La-tranchee-d-Arenberg-et-autres-voluptes-sportives
La tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives.
Philippe DELERM.

Note : 5 / 5.
Le sport en toutes lettres.
Quarante courts textes ayant comme ligne rouge le sport sous tous ses bonheurs, ses peines et aussi ses malheurs. Et ils sont nombreux, comme sont nombreux les champions d’exception croisés au fil des pages. Je fais un choix personnel des textes dont je vais parler, sinon ma chronique ferait plusieurs pages.
« You’ll Never Walk Alone ». Tous les amateurs de football connaissent ce chant. C’est celui du Liverpool Football Club, club mythique s’il en est. Un soir de mai 2005, à Istanbul, à la mi-temps de la prestigieuse coupe des clubs champions, Milan mène 3 à 0. Un homme figure emblématique du club, Steven Gerrard, sonne la charge. Liverpool gagnera aux tirs au but !
Le sport n’est pas la guerre, mais a parfois des parfums de revanche. 17 mars 1990. Écosse- Angleterre à Murrayfield. Triple enjeu sportif, Le grand chelem, le tournoi et la Calcutta Cup. Silence glacial pour le « God save the Queen ». Pour la première fois résonne « Flowers of Scotland »… comme dit Philippe Delerm :
Au cas où ceux-ci auraient eu tendance à oublier la haine viscérale qu'ils vouent à leurs voisins anglais…
La tranchée d’Arenberg a en réalité peu d’incidence sur le classement de Paris-Roubaix, elle n’a jamais désigné le vainqueur mais a très souvent fait perdre leurs illusions à certains. Et pourtant elle reste une image majeure de l’Enfer Du Nord.
Ce livre se termine par l’évocation d’un très grand champion et un homme qui mérite le plus grand respect :«  Zatopek à l’étude ». Émile Zatopek, plusieurs fois champion olympique, maintes fois recordman du monde. Ayant soutenu Dubcek et le Printemps de Prague, il sera radié de l’armée, et sera un temps éboueur.
En citant Jacques Brel : « Adieu l’Émile je t’aimais bien, tu sais ... »
Les drames aussi sur le terrain ou hors, les sportifs de haut-niveau ayant mal tourné, le décès de Colette Besson, un Allemagne-France de triste mémoire, l’agression de Schumacher, un Maxime Bossis, joueur exemplaire qui rate son tir. Et la France est éliminée. Le sport est souvent injuste !
Des mauvais souvenirs aussi. « A Tokyo, il pleuvait ». Michel Jazy qui était licencié au C.A. Montreuil, ville où j’habitais qui loupe le podium, qui se souvient de sa rivalité avec un autre très grand coureur Michel Bernard, les Anquetil et Poulidor de l’athlétisme.
Anquetil et Poulidor, image mémorable, la montée épaule contre épaule du Puy de Dôme. Et Poulidor ne gagnera jamais le Tour !
On rencontre beaucoup de gloires du sport national ou mondial ; il serait trop long de les citer tous. Mais des billets sont consacrés à des anonymes, à des petits détails ignorés du public, bref le sport pour la beauté du geste et pour son plaisir personnel.
J’adore ce genre de textes, courts mais plein d’humanité et un sens aigu de l’observation.
Un livre parlant d’une époque où l’argent n’avait pas encore pollué le sport comme maintenant.
Un bol d’air pur !
Extraits :
- Un frisson vous parcourt l'échine. Le kop d'Anfield s'est mis à chanter.
- Petit taureau fonceur, compact, Bernard Hinault s'engouffrait sans états d'âmes dans les stratégies autochtones et les faisait exploser.
- Elle est en train de lancer cet objet étrange qu'on appelle une pierre, au curling. Une pierre, oui, peut-être.
- Le prof avait raison : c'est beau, la tragédie.
- Il a tout simplement inventé un nouveau type de beauté féminine : la sauteuse en hauteur.
- La voix de Roger Couderc, si chantante et si voilée, qui recelait une humanité, une générosité qui en faisait certes « le seizième homme de l'équipe de France », mais aussi un ami personnel de chacun des téléspectateurs.
- Contre la perfection des causes perdues, il n'y a rien à faire.
- Pédale contre pédale, ils se frôlent, se touchent du bras à plusieurs reprises. Le Normand. Le Limousin. Deux France qui s'opposent.
- Chang renvoyait tout, trouvait des angles impossibles, courait comme un lapin équipé de piles Duracell.
- Le rugby professionnalisé nous offre ses beaux bébés body-buildés dénudés sur calendriers papier glacé qui donne des idées, paraît-il.
Éditions : Panama ( 2007) . Folio pour l’édition de poche.
Autre chronique de cet auteur sur ce blog :
L’extase du selfie.