Tant-esperer-des-nuits
Tant espérer des nuits.*
Alain EMERY.

Note: 4, 5 / 5.
Le Paris artistique d’antan !
Ce court roman en trois parties, « Tromper la foudre », « Brasier », «  Tant espérer des nuits » d’Alain Emery est le dernier d’une trilogie dont une femme est le personnage principal.
Mérédith Le Dez termine sa préface « De chair et d’os » par cette phrase :
- La petite Irlandaise peut sourire : grâce lui a été rendue.
Ce livre résulte d’un entretien de Blaise Cendrars devant les caméras de la télévision le 17 décembre 1953, au cours duquel il parle de son ami le peintre Modigliani.
Avec ce texte je vais découvrir un peintre que je connais peu,
Amedeo Modigliani, un écrivain que je n’ai pas encore lu, mais dont je connais le nom, Blaise Cendrars.
Et une petite Irlandaise qui restera anonyme, modèle et fille de joie dont Cendrars dira en parlant de l’œuvre de Modigliani:
- « Et le plus beau nu, il l’a fait avec une petite Irlandaise qui était moche comme un sang de punaise... »
Alain Emery s’attache à cette petite Irlandaise, personnage comme l’époque en connaissait sûrement des dizaines, modèles et filles de joie.
On découvre le Paris artistique de ces années, Montparnasse en particulier, la faune des marginaux sur les pas de Modigliani, sa longue descente aux enfers, l’alcool et la drogue. Son amitié avec Blaise Cendrars, leurs longues errances alcoolisées. Le calme avant la tempête, la guerre qui approche et qui marquera, en plus de son lot de cadavres, la fin d’une époque et d’une certaine insouciance.
Beaucoup de personnages, certains connus, Modigliani et Cendrars, mais c’est une petite Irlandaise qui est paradoxalement très connue grâce à ce nu de Modigliani, mais qui est resté anonyme et qui sera mis en lumière.
C’est, mais cela devient une habitude, très bien écrit, l’atmosphère d’un Paris des arts qui baigne ce récit est bien reconstituée.
Extraits :
- Sur sa chaise en rotin, dans cette foule de mondains et d'artistes, la petite Irlandaise s'impatiente.
- La petite Irlandaise remarque l'élégant costume de velours côtelé, anthracite, quelque peu défraîchi, et le foulard rouge qu'il porte autour du cou.
- Nous la retrouvons sur un cliché daté d'avril 1914. Nul ne sait qui l’a pris, mais il a pour décor un de ces bistrots foutraques qui poussent à Montparnasse. La petite Irlandaise y figure au centre, attablée avec cinq de ses camarades.
- Place de la Concorde apparaît, pour la troisième fois, la petite Irlandaise.
- Quand, à l'improviste, il s'approche de l'oreille de la petite Irlandaise, c'est pour y murmurer des mots doux.
- Quand elle ne se vend pas, elle pose. Voilà qui la distrait de Paris qui n'est plus.
- Il est ivre mais élégant, comme seul savent l'être les joueurs qui viennent de tout perdre.
- Sous le ciel dru, Paris est une veine palpitante, pleine d'un désir dont le pouls file à toute allure.
- Mourir, justement, Modigliani y consent, le 24 janvier 1920.
Autres titres de la trilogie :
Passage des mélancolies.
D’ombre et d’argile.
* Préface de Mérédith LE DEZ.