Feel good
Feel good.

Thomas GUNZIG.

Note : 5 / 5.
Alice au pays sans merveilles.
Second roman de cet écrivain belge sur ce blog littéraire après « 
Manuel de survie à l'usage des incapables », et ici aussi il passe notre société à la moulinette !
Alice est une femme plutôt jolie de quarante cinq ans. Elle vient d'une famille modeste du monde ouvrier. Enfant, elle a eu pour amie Séverine qui, elle, est l'enfant d'une famille riche.
Alice travaille comme vendeuse dans un magasin de chaussures. Elle a eu une liaison avec un dénommé Nathan qui l'a abandonné après l'avoir mise enceinte. Le petit Achille est né, mais Alice n'est pas riche, elle est obligée de compter sans arrêt, même pour les vacances. La boutique de chaussures doit fermer, elle accepte plein de petits boulots et envisage de se prostituer. La première expérience sera la dernière. 
Elle pense que la solution est de kidnapper un enfant de riches. Passant à l'action, elle ne sait pas dans quel guêpier elle s'est fourrée ! Elle laisse une demande de rançon sur, ce qu’elle pense être, la voiture des parents de l’enfant !
Puis nous faisons la connaissance de Tom, une enfance triste, un gamin laid, amoureux fou d’une dénommée Charlotte. Ils feront l’amour une fois puis elle l’enverra paître ! Il épousera Pauline, travaillera, sera licencié, mais poursuivra son rêve : devenir écrivain. Il accomplira son rêve mais ne connaîtra pas la consécration. Puis son épouse le quitte. Un matin il trouve une demande de rançon sur la voiture de sa belle-sœur, pour un enfant qu’il ne connaît ni d’Adam ni d’Eve ! Il répond à l’adresse mail indiquée et fait ainsi le connaissance d’Alice ! 
Ils élaborent un projet qui semble un peu fou, faire un braquage… littéraire. Puis viendra la richesse et la gloire. Mais il faut retrouver pour chacun son passé, lui revoir Charlotte et elle Séverine.
Et ensuite pourquoi ne pas réunir deux solitudes ! 
Mais la vie de tous les jours ne facilite pas souvent la « Feel Good » attitude.
Deux personnages principaux, chacun cassé par la vie, le manque d’argent ou de notoriété, deux perdants du monde actuel. Que faire pour s’en sortir, même si l’on doit franchir certaines lignes blanches, ou jaunes ou rouges ?
Très belle écriture et fine observation des travers de la société libérale qui crée de grosses inégalités. La scène où Alice rencontre Séverine dans un café « branché » est un pur moment de lecture et une très belle description du ridicule du monde de la richesse et du snobisme. 
Un humour un peu désespéré pour égayer des vies tout ce qu’il y a d’ordinaire.
Extraits :
- Il était incroyablement quelconque. Il essayait d'être à l'aise mais Alice vit qu'il était nerveux et qu'il soit nerveux, bizarrement, ça la rassura.
- Elle pleura parce qu'elle comprit que sa vie, ce serait la misère.
- Elle avait essayé de gagner son fric en travaillant, ça n'avait pas marché. Le travail ne rapportait rien, c'est un mensonge qu'on faisait à ceux qui travaillaient. Le travail vous maintient tout juste dans la survie mais vous laisse à la merci des vicissitudes de l'existence.
Non… Et si quelqu'un avait enlevé un bébé devant la crèche, je serais au courant, tout le monde en aurait parlé !
- Les filles, bien entendu, se mirent à l'intéresser. Pas toutes les filles, seulement les grandes filles belles et inaccessibles.
- Tom fut d'ailleurs un peu déçu par cet accent du Midi, il n'avait pas imaginé qu'un éditeur sérieux puisse avoir un accent du Midi.
- Il savait qu'il n'avait jamais vraiment désiré cette petite femme aux cheveux frisottants d'un vrai désir brûlant et impétueux et qu'au fond de lui, le feu qui s'était allumé pour Charlotte des dizaines d'années plus tôt ne s'était jamais éteint.
Je me demande si tu ne vas pas un peu loin… C'est peut-être exagéré par certains côtés… Mais bon… Sinon, ça sonne pas mal…
- Tous, à leur façon, avaient détruit sa vie, lui avaient volé son destin, l'avaient jeté à la rue.
Éditions : Au Diable Vauvert (2019).
Autre titre de cet auteur sur ce blog :
 
Manuel de survie à l'usage des incapables »