Rien qu'une vie
Rien qu'une vie.

Graham NORTON .

Note : 5 / 5.
Chronique de l' Irlande rurale.
Premier livre de ce comédien et animateur à la télévision britannique.
Roman en deux parties et un épilogue se déroulant sur plusieurs années.
Nous sommes à Duneen, petit bourg où il ne se passe pas grand chose. Alors pour Patrick James Collins (dit PJ Collins), policier de son état, plus que bien portant, la vie est un long fleuve tranquille mais un peu ennuyeuse. Et comme sa gouvernante Meaney le soigne plus que bien, son tour de taille s'en trouve renforcé.
Mais les jours tranquilles ont une fin. En effet des ouvriers découvrent sur un chantier un cadavre ! 
Alors c'est la panique dans le village, car les nouvelles vont vite, enfin plus vite que ce bon PJ Collins.
Qui doit malgré tout commencer l'enquête en attendant l'arrivée des renforts venant de Cork.
Il semblerait que le corps découvert soit celui de Tommy Burke, disparu un jour, sans, bien sûr, laisser d'adresse, mais deux prétendantes en plein désarroi ! Beaucoup de bruits ont circulé, il serait parti à Dublin, ou en Angleterre et pourquoi pas en Amérique ! Mais jamais aucune nouvelle.
Certains disent qu'ils l'ont vu prendre un bus pour Cork, mais depuis plus rien !
Mais deux femmes du village gardent une rancune tenace l'une envers l'autre...Elles espéraient l'épouser, chacune défendant sa cause et pensant que l'autre n'est qu'une vulgaire usurpatrice de sentiments. 
Pendant ce temps l'enquête continue, le mort avait entre 16 et 22 ans et a été enterré il y a plus de 20 ans, mais moins de 30 ans ! Un certificat de décès a été établi pour Tommy, mais semble t-il personne n'était au courant et après l’inhumation du corps de ses parents, il s'avère que ce corps n'est pas le sien !
Mais ce cadavre n'est pour le moment rien qu'un mort !
Coup de théâtre, quatre mois plus tard, sur ce même chantier , dans une boîte en métal les ouvriers déterrent le cadavre d'un bébé...
PJ Collins recueillera les confidences d'une femme...
Une série de portraits de gens de la campagne, des vieilles filles, les sœurs Ross, Evelyn en particulier. D’autres mal mariées, comme Brid Riordan, qui se réfugie dans l'alcool, ou d'autres détentrices de lourds secrets.
Mais ces personnages, y compris le Sergent Collins, qui, en plus de l'enquête, se découvre des problèmes de cœur, ont tous un côté sympathique et naïf que n'ont pas les policiers venus de la ville comme Linus Dunne.
Un roman qui fleure bon l'Irlande d’antan, avec ses qualités mais aussi ses nombreux défauts, en particulier le poids de la religion et l'hypocrisie qui règne dans ces petits villages ! 
L'Irlande rurale des romans de John McGahern, dans « La caserne », celle de Flann O'Brien dans « Le troisième policier » pour ne parler que de la police . Ou alors l'Irlande des nouvelles d'Edna O'Brien ou de William Trevor entre autres.
Un très grand livre. plein de pudeur et de nostalgie parlant d'une manière pleine de retenue d'un monde disparu, également en littérature.
Une découverte qui n'est pas sans me rappeler ma propre découverte, très lointaine, de la littérature irlandaise.
Extraits :
- Après avoir englouti deux œufs sur le plat, un morceau de boudin noir, deux tranches de bacon et une saucisse, le sergent envisageait de retourner au lit faire une courte sieste digestive.
- Le simple fait de prononcer son nom à haute voix lui donna l'impression d'avoir tourné une sex tape qui avait fait le tour du Web.
- Se pouvait-il que lui, PJ Collins, cinquante-trois ans, se trouve pour la première fois de sa vie l'objet des attentions de non pas une, mais de deux femmes ?
- Il détourna le regard vers la mer, comme si ce qu'il s'apprêtait à demander était écrit dans les nuages.
- Il regrettait qu'un cadavre ait été découvert. Un crime impossible à résoudre était bien pire que l'absence de crimes tout court.
- Tel un caméléon obèse en uniforme de policier, son visage tout entier prit la même teinte que l'empreinte rouge du baiser qui se détachait sur sa joue.
- Pourquoi cette jeune fille sans défense avait-elle dû traverser de telles épreuves ? Pourquoi s'était-elle infligée toute une vie de pénitence pour un péché qu'elle n'avait même pas commis ?
Éditions : Stéphan Marsan. (2019).
Titre original : Holding (2016).
Traduit de l'anglais (Irlande) par Sarah Champion.