L'embarcadère
L’embarcadère*.

Nicolas BLEUSHER .

Note : 4 / 5.
Larguez les amarres !
Auteur né à Dunkerque que je découvre avec ce recueil de plus de quatre vingt six textes courts pour ne pas dire très courts, entre une demie et deux pages.
Il ne me sera pas possible de parler de tous ici, désolé.
« Kodachrome » est un beau retour vers son enfance et la mer. Regarder une vieille photo, parfois aide à se souvenir.
« L’embarcadère » qui donne son titre à l’ouvrage plonge (au propre comme au figuré) dans l’envie de voyage, quitter la terre ferme.
« Je n’oublie pas » est un très beau texte, un hommage à Dunkerque, sa ville natale. Port que je connais un peu car j’y avais de la famille… bretons exilés travaillant sur les ferry-boats ! Passer une partie de la journée à Douvres et revenir en France!
« La maison » parle d’un regard mélancolique sur le quartier de son enfance.
« Homme-oiseau ». Se prendre pour Icare, rêver de voler… malgré tous les dangers.
« À la fenêtre ». Pourquoi cette femme, que l’on devine âgée, est-elle à sa fenêtre ? Curiosité ou alors simplement solitude et ennui !
« Tandis qu’Ella ». Un bistrot, la musique d’Ella Fitzgerald et un baiser.
« Rue de Rivoli ». C’est beau Paris la nuit, surtout la rue de Rivoli entre arcades et lumières. Et la nuit tout est possible.
Paris encore dans « Un coup de vent », un dimanche au Palais-Royal, et encore des souvenirs qui reviennent un soir de brume entre le Lido et Venise.
Dans « Cérémonial », et « Une visite au grenier », l’auteur nous plonge dans son enfance, un peu de tristesse !
« Comme autrefois » est un très court et beau texte, « C’était là » revient sur une maison et sur l’enfance disparue.
Des gens ordinaires, garçons et filles, Marie-Lou et sa collection de boîtes.
Najim sur le Nil, un homme qui au moment de mourir avoue sa peur. De la musique, Ry Cooder, Erik Satie ou Marin Marais.
Une chatte Zoé, thérapie animale qui apparaît dans plusieurs textes.
De très beaux textes, pleins de poésie et d’amour, une écriture pleine de pudeur, très sensible et parfois surprenante. J’adore ce genre littéraire.
Une découverte, encore une, me direz-vous !
Extraits :
- Aux arrangeurs de mots on préférerait les raconteurs d'histoires.
- Je suis le chat aux yeux fêlés qui longe, à l'heure de la sieste, les hauts murs de votre jardin.
- Le temps file par la fenêtre ouverte. Rumba des chromes, flux et reflux de la mer…
- Le ciel penche sur son visage si tendrement fripé une lumière pâle et un peu triste. Je vois son œil, tendu, derrière des lunettes sans âge.
- Sur le rebord de la fenêtre, le bruit des pages abandonnées.
- La belle limpidité du ciel, d'un bleu pâle encore. Les éclats du soleil froid, sur les ondulations du bassin. La pureté de l'air, le plaisir de la marche.
- Au pied du lit traînaient des fulgurances, des repentirs, des fantaisies plantées là. Au plafond, la même lézarde. S'en échappaient des lueurs étranges, l'odeur des voies imaginaires…
- Se rappeler de son enfance. Il veut, ce soir, se souvenir heureux. Retourner, là-bas, au pays de la boîte à soldats et du kart chromé.
« Redonnez-moi les sentiers sous le vent, mes beaux roseaux de sable. Redonnez-moi l'insouciance de mes onze ans, mon vélo rouge et mes rêves de Lego. La moustache de papa. »
Éditions : Jacques Flament / Alternative éditoriale. (2019).
* Confidences, fantaisies et autres curiosités à la fenêtre.