Un-enfant-de-Dieu-Cormac-McCarthy 2

Un enfant de Dieu.
Cormac McCARTHY.

Note : 5 / 5.
Ainsi soit-il !
J'ai cherché ce livre pendant longtemps et par périodes. Ce relativement court roman de cent soixante-dix pages est en trois parties bien distinctes. C'est un peu une œuvre à part dans la carrière de l'auteur.
J'ai beaucoup lu McCarthy avant de tenir ce blog et depuis, j'ai lu uniquement " La route"
que j'avais moyennement aimé et qui m'avait valu quelques réflexions amusées sur ma santé mentale.
Dans ce livre il est aussi question de santé mentale, mais de celle du principal personnage de ce livre terrifiant, Lester Ballard!
Il est expulsé manu-militari de sa maison et avec violence. Ensuite commence pour lui une longue errance au milieu de la nature pour cet homme contrefait qui semble sortir d'un cauchemar consanguin à la mode trou du cul de l'Amérique profonde. J'ai l'image du film "Délivrance" avec ce gamin prodigieux joueur de banjo, mais assez peu aidé par la nature!
Un de ses "amis" est le gardien de la décharge publique. Il a neuf filles qui ont pour certaines des enfants, mais toutes ont des prétendants dont Ballard ! Il est pauvre et n'a aucun charme, alors ce n'est jamais son tour. Donc le jour où il découvre un couple fraîchement décédé dans une voiture, il fait les poches des deux. Puis il se soulage sur la jeune fille et après mûres réflexions, il emmène le cadavre pour ses longues soirées de solitude ! Sa masure prend feu réduisant en cendres sa victime qu'il avait habillé de neuf !
Commence alors une dérive meurtrière. Il met le feu volontairement cette fois après avoir tué une jeune femme en laissant son enfant dans le brasier !
Il se réfugie dans une grotte... qu'il a transformé en cimetière souterrain ; il traque les amoureux en pleins ébats. Et il n'a plus qu'une idée en tête, se débarrasser de l'homme qui a acheté aux enchères sa maison !
Sa vie suit son cours, mais beaucoup de gens qui croisent sa route perdent la leur !
Les saisons se suivent, mais ne se ressemblent pas dans la solitude des montagnes... La folie et la solitude de l'homme deviennent de plus en plus palpables....
Lester Ballard, personnage principal de ce roman, est une espèce de sauvage dégénéré ! Capable de s'attendrir devant des peluches qu'il gagne à une fête foraine mais laissant un bébé qu'il juge anormal en proie aux flammes dans une maison à laquelle il a volontairement mis le feu ! Homme des bois solitaire, il semble en vouloir à la terre entière à cause de son physique repoussant, mais petit à petit il perd le peu de raison qui lui reste !
Certainement un des romans les plus glauques, les plus sombres et sans aucun espoir de rédemption pour le personnage central qu'il m'ait été donné de lire !
La conception de ce récit est originale, de très nombreux chapitres, très courts, sans beaucoup de respect de la chronologie. Les dernières lignes de beaucoup de ces chapitres délivrent un indice qui peut paraître froid ou anodin d'une plongée dans l'horreur, dont voici un exemple :
-Au pied de l'escalier, il ramassa ce qui lui semblait être une perruque et comprit qu'elle avait été taillée dans un cuir chevelu humain.
Une lecture pour le moins éprouvante, par le style d'écriture pour commencer et aussi par le sujet traité.
Un grand livre à ne pas mettre entre toutes les mains.
Extraits :
- Je ne sais pas ce qui les rend si intenables, ses filles. Leur grand-mère était la plus belle punaise de sacristie que j'ai jamais vue.
- Les feuillus sur la montagne virèrent au jaune, au rouge de flammes, puis à l'ultime nudité.
- Elle resta complètement nue par terre, à le regarder partir, en le traitant de tous les noms, dont aucun n'était le sien.
- Tous les ennuis que j'ai eus, dit Ballard ç'a été à cause du whisky et des bonnes femmes ou les deux. Il avait souvent entendu des types dire ça.
- Quand il revint, il défie son pantalon, s'en débarrassa et s'allongea à côté d'elle. Il tira la couverture sur eux.
- La morte était allongée dans l'autre pièce, loin de la chaleur pour qu'elle se conserve mieux.
- Ça faisait un bout de temps qu'il avait tendance à parler tout seul mais il ne dit pas un mot.
- Là dans les entrailles de la montagne, Ballard dirigeait sa lampe sur les saillies, des gravats de pierre où, tels des saints, des morts reposaient.
- Depuis longtemps il portait les dessous de ces victimes féminines et maintenant il commençait aussi à se montrer avec leurs vêtements.
- Vous étiez pas sur le point de baiser par hasard ? Il étudiait leurs visages.
- Déboulant de la montagne avec cette chose sur le dos, il ressemblait à un homme assailli par quelques abominables succubes, la fille morte le chevauchant, les jambes écartées et repliées, telle une grenouille monstrueuse.
- Non, dit-il. Je pense que les gens n'ont pas changé depuis le jour que le bon Dieu les a créés.
Éditions : Actes Sud (1992).
Titre original : Child of God (1973)
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Guillemette Belleteste.