Du sable

Du sable dans la bouche.
Hervé Le CORRE.

Note : 4 / 5.

Coller aux basques !
Ouvrage déjà ancien de cet auteur que j’ai peu lu à part un excellent recueil de nouvelles « Derniers retranchements » et un autre roman « Les effarés » il y a des années.

Nous sommes à Bordeaux, une femme souffrant d’une claudication, mais belle malgré cela, descend d’un train. Elle s’était promis de ne jamais revenir dans cette ville… et pourtant c’est ici qu’elle revient dès sa sortie de prison. Elle se nomme Mathilde, retrouve quelques amis, se réhabitue petit à petit à la ville, et trouve une adresse qu’elle recherchait.
Plusieurs années auparavant, c’était une femme heureuse, mariée à Pierre, le théâtre était sa passion. Puis tout a basculé quand le passé de Pierre a refait surface.
Un attentat de l’ETA visant un hôtel en construction qui se passe mal, un militant basque tué ainsi qu’un membre des forces de l’ordre, un assaillant est gravement blessé, une femme Emilia qui participait également à l’opération est saine et sauve. Les premiers secours sont donnés au blessé mais il lui faut d’urgence des soins plus importants. Direction le Pays Basque, et Pierre accepte de conduire les fugitifs, au nom d’un amour passé, pas par idéologie. Il est connu des services de police comme ancien activiste gauchiste mais pas franchement impliqué dans la lutte des basques pour leur indépendance. Malgré tout il est pris dans la tourmente.
Angel Matanzas est un dangereux psychopathe, il prend son plaisir en martyrisant les femmes, souvent des professionnelles. Il est aussi soupçonné de faire partie des commandos anti-ETA rétribué en sous-mains par Madrid, et de ce fait bénéficie en Espagne d’une immunité absolue. Il est interdit de séjour en Gironde, mais est aux basques d’Emilia. La police connait sa présence et espère faire d’une pierre deux coups ! Se débarrasser des fugitifs et d’Angel. Les forces de l’ordre ayant perdu un de leurs membres auront la gâchette facile !
Deux policiers, deux hommes et deux méthodes s’opposent, l’inspecteur principal demande l’aide de Mathilde, espérant sauver Pierre d’une mort quasi certaine !
Pour lui le plus important c’est l’arrestation ou la mort d’Angel. Le commissaire Marquet au contraire veut les Basques, Matanzas n’est pas sa priorité…
La mise à mort peut commencer…
Beaucoup de personnages, de vrais militants, des moins concernés, mais tous dépassés par les évènements ; beaucoup perdront la vie. Pour les rescapés, la vie n’est plus un long fleuve tranquille ! Il fait vivre avec ses souvenirs et les trahisons passées.
Un excellent roman qui nous replonge dans les années où l’ETA et Madrid se livraient une guerre sans merci. Dans certains épisodes de cette lutte armée, l’état espagnol n’était pas blanc comme neige et que certaines de ses méthodes étaient pour le moins hors la loi !
Extraits :
- Tu ne sauveras pas Tomas avec des formules magiques de ce genre.
- Simon animait le débat avec érudition et commanda un "Bushmills" où s'incarnait l'âme résistante du peuple irlandais.
–Vive la gauche cadavre, clama-t-il en levant le poing. Rigide à l'extérieur, molle et corrompue en dedans. Pourritures garanties au bout du compte.
- Il se taisait et clignait des yeux parce que tout devenait soudain beau et insupportable.
- Et de là à se retrouver tueur de Basques, il n'y a qu'un pas que vous franchissez gaiement. Je vous ferai remarquer qu'il aurait pu les liquider n'importe quand.
- Vous avez remarqué qu'à chaque fois qu'on arrête des militants, ce sont comme par hasard des dirigeants ? Vous rendez-vous compte ? Une organisation dont seuls les dirigeants et les chefs de commando se font cravater ?
- Pas question de dresser des barrages de CRS aux alentours : ça mettrait la puce à l'oreille à une population méfiante, et dont les sympathies pour les fuyards, les clandestins, sont fortes. On m'a dit que l'âme basque résidait dans ce trait de caractère.
Éditions : Gallimard/Série Noire(1993).
Autre chroniques de cet auteur:
Les effarés.
Derniers retranchements.