les 13 morts d'Alfred Ayler
Les treize morts d'Albert Ayler.
Collectif.
Note : 3,5 / 5.
Requiem pour un jazzmen.
Je reconnais sans peine que je ne suis pas un connaisseur de jazz, mais que j'adore les livres de la « Série Noire » des éditions Gallimard.
Albert Ayler, saxophoniste ténor, alto, soprano et compositeur noir américain né à Cleveland, Ohio, le 13 juillet 1936, est retrouvé mort dans l'East River à New York City le 25 novembre 1970.
Après une très intéressante préface signée Michel Contat, quatorze textes sur le décès de ce jazzman qui fut considéré comme l'un des plus grands dans son instrument de prédilection, le saxophone. Mais aussi un des plus controversés.
Liste des auteurs : Gilles Anquetil, Patrick Bard, Yves Buin, Jean-Claude Charles, Jerome Charyn, Max Genève, Michael Guinzburg, Jean-Claude Izzo, Jon A., Jackson, Thierry Jonquet, Bernard Meyet, Michel Le Bris, Jean-Bernard Pouy et Hervé Prudon.

Trois auteurs américains ont participé à l'aventure : Michael Guinzburg (Lettre aux morts), Jerome Charyn (M. Raisonnable) et Jon A. Jackson (Sur le pont), textes traduits de l'américain par Daniel Lemoine et Patrick Raynal.
Après ce long préambule, entrons dans le vif du sujet : que s'est-il passé et quelles sont les causes de la mort d'Alfred Ayler ? Mystère non résolu à ce jour.
Titres des nouvelles : Lettres aux morts, Le free fort, Mojo, Free at last, Le retour de maître misère, M. Raisonnable, My Name is Afred Ayler, Alors Négro, qu'est-ce qui cloche, La colère d'Adolphe, Joyeux Noël, Tinetorette et Toquaille, Nobody knows, La treizième mort d'Albert Aayler et Sur le pont.
Dans « Lettres aux morts », nous faisons la connaissance d'un flic d''origine irlandaise et revenu de tout. Pour une de ses premières missions, il participe
au repêchage du corps du musicien. Il s'est approprié une lettre, qu'il lit...
« Mojo », c'est l'histoire de « La Gustine », petite berrichonne qui vit
dans le souvenir de son amour pour Albert. Seul souvenir, une photo en noir et blanc !
« Free at last » est une nouvelle éminemment politique, sur l’émergence de la musique noire en Europe.
« M. Raisonnable » est un texte que j'ai beaucoup aimé. C'est l'histoire d'une rivalité musicale, entre Carlton Quinn et Alfred Ayer, rivalité qui dépassera le simple domaine musical.
Une balade alcoolisée
entre Nice et Venise, un petit tour au paradis, des virées en Suède et au Danemark, à New-York et à Cleveland, on voyage beaucoup dans ces textes.
Parmi les nombreux personnages, beaucoup de Françaises et Français car Ayler était paradoxalement plus apprécié en France que dans son pays d'origine. Une Française « La Gustine » qui vivra avec lui un amour fou, et aussi un Allemand anonyme en short qui adora un jour sa musique font partie des ces personnages rencontrés au fil des pages. Un homme part à la recherche d'un autre qui lui dit avoir tué Alfred Ayler. Vérité ou fantasme ?
Une Française dit l'avoir vu se noyer, etc... etc...
Il est beaucoup question de musique, de jazzmen , mais aussi de Dick Rivers et de Vince Taylor.
Certains auteurs penchent pour le suicide, d'autres
pour une crise cardiaque, d'autres pour un tabassage en règle par trois policiers (blancs, évidement) qui l'auraient ensuite poussé à l'eau, ou un contrat sur sa tête, bref l'énigme demeure.
Un recueil inégal, de très bons textes et d'autres
beaucoup moins intéressants.
Dommage !
Extraits :
- Rien ne commence dans l'innocence. Ni les histoires d'amour, ni les transactions commerciales… même pas la vie.
- L'été indien brûlait ses derniers feux. Lui seul le savait : il s'était porté disparu.
- L'enfant qu'il avait été craignait Dieu jusqu'à la terreur.
- Alors commença le temps de la haine.
- Car j'étais venu chercher des preuves, tuer et enterrer l'assassin d'Albert Ayler.
- Je passais mon temps à le charrier : « T'as pas encore souffert, Cleveland. Tu es toujours qu'un enfant de chœur. » J'étais jaloux de ce fils de pute.
- Ce n'était pas une drague, juste une vague tendresse. Elle lui sourit et s'accrocha à son cou, l'embrassa sur la bouche.
- Albert Ayler ne serait jamais John Coltrane. C'était ça, la vérité.
- Dieu était mort cette nuit-là, quand son sexe s'était retiré du corps de Nelly.
- J'ai jamais compris comment mon père avec ses trois mots d'anglais pouvait passer des heures à discuter avec ces types du Kansas de Louisiane ou de New York. La musique « langage universelle », mon cul.
Éditions : Série Noire / Gallimard (1996).