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La dame de Haute-Garenne.
Michel PRIZIAC.
Note : 4,5 / 5.
Mon village en émoi.
Second roman de Michel Priziac chroniqué sur ce blog après l'excellent
«  Naufragés des sources ».
Nous sommes dans le charmant petit village de Haute-Garenne en l'an de grâce 1952, un dimanche du mois
de mai. 1950 âmes, c'est la population de ce coin de Bretagne intérieure. L'époque était belle, le bourg avait une vie intérieure de bon aloi.
Ce n'est pas peu dire que tout le monde se connaissait et savait également les travers et petits secrets de tout un chacun.
Les habitants étaient comme on dirait maintenant multifonctions.
Mais voilà qu'en ce beau dimanche, une étrangère (au village) fait son apparition au bar et bureau de tabac. C'est la sortie de la messe, pratiquement tout ce que compte d'hommes
en âge d'être au bistrot est là ! Alors cette apparition ne passe pas inaperçue, c'est le moins que l'on puisse dire. Elle est grande, élancée, élégante et blonde. Elle désire un paquet de Balto, cigarettes blondes inconnues de la buraliste, ici c'est Gauloises ou tabac gris ! La tenancière dit qu'elle va en commander, la blonde lui répond, en partant et en saluant la clientèle :
« Je repasserai ! »
Qui est cette femme… ? Durant quelques temps, les commentaires allèrent bon train... car elle est repassée.
Mais ce n'est pas le seul changement dans la tranquillité du bourg. Une maison fermée depuis longtemps semble avoir trouvé acquéreur, une puissante voiture américaine immatriculée
56 est aussi vue à plusieurs reprises ! Le conducteur est un drôle de bonhomme, coiffé à la zazou, que de mystères sur cette terre pourtant habituée aux mystères et légendes !
En ce temps-là tous les habitants dans les villages avaient plusieurs fonctions. Marie est la femme la plus importante du lieu, elle tient le café-tabac, ce qui dans un village est un lieu de rencontres. Les
métiers de bouches sont les plus utiles, bouchers et boulangers en tête, certains métiers de l'époque ont quasiment disparu, tailleurs, ferblantiers, charrons, bourreliers-cordonniers etc...
C'est joliment écrit, la vie d'un lieu un peu retiré encore de la modernité, la routine est bousculée par l'arrivée de cette femme qui dénote dans le paysage, laissant les hommes dubitatifs et admiratifs.
Un monde hélas disparu, on trouve dans ces lignes une fraternité, un esprit un peu Cloche-merle , la lutte entre le curé et le maire pour une histoire de coq sur le clocher.
Une autre époque ! Il est à signaler qu’en ce temps-là , à cet endroit-là, les « mottes de beurre » roulaient ! En effet c'était le surnom donné aux 4 CV !
Extraits :
- La blonde recule la chaise, s'assoit prudemment tout en vérifiant la longueur de sa robe bien au-dessous du genou.
- Dis-nous exactement ce que tu as vu. Tu peux compter sur nous. Pas de fuite, rien ne sortira de ce café. On te le dit ! Poursuit le halo enfumé.
- Il y a peu, le curé et le maire ont failli en venir aux mains à propos du coq du clocher que personne ne veut payer.
- Hé, forgeron ! Tu racontes n'importes quoi. Il nous prend pour des demeurés. Une voiture américaine dans la région ?
- Ils étaient ensemble à Gourin City, au Canada une ville fondée par des défricheurs partis des Montagne noires.
- La seule à Haute-Garenne susceptible de prêter main-forte à l'Ankou, peut-être parce qu'elle ignore son rôle macabre. Pas étonnant, elle vient d'ailleurs.
- Acquiescements généralisés, congratulations réciproques et verre de l'amitié pour fêter tant les élus qu'ils sont désormais que l'éloquente unanimité dont ils viennent de faire preuve.
- Hors la ville, malheur à qui oserait médire sur l'une ou sur l'autre de leurs madones.
Éditions : Ella éditions (2019).
Autre titre de cet auteur sur ce blog :
Naufragés des sources.