un chouette petit lot
Un chouette petit lot.
Jim THOMPSON.
Note : 3,5 / 5.

Nuits d’hôtel.
Je continue à pas lents ma découverte ou redécouverte de l’œuvre de Jim Thompson, avec du très bon et aussi du moins bon. J’ai un sentiment étrange pour celui-ci, mêlant roman policier classique aux autres thèmes très noirs de Jim Thompson.
Un soir, le jeune Dusty dans l’hôtel où il travaille de nuit rencontre « La FEMME », quintessence de tous ses fantasmes ! Marcia Hillis fait une entrée fracassante dans sa vie ! Pour le meilleur et sûrement pour le pire !
Dans sa tête, un certain nombre de choses sont perturbées par cette apparition. Ses relations avec les femmes sont quasiment au point mort. Il a vraiment besoin de cet emploi et le règlement de l’hôtel est très strict : « Pas de relations de quelques ordres que ce soient avec les clientes » Chasseur, il a le poste le plus bas du personnel, et ses relations avec Bascom, le réceptionniste de nuit, ne sont pas toujours au beau fixe. Il vit avec son père, qui a été licencié de son emploi de professeur pour avoir signé une pétition. Sa signature a été très mal perçue ! Ayant perdu son épouse, il se laisse aller et demande sans arrêt de l’argent à Dusty. Celui-ci est un enfant adopté, sa mère adoptive beaucoup plus jeune que son époux l’a couvé et leur relation est devenue ambigüe !
Dans l’hôtel loge également un gangster notoire, Tug Trowbridge ; jovial et familier, il est un des personnages de l’établissement.
Dusty se trouve embrigadé malgré lui dans une affaire qui, bien entendu, le dépasse. Pour éviter des problèmes avec la direction de l’hôtel et Marcia, il doit accepter d’aider Tug à piller les coffres forts du lieu. Il espère avoir assez d’argent pour refaire sa vie avec cette femme dont il est fou amoureux !
Bien évidement l’affaire ne se passera pas du tout comme prévu et un homme sera abattu et lui blessé dans le braquage…
Et la descente aux enfers de Dusty ne fait que commencer…
Bill « Dusty » Rhodes est un jeune homme oscillant entre naïveté et rouerie ! Il a un grand regret : ne pas avoir pu continuer ses études de médecine, il espère que son emploi est provisoire… mais le provisoire dure depuis trop longtemps.
Son père est une espèce de fantôme en voie de clochardisation qui devient de plus en plus sénile avec parfois des éclairs de lucidité. Son licenciement a fini de lui faire perdre son goût de la vie.
A noter qu’un dénommé Kossmayer, avocat de profession, apparait en fin d’ouvrage, on avait déjà rencontré (ou on rencontrera) ce personnage dans « Le criminel » et Hallali ».
Jim Thompson a sûrement puisé dans ses propres souvenirs pour écrire ce roman très étrange ; il travailla en effet plusieurs mois comme portier dans un hôtel.
La narration à la troisième personne donne une œuvre bizarre qui ne restera pas comme un des très bons livres de l’auteur.
Jim Thompson a alterné dans sa carrière d’écrivain de très bons romans et de moins bons ! Celui-ci fait partie des lectures agréables, mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable !
Extraits :
- Elle ressemblait plutôt à une de ces déesses antiques qui, lasses des plaisirs célestes, descendent sur terre pour faire les délices de l'homme. Vénus, Cérès, la déesse de la Terre. La femme éternelle qui ne vieillit jamais.
- Juste le temps nécessaire pour effectuer la course. Pas le temps pour... autre chose.
- Il pouvait aller au diable, le Manton. Et Marcia Hillis aussi, par-dessus le marché !
- Puis la vision se transforma, une touche par-ci, une touche par-là, et ce fut une autre femme : jeune, séduisante, et par-dessus tout chaleureuse, attentive et compréhensive.
- Elle rit doucement. Elle murmura... une question... une invitation. Il s'avança lentement, guidé par le son de sa voix.
- Il avait de plus en plus mal au cœur. Tout comme s'il venait d'assister au départ d'un condamné à mort pour son exécution.
- Ça ne faisait pas de doute, il se l’avouait à présent. Jusqu'au jour où il rencontra sa réplique en la personne de Marcia Hillis, il ne pouvait y avoir d'autres femmes.
- Pendant des années on l'avait modelé de telle façon qu'il ne pouvait accepter qu'une seule femme. Sans elle, il n'y avait rien. Ni repos, ni paix, ni satisfaction.
Éditions : Gallimard/ Série Noire. (1968).
Titre original: A Swell-Looking Babe. (1954).
Traduit de l’américain par N.Shklar.