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Sugar Run.
Joy HARJO.
Note : 5 / 5.
Une voix amérindienne.
Premier livre, fortement autobiographique de cette jeune auteure amérindienne, née de mère Cherokee avec une ancienne descendance irlandaise et d'un père Creek, qui a obtenu le titre de « poète des États-Unis » en 2019.
Quatre parties nommées, par ordre : « L’est » ; « Le nord » ; L’ouest » et « Le sud ». Chacune est présentée avec une courte introduction.
Joy Harjo nous raconte sa vie, qui fut, loin s'en faut, d'être un long fleuve tranquille.
Elle aime ses parents, mais son père est un homme à femmes, incorrigible séducteur et gros buveur. Le divorce est inéluctable. Pour Joy commence une période très dure lorsque, sa mère qui est une très belle femme a de nombreux prétendants. Mais il semble qu’elle ait choisi le pire, un blanc de dix-sept ans son aîné. Homme brutal, violent, sectaire, les châtiments corporels deviennent monnaie courante.
Son échappatoire, sa thérapie, les arts, le dessin, l’écriture et le théâtre. Mais un soir de répétition théâtrale à laquelle elle participe, avec la permission de sa mère, elle est une nouvelle fois battue par cet homme qu'elle déteste. Puis vient la pension dans une école indienne, les relations avec les autres pensionnaires.
Les années passent, elle connaît le racisme anti-indien, participe au combat de ceux-ci pour la justice sociale et la reconnaissance de leurs cultures.
Elle rencontre un homme, se retrouve enceinte, mais ce n'est pas la vie qu'elle désirait, l'alcool et la drogue sont de vrais fléaux.
Alors il reste une farouche volonté et les arts pour tenir la tête hors de l'eau...
De très nombreux personnages rencontrés durant la vie de l’auteure.
Elle évoque ses ancêtres dont certains avaient bénéficié de la découverte d'un immense gisement de pétrole en Oklahoma*.
La mère, un des personnages centraux de ce livre, femme amoureuse de son premier mari, mais faisant le mauvais choix pour le second. Elle restera toujours une femme que ses enfants aimeront.
Le titre de cet ouvrage est la traduction de son nom creek : « So Brave you’re Crazy ». Ayant terminé cette lecture, je peux confirmer que cette femme Joy Harjo est brave et parfois un peu folle… mais pas de folie furieuse. Juste une farouche volonté de faire respecter ses droits et ceux des indiens d’Amérique du Nord. Car il ne faut pas oublier le sous-titre très lyrique de ce livre : « Le Chant de mes combats ».
Encore une excellente parution des éditions « Globe ».
Extraits :
- J'ai entendu chanter les ouvriers agricoles. C'était une manière de s'exprimer au-delà des limites du langage ordinaire.
- Chaque âme porte en elle un chant. Même la ville que l'on nomme,Tulsa, porte un chant qui monte de la rivière Arkansas vers la tombée du jour.
- Des souffrances qu'ils ont vécues, ils ont su tirer de la sagesse plutôt que de l'amertume. Ils nous instruisent à travers des histoires, des images et des chants. Et ils sont respectueux du mystère.
- Mon père ne savait pas quoi faire. Il savait réparer sa voiture ou son camion. Mais il ne savait pas comment me réparer, moi, sa petite-fille.
- Elle avait grandi dans des conditions pires que les miennes et s'en était sorti en faisant des ménages et la cuisine. Ma vie actuelle était une parodie de son combat.
- Je peignais au son de la musique du silence. C'est là que j'entendais tout.
- Puis j'ai commencé à rêver que je le tuais avec un tesson de bouteille de vodka. Et j'ai compris qu'il fallait que ça cesse.
- Nous avions été brisés en tant que peuple. Nous n'en étions encore qu'au lendemain sanglant de la conquête violente de nos terres.
Éditions : Globe (2020).
Titre original : Crazy Brave (2012).
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nelcya Delanoë et Joëlle Rostkowski.
* Le Chant de mes Combats.