Bleu éperdument

Bleu éperdument.
Kate BRAVERMAN.

Note : 4 / 5.
Solitudes féminines.
Kate Braverman, récemment décédée, était une romancière, poétesse et novelliste américaine dont mon ami Stéphane Grangier a parlé (en bien) il y a quelques temps.
Onze nouvelles dont voici les titres :
« Bleu éperdument » . « Blues d'hiver ». « Tu veux que je te raconte le
Mékong ? ». « Moments décisifs ». « Une touche d'automne ». « Lumière temporaire ». « Dire ce qui est ». « Par-delà la colline ». « Nuit païenne ». «« Divinations des ruines » » et « Crépuscule des pères ».
Dans la nouvelle qui donne son titre à l’ouvrage, la narratrice nous raconte sa vie avec une mère, poète ratée, peu publiée et par conséquence peu vendue . Mais la mort de cette mère va, très longtemps après, ouvrir les yeux de sa fille devenue grande.
« Moments décisifs ». C’est le dur passage de la quarantaine pour Joan Moore, elle est à Kauai dans l’archipel d’Hawaï. Comme tous les ans, elle va demander le divorce à son époux… est-ce pour se donner du courage qu’elle se drogue et abuse de boissons fortes ?
« Lumière temporaire ». Solitude et tristesse d’une femme seule, divorcée, ses enfants avec son ex-époux, pour les fêtes de Noël. L’année précédente elle était hospitalisée, cette année elle lutte contre la tentation de boire, juste un verre, un seul, juré…
« Dire ce qui est » est pour moi le meilleur texte de l'ouvrage. Une femme qui approche de la quarantaine, se souvient de son enfance dans un quartier pauvre. Seules les femmes travaillent, les maris sont morts, partis, malade ou alcooliques...
« Nuit païenne ». Un couple de musiciens, elle Sunny, lui Dalton et un bébé sans prénom. Lui n'aime pas lorsque l'enfant pleure, alors elle doit partir se promener en réfléchissant à un prénom en lien avec le lieu ou elle se déplace, Forêt, Ciel, Fleuve ou Vent... parfois lui vient aussi l'idée de l'abandonner… parfois seulement !
« Divinations des ruines » Une femme et sa fille Annabell, qui doit participer à la fête de l'école de celle-ci... Annabell n'est pas particulièrement contente de sa prestation !
Les hommes n'ont pas la part belle dans ces textes, c'est le moins que l'on puisse dire !
Des femmes au bilan éloquent avec les alcools forts : Whisky, vodka, gin ou autres sont toujours là pour cacher la grande solitude de cette gente féminine à la dérive. La drogue aussi, assez souvent...
Les hommes n'ont pas la part belle dans ces textes comme par exemple, Lenny, personnage exécrable, beau parleur et une femme comme qui dirait envoûtée... pauvre proie facile. Ou un autre avocat sûr de son bon droit, ou un chanteur immature.
Une belle écriture des textes forts mais d'une lecture ardue, recueil que j'avoue avoir lu en plusieurs fois.
Extraits :
- Un jour, dans un éclair de clarté absolue, je me rends compte que je suis différente.
- Elle tente d'élucider pourquoi tant de poètes américains se sont auto-détruits et ce que cela révèle de notre société.
- Elle est toujours cette femme seule avec un enfant dans un paysage qui lui est totalement étranger. Une femme qui ne connaît strictement personne dans la région.
- La sensation de l'air lui-même est extrême, comme électrifiée, bénie, chargée, altérée au point de lui rappeler la défonce ou Dieu.
- Et peut-être que chacun de nous renferme une touche d'automne, un peu comme une radio des poumons entachée d'une touche d'ombre.
-C'est le deuxième Noël sobre de Suzanne Cooper. Elle s'est familiarisée avec la voix de sa maladie, le cœur démoniaque dont elle use et le génie de ses tentatives pour l'anéantir.
- C'est l'époque qui préexiste le rock n' roll, le vandalisme, les graffitis et les dépôts d'ordures sauvages.
- Elle va s'installer dans les quartiers est, en plein Hollywood, où les loyers sont moins élevés, où les étrangers et les braquages sont légion, où l'air est sale. Hollywood est une sorte de maladie incurable.
- Le bébé n'était qu'un de ces désagréments qui arrivent et que l'on empêche pas d'arriver, faute de temps.
Éditions : Quidam éditions (2015).
Titre original : Squandering the Blue.
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Morgane Saysana.