Les mutations

Les mutations.
Jorge COMENSAL.

Note: 4 / 5.

Histoire sans parole.
Premier roman de cet auteur mexicain contemporain, il mélange hardiment le tragique et la comédie la plus loufoque.
Ramõ Martinez est un avocat que l’on dit brillant. Il est l’époux de Carmela, qui est également avocate. Ils on deux enfants, un garçon Mateo et une fille Paulina. Il est propriétaire d’une grande maison dans un quartier relativement huppé. La vie est belle, enfin était belle, car la maladie va venir briser l’harmonie de ce couple quasiment idéal !
Un cancer de la langue va nécessiter une ablation totale du membre atteint ! Comme l’opération coûte un bras (et donc une langue), il demande l’aide d’Ernesto, son richissime frère qu’il déteste. Il est malheureusement nécessaire d’en passer par là. 
Son anniversaire et la fête qui est organisée tourne au fiasco, et il finit par frapper son frère ivre.
Elodia lui offre un cadeau qui est loin de faire unanimité dans la famille : un perroquet ! Et il ne parait pas en pleine forme l’animal, loin s’en faut !
Mais une sorte d’amitié va se nouer entre cet avocat, dont les plaidoiries étaient connues de tous, mais qui est désormais muet et cet oiseau qui lui n’a pas sa langue dans sa poche et qui jure comme un charretier mal élevé !
Il est soigné par le professeur Aldama, et suivi par une psychanalyste. Il décide aussi de ne pas rembourser son frère et étudie les différentes solutions légales pour arriver à ses fins ! Céder tous ses biens à son épouse puis divorcer, ou solution extrême, le suicide..
Une série de personnages plus farfelus les uns (ou les unes) que les autres !
Teresa de la Vega, psychanalyste, opérée avec succès d’un cancer du sein, et qui cultive sa propre marihuana pour le bien être de ses patients.
Elodia, la femme de ménage de la famille, catholique convaincue et pratiquante.
Eduardo, jeune homme affublé d’une mère ultra possessive et obnubilé par l’hygiène, et client de Teresa.
Aldama, le médecin de Ramõn, pense et espère que le cas de ce patient va lui apporter fortune et notoriété.
Un bon moment de lecture avec ce roman qui passe non pas du coq à l’âne, mais d’un perroquet grossier à un avocat qui a perdu son outil de travail ! Ce qui est une situation dramatique est traité avec un humour féroce, j’allais dire, chirurgical.
La société aisée du Mexique telle qu’elle est ?
Extraits :
- Concentrés sur leurs objectifs scolaires sans pour autant renoncer à leurs hobbies respectifs, la masturbation et le karaoké, ils n'avaient pas remarqué la détresse de leurs parents.
- Pour la plupart mal élevés, comme Mateo et Paulina, ils avaient cependant croqué par des voies différentes l'innocence contre l'avidité et l'acné contre la tendresse.
- Il avait envie de se servir une dernière fois de sa langue pour dire « maître
Martinez ».
- À minuit, il trinquât pour la nouvelle année en avalant une gorgée d'eau froide.
- On a affaire à un rhabdomyosarcome alvéolaire digne de figurer dans une anthologie, comme si le mec avait à peine deux ans.
- Connard ! cria-t-il de sa voix aiguë et voilée. Connard !
-
 À la piètre qualité de leur interprétation, Joaquin déduisit que les musiciens devaient appartenir à un ensemble estudiantin de sourds-muets.
- Sauf qu'à présent le cancer avait prit l'apparence d'une femme. Dans la poitrine d'un masochiste bat toujours un cœur misogyne.
- Il regarda la montre comme s'il venait de découvrir une capote usagée dans les draps de sa fille et exigea des explications.
Éditions : Les Escales (2019).
Titre original : Las Mutaciones (2016).
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Isabelle Gugnon.