Suskind
Un combat et autres récits.

Patrick SÜSKIND.
Note : 4 / 5.
De Profundis !
Quatre « récits » dans ce très court ouvrage de cet auteur allemand mondialement connu pour son roman « Parfum ».  Les titres de ces récits sont :
L’exigence de profondeur ; Un combat ; Le testament de maître Mussard et Amnésie littéraire.
« L’exigence de profondeur » ou comment une remarque d’apparence anodine va ruiner la carrière et la vie d’une jeune dessinatrice douée. « Vous manquez encore un peu de profondeur »… phrase qui va poursuivre cette femme qui semble l’entendre partout autour d’elle. Son existence n’a plus d’intérêt, elle abandonne crayons et pinceaux, se  néglige et vit en ermite. Même l’amour ne l’intéresse plus !
« Un combat ». Un soir au jardin du Luxembourg, deux hommes sont face à face sur un échiquier. D’un côté avec les noirs, un jeune homme désinvolte, en face Jean, un aimable retraité, maître invaincu, des joueurs  assemblés pour suivre ce combat. Tous ont subi des défaites face à Jean et tous sans exception souhaitent soit la victoire du jeune homme soit la défaite de Jean… Le jeune d’entrée de jeu semble auréolé d’un flatteuse réputation.  Le duel entre le moderne et l’ancien peut commencer !
« Le testament de maître Mussard », la vie et l’œuvre de cet homme, orfèvre reconnu. Né à Genève en 1687, il épouse la veuve de son patron et formateur et gravit les échelons de la renommée. Il est nommé joaillier du Duc d'Orléans. Une certaine aisance financière lui permet d'acheter  une propriété à Passy. Mais un jour, son jardinier constate qu'un rosier récemment planté refuse de pousser alors que l’emplacement semble idéal. Alors maître Mussard a une passion et une question qui le tracasse au plus haut point. Un texte étrange pour lequel j'ai un sentiment mitigé.
« Amnésie littéraire ». Lire et ne plus se souvenir d'un livre... je pense que cela est arrivé à chacun d'entre nous.
J'aime l'écriture mais je n'adhère pas à toutes ces histoires.
Beaucoup d'écrivains ou gens célèbres sont nommés aux fils des pages, Diderot, d'Alembert, Voltaire, Rousseau, Shakespeare , Goethe Dostoïevski et de nombreux autres.
Extraits :
- La jeune femme ne comprit pas ce que le critique voulait dire et elle eut tôt fait d'oublier cette remarque.
- Elle resta cloîtrée chez elle, ruminant en silence et n'ayant en tête que cette seule pensée qui, telle une pieuvre des profondeurs, enserrait et engloutissait toute autre pensée : « pourquoi n'ai-je pas de profondeur ? »
- Le suicide en lui-même, cette chute à la trajectoire intéressante, le fait qu'il s'agissait d'une artiste autrefois prometteuse, qui de surcroît avait été jolie : on tenait là une information de premier ordre.
- Voilà qui vengerait plus d'une défaite personnelle.
- Quelle vaillance ! C'est un professionnel, murmure-t-on dans l'assistance, un très grand champion, un Sarasate du jeu d'échec ! »
- À l'avenir, il jouerait aux boules, comme d'ailleurs tous les autres retraités ; c'était un jeu anodin, qui se jouait en compagnie, et réclamait moins de vertus morales.
- À ce point, lecteur inconnu, arrête-toi pour t'examiner, avant de poursuivre ta lecture. Es-tu suffisamment fort pour entendre ce qu'il y a de plus terrible ?
- Sur une telle planète, aucune vie ne serait plus possible.
- Dans les conversations littéraires, il y a belle lurette que je ne puis plus ouvrir la bouche sans me déconsidérer affreusement, confondant Mörike et Hofmannsthal, Rilke et Hölderlin, Beckett et Joyce, Italo Calvino et Italo Svevo, Baudelaire et Chopin, George Sand et Madame de Staël, etc.
Éditions : Fayard (1996)
Titre original : Drei Geschichten (1976, 1985,1986 et 1995).
Traduit de l’allemand par Bernard Lortholary.