S'il te plait
Pardon, s'il te plaît, merci.

Charles YU.

Note : 4,5 / 5.
Que de politesse !
Auteur américain que je découvre par ce recueil de nouvelles. Un titre énigmatique pour un livre dont je vais recopier la table des matières :
Pardon : Pack de solitude standard. Jeu de tir à la première personne. Résolution des problèmes.
S'il te plaît :Le héros subit des dégâts considérables. Guide sur les humains à l'usage des débutants. Inventaire. Ouvre. Note à moi-même.
Merci :Yeoman. Émotion griffée 67. Le Livre des catégories. Adultes contemporains.
Toutes les réponses sus-mentionnées :
Pardon, merci, s'il te plaît.
Et tout cela se termine par des Remerciements.
Dans « Pack de solitude standard », un homme, le narrateur, nous explique son travail et son quotidien. Pour un modeste salaire, il endosse toute la misère des gens fortunés que leurs propres problèmes dérangent ! Alors déchargeons nous de tout cela, un enterrement : envoyons un salarié nous représenter ! A force cela ne traumatise-t-il pas ce brave employé ? Que reste-t-il de sa vie sentimentale par exemple. Texte prémonitoire ?
« Résolution des problèmes ». Constatation n°5 :
- C’est toujours pareil avec l’informatique : soit la technologie n’est pas assez puissante, soit elle l’est trop. Vous n’obtiendrez jamais exactement le résultat escompté.
« Le héros subit des dégâts considérables ». En lisant cet excellent texte on comprend mieux la couverture. En effet la vie est, ou n’est pas, un jeu vidéo. C’est dur de guerroyer tous les jours pour arriver à la bataille finale… et même pas sûr d’y parvenir !
« Note à moi-même. » est l’art et la manière de s’écrire à soi-même qui
commence par ces mots :
- Chère version alternative de moi,
Texte étrange, enfin parmi de nombreux autres !
« Yeoman. » Un homme est content, il sera yeoman sur ce vaisseau qui file vers une destination semble-t-il lointaine. C’est un contrat à durée déterminée de huit jours… mais après ? Une de mes nouvelles préférées.
Énormément de personnages dans des situations parfois tragi-comiques mais souvent tragiques tout simplement. Un homme travaillant dans le plus grand hypermarché du monde est alerté, on vient de trouver un doigt sur le sol ! Il découvre alors une jolie dame zombie !
Explications sur la famille et sur ses membres, un homme œuvrant dans une compagnie pharmaceutique doit présenter le rapport
annuel aux actionnaires en l’an de grâce 2050. Un autre retrouve les décors de son enfance… enfin pas vraiment !
Un livre plein de paradoxes, jubilatoire et angoissant, amusant et
inquiétant à la fois. Si le monde qui nous attend est celui décrit dans cet ouvrage, le futur n’est pas des plus folichons !
Une découverte.
Extraits :
- Aujourd'hui, il diffuse une chaîne américaine, et je regarde une publicité pour les prestations de notre boîte.
- Mon père a vendu sa vie pour une rente annuelle fixe, indexée sur l'inflation à hauteur de 3 % par an, plus une retraite à 70 % s'il parvenait au terme du contrat : quarante ans. À l'âge de soixante-dix ans, il pourrait arrêter, il pourrait nous retrouver.
- Moi. Comme pour dire : le héros.
- Les cousins sont le steak frites de la famille étendue. En tant que membres paradigmatiques de la famille non nucléaire, ils sont la base de tout portefeuille de contacts humains diversifiés. En somme, les cousins sont nos frères et sœurs optionnels.
- J'oublie toujours : suis-je le seul à savoir que le monde change chaque jour ? Ou est-ce que d'autres le savent aussi ?
- Les mauvais jours, je me sens en pleine forme. Les bons jours, je sais que je ne le suis pas vraiment.
- J'appartiens à cette entreprise depuis trente-quatre ans. J'ai débuté, comme de nombreux collaborateurs au département Cheveux et érection–, comme tout le monde l'appelait à l'époque, Boule et boule à zéro.
Éditions : Aux forges de Vulcain (Nouvelles). (2019).
Titre original : Sorry, Please, Thank You (2012).
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Aude Monnoyer de Galland.