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ch REBOURS .
Note : 4,5 / 5.
Voguent les galères.
Troisième apparition de cet auteur résidant à Plouha près de Paimpol et enseignant le breton à Kerity (entre autre) où je suis né il y a de nombreuses années maintenant.
Ce roman commence par un glossaire mondialisé (Breton ,Kurde, anglais, portugais) qui sera bien utile. Un ouzbek apparaît durant la traversée, il a un rôle muet mais physique.
Le ferry Pont Enezenn va quitter le port de Roscoff pour Cork en Irlande. Au départ un voyage comme les autres. Il est question du centenaire des « Pâques irlandaises » donc nous pouvons situer cette histoire en 2016.
Sur ce bateau trois femmes qui seront les principaux personnages de ce récit, trois femmes que tout oppose.
L'une se lamente malgré (ou à cause) d'une vie sexuelle débridée, d'être célibataire, de vieillir et de ne pas avoir d'enfant, la seconde pleure Théo, son fils décédé, et constate amèrement le naufrage de son mariage avec Christophe, chauffeur routier, d'où sa présence à bord. Il voulait tester l'amour en mer. Mina est kurde et enceinte, mais ayant été violée elle ne sait pas de qui, elle espère que ce soit du garçon dont elle était amoureuse. Elle fuit son pays, elle veut rejoindre « L'Eldorado » anglais, elle semble ignorer que Le Pont Enezenn va en Irlande et non pas en Angleterre.
Leurs rares points communs sont un ancrage plus ou moins profond avec la Bretagne et leurs présences sur ce bateau à des titres divers, Marion travaille sur ce ferry, Myriam est passagère et Mina est clandestine.
Les 14 heures de traversée vont bouleverser le destin de ces trois femmes, car un bateau est un monde clos où les échappatoires sont rares.
Chacune va devoir prendre des décisions primordiales pour elle-même mais aussi pour les autres, embarquées dans la même galère.
Les personnages principaux interviennent tour à tour dans trois chapitres différents mais qui se recoupent durant le final. Histoire de Marion, dévoreuse d'hommes, de femmes et d'océan. Histoire de Myriam, mal mariée à un obsédé sexuel, qui ne se remet pas de la mort de son fils unique, le sexe forcené pour remplacer celui-ci préconisé par son époux, n'est visiblement pas la solution. L'histoire de Mina nous fait pénétrer dans la vie d'une jeune kurde fuyant l'Irak et sa famille. Un chapitre très détaillé sur la misère des femmes dans ces pays et leur manque évident de libre arbitre.
J'ai particulièrement apprécié la narration en trois épisodes qui nous permet de mieux appréhender l'état d'esprit de ces femmes.
Un bon roman qui, je pense, laisse des traces chez le lecteur.
Extraits :
- Aujourd'hui encore, quand on me donne un ordre sous la forme d'une supplique, je me mets en quatre pour m'y conformer. Mais qu'on essaie le caporalisme, et ça tournera forcément au vinaigre. Je pense sans rire que je suis punk depuis ma première tétée.
- Quand on est la seule femme de l'équipage, on devient souvent la confidente des gars qui ont laissé des soucis à terre. Avec les filles, les matelots abordent des sujets de l'ordre de l'intimité qui leur font du bien au moral.
- Théo est né. Ma vie s'est éclairée d'elle-même. Bébé il était le plus beau des bébés. Puis il est devenu le plus beau des petits garçons. Le jour de sa première rentrée, à la maternelle de Plouha, il était le plus beau des petits élèves.
- Les anti-dépresseurs m'ont transformée, mais à l'inverse de l'effet escompté. Je devenais bi-polaire.
- J'ai dix ans et je suis déjà veuve. Mon grand amour, mon frère aîné est mort quand j'avais sept ans. Une balle dans le cœur, ce muscle infidèle qui, chez lui, ne battait que pour le football.
- La suite, vous la connaissez. Vous la voyez tous les jours, épopée en couleurs dans le kaléidoscope de votre téléviseur dernier cri.
- L'un d'eux connaissait bien les réseaux de la côte Est, pour avoir eu quelques activités militantes au temps de l'IRA.
Éditions : La Gidouille (2018).
Autres titres de cet auteur sur ce blog :
Les suppliés du Goëllo.
13 contes cruels de Bretagne.