Un fils de l'Amérique

Un fils de L’Amérique.
Nelson ALGREN.

Note : 5 / 5.
Brûler le dur !
Premier roman de cet auteur américain (1909/1981), que je découvre. Il n'est jamais trop tard. J'ai déjà lu plusieurs ouvrages sur ces gens qui ont choisi ou été contraints et forcés de « Brûler le dur ». Cette expression veut dire prendre le train sans titre de transport.
Ce roman est divisé, après une préface de l'auteur, en quatre parties et une postface également signée de Nelson Algren.
1° partie : L'enfant du pays.
2° partie : La tourmente.
3° partie : Chicago.
4° partie : Un printemps à Chicago.
Nous sommes à la fin des années 1920 et au début des années 1930 au fin fond du Texas. Cass Mackay ne vit pas dans une famille de tout repos. Son père Stuart (Stub ou Stubby) est considéré comme à moité fou par le voisinage, ses seules distractions sont la bagarre et chanter des psaumes, preuve que la musique n'adoucit pas les mœurs ! Son frère Bryan avait été gazé en Europe pendant la Grande Guerre, et n'était pas bien net non plus, avec une forte tendance à la boisson. Nancy, leur sœur, n'est pas gâtée par la promiscuité avec ces trois hommes. La misère est totale. Cass déteste la violence. Alors un jour suite à une raclée particulièrement forte donnée par son père à Bryan, il décide de partir.
Mais la vie de chemineau lorsque l'on est très jeune n'est pas exempte de violence, sûrement pire que celle familiale. Commence pour lui une route périlleuse semée d’embûches, de mauvais coups et de séjours plus ou moins longs en prison. Il se fait tabasser par un proxénète, mendie et vole, traverse les États-Unis en voyageur clandestin dans les trains de marchandises avec tous les risques que cela comporte.
Il perd tout sens moral, effet de meute avec d'autres compagnons de misère il viole une jeune fille de couleur.
Dans le comté d'El Paso, il se fait arrêter par des policiers qui reçoivent une prime pour chaque arrestation. Il connaît l'horreur de la détention dans cette prison qui est sous la botte d'un dénommé Nubby O'Neill, manchot raciste et sadique. Il va découvrir le traitement infligé à « La viande fraîche » surtout si elle est noire ou mexicaine.
Le reste de sa vie sera une suite de misères. Il aura quelques temps de bonheur, vivra maritalement ; un casse réussi lui donnera une certaine aisance financière, mais l'argent, même mal gagné, se dépense. Alors il tente un dernier coup, qui échoue et retour à la case prison...
«  Un printemps à Chicago », il me semble que le titre le plus approprié de ces quelques dernières pages serait « Une saison en enfer ». En effet Nelson Algren nous parle des laissés pour compte de la ville pendant la « Foire exposition Universelle durant les années 1933 et 1934.
Plein de personnages, une galerie de marginaux victimes de la crise financière de 1929 et des conséquences de cette récession sur les plus misérables. Cass MacKay, comme tous les autres subit cela de plein fouet.
Un livre coup de poing plein de rage et de violence. Terrible constat de la politique américaine et du monde des affaires...
Une découverte et un énorme coup de cœur.
Extraits :
- Tels étaient les Mackay durant les années qui précédèrent la Crise, dans la prairie, à l'ouest du Texas.
- Ils étaient tous des hommes sans femmes.
- Où qu'il aille, on lui parlait de la « Crise ».
- Il était arrivé plus d'une fois qu'un cheminot ouvre un wagon sous scellés pour y trouver une paire de chaussures et un squelette en guenilles.
- Il n'y a rien d'aussi terrible qu'une bagarre dans l'acier bleuté d'une prison. On est entouré d'acier et de pierre. On se bat au milieu de gonds d'acier, de boulons saillants sur un sol de pierre grise.
- Les déshérités allaient une fois de plus mimer les loups qui régnaient sur leur misérable vie, ce jeu enfantin joué par des adultes allait recommencer, terrible et absurde.
- Et il se bat comme un tigre, et son sang irlandais se met à bouillir.
- Nuits menaçantes… Nuits d'amour… Journées passées à se cacher… Nuits d'amour.
- Ordure ! Salopard ! Saloperie de bâtard né dans un trou d' Ulster…
- Voir les Irlandais dans le quartier du vieux bâtiment du gaz dans le quatorzième district, valait aussi le coup d'œil. Une race dure au travail lorsqu'elle était sobre.
Éditions : Éditions du Rocher (1994) 10/18 pour l'édition de poche.
Titre original : Somebody in Boots (1935).
Traduit de l'américain par Thierry Marignac et Richard Crevier.
Chroniques consacrées à la littérature « Hobo » sur ce blog :
TULLY Jim : Vagabonds de la vie.
RIETMAN Ben : BoxCar Bertha.
KROMER Tom : Les vagabonds de la faim.