux ». Des courriers dans le secrétaire d’une bourgeoise, Madame Camille Jolibois, on découvre la vie de cette femme, qui malgré ses enfants, n’est pas une épouse comblée.
« Le voyageur immobile ». Comment une vie bien réglée peut à cause d’un musicien dans les couloirs du métro changer du tout au tout. S’évader grâce à des notes de musique !
« La nuit du veilleur ». La nuit est longue pour un veilleur de nuit. Alors,
entrer dans un tableau pour tenir compagnie à deux charmantes petites filles, cela passe le temps d’une manière très agréable.
« Mélodie en sous-sol ». Cette nouvelle n’a rien à voir avec le film du même nom. Un homme accepte le poste de pianiste de parking ! Jouer en sous-sol. Cela l’arrange de ne pas être trop exposé au jour, au soleil ou à la pluie !
« Pêcheur d'oubli ». Le vieil homme et la mer ! L’oncle Jean est enfin un homme heureux. Malgré un certain handicap, il navigue enfin, et sur son propre navire «Zéphyr », évidement c’est pas très viril pour un fileyeur, mais il n’en a cure. Un très beau texte !
« Une histoire de flous ». Quand la nuance et c’est important pour tout le monde la nuance. C’est l’inverse de la Pensée Unique, le doute aussi d’ailleurs. Qu’en pense le flou ? Un de mes textes préférés.
Pour ne pas faire une chronique trop longue, je ne parle pas de toutes les
nouvelles qui sont dans leur intégralité très bonnes.
Beaucoup de personnages, souvent très sympathiques. Un veuf pleurant son épouse, une marchande de quatre saisons voulant prendre sa retraite, une épouse mal mariée.Un gamin amoureux de la nature. Un employé modèle qui ne va pas le rester, il faut courir de plus en plus vite dans la vie, parfois c’est une question de vie ou de mort ! Une musicienne aime un musicien, c’est l’accord, mais parfois les choses se désaccordent. La Vénus de Milo a des envies de voir autre chose… mais la vie dehors n’est pas si facile que cela. Sur son banc Paul n’est pas Raymond Souplex, mais il retrouve dans ses rêves Sophie, son amour de jeunesse.
Une superbe écriture, pleine d'originalité, de poésie et d'empathie pour ses personnages.
Une très belle découverte avec une magnifique couverture.
Extraits :
- Est-il donc possible que les endroits changent simplement parce que l'on n'est plus le même ?
- C'est ainsi que les quatre saisons se retrouvaient en vente, un beau matin, au catalogue de l'hôtel Drouot, sans qu'apparut à un grand nombre l'importance de la chose.
- « Pierre me délaisse, écrivait-elle. Depuis la naissance il ne m'a plus touchée, et passe ses soirées à son Club ; je me sens très seule. »
- Le jour même de sa mise en service, Lucie avait perdu les eaux, donnant naissance à son enfant alors qu'un lac achevait de se former aux abords du village.
- Une vie vaine et fade, triste et stérile, insipide jusque dans ses silences, prégnants, envahissants, assourdissants.
- Je suis pianiste de parking. C'est tout ce qu'on veut bien me laisser faire aujourd'hui. Je m'en contente.
- Mais il a bien fallu que je gagne ma vie, une fois grand, et c'est à la sardinerie que j'ai échoué. Avec les femmes et les trop vieux. Pendant que les hommes partaient en mer.
- Un volet resté entrebâillé et une croche parvint à l'ouvrir. Les notes pénétrèrent à l'intérieur, prudemment.
- Les Temps Modernes furent pour Tonnella une période difficile. L'harmonie et la liberté qu'elle avait tant aimées disparurent progressivement.
- Par cette omission, elle s'était elle-même condamnée à demeurer à moitié déshabillée jusqu'à la fin des temps, piégée dans sa pause impudique et à jamais offerte au regard parfois plus grivois qu'esthète d'un public sans cesse renouvelé.
Éditions : Jacques Flament / Marges.(2014).