Baronian
Le tueur fou.

Jean-Baptiste BARONIAN.
Note : 4 / 5 .
Mort subite pour les gueuzes !
Je suis dans une période où j'aime mélanger les lectures d'auteurs sombres connus depuis des décennies comme Robin Cook ou Jim Thompson et des découvertes comme cet auteur belge.
Jacques Brel chantait il y a très longtemps :
-J'habiterai une quelconque Belgique".
Ici la Belgique (enfin ce qui pourrait être Bruxelles, mais qui n'est jamais clairement nommée ) vit dans l'angoisse . Un sérail-killer sévit dans la ville.
Ses victimes sont uniquement des femmes. Massacrées en plus d'être tuées.
L'une d'elle Caroline Caroline est décédée il y a cinquante-quatre jours.
Pour un homme, mais-le quel ? C'était "sa" Caroline. Depuis il le reconnaît il a basculé dans l’innommable.
David est furieux, policier il est chargé de l'enquête sur cette série de crimes atroces. Son supérieur et lui se détestent mutuellement. Mais les chiffres dans leurs horreur sont là ; quatre femmes affreusement mutilées.
En plus il doit subir la présence sur cette affaire de Jacqueline Haussman scientifique un peu rabat joie, qu'il considère comme une bureaucrate absolument inutile, juste une donneuse de leçon et de conseils.
Un autre fait est que David a connu certes il y a très longtemps Caroline une des victimes. Mais il n'est pas le seul. Il a aussi connu Alexander Wener qui travaille dans un gymnaste de la ville fréquenté par plusieurs victimes et aussi par Caroline.Petit à petit le puzzle de mets en place mais pour le lecteur plein de chausse trappe dans lequel nous entraînent l'auteur et les deux narrateurs.
Deux personnages principaux David le policier un peu sur la sellette et ayant quelques soucis avec sa hiérarchie. Il a aussi quelques problèmes personnels et d'ordre sexuel. Et parfois des absences ce que l'on nomme des trous de mémoires,il réfléchit mais ne se souvient pas. Il se réveille nu et couvert de sang avec un cadavre de femmes près de lui, mais il n'a pas réellement souvenance.
Le tueur aussi est fou et pervers mais a-t-il commis tous ses crimes ? Pour certains c'est sûr, l'un d'entre eux commis dans un restaurant a eu plusieurs témoins ? Mais certains autres ?
Trame classique : un tueur et un flic, l'un tue, l'autre le poursuit ! Rien de bien original de direz-vous. Et pourtant...un livre très original avec une fin surprenante!
Les narrations des différents protagonistes semblent se suivre et se chevaucher. Qui parle Alexandre Wener le présumé (il faut prendre des précautions de langage en cette période troublée) ou David le policer ?
Il y a une chose agréable avec les romans noirs, non anglo-saxon, c'est que l'on change de boisson, du Fendant dans "La promesse" de Durenmatt et ici de la "Gueuze Mort Subite" ! Boisson que j'adore et qui m'inspiré le titre de cette chronique, tout en reconnaissant que toutes les victimes n'étaient pas des gueuzes!
Extraits :
- Ce verre de Gueuze qu'il avait sous les yeux et qu'il avalait par petites gorgées. Une Mort Subite. Elle avait un goût infect. Ou bien non, le Gueuze était excellente mais sa bouche, elle, puait et il commençait seulement à en avoir conscience.
- Sûrement pas par pudeur. Sûrement parce que ces questions-là était sa plaie.
- Une saloperie. Folie meurtrière et libido au rabais, c'est tout ce qu'elle secrétait, cette salope, en cette misérable fin de siècle.
- Se laissa guider, entraîner dans un salon criant de mauvais goût, puant Dieu sait quoi, la
naphtaline, le renfermé, le célibat, la mortification, la tristesse, le vide.
- Toute sa vie.Toute une vie pour devenir fou et accomplir sa folie.Toute une vie pour aboutir à dîner avec une sorcière et se mesurer à elle.
- Le ciel, lui, ne pouvait plus attendre.Le ciel.
- Une drôle d'image, non ? Des anges, des saints, des élus et une kyrielle d'innocents. Depuis deux mois, Caroline les avait rejoints. Sûre qu’elle les avaient rejoints. Et sûre qu'il la retrouverait là-bas.
Éditions : Rivages/Noir (1995
).