Le braconnier de Dieu

Le braconnier de Dieu.
René FALLET.

Note : 4 / 5.
Bon de sortie.
Il y a bien longtemps que je n'avais pas lu René Fallet.
Ce roman me rappelle un souvenir personnel. De ce roman Jean-Pierre Darras a fait un film, son premier d'ailleurs. Le tournage se déroulant dans les environs de Carpentras, le hasard fait que ma famille et moi avons mangé un dimanche dans le même restaurant qu'une grande partie des comédiens. J'ai ensuite fait la connaissance de Jean-Pierre Darras et de son épouse, Corinne Lahaye qui résidaient à Suzette.
Mais revenons au roman de René Fallet.
Nous sommes en 1943, Grégoire Quatresous (dit Vingt Centimes) et son compère Toussaint Baboulot, qui n'étaient des saints ni l'un ni l'autre, sont surpris par une patrouille allemande. Pour y échapper Grégoire saute par dessus un mur, et atterrit chez les Trappistes. Il ne sait pas en cette nuit qu'il y restera cloîtré (mauvais jeu de mots, mais je n'ai pas pu m'en empêcher) pendant vingt six ans. Finie la bagatelle !
Grégoire, tout Trappiste qu'il est, a le droit de vote, alors il reçoit une permission de sortie, pour aller voter, bien voter, Pompidou bien sûr. Mais les voix du Seigneur sont impénétrables et la route du bureau de vote est semée d’embûches. Un péché véniel pour commencer, quelques verres de vin blanc avec un pêcheur (à la ligne). Ensuite vient la tentation de la chair... une belle marinière (épouse d'un marinier et non le vêtement rayé), bronzait en petite tenue sur le pont de « La Belle de Suresnes », vision démoniaque qui ravive certains souvenirs de jeunesse à Grégoire. La belle, qui n'est pas de Cadix, mais se nomme Muscade, invite notre brave Grégoire, rouge de confusion, à boire l'apéritif. Après le vin blanc, moult pastis… ils promettent de se revoir et d'une démarche hésitante, Grégoire va faire son devoir (non pas conjugal, un peu de patience) de citoyen... et vote communiste !
Alors pour notre sympathique, mais de moins en moins catholique, héros commence une double vie, Trappiste jardinier le jour et cueillant allégrement les fruits défendus la nuit. Mais les bonnes choses ont une fin. Grégoire se voit obligé de quitter les ordres, et la péniche de sa maîtresse a disparu... Où est passée Muscade ?
Il décide alors de retrouver son ami Toussaint, trouve du travail avec lui, séduit la bonne (non pas du curé) mais de la ferme. Il croise Dieu un jour… celui-ci lui demande de ramener ses compagnons de débauche dans le droit chemin.
Rescapé de la guerre, des Trappistes et de fêtes trop arrosées, Grégoire est un personnages jubilatoire. Tous ses acolytes sont du même tonneau.
Un plaisir de lecture, c'est vivant, drôle, jamais vulgaire, truculent, rabelaisien, pas toujours très moral, mais c'est agréable de trouver un peu de fantaisie dans la littérature !
Cette ode à la vie est dédiée à Antoine Blondin.
Extraits :
- Ils ont bu du mousseux chez la mère Françoise qui jouit au moins de deux attraits à leurs yeux : sa cuisse légère, son mari prisonnier.
- Quand on pèche point on ne pense qu'à ça. C'est en péchant qu'on pèche le moins finalement. Goûtez-moi ça, c'est du pouilly-fuissé, attendez pas qu'il chauffe.
- En maillot de bain deux pièces et bleu céleste, une dame, allongée dans un transatlantique, se rase nonchalamment la toison noire d'une aisselle le bras tendu vers le soleil.
-Qu'est-ce que vous regardez, mon père, pouffa la Belzébuth en bikini, mes doudounes ?
- Il pesait soixante-dix kilos à l'époque. Il en a laissé trente au plumard tellement qu'il m'aimait.
- ... la mère Françoise devait ressembler davantage à un vieux balai de bruyère qu’à une femme. En outre, de toute évidence, son époux avait eu le loisir, même sans se bousculer, de rentrer d'Allemagne.
- L'usine d'automobiles pouvait seule nourrir à présent ses fils des champs, et ils prenaient l'allure morne des pêcheurs d'Islande employés au métropolitain de Paris.
- Alors Marie-Fraise lui décocha sa moue à la Brigitte Bardot, entrouvrit ses lèvres, les offrit.
- J'ai jamais empêché les gens de faire l'amour, pas plus que j’en ai empêché les chats, les chiens, les poules, etc... C’est vous qui avez inventé des tas d'embrouilles là-dessus, faudrait voir à pas tout me coller sur le dos. Je vous ai dit de vous multiplier, j'ai pas à tenir la chandelle, en plus !
- Et ne me ramène surtout pas du vin de mahométans, ça désaltère point. Je boirai plutôt du saint-pourçain, si c'est pas abuser.
Éditions : Denoël /Roman (1973). Folio (1986)