Vaincu par l'amour
Vaincu par l’amour.
Patrick KAVANAGH.

Note : 4,5 / 5.

À l’Irlande ancienne.
Retour à la littérature irlandaise, celle de l’après-guerre jusqu’aux années soixante. Période très riche avec, rien qu’à Dublin, le trio de choc des écrivains portés sur la dive bouteille, Flann O’Brien, Brendan Behan et Patrick Kavanagh. Ce dernier est un très grand poète, on l’oppose souvent à William B. Yeats, car il est son parfait opposé. L’un, Yeats, est un aristocrate mondain, l’autre est un fils de la terre dont le père était cordonnier.
Cet ouvrage commence par une très intéressante préface du grand spécialiste Anthony Cronin. S’ensuit une introduction d’Antoinette Quinn.
Les textes présents dans cet ouvrage qui ont été pour la plupart édités dans différents
journaux ou revues sont divisés en quatre parties.
Antoinette Quinn qui les a choisis
reconnaît que la frontière entre eux n’est pas très définie. Cela commence par des écrits sur la vie des petits paysans, puis des articles divers, ensuite des essais sur la littérature et pour finir une série d’auto-portraits de l’artiste !
« Compagnons cordonniers ». Ce texte qui figure dans l’Irish Times du 16 juillet 1936 est le premier texte en prose de Patrick Kavanagh publié ! En 1936 !
Ce livre faisant quasiment 450 pages, je ne vais pas pouvoir parler des nombreux articles qui le composent.
« Le laboureur sentimental » semble annoncer le magnifique poème de Kavanagh (poème de plus de 60 pages) La grande famine (The Great Hunger). La misère sexuelle des paysans irlandais. À
 Lire ! Relire ou découvrir*.
« L’Europe en guerre. Souvenirs d’une paix bucolique » est un très beau texte (un des nombreux que contient ce recueil). La vie des paysans irlandais, leurs problèmes, la simplicité de leurs existences alors que l’Europe est en guerre.
Les étapes de la vie, aller au « Marché aux dindons »ou « À
 la foire aux bestiaux » et les marchandages habituels.
Marchandages aussi pour les mariages, faire monter la dote ! Il valait mieux ne pas tomber malade dans l’Irlande rurale ! C’était marche ou crève !
La place des poètes dans cette phrase d’un équipier de Kavanagh durant un match de football :
- Y peut pas être bête, puisqu’il est poète.
Il y a un chapitre qui m’a particulièrement intéressé :
- « Histoire d’un directeur de revue que l’amour corrompit ». Texte sur les arts irlandais et surtout la littérature. Kavanagh donne son avis, avis
pertinent avec cette phrase :
- «  Pourquoi faudrait-il s’aplatir devant l’Angleterre ? »
Il est très souvent question d’écrivains, un dont on parle peu, mais dont j’ai lu les mémoires il y a très longtemps, Sean O’Casey.
Il a aussi la dent dure sur
certains des plus célèbres :
Yeats et Synge ont peut-être essayé d’aller vers le peuple, mais le peuple n’a pas voulu d’eux.
On trouve aussi au fil des pages le nom de James Joyce, de Frank O’Connor, de G.B. Shaw, de William Carleton, de George Moore et d’autres. Et bien sûr Yeats !
- Yeats a choisi de faire de l'Irlande son mythe et son sujet.
Mais en moyenne peu d’auteurs trouvent grâce à ses yeux, d’ailleurs pour lui, la littérature « irlandaise » n’existe pas :
- Je ne dirais pas de William Carleton (1794-1869) « que c'est le plus grand écrivain irlandais qui soit ; pas plus que je ne crois en l'existence d'une littérature « irlandaise. »
Dans la dernière partie de ce livre, Kavanagh nous parle de sa vie, de son arrivée à Dublin, de l’aventure du Kavanagh’s Weekly, journal dont il était le seul rédacteur, de son cancer et très brièvement du procès qui ruinât définitivement sa santé.
Des poètes, des fermiers, des anonymes dans la première partie de ce livre. Comme les passagers du train du marché de Dundalk ! Une rencontre avec le président de la république irlandaise, un texte sur Casement pendu par les Anglais, des personnages morts et d’autres vivants.
Au sujet des Anglo-Irlandais :
- Les Anglo- Irlandais ne sont pas des Anglais, même si certains le désirent ardemment ; et comme il n'existe pas de pays appelé l'Anglo-Irlande, il en résulte qu'ils sont apatrides.
En fin d’ouvrage on peut lire une longue liste de remerciements d’Antoinette Quinn et une biographie très complète en particulier un choix de revues auxquelles Kavanagh a contribué.
Un excellent ouvrage qui nous permet de mieux connaître et comprendre l’œuvre de Patrick Kavanagh dont les relations avec les écrivains Irlandais
 ne furent pas de tout repos. Et à lire cet ouvrage, on comprend mieux. Peu d’entre eux trouve grâce à ses yeux, et ses remarques sont au vitriol.
Une des plus grandes
 plumes de l’Irlande malgré tout.
Extraits :
- Ai-je fait partie
 de cette vie, si simple, si profonde ? Ai-je un jour connu la joie d'être l'un d’eux, ai-je partagé leur expérience ? Quel bonheur c'était ! La vie était dure, et solitaire parfois, aussi grise et perdue qu'un peuplier dans la nuit d'automne.
- C'était un homme très cultivé, à la manière généreuse et traditionnelle de l'Irlande rurale.

- Il désirait éperdument ce qui, sur le plan mystique ou poétique, n'existe pas : être irlandais.
- Et puis il y a cet exemple intéressant d'écrivain ennuyeux qu'est Shaw.
- Ce qu'il faudrait enseigner en Irlande, entre autres choses, c'est que cette littérature, produit de la prétendue renaissance littéraire irlandaise, ne vaut pas un clou.
- C'est ainsi, sous le signe de cette constellation horrifique, que j'ai écrit en 1938 une épouvantable autobiographie, une irlanderie d'opérette intitulée The Green Fool.
Sur la route, de Kerouac, est un portrait très vivant des États-Unis. Gregory Corso n'est pas mal non plus.
Éditions : Anatolia (2007) édition d’Antoinette Quinn (2003).
Titre original : A Poet’s Country (2003).
Traduit de l’anglais par Béatrice Dunner.
Autre titre de cet auteur sur ce blog :

L'Idiot en herbe.

Titres d’Anthony Cronin :
La vie de Riley.
Bel et bien morts.

* Texte en Français dans « L’anthologie de la poésie irlandaise du XXème siècle »aux éditions Verdier.