Ivresse

Ivresse de la chute*.
Joël HAMM.
Note : 4, 5 / 5.

Plus dure sera la chute ?
Recueil de seize nouvelles de ce prolifique auteur de nouvelles dont j’ai déjà croisé la plume dans certains recueils collectifs. En particulier dans ceux de la Noiraude « Tout le monde descend ! » et « À saisir !».

Titres des nouvelles :
Cendres. Monsieur Bobi. Le sourire de l'ange. Portrait posthume. Ivresse de la chute. Sac d'os. La complainte de Mari- Anna. Treize à table. Pater familias. L'autre regard. Les barbelés. Le Signe. Temps de chien. Faussaire. Tempête sur un divan et Le dernier mot.
« Le sourire de l'ange » mélange allégrement passé et présent, échange de courriers et écriture d’un roman historique. Quel était le secret de la couleur des visages des madones peintes par Filippo ?  

La nouvelle « Ivresse de la chute » nous parle de deux enfants, deux amis dont l’un devient un spécialiste des chutes en tous genres… l’autre, adulte, est un as du parachutisme. Gare à la chute ! Au propre comme au figuré. 
« Sac d'os » souvenirs culinaires de la grand-mère, un texte qui vous met l’eau à la bouche, où il est question entre autre de jambon au foin et de cette fameuse recette de « Sac d’os » ! À table.
« La complainte de Mari- Anna ». Je reconnais volontiers que j’ai une tendresse particulière pour cette nouvelle qui me ramène dans ma Bretagne natale à une époque où je n’étais pas encore né. Mari-Anna est une chanteuse publique qui vend les feuillets des chansons qu’elle interprète souvent en breton. Mais hélas son temps est passé… 
« L'autre regard » jongle aussi avec les époques, la guerre en Provence, la mort et bien des années après, une femme se souvient.
« Les barbelés et Le Signe » nous parlent de la Pologne à travers les destins tragiques de deux hommes, durant, puis après la guerre. 
« Le dernier mot » nous raconte la triste histoire de sachets de haricots trouvés dans un congélateur… et c’est vraiment triste ! 
Beaucoup de personnages dont nous faisons la connaissance enfants et que nous suivons tout au long de leurs vies, plutôt courtes !  Comme Valentin Cendre, trouvé sous un porche parisien le 15 février, jour des Cendres, et le lendemain c’était la saint Valentin. Il avait signé pour une vie qui ne serait pas flamboyante, le pauvre gosse ! Un autre se souvient de son chien, Bobi, malade, il fût abattu par son père, ce qui provoqua chez lui un sentiment de vengeance. Treize à table, c’est vraiment à éviter, certains l’apprennent à leurs dépends ! Un homme retourne dans sa famille, mais le temps a passé, un enfant triche pour gagner un appareil photo, faussaire de si bonne heure !  Nous vivons avec un psychiatre nommé Jacques Canal des expériences peu ragoutantes. 
Des textes plutôt très noirs pour la plupart, tous très bon également, de tailles très différentes passant de 2 à près de 20 pages.

Un excellent recueil, une découverte.
Extraits : 
- Nous étions vite devenus copains. Deux cancres réunis par leur mauvais esprit.
- L'été arriva. Mes parents et moi partîmes en vacances dans le sud. Ils décidèrent de s'y installer. Tant qu'à être chômeur autant au soleil.
- Je me sers encore de son livre, je suis ses conseils culinaires, autant que possible. Allez donc trouver du foin sur les grands boulevards de la capitale ou tuer un porc sur votre balcon !
- Sous une bâche de toile huilée, tu abrites les feuilles volantes, les textes des ballades, les gwerzioù que tu proposes aux badauds sur les marchés.
- Et cette frontière d'acier et de béton, en plein Belfast, n'est-elle pas ironiquement nommée ligne de paix ?
- Les effluves ascensionnels des barbecues lancés à l'alcool à brûler n'ont fait qu'aggraver mes dégoûts olfactifs.
- Osera-t-il un jour dire son fait à cette outre puante ? Comment peut-on être riche et aussi
négligé ?

- Seuls les vivants peuvent souffrir, non ? Est-ce que ce genre de tourments nécessite un tel enthousiasme pour ce qu'on appelle la Vie ?
Éditions : Zonaires éditions (2019).
* Préface de Françoise Guérin.