Nous qui
Nous qui n’existons pas.
Mélanie FAZI.

Note : 5 / 5.
Être soi-même !
Je découvre cette auteure et traductrice par ce que je considère comme un essai biographique.
Au sommaire de cet ouvrage :
- Préface (signé de l’équipe de Dystopia) ; Nous qui n’existons pas ; Post-scriptum : Peau neuve ; Vivre sans étiquette ; Postface de Léo Henry ; Remerciements et Bibliographie.
« Nous qui n’existons pas » commence par ce constat :
- Est arrivé un jour où la fiction n’a pas suffi. Un jour où les mots trop longtemps contenus ont demandé à sortir nus, sans filtre, sans que je ne déguise ma voix derrière celle d'un narrateur.
Une femme se raconte, il est évident, que la narration est faite avec le mot :
- JE.
Un dimanche soir, en allant se coucher, la narratrice se dit « Demain, ma vie va changer. »
Cette narratrice est écrivain, auteur de nombreuses nouvelles fantastiques et de science-fiction. Elle est également traductrice, en particulier de Lisa Tuttle, écrivaine américaine.
Donc le lundi matin, elle dit elle-même « S'être dévoilée » en publiant sur son blog et sur les réseaux sociaux un billet s'appelait « Vivre sans étiquette » (texte qui se trouve dans son intégralité dans cet ouvrage). Le succès fut immédiat, je ne sais pas en réalité si le mot « succès » est particulièrement adapté. Beaucoup de messages de sympathie, d'amitié.
Elle revoit sa vie, souvent différente de celle des autres. Jeune fille, contrairement à ses camarades, elle ne regardait pas les garçons. Elle était plutôt attirée par les filles, d'une manière que l'on pourrait appeler de platonique.
Elle a connu la solitude ; tenter de vivre de sa plume est un exercice que l'on pratique seul et être traductrice littéraire nécessite également un certain repli sur soi-même.
Au fil du temps qui passe, elle se rend bien compte que le sexe ne l'intéresse vraiment pas, elle se découvre « Asexuée » ! Encore un signe qui la fait douter de sa normalité. Après une longue période de burn-out et de difficultés diverses, perte de créativité littéraire et peu de traductions en cours, elle se décide enfin après bien des réticences à consulter une thérapeute.
Cette femme à sa grande surprise, l'écoute, la laisse parler...
Et alors, cette femme, que nous suivons depuis le début de ce livre, découvre qu'elle n'est pas seule, qu'elle n'est pas comme elle croyait, anormale, que beaucoup de gens sont dans son cas.
Alors l’espoir renaît...
Un personnage principal, Mélanie Fazi, elle-même et un autre personnage primordial, la thérapeute !
Je réalise à la fin de ce livre que je suis très loin de mes lectures
habituelles, mais je suis très content de m'être aventuré hors de mes propres sentiers battus.
Un très grand livre, sorte de mise à nu littéraire, pour ma part j'ai trouvé bien du bonheur à lire cet ouvrage que je conseille.
Une chronique bien difficile à faire… car je pense avoir oublié beaucoup de choses.
Extraits :
- J'ai pensé : Si cet acte reste isolé, ce sera un échec.
Alors j'ai repris le clavier.
- Je n'avais pas demandé à sortir de l'enfance, mais on ne m'en laissait pas le choix.
- Quant à la nouvelle, n'en parlons pas, c'était l’échec commercial assuré.
- J'apprenais à dire que je n'avais personne et ne voulais personne ; quelque part cette période-là j'ai appris à m'en inquiéter.
- Ces choses-là, j'allais devoir attendre de longues années avant de les entendre enfin.
- Le problème, ce n'était pas les autres, c'était moi.
- Après le soulagement, a émergé une forme de colère qui n'avait jamais trouvé à s'exprimer pleinement. J'avais dû attendre l'âge de trente neuf ans pour être entendue. Le monde niait chaque jour mon existence, mais j'étais bien là.
- Dans la frustration de ne pas avoir fourni de réponses adéquates, j'ai commencé à en chercher d'autres. Quel effet ça fait ? Par quels mots expliquer, le donner à ressentir ?
- Quelque chose, à nouveau, basculait. « J'existe » la première étape. « Nous
existons » est la suivante.
- Avec le recul, ce questionnement identitaire et l'impression de me trouver dans une impasse y ont sans doute contribué.
Éditions : Dystopia Workshop (Non-Fiction) 2018.
La couverture et les illustrations sont de Stéphane Berger.