Cantique à Mélilla
Cantique à Mélilla.
Xavier GRALL.

Note : 4,5 / 5.
À
 la fin de la vie… la mer !
En quittant la
Bretagne, j’ai emporté deux ouvrages de Xavier Grall, pas lus depuis très longtemps, mais je sais que les autres ne sont pas perdus.
Dans l'avertissement qui précède ce roman, Xavier Grall nous prévient que cette déroute se passe au Maroc, parce qu'il fallait une terre où la déployer. Mais on pense bien évidemment aux événements qui ont secoué l'Algérie. Il nous dit également :
-« J'ai voulu écrire une épopée ; un roman policier qui fut lyrique. Et à travers la splendeur de la mer, adorer ».
Roman bâti comme une symphonie :
Première partie : Basse.
Intermezzo I. Intermezzo II. Intermezzo III.
Deuxième partie : Saxo.
Intermezzo IV.
Troisième partie : Orgues.
Intermezzo V.
Enrico est à l’hôpital, il a un problème de poumons, son voisin Hantz est un légionnaire alcoolique, une dame pleure sans arrêt. Les deux mourront, Enrico aura la vie sauve. Mais pas forcément pour très longtemps. L’Organisation lui reproche de l’avoir trahie, d’avoir tuer un de ses membres, Karl, alors que sa mission était de tuer un homme d’affaires sans histoires, mais qui commerçait avec les Marocains. Elle a donc dépêché un tueur pour le tuer. Mais celui-ci qui est très connu est aussi un mélomane. Il siffle « Le concerto d’Aranjuez » pour signaler sa présence, puis « St James Infirmary » quand le travail est fait, la victime ne l’entendra jamais.
Enrico quitte l’hôpital, le tueur à ses trousses, mais celui-ci ne semble pas pressé d’honorer son contrat. Enrico rêve de partir à Mélilla, de voir la mer, d’acheter un bateau, de revenir d’une certaine manière à ses sources bretonnes.
Mais il a un désir avant, il veut revoir Dolorès, la veuve de Karl qui fût sa maîtresse une nuit. Il espère refaire l’amour avec elle, chose qu’elle n’est pas vraiment décidé à lui accorder. Enrico boit plus que de raison, Dolorès cède enfin et la nuit sera la fin d’une certaine vie pour les deux amants.
Au petit matin, Enrico, suivi comme son ombre par le tueur, prend le train pour Rabat, les deux hommes partagent le même compartiment, mangent et boivent de la bière ensemble.
Enfin, le train arrive au terme de son voyage, Enrico commence une déambulation un peu erratique dans Rabat, toujours en compagnie de l’homme qui doit l’exécuter. Puis il arrive à Meknès...
Au cours de sa lente dérive, dans un bordel de bas étage, il rencontre une jeune, très jeune, beaucoup trop jeune prostituée nommée Zohra… puis la fuite reprend.
Les personnages sont des exclus du bonheur, des baroudeurs de combats perdus d’avance, des êtres à la dérive durant une période qui les dépasse.
L’indépendance est là !
En début de ce livre on trouve une certaine prémonition qui, hélas se vérifiera des années plus tard.
- Quelque chose de brisé dans ma soufflerie. Tellement avalé de fumée de cigare, de cigarillos, de cigarettes dans ma vie ! Tellement de nuages et de cancers avalés, comme ça, pour passer le temps ou pour siroter, la présence d'un copain ou d'un matin.
Un ouvrage un peu hors-norme dans les écrits de Xavier Grall, c’était sa période des écrits sur le Maghreb, avec « Africa » Blue » et « Génération Djebel ». La Bretagne est un lointain souvenir d’une enfance austère et une espérance de retour.
Quelques retours en arrière nous donnent les clefs du récit.
C’est toujours très bien écrit, et encore des années après, un régal de lecture.
Extraits :
- Ses yeux, d'un coup, se couvraient d'un lac.
- À Ouessant, j'ai vu le cimetière descendre vers le Midi et vers la mer, soigné et fleuri comme un jardin d'Ispahan.
J'étais un Celte subjugué par la lumière du Sud, le stoïcisme méditerranéen, la sensuelle chaleur, c'était Mélilla qui m'attirait.
- Je descendis à Rabat. C'était simple. J'avais trente ans. J'avais fait partie
d'une organisation secrète. J'étais recherché, poursuivi. On allait m'abattre. C'était tout.
- C'était la mer que je voulais, seule la mer à Mélilla, pour m'y noyer.
- Des fermes alentour s'élevait le kyrie des galoches et des barattes…
- Je suis un primitif barbare celte. Ce que je cherche c'est la fastueuse époque des bardes et des aèdes.
Éditions : Calligrammes (1984) (pour ma lecture). Première édition : Calmann-Levy (1962). Terre de Brume. (2011)
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