La Mère, la Sainte
La Mère, la Sainte et la Putain.
Wendy DELORME.
Note : 4 / 5.
Trois en une.
Je découvre cette romancière, enseignante et performeuse par ce roman qui ne laisse pas indifférent.
Elle est également traductrice en particulier de « Déséquilibres synthétiques » de Lydia Lunch, avec Virginie Despentes.
Ce court roman en quatre parties (« Ton Père » ; « Toi » ; « Lettre à ton père » et « Lettre à Swan ») est une longue lettre à un être qui n’est pas encore né.
Les chapitres de la première partie « Ton Père » sont une énumération de jours commençant par « Troisième matin d’été » pour se terminer par « Un mois seize jours ». En plus de cette numération certains ont des titres intrigants, mais poétiques : 
- Futilités chromatiques ; Le visage-sursignifiés sexuels ; Porno ice-cream ; Théorie de la communication amoureuse en phrase distanciée ; Les pythies.
Une femme enceinte et donc future mère écrit à sa progéniture à naître.
Elle se raconte, émet ses doutes sur la vie. Artiste en tournée, elle narre ses voyages et ses rencontres amoureuses, car elle a une vie sexuelle très débridée.
Elle parle de sa jeunesse, l’époque d’avant quand elle aimait les filles cinglées, perdues et droguées, sans limites sexuelles. Puis vient la rencontre avec le père:
- Laisse-moi d'abord te parler de ton père. Comment on s’est connus, pourquoi on s'est quittés.
Elle le qualifie de bourgeois et se considère comme une putain.
Elle confie, aux lettres écrites, ses incessants voyages, les tournées, les trains et les hôtels. Les tournages de films pornographiques, les autres filles de ces spectacles.
Elle revoit son enfance à Helden, une petite ville d’Allemagne, avec la statue de la légende locale Till l’Espiègle. Elle rend visite à ses grands-parents, retour en plongée dans une certaine nostalgie. Elle décide au bord du lac d’appeler son enfant Swan. Retour à Berlin, en pensée elle donne des conseils au futur bébé.
Un des personnages les plus ambiguës de ce livre est « Le presque-Garçon », malgré certains côtés de sa personnalité trop lisse qu’elle déteste, elle est follement amoureuse. Mais elle l’avoue : elle est perplexe et écrit ces quelques phrases : 
Qu'on me donne le mode d'emploi. Je n'ai encore jamais fait l'amour avec un caillou.
Un roman intrigant et déroutant, bien écrit avec de nombreuses références littéraires, lectures subversives de la jeunesse « L’Amant de Lady Chatterley », Bukowski, Boris Vian et de nombreux autres dont celles qu’elle nomme « les femelles énervées » : Virginie Despentes, Lynda Lunch, Michelle Tea, Lynn Breedlove, Helene Zahavi, Dorothy Allison, Coralie Trin Thi…
Extraits : 
- La mère porte le fils de l'homme, la sainte lave les péchés. La putain baise la lie de l'humanité.
- Les putains appartiennent aux hommes, mais elles ne portent pas leur descendance.
- Ce matin après une heure de route, la mer. Depuis deux jours, pas de nouvelles de lui.
- Oma est ton arrière-grand-mère, elle est l'âme des saintes et des mères au foyer.
- Les mots soignent et soulagent mieux que les corps-palimpsestes, je te dirai ça aussi.
Éditions : Au Diable Vauvert ( 2012)
* Lettre à Swan.
Chroniques de Lynda Lynch :
Déséquilibres synthétiques.
Paradoxia.