Famine

Famine.
Todd KOMARNICKI.

Note : 4 / 5.
La faim justifie les moyens.
Œuvre et écrivain que je ne connais pas, et je n’ai aucun souvenir d’une précédente lecture. Une quatrième de couverture d’Andrews Vachss, auteur du très bon roman « La sorcière de Brooklyn » parle d’illumination ! Un roman qui se déroule sur plus de 10 ans, des 14 ans de Daniel jusqu’à son décès aux environs de ses 30 ans ! 
Le détective est face à un cadavre, qui l’attend depuis quelques jours, bien conservé dans du whiskey irlandais. Pas d’odeur. Il semble être mort de faim ! 
Daniel, un garçon de 14 ans, joue avec son petit frère Warren, la neige, des glissades de plus en plus vite puis l’accident et la mort du plus jeune.
Le détective rentre chez lui, son épouse, son fils Benjamin, l’enquête sur ce mort hors normes, mourir de faim à New-York, dans un appartement presque cossu !
Daniel a de la famille, père, mère, trois sœurs, deux au loin, la plus jeune Nina habite encore dans la maison familiale. « J’AI TUÉ MON PETIT FRÈRE ».
Le détective retourne dans l’appartement du mort, pas de papiers d’identité, rien de personnel. La logeuse le renseigne, un locataire sans problème, il nourrissait les affamés du quartier. Un jeune homme bien.
Daniel grandit, diffèrent des autres, petits ennuis avec la police, nuit en prison. Puis barbouillage du gymnase de l’école. Message tracé sur les murs. Mère qui boit. Hôpital, connaissance d’Emma elle aussi hospitalisée. Femme idéalisée :
- Belle pour ceux qui la regardaient, invisible pour les autres.
Le détective a des problèmes de couple. Il vit seul désormais. Il neige et trois meurtres l’attendent. Le corps du jeune mort est enseveli, mais il réclame une seconde autopsie. On ne meurt pas de faim alors que l’on nourrit les autres.
Au fur et à mesure que la vie des deux principaux protagonistes de ce récit se déroule, leurs chemins se croisent à de nombreuses reprises, mais sans qu’ils le sachent.
Des femmes interviennent dans la vie de l’un puis de l’autre, dans celle de Daniel le défunt d’abord, sa sœur Nino, Emma qu’il épousera, puis Maria et son fils qu’il aidera… des histoires d’amour se nouent.
Ces femmes ensuite feront connaissance de Daniel, le détective qui les interrogera pour essayer de comprendre ces faits divers où la folie plane !
Le détective Daniel Rowan Bell dont le prénom est également Daniel ! Policier un brin désabusé, il en a vu des vertes et des pas mûres dans sa carrière de flic new-yorkais mais cette affaire les surpasse toutes ! 
Daniel Patrick Rowan, l’un des narrateurs et personnage principal du roman, raconte lui-même à la première personne son histoire et sa vie gâchée par cet accident qui a coûté la vie à Warren, son jeune frère.
Emma est une énigme, elle a eu un enfant mort-né et maintenant elle a disparu, le détective aimerait lui parler, et essayer de comprendre, mais en vain. Il arrivera trop tard !
Un des romans noirs les plus étranges et les plus difficiles qu’il m’ait été donné de lire ! C’est très noir et le style d’écriture brut de décoffrage, sèche mais parfois poétique, je pense, n’aide pas. L’ordre chronologique n’est pas trop respecté. L’humour est féroce.
Une œuvre déroutante mais fascinante, une plongée dans les bas-fonds de la misère d’une ville américaine. Certains personnages sont à la limite de la démence.
À découvrir ! Même si j’en parle très mal !
Extraits :
- Le détective ne parvient pas tout à fait à se représenter Emma. Une géométrie sans frontières, c'est tout. Il entend sa voix comme si c'était la sienne, mais il ne peut pas voir son visage.
- Emma affranchit ma peau et disparaît en moi. Elle était l'antidote. Je n'imagine pas qu'il puisse être aussi le poison.
- Maria n'est pas chez elle. Nina ne décroche pas le téléphone. Emma flotte à sa périphérie. Le détective tente de réunir ces femmes, mais elles ne viennent pas.
- Il ne peut rien faire. De la nourriture, pas de casseroles. Des disques, pas de stéréo. Du désir, pas de mots.
- La drogue estompait le désordre, mais jetait aussi un rideau supplémentaire sur mon Emma.
- Il n'y a pas assez de place pour nous tous dans le cercueil de Warren, maman.
- Le soleil rougissait quand on est revenu au cimetière. Les fossoyeurs avaient fait leur travail, tas de terre visible au loin.
- C'est le moment des adieux. Novembre est épuisé. Les bras puissants de décembre le poussent vers la sortie.
Éditions : Gallimard (1999)
Titre original : Famine (1977)
Traduit de l’américain par Daniel Lemoine.