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Les assoiffés.
Jim TULLY.
Note : 4 / 5 .
Irlandais des cabanes.*

Seconde incursion dans l’œuvre de cet auteur américain d'origine irlandaise. Après le monde des hobos dans « Vagabonds de la vie, autobiographie d'un hobo ». Ici il nous parle de sa famille irlandaise. Ce livre date de 1928.
Après une préface intitulée « Irlandais des cabanes », vingt cinq chapitres dont le premier se nomme « La Grande Famine » et le dernier « Cul sec pour le vieux Hughie ». D'autres ont également des titres plein d'humour « Une femme à moustache », « La sirène et le gros poisson » ou « L'irlandais enragé ».
Nous partageons la vie de certains membres des familles Tully principalement et des Lawler. Irlandais chassés de l'Irlande par les années de très grande disette. 
Le grand-père du narrateur a vécu l'époque des grandes famines qui ont décimé la population irlandaise entre 1845 et 1852.
La famille s'est installée dans Ohio. C'est aussi la misère et les conditions de vie sont rudes, mais les familles s'agrandissent… faut pas désobéir à l'église catholique.
Les hommes d'après l'auteur sont des personnages truculents, turbulents et souvent rétifs à la loi et l'ordre. 
Une odyssée familiale avec ses nombreuses ramifications, ses personnages reconstitués par Jim Tully d'après les histoires racontées par son grand père durant les nombreux moments qu'ils passèrent ensemble. Il puise aussi son inspiration dans les souvenirs de Virginia, sa sœur.

Huguie Tully, le grand-père, est le personnage principal de ses mémoires, homme picaresque, chanteur, hâbleur mais surtout gros buveur ! Jim se souvient des années de pensionnat.
Un grand-père qui laisse un souvenir impérissable à son petit fils.
Le reste de la famille n'est pas en reste, un père aux abonnés absents pour diverses raisons, travail au loin, prison etc...
Un mère décédée et le reste de la famille irlandaise jusqu'à la caricature.
Le grand-père Lawler (côté maternel) n'a pas eu de chance avec ses garçons, l'un John fit 15 ans de pénitencier, l'autre Denny était un ivrogne irrécupérable. 

Tout semble exagéré dans ce livre, le portait des participants, leurs aventures. Les récits homériques des uns et des autres paraissent parfois un peu trop beaux pour être vrais, mais qu'importe la lecture est très agréable. Des irlandais dans leurs démences très souvent alcoolisés à l'époque de la conquête de l'Ouest américain. Mais il reste malgré tout quelques touches de folklore celtique dans l'esprit de tous ces exilés.
Des phrases très courtes qui donnent du rythme à cette histoire familiale.
Il est à noter qu'il est question de la Bataille de Fontenoy où les troupes irlandaises furent un élément non négligeable de la victoire française.
S'il n'a pas la puissance narrative (selon moi) de « Vagabonds de la vie, autobiographie d'un hobo », ce livre est malgré tout une sorte d'hommage à la communauté irlandaise, qui a fortement participé à la naissance des États-Unis d'Amérique.

Extraits :
-La voix du vieil homme se fit aussi douce que l'aube sur une prairie d'Irlande.
- Le frère aîné de ma mère débuta dans la vie comme voleur de chevaux... Et quand il la quitta, il était banquier sous une fausse identité au Canada. Il causa la ruine de ses parents et passa treize ans au pénitencier d'Ohio.
- Aux yeux de ma famille, mes vêtements n'étaient pas assez conventionnels pour les funérailles de ma mère et je ne fus donc pas autorisé à y assister. Je pleurais au milieu de la route jusqu'à ce que le corbillard disparaisse au loin.
- En dépit de tout ce qui leur échappait et de leurs mains calleuses, ces hommes étaient des connaisseurs de la vie plein de tact.
- C'est aussi bien pour lui, commenta le vieux Hughie. Quand un homme ne tient plus l’whisky, c'est qu'il est temps pour lui d'aller boire du vin avec Jésus.
- Si jamais on l'envoie en enfer, avec tout l'whisky qu'il a avalé, ça rendra le brasier trop chaud pour Lucifer en personne !
- J'ai tout calculé. Quatre-vingt-huit tonneaux de bière se sont perdus dans ma moustache avant que j'ai assez de jugeote pour la raser !
Éditions : Les éditions du Sonneur. (2019).
Titre original : Shanty Irish (1928).
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Thierry Beauchamp, qui signe également la préface.
Autre titre de cet auteur sur ce blog :
Vagabonds de la vie, autobiographie d'un hobo.
* Le titre de cette chronique est également celui de la traduction du titre original de ce roman, ainsi que de la préface.